Dans le chapitre précédent : Lance a affronté Haggar dans les entrailles de son vaisseau. Il a trouvé un jeune prisonnier altéen et a réussi à le libérer, envoyant Blue le mettre en sécurité avant qu'Haggar ne l'accule. Les autres paladins sont arrivés avant qu'elle ne puisse tuer Lance, mais elle a pris le contrôle de Shiro et s'est servi de lui pour étrangler Allura. Lance a tiré sur Shiro pour le distraire et le faire lâcher l'Altéenne, mais avant qu'ils ne puissent trouver un moyen de l'aider, Haggar s'est emparée de lui et a disparu avec lui.

Note de l'auteur : J'ai complètement oublié de partager ça avec vous la dernière fois, mais Pechat continue de me gâter avec des dessins de mes personnages ! Cette fois-ci, c'est Meri, l'amie d'Allura qui a brièvement piloté le lion bleu après la mort de Lealle ! (NdT : vous pouvez toujours voir les dessins sur Tumblr)


Chapitre 18

Les retombées

Notes de recherche du Projet Robeast

Entrée #382

Huit mois avant le retour de Voltron

Le prisonnier 155-9870* nous a rejoints depuis trente cycles solaires et dépend désormais entièrement de la Q-synthétique. En tant qu'espèce sauvage ayant survécu à la privation prolongée de quintessence, elle est capable de supporter de plus grandes doses de Qs en souffrant moins sévèrement des effets physiques secondaires.

Les tests initiaux suggèrent que 155-9870 est capable d'un plus haut niveau de technopathie que la moyenne, ce qui inclut accès à distance, manipulation spatiale et sensation indirecte. Au cours des cycles lunaires à venir, nous espérons explorer l'ampleur du contrôle technopathique de ce sujet. Il lui semblerait possible de contrôler une sentinelle à distance, bien que son état sauvage pose des difficultés.

Des tests sanguins et physiques pourraient révéler le mécanisme permettant à 155-9870 de résister à la nécrose généralement associée à ce dosage de Q-synthétique. Avec de la chance, ce sujet sera la clé d'expériences plus poussées aux taux de survie plus élevés.

*Notes de Pidge : Il s'agit de l'amie de Matt, Aurel, qui était avec lui sur Vel-17 encore un mois avant cette entrée et qui est devenue le robeast qu'on a affronté sur le Balméra de Shay.


Ce n'était pas le moment de désespérer.

Même quand Haggar disparut, emmenant Shiro avec elle, même quand Matt poussa un cri qui transperça le cœur de Keith, même quand les autres se regardèrent avec effroi, une alarme se mettant à sonner.

Cela fit sursauter Keith, chaque parcelle de son corps lui donnant l'impression d'être en feu. Il voulait courir, il voulait se battre, il devait trouver Shiro et le ramener. (Haggar l'avait. Ils avaient fait tant d'efforts, s'étaient tant battus pour lui échapper, et voilà que Shiro se retrouvait seul avec elle et Keith n'avait rien fait pour l'en empêcher.)

— Coran ! cria Matt.

Ses mains tremblaient, les yeux en alerte alors qu'il tournait sur lui-même, analysant la pièce comme s'il pouvait y trouver Shiro caché derrière une des consoles détruites.

— Coran, scanne le vaisseau !

La voix de Coran s'éleva dans l'intercom, mais Keith était trop distrait pour l'écouter. Sa vision du monde s'était obscurcie et fixée sur les petits détails : la peur dans la voix de Matt, l'empreinte de main gravée sur la gorge d'Allura, le vide où s'était tenu Shiro. Keith avait un jour promis à Shiro qu'il ne laisserait pas Haggar s'emparer de lui.

— Vrekt, gronda-t-il.

— Je m'en fous des Galras, Coran !

La voix de Matt était explosive, trop bouillante et vive pour l'ignorer, dérapant alors qu'il posait les mains de chaque côté de son casque.

Elle a pris Shiro. On doit le récupérer.

Cette fois-ci, Keith entendit la réponse de Coran et elle lui glaça le sang :

— Vous ne le rejoindrez jamais à temps. Il y a trop de soldats sur le chemin et ils convergent dans votre direction. Si vous ne partez pas d'ici immédiatement, vous serez encerclés.

— Hors de question qu'on s'en aille, dit Matt.

Lance vacilla sur place et Keith alla le soutenir, trop sonné pour avoir conscience de ses gestes, trop sonné pour penser à ce qu'Haggar avait fait à Lance. L'absence de Shiro lui faisait l'effet d'une blessure béante.

Matt pivota, désespéré, dévisageant les paladins à la recherche de… de quoi ? Il rencontra le regard de Keith et ce dernier vit le gouffre sans fond dans ses yeux. Peur, déchirement, culpabilité. Ils n'étaient pas à l'intérieur de Red, leurs esprits n'étaient pas connectés, mais Keith vit son propre tourment se refléter en lui. Pendant un moment, il crut qu'il allait se laisser submerger par son deuil.

Puis il sortit de sa torpeur et tout plongea sous la surface calme et froide de sa détermination. Il sortit son épée et fit un signe de tête à Matt.

— Allons le chercher.

Matt eut l'air soulagé et ils se tournèrent tous les deux vers la porte. Allura les devança, bloquant leur chemin, l'expression de calme sur son visage démentie par ses yeux mouillés et affligés.

— On ne peut pas, dit-elle.

Matt s'énerva.

— Je ne vais pas la laisser s'en prendre à lui, Allura. C'est hors de question.

— Alors quoi, vous allez affronter toute une armée ? demanda-t-elle. À vous seuls ?

Keith laissa échapper un grondement.

— Ce ne serait pas la première fois.

— C'est du suicide, dit Ryner.

Son ton était bien trop posé, trop rationnel. Keith voulait la réduire en charpie, mais quand il pivota, il la trouva en train d'enlacer Pidge fermement. Pidge tremblait, regardant sans le voir l'endroit où s'était trouvé Shiro, le bayard en main comme s'iel se retenait de réduire le vaisseau en bouillie. Iel semblait à peine remarquer la présence de Ryner ou son geste de réconfort.

Keith cligna des yeux. Il regarda les autres, les regarda vraiment pour la première fois depuis l'apparition d'Haggar. Lance était pâle, prononçant dans sa barbe une litanie de jurons espagnols, altéens et même galrans. Il avait la main pressée contre ses yeux comme s'il pouvait forcer les larmes qui dévalaient ses joues à retourner là d'où elles venaient. Il tenait à peine debout et n'avait toujours pas fait disparaître son bayard.

Shay était toujours au centre de la pièce, figée à l'endroit où elle s'était accroupie pour soigner Lance, ses yeux écarquillés fixant le vide.

Hunk était à l'entrée, juste derrière Allura, des traces de larmes étalant l'huile de moteur sur son visage. Il jetait des coups d'œil dans le couloir, ouvrant la bouche comme pour les inciter à s'enfuir, les mains tremblantes comme s'il voulait invoquer son bayard et décimer tous les soldats du vaisseau.

Et Allura.

Le cou d'Allura était dans un sale état, sa peau rougie luisant à travers ce qui restait de sa combinaison noire. Des brûlures similaires recouvraient la paume de ses mains. Ses yeux étaient rouges et bouffis, mais elle gardait une posture droite et ferme alors que Keith voyait bien, maintenant qu'il y prêtait attention, qu'elle était effondrée.

