Note de la traductrice : Merci une fois encore à tous ceux qui suivent cette histoire. Nous arrivons à l'avant dernier chapitre, un des meilleurs à mon goût. J'espère que vous l'apprécierez ! A vos claviers :p
La Terre
« Nous approchons du point de rendez-vous Monsieur. »
Jason Reynolds acquiesce d'un signe de tête. Le compte à rebours de l'hyper-propulsion indique que cinq minutes les séparent de la Terre. Cinq minutes, et ils seront chez eux.
Ils sont prêts. Il avait fallu deux ans de planifications minutieuses, d'échanges avec les alliés, de convois et de rapatriement des troupes. Tout ce qu'il restait à faire maintenant, c'était mettre le plan à exécution.
Lorsqu'ils sortent enfin de l'hyperespace, la flotte qui les accompagne les entoure. Une flotte suffisamment importante pour surpasser celle d'Anubis. Il y a là un mélange hétéroclite de formes, de technologies, et de peuples. Et tous sont unis dans un même but.
« Repérez toutes les cibles et tirez avec tout notre armement. » Ordonne Jason.
Dans un même élan, la flotte ouvre le feu, mettant à mal les vaisseaux d'Anubis pris au dépourvu. Le premier ha'tak explose sans difficulté, rapidement dépassé par la puissance de feu. Jason se laisse envahir par un dangereux sentiment d'espoir. Ils vont réussir.
« Colonel, il y a du mouvement près de la Lune ! »
Le commandant relève la tête pour lire les données qui défilent sur les écrans au-dessus de lui. Est-ce qu'il y aurait une deuxième vague ? Ou bien les renforts sont déjà arrivés ? Il espère vainement qu'un dernier vaisseau Asgard ait décidé de surgir de nulle part. Son esprit est vite happé par l'afflux de pensées et d'informations. Mais plus que tout, vers la bataille, toujours aussi intense autour d'eux.
Ce n'est pas une flotte qui sort lentement de l'ombre. Ce n'est qu'un seul et unique vaisseau. Et il n'est pas Asgard.
L'appareil est si énorme qu'il avait fallu une lune entière pour correctement le dissimuler.
« Qu'est-ce que c'est que ça ? » Lâche avec horreur un des hommes aux commandes.
Le vaisseau ressemble à une araignée gigantesque attendant au bord de sa toile le moment propice. Patiente. Confiante. Absolument pas surprise.
L'incroyable poussée d'adrénaline cristallise les pensées de Jason. A présent, il peut le voir. Le chemin, chaque pas, chaque leurre, qui les a conduit à ce moment précis. De quelles façon les pièces du puzzle se sont assemblées pour offrir à Anubis l'opportunité d'annihiler toute la poche de résistance en un seul coup.
Qu'ils viennent à moi.
« C'est un piège ! » S'exclame quelqu'un dans la pièce, mais Jason l'entend à peine. Il sait déjà ce que cela signifie.
Il les a tous conduit à leur mort.
Le vaisseau tangue brutalement vers la droite, renversant presque Rodney. Il s'agrippe au rebord de la console et ravale une remarque caustique sur les capacités de pilotage de Cam. Les tâches informatiques qu'il doit accomplir ne lui permettent pas d'articuler une phrase suffisamment acerbe (ça demande de la concentration) et si elle n'est pas parfaite, alors à quoi bon se fatiguer ?
Les doigts de Rodney survolent les commandes, les algorithmes, les nombres et les variables qui s'alignent et se mettent en place.
« Plus qu'un…» Dit-il en se mordillant la lèvre.
Le paquet disparait en un éclair de lumière.
« J'ai réussi ! » Annoce-t-il le poing en l'air, l'adrénaline inondant tout son corps. Il faudra rajouter une nouvelle impossibilité rendue possible dans le CV de Rodney McKay.
« Enfin. » Ponctue Cam, le vaisseau vacillant une fois de plus. Le scientifique réalise soudain que le mouvement est la conséquence d'une explosion due à un tir. Peut-il seulement se délecter cinq minutes de son génie sans être interrompu par quelque chose qui menace sa vie ?
