Dans le chapitre précédent : Haggar s'est emparée de Shiro, d'Allura et du lion noir. Keith et Matt ont été grièvement blessés dans l'affrontement et, bien que Keith s'en soit remis après quelques heures de stase, Matt souffre toujours des effets d'un afflux massif de quintessence qui fait croître ses cristaux de manière incontrôlable.

À l'issue de trois batailles consécutives, l'équipage ne tient plus qu'à un fil, l'anxiété et la frustration mettant tout le monde à cran. Lance a pris les devants, donnant des instructions à tous pour se préparer à récupérer leurs amis prisonniers, avant de se mettre à chercher un plan d'attaque. Pendant ce temps, Wyn, le jeune altéen sauvé sur le vaisseau d'Haggar, est sorti de sa capsule de soin et a révélé provenir de la Nouvelle Altéa, un sanctuaire peuplé par des Altéens et des Galras.

Note de l'auteur : J'ai ajouté quelques minis-fics à la collection de fluff, Finding Family. J'ai encore quelques suggestions sous la main avant de commencer la prochaine histoire complémentaire, qui accompagnera Someplace Like Home à partir du chapitre 24.

Je vous propose en attendant d'aller voir l'adorable dessin d'Azra sur mon Tumblr (NdT : et le mien), parce que tout le monde a besoin d'une adorable petite Galra qui fait tournoyer sa robe pour illuminer sa journée :)

Quelques avertissements pour ce chapitre : La première scène évoque des pensées suicidaires, accompagnées d'une discussion plus générale sur le thème de la mort et de la violence. Vous pouvez facilement passer jusqu'au premier changement de scène et commencer à lire à partir de « Shiro ferma les yeux » si vous voulez.

L'anxiété est également… très présente dans ce chapitre, avec quelques petites crises d'angoisse. Rien de bien plus intense que le reste de cet arc, mais assez omniprésente pour qu'on ne puisse pas vraiment l'ignorer, alors lisez prudemment.


Chapitre 21

Ce qui s'impose

Notes de recherche du Projet Robeast

Entrée #516

Trois mois avant le retour de Voltron

Le prisonnier 117-9875 [Notes de Pidge : Shiro] a été réintroduit aujourd'hui dans l'Arène pour tester sa prothèse et la puce de contrôle. La démonstration s'est bien passée, bien qu'elle ait soulevé des questions sur l'efficacité à long terme de ce programme, au vu de la réaction de 117-9875 à la procédure.

Malheureusement, malgré les protestations de Dame Haggar, le sujet a été retiré du projet et placé sous la garde d'un autre Prince. Selon les rapports, le prisonnier s'est porté volontaire pour entrer en poste à l'armée et a juré fidélité à l'Empereur Zarkon.

Nous avons obtenu la permission de ne pas désactiver la puce de contrôle par précaution, dans le cas probable de la trahison du prisonnier.


Matt était allongé sur le sol, des cristaux poussant sur sa peau. Derrière lui se trouvait Keith, son immobilité et sa petite taille jurant avec son souvenir de celui qui avait défié sa race entière pour empêcher Haggar de mettre la main sur Shiro dès le départ.

— Non…

Les spectres de Keith et de Matt se tenaient au-dessus de leurs corps froissés, les fixant d'un regard vide. Ils avaient l'air… confus. Le spectre de Keith était fin, presque translucide, et semblait inconscient de ce qui l'entourait. Et peut-être même de lui-même.

Matt, cependant, brillait de mille feux, des éclats bleus courant sous sa peau et se rassemblant dans ses yeux. Quand il les leva, son air accusateur brisa le cœur de Shiro.

C'est ta faute, Shiro. Tu nous as tués.

— Matt… Je suis désolé… Keith…

Quelque chose de doux et froid lui effleura le front, le tirant brusquement de son rêve.

— Tout va bien, Shiro, murmura Allura. Tout va bien.

Shiro ouvrit les yeux dans l'obscurité. Un rai de lumière s'échappait de sous la porte de leur cellule, suffisant pour qu'il puisse deviner la silhouette d'Allura penchée sur lui. Leur cellule aurait été petite pour un prisonnier à deux, elle était tout bonnement oppressante. Allura était assise contre le mur du fond, la tête de Shiro sur ses genoux. Il n'avait pas la place d'étirer les jambes et ses genoux lui faisaient mal, indiquant qu'il devait s'être cogné pendant qu'il était inconscient.

Ce n'était pas le sommeil qui le prenait de temps à autre, bien qu'il essayait de s'en convaincre. Dormir voulait dire se reposer. Dormir voulait dire que c'était des cauchemars qui le tiraillaient et non des souvenirs.

— Je les ai tués, murmura-t-il, fixant sa prothèse.

Elle luisait de façon presque imperceptible, comme une ampoule qui s'accrochait à sa lumière quelques secondes après qu'on l'ait éteinte. Il pouvait voir jusqu'où le métal courait, aperçut vaguement ses doigts quand il se força à desserrer le poing. Il pouvait voir la fissure qui partait de son poignet et rejoignait presque son coude. Elle l'empêchait de bouger son bras correctement et empêchait également Haggar de garder le contrôle longtemps. Celle-ci apparaissait sans cesse dans son esprit, le faisant plonger sous la surface d'un lac sombre et glacial, avant de disparaître à nouveau et le laisser refaire surface pour reprendre désespérément son souffle.

— Tu ne les as pas tués, Shiro, dit Allura d'un ton calme profondément frustrant. (Elle écarta les mèches de cheveux qui recouvraient son front.) Ils sont encore en vie.

— Tu les as vus ? demanda-t-il. Après que… Merde.

Des larmes se pressèrent derrière ses yeux, de plus en plus difficiles à ignorer.

La main d'Allura s'arrêta un instant et elle soupira, rappelant à Shiro à quel point elle était épuisée. Dès que Shiro plongeait dans les ténèbres, elle était également emportée.

— Non. Je ne les ai pas vus.

— Moi oui, dit Shiro.

Il les voyait sans cesse : deux de ceux qu'il aimait le plus dans l'univers, mourant des blessures qu'il leur avait infligées. Il espérait qu'Allura avait raison, espérait désespérément qu'il ne les avait pas tués, mais il n'arrivait pas à y croire.

Et s'ils avaient survécu ? Aucun d'entre eux ne pourrait plus jamais le regarder. Aucun d'entre eux ne lui ferait plus jamais confiance. (Et ils auraient raison, se dit Shiro. Ils n'auraient jamais dû me faire confiance.)

— Il n'est pas trop tard, murmura Shiro. Tu peux toujours–

— Non. (Le ton d'Allura était dur et la main qui ne lui caressait pas les cheveux se resserra sur son t-shirt.) Je ne te tuerai pas, Shiro.

Shiro soupira. Ils avaient déjà eu cette conversation plusieurs fois. Shiro avait fait remarquer qu'Allura n'aurait aucun mal à lui briser la nuque. Avec un petit peu de quintessence, elle pouvait changer de forme pour être en mesure de lui écraser le crâne ou l'égorger. Quand il avait dit ça, elle avait une autre apparence, le corps comprimé pour essayer de leur donner un peu plus de place pour respirer.

Elle avait désormais repris sa forme habituelle et Shiro se demanda si c'était par épuisement ou pour éviter de lui donner d'autres idées.

Mais il était trop fatigué pour protester. Trop fatigué pour souligner ce qui devait être fait. Trop fatigué pour lui rappeler, encore une fois, que c'était sa faute si Haggar pouvait la contrôler. Tue-moi et elle ne pourra plus t'atteindre. Tu seras libre.

Allura ne voulait rien savoir. Même s'ils étaient les paladins noirs, ceux qui prenaient les décisions cruciales, rationnelles. Ceux qui cherchaient l'intérêt de tous.

Ici, Allura refusait de prendre en considération la seule option qu'ils avaient et Shiro avait de plus en plus de mal à se soucier qu'elle les mette tous en danger. Bientôt, Haggar reprendrait le contrôle et Shiro se retrouverait à nouveau devant les corps de Matt et de Keith. Quand il finirait par se réveiller à nouveau, rien n'aura changé.

Il était content que leur cellule soit plongée dans l'obscurité quand les larmes se mirent à couler.

Haggar finit par arriver, mais cette fois-ci, elle vint en personne, flanquée de quatre autres druides. La porte de la cellule s'ouvrit sur un couloir à la lumière éblouissante et Allura rugit quand deux des druides s'emparèrent de Shiro et le tirèrent à l'extérieur. Il se débattit avec plus d'énergie qu'il ne croyait posséder, mais les druides ne semblèrent pas le remarquer.

La porte de la cellule se referma sur les cris d'Allura et Shiro se démena pour ramener ses pieds sous lui tandis qu'on le traînait dans le couloir. S'il arrivait à se lever, s'il arrivait à retrouver son équilibre, il serait capable de se défendre sérieusement. Il pourrait peut-être au moins forcer Haggar à le tuer.

Mais son corps refusait de coopérer. Avec Haggar juste à côté, il avait l'impression de se tenir au bord d'un gouffre, retenu seulement par l'agonie qui brûlait la jointure entre sa prothèse et son corps. Les bords de la fissure s'étaient mis à luire d'un faible violet, comme à chaque fois qu'Haggar s'apprêtait à prendre le contrôle.

Il sombra et, le temps qu'il reprenne ses esprits, il était attaché à une table dans un des laboratoires d'Haggar, son bras droit déversant des morceaux de métal brisés autour de lui. La douleur l'assaillit alors qu'on arrachait des pièces pour les remplacer par d'autres, qui parvenaient à lui faire encore plus mal que la pourriture qu'on lui enlevait.

Shiro se débattit faiblement, sapé de son énergie, un brouillard épais et étouffant s'élevant déjà dans son esprit. Les yeux d'Haggar apparurent dans son champ de vision, animés d'une lueur cruelle.

