Chapitre 6 :
Scarlett jeta un regard noir à ses feuilles de cours.
Elle avait un livre à finir, des informations personnelles à extraire d'un fichier crypté pour pouvoir les revendre, un rendez-vous d'affaires avec Pina Colada prévue, un rappel en attente pour son travail à la clinique, trois apparts à visiter et quelque chose comme un million de programmes à télécharger pour son nouvel ordinateur portable, mais elle avait aussi un devoir de trois cents mots sur la bataille de Valley Forge à rendre pour ce soir. Certes, elle l'avait reçu un mois et demi plus tôt par l'intranet de ses cours en ligne et, normalement, elle aurait eu amplement le temps de rédiger. L'ennui c'était qu'elle commencé par repousser le devoir parce qu'elle trouvait les cours d'histoire américaine ennuyeux à en pleurer, puis elle avait passé trois semaines entre les pattes d'un malade mental. Cela faisait presque deux semaines qu'elle s'en était sortie, et elle était toujours en train de se remettre sur pied. La masse de devoirs en retard était passée à la trappe, jusqu'à ce qu'elle voit le prélèvement sur son compte en banque et se souvienne que, mince alors, son examen s'approchait dangereusement et elle n'avait pas fini le programme. C'était donc une Scarlett vaguement paniquée qui avait passé la journée à expédier tous ses cours et devoirs, se disant qu'au moins les correcteurs auraient beaucoup de conseils à lui donner. Ne restait plus que sa bête noire : Valley Forge.
Là où elle appréciait les mathématiques et la biologie, Scarlett détestait l'histoire encore plus que la littérature. Sa grammaire était abominable, son orthographe un concept en lui-même et encore en plus il fallait se souvenir de dates et de trucs ennuyeux qui ne lui serviraient jamais. Qu'est-ce qu'elle en avait à faire que Georges Washington se soit pelé les miches pendant six mois en Pennsylvanie ? Et d'ailleurs, comment ça se faisait qu'on le considérait comme un chef de guerre important quand le type avait réussi à perdre deux milles soldats sans faire une seule bataille ? Pire que tout, on lui demandait aussi de trouver une 'signification', quoi que ça veuille dire. Ils étaient nuls et n'auraient jamais eu leur indépendance s'ils n'avaient pas eu l'aide des deux plus grosses puissances militaires d'Europe contre l'Angleterre, ça c'était une bonne signification ! Son professeur allait lui dire qu'elle ne faisait pas d'efforts mais Scarlett trouvait son jugement correct.
Soupirant bruyamment, elle bâcla sa conclusion et envoya son devoir à la correction sans se relire. Immédiatement, elle se sentit lasse devant la masse de choses qu'il lui restait à faire. Elle passa ses mains dans ses cheveux. Elle avait encore quelques heures avant de devoir aller en boîte pour une transaction. Soit elle pouvait continuer son livre et voir exactement comment Lisbeth Salander, qui avait été violée par son tuteur légal, allait lui faire la peau, soit elle pouvait aspirer à être plus comme elle en vrai et se faire de l'argent en volant les informations personnelles des gens. Elle pensa à toutes les dépenses qu'elle venait de faire, fit la grimace et démarra son programme.
Contrairement à la prodigieuse héroïne de son livre, les connaissances de Scarlett en matière d'informatique n'étaient pas instinctives. A l'origine, elle avait commencé à flirter avec des hommes en ligne, les encourageant à lui envoyer de l'argent pour qu'elle vienne les voir, puis coupait court à toute communication. Ça prenait des mois et elle ne gagnait pas tant que ça, mais ça aidait, tout comme les gris-gris et attrapes-couillons qu'elle vendait à ceux qui voulaient bien y croire. Puis elle avait dû prendre un travail dans un support technique au téléphone pour payer le loyer. On ne les laissait pas prendre de pause, ses heures supplémentaires étaient oubliées, la manager était une garce et tout le monde lui criait dessus, mais Scarlett pouvait dire sans l'ombre d'un doute que ça avait été l'expérience professionnelle la plus enrichissante de sa vie. Pourquoi ? Parce qu'elle avait appris qu'à partir du moment où on récupérait le mot de passe de l'adresse email d'une personne, on pouvait irrémédiablement ruiner son compte en banque.
