Note de la traductrice : Je sais, je suis à la bourre…Et je m'en excuse. J'ai pris du retard sur la traduction. Mais je ne l'ai pas abandonné ! Il reste deux chapitres après celui-ci et vous les aurez ! ^^ En attendant, bonne lecture !


PRELUDE


Sur le site Omega, les murs bourdonnent et chuchotent.

Vala est allongée dans sa chambre, qui n'est pas tout à fait une cellule – ce qui est au final encore plus dangereux de son point de vue – et écoute. Elle préfère les murs tangibles, faciles à voir et à toucher, de ceux qui se tissent au fil des mots et des attentes. L'entrée laissée ouverte semble réclamer sa confiance. Pourtant, ce sont souvent ceux qui ressentent le besoin de demander cette dite-confiance qui en sont les moins dignes.

Ou alors les Tau'ri pensent simplement avoir le dessus sur elle.

Dans tous les cas, ça les rend idiots. Dans un sens, il lui est réconfortant de se dire que malgré les apparences, cette porte n'est pas véritablement ouverte en fin de compte.

Après tout, seuls des imbéciles adopteraient une technologie alien qu'ils ne comprennent pas. Elle présume qu'à première vue, la superposition de technologies extraterrestres sur le site est un rappel visuel de leurs diverses alliances, des différentes forces qu'ils peuvent faire valoir face à Anubis. Mais malgré tout leur idéalisme égalitaire, les Tau'ri n'ont pas pris le temps de connaitre leurs alliés aussi bien que leurs ennemis. Leur confiance pourrait être la cause de leur ultime chute. Certes c'est poétique, mais inévitable.

Prenez les Tok'ra par exemple. Cette espèce fournit la structure de cristal utilisée pour composer des parois. C'est une race arrogante, indifférente ou tout bonnement incapable de comprendre le principe basique de vie privée. Pour les Tau'ri, si empêtrés dans leurs subterfuges, ils n'ont pourtant rien compris de cette espèce.

C'est donc que ces jolis murs en cristaux possèdent une propriété utile que les Tok'ra eux même ne penseraient jamais à identifier comme un défaut. Car ce cristal se compose et se construit au gré des veines naturelles de différentes densités. Ce qui, avec le bon équipement, un peu de patience et d'intimité, peut transformer les murs en un système de surveillance efficace, transportant le son sur de très longues distances.

Vala a un tas d'exemples comme celui-ci en réserve.

Ainsi elle s'endort au son chuchotant des secrets des Tau'ri qui coulent dans ses oreilles, et se fixent dans son esprit, syllabes après syllabes. Elle a toujours pensé que la vraie nature d'une race ne se trouve pas dans ses actions, pas plus que dans ses intentions. Mais plutôt dans ses secrets. Dans les mensonges qu'elle garde et alimente. Les Tau'ri lui offrent une vison limpide d'eux même à présent.

« Emmenez Vala avec vous. »

Ses yeux s'ouvrent subitement. La voix du Colonel Reynolds vibre dans ses tympans, recouvrant d'autres bavardages. Elle ajuste sa position de sortes à se concentrer sur lui.

« Quoi ? » Répond cette fois la voix tranchante et agacée de Daniel.

« Je veux que quelqu'un ait constamment un œil sur elle. Elle en sait trop. »

Ils ne savent pas à quel point c'est vrai, pense-t-elle.

Ce n'est pas tout à fait une porte de prison qui se profile, mais ça en reste tout de même les prémices.

Ce n'est pas grave. Elle s'est préparée à cette éventualité. Elle a déjà réfléchi à cinq manières de s'enfuir de cette base labyrinthique. Tout ce qu'elle attend à présent, c'est un prétexte pour mettre ses plans en œuvre.

Lorsque Daniel apparait devant elle vingt bonnes minutes plus tard, il a toujours cet air ennuyé et inquiet planté sur le visage, mais il semble décidé. Terriblement certain de lui. Toujours aussi sûr de l'alignement de ses choix, de ce chemin qu'il leur a tracé lors de leur rencontre avec Netan. Elle ne sait toujours pas s'il s'agit d'une façon de se préserver ou bien d'une véritable croyance. Elle doute d'un jour pouvoir en connaître la réponse.

« Ils veulent que vous restiez avec moi pendant toute la durée des combats. » Explique-t-il sans autre forme de préambule.