— Dors, mon cher Champion. Tout sera bientôt fini.


Shiro ferma les yeux et se retrouva dans un espace vide. Il ne pensait pas avoir changé physiquement de place, ou du moins il n'était pas conscient d'avoir un corps physique à cet endroit. Il ne se tenait pas sur une surface solide, mais il ne flottait pas non plus. Il était… là, tout simplement. Un esprit fatigué dans un vide sans fin.

C'est nouveau, ça.

Il pensait avoir parlé à voix haute, mais sans bouche pour prononcer les mots ni oreilles pour les entendre, c'était difficile à dire. Mais… il avait presque l'impression qu'une autre voix avait parlé en même temps que lui, un chatouillement au coin de sa conscience qui semblait dire, Encore là ?

Lentement, l'obscurité se retira, comme un lever de soleil. Il n'ouvrit pas les yeux c'était plutôt que le monde tournait autour de lui. Un instant plus tôt, il n'était nulle part, et celui d'après il se retrouva dans un hangar. Il essaya de regarder autour de lui, mais sa tête refusa de coopérer il avait à nouveau une tête, du moins il le pensait, mais elle ne lui obéissait plus.

Haggar.

Le sang de Shiro se glaça dans ses veines. Comme si ça ne suffisait pas de savoir que la sorcière le contrôlait. Allait-elle le forcer à la regarder réduire le reste de son équipe en pièces ?

La partie du hangar qu'il pouvait voir était fortement éclairée, quelques ombres profondes s'accrochant aux coins du plafond. Il n'y avait aucun vaisseau, à moins qu'ils ne se trouvent derrière lui. En fait, le hangar semblait désert. Il n'y avait même pas un mécanicien, ni le moindre garde pour le surveiller.

Mais bon, il ne pensait pas pouvoir échapper au contrôle d'Haggar, même en essayant de toutes ses forces. Il était conscient de son corps, vaguement, et du sol à ses pieds. Mais dès qu'il tentait de bouger la main, un œil ou n'importe quelle part de lui, c'était comme s'il y avait un mur entre lui et son corps. Il était cadenassé et Shiro n'avait pas la clé.

Une porte s'ouvrit et le cœur de Shiro s'arrêta en voyant Zarkon entrer, vêtu de son armure rouge sang, une cape sombre tourbillonnant autour de ses jambes. Ses yeux (violets, la couleur de la quintessence corrompue) se plongèrent directement dans ceux de Shiro.

— Es-tu disposé à te rendre, maintenant ?

La voix de Zarkon fit frissonner Shiro. Il ne l'avait vu que deux fois : quelque part dans le brouillard de ses souvenirs du jour de sa capture et le jour où il avait perdu son bras, quand il lui avait ordonné de tuer un enfant altéen.

Était-il encore puni pour ce moment de révolte ?

Shiro ne dit rien, refusant de répondre à la question de Zarkon.

Zarkon fronça légèrement les sourcils.

— Tu ne pourras pas me résister éternellement. La puissance d'une arme se mesure à la main qui la tient et je suis bien plus fort que tu ne le réalises. Ta fierté mal placée ne m'arrêtera pas.

Il cracha ces derniers mots et Shiro gronda, un son bas qui résonna en lui, un son de colère et de désespoir. La haine bouillonnait dans ses veines, envers Zarkon, celui qu'il était avant et celui qu'il était devenu. Il n'avait pas toujours été un tel monstre. Autrefois, c'était un grand homme. Un leader.

Et maintenant, regardez-le.

L'œil de Zarkon fut pris d'un tic et il leva la main, le bayard noir émettant une lueur violette. Il ne prit pas la forme d'une arme, pas pour le moment, mais Shiro sentit son tiraillement, comme s'il était accroché à son cœur.

— Tu es à moi, gronda Zarkon. Tu le seras toujours. L'aurais-tu oublié ?

Le bayard s'illumina et la vision de Shiro changea. Il se trouvait face à une planète qu'il n'avait jamais vue, mais qu'il reconnut pourtant comme la planète natale des Galras. Elle semblait brisée. Dévastée. Un énorme cratère se découpait à la surface, presque tout un hémisphère arraché. De nombreux satellites naturels orbitaient autour d'elle, trop petits pour être considérés comme des lunes. Il s'agissait certainement des gravats de la collision qui avait ravagé la planète.

La blessure s'enfonçait jusqu'au cœur de la planète, où Shiro aperçut des éclats lumineux, comme un tonnerre derrière un nuage. Un cristal, se rendit-il compte. Un énorme cristal, plus opaque que ceux d'un Balméra, presque de la couleur d'une améthyste, se trouvait au cœur de ce monde. C'était un cristal brut, bosselé et terne, quelques facettes plus lisses que les autres exposées au vide de l'espace par la grande force qui l'avait brisé.

La colère s'empara de Shiro et il lui fallut un moment pour se rendre compte qu'elle ne lui appartenait pas.

— Regarde ce que nous sommes devenus, murmura Zarkon. (Il avait une voix plus claire. Une image traversa alors l'esprit de Shiro : Zarkon alors qu'il n'était qu'un jeune homme, sans cicatrice sur le visage, les yeux jaunes et non violets.) Est-ce vraiment étonnant qu'ils s'insurgent contre l'Alliance ?

Shiro gronda furieusement… sauf que ce n'était pas Shiro. C'était son esprit, sa voix, mais pas sa volonté.

À la demande de Zarkon, le lion noir pivota et descendit vers ce qui restait de la planète natale des Galras.

La scène changea, tournant autour de lui alors que Shiro essayait de reprendre ses marques. Le lion noir. Il s'agissait des souvenirs du lion noir. Il voyait à travers ses yeux, ressentait ses émotions, comme si–

Sa vision s'éclaircit et il se retrouva devant le Zarkon de sa jeunesse. Il était plus petit, plus svelte et semblait ébahi par le lion qui le surplombait. Shiro essaya d'ignorer à quel point ce jeune homme ressemblait à Keith. Ils n'avaient pas les mêmes traits, mais la même ardeur traçait les lignes de son corps, la même détermination brûlait dans son regard.

Il y avait d'autres personnes alignées de chaque côté de Zarkon, quatre au total, toutes vêtues de l'armure des paladins. Shiro les regarda l'une après l'autre, un coin de son esprit, ou celui de Black, lui indiquant leurs noms.

Le paladin vert, gracile et la peau couverte de fourrure, fouettant l'air de sa queue avec impatience, son regard s'adoucissant en se posant sur Zarkon. Sa. Ils avaient à peu près le même âge, même si Sa venait seulement d'être choisi par son lion, et ils étaient devenus très bons amis durant les dernières semaines d'entraînement. Déjà, Sa serait prêt à suivre Zarkon au-devant de n'importe quel danger.

Le paladin jaune, costaude, le regard fier. Rukka. Elle avait contribué à l'entraînement de Zarkon et une part d'elle avait pensé qu'il pourrait peut-être devenir son successeur. Il avait toujours gravité davantage autour de Black, bien sûr, mais il sollicitait souvent le paladin galra, une légende pour lui quand il était enfant et un mentor ici au Château des Lions.

Le paladin rouge, grande et fière, les mains liées dans son dos. Keturah. Le lion noir se souvenait de sa folle jeunesse, mais le temps l'avait calmée, avait fait d'elle une stratège habile et une diplomate avisée. Elle avait ce raffinement si commun parmi la noblesse altéenne, mais ses yeux brillaient d'un respect profond. Elle voyait le potentiel de Zarkon, peut-être mieux que quiconque.

Le paladin bleu, dansant d'un pied sur l'autre en attendant que le lion noir accepte Zarkon comme son nouveau paladin. Mère.

Attendez ?

Mère ?

D'un coup, Shiro prit conscience d'une autre présence dans son esprit, comme elle prit conscience de lui. Le lion noir gronda, déstabilisé par cette interruption, mais Shiro et Allura étaient trop occupés à s'inspecter l'un l'autre à la recherche de nouvelles blessures. Shiro n'en trouva aucune. L'esprit d'Allura était absorbé par quelque chose appelé le Cœur du lion noir, un espace non-existant très similaire au vide dans lequel ils s'étaient réveillés quand Haggar avait repris le contrôle.

Vous étiez perdus, dit le lion noir. Je vous ai appelés à moi.

Appelés ? se demanda Shiro.

C'est plus sûr.

Le temps n'était plus à la discussion. Zarkon prenait toujours le lion noir d'assaut avec ses souvenirs. Shiro ne les comprenait pas beaucoup ils semblaient avancer et reculer dans le temps sans aucune logique. Batailles, entraînements, négociations. Nombre d'entre eux étaient de bons souvenirs et Shiro ne pouvait s'empêcher de se sentir un peu ébranlé de se rendre compte que des trois esprits les observant, il était le seul pour qui l'idée d'un Zarkon bon et souriant était une contradiction.

Allura et le lion noir détestaient peut-être Zarkon, mais ils l'avaient tous les deux aimé, autrefois.

Plus Shiro observait, plus un schéma se dessinait. Zarkon était trop respecté par son lion et les autres paladins pour qu'on le contredise. Dans le rare cas où quelqu'un faisait part de ses inquiétudes quant à l'un de ses plans, il les persuadait rapidement. Il n'usait ni de menaces ni d'intimidation, mais n'offrait pas pour autant de réponse à leurs préoccupations. Il était charismatique et aimé, si bien qu'il lui suffisait d'une simple blague ou d'un petit « fais-moi confiance » pour que l'opposition se laisse convaincre.

Sauf quand c'était Black qui n'était pas d'accord. Le charme de Zarkon s'effaçait alors, le miel de sa voix remplacé par une poigne de fer alors qu'il enfonçait son bayard dans le panel de contrôle du lion, le forçant à obéir à ses ordres.