— On reviendra le chercher, murmura-t-elle. Je le jure, mais on ne peut pas rester ici.

L'alarme sonnait toujours au-dessus de leur tête, accompagnée de bruits de pas distants faisant écho dans les couloirs. Ils seraient bientôt cernés et si Haggar n'avait pas déjà entamé la préparation d'un trou de ver, elle le ferait bien assez tôt maintenant qu'elle avait récupéré son prix.

Ils ne pouvaient rien faire.

Matt sembla parvenir à cette même conclusion en même temps que Keith et cela le choqua tout autant. Son bayard disparut de sa main et il sembla se ratatiner, perdant toute volonté de se battre. Il se tourna vers Allura, ferma les yeux et hocha la tête.

Ils partirent en courant.


Coran rejoignit les paladins dans le hangar du lion noir. Blue y était déjà, rentrée au château avant que les autres paladins arrivent au vaisseau-mère d'Haggar pour sauver Lance. Coran ne savait pas pourquoi elle était revenue sans son paladin, mais elle semblait anxieuse, agitant la queue nerveusement en attendant l'arrivée des autres lions. Sa barrière s'était élevée dès qu'elle s'était posée et elle ne l'avait toujours pas désactivée.

Les quatre autres lions se posèrent non loin d'elle, mais un long moment passa avant que quiconque n'en émerge. La gorge de Coran se serra, ses pensées se tournant vers Shiro. Quelque chose parmi les vaisseaux d'Haggar avait brouillé la communication, si bien qu'il n'avait entendu que l'issue du combat, mais ce qui s'était passé était assez évident. Haggar avait pris le contrôle de Shiro, puis l'avait enlevé.

Le lion noir fut le premier à baisser sa rampe, mais ce fut Lance qui y apparut d'un pas vacillant, le visage pâle, son justaucorps noir brûlé et déchiré. Le cœur de Coran manqua un battement en le voyant ainsi, mais Lance l'ignora complètement et se précipita vers Blue, qui ronronna, désactiva sa barrière et baissa la tête pour le laisser entrer.

Allura apparut alors, les six autres paladins sortant de leur lion après elle. Il y avait des taches de sang sur l'armure de Shay du sang rouge, donc soit humain, soit altéen. Certainement celui de Lance, les autres paladins ne semblant pas blessés, mis à part Allura dont le cou et les mains étaient sévèrement brûlés, mais qui ne saignait pas.

Enfin, les autres ne s'en étaient pas sortis indemnes pour autant. Les yeux de Keith et de Ryner étaient secs, mais Ryner semblait sur le point de s'évanouir et Keith sur le point d'exploser. Coran savait qu'il allait passer le reste de la journée dans la salle d'entraînement à défouler sa peine et sa colère de la seule manière qu'il connaissait. Les autres allaient certainement se jeter sur la première occupation venue, eux aussi, jusqu'à retrouver Shiro. S'ils retrouvaient Shiro.

Coran allait devoir trouver un moyen de les forcer à dormir.

Le hangar plongea dans un silence à peine entrecoupé par des respirations sifflantes et quelques jurons marmonnés dans une variété de langues.

— Allura, murmura Coran en s'approchant d'elle.

Son regard se posa sur les brûlures autour de son cou, des brûlures qui racontaient une histoire très perturbante, et il se força à la fixer droit dans les yeux.

— Que s'est-il passé ?

— C'est une très bonne question, Coran.

Allura prit une profonde inspiration, balayant ses émotions sous un tapis mental avant de se tourner vers le lion bleu.

— Lance ! Il faut qu'on parle.

Il y eut un long silence avant que Lance ne réponde depuis l'intérieur de Blue d'une voix hésitante :

— Ça peut attendre une seconde ?

Allura se raidit et serra les dents. Coran voyait la colère monter en elle, une rage sans issue voilant sa compassion et son indulgence. Elle n'était pas dure par nature, mais Coran savait qu'elle pouvait se montrer impitoyable quand elle avait l'impression que les choses lui échappaient. Elle surmontait les problèmes en prenant le contrôle et quand quelqu'un cherchait à lui tenir tête, elle partait au quart de tour.

Coran tendit le bras, sachant que ce n'était pas le moment de se disputer, mais elle le repoussa, s'avançant vers la gueule ouverte du lion bleu.

— Non, ça ne peut pas attendre ! Que faisais-tu sur ce vaisseau ? Shiro t'a pourtant dit d'attendre des renforts. Qu'y avait-il de si important– ?

Lance apparut en haut de la rampe, les bras écartés pour bloquer le chemin d'Allura. Elle s'arrêta et le dévisagea, bouche bée. Il tressaillit, mais ne bougea pas d'un iota.

— Il y avait des prisonniers, Allura, dit-il, la voix étranglée. (Il faisait visiblement de son mieux pour se retenir de hausser le ton… et se tenir debout.) Enfin, un prisonnier, mais–

Un prisonnier, répéta Allura en croisant les bras. Un seul. C'est pour ça que Shiro s'est sacrifié ?

Lance recula, le sang lui montant au visage. Mais ce n'était pas la honte qui le faisait rougir. C'était la colère.

— On aurait perdu Shiro que je l'attende ou non. Dès qu'il aurait mis les pieds sur ce vaisseau, Haggar l'aurait emporté. Au moins, j'ai pu secourir quelqu'un et, oh, au fait ? On est des paladins. On aide les gens. Une personne ou un million, ça ne change rien.

— Lance a raison, dit Hunk avant qu'Allura ne puisse répliquer.

Elle se tourna brusquement vers lui et sa voix le quitta un moment, mais il se reprit rapidement, carrant les épaules :

— Qu'est-ce que ça aurait changé d'y aller à plusieurs ?

— Nous aurions été mieux préparés, dit Allura. Nous y sommes allés dans la précipitation, ce que nous aurions pu éviter. Nous aurions pu trouver un meilleur plan. Nous aurions pu être plus prudents.

Keith secoua la tête.

— Sans Lance, on n'aurait jamais su qu'Haggar était là. On aurait été complètement pris par surprise. Haggar pouvait certainement prendre le contrôle de Shiro de n'importe où sur le vaisseau. Elle n'aurait pas eu à se montrer.

— Cela dit, dit Ryner, en y allant seul, Lance s'est mis en danger. (Elle le regarda, s'adoucissant.) Tu n'as pas à tout faire par toi-même, tu sais.

Coran vit la contenance de Lance se briser légèrement, mais il garda un ton calme et contrôlé en lui répondant :

— Facile à dire pour vous.

Les autres froncèrent les sourcils, ne comprenant clairement pas ce que Lance voulait dire. (Lance, qui était le seul de tous les paladins à ne pas avoir de partenaire pour lui venir en aide Lance, qui faisait au moins dans un sens le boulot de deux paladins à lui seul dans chaque combat.)

Mais Lance ne les laissa pas s'y attarder. Il fit un pas en arrière, croisant les bras en regardant Allura, et les paladins s'alignèrent derrière elle, au bas de la rampe.