Vala se place en position assise, se demandant s'il remarquera qu'à toute fin utile, que ses paquetages sont déjà faits. « Pourquoi ? » Demande-t-elle.

Il fronce des sourcils. « Pour que je garde un œil sur vous. »

Elle absorbe l'honnêteté de l'homme en face d'elle, cherchant à percer ce que cela peut bien cacher. « Ils ne me font pas confiance. »

« Non. » Admet-il, sans hésitation.

Très bien, il est honnête. Mais cela ne fait pas tout. Il pense probablement qu'elle est trop insignifiante pour qu'il se donne la peine de lui mentir. Elle balance d'avant et arrière ses pieds au bord du lit, réfléchissant aux différentes variables, mais restant à l'affût du déclic. Cette sorte de chatouillement au fond de son esprit qui jusqu'ici l'a toujours maintenue en vie.

Daniel la regarde comme s'il se préparait à combattre.

Elle n'est pas encore décidée à l'affronter. « C'est logique. » Conclut-elle, bougeant avec précaution. Elle saute sur ses pieds dans un mouvement fluide.

Les épaules de l'homme se détendent. Première erreur.

Elle pose son sac sur son épaule et avance avec lui dans le couloir, observant les badauds courir dans tous les sens. Le plan Tau'ri est en route.

Ils s'approchent d'une des portes de sortie sur leur chemin et elle se dit qu'il sera d'autant plus difficile de s'échapper lorsqu'ils seront loin du site Omega. Ses pas sont lents. Elle frôle le mur, ses doigts glissants sur les cristaux, sentant le bourdonnement monter et changer au fil des déplacements des gens autour d'eux.

Daniel stoppe son avancée. « Alors, vous venez ? »

Elle observe son visage, la position de ses mains et de sa colonne alors qu'il se tient devant elle. Elle dépasse la porte de sortie et prend son bras. « Où donc, mon mignon ? »

Il soupire en haussant les épaules puis lui désigne les hangars.

Pour l'heure, elle va accepter les portes ouvertes qui lui sont offertes par les Tau'ri en leur laissant croire que cela signifie quelque chose. Pour sa part, ce dont elle a réellement besoin, ce sont des murs.

Leur idéalisme s'occupera du reste.


Cam s'aplatit contre le mur, évitant de justesse de se faire écraser par le chariot rempli de caisses qui vient de franchir l'angle.

« Hey là ! » Admoneste-t-il le jeune homme essoufflé aux commandes. Foutre un coup de pied au cul à Anubis est déjà assez délicat sans qu'en plus quelqu'un se retrouve mutilé pendant la phase de préparation. « Ralentissez ! »

« Désolé mon Colonel. » Lui répond le gamin, rouge sous ses gouttes de sueur. « Le Docteur McKay a demandé à ce que ces caisses arrivent dès que possible à la Porte et a dit que si j'étais en retard, je devrais faire face…au mécontentement de Teal'c. » Le jeune homme pâlit à cette pensée. Cam le comprend tout à fait.

Il lui fait signe de poursuivre, notant dans un coin de sa tête qu'il lui faudrait rappeler à McKay de ne pas traumatiser ses assistants. « Essayez simplement de ne tuer personne sur votre trajet, d'accord ? »

« Bien sûr ! » Lui répond le gamin par-dessus l'épaule tandis qu'il disparait dans le couloir à une vitesse tout aussi élevée.

Cam secoue la tête et se dirige vers le bureau du scientifique. Il frappe la porte du poing et enchaîne « C'est bon McKay, le projet Santa Klaus est lancé. »

L'homme lève les yeux de son bureau et lui lance un regard inquiet. « Je doute de Reynolds vous laisse donner à cette mission un nom aussi ridicule. »

Cam hausse des épaules, ne se sentant pas le cœur d'argumenter. « Allons, nous avons pourtant encore quelques cheminées à livrer avant le grand jour. »

« Des cheminées à livrer ? » Bafouille McKay alors que l'indignation sur son visage semble sur le point de le faire imploser. Il claque ses mains entre elles et ça n'est définitivement pas bon signe. « Nous parlons ici de téléporter une cargaison sur une planète occupée, à partir d'un vaisseau couvert par un simple bouclier d'invisibilité, en essayant de se faire ni repérer, ni exploser ! C'est presque du suicide ! »