La scène changea à nouveau. Ils étaient désormais dans le cockpit du lion noir, Zarkon installé aux contrôles. Black se tenait sur une colline rocheuse au-dessus d'une ville que ni Shiro ni Allura ne reconnaissait.

La capitale galra, indiqua Black. Shiro sentit le choc d'Allura.

— Tu m'as menti, Alfor, cracha Zarkon.

Son canal de communication était ouvert sur son écran et le roi Alfor, l'air fatigué, lui rendait son regard sans ciller.

— Je n'ai pas menti, dit-il calmement. Je n'ai simplement pas ressenti la nécessité de te parler de tout ce qui m'est rapporté, surtout quand cela n'a rien à voir avec Voltron.

Les mains de Zarkon se crispèrent sur les accoudoirs de son siège.

— Il s'agit de mon peuple, Alfor. Que cela concerne Voltron ou non, ça me concerne, moi.

— Tu es désormais un paladin. Le paladin noir. Ton devoir est bien plus important que ta planète d'origine. Tu dois apprendre à lâcher prise.

— Lâcher prise ? répéta Zarkon, un grondement dangereux s'élevant du fond de sa gorge. Lâcher prise ? Comme toi, Alfor ? Comme tu as appris à ne pas te mêler des affaires de peuples et de planètes qui n'ont ni besoin ni envie de ton « aide bienveillante » ?

Le ton de Zarkon était venimeux et le visage d'Alfor s'assombrit. Il le dissimula, redressant son dos. La conversation avait l'air au début d'une simple querelle entre deux amis. Il s'agissait désormais d'un roi s'adressant à son sujet.

— Cela fait cinq semaines, Zarkon. Tu as eu plus qu'assez de temps pour stabiliser la situation. Il est temps que tu rentres au château. Je vais m'occuper du désordre que tu as semé.

La colère et le dégoût s'échappèrent de Zarkon par vagues, assez fortes pour submerger le cockpit. Shiro sentit quelque chose en lui s'agiter en réponse à ces émotions, une compassion automatique qui lui retourna l'estomac. Il lui fallut un moment pour se rendre compte que ce n'était pas ses propres émotions qui le trahissaient, mais celles de Black. Elle s'éloigna de son esprit, prise de honte.

Je ne comprends pas, dit Allura avant que Shiro ne puisse tenter de réconforter leur lion.

De quoi tu parles ?

Cette conversation n'aurait pas dû avoir lieu. Ils ont dit que Zarkon était là depuis cinq semaines, mais… Père nous a dit que Zarkon avait coupé tout contact juste quelques jours après être arrivé sur la planète galra. Père a dit qu'il avait essayé de le joindre pour avoir des explications, mais qu'il avait refusé de répondre à ses appels.

Il avait menti.

Ni l'un ni l'autre ne pensa ces mots, mais cette prise de conscience flottait au sein du lien, intangible et impossible à ignorer. Alfor avait menti sur ses contacts avec Zarkon les jours précédant le début de la guerre. Et s'il avait menti à ce sujet, qu'avait-il pu inventer d'autre ?

La vision de la capitale galra se brouilla, une autre scène apparaissant dans son sillage. Furieux, Shiro la força à disparaître. Il en avait assez de jouer à ce jeu. Il n'allait pas laisser Zarkon continuer à tourmenter Black et Allura en rouvrant de vieilles blessures. Le souvenir frémit, Zarkon tentant de renforcer l'illusion, mais Allura se joignit alors aux forces de Shiro et le temps que le lion noir prenne part à l'effort (faiblement, sans certitude), Zarkon avait déjà cédé.

Ils retournèrent au hangar et Shiro comprenait désormais : il était à l'intérieur du lion noir, regardant à travers lui Zarkon essayer d'en forcer l'entrée. Il ne pouvait pas bouger car Black s'était renfermée sur elle-même. Sa barrière était levée, mais aucun autre système n'était actif. Elle craignait que Zarkon trouve un moyen de se servir d'elle autrement.

— Comme tu voudras, cracha ce dernier, levant la main dans un geste bref.

La porte derrière lui s'ouvrit à nouveau et deux silhouettes s'avancèrent.

Shiro eut envie de vomir.

— Si tu refuses de m'accepter, dit Zarkon, je me servirai simplement de ces enfants auxquels tu t'es attaché à ma place.

Shiro et Allura ressentirent une horreur telle qu'elle se mua en malaise insupportable alors qu'ils s'observaient approcher, les yeux jaunis par l'influence d'Haggar. Ils étaient vêtus de l'uniforme galra, en noir et argent, des sigles rouges sur le torse. C'était le même uniforme que Shiro avait porté durant trois mois, lorsqu'il jouait le rôle d'un soldat loyal, et se voir ainsi à nouveau, le souvenir de Keith et de Matt immobiles sur le sol encore frais dans sa mémoire, lui donna envie de hurler.

— Pathétique, dit Zarkon. Regarde toi, tu sais que personne ne me remplacera jamais. Tu sais que tu t'es affaibli en me rejetant. Tu as besoin de deux pilotes rien que pour te rapprocher de ce qu'on formait dix mille ans plus tôt. Pourquoi ? Quels mensonges t'a raconté Alfor ?

Le lion noir poussa un rugissement de défi, mais Shiro sentit son incertitude sous sa colère. Son être entier se penchait sur les deux silhouettes qui s'approchaient, qui restaient Shiro et Allura, même s'ils n'étaient plus que des marionnettes.

Je ne peux pas les empêcher d'entrer.

La peur traversa Shiro alors que son corps s'inclinait devant Zarkon, s'approchant ensuite de la barrière à particules de Black. Comment ça ? Pourquoi ?

C'est vous, dit Black d'une voix triste. Si je vous rejette, je vous rejette entièrement.

Shiro et Allura seraient chassés. Shiro accepta cette vérité, la laissa s'agiter en lui, puis la relâcha.

Fais-le, dit Allura. Détruis notre lien. Ne nous laisse pas te mettre au service de Zarkon.

Je ne peux pas.

Il le faut, dit Shiro. Je t'en prie. Tu es plus importante que nous.

Je ne peux pas, répéta le lion noir. Sans vous, je ne peux pas.

Le cœur de Shiro se serra en comprenant ce que Black essayait de leur dire. Zarkon n'avait jamais abandonné son lien avec le lion noir. Elle l'avait rejeté, mais Zarkon n'avait jamais laissé son refus l'arrêter par le passé. Elle avait peur, peur que Zarkon ait toujours la force de la contrôler, comme Haggar contrôlait désormais Shiro et Allura.

Tu nous as appelés. La présence d'Allura vibrait de chagrin et ses émotions secouaient Shiro. Tu nous as appelés pour ta sécurité. Pour qu'on puisse t'aider à résister.

C'est plus sûr, dit Black. Avec vous, c'est plus sûr. Je suis plus sûre.

Le cœur de Shiro saignait, mais sa volonté s'affermit, comme celle d'Allura. Ils avaient peur, tous trois perdus et impuissants face à des forces qui se serviraient d'eux pour ravager et détruire. Mais ils n'étaient pas seuls. Ils étaient unis, trois esprits en un. Ils ne pouvaient peut-être pas empêcher complètement Zarkon et Haggar d'entrer, mais ils pouvaient se battre. Ensemble, ils étaient plus forts.

Les corps de Shiro et Allura placèrent les mains sur la barrière du lion noir et elle se brisa. Aussitôt, l'esprit d'Allura vola vers les piédestaux couchés sous le siège du pilote, le désespoir inondant leur lien. Shiro eut un bref aperçu d'une Allura aux yeux jaunes se tenant entre ces piédestaux, forçant les autres lions à la rejoindre. Revendiquant Voltron.

Le lion noir rugit et les piédestaux se rétractèrent dans le sol, qui se referma sur eux alors que les corps de Shiro et Allura atteignaient le haut de la rampe.

Mais Shiro n'eut pas le temps d'être soulagé qu'au moins une arme se trouve hors de portée d'Haggar. Le corps d'Allura s'arrêta là où les piédestaux auraient dû se trouver. Celui de Shiro plissa les lèvres et s'installa aux contrôles. Il tendit la main, ou Haggar le fit à travers lui, et tira sur la partie du lien qui laissait Shiro et Allura copiloter leur lion. Black résista, gardant prise sur les piédestaux, refusant de se soumettre.

Une forte énergie la traversa. De la douleur qui aurait fait crier Shiro s'il avait encore un corps. Il avait l'impression que quelqu'un avait plongé la main dans sa poitrine, enfoncé ses griffes dans ses poumons et tirait de toutes ses forces.

(Un monde s'étendait à ses pieds, calme et ne se doutant de rien.)

Non. L'étau se resserra. Shiro essaya de s'en défaire, mais il était bien trop rattaché au lion, désormais. Il n'y avait aucune échappatoire.

(Une main sur ses contrôles, sur leur lien.)

Non. Pas pour ça. Les piédestaux tentèrent de s'élever et le lion noir s'en empara mentalement, les forçant à se rabaisser, combattant l'emprise de l'envahisseur sur son âme.

(Une douleur soudaine, aveuglante. Un ordre qu'elle ne pouvait refuser. Sous elle, la planète brûlait et elle rugit de culpabilité et de peine face à ce qu'elle avait commis.)

Le lion noir rugit, mais au fond de lui il pleurait, les bords coupants de son passé le laissant à vif. Shiro fut emporté par cette douleur, ses propres blessures ajoutant leurs cris. Ils étaient tous les deux brisés, usés. Deux armes brandies contre leur gré, libérées sur des innocents qui ne pouvaient pas se défendre.

Shiro se plongea dans l'esprit de Black, à peine conscient de la présence d'Allura qui s'enroulait autour d'eux, telle une enveloppe de douleur et de chagrin. Deux piédestaux jumeaux s'élevèrent du sol et vinrent se placer dans les paumes ouvertes d'Allura.