— Je sais que je me suis mis en danger, ok ? Je le savais quand je suis entré. Et je m'en fiche. (Il leva le ton quand Matt fit mine de parler, ne voulant pas être interrompu.) Je le referais sans hésiter, même en sachant qu'il n'y avait qu'un prisonnier. Je n'aurais jamais laissé cet enfant entre les mains d'Haggar. Je préférerais mourir.

Personne ne fit remarquer que c'était ce qu'il avait failli faire. Ils bloquaient trop sur le reste de sa phrase.

— Un enfant ?

Ce fut Coran qui parla, mais il savait qu'il exprimait les pensées de plus d'un. Lance cligna des yeux, l'hostilité le quittant alors qu'il hochait la tête, jetant un œil par-dessus son épaule.

— Ouais. Je crois que c'est un pilote de robeast. Ou l'était. Il était prêt au lancement, en plus. (Lance frissonna, baissant la voix.) Si j'avais attendu que vous ayez fini de vous occuper du reste de la flotte, Haggar aurait certainement envoyé le robeast et on aurait dû l'affronter. Le tuer. On aurait tué l'enfant.

— Attends, attends, intervint Keith en levant une main, ses oreilles frémissant nerveusement. C'est un pilote de robeast ? Ce n'est pas dangereux de le faire monter à bord du château-vaisseau ?

Lance le fusilla du regard.

— C'est un enfant.

— Ouais, un enfant transformé en arme par Haggar.

— Les prisonniers de Maorel ne savaient pas ce qu'ils faisaient, dit Allura d'un ton un peu plus calme que celui de Keith, mais tout de même tranchant. C'était des victimes, mais des victimes entraînées à se battre et à tuer. Comment peux-tu être certain que celui que tu as sauvé n'est pas dans le même cas.

Le visage de Lance s'assombrit.

— Il est traumatisé, Allura. Ça ne fait pas de lui une menace. Il se cache dans le lion bleu à cet instant parce qu'il pense sûrement qu'on va faire des expériences sur lui !

Il fit un grand geste derrière lui pour désigner le cockpit de Blue, mais une paire de mains sombres attrapa la sienne pour la serrer. Lance sursauta, puis pivota, se détendant et s'accroupissant, se servant de son corps comme d'une barrière pour dissimuler le prisonnier à la vue des autres.

— Tu vas bien, bonhomme ? demanda Lance. Écoute, t'as pas à t'inquiéter. Je vais prendre soin de toi, d'accord ? D'accord. (Lance pivota, cherchant le regard de Coran.) Il a besoin d'une capsule de soin.

Coran n'hésita qu'un moment, jetant un œil à Allura en s'attendant à ce qu'elle l'interdise.

Mais elle n'en fit rien et Coran ne comptait pas laisser un enfant souffrir, qu'Haggar l'ait poussé à la violence ou non. Il acquiesça et Lance se tourna à nouveau vers l'enfant, murmurant d'une voix trop basse pour que Coran puisse l'entendre. Quand il se leva et pivota, il laissa le garçon suivre son mouvement.

Le prisonnier était jeune, dominé d'une tête et demie par Lance et plutôt dégingandé. Il était pressé contre Lance, accroché à son justaucorps en jetant des coups d'œil nerveux autour de lui, son regard passant de Keith à Allura et Coran, avant de retourner à Keith. Lance garda un bras protecteur autour de lui, fusillant les autres du regard comme s'il se préparait au combat.

Mais Allura recula dès qu'elle vit le garçon ou, peut-être plus précisément, dès qu'elle vit ses glaes.

Coran avait du mal à y croire, cherchant un indice prouvant qu'il se trompait. De nombreuses espèces avaient des marques faciales similaires aux glaes, voire souvent quasiment identiques. Un petit sous-ensemble de ces espèces avait même une morphologie qu'on pouvait confondre à celle d'un Altéen au premier coup d'œil.

Mais on ne pouvait pas le nier. Cet enfant n'était pas un Tolumène, un Flaugstand, un Jéiviche ou même un humain. C'était un Altéen.

Coran eut l'impression que le sol s'était ouvert à ses pieds et il faillit se précipiter sur le terminal de commande le plus proche pour vérifier que les générateurs de gravité n'étaient pas en train de défaillir. Il l'aurait fait si ses jambes n'étaient pas clouées sur place, si son regard n'était pas figé sur le garçon aux côtés de Lance. Sur le premier Altéen, Allura mise à part, qu'il voyait depuis sa sortie de stase.

Sur la preuve que leur peuple avait survécu ces dix derniers millénaires.

— C'est toi, souffla Keith.

Semblant surpris par les mots s'échappant de sa bouche, il regarda les autres d'un air penaud.

— Tu connais cet enfant ? demanda Hunk.

Keith acquiesça.

— Sendak l'a capturé. Il a voulu forcer Shiro à se battre contre lui, mais Shiro a refusé. Il… (Il regarda à nouveau le garçon.) Je pensais qu'on l'avait exécuté.

— Pas vraiment, dit Lance avec une expression de douleur qu'il essaya de muer en sourire quand il vit que le garçon le regardait.

Après un moment, les yeux de l'enfant se posèrent à nouveau sur Keith, qui hésita, puis recula vers la porte.

— Je devrais peut-être m'en aller…

Lance fit mine de protester, mais s'interrompit. Il sembla se rendre compte de ce que Keith avait déjà compris : la question n'était pas de faire confiance ou non à Keith. Il s'agissait de s'assurer que ce garçon, tout juste sauvé d'un vaisseau galra, ne se sente pas en danger. Coran tapota l'épaule de Keith quand il passa devant lui.

Keith sembla à peine remarquer son geste, se précipitant vers la sortie, Matt le suivant de près. Ce dernier marqua une pause à la porte pour dire :

— On vous attendra sur la passerelle. Une fois l'enfant installé, on doit trouver un moyen de récupérer Shiro.

Puis il s'en alla, ses paroles laissant une aura sombre planer sur le reste de l'équipe. Coran jeta un œil à Allura, puis se tourna vers les autres paladins.

— C'est peut-être une bonne idée que vous nous attendiez tous sur la passerelle. Laissez le garçon respirer.

Pidge ouvrit la bouche pour protester, mais Ryner posa une main sur sa tête et iel se tut.

— Bien sûr, dit-elle. Nous ferons le point et évaluerons nos options.

Elle pivota, poussant Pidge à se diriger vers la porte, puis dans le couloir. Hunk les suivit, regardant Shay, qui hésita :

— Je pourrais peut-être…

Elle ne finit pas sa phrase, mais Coran acquiesça.

— Ton avis pourrait nous être utile, dit-il. Si cela convient à… Je suis désolé, mon garçon, tu ne nous as pas dit ton nom.

Le garçon baissa la tête et se blottit davantage contre Lance. Ce dernier le regarda d'un air peiné et lui serra brièvement les épaules.

— C'est rien, bonhomme. T'as pas à répondre si t'en a pas envie.

Il marqua une pause, comme s'il espérait que l'enfant changerait d'avis et se mettrait à parler. Quand rien ne se passa, il hocha la tête.

— On va t'arranger un peu, d'accord ? Tu as déjà été dans une capsule cryogénique ?