Cam lui répond sans se départir de son calme. « Et vous pensez réellement que faire passer le poney de Betty Sue par la cheminée était une tâche facile ? »

Sa réplique a le mérite d'hébéter quelques secondes le scientifique et le militaire coche un point imaginaire sur son tableau de score mental. Mais comme toujours, McKay ne garde pas le silence bien longtemps. « Vous êtes complètement barjot mon pauvre ami. Je ne sais même pas pourquoi je prends la peine de continuer à vous parler. »

« Parce que vous êtes un génie incompris et que c'est votre croix. » Rétorque Cam. « Maintenant, prenez vos affaires. On y va. »

McKay se plaint toujours tandis qu'il se précipite dans la pièce pour emballer son paquetage. Evidemment, l'homme a sa propre notion de ce qui est nécessaire.

« Ca suffit ! » S'exclame le militaire après avoir passé dix minutes à le regarder prendre tout et n'importe quoi. « On est partis. »

Il pousse littéralement McKay dans le hall, prenant garde de regarder de chaque côté avant de sortir. On n'est jamais trop prudent de nos jours.

« Je croyais que nous étions pressés ? » Lui assène le scientifique.

Cam l'ignore, finit par s'éloigner de son poste d'observation et se dirige vers les hangars. Mais à mi-chemin, quelqu'un l'interpelle.

« Colonel Mitchell ! »

Cam se retourne pour identifier la provenance de cet appel, et voit Kate Ortiz traverser le couloir.

« Kate » Répond-il dans un sourire. Son regard se pose sur son petit paquetage posé sur son épaule et il ne peut s'empêcher de le comparer à la montagne d'affaires qui s'entassent sur le dos de McKay et qui pourrait bientôt l'écraser sous son poids. « Vous partez ? »

Elle acquiesce. « Je rejoins la flotte Valedianne. »

« Ah. » Il bouge légèrement quand il capte son regard, la jeune femme semblant attendre de connaitre son déploiement. « Je suis…ailleurs. »

Elle lui jette un air entendu. « Mission top secrète. » Elle tapote un côté de son nez. « J'ai pigé. »

Il lui sourit. « Quelque chose dans ce genre. »

« Dans ce cas, je suppose que l'on se reverra sur Terre. » Lui dit-elle en lui tendant une main.

Il s'en saisit et prend un air séducteur. « C'est un rencard ? »

Elle lève les sourcils et il sent son visage prendre des couleurs. « Enfin…ce que je voulais dire… »

Kate tire sur sa main pour l'attirer vers elle et dépose un baiser sur sa joue. « Juste au moment où je pensais que vous ne proposeriez jamais. »

« Vraiment ? » Tardivement, il s'aperçoit que son intonation incrédule lui fait encore perdre un peu de sa superbe.

Le sourire de la jeune femme s'adoucit. « Bonne chance Cam. »

Il resserre légèrement sa prise. « Vous aussi. »

Avant de s'éloigner, elle fait un signe de tête à McKay, ne semblant pas dérangée le moins du monde par sa présence, même face à ce moment privé. « Docteur McKay. »

Le scientifique la regarde passer de son regard avide, la bouche grande ouverte.

« Pas un mot McKay. » Grommelle Cam. « Surtout, ne dites rien. »

L'homme remonte son sac dans un grognement. « Comme par exemple…mignon ? Ou simplement…pathétique ? »

Cam saisit le sac de l'homme et le pousse à avancer. « Bougez-vous Rudolph. »

« Pour l'amour du ciel... »


Quelque chose de dur traverse le regard de Vala tandis qu'elle examine la planète sur laquelle ils viennent d'atterrir. « Qui venons-nous rencontrer déjà ? » Demande-t-elle avec désinvolture, comme si elle avait oublié l'information, non pas que personne ne lui ait communiqué celle-ci.

« Nous rencontrons la force de frappe d'infiltration. » Répète une fois encore Daniel, cherchant à rester évasif. Il ne sait pas pourquoi il garde cette information. Peut-être à cause de la ride qu'il voit apparaitre sur le front de sa comparse à chaque fois qu'il reste flou dans ses propos. C'est bien que parfois, lui aussi ait le dessus.