« Qu'est-ce que vous fichez ? » S'exclame-t-il en en se précipitant vers l'avant du vaisseau. Ils étaient censés rester à l'écart des combats. Ils devaient rester camouflés.
Cam émet un son alarmant, proche du grognement. « J'essaie de nous garder en vie ! »
Rodney ne se souvient pas que quelqu'un lui ait mentionné le fait qu'il prendrait le risque de mourir dans une explosion spatiale lors de cette mission. Mais d'un autre côté, lorsqu'il regarde les scans du champ de bataille pendant qu'il s'installe dans le second siège, il ne se souvient pas non plus qu'on lui ait parlé d'une étoile de la mort gigantesque.
« On dirait bien qu'Anubis savait que nous allions venir. » Explique Cam tandis qu'il réalise une pirouette très serrée qui devrait les avoir déjà envoyé six pieds sous terre. Les murs autour d'eux protestent contre les G qu'ils doivent encaisser.
« Oh vraiment ! » Glapit Rodney, se demandant pourquoi diable ils n'ont jamais mis de ceintures de sécurité dans ces foutues machines. De quoi râler plus tard, s'ils survivent.
L'un des navires valédiens près d'eux se brise et se transforme en une boule de feu incandescente. Rodney recule devant la lumière. Cam laisse échapper une série de jurons que le scientifique trouve parfaitement appropriés au vu de la situation. Après tout, le vaisseau d'Anubis traverse leurs forces avec une facilité déconcertante. Même lui est capable de reconnaitre une bataille perdue d'avance quand il en voit une.
« Pourquoi ne font-ils pas de saut en hyperespace ? » Marmonne-t-il entre ses dents tout en parcourant les informations qui défilent sur l'écran.
« J'en sais rien. » Répond Cam d'une voix tendue, tandis qu'il les entraîne à travers une autre série de manœuvres défiant la physique.
Mais soudain, toutes les informations devant lui prennent du sens. « Parce que nous ne pouvons pas… » Comprend Rodney, la couleur disparaissant de son visage. « L'immense vaisseau génère une sorte de champ de force. Ca rend impossible la création d'une hyper-fenêtre stable. »
Le silence qui tombe sur eux laisse l'information définitivement pénétrer leurs cerveaux.
Une autre explosion les frôle, bousculant le vaisseau dans son sillage. « Donc vous êtes entrain de dire que nous sommes coincés ici. » Reformule Cam.
Rodney acquiesce. « Nous sommes piégés. » Et morts. La dernière pensée ne franchit pas ses lèvres.
Le visage de Cam se durcit. « Très bien. Alors envoyons un maximum de ces salopards en enfer. »
Rodney regarde la Terre en dessous d'eux. Il en a un dernier aperçu avant que le vaisseau soit entrainé dans un nouveau virage par son pilote.
Sam et Jack sortent de l'hyperespace et se retrouvent plongés dans la confusion d'un champ de bataille.
Il faut un moment à Sam pour comprendre ce qu'elle voit. Il y a de petits vaisseaux qui virevoltent entre les ha'taks, et au loin, un immense appareil. Plus grand que tout ce qu'elle a pu voir jusqu'ici. Elle analyse suffisamment vite la situation pour comprendre qu'il leur faut rapidement mettre le bouclier d'invisibilité en place. Le risque de collision avec un chasseur de la mort la pousse à faire une embardée.
« Ils ont lancé l'attaque. » Dit-elle enfin après avoir localisé le seul vaisseau conçu par des terriens dans ce chaos. Pourquoi diable avaient-ils fait ça ?
Un unique tir du mastodonte traverse soudain le champ de bataille et fait exploser sans difficulté un ha'tak. Sam recule devant l'éclat de lumière. Des vies précieuses viennent d'être perdues. Par tous les dieux, ce doit être ainsi qu'est morte Abydos.
Elle sait que même s'ils réussissent à se débarrasser des super soldats, même s'ils arrivent à franchir cet obstacle, rien n'empêchera Anubis de faire exploser ce qui reste de la Terre et de la transformer en un amas de poussière spatiale.
« Nous arrivons trop tard. » Murmure-t-elle, horrifiée.