Après un moment, l'enfant hocha la tête. Coran resta attentif au moindre signe de détresse, ayant vécu trop longtemps pour ne pas envisager qu'Haggar se soit servie d'un outil destiné à soigner comme d'un moyen de torture. Mais le garçon ne se crispa pas, se contenant d'emboîter le pas à Lance sur le chemin de l'infirmerie, ce dernier lui parlant de tout et de rien.

Honnêtement, Coran était impressionné. Le regard tendu de Lance, la manière dont il gardait l'enfant près de lui, l'instinct protecteur qui s'échappait de lui par vagues, rien de tout ça n'était difficile à manquer. Mais sa posture était ouverte et décontractée, son ton restait enjoué et il avait réussi à donner l'impression d'avoir enroulé son bras autour des épaules du garçon dans un geste sympathique plutôt que défensif.

Lance avait mentionné son frère et sa sœur quelques fois, tous les deux plus jeunes que lui. Il n'en parlait pas souvent, tout comme il parlait rarement de la Terre. Son mal du pays était trop fort, pensait Coran. Mais quand le sujet venait sur le tapis, l'amour de Lance pour sa famille était évident. Coran le voyait bien, alors qu'il ne connaissait que peu de choses sur eux. Mateo était plus âgé que Luz et Lance avait toujours pris soin d'eux, même quand ils étaient tous les trois trop petits pour être laissés sans la surveillance d'une amie de la famille, que Lance appelait Tía Lena. C'était ironique, mais Coran en savait plus au sujet de Lena que de Luz ou Mateo.

Ils marquèrent un premier arrêt à l'infirmerie adjacente à la salle de cryogénisation et Lance et l'enfant s'assirent côte à côte sur une table d'examen. Coran passa un scan sur le corps du garçon tandis que Shay posait une main sur sa tête en fermant les yeux.

Allura attendit près de la porte, portant une main à sa gorge avant de grimacer et de la retirer. Coran la regarda, puis regarda la salle de soins, mais elle fit non de la tête.

Coran choisit de ne pas insister pour le moment. Ils auraient le temps de s'occuper des retombées une fois que le garçon serait remis d'aplomb.

Shay ne mit que quelques instants à confirmer ce que les examens de Coran n'avaient que suggéré. Le corps du garçon contenait plus de quintessence synthétique qu'organique et, même si ça n'avait rien d'une blessure physique, Shay dut réprimer un frisson et Coran ne put que compatir.

Ce n'était pas naturel.

Ils conférèrent brièvement à voix basse, loin du garçon et de Lance, qui s'était lancé dans une histoire sur la fois où « Tía Lena et moi, on pourchassait un chat et on s'est retrouvés coincés dans un arbre. Heureusement que Luz et Mateo étaient chez Abuela Sofia ce jour-là, ou j'en entendrais encore parler ».

Puis Shay les rejoignit et infusa sa quintessence dans le corps de l'enfant, nettoyant la corruption d'Haggar. Coran, pendant ce temps, prit un bocal d'échantillonnage dans la petite pièce de stase et se dirigea vers la salle des capsules, Allura sur les talons.

— Comment va-t-il ? demanda cette dernière à voix basse, observant l'infirmerie comme pour s'assurer que personne ne les écoutait.

Coran hésita, posant le bocal sur la console centrale avant de se diriger vers une capsule pour en ouvrir un panel latéral à la base.

— Il a beaucoup souffert. Physiquement et psychologiquement, sans compter les dégâts qui ne sont pas encore apparents.

Coran fixa l'intérieur de la capsule. Le blindage était solide, fait pour garder la quintessence à l'intérieur, où elle pourrait être utile au patient, et pour empêcher la moindre interférence.

— Mais il s'en remettra.

Coran recula, plissant les lèvres.

— Je l'espère sincèrement.

Ils restèrent sans rien dire un moment, le temps que Coran prépare la capsule et relie quelques petits cristaux que Shay avait récoltés sur Matt. Ils avaient réussi à drainer la quintessence synthétique du bras de Shiro de cette manière, donc si Coran s'y prenait bien, il pourrait s'en servir à nouveau au cas présent.

Il replaçait le panel latéral, son œuvre terminée, quand Allura reprit la parole :

— C'est un Altéen.

Coran rencontra son regard. C'était peut-être une déclaration évidente, mais Coran en était tout aussi estomaqué. Un Altéen. Ici. En vie. Coran avait l'impression qu'il allait cligner des yeux et se rendre compte que tout ceci n'était qu'une illusion.

— C'est un Altéen, répéta Coran et, quelque part, le dire à voix haute rendait tout cela plus réel rendait la présence de l'enfant plus réelle.

Allura s'enveloppa de ses bras, les yeux fixés sur la porte de l'infirmerie.

— Tu crois qu'il vient de la Nouvelle Altéa ?

Coran ne dit rien. Ce n'était pas qu'il n'y avait pas réfléchi, ni même qu'il pensait qu'Allura avait tort. En réalité, il pensait bel et bien que cet enfant provenait des vestiges de la culture que Zarkon avait détruite dix mille ans plus tôt.

Il ne dit rien justement parce qu'il était si sûr de ses présomptions. Il n'était pas assez bête pour prendre ses vœux pour la réalité. Il croyait que le garçon provenait de la Nouvelle Altéa parce qu'il voulait que ce soit la vérité et non parce qu'il en avait la preuve. Il pouvait tout aussi bien venir d'une petite bande de survivants altéens qui parcouraient l'univers ensemble. Ou encore d'une rébellion comme celle d'Anamuri, un refuge pour les rescapés et les parias de toutes sortes. Il ne savait peut-être pas d'où il venait. Les orphelins cherchant leur place dans l'univers n'étaient pas si rares en temps de guerre et Haggar pouvait l'avoir trouvé au sein de l'Empire, grâce aux rumeurs de son héritage.

— Je ne sais pas, dit Coran. Je l'espère, mais nous n'en serons sûrs que lorsqu'il sera assez remis pour nous raconter son histoire.

Allura acquiesça, le visage coincé dans un mélange d'espoir et d'agonie. Puis les autres entrèrent, le garçon, délesté de l'armure de Lance, toujours accroché à la main de ce dernier. Shay restait en retrait et regardait Coran, l'air interrogateur. Il hocha la tête et elle toucha le coude de Lance.

— Ok bonhomme, dit Lance en s'arrêtant. T'es prêt ?

Le garçon fixa la capsule cryogénique un long moment, puis se tourna vers Lance.

— Tu t'en vas ? demanda-t-il à voix basse.

Lance sembla pris de court par la question et s'agenouilla aussitôt, prenant l'enfant par les épaules.

— Jamais de la vie. J'ai des trucs de paladin à régler pendant que tu te reposes, mais je serai là à t'attendre quand tu te réveilleras. Promis juré.

Il leva son petit doigt dans un geste que Coran ne reconnut pas. Le garçon non plus, visiblement. Défaillant, Lance se tourna vers Coran et Allura.

— Vous connaissez pas l'équivalent de ce genre de promesses en altéen, par hasard ?

Allura fronça les sourcils et Coran haussa les épaules.

Lance agita la main.

— Tant pis. (Il leva à nouveau son petit doigt et l'enroula doucement autour de celui du garçon.) C'est un truc d'humain, ok ? Ça veut dire que c'est une promesse que je peux pas briser.