Elle émet un soupir agacé et Daniel sourit intérieurement. En regardant autour de lui, il est surpris qu'aucun Tok'ra ne soit venu à leur rencontre. Seuls trois cargos trônent au soleil. Bon sang, il pensait que quelqu'un prendrait la peine de remonter à la surface. Il se met à errer autour d'un bouquet d'arbres, cherchant à se souvenir de l'emplacement des anneaux de transport.

« Là » Dit Vala en pointant quelque chose à leur droite.

Il la regarde avec étonnement, mais elle s'est déjà détournée et avance droit vers un amas de buissons qui lui sont familiers. Il la rejoint pour se placer à ses côtés. « Comment avez-vous su… ? »

Elle le tire plus près alors que les anneaux les frôlent et les entourent, faisant claquer son corps contre le sien, mais empêchant surtout une partie de son pied d'être coupé en deux.

« Merci » Marmonne-t-il en s'éloignant rapidement d'elle.

Elle lui renvoie un grand sourire, le même dont elle doit probablement se servir pour obtenir tout ce qu'elle désire. « Je vais me contenter de l'ajouter à la liste. »

Daniel fronce les sourcils. Il ne doute pas une seconde qu'elle en ait une. Il ne veut surtout pas imaginer quel serait le paiement final.

« Euh, bonjour » Prononce une voix familière. C'est seulement à cet instant que Daniel réalise qu'ils ont été téléportés dans une grotte. Jacob et une douzaine d'autres Tok'ra se tiennent en cercle à bonne distance d'eux. Quelque chose dans leur disposition autour de la pièce laisse deviner à Daniel qu'ils ont atterris en plein cœur d'une sorte de cérémonie.

« Je suis désolé. Nous ne voulions pas vous interrompre. »

Jacob balaye ses excuses d'un mouvement, tandis que ses comparses se séparent progressivement. « Nous avions fini. »

L'archéologue attend que le vieil homme termine d'échanger deux mots avec d'autres Tok'ra avant de s'avancer pour le saluer.

« Bonjour Jacob, » Dit-il en faisant un signe vers la jeune femme. « Connaissez-vous Vala Mal Doran ? » Etant une amie de Jack, Daniel ignore s'il a déjà eu affaire à elle par le passé.

L'écarquillement du regard de Jacob lui laisse deviner que les présentations n'étaient peut-être pas nécessaires. En un clin d'œil, il comprend que cela va au-delà de leurs rapports avec Jack. Il lui manque clairement beaucoup d'informations, mais c'est visible, dans la façon dont Vala reste immobile, le regard fixe, alors même que les yeux de Jacob la parcourent sans que jamais leurs regards ne se rencontrent.

De la culpabilité. Un langage universel.

« Oh, » Finit par dire Vala avec légèreté « le Tok'ra et moi sommes de vieux amis. »

Daniel ne manque pas la grimace de Jacob.

Il adorerait demander de quoi il s'agit mais un des Tok'ra réapparait aux côtés du père de Sam. « C'est fait Selmak. » Dit-elle en baissant la tête.

« Bien. » Répond le symbiote. « Dirigez-vous vers la surface avec les autres. »

Daniel perçoit à présent le brouhaha révélateur résonner dans les tunnels et indiquant la destruction progressive de ceux-ci.

« Vous êtes entrain de détruire la base ? » S'étonne l'archéologue.

Jacob se retourne pour voir l'effondrement d'un des passages. « D'une façon ou d'une autre, nous fermons boutique. »

Anubis avait sapé leurs objectifs, effacé les modèles hiérarchiques auxquels ils dépendaient depuis des siècles, tout comme il l'avait fait avec les Jaffas. S'ils n'y avaient plus de Goa'ulds, au service d'Anubis ou de qui que ce soit d'autre, ils n'avaient plus possibilité d'espionner, de se faire passer pour eux. Plus de raison d'être. Ils avaient essayé de se tourner vers les passeurs d'informations, mais il était vite apparu que c'était une simple phase, dans laquelle ils ne resteraient pas très longtemps.

L'époque de la Tok'ra touchait à sa fin.

Les yeux de Vala sont cloués au dos de Jacob mais Daniel est incapable de voir correctement l'expression de son visage, d'en comprendre toute la profondeur. Au-delà de la satisfaction, y croise-t-il également une forme de compréhension ?