Pardon. Ces mots venaient de partout et de nulle part à la fois. Ils venaient peut-être de Shiro. Ils venaient peut-être d'Allura. Ils venaient peut-être de Black. Shiro pensa qu'ils les avaient peut-être prononcés tous les trois.

Pardon, je n'ai rien pu faire pour l'en empêcher.


Keith trouva Lance sur la passerelle, les yeux rouges et gonflés alors qu'il fixait obstinément l'écran holographique projeté au-dessus de son poste. C'était le milieu de la nuit, si bien que les lumières de la passerelle étaient obscurcies, seul le cristal balméran au-dessus d'eux apportant la moindre luminosité, la lueur de l'écran de Lance paraissant agressive en comparaison.

Keith s'arrêta à l'entrée, dansant d'un pied sur l'autre. Il avait l'impression de faire intrusion sur une scène qu'il n'était pas censé voir, Lance reniflant de temps à autre, les pieds sur son siège, un bras autour de ses genoux alors qu'il tapotait l'écran.

Il grogna soudainement, frappant son front contre son genou.

— Et merde.

Jetant un coup d'œil derrière lui et songeant à s'échapper en silence (non, Coran l'avait envoyé là-haut pour une raison), Keith se racla la gorge.

Lance sursauta, manquant de tomber de son siège dans sa hâte de voir qui c'était. En voyant Keith, toujours vêtu d'un simple justaucorps noir, il se figea et Keith eut un autre pincement au cœur à la vue des traces de larmes et des cercles noirs sous ses yeux.

— Keith ? murmura Lance.

Avant que Keith ne trouve quoi dire, Lance se leva, escaladant le dossier de sa chaise pour gagner la demi-seconde qu'il aurait fallu pour la contourner. D'un pas précipité, il se jeta sur Keith, ses bras lui serrant si fortement le torse que Keith crut qu'il allait manquer d'oxygène.

L'étreinte ne dura qu'un instant, ne laissant pas à Keith le temps de se sentir mal à l'aise au contact, avant que Lance ne se recule, le scrutant de ses yeux fatigués.

— Coran m'a dit que tu t'inquiétais, dit Keith avec gêne, se frottant la nuque. Je me suis dit, autant t'annoncer que je vais bien, surtout qu'on dirait que c'est complètement grâce à toi que je suis en vie.

Lance agita les mains dans un geste effréné et trop vif pour le peu d'espace qui se trouvait entre eux. Keith se pencha un peu en arrière, mais ne bougea pas les pieds Lance semblait toujours à deux doigts de s'effondrer et Keith voulait rester près de lui au cas où.

— J'ai pas fait grand-chose, dit Lance. C'est Ryner qui a trouvé comment te soigner et Coran qui a bidouillé ta capsule. Je suis juste resté dans le coin.

Keith fronça les sourcils, notant un soupçon de… quelque chose sous l'attitude enjouée de Lance. Il aurait voulu être plus doué pour comprendre les gens, mais savoir ce que les autres pensaient n'avait jamais été son point fort et il ne parlait pas encore très bien la langue de Lance. Pas comme il parlait celle de Shiro ou celle de Matt.

Penser à eux lui serra le cœur et il tituba. Lance lui prit le bras, ses yeux bleus perçants, et Keith détourna le regard. Il avisa l'écran holographique de Lance et se rendit soudain compte de ce qu'il faisait ici.

— C'est une partie d'eshet ?

Lance émit un son perdu, puis pivota et suivit le regard de Keith.

— Oh. Ouais… (Il haussa les épaules et se frotta les mains sur les cuisses, jouant avec les témoins lumineux où son bayard était rangé, comme s'il voulait l'invoquer.) Tu savais que le château garde trace de nos performances en salle d'entraînement ?

— Ah ouais ?

Lance acquiesça.

— Il récupère aussi des données de notre armure quand on part en mission, mais c'est surtout le gladiateur qui fait tout le travail. (Il tourna les talons, faisant signe à Keith de le suivre, puis s'assit en tailleur à son poste.) Bref, nos profils sont sauvegardés sur le programme d'eshet si on en a besoin pour des simulations d'équipe.

Keith observa l'écran, le cœur sombrant. Il devait être arrivé en plein milieu d'une simulation, car des pièces étaient étalées sur le champ de bataille, représentant chacun des neuf paladins, sept d'entre eux contre Shiro et Allura. Matt et Pidge menaient la charge contre Allura, Keith et Shay contre Shiro, avec Ryner, Lance et Hunk en renfort.

Le marqueur d'Allura avait viré au gris, une petite inscription au-dessus de sa tête indiquant une blessure fatale.

Keith allait être malade.

— Ça… ça s'annonce mal, dit doucement Lance. (Il évitait le regard de Keith, jouant avec un fil qu'il enroulait et déroulait autour de ses doigts. Il semblait l'avoir tiré de la manche abîmée de sa veste.) J'ai essayé une centaine d'approches différentes, mais je vois pas comment on peut y arriver. Si on se retient, Shiro et Allura vont nous assassiner. Si on frappe vite et fort, ça va être très dur de les immobiliser sans les tuer. Dans l'idéal, il faudrait les neutraliser en même temps, puis s'enfuir, parce qu'Haggar enverra des renforts dès qu'elle verra qu'on prend le dessus, si elle ne le fait pas dès le début.

Il soupira, fermant le programme d'eshet et s'affalant sur son siège.

— Honnêtement, y a que deux solutions.

Keith fronça les sourcils, s'asseyant sur l'accoudoir de Lance.

— Ok. Lesquelles ?

— Eh bien, on pourrait tuer Haggar, dit Lance. Ça devrait rompre le contrôle.

— Ouais, dit Keith. Sauf qu'on parle d'Haggar. On a eu du mal à l'affronter, même avec Shiro et Allura de notre côté.

La grimace de Lance lui signifia qu'il pensait la même chose. Quand il n'énonça pas immédiatement son autre idée, Keith commença à s'inquiéter.

— Et donc… c'est quoi l'autre plan ?

Lance resta silencieux un long moment, le visage sombre, jouant toujours avec le fil comme s'il essayait de l'arracher. Prenant une profonde inspiration, il se leva et pivota pour lui faire face.

— Il faut que tu m'apprennes à me servir d'une épée.


C'était facile de se laisser engloutir par le code.

Pidge était installé∙e dans le lion vert, entouré∙e par son ronronnement réconfortant, faisant à peine attention à la présence de Ryner qui travaillait dehors sur les défenses de Green. La part de Green qui effleurait son esprit l'informa que Ryner modifiait son bouclier pour supporter les lasers d'un autre lion.

Cela se rapprochait trop du domaine des choses que Pidge voulait oublier. Le code était déjà assez, une avalanche de fragments de commandes qui dissimulait celle dont Pidge avait besoin. Iel était tombé∙e sur quelque chose qui ressemblait à un programme de sécurité environ une heure plus tôt et y avait porté son attention tandis que Green passait en revue le reste de la programmation. Un vaisseau lion semi-conscient devrait pouvoir remarquer ce qu'iel aurait pu négliger pendant qu'iel-même vérifiait si pirater le bras de Shiro était une option viable.

Pidge se demanda quelle heure il était. Ryner n'était pas là depuis très longtemps elle avait sûrement commencé par Yellow pour partager des idées avec Hunk, avant de passer à Green.

Pidge aurait sûrement déjà dû faire une pause. Aurait dû aller se coucher. Iel avait l'impression d'être debout depuis deux ou trois jours et iel n'arrivait même pas à se convaincre du contraire, ce qui empirait les choses. Quand vous ne pouviez même plus vous souvenir de la dernière fois que vous avez vu votre lit, c'est qu'il est probablement temps d'arrêter.

Sauf qu'à chaque fois qu'iel essayait, iel se bloquait. Quand ce n'était pas l'air horrifié de Shiro quand il avait repris connaissance à la fin, c'était les cris de Matt qui l'en empêchaient. Ou Allura, l'air d'une étrangère alors qu'elle visait la tête de Pidge de son bâton. (Iel savait parfaitement que ce coup lui aurait brisé le casque, voire le crâne, si Hunk ne s'était pas jeté devant iel. La force d'Allura n'était pas à prendre à la légère.)

Alors iel restait là, à s'attaquer aux dispositifs de sécurité d'Haggar tout en laissant Green l'informer des progrès de Ryner à ses pieds.

Quand Ryner finit son travail et se dirigea vers la porte, Pidge se crispa. C'était sans raison, iel ne voyait pas pourquoi le silence s'enroulerait subitement autour de sa gorge pour l'étouffer, mais l'absence de Ryner lui faisait l'effet d'une blessure béante, si bien que l'écran d'ordinateur devant iel se brouilla. Iel ne voulait pas être seul∙e.

C'était bête, tout était bête, iel était bête et tout le monde allait mourir parce qu'iel manquait d'intelligence pour résoudre le problème.

Green rugissait, une vibration dans l'air qui ébranlait l'esprit de Pidge sans atteindre ses oreilles. Iel mordit un morceau de peau qui se décollait de ses lèvres, grimaçant quand il se détacha et laissa le sang couler, son goût métallique lui retournant l'estomac.

Quelqu'un lui toucha l'épaule.

Pidge sursauta, le cerveau en surcharge, tout lui paraissant trop vif et trop proche d'iel. La main se retira et Ryner s'agenouilla près d'iel, son inquiétude se ressentant dans leur lien. Green y fit écho et Pidge se recroquevilla sur iel-même. Iel ne voulait pas qu'on s'inquiète pour iel. Iel ne voulait pas se retrouver dans cet état. Si faible. Si stupide.

Papa aurait réussi à trouver.