Le garçon le dévisagea, l'ombre d'un sourire sur les lèvres, puis pivota et entra dans la capsule. Coran initialisa la séquence de soin, puis observa la capsule un moment, s'assurant qu'elle extrayait bien la quintessence synthétique, assez lentement pour ne pas faire pression sur le corps de l'enfant.

— Et maintenant, on patiente, finit-il par dire.

Allura hocha la tête.

— Lance ?

Lance fit un son distrait, son regard s'attardant sur le garçon qu'on apercevait toujours à travers la brume glaciale recouvrant l'intérieur de la capsule.

— Je voulais m'excuser.

Lance sursauta et se tourna vers elle.

— Quoi ?

— Je suis désolée, dit Allura. Pour ce que je t'ai dit. Perdre Shiro… ce n'est pas de ta faute. J'étais… bouleversée et j'ai mal réagi.

— C'est rien. (Lance passa la main dans ses cheveux et força un petit sourire.) Trouvons juste un moyen de le récupérer.


Pidge se plongea dans le code du bras de Shiro sans perdre de temps. Iel en avait une copie sur son ordinateur portable, son poste sur la passerelle et l'ordinateur de son armure de paladin, tous reliés les uns aux autres pour que les annotations qu'iel ajoutait se retrouvent partout. Quand Pidge, Hunk et Ryner retrouvèrent Matt et Keith sur la passerelle, iel ne se laissa surprendre qu'un instant par la présence de Keith (iel l'aurait cru déjà parti pour la salle d'entraînement) avant de s'installer à son poste pour ouvrir le dossier qu'iel avait intitulé Haggar fait de la merde.

Iel savait que c'était inutile, évidemment. Après tout, cela faisait trois semaines qu'iel se penchait sur ce même problème sans obtenir le moindre résultat.

Bon, ok. Iel avait trouvé des trucs, notamment vingt manières différentes de rendre le bras hors d'usage. Mais ça ne ferait que l'immobiliser ou le rendre incapable de s'activer, sans briser le contrôle d'Haggar sur Shiro si, comme iel le pensait, l'override avait un process indépendant au sein du bras. Sa seule découverte d'intérêt était un interrupteur manuel, mais iel doutait sincèrement qu'Haggar laisse Shiro se tenir immobile assez longtemps pour que Hunk ou Matt puissent y jeter un coup d'œil.

Alors Pidge devait résoudre le puzzle. Le code contenait un override quelque part et s'iel pouvait le trouver, ils pourraient tous mettre fin à ce cauchemar.

Si iel le trouvait et si iel pouvait pirater le bras de Shiro à distance et si iel pouvait le trouver et le ramener pour qu'Haggar ne puisse pas le tuer une fois qu'il serait libéré de son emprise.

Grognant, Pidge examina le code, parcourant lentement le dossier à la recherche de quelque chose qu'iel aurait pu manquer auparavant. Ses yeux piquaient, le sang battait à ses tempes et iel ne se souvenait pas de sa dernière nuit de sommeil complète (ça devait remonter à avant qu'iel apprenne l'existence de l'override, c'était certain).

Iel continua de travailler malgré tout.

Hunk et Ryner se tenaient tout près, sans toucher Pidge, mais les mains posées sur son siège, envahissant son espace personnel. Ce n'était rien. Ce n'était pas grave. Pidge pouvait les ignorer… mais leur présence droite et crispée lui pesait, leur regard créant un poids sur sa nuque alors qu'ils respiraient fort, bien trop fort pour l'état hypersensible de Pidge.

— Je peux t'aider ? finit par demander Hunk, et Pidge remercia le ciel de ne pas avoir à aborder le sujet iel-même.

— Non, répondit-iel brusquement. J'ai juste besoin d'espace.

Iel avait vaguement conscience que rejeter une offre pareille était malpoli. Iel avait également conscience qu'iel aurait pu lui hurler dessus, alors un peu d'impolitesse ne lui ferait pas de mal, tout compte fait. Iel avait vraiment besoin d'espace et Hunk ne pouvait vraiment pas l'aider.

Keith faisait les cent pas de l'autre côté de la passerelle, une autre distraction qui n'aurait pas dû lui paraître si dérangeante. Mais le son de ses pas lui faisait l'effet des petits souffles d'air dont se servait un ophtalmologiste pour détecter la présence d'un glaucome : seul, ce n'était pas gênant, mais les défenses mentales de Pidge étaient faibles et iel tressaillait à chaque tapotement métallique.

Dans un sens, puis dans l'autre, tap, tap, tap, il tourne les talons, tap, tap. Un grondement frustré, puis tout recommence.

Il devrait frapper le mur, ça lui ferait plus de bien.

La conversation échappa à Pidge, son bourdonnement comme une mouche dans un coin de son esprit.

— On va le trouver. C'est sûr.

C'était Matt, assis au poste du paladin rouge, la tête entre ses mains, levant les yeux de temps à autre pour regarder Keith faire les cent pas.

— Vraiment ? répondit Hunk, toujours bien trop près de Pidge, sa nervosité faisant crépiter l'air comme un pétard. On sait même pas où elle l'a emmené. Et si on le revoyait jamais ? Et s'il était déjà mort ? Et si elle a repris ses expériences ? Et si elle l'a envoyé s'en prendre à un peuple sans défenses ? Et si– ?

Tais-toi.

Keith. Il reprit presque aussitôt son flot de murmures… galrans ? Le château ne semblait pas le traduire, sûrement parce qu'il parlait trop bas pour que Pidge puisse l'entendre. En tout cas, il s'interrompit juste le temps de s'en prendre à Hunk, qui tressaillit si violemment que Pidge le sentit, comme un frisson qui brisait sa concentration.

Fermez-la, avait-iel envie de dire. Mettez-la en veilleuse et laissez-moi me concentrer. Iel voulait s'en aller. Voulait se barricader dans son lion et oublier l'existence du reste de l'univers jusqu'à ce qu'iel ait résolu le problème. Pas de nourriture, pas de sommeil, pas d'inquiétude, pas de distraction.

Mais Allura allait les rejoindre d'une minute à l'autre pour discuter d'un plan qui leur permettrait de sauver Shiro. Pidge se devait d'y assister.

Alors iel se mura dans le silence et essaya de se concentrer sur son écran, même quand chaque reniflement, chaque pas, chaque juron éloignait son esprit de ce qu'il était censé accomplir. Ryner tentait de les calmer, de rediriger leur énergie sur l'analyse de la situation, ce que Pidge jurerait louable s'iel n'était pas tendu∙e au point qu'iel pourrait voler en éclats à tout moment.

Quand Allura arriva avec les autres, Matt se rongeait les ongles, regardant fixement le sol, Hunk, qui avait rejoint son poste de paladin, était au bord de la panique et Keith s'était déplacé à l'avant de la passerelle où il s'était enfin arrêté pour frapper une console (ce qui ne fit aucun dégât).

Ryner fut la seule à réagir à leur arrivée, poussant un soupir de soulagement et laissant sa place au cœur de la tempête à Allura. Pidge avait conscience de tout ce qui se passait, incapable de s'en distraire, aussi survolté∙e qu'iel était. Chaque petit bruit ou mouvement lui irritait les sens, comme si la mouche dans son esprit s'était empêtrée dans une toile d'araignée et ne cessait de l'agiter.