Jack la heurte soudain, sa main fermement ancrée sur son épaule tandis qu'il l'écarte de son chemin. Il lui prend les commandes et elle le laisse faire, abasourdie.
Elle jette un coup d'œil vers lui et perçoit la détermination sur son visage. La ligne de sa mâchoire s'est durcie et de la sueur perle sur sa peau. Savait-il ce qu'ils allaient trouver en venant ici ? Est-ce pour cela qu'ils s'étaient précipités vers la Terre ? Il y avait trop de coïncidences pour que tout cela soit dû au hasard. Mais plutôt que de plonger dans la mêlée, Jack dirige le vaisseau vers l'atmosphère de la planète.
Elle voudrait lui demander où ils vont, mais elle sait que ça ne servirait à rien. L'homme à côté d'elle est en pilote automatique. Ses membres se meuvent, mais ils sont seulement guidés par l'habitude.
Jack a quitté ce corps depuis longtemps.
Cette prise de conscience menace un instant de la paralyser, mais elle n'est pas allée si aussi loin, n'a pas traversé autant d'épreuves et vécu autant de souffrances pour s'effondrer au dernier moment. C'est son souhait, se remémore-t-elle.
Et cette fois-ci, elle serait assez forte pour respecter son choix.
Il les fait atterrir sur ce qui semble être qu'une immense étendue de glace. Sautant hors du siège, il se précipite vers la soute.
« Jack, » Prononce-t-elle doucement, mais il ne ralentit pas l'allure, revenant vers les anneaux avec dans les mains la construction de verre qu'il avait créé à partir des morceaux de cristaux retrouvés sur la planète des Anciens. Il ne s'arrête que le temps de lui fourrer une parka épaisse dans les bras, sans se soucier d'en prendre une pour lui-même.
Il pose son regard pressant sur elle, plongeant ses yeux dans les siens. Et durant un court moment, elle le sent, qui lui demande de lui faire confiance une fois encore.
Elle enfile la parka et s'avance sur la plate-forme. « Je suis prête. »
Daniel s'agenouille près des nacelles de sauvetage, essayant de se maintenir debout tandis que Jacob tourne et fait rouler le vaisseau à travers les combats.
"Que l'on se camoufle ne les empêchera pas de nous faire exploser en vol par accident", siffle Vala à côté de lui, le visage pâle et tiré.
Daniel lui jette un coup d'oeil, mais ne répond pas. Jusqu'à présent, la mission pour reprendre la Terre ne s'était pas vraiment déroulée comme prévu. Mais ce c'est une habitude. Honnêtement, il aurait davantage été surpris si le plan s'était justement passé comme prévu. Néanmoins, ce constat n'a rien de rassurant. Il préfère donc garder ses pensées pour lui.
« Regardez les choses en face ! » Claque Vala. « Anubis était au courant de votre venue ! »
« Il semblerait. » Répond Daniel, se relaxant un tant soit peu tandis que le vaisseau plonge dans la sécurité relative de la basse atmosphère. Compte tenu de ce qui les attend en dessous, cela en dit long sur le chaos du champ de bataille auquel ils viennent d'échapper.
« Vous ne pouvez sérieusement pas vouloir aller jusqu'au bout. » S'écrie Vala d'une voix aiguë emplie d'incrédulité.
« Nous nous en tenons au plan. » Enonce Jacob, le visage sombre. « Reprendre la Porte, laisser traverser les forces Hak'tyl et récupérer le complexe. »
« Mais ce vaisseau-» Proteste la jeune femme.
« Nous nous en tenons au plan. » L'interrompt Jacob avec la détermination de celui qui n'a plus rien à perdre.
Daniel voit la main de Vala se contracter et il se demande si c'est son sens de l'auto-préservation qui se manifeste. Elle doit souhaiter avoir eu la présence d'esprit de fuir quand il en était encore temps. Il se demande s'il aura un jour la chance de découvrir pourquoi elle ne l'a pas fait.
Mais déjà le tel'tak atterrit dans un bruit sourd. Il n'est plus temps d'émettre des hypothèses.