Ça avait changé sa vie. Elle était passée d'une travailleuse du sexe craignant les fins de mois plus que les fous costumés à un Troll de compétition vivant correctement de ses méfaits. Désormais elle refusait qu'on la touche, elle mettait des vêtements de meilleure qualité, et on lui proposait d'autres choses que du sexe. Elle avait appris à hacker les systèmes administratifs tournant sur Windows 98 avec un magazine du début des années 2000 dont elle avait gardé des scans. Elle mentait éhontément aux conseillers téléphoniques, donnait des informations confidentielles pour en obtenir plus. Et, parfois, quand elle avait besoin de liquide très vite, elle achetait un périphérique USB pirate et le branchait à un endroit où la wifi était gratuite pour voler tous les mots de passe des gens se connectant dessus. Le port USB était cher et extraire des données utiles de la masse d'informations était fastidieux, mais ça lui permettrait de garder la tête au-dessus de l'eau. Le pire, c'est que c'était juste si simple. Pour une récupération d'adresse mail on demandait peu d'informations: une date de naissance, le nom d'un animal de compagnie, le nom de jeune fille d'une parente... Informations qu'elle pouvait obtenir au bout de vingt minutes de conversation. Après, il lui restait juste à mettre un souk infernal sur tous les comptes liés. Déjà parce que c'était rigolo, ensuite parce qu'on se souciait peu d'avoir perdu une centaine de dollars quand on était en train de se battre pour récupérer ses accès.
Alors qu'elle changeait les préférences de sa dernière victime sur Pornhub, on frappa à sa porte. Tout son corps se tendit. Personne n'était supposé savoir où elle habitait. Scarlett se releva silencieusement et glissa sa main sous son oreiller pour en tirer l'aérosol de Toxine de Peur. Elle sursauta quand on frappa à nouveau. Le cœur battant la chamade, elle hésita une seconde, main sur la poignée. Tout allait bien se passer. Elle ouvrit brusquement la porte, arme cachée dans son dos. A la place d'un criminel avec un masque en toile de jute, il y avait une petite brune en survêtement de sport avec une boîte en carton sous le bras. La brune n'en menait pas large, ouvrant et fermant la bouche sans qu'un seul mot ne sorte.
"... Ouais?" Finit par demander Scarlett devant son silence.
"Oui, euh, bonjour, euh... Voilà je, euh, je suis ta voisine ? Enfin, j'étais?"
Un frisson remonta le long de sa colonne. Il n'était pas question de repartir pour un tour. Elle allait lui claquer la porte au nez quand elle se mit à battre l'air de son bras libre.
"Non, non, non ! Attends ! J'ai ton chat !"
"Hein ?" S'exclama-t-elle avait une rare éloquence, à moitié cachée derrière la porte.
"Oui ! Je l'ai pas volé, mais il miaulait beaucoup, et tu ne rentrais pas et il arrêtait pas de miauler et le propriétaire était passé alors- alors je me suis dis que tu reviendrais pas et je suis passée par le balcon pour prendre ton chat et- Enfin, d'accord, j'ai volé ton chat mais-"
Scarlett délaissa l'aérosol et ouvrit la porte en grand dans son empressement.
"Mais il est où ?!"
"Ah ! Euh..." Elle fit mine de relever un peu son carton.
Avec des gestes précautionneux et une expression éperdue, Scarlett prit la boîte qui lui était tendue pour la poser dans sa chambre. Mal à l'aise, la brune resta dans l'embrasure alors qu'elle s'agenouillait. Ecartant les pans du carton, elle y vit un sachet de croquettes, quelques jouets décharnés et au milieu Glimmer, son petit chat blanc et rayé, qui dormait sur le dos dans son couffin. Elle tapota son ventre du bout du doigt et il bascula sur le côté pour se mettre en boule. Il bailla, s'étira longuement et vint frotter son museau contre sa main, ronronnant comme s'ils n'avaient jamais été séparés.