Cela faisait si longtemps qu'iel n'avait pas pensé à lui, le dernier membre manquant de l'équipage de Kerberos. Iel avait eu beau chercher, iel n'avait trouvé aucun indice sur l'endroit où il avait été envoyé quand on l'avait séparé de Matt et de Shiro. Pas le moindre signe qu'il était encore en vie.

Pidge aurait voulu qu'il soit là.

— Pidge, dit Ryner. Pidge, peux-tu me dire ce qui ne va pas ?

C'était trop. Tout ça. La guerre, la disparition de son père, les blessures de Matt, l'enlèvement de Shiro et d'Allura. Pidge voulait tout résoudre, mais le problème était trop compliqué, tous ses fils entremêlés, si bien qu'iel ne savait plus par où commencer.

Un soupir. Pidge grimaça. Iel ne comptait pas décevoir Ryner. Iel ouvrit la bouche pour s'excuser, mais le seul son qui s'en échappa fut un soupir tremblant et entrecoupé qui ne fit de bien à personne.

Ryner se leva et pendant un instant Pidge crut qu'elle allait à nouveau s'en aller, mais elle ne fit que traverser le cockpit pour s'installer dans le siège du pilote. D'habitude, c'était la place de Pidge, mais pour le moment iel avait pris le siège de Ryner à côté des ordinateurs pour transférer le code à Green. Dès que Ryner s'assit, Pidge sentit le changement. Elle s'était connectée à Green qui avait aussitôt répondu, leurs esprits se mêlant comme du lierre grimpant. La limite entre les deux se brouilla, puis s'éclaircit et elles se tournèrent vers Pidge, doucement, prudemment. Une invitation, pas une intrusion.

— Est-ce que ça te soulagerait un peu ? demanda Ryner.

Avec qui que ce soit d'autre, la réponse aurait été non. Avec qui que ce soit d'autre, sauf peut-être Matt, Pidge se serait dérobé∙e. Iel aimait garder son intimité et haïssait l'appareil de fusion de l'esprit d'une passion qui ne s'était pas estompée au cours des derniers mois. Iel l'avait accepté comme un mal nécessaire, parce que cela aidait les autres à se préparer à former Voltron (même si fusionner son esprit et former Voltron n'avaient rien à voir, selon iel), mais iel devait toujours prendre le temps de se préparer à une session.

Iel n'était pas préparé∙e à cet instant.

Mais il s'agissait de Green et de Ryner, qui connaissaient Pidge déjà bien mieux que le commun des mortels. Leurs esprits s'étaient déjà entremêlés, bien plus étroitement qu'avec les autres paladins quand ils formaient Voltron. C'était sans danger. C'était familier.

Prudemment, Pidge s'ouvrit au lien, se laissant enlacer par la présence de Ryner. Elle était chaleureuse et réconfortante, compatissante sans être envahissante, comme un câlin de son père. Une question s'éleva juste au-delà des mots, une suggestion que Pidge pouvait choisir d'ignorer.

Je devrais pouvoir le faire, pensa Pidge, sachant que Ryner l'entendrait et verrait tout ce qui s'emmêlait autour d'iel. Le code, le bras, la recherche de son père et la douzaine d'autres projets mis de côté au profit de choses plus urgentes.

Pidge était censé∙e résoudre les problèmes, pas les abandonner.

Certains problèmes n'ont pas de solution, lui dit Ryner. Parfois, il faut simplement trouver une autre approche.

C'est ce que j'essaie de faire, protesta Pidge. Tout le travail abattu s'échappa d'iel. Des centaines d'heures à fixer l'écran de son ordinateur, à analyser le code ligne par ligne, à prendre des notes en essayant de démêler les secrets qui ne voulaient tout simplement pas se révéler.

Faux.

La voix du lion vert fit taire l'esprit de Pidge l'espace de deux secondes avant que la honte ne l'assaille à nouveau.

Problème est faux, dit Green avant que Pidge ne puisse emprunter cette pente. Iel fronça les sourcils, jetant un regard à Ryner. Elle semblait tout aussi confuse qu'iel, ce qui était rassurant. Comment le problème pouvait-il être faux ?

Le lion vert gronda, d'une manière qui ressemblait à un soupir, même si ce n'en était pas un. Les mots ne lui étaient jamais venus facilement, Pidge le savait : il communiquait par actions, par code et par quelque chose qui rappelait vaguement des odeurs. Il lançait des défis que Pidge relevait. De cette manière, ils arrivaient à se comprendre.

Ce n'était cependant pas quelque chose qu'ils pouvaient faire à l'heure actuelle, ce qui les frustraient tous les deux. Ryner les fit se calmer, son esprit tirant déjà le nœud de signaux impressionnistes que Green leur avait transmis avec sa déclaration.

Le problème est faux… commença Ryner et Pidge sentit l'odeur de la poussière brûlée, d'un ordinateur qui surchauffait. Des fils de code apparurent sous leurs yeux. Le code. Le code ne va pas.

Pidge fronça les sourcils et une odeur d'électricité s'éleva dans l'air, ce crépitement d'ozone qui lui rappelait THOR… et Haggar. Iel comprit tout d'un coup, la révélation lui coupant le souffle. La magie, dit-iel. L'override est dans la magie.

Problème est faux, dit Green pour confirmer. Pas de solution.

Sans leur connexion et la bulle de calme qu'elle créait, Pidge songea qu'iel aurait sûrement fondu en larmes. Iel s'était jeté∙e dans le décryptage du code, voulant trouver la réponse à tout prix. Persuadé∙e qu'il y en avait une. Lance comptait sur iel pour ramener Shiro. Tu es sûre ? demanda-t-iel. Il y a peut-être–

Pas de solution. Paladin peut pirater lien avec lion ? Paladin peut faire non-paladin ?

Pidge sentit le dédain de Green et plissa les lèvres. J'ai déjà piraté le lion rouge une fois. Quand Keith essayait encore de cacher son visage. J'ai piraté ses caméras.

Green gronda face à ce rappel et Pidge sentit la surprise de Ryner. Il y avait peu de choses sur lesquelles Pidge et Green étaient en désaccord, mais le fait que Pidge ait piraté un lion restait leur point le plus sensible.

Piraté lion. Pas lien avec lion.

Attends. L'esprit de Ryner s'accéléra, son malaise parvenant jusqu'à Pidge. Ce n'est pas possible de pirater le lien d'un paladin avec son lion, pas avec un ordinateur, pas avec de la magie. C'est impossible. C'est bien ce que tu es en train de dire.

Impossible, confirma le lion vert. Pidge sentit le métal, le sang et l'ozone et commençait à voir comment les pièces s'assemblaient. Haggar ne s'était pas contentée d'activer un levier dans le bras de Shiro pour le contrôler : elle avait forgé une connexion avec lui, une sorte de version corrompue d'un lien de paladin. Le bras le reliait à elle, mais le lien en lui-même n'était pas quelque chose qu'on pouvait couper en bidouillant la programmation.

D'accord, dit Ryner. Mais dans ce cas… comment Haggar a réussi à contrôler Allura et le lion noir ? Ils n'ont pas de lien cybernétique avec elle, contrairement à Shiro.

Pidge fronça les sourcils. Comment Haggar les avait-elle pris ? Parce qu'ils étaient connectés. Mais…

Oh.

Allura avait établi cette connexion. Ce n'était pas quelque chose qu'Haggar pouvait faire d'un claquement de doigts, mais elle pouvait se raccrocher aux connexions préétablies.

Ryner, pensa Pidge. Je crois que Hunk avait raison au sujet de la télépathie de Shiro et Allura. Je crois qu'Haggar va s'en servir contre nous.

Un éclair horrifié traversa Ryner, remplacé aussitôt par un air résolu. Alors nous allons devoir trouver un moyen de la contrer.


Hunk prit la moitié de son dernier Ativan avant d'aller retrouver Shay à la salle d'entraînement.

Il s'était calmé (un peu) en travaillant sur Yellow avec Ryner. La présence de Yellow était apaisante et Ryner endossait de plus en plus le rôle de la maman du groupe, si bien qu'à elles deux, elles avaient réussi à refaire passer l'anxiété de Hunk du niveau « fin du monde » à « je vous en prie, faites que ce ne soit qu'un cauchemar ».

Trouver comment améliorer les défenses de leurs lions l'avait également aidé. Il s'agissait d'un problème clair avec une solution bien définie. Il pouvait se concentrer sur son travail au lieu de ses autres inquiétudes et, pendant deux-trois heures, il se sentit presque tranquille.

Ça ne pouvait pas durer, bien sûr. Yellow était prête au combat, du moins autant qu'elle le pouvait dans ces circonstances. Ryner était partie s'occuper de Green, mais elle avait dit à Hunk d'aller voir Shay avait de la rejoindre au lion bleu dans deux heures.

Il s'était attardé auprès de Yellow jusqu'à la voir prendre la sortie, sachant qu'il allait s'écrouler dès qu'il s'en éloignerait. Même en s'y attendant, la vague d'anxiété l'engloutit. Ses battements de cœur s'accélérèrent, son cœur se serra d'inquiétude. Il voyait Allura, portant un coup à la tête de Pidge sans se soucier de son sort.

Pidge aurait pu mourir. Shay aurait pu mourir. Keith et Matt ont failli mourir.

Pourquoi ça leur arrivait ? Pourquoi Hunk ne pouvait-il pas protéger ses amis ?

Son anxiété recouvrait une couche de culpabilité, si épaisse et si sombre qu'y penser lui faisait mal, alors Hunk l'avait enfouie au fond de lui et s'était précipité à la salle d'entraînement. Il lui fallait un autre problème à résoudre. Une autre tâche. S'entraîner avec Shay était peut-être exactement ce qu'il lui fallait.