Teal'c se tient devant les ondulations du trou de ver, Ishta à ses côtés. De l'autre côté se trouve la planète où tout a commencé. Pas seulement la bataille avec Anubis, ou même la rébellion. Mais la naissance même de leur espèce. Le monde originel.
La Terre.
Teal'c lève sa radio. « Daniel Jackson, ici Teal'c. Êtes-vous en position ? »
Il y a un moment de flottement avant qu'une voix familière ne réponde. « Vous pouvez traverser. »
Ishta s'avance, impatiente de commencer le combat, mais il la retient. Il reprend la radio. « Quel temps fait-il aujourd'hui, Daniel Jackson ?
La réponse pré-établie lui revient immédiatement. « Agréable et ensoleillé avec du vent de nord-ouest. Un jour parfait pour un barbecue.
Teal'c sent son estomac se détendre. « Nous sommes en chemin. »
Il s'arrête devant le vortex, puis se retourne afin de faire face à la masse de guerriers Jaffas qui se tiennent auprès de lui. Il peut lire dans leurs yeux leurs attentes, leur anticipation mais aussi leur impatience. Tous ces sentiments qu'il ne connait que trop bien.
Ils voient en lui un chef. Ils voient en lui un homme qui peut leur apporter les réponses qu'ils cherchent.
Et sur ce dernier point, il ne les décevra pas.
« Jaffas ! » Crie-t-il d'une voix forte et claire qui résonne dans la prairie. « Ai'emain! »
La foule agitée se tait. Les dos se redressent, l'attention se tend dans sa direction.
Il leur fait face sur la plateforme de pierre, le port bien droit, sa main fermement et inflexiblement accrochée à sa lance. Il laisse le silence s'étirer pendant qu'il déplace ses yeux à travers la foule, donnant à chaque guerrier le sentiment d'être vu et reconnu. L'impression d'être important.
« Aujourd'hui est le jour où nous prenons notre revanche ! Le jour où nous éliminons le dernier faux dieu et tyran de la galaxie. Aujourd'hui, nous nous libérons de leurs jougs et nous affrontons notre destin avec le cœur et l'esprit sereins, en sachant que notre droit prévaudra. Nous ne faiblirons pas. Nous n'échouerons pas. Nous sommes des Jaffas ! »
Il lève sa lance au-dessus de sa tête. « Shel kek nem ron !
Un cri de réponse retentit au-dessus du cliquetis des armes et des poings fièrement levés.
Il se tourne vers Ishta, sa voix s'adoucissant. "Aujourd'hui, je meurs libre."
« Peut-être. » Répond-elle, sans broncher face à cette idée. Mais rapidement ses lèvres se froissent, lui exposant son air confiant et impertinent qu'il a appris à aimer. « Bien que si l'on m'en donne le choix, je préfère vivre libre. »
Il lui frôle la joue de sa main libre. « Ainsi soit-il. »
Ainsi soit-il, pour tous les Jaffas.
Les anneaux déposent Sam et Jack dans ce qui à première vue ressemble à une grotte de glace.
Sam se bat contre le sentiment de déjà vu que lui inspire les lieux, contre l'impression d'être piégée, contre la façon dont l'air froid mordant tire sur sa peau.
Contre le fait d'être là et de devoir le regarder mourir.
Tu n'as aucun contrôle sur tout cela.
Jack s'avance dans l'espace qui se présente devant lui. Il ne semble pas gêné par le manque de lumière. Il parait familier de cet endroit inconnu, comme s'il s'y était déjà rendu. Sam force ses pieds à le suivre. Dans la faible lueur bleutée, elle peut à peine distinguer les formes et les crevasses qui se détachent difficilement des ombres. Le passage s'ouvre sur une grande pièce, une chaise isolée orne son centre.
Jack la dépasse, s'agenouillant devant une trappe et faisant coulisser le cône de cristaux à l'intérieur. Les murs autour d'eux grincent et bourdonnent. Endormie depuis si longtemps, elle entend le grondement de la technologie qui se réveille.
Jack s'approche de la chaise et s'y installe comme si elle lui appartenait. Elle semble le reconnaître, s'animant sous son toucher. Sam regarde l'homme et la chaise se déplacer et se modifier afin de s'adapter l'un à l'autre.