Elle se retourne et surprend Daniel entrain de l'observer. Elle lève un sourcil, comme pour dire : « Allons-nous rester ici toute la journée ? »

Elle a raison. Ils doivent partir maintenant s'ils veulent être au rendez-vous à temps. Ils n'ont pas de temps à perdre avec les mystères et les secrets des uns et des autres. Pas même un moment pour affronter l'avenir précaire des Tok'ra.

« Jacob » Dit-il en touchant son bras.

L'homme se redresse légèrement, détachant enfin ses yeux du spectacle. « Oui. Bien sûr. » Répond-il. « Nous sommes prêts. »


De sa position légèrement surélevée, Teal'c peut surveiller la livraison de la cargaison du site d'Omega sur Hak'til. Il s'était dit que la quantité d'armes fournies était trop ambitieuse, sachant que le nombre de Jaffas valides seraient presque réduit à néant.

Mais la vallée en contrebas est parsemée de tentes, des dizaines de personnes gravitant autour de la cargaison pour donner la main ou entendre les détails du plan de bataille.

Teal'c recense mentalement les guerriers, leur classe, caste et appartenance grâce aux symboles tatoués sur leurs fronts. C'est une infime lueur de ce qu'il avait espéré : un garde horus près d'un serpent, les symboles se mélangeant, se brouillant, rendant les limites instaurées plus floues. Ce sont tous des Jaffas, non plus des soldats ennemis. Et parmi eux il y a des femmes Hak'til, elles aussi prêtes au combat.

La dernière grande armée Jaffa.

Ishta apparait à ses côtés, suivant la ligne de son regard.

« Je ne m'attendais pas à en voir autant » Avoue-t-il.

« Ils ne se battent pas pour la Terre. » Dit-elle d'une voix douce. Il n'y a pas de chaleur dans ses mots, ni de mépris pour la souffrance terrienne. Elle énonce juste un fait. Lorsque l'appel a été lancé, ce n'était pas le sort de la Terre qui les avait fait répondre. Ils ne se battraient pas pour un territoire, ou pour un maître. Cette fois, ils se battraient leur existence et leur mode de vie.

Ils allaient voyager ensembles vers la Terre, et cela les mènerait peut-être vers l'extinction de leur espèce. Ou bien vers la fondation d'une toute nouvelle civilisation unie. Et libre.

Cette marche, c'est tout ce qui leur reste.

« Viens. » Le somme Ishta, l'entrainant vers la Porte.

Le Sergent Lee les y retrouve sur les abords. « Ce sont les dernières. » Enonce-t-il en désignant un tas de caisses longues et minces.

La guerrière pose la main sur la caisse du dessus. « Est-ce qu'il s'agit des articles que j'ai commandé au docteur McKay ? »

« Oui madame. »

Teal'c observe avec intérêt Ishta ouvrir le coffre en bois, ignorant quelle demande a fait sa compagne à Rodney McKay. Elle en sort une lance et ce n'est qu'après avoir détaillé l'objet avec attention qu'il s'aperçoit que celle-ci a été modifiée pour lancer des impulsions contre les super soldats.

Ishta se tourne vers lui et lui tend la lance. « Une fois encore, il est temps que tu prennes les armes, Jaffa. »

Teal'c déglutit avec difficulté, sentant la pression augmenter dans sa gorge. Il enroule ses doigts autour du métal froid et sent le poids de l'arme tirer sur ses épaules.

« Je te remercie. » Sa voix est enrouée par le poids de l'instant et par l'ombre de tous ces autres combats menés.

Elle hoche la tête. « Bienvenue chez toi. »


Jack se penche au-dessus d'un vieux papier, sentant sous son corps le bourdonnement silencieux du vaisseau.

Il avait consacré ces derniers jours à rédiger autant que possible les idées qui avaient envahies son esprit avant qu'elles ne s'évaporent. Sa langue natale a disparu, remplacée par des traits et des pointes inconnus tracées au stylo. Il espère que tout ce charabia aura plus de sens pour Daniel qu'il n'en a pour lui. C'est important.

Anubis a toujours eu quelque chose de plus. Même Anhur, aussi inutile qu'il était, suffisait à le démontrer. Et maintenant, avec la connaissance des Anciens qui s'étale devant lui, cette vérité est là, juste hors de portée.

Sa main continue d'écrire.

Tout ça veut forcément dire quelque chose.

Son poing frappe sa jambe de frustration.

« Jack, » L'interpelle Carter d'une voix prudente.