"Bon euh...Je vais y aller ?"
En un éclair, Scarlett avait envahi son espace personnel pour la prendre dans ses bras.
"Merci ! Merci, merci, merci, merci, merci ! Ahhhh !" Elle se mit à crier en piétinant sur place.
Ne sachant quoi faire, la brune lui tapota le dos. Scarlett finit par la lâcher, à son grand soulagement.
"Mais non mais sérieux, je suis désolée je sais j'ai l'air vache de te demander ça alors que tu me ramène le chat mais t'as fait comment pour me trouver ? Personne sais que je suis là!"
"J'ai demandé à ma voyante."
Elle haussa un sourcil, puis les épaules, et l'invita à l'intérieur.
" Bah putain elle est du tonnerre. Allez, je t'offre un verre, comme ça tu seras pas venue pour rien."
"Oh !" Fit-elle, surprise à l'idée que sa bonne action puisse être récompensée. "Je- je sais pas, j'ai pas envie de-"
"Mais tu rien du tout, allez." Elle passa un bras en travers de ses épaules et la guida pour qu'elle vienne s'asseoir sur le lit." Tu prends quoi ? J'ai de la vodka, du jus d'ananas et de la Despé'."
Assise les mains sous les cuisses, elle passa en revue la chambre. Si elle vit les pistolets dans un sac en papier, les bouteilles d'alcool et le logiciel de programmation grand ouvert sur son ordinateur, elle ne fit pourtant aucun commentaire.
"Un jus d'ananas ? S'il te plaît ?"
Scarlett lui passa la brique de jus de fruit et prit une bouteille de bière à moitié vide.
"Scarlett." Dit-elle en tapant sa bière contre la brique de jus.
"Santé. Moi c'est Pia."
"Pia Reyes, c'est ça ?" Répondit-elle, se souvenant désormais avoir vu le nom sur sa boîte au lettre. "Bah Pia t'as la meilleure voyante que je connaisse, y'a moyen de me filer son numéro ?"
Elle s'assit sur la table de chevet et prit une gorgée au goulot. Avec un peu de chance, si elle était assez bonne pour trouver son adresse, elle pourrait aussi lui dire comment éviter Crane. Et Voisin Flippant. Et Monsieur Webb. Et pas mal d'autres.
"Désolée, mais je la connais pas." Elle semblait plus à l'aise, curieusement. "C'est juste qu'elle passe à la boutique occulte où je travaille une fois par semaine pour acheter des doigts en gelée et des fois on parle. Cette semaine je lui ai parlé du chat et... Et me voilà ?" Elle finit néanmoins avec un petit rire nerveux et reprit beaucoup trop vite. "Euh... Tu lis Millenium ?"
Scarlett sourit. Pia n'avait rien dit pour ses trucs louches, elle ne dirait rien pour les doigts en gelée.
"Ouais, mais j'en suis qu'à la moitié. Tu l'as lu aussi ?"
"Non mais j'ai vu les films, ils sont vraiment bien."
"Attends y'a carrément une série de films ?"
Elle trouva vite que malgré sa réticence initiale, il était facile de parler à Pia. Elle aimait les films d'anticipation et Scarlett connaissait certains des films d'horreur qu'elle aimait bien. Comme Althea, elle venait des Philippines, mais elle était arrivée légalement sur le territoire et n'avait donc pas contracté de dette auprès d'un passeur. Contrairement à toutes les personnes de son entourage, elle semblait être une gentille fille, qui renvoyait de l'argent à sa mère et sa sœur tous les mois. Elles parlèrent une bonne heure, juste le temps que Glimmer renifle chaque recoin de la chambre. Après cela elle accepta de la laisser partir, mais seulement après avoir récupéré ses coordonnées.