Ses mains s'enfoncent dans le gel mou qui semble faire corps avec les accoudoirs. Des panneaux et des affichages luminescents circulent le long des murs. Sam s'approche de l'un des bandeaux, les mots en anciens volant à travers l'écran à un rythme alarmant. Et juste à côté, un aperçu du combat qui se tient, juste au-dessus d'eux.
Une bataille perdue.
« Jack ». Elle se retourne pour l'observer.
La chaise bascule en arrière, le plaçant en position allongée, son visage fixant le plafond sans le voir.
L'enceinte grince tandis qu'elle revient à la vie.
Teal'c se replie derrière la Porte, et manque de peu d'être atteint par un tir de super soldat. Il jette un coup d'œil à Daniel Jackson placé de l'autre côté, ses yeux balayant par réflexe son corps à la recherche d'un quelconque signe de blessure. Il arrive à peine à distinguer la tension incrustée sur le visage de Vala Mal Doran, qui se presse contre le dos de Daniel Jackson pour protéger ses arrières.
Rassuré, Teal'c inspire un grand coup avant de s'accroupir. Il pivote sur ses pieds et balaye l'espace autour de lui à l'aide de sa lance. Il sent la pulsion d'énergie étrangère qui se dégage de son arme tandis qu'une succession de vagues bleutées frappent leurs cibles. Les guerriers Kull, tout de noir vêtus, tombent au sol les uns après les autres.
« La voie est libre ! » S'exclame une voix à l'opposé de lui.
Teal'c doit enjamber le corps d'un Jaffa pour entrer dans le grand hall. Il ne prend pas le temps de pleurer son frère d'arme ou de l'identifier. Il continue, poussé par l'élan du combat, tandis qu'ils pénètrent de plus en plus profondément dans le palais d'Anubis.
La zone suivante s'ouvre sur un grand atrium avec de hauts plafonds et une rangée de fenêtres et de balcons. Un bon emplacement pour un piège.
« Ils sont trop peu nombreux. » Observe Ishta en s'aplatissant contre le mur.
Teal'c hoche la tête, l'ayant lui aussi remarqué. Les super soldats ont pris conscience de leur vulnérabilité. Ils ont très probablement trouvé plus sage de se regrouper et d'utiliser leur nombre contre leurs intrus. C'est un problème. Car même si les soldats d'Anubis tombent facilement sous leurs nouvelles armes, leurs tirs sont toujours aussi précis et mortels.
Il n'a jamais été aussi conscient de la valeur que peut avoir chaque vie. De celle de ces quelques Jaffas qui sont partis et de ceux qui se battent encore. Son entrainement de combattant lui souffle qu'il s'agit là d'une faiblesse.
« Nous devons agir avec prudence. » Dit-il.
Elle approuve de la tête, se glissant dans le couloir avec une poignée de ses comparses pour faire le tour par le côté. Une fois en place, elles balayent l'espace, leurs armes à la main. Il n'y a personne là-bas.
L'atrium est vide, pourtant la tension dans le cou de Teal'c ne se dissipe pas.
« Teal'c, » L'appelle soudain Daniel Jackson. Il se tient près des fenêtres, pointant quelque chose vers le ciel. « Qu'est-ce que c'est ? »
Le Jaffa se place à ses côtés, fixant les lumières, aussi jaunes que de petites comètes, qui filent à toute vitesse dans l'atmosphère. « Je n'en sais rien. »
Encore une nouvelle arme qu'Anubis a découvert et utilise contre eux ?
« Attention Teal'c ! » S'écrie soudain son ami.
Il se retourne, mais pas assez rapidement. L'embuscade tant attendue s'est finalement matérialisée avec force, un tir atteignant son épaule. Son arme frappe le sol tandis qu'une vague de guerriers Kull se jettent sur eux depuis la pénombre.
Ils sont beaucoup trop nombreux.
« Teal'c ! » S'exclame quelqu'un, mais tout est ralenti autour de lui, figé dans une sorte d'immobilité douloureuse. Son corps s'efforce d'atteindre l'arme tombée, mais chaque sensation est impitoyablement décuplée.