Il commença à sentir les effets de son Ativan en approchant de la salle, et ça se voyait que ce n'était qu'une demi-dose. Il avait toujours l'impression qu'il allait s'arracher de sa peau, que le monde avait changé d'axe. Il pouvait respirer, même s'il s'essoufflait plus rapidement qu'il ne l'aurait dû alors qu'il venait de commencer à courir, son cœur battant à vive allure. Il aurait presque voulu prendre la pilule en entier, sauf qu'il savait qu'il en aurait besoin pour affronter à nouveau Shiro et Allura. Leur dernier combat avait été terrible et cette fois-ci, ils ne pouvaient pas se permettre de ne pas être au top de leur forme.

Il aurait peut-être dû ne rien prendre, alors. Cette moitié de calme, cette sorte de crise d'angoisse en suspens, ne lui faisait aucun bien. (Sauf qu'il savait que ça aurait pu être pire et il n'était vraiment pas sûr qu'il aurait réussi à quitter le lion jaune sans rien pour émousser la lame tranchante de l'anxiété qui menaçait de le couper en deux).

Shay était toujours dans la salle d'entraînement quand il arriva, ce qui le surprit plus que de raison. Il était tard et Shay aurait déjà dû être couchée. Vu à quel point ils s'étaient tous donnés, ils auraient besoin d'au moins quelques heures de sommeil avant de se lancer dans une autre tentative de sauvetage.

Mais Shay était là, blottie derrière son bouclier, le gladiateur à l'approche. Hunk s'arrêta au pas de la porte pour observer. Quand ils s'étaient séparés, elle lui avait assuré que tout irait bien. Hunk devait l'avouer, il n'y croyait pas trop puisque Allura ne lui avait donné que des cours basiques de self-defense avant ça. Shay n'était pas une soldate, elle était la première à le dire, et Hunk avait soutenu sa décision de ne pas affronter le gladiateur depuis le début.

Et là, elle l'affrontait. Mais elle ne se battait pas. Hunk observa le gladiateur marteler le bouclier de Shay avec son épée– une épée et non un bâton, ce qui voulait dire qu'il était au moins de niveau cinq. Pourquoi affrontait-elle un niveau cinq ? Ça ne faisait que quelques heures !

Shay tressaillit quand l'épée frappa son bouclier, mais elle ne se déroba pas. Elle ne fit que soutenir son bouclier avec son épaule et écarter les pieds un peu plus, se figeant juste avant que le gladiateur ne frappe à nouveau, dans une pluie de coups qui écorcha à peine la surface protectrice.

Shay serra les paupières, se détournant de la prochaine attaque, si bien qu'elle ne vit pas son adversaire changer d'angle.

Le cœur de Hunk se mit à battre dans ses oreilles et il chercha instinctivement à invoquer son bayard, rencontrant de la résistance en se rappelant qu'il était entre les mains de Shay. Elle sursauta, ouvrant les yeux pour rester bouche bée devant son bouclier, remarquant ensuite le gladiateur.

— Fin de l'entraînement ! s'écria Hunk quand Shay recula, les yeux écarquillés par la peur.

Le gladiateur se figea et son épée disparut, mais Shay continua à reculer, le souffle court et hors de contrôle. Elle trébucha et tomba, son bayard reprenant sa forme inactive et glissant plus loin.

— Shay !

Hunk se précipita vers elle, ayant l'impression de ne pas avoir pris d'Ativan du tout. Il se laissa déraper à genoux sur les derniers mètres, tendant les bras pour l'aider à se redresser.

Shay hurla quand ses mains la touchèrent, agitant les bras en se propulsant loin de Hunk. Elle ne s'arrêta que lorsque son dos toucha le mur, avant de se faire aussi immobile que le gladiateur, regardant Hunk avec horreur en réalisant où elle était et ce qui se passait.

Elle se décomposa aussitôt, les larmes lui montant aux yeux, et elle enfouit son visage dans ses genoux, les mains de chaque côté de sa tête.

— Vex, murmura-t-elle. Vex ! Je… Je suis désolée, Hunk, je suis tellement désolée– Je–

— Chh.

Les mains levées et le cœur battant, Hunk se rapprocha de Shay. Il ne réessaya pas de la toucher, la contournant simplement pour venir s'asseoir à côté d'elle, dos au mur. Il garda une distance de quelques centimètres, même s'il avait envie de la prendre dans ses bras jusqu'à ce qu'elle arrête de trembler. Il ne voulait pas la voir avec un air si affolé.

— C'est rien, Shay.

— Ce n'est pas rien, siffla-t-elle. (Il entendait les larmes dans le tremblement de sa voix, mais elle retint ses sanglots, se ramassant davantage sur elle-même). Ce n'est pas rien.

Hunk prit une brusque inspiration, ce ton trop sec n'allant pas à la douce et gentille Shay qu'il connaissait.

— Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-il. Tu es blessée ?

Shay fit mine de toucher son épaule. Hunk n'y voyait aucune plaie, mais il avait déjà affronté un gladiateur de niveau cinq. Ils étaient brutaux et Hunk n'aimait pas les combattre sans Shiro ou Allura en renfort. La seule fois où il avait essayé seul, il s'était retrouvé avec des côtes fêlées et une épaule disloquée, et ce seulement en quelques minutes. Depuis combien de temps Shay l'affrontait-elle quand Hunk était arrivé ?

— Je ne suis pas blessée.

La voix de Shay le défiait de la contredire, mais il n'était pas là pour ça, alors il leva les mains en signe de reddition. Cela sembla prendre Shay de court et elle le regarda entre ses doigts, les yeux mouillés.

— C'est vrai.

— Je te crois, mentit Hunk.

Les blessures pouvaient attendre. Il y avait quelque chose de plus important qui se jouait là et Hunk ne pouvait pas rester assis sans rien faire alors que Shay perdait pied sur le sol de la salle d'entraînement.

— C'était un gladiateur de quel niveau ?

Shay tourna la tête.

— Je dois me préparer à affronter Shiro, dit-elle comme si c'était une réponse.

Et, dans un sens, c'en était une. Hunk jeta un regard au robot et frissonna.

— Pardon, dit-il. J'aurais dû rester avec toi.

— Tu avais ta propre tâche à accomplir, répondit Shay d'une voix tranchante.

Elle sembla s'en rendre compte et enfouit à nouveau son visage dans ses genoux, se couvrant la tête des bras.

— Le lion jaune n'aurait jamais dû me choisir.

Quoi ? glapit Hunk. Shay, qu'est-ce que tu racontes ? Tu es un paladin formidable ! Toi et Yellow, vous êtes super proches, je pourrai jamais la piloter comme tu le fais. Et puis, tu es guérisseuse et regarde ton bouclier ! Tu en as fait plus que nous pendant le dernier combat. Tu as brisé le contrôle d'Haggar sur Shiro.

C'est bien là le problème, Hunk.

Hunk était préparé à lister tous les accomplissements de Shay à l'infini (Altéa savait qu'il y en avait au moins un million), mais ces mots l'interrompirent, pas du fait de leur force, mais parce qu'ils furent prononcés dans un soupir sur le point de craquer.

Il se pencha, s'arrêtant juste avant de l'effleurer, et se mordit la lèvre.

— Tu es contrariée parce que tu as libéré Shiro et il s'est quand même refait prendre ? demanda-t-il. C'est notre faute, pas la tienne.

Si elle se sentait coupable, il ne pouvait pas lui en vouloir. Lui-même ressentait la même chose. Il avait trouvé comment Haggar traquait Shiro, ou du moins c'est ce qu'il avait cru. Il avait fait croire à Shiro qu'il était en sécurité, et…

— Non, dit Shay, et Hunk mit ses propres problèmes de côté pour le moment. Je… Je sais désormais que je suis capable de libérer Shiro. C'est juste que… Je ne pense pas en avoir le courage.

Hunk secoua la tête.

— En avoir le courage ? Shay, tu t'es jetée devant Shiro de ton plein gré, alors qu'on a rien pu faire. Comment tu peux dire que t'as pas le courage ?

Shay haussa les épaules.

— J'ai agi parce que sinon, Matt allait mourir. Je n'ai pas eu le temps d'avoir peur. (Elle leva les yeux pour regarder le gladiateur désactivé, les traits tirés par les larmes qu'elle ne voulait pas verser.) Là… Là, ce n'est pas la même chose. Vous me demandez d'être un soldat, mais… je n'en suis pas un.

— Shay…

Hunk ravala un juron, tendant la main vers elle, doucement, s'assurant que le toucher n'allait pas la rebuter. Mais elle ne dit rien et se détendit un peu quand il lui frotta le bras.

— Shay, je suis désolé. Je pensais pas– Lance voulait juste–

— Je sais, soupira Shay, enroulant ses bras autour de ses genoux. Nous voulons tous sauver Shiro et Allura et je suis votre meilleure chance. C'est quelque chose que je dois faire… Mais je ne peux pas.

Hunk pensa à Shay lors de la dernière bataille, se tenant devant Shiro comme une véritable héroïne. Elle valait bien mieux qu'elle ne le croyait elle était la meilleure d'entre eux tous, de l'avis de Hunk. Elle était gentille, brave et loyale. Elle sauvait des vies, pas parce que c'était son rôle de paladin, mais parce que c'était sa nature, qu'elle ne supportait pas de voir quiconque souffrir.

Mais ce n'était pas le moment de dire à Shay ce qu'elle pouvait être. Posant la main dans son dos, Hunk lui dit :

— T'es pas obligée de le faire.

Shay le regarda, surprise.

— Mais… Le bras de Shiro…

— Est solide, dit Hunk. Et la forme que ton bayard a prise est parfaite pour ce combat, mais il n'y a pas de raison que ce soit à toi de t'en servir. Je peux lui faire prendre un tas de formes différentes et Matt peut passer de son pistolet à son épée. Purée, le bayard de Lance lui a donné un lance-grenade quand il en a eu besoin.