Sa perception ne faisait aucune discrimination. Pidge remarqua le pas lourd et rapide d'Allura quand elle s'avança, le ton contrôlé de sa voix quand elle prit la parole. Iel remarqua également le hoquet de Hunk quand il s'accrocha à la détermination du paladin noir, vit Keith pivoter pour la regarder, sentit le tapotement du pied de Matt sur le sol, faisant vibrer sa propre jambe.

Iel prit alors conscience qu'iel gigotait de la jambe. Iel ne savait pas quand iel avait commencé, mais s'arrêter maintenant lui demanderait trop d'énergie.

— Mais il s'en remettra ?

La question de Ryner trancha sa fixation et iel se rendit compte que les autres avaient entamé une conversation sans iel. Les yeux rivés sur le code toujours affiché à l'écran, iel essaya de comprendre de qui Ryner parlait.

— Nous le pensons, dit Allura. C'est difficile de dire ce qu'Haggar lui a fait subir, mais Coran dit que…

Elle hésita, regardant sûrement Coran, et l'esprit de Pidge saisit enfin le sujet de la discussion.

L'Altéen.

— Il… n'est pas en bon état, fit Coran avec hésitation. Il a de nombreuses blessures relativement mineures que la capsule soignera en un rien de temps. Il est également sous-alimenté, mais ça devra attendre son réveil. Ce qui pose vraiment problème, c'est la quintessence synthétique qui se trouve en lui.

Cela fit éclater la bulle qui entourait Pidge et iel pivota, regardant Coran d'un air ahuri.

— De la Q-synthétique ? s'exclama-t-iel. Mais c'est–

Le projet Robeast. De quoi s'étonnait-iel ? Lance avait dit que l'enfant était un pilote. Bien sûr qu'il avait de la Q-synthétique en lui Pidge avait lu une assez grande partie des notes de recherche du laboratoire de Maorel pour le savoir, mais…

— La Q-synthétique fait pourrir le corps. C'est pour ça que les pilotes de Maorel étaient en stase. Est-ce que cet enfant–

— Non, dit Lance avant que Pidge ne puisse finir sa question. Non, il était juste dans une cellule.

Iel se tourna vers Coran, qui leva les mains.

— Peut-être qu'ils l'ont juste sorti de stase pour la bataille ? Je ne sais pas, Pidge.

— Il lui reste un peu de sa propre quintessence, proposa Shay, qui était allée s'asseoir à côté de Hunk pour lui frotter le dos avec ses mains brillantes. (Il semblait respirer plus facilement désormais, ce que Pidge considéra comme une bonne chose.) Ça l'a peut-être aidé ?

Coran passa les doigts dans ses cheveux, qui étaient plus plats que d'habitude.

— C'est possible. Les Altéens peuvent mieux contrôler le flux de quintessence de leur corps que la plupart des espèces. Il a peut-être tiré de la quintessence organique du cristal du vaisseau pour compenser les dégâts causés par ce qu'Haggar lui a donné. On ne le saura vraiment que lorsque le garçon pourra nous en parler.

— Alors pourquoi on en parle encore ? voulut savoir Keith.

Il avait rejoint le groupe, les oreilles plaquées contre son crâne, les yeux plissés. Pidge regarda sa main et vit du sang violet s'écouler de ses phalanges, là où il avait frappé la console.

— Shiro est en danger. On est censés trouver un moyen de le récupérer !

Hunk tressaillit et Pidge sentit un frisson désagréable remonter dans son dos, sûrement causé par le ton tranchant de Keith, le rappel que Shiro se trouvait entre les griffes d'Haggar ou encore par les regards affligés qu'on lui rendait. Tout n'était plus qu'un tourbillon d'énergie nerveuse et de pensées brouillons et Pidge ne se sentait pas en mesure de dénouer le nœud d'émotions qui s'était créé au fond d'iel.

Allura, dieu merci, maintint son calme, adressant à Keith un regard fixe jusqu'à ce qu'il recule en marmonnant des excuses.

— Tu as raison, dit-elle alors. Commençons par évaluer nos options.

— Nos options ? répéta Matt.

Pidge n'aimait pas le ton sourd de sa voix. Elle était vide et froide, et il regardait Allura d'un air mécontent.

— On va le sauver. De quelles options tu parles ?

— Tu ne penses pas sérieusement à l'abandonner, pas vrai ? ajouta Keith.

Allura se hérissa.

— Bien sûr que non. Je parlais de la manière de procéder. Je suis sûre que vous avez tous les deux envie de le récupérer par la force, mais je veux m'assurer que c'est le meilleur plan dont nous disposons avant de nous y engager.

Matt se calma, son regard retournant au sol et, marmonnant dans sa barbe, Keith reprit ses cent pas. Avec un soupir, Allura se tourna vers les autres paladins.

— Haggar accepterait-elle un échange ? demanda Ryner, avant de lever les mains quand Keith et Lance lui jetèrent un regard noir. Ce n'est qu'une question. Je la connais moins bien que vous.

Lance se passa les mains sur le visage, soufflant bruyamment.

— Elle n'est pas vraiment du genre à négocier. Même si on avait quelque chose qu'elle voudrait plus que Shiro, je ne lui ferais pas confiance pour respecter l'accord.

— Alors peut-être qu'une distraction fonctionnerait mieux, dit Shay. Pouvons-nous envoyer un message à Rolo et Nyma, leur demander de récupérer Shiro discrètement pendant que nous nous en prenons à Haggar ?

Lance plissa le nez, mais ne rejeta pas la suggestion immédiatement, à la surprise de Pidge. Iel n'aurait jamais cru que Lance puisse faire confiance à Nyma pour quoi que ce fut, encore moins concernant la vie de Shiro.

— Puisqu'on en parle, dit-il. Et l'Entente, alors ? Hythan nous a demandé de sauver quelqu'un et, bon, ça s'est pas bien passé, mais s'ils pensent sérieusement à s'allier à nous, ils pourraient nous envoyer quelques espions pour nous aider.

— Malheureusement, nous n'avons aucun moyen de contacter l'Entente, dit Allura. Le canal qu'ils ont utilisé n'est pas sécurisé. De plus, ils n'y ont peut-être plus accès.

— Planifier quoi que ce soit avec quelqu'un d'autre prendra trop de temps, dit Keith. Peu importe ce qu'Haggar compte faire de lui, elle va agir vite. Il faut qu'on le trouve maintenant.

Keith ne dit pas qu'il partirait à la recherche de Shiro tout seul si les autres n'agissaient pas assez vite, mais c'était sous-entendu. Pidge était persuadé∙e que Matt le suivrait si ça en arrivait là, mais pour l'instant, il ne réagissait pas il prêtait visiblement attention à la conversation, mais il participait à peine. Son regard était distant, rappelant à Pidge les premiers jours après l'avoir retrouvé, quand il semblait voir Vel-17 partout autour de lui.

Allura aurait pu confier le sauvetage à Rolo et Nyma (peut-être pas à un étranger sans visage de l'Entente), mais d'après son air entêté, elle ne l'aurait pas fait de bonne volonté. Keith et Matt lui avaient donné toutes les excuses pour rejeter l'idée.

— Très bien, dit-elle. Donc soit nous trouvons où Haggar est allée, soit nous trouvons un moyen de l'attirer à découvert, avec Shiro, pour que nous puissions l'attaquer sur notre terrain.