Le super soldat profite de son avantage. Il ne le manquera pas une seconde fois.
De l'autre côté de l'enceinte, Ishta se retourne, la lumière ondulant dans ses cheveux blonds. Sa bouche s'ouvre. Elle lève son arme.
Son geste n'arrivera pas à temps.
Alors que la mort le regarde droit dans les yeux, ses pensées se tournent vers Rya'c et Bra'tac. Vers le fils. Vers son père de substitution, son camarade. Vers l'avenir qu'il voulait leur donner, si seulement il en avait eu le temps.
Mais alors qu'il s'attend à recevoir le coup fatal, une énorme explosion gronde, l'impulsion sonore faisant vibrer l'air autour d'eux.
Le soldat stoppe son geste.
Tous les ennemis se figent.
Pendant un moment, Jack a le sentiment d'avoir quitté son corps. De flotter au-dessus de la Terre. Il vole avec les traînées de lumière tandis qu'elles visent puis traversent de part en part la flotte d'Anubis. Il se tient devant le Goa'uld, assis sur son immense trône, fixant ce vide insondable qui lui fait office de visage.
« Toi. » Siffle Anubis.
Jack le voit tel qu'il est. Un amas, une volute malfaisante. « Ton temps est écoulé. » Lui annonce calmement l'ancien militaire.
Les mains d'Anubis se soulèvent, un profond gémissement de protestation s'échappant de son corps qui n'est rien de plus qu'une coquille vide.
Tout se disloque dans un immense éclat de lumière. Les autres sont là. Ils se pressent, ils le regardent. Et c'est tellement beau, cette manière dont tout finit par s'effondrer.
Le moment dure le temps d'un souffle. Puis Jack retombe sur la chaise, piégé une fois de plus dans la lourdeur de son corps défaillant.
« La flotte d'Anubis. » Murmure la voix de Carter. Elle semble si loin de lui. « Elle a disparu…Juste…Disparu. »
Il a réussi.
Une longue et chaotique bataille doit encore être menée sur Terre. Il leur a simplement donné une vraie chance en retirant le faux dieu de l'équation. Du moins pour l'instant. Il espère que cela suffira.
Il le faut.
« Jack ? »
Il cligne des yeux. Ses paupières sont lourdes et il lui est presque impossible de les garder ouvertes.
« Jack… » Répète-t-elle, sa voix se rapprochant à travers la pièce et il perçoit son corps qui se presse tout près du sien.
Dans un terrible effort, il ouvre les yeux et la trouve penchée au-dessus de lui. Cela pourrait tout aussi bien être cette fameuse nuit noire sur Cimmeria, il y a de cela plus de cinq ans. Cette nuit où il n'avait pas pris la peine de se battre, accueillant l'obscurité, ne voulant pas de la vie qu'elle lui avait imposée.
Mais aujourd'hui, elle ne le supplie plus, que ce soit en paroles ou en silence. Elle ne lui demande pas de se battre ou de s'accrocher. Elle se tient juste au-dessus de lui, des larmes plein les yeux, mais un air résolu planté sur son visage.
Elle le laisse partir.
Cette fois-ci, il a le choix. A travers le bourdonnement incessant qui vibre dans son esprit, sous la confusion et la douleur, il le sait. C'est son choix. Pas le sien, pas celle d'Anhur. Il décide de sa fin.
C'est ce qu'il a toujours voulu, quelque chose qu'il recherche depuis longtemps : une mort importante, une mort intentionnelle. Par ce sacrifice, c'est toute sa planète qu'il sauve. Sa dette est payée.
Il est libre.
Aucune mission, aucune responsabilité pour le piéger ici. Il n'a qu'à lâcher prise. Et en finir.
Mais alors qu'il est assis là, avec Carter qui le regarde alors que son esprit s'effondre au milieu du chaos amplifié par les connaissances durement gagnées des Anciens, il comprend enfin qu'une bonne mort n'existe pas vraiment. C'est juste une autre illusion qu'il s'est évertué à poursuivre.