Il marqua une pause, se concentrant sur le bayard resté au sol au milieu de la pièce jusqu'à ce qu'il se range dans son armure et réapparaisse dans sa main.

— Et si, au lieu de t'apprendre à combattre, tu m'apprends à invoquer un bouclier comme le tien ?

Il pivota pour voir ce que Shay en pensait et se retrouva soudainement enfoui dans une paire de bras. Elle tremblait sous les sanglots qu'elle avait retenus tout ce temps, le visage pressé dans le creux de son cou.

— Je suis désolée, murmura-t-elle. Je suis vraiment désolée.

— Hé. Hé. (Il lui rendit son étreinte, fusillant du regard le mur en face de lui.) T'as pas à t'excuser.

— Si, dit-elle. Je ne veux pas me battre.

Hunk la serra plus fort.

— Je sais. Tu veux mettre fin à la violence et non la perpétuer. C'est une des choses que j'aime chez toi.

Pendant un moment, elle sembla cesser de respirer et Hunk se rendit soudainement compte de ce qu'il venait de dire. Il resta figé, refusant de revenir dessus, jusqu'à ce que Shay se détende.

— Merci, Hunk, dit-elle. Mais je pense que cette fois, j'ai tort. Parfois, il est nécessaire de se battre. Parfois, ne rien faire est un tort en lui-même.

Prenant une profonde inspiration, elle se dégagea de son étreinte, lui prenant le bayard des mains. Il brilla, adoptant la forme d'un bouclier.

— M'aideras-tu ?

Hunk la regarda, vit son visage mouillé de larmes, ses mains tremblantes sur son bouclier… mais aussi son air résolu. Il ne pensait pas avoir déjà vu quelqu'un d'aussi beau avant.

Il la laissa l'aider à se remettre debout, souriant fièrement.

— Bien sûr que je vais t'aider, dit-il. Je serai toujours là pour toi, Shay, quoi qu'il arrive.

Elle se pencha en avant alors qu'il retrouvait l'équilibre, pressant son nez et son front contre le sien. Hunk eut un hoquet surpris, des larmes lui venant aussitôt aux yeux. Ce geste lui rappelait un honi, sa maison. Les îles. Ses mères courant l'accueillir quand il revenait de la Garnison pour les vacances, les rares visites de son oncle, qui apportait de la couleur, de la joie et du calme. Un honi était une salutation, un baiser, un geste affectueux, un échange d'air et de soi. Hunk n'avait pas tous les mots pour le décrire, c'était un sentiment plus grand que tout ce qu'il avait ressenti depuis qu'il était parti de chez lui et cela lui coupa le souffle.

À en juger la chaleur de la peau de Shay contre la sienne et la douce lueur de son regard quand elle recula, il sut que ça comptait tout autant pour elle.

— Tu es là, murmura-t-elle, les yeux brillants de larmes. Tu es toujours là quand j'ai besoin de toi. C'est une des choses que j'aime chez toi.


Lance cria quand l'attaque de Keith arracha l'épée de ses mains, encore. Il tituba, hors d'haleine, et se retint de jurer. Jurer ne l'avait mené nulle part jusque-là et respirer était bien plus important.

Cela ne l'empêcha pas de grogner en allant récupérer son bayard. Ils étaient dans une des petites salles d'entraînement, Hunk et Shay occupant la plus grande. Ils y étaient en tout cas quand lui et Keith avaient commencé. Deux heures s'étaient écoulées depuis et Lance avait passé les quarante-cinq premières minutes à essayer de transformer son bayard en épée. Et de le faire conserver cette forme pour plus d'une attaque.

Keith recula, regardant Lance d'un air prudent. Sa respiration n'était plus aussi fluide qu'à la première heure, quand il balançait Lance d'un côté et de l'autre de la salle sans aucun effort.

— Tu t'améliores ? dit Keith, comme s'il lisait dans ses pensées.

Lance ricana.

— C'est une question ou un mensonge, ça ?

Keith plissa les lèvres.

— C'est la vérité. Tu ne croyais pas sérieusement que tu allais maîtriser l'épée en une nuit, si ?

— Je sais pas Keith, tu préférerais–

Lance s'interrompit en jurant. Rien que d'y penser, de penser à cette seule chance qu'ils avaient, ce seul plan qui ne tuerait personne, ça le rendait malade. Un regard à Keith lui indiqua que le paladin rouge n'était pas bien mieux. Lance se redressa, se débattant avec son bayard pour lui faire prendre la forme de sabre qu'il avait fini par adopter.

— Tais-toi et recommence.

Keith soupira, mais reprit position. Lance l'imita avec un peu moins de grâce, se préparant à se prendre une autre raclée. Il allait devoir passer par une capsule de soin à ce rythme.

La porte s'ouvrit dans un sifflement alors qu'ils allaient se lancer et Keith se redressa si vite que Lance crut qu'il allait se briser la nuque. Curieux, il se retourna, surpris par l'apparition de Coran, mais également du jeune Altéen qu'il avait trouvé sur le vaisseau d'Haggar, qui attendit à peine que Lance remarque sa présence avant de lui foncer dessus, lui enlaçant la taille.

La fatigue de Lance le quitta aussitôt et il abandonna son bayard pour rendre son étreinte au garçon, s'efforçant de retrouver l'équilibre pour les garder tous les deux debout.

— Hé ! s'écria-t-il, un sourire étirant ses lèvres. T'es réveillé !

— Il l'est, en effet, dit Coran en souriant au garçon. Lance, je te présente Wyn. Wyn, voici Lance et Keith, deux des paladins.

Wyn se dégagea de Lance, se penchant d'un côté pour regarder Keith derrière lui.

Keith fit un son hésitant.

— Est-ce que… je dois m'en aller ?

— Tout va bien, Red n°2, dit Coran en agitant la main.

— Tu viens de la Nouvelle Altéa, toi aussi ? demanda Wyn.

Keith le fixa, les oreilles tressaillantes.

— La Nouvelle Altéa ? Je n'y suis jamais allé. Mais… (Il jeta un regard à Lance, les sourcils froncés.) Ma mère oui, à ce qu'on m'a dit. Elle s'appelait Keena.

Wyn plissa les lèvres, puis secoua la tête.

— Je la connais pas.

Bien qu'il tenta de cacher sa déception, Lance vit les épaules de Keith s'affaisser. Wyn le remarqua aussi, à en juger son froncement de sourcils. Il jeta un œil à Lance, puis recula un peu.

— Coran me faisait visiter le château.

— Un petit peu, en tout cas. (Coran sortit son ticker de sa poche, le secoua, puis se frotta les yeux.) Mais il se fait tard. Veux-tu que je te ramène à ta chambre ?

Wyn fit non de la tête.

— Je me rappelle où c'est.

Coran plissa les yeux.

— Tu ne comptes pas aller rejoindre Maka et les autres, n'est-ce pas ?

— Bien sûr que non, dit Wyn, et Lance avait entendu (et prononcé) assez de mensonges à l'intention des adultes pour reconnaître sans peine l'air malicieux de Wyn quand il se balança sur ses doigts de pieds, les mains dans son dos.

Qu'il souriait en soit suffisait à défaire la pression que Lance avait ressentie toute la journée. Qu'il se sente apparemment assez bien pour filer en douce et jouer avec les enfants galras lui fit monter les larmes aux yeux.

Coran resta ferme cinq bonnes secondes avant de céder, chassant Wyn en l'exhortant à dormir un peu.

— Ne te couche pas trop tard !

Wyn répondit d'un son vague avant de s'en aller. Lance fut surpris qu'il s'en tienne à une allure de marche avant de disparaître de leur vue.

— Il va bien, souffla Lance en s'asseyant lourdement contre le mur.

Il avait eu si peur en voyant à quel point Wyn était timide au début. Il avait eu peur qu'Haggar lui ait infligé quelque chose de si terrible qu'il ne s'en remettrait jamais. Il avait eu peur, parce qu'à chaque fois qu'il regardait Wyn, il voyait Mateo.

— Il va bien.

— Il s'en remettra, dit Coran, prenant place à côté de lui. Il est fort, ce garçon. Il veut déjà accompagner les paladins en mission, tu sais.

Lance leva les yeux, horrifié.

— Hors de question.

Pouffant, Coran lui tapota l'épaule.

— Je lui ai dit que je lui apprendrais à piloter le château-vaisseau, mais il devra se poster sur la passerelle avec moi lors des batailles. Ça devrait le distraire un peu.

— C'est déjà mieux, je suppose, marmonna Lance.

Avec un soupir, il étira ses jambes devant lui. L'heure d'entraînement commençait à le rattraper et il avait envie d'aller se coucher, sauf qu'il avait encore du travail à faire s'il voulait être prêt pour le lendemain. (Il fallait agir dès le lendemain ils ne pouvaient pas attendre plus longtemps.)

— Sinon… qu'est-ce que vous faisiez ici ? demanda Coran.

Lance jeta un regard à Keith, qui ne semblait pas savoir où se mettre, l'épée toujours à la main, même s'il était rappelé de la désactiver en présence de Wyn.

— On s'entraîne, répondit vaguement Lance.

Keith, bien sûr, ne le laissa pas s'arrêter là.

— Lance m'a demandé de lui apprendre à manier l'épée.

— Manier l'épée, répéta Coran, les sourcils haussés, avant de regarder Lance d'un air interrogateur. Pourquoi faire ?

— Il nous faut plus de combattants au corps à corps, dit Lance avant que Keith ne puisse dévoiler la vérité. (Toute la vérité, en tout cas, puisqu'il ne mentait pas vraiment.) Shiro et Allura constituent la moitié de notre première ligne et il nous reste plus que Keith, et Matt s'il s'en remet à temps, mais on peut pas compter dessus. On va se faire écraser si personne nous laisse l'occasion de tirer.