— Ce serait bien de pouvoir choisir notre champ de bataille, dit Lance d'un air pensif, mais on peut pas être certains qu'Haggar amènera Shiro. Elle saura que c'est notre but, pourquoi prendre le risque ? À moins qu'elle soit ultra confiante de son contrôle sur lui.

Pidge se redressa, voyant tout de suite où Lance voulait en venir.

— Alors on doit les retrouver, conclut-iel, se penchant à nouveau sur son écran.

Iel n'hésita qu'un instant avant de fermer la fenêtre affichant le code du bras. C'était un espoir futile, de toute manière.

— Je vais nous trouver un endroit pour infiltrer le réseau galra principal. Un centre de communication, de commandes ou autre. Laissez-moi une demi-heure.

— D'accord, dit Keith avant de se tourner vers Allura. Ça vous laisse le temps à toi et Lance de passer en capsule cryogénique.

Lance ouvrit la bouche et Pidge crut qu'il allait protester juste par principe, mais il s'interrompit en se frottant l'épaule.

— Ok, dit-il. Ouais, c'est sûrement une bonne idée.

Keith hocha la tête, les yeux rivés sur Allura, qui lui rendit son regard d'un air peu convaincu.

— Je n'ai pas besoin de soins.

Keith gronda d'une façon étonnamment similaire à celle d'un chat en colère. Pidge pivota pour le regarder et les autres aussi. Même Lance, qui se dirigeait alors vers la sortie, s'arrêta.

Keith les ignora tous.

— Je ne te demande pas ton avis.

— Qu– (Allura se retint visiblement de crier et prit une profonde inspiration.) Ma vie n'est pas en danger, Keith, et tout le monde doit se préparer à la mission. Comme tu l'as dit toi-même, le temps presse.

— Tu n'as rien de mieux à faire tant que Pidge n'aura pas trouvé notre cible.

Hunk fronça les sourcils, l'air perplexe.

— Depuis quand tu t'inquiètes autant ?

Pidge ne put voir le regard que Keith lança à Hunk, mais ce dernier recula, levant les mains dans un geste apaisant.

— Allura, reprit Keith, s'efforçant clairement de garder son calme. Si tu te soucies de Shiro autant que je le pense, tu iras dans une capsule de soin.

Allura secoua la tête.

— J'ai connu bien pire que ça, Keith, je te l'assure–

— Tu as l'empreinte de la main de Shiro autour de ta foutue gorge, Allura !

La voix de Keith se brisa alors qu'il agitait les mains dans un geste qui figea Pidge. Il tremblait et iel se rendit compte que ce n'était pas de rage. Il avait peur. Pidge ne pensait pas l'avoir vu si effrayé avant.

— Tu crois qu'il va penser quoi quand il reviendra et que cette cicatrice lui mangera les yeux pour le reste de sa vie ?

Il regarda autour de lui, attendant une réponse, mais les autres paladins restèrent silencieux, bouche bée. Aucun d'entre eux n'avait envisagé la chose sous cet angle. Pidge non plus et iel se sentait bête de ne pas y avoir pensé.

Laissant ses bras retomber le long de son corps, Keith exhala.

— Tout ce qui nous arrive. La moindre cicatrice, la moindre blessure, la moindre égratignure Shiro s'en sentira responsable. Vous en êtes conscients, j'espère ? (Son regard se posa sur Pidge et iel se tourna vivement vers son écran.) Je veux sauver Shiro, pas l'assaillir de culpabilité pour des choses sur lesquelles il n'a aucun contrôle. Alors je t'en prie, Allura, va t'en occuper avant que ça ne cicatrise.

Pidge ne fut pas étonné∙e quand Allura suivit Lance hors de la pièce sans dire un mot.


— Naomi m'a envoyé un message. Il se passe quelque chose en ville, ce soir.

Akani leva les yeux quand Akira entra dans la cuisine. Karen tendit le cou depuis le salon où elle travaillait avec Eli. Ni Lana ni Akani ne savaient ce qu'ils traficotaient, mais quoi qu'il s'agisse, cela envenimait leur conversation à voix basse.

Iverson, supposa Akani.

— Naomi ? s'enquit Lana.

Akira la regarda avec surprise, comme s'il avait oublié que Karen avait d'autres invités. Les Kahale s'étaient emparées du lit double dans l'ancienne chambre de Matt, forçant Akira à prendre la chambre de Pidge. Il s'était proposé de dormir sur le canapé, ne voulant pas violer l'intimité de Pidge en s'y installant sans sa permission, mais Karen avait insisté.

Iel t'adorait, avait dit Karen avec un faible sourire. Je suis sûre qu'iel ne t'en voudrait pas.

Akani se demanda si elle était la seule à avoir remarqué que Karen parlait de Pidge au passé.

— Oh, dit Akira, agitant vaguement son téléphone. C'est… une amie, si on veut. Elle travaille pour la Garnison. Elle m'a sauvé la vie une fois.

— Elle nous envoie des infos qu'elle pense utiles, ajouta Eli, le son de ses clés recouvrant un peu sa voix.

Il s'interrompit, le silence soudain brisé par un juron de Karen.

Les sourcils d'Akira se froncèrent.

— Quoi ? demanda-t-il. Qu'est-ce qui se passe ?

— Il y a une commémoration, dit Eli. Pour les enfants.

La question de savoir s'ils y allaient ou pas ne se posa pas. Pour Hunk, pour son fils, Akani aurait tout fait et passer trois quarts d'heures sur la route au cœur de Carlsbad n'était qu'un petit prix à payer.

Le trajet se déroula en silence, Akani s'appuyant sur l'épaule de Lana tandis que le crépuscule tombait autour d'eux. Les lumières de la ville brillaient comme des étoiles et Akani fut frappée par son manque de personnalité, malgré les rues bondées, les klaxons et les cris qui lui parvenaient par bribes.

La commémoration, en revanche, avait une allure intime. La foule avait envahi un parc, des téléphones et des bougies s'allumant alors que le soleil disparaissait à l'horizon. Il y avait trop de monde pour les compter, bien plus qu'Akani ne l'attendait, et il fallut moins d'une minute pour qu'on reconnaisse Karen et Akira. Le visage d'Eli n'était pas très connu, mais la foule savait son nom et plus d'une personne offrit étreintes et sourires aux femmes Kahale quand on les présenta.

C'était surréel, pensa Akani, qu'autant d'étrangers connaissent le nom de son fils.

Des conversations à voix basse s'élevèrent autour d'eux, Akira et Karen s'arrêtant pour parler aux familles des élèves de la Garnison et à des étrangers compatissants. Eli fit avancer Akani et Lana jusqu'au centre de la foule où on avait affiché des photos géantes de Hunk, Lance, Pidge et Val. Des bougies, des fleurs, des notes et d'autres offrandes parsemaient le sol autour des photos, faisant resurgir un chagrin qu'Akani pensait avoir surmonté.

À côté du sanctuaire, non loin de la photo de Pidge, un deuxième monument s'était construit, plus petit que le premier, presque enfoui sous les offrandes qu'on y avait posées. Curieuse, Akani s'y dirigea, ravalant ses larmes en s'agenouillant pour regarder la photo : elle représentait trois hommes en uniforme de la Garnison, debout devant une navette, le plus petit des trois se tenant au milieu, les bras autour des épaules de ses compagnons.