Il lui doit bien cela. Il se doit d'être honnête : ce n'est pas de l'héroïsme, c'est juste l'assouvissement de quelque chose. Un plan de sortie déguisé en sacrifice.
Il lève les yeux vers son visage et elle parvient à lui sourire, le mouvement faisant couler les larmes qu'elle essayait de cacher. « Ca va aller, Jack. » Dit-elle, ses mots tremblants, mais résolus. « Ca va aller. » Sa voix se brise, faiblit, mais elle continue. « Vous n'avez plus à vous battre. »
Elle essaie de lui dire qu'elle comprend son choix. De lui faciliter la tâche, malgré tout ce que cela lui coûte. Ce devrait le réconforter. Il obtient l'absolution, là où il n'aurait jamais pensé la trouver. Seulement, tandis qu'il la regarde, soulagé, quelque chose d'autre remonte de l'intérieur sa poitrine.
Carter se penche plus près encore. Ses murmures ne sont plus qu'un bourdonnement à présent, mais il peut voir dans son regard qu'elle tient à être là jusqu'à la toute fin. Encore une tâche impossible dont elle est incapable de se détacher.
Et, bon sang, le voilà, ce puits de sentiments qu'il pensait perdu, détruit ou peut-être simplement mutilé au-delà du possible. Pourtant il est là, caché sous les décombres. Il est là, peut être différent, changé, mais entier et si profondément enraciné.
C'est curieusement à cet instant, alors que tout parait embrouillé alors qu'elle est plantée là, à ses côtés, si courageuse, le laissant partir…C'est à ce moment-là qu'il finit enfin par la voir. Cette fichue vérité fondamentale.
Il n'a jamais été question de savoir qui doit quoi à qui. Cela n'a même rien à voir avec ce salaud de serpent. Les morts n'ont finalement aucune importance.
Seuls comptent les vivants.
Il voudrait prononcer son nom, mais c'est un tout autre mot qui sort de sa bouche. Son choix a été fait sans même qu'il n'en prenne conscience.
« Dormata. » Murmure-t-il. Il ne s'agit là que d'une maigre chance. Mais il doit essayer. C'est son choix. Sa décision.
La sienne.
Carter laisse une précieuse seconde passer à le regarder d'un air confus, tentant de comprendre ce que ça signifie. Il tente de répéter le mot, de l'imprégner d'un sentiment d'urgence mais il ne réussit pas tout à fait. Ses yeux passent de son visage à l'appareil qu'il a reconnu en entrant dans la pièce. Sa seule chance de salut. Ce mouvement lui coûte ses dernières forces, mais il n'est pas inutile car elle le suit et ses yeux s'accrochent enfin à la machine.
Elle hésite, sans doute bouleversée par ce brusque changement de plan. Son indécision ne dure cependant pas longtemps. Quelques précieuses secondes s'écoulent encore avant qu'elle réussisse à le soulever. Il voudrait pouvoir l'aider mais il lui faut toute sa concentration pour ne pas céder à l'obscurité séduisante qui menace de le submerger à tout instant.
Son corps l'appelle avec tant d'ardeur.
Le repos.
Avec peine, elle réussit à le trainer dans la pièce et à le placer dans l'emplacement prévu. Il n'aurait jamais dû douter d'elle, étant donné toutes les choses miraculeuses qu'il l'a déjà vu accomplir. Lorsque sa tête touche enfin la paroi, il sollicite ses dernières forces pour communiquer avec l'appareil.
Mais au lieu de s'éloigner, Carter s'approche un peu plus. Sa main est proche de son visage, hésitant un instant avant de le toucher. Sa paume se pose délicatement contre sa joue. Elle se tient devant lui, la chaleur de sa peau contrastant avec le froid qui les entoure.
« Jack… » Dit-elle d'une voix chargée de choses qu'il faudrait peut-être toute une vie pour déchiffrer.
Peut-être qu'elle aussi a enfin compris.
Elle recule et il envoie la commande, sentant l'énergie de l'appareil surgir autour de lui.
« Unam sumis » Murmure-t-il, tandis que la glace rampe le long de son corps. Le visage de la jeune femme vacille.
Elle est la dernière chose qu'il voit avant que tout disparaisse.