Coran se gratta le menton.

— As-tu envisagé une embuscade ? Je ne vois pas pourquoi nous avons besoin d'entrer en combat rapproché.

Lance grimaça.

— Ouais, sauf qu'on les neutralise comment, sans les tuer ? Il faudra plus d'un tir pour traverser leur armure, à moins de viser le visage, ce que je recommande pas. (Il se rendit compte de la morosité de son ton et se secoua.) Bref, et c'est sans compter sur les druides qui risquent d'arriver pour les emporter encore une fois. Il faut qu'on se rapproche.

— Et tu es sûr qu'une épée est ton meilleur choix ? demanda Coran.

Lance s'attendait à devoir argumenter encore un peu sa stratégie, alors le changement de sujet le laissa bouche bée un moment. Il jeta un coup d'œil à Keith.

— Au moins, j'ai quelqu'un pour m'apprendre à la manier.

Coran fit un son pensif.

— Et qu'est-ce qu'en pense ton bayard ?

— Mon… bayard ?

— Oui. (Coran tapota la jambe de Lance.) Le bayard est lié à ta quintessence, mais il a été fabriqué à partir d'un petit morceau du lion bleu. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'il est doué de conscience, mais s'il essaie de te dire quelque chose, il vaut peut-être mieux l'écouter.

Lance fronça les sourcils, invoquant son bayard.

— Bah, c'est vrai qu'il se débat un peu avec l'épée, mais je suis censé faire quoi ? Essayer toutes les armes de mêlée qui me passent par la tête ?

— Essaye de ne pas y réfléchir, suggéra Coran. Visualise la situation pour laquelle tu as besoin de l'arme et vois ce que ça donne.

Bien sûr. Lance n'avait pas demandé de lance-grenade, après tout. Il avait juste besoin d'un truc qui puisse atteindre tous les clones d'Haggar en même temps. Il forma une image dans sa tête, tous les paladins allant contre Shiro et Allura, Lance chargeant–

Le bayard brilla et Lance manqua de s'empaler sur la forme longue et fine. Glapissant, il lâcha le bayard et fit un bond de côté. Le bout de la forme frappa le mur derrière lui et l'arme rebondit, glissant un peu plus loin. C'était une arme d'hast, de plus de deux mètres de long, dont un quart était composé d'une lame à un seul tranchant.

Lance écarquilla les yeux et sourit de toutes ses dents.

— Ooh, regardez ça. Une lance pour Lance.

— C'est plutôt une guisarme (1), je pense, dit Coran, l'air impressionné. Une bonne arme. Je l'ai déjà maniée quelques fois.

Le sourire de Lance flancha.

— Non, je voulais dire… parce que je m'appelle Lance ?

Coran lui jeta un œil, puis à Keith, qui haussa les épaules.

— C'est une blague ? insista Lance. D'accord, c'est pas la meilleure que j'ai faite, mais bon…

— Ohhh, fit Keith en hochant la tête comme s'il avait trouvé la réponse ultime de Question pour un Champion. Ton nom veut dire lance en Terrien.

Lance le regarda d'un air abasourdi, balbutiant des débuts de réponses incrédules avant de s'arrêter sur :

— C'est en anglais. Et mon nom ne veut pas dire « lance ». C'est Lance !

— Attends. Tu as le nom d'une arme ? (Keith le regarda de haut en bas, les lèvres tremblantes.) Sérieusement ?

Lance se redressa, le fusillant du regard.

— Commence pas, boule de poils. Ça s'appelle un surnom. Ça te dit quelque chose ?

Keith rit.

Vexé, Lance se tourna vers Coran à la recherche de soutien, mais il semblait tout aussi amusé que Keith. Lance poussa un son affligé et Coran leva les mains.

— D'accord, d'accord, fit-il. En tout cas, je sais comment me battre avec des armes d'hast, guisarmes comprises. Je peux t'apprendre les bases, si tu veux ?

Lance grommela encore un peu. En y repensant, c'était assez logique que son nom ne se traduise pas avec le reste de ses mots. Sa sœur restait Luz après tout il ne l'appelait petite lumière que lorsqu'elle faisait quelque chose de particulièrement adorable.

Enfin, ça l'agaçait quand même de devoir reléguer au placard tout son répertoire de blague sur les lances.

— Ouais, finit-il par dire, tirant sur le mot en reprenant sa guisarme, allant prendre place au centre de la petite salle d'entraînement. Il vaudrait peut-être mieux.

Coran appuya sur un bouton caché dans le mur (il semblait y en avoir beaucoup dans le château) et un râtelier d'armes d'hast descendit du plafond. Coran en choisit une et renvoya le râtelier. Il se tourna vers Keith.

— Tu n'es pas obligé de rester. Je suis sûr que tu ne dirais pas non à une petite sieste ?

— Nan. (Keith rangea son épée et alla s'appuyer contre le mur près de la porte, les bras croisés.) Je ne manquerais ça pour rien au monde.


Les paladins finirent tous par rejoindre leurs chambres, non sans quelques efforts de la part de Coran. Il avait travaillé Lance jusqu'à ce que ses paupières ne commencent à se fermer toutes seules, puis avait demandé à Keith de le ramener jusqu'à sa chambre, lui faisant promettre d'aller lui aussi se coucher une fois Lance bien installé.

Hunk et Shay étaient toujours dans la salle d'entraînement principale quand Coran quitta les deux premiers. Ils avaient arrêté de s'entraîner à un moment donné et étaient assis contre le mur, épaule contre épaule, leurs gourdes oubliées sur les genoux. Ils commençaient à s'endormir, même s'ils affirmaient tous les deux pouvoir encore tenir.

— Faut… (Hunk se coupa dans un bâillement, rendant le reste de sa phrase inintelligible. Coran l'aida à se relever, puis il reprit.) Faut trouver la signature d'Allura dans le truc du château. L'ordinateur. L'ordinateur du château.

Coran haussa un sourcil, aidant Hunk à se stabiliser quand il flancha.

— Pourquoi faire ?

— La pister, marmonna Hunk. Comme Haggar a pisté Shiro. On doit l'avoir quelque part, si le château sait où elle est.

Il semblait n'expliquer les choses qu'à moitié, mais Coran comprit l'essentiel.

— Je m'occupe de trouver la signature quintessentielle d'Allura avant de me coucher, dit-il. Rejoignez vos chambres, d'accord, vous deux ?

Shay marmonna son accord et quand Hunk se mit vaguement à protester, elle le jeta simplement par-dessus son épaule et le porta en dehors de la salle.

Souriant, Coran les observa s'en aller, puis continua sa chasse. Pidge et Ryner n'étaient pas dans le hangar du lion vert, alors il alla jeter un œil sur Matt dans la salle des capsules. Il dormait toujours, le siphon de quintessence arrêté pour la nuit, mais sa condition s'était déjà bien améliorée. Ensuite, il prit la route des quartiers des paladins. Les quatre qu'il avait envoyés se coucher étaient bel et bien dans leurs chambres, ce qui était quelque peu surprenant.

Plus surprenant encore, il vit Ryner sortir de la chambre de Pidge.

— Iel dort vraiment ? demanda Coran dans un murmure alors qu'elle fermait la porte.

Ryner poussa un petit rire.

— Incroyable, je sais. Vaut mieux ne pas s'avancer.

Avec ces deux-là, le compte était bon. Coran s'arrêta à l'avant-dernière porte, à côté de la sienne, pour s'assurer que Wyn avait bien retrouvé son chemin. Il dormait au pied de son lit, Maka allongé à côté de lui. Un jeu de cartes altéen se trouvait entre eux, la moitié du tas éparpillé au sol.

Avec un sourire, Coran rassembla les cartes et les posa sur la table de nuit avant de sortir deux couvertures du placard pour couvrir les garçons.

Il avait encore du travail à faire : dire aux autres Galras où se trouvait Maka, commencer un scan de la signature d'Allura pour Hunk et aller jeter un dernier coup d'œil à l'état de Matt. Son niveau de quintessence s'était élevé depuis que Coran avait arrêté le siphon, mais une rapide analyse du taux d'absorption lui permit de programmer le système pour que le drainage soit équivalent à l'ingestion de Matt, avec un interrupteur d'urgence si le niveau tombait au-deçà de son état actuel.

Ce n'était pas une solution parfaite, mais ça devrait lui faire passer la nuit. Les cristaux sur son visage commençaient déjà à peler par endroits, comme de la peau morte. Curieux.

Coran n'osait pas s'éloigner de la salle des capsules tant que Matt n'était pas complètement remis, alors il sortit une couchette du placard et s'y blottit, se promettant qu'il ne faisait que reposer ses yeux.

Il se réveilla quelques heures plus tard au son d'une alarme.

Se précipitant vers le poste de travail le plus proche, Coran frotta ses yeux fatigués et en chercha la source. Il y avait deux alertes qui l'attendaient et une seule aurait suffi à le réveiller brutalement. Le château avait localisé la quintessence d'Allura et le roi d'Arus avait activé le signal d'urgence qu'ils lui avaient laissé quelques mois plus tôt.

Coran afficha les résultats de la recherche, l'effroi lui glaçant le sang. Il savait, avant même de lire les coordonnées, ce qu'il allait trouver.

Arus était attaquée par le lion noir.


Note de la traductrice :

1. En anglais, Coran dit « glaive », ce qui signifie pour eux le genre de grande lance avec un couteau au bout, contrairement au français où ça désigne une épée courte. En fait, ce qui se rapprocherait le plus de ce « glaive » serait le naginata japonais, mais j'avais des réserves à mettre ce mot dans la bouche de Coran, qui ne sait rien de la culture japonaise. J'ai donc pris ce qui s'en rapproche encore une fois le plus dans une traduction de l'anglais au français, soit la guisarme…