— C'est l'équipage du Perséphone, fit une voix dans son oreille.

Elle pivota et se retrouva face à Akira, dont l'expression était pincée. Même dans l'obscurité, Akani n'avait aucun mal à discerner sa ressemblance avec l'homme à gauche de la photo. Le visage de Takashi était plus carré que celui de son frère, ses épaules plus larges et ses cheveux plus courts, mais ils avaient les mêmes yeux et le même sourire.

Mais Akira ne souriait pas. Il se tenait droit et figé, les yeux fermés comme s'il souffrait.

— Je ne pensais pas qu'on se souviendrait encore de lui, murmura-t-il.

Le cœur d'Akani se serra. C'était déjà difficile de perdre un membre de sa famille. Déjà difficile, comme Akani l'apprenait, de voir la nation s'approprier cette perte. Mais le Perséphone s'était effacé de l'esprit de tous après seulement quelques semaines, comme si son équipage n'avait jamais vraiment existé.

Se levant, Akani posa une main sur le bras d'Akira et il lui offrit un faible sourire.

— C'est pas gentil de me faire ça, dit-il, les yeux brillants. C'est un coup bas.

Son rire ne les convint ni l'un ni l'autre, mais Akani l'attira dans une étreinte.

— Je ferai tout pour qu'il ne soit pas oublié, murmura-t-elle. Pour qu'aucun d'entre eux ne soit oublié. Je te le promets.


Matt arrivait de mieux en mieux à compartimenter les choses.

Shiro avait disparu et à l'heure actuelle, il était certainement torturé ou sujet d'expériences folles. Voltron s'effondrait. Ils avaient tous foncé tête baissée au premier centre de communication galra que Pidge avait pu trouver sur les scanners longue portée.

Et tout ce à quoi Matt pouvait penser, c'était qu'il venait d'abattre son seizième ennemi de la journée. De la pointe de son épée s'écoulait du sang d'un violet brillant surnaturel qui paraissait noir par moments. Des cris résonnaient autour de lui et Pidge parlait de trouver un terminal de contrôle, mais Matt ne l'entendait pas.

En d'autres circonstances, ça l'aurait peut-être inquiété. Mais son inquiétude avait été rangée au plus profond de son esprit, là où se trouvait sa peur, sa culpabilité et la part de lui qui avait replongé dans les abîmes boueux de Vel-17 quand Haggar avait disparu, les griffes plongées dans l'épaule de Shiro.

Du feu dans ses os. Des griffes lui saisissant le menton, le forçant à regarder le chercheur dans ses grands yeux jaunes.

Non, compartimente.

Matt s'empara du souvenir de ses mains ensanglantées et le rejeta dans les tréfonds de son esprit tout en coupant une sentinelle en deux. Keith, devant lui, se battait avec une fureur aveugle, son épée parsemée de taches de sang brûlé qui grésillait encore sur le courant d'énergie qui parcourait sa lame.

Pidge et Allura menaient la charge, mais seulement parce que les deux paladins rouges avaient pris les arrières, retenant les gardes qui tentaient de leur barrer le chemin de la salle de commandes où ils chercheraient l'endroit où Haggar avait emmené Shiro.

La cicatrice de Shiro, d'un blanc immaculé, devenue rouge de sang frais, des lignes de feu liquide apparaissant sur sa peau. Il criait, se débattant au toucher d'Haggar tout comme Matt s'était débattu sous les scalpels des chercheurs de Vel-17. Ses yeux perdirent leur éclat, tournant au gris terne avant qu'un fin film jaune ne les recouvre à nouveau.

Un Galra passa sous sa garde, le jetant par terre alors que d'autres images l'assaillaient, un mélange de souvenirs des tortures qu'il avait endurées, de cauchemars ayant Shiro pour vedette et de pensées horribles sur ce qu'il devait traverser à l'heure actuelle. Son corps oublia comment respirer, comment bouger, et il se replia sur lui-même, les jambes contre son torse, les bras autour de son crâne, se préparant à être passé au tabac par les gardes.

Ce n'est pas réel.

Tu n'y es pas.

Compartimente.

Quelqu'un poussa un rugissement, des lumières s'allumèrent et, le temps que Matt se force à se redresser, Hunk l'avait rejoint, repoussant les Galras avec son bayard pendant que Keith reprenait son souffle, les mains tremblantes, l'armure tachée de sang. Matt ne savait pas si c'était le sien.

Hunk était accroupi devant lui, le regardant avec inquiétude, et il se rendit compte que le couloir était plongé dans le silence.

— Est-ce que ça va ?

Se maudissant, Matt se leva, la douleur lui brûlant le genou, cristaux et cicatrice réveillés par ses souvenirs et ajoutant leurs cauchemars à ceux qui battaient déjà dans son crâne. Il ne pouvait pas se laisser distraire. Il devait se concentrer. Shiro avait besoin de lui.

Repoussant les mains de Hunk, Matt pivota et se dirigea vers la porte où s'étaient rassemblés les autres. Enfin, il était plus exact de dire qu'il y boitilla, mais il ne l'admettrait jamais.

Shay et Ryner étaient restées dans l'espace avec les lions jaune et vert, prêtes à traverser la coque pour les sauver en cas d'urgence, si bien qu'il n'y avait que Lance, Pidge et Allura qui l'attendaient. L'attention de Pidge était portée sur le verrou, qu'iel indiquait à Rover de pirater tandis que Lance et Allura gardaient l'entrée. Ils se tournèrent tous les deux vers Matt à son approche et il ignora vaillamment leurs regards.

Il avait la tête pleine de souvenirs et de rêves cherchant à capter son attention, à détruire les murs des boîtes qu'il avait fabriquées pour les contenir. Au moindre choc, il se noierait dans l'obscurité qu'il avait tant voulu fuir. Il pensait s'en être débarrassé, mais il avait suffi qu'il perde Shiro pour qu'elle s'échappe des fissures de son armure, le remplissant des pieds à la tête, l'entraînant comme des sables mouvants vers le trou béant au fond de lui, là où aurait dû se trouver Shiro.

Il cligna des yeux et Pidge était déjà dans la pièce, Hunk et Lance avec iel. Allura le regardait avec pitié.

Il se détourna d'elle.

— On le retrouvera, murmura Allura.

Au moins, Keith était à côté de lui. Au moins, il pouvait prétendre que c'était Keith qu'elle cherchait à rassurer.

Il prit une profonde inspiration et recouvra de terre les os de son passé jusqu'à n'avoir plus qu'un terrain sombre et plat. Il abritait certes une tombe, mais au moins il était calme.

Il arrivait de mieux en mieux à compartimenter les choses, mais pas assez.

Quand Allura posa une main sur son bras, la terre compactée au fond de lui se mit à s'effriter, mais avant qu'il ne puisse être emporté par une tornade d'émotions, Pidge poussa un cri de triomphe devant son ordinateur.

— Je l'ai trouvé ! cria-t-iel, le soulagement faisant trembler sa voix. Je sais où il est.

Lance poussa un long soupir, la respiration tremblante.

— Bien joué, Pidge. Allons le chercher.