Elle n'est jamais bien loin de lui à présent. Ses yeux le suivent. Ses yeux qui ne sont plus remplis de colère, de tristesse ou même de reproches. Qui sont à présent animés d'une détermination farouche, mais aussi d'épuisement. Ses yeux qui traquent chacun de ses faux pas, incapables de cacher leurs tressaillements chaque fois qu'un mot étranger lui échappe. Ce fut un soulagement quand son esprit a englouti sa capacité à formuler des mots compréhensibles. Les mots n'avaient jamais rien fait d'autre que de le gêner, le faire trébucher.

Parfois, il entend les échos de milles conversations qu'il a pu avoir avec elle. Certaines bien réelles, d'autres imaginées. Du moins peut-être. Il ne sait plus bien, il n'est plus très sûr.

Il ferme les yeux et expire. C'est de plus en plus difficile de s'accrocher aux choses. Sa main se serre, pourtant le stylo claque sur le sol. Il le cherche à tâtons, sachant bien qu'il n'y a plus de mots à écrire, de pensées à purger. Mais Carter s'en saisit la première.

« Assez. » Dit-elle en ramassant le stylo et l'engouffrant dans sa poche, hors de portée. « Ca suffit. »

Il essaie de lutter contre cet ordre mais en vérité, il sent qu'il glisse vers l'abîme bien plus vite. Et elle le sait également.

C'est fini. Il est temps que son corps admette ce que son esprit sait depuis longtemps.

Il lui tend les feuilles. Elle s'en empare avec précaution, ses yeux parcourant les lignes de symboles sans comprendre.

« Daniel ? » Demande-t-elle.

Il hoche la tête, voulant souligner à quel point c'est important, mais il n'a plus les mots. La façon dont elle les plie et les place dans sa poche laisse entendre qu'elle en a conscience.

C'est tout ce qu'il peut faire.

« Vous devriez vous reposer. » Dit-elle en se plaçant près de lui.

Il se remet sur ses pieds, et se tourne instinctivement vers sa couchette mais elle lui désigne d'un geste la cale. Il ne sait pas pourquoi. De toute façon, il ne peut pas argumenter. En nettoyant une pile de carton, il voit qu'elle a installé une paillasse rudimentaire au-dessus d'une collection de caisses. Ce n'est que lorsqu'il s'y installe qu'il comprend.

Elle a laissé les portes avant de la cabine ouvertes, donnant à Jack une vue dégagée sur les étoiles qui filent devant eux. Allongé face à elles, cela lui donne l'illusion de chuter rapidement, de dégringoler à toutes vitesse.

Cette vue, il l'avait eu auparavant des milliers de fois. Ces faisceaux de lumières qui filent devant ses yeux. Pourtant, il ne se souvient pas de la dernière fois où il les avait vraiment regardé. Cette vision resuscite les souvenirs de missions à moitié oubliées, de personnes si douloureusement vivantes. Il n'y a rien de suffisamment intact ou d'assez solide pour s'y raccrocher. Il n'essaie même pas. S'y accrocher rend la chute plus tangible.

Il ferme les yeux.

Quant il se réveille un peu plus tard, elle est allongée à côté de lui.

Elle ne le touche pas, leurs corps séparés par une bonne distance. Mais elle est là, étendue à ses côtés, regardant les étoiles défiler. Même dans l'obscurité, les étoiles apportent juste assez de lumière pour qu'il y voit son visage. Et bon sang, elle est toujours aussi belle.

Il se tend, sentant cette pensée dangereuse envahir son esprit, attendant l'inévitable.

Pourtant, rien ne vient.

Il ne reste plus que lui à présent. Lui et une connaissance incommensurable d'une espèce bien plus avancée que tout ce qu'ils pouvaient imaginer. Il y avait aussi de la sagesse. Il ne s'y était pas attendu. Elle remplit tous les espaces sombres, repoussant tout ce qui y est étranger.

Etouffant sa voix.

Alors, il prononce le seul mot qui lui reste. « Carter. »

Se déplaçant centimètres par centimètres dans un lent mouvement, les doigts de la jeune femme traversent l'espace de leurs corps, frôlant le dos sa main.

C'est la première fois qu'elle le touche volontairement, qu'elle franchit ce fossé invisible qui les sépare.

Il tourne sa main, paume ouverte, et sent ses doigts se faufiler dans les siens.

Il n'a plus l'impression de tomber dans le vide.