A la seconde où la porte se ferma, Scarlett se laissa tomber sur le lit. Elle se roula en boule contre son chat quand il vint la rejoindre pour frotter sa tête contre la sienne. La légèreté qu'elle avait ressenti la quitta, remplacée par un poids dans le creux de son torse. Aussi heureuse qu'elle puisse être, elle avait honte de n'être jamais allée chercher Glimmer. Elle fondit en larmes dans sa fourrure, ses sanglots hachés par les rires quand il tapotait les gouttes de morve sur son nez. L'idée même de se remettre au travail faisait trembler ses mains. Son cerveau était inutile. Au lieu de rallumer son ordinateur, elle passa le reste de sa journée à boire avec son chat en lisant tout ce qu'elle pouvait trouver en lien avec une théorie sur la recrudescence d'hybrides de Rats-Pigeons dans les poubelles. Celle-ci était particulièrement intéressante parce qu'elle était certaine d'en avoir aperçus et elle contribua donc un message criblé de fautes au fil de discussion. Personne ne fut étonné qu'on puisse trouver ce genre de bestioles dans les Narrows. L'alcool aidant, Scarlett eut une idée formidable : elle avait besoin d'une quête. Mais pas quelque chose pour sauver la veuve et l'orphelin, parce que c'est chiant. Non, elle allait faire tout ce qu'elle pouvait pour trouver un Rat-Pigeon, envoyer un spécimen à une revue scientifique et devenir une grande entomologiste. Les nombreux défauts de son plan (à commencer par le fait que l'entomologie c'est l'étude des insectes) ne pouvaient pas l'atteindre. Son taux d'alcoolémie était bien au-dessus de ça.
C'est donc pour une raison plus ou moins logique qu'elle se retrouva accroupie en train de glousser à côté d'une benne à ordure en plaçant des tapettes à souris qu'elle avait volé à l'hôtel.
"Scarlett ? Qu'est-ce tu fous là-dessous, t'as perdu un truc ?"
Tony la surpris et elle dû se rattraper sur le bord de la benne. Perchée sur ses escarpins, elle se releva difficilement, ses mouvements restreints par sa mini-jupe serrée. Elle fit un signe à Tony. Avec son blouson de cuir, son zippo crocodile, son teint olivâtre juste assez pâle pour qu'on pense que ce soit un bronzage et son sourire charmeur, Tony était le plus gros tombeur qu'elle puisse connaître. C'était aussi le seul qui n'avait jamais été intéressé par Scarlett. Ils s'étaient rencontrés quand sa mère l'avait emmené aux urgences pour une blessure par balles. La mère de Tony, qui croyait au chemtrails dur comme fer, l'avait adorée et il savait pertinemment que si jamais il arrivait quoi que ce soit entre eux il en entendrait parler jusqu'à la fin de ses jours. L'ennui, c'était que par l'intermédiaire de sa mère, il avait aussi pu apprendre beaucoup trop tôt qu'elle était de retour quand elle avait posté sur son blog à propos d'un aéroport nazi qu'elle même ne comprit pas une fois sobre.
"J'essaie d'choper un Rat-Pigeon. C'est pour la Science."
"Mais Lottie." Dit-il en pointant du doigt sa tapette à souris." Y sont mastoc les rats ici, 'sont plus gros que ton chat. Tu vas rien choper avec cette 'tite merdouille."
Elle regarda son doigt, puis regarda la tapette, lâcha un "Ah ouais..." déçu et jeta ses trois autres tapettes dans la benne. Les deux sortirent de la ruelle pour se diriger dans un quartier bondé. Éclairée par les néons, une foule de gens était attroupée devant le Black Mask Club en une file d'attente plus ou moins ordonnée. Elle fit la grimace.
"T'es sûr de vouloir aller là pour la vente ? T'es mignon mais j'ai pas envie de me farcir une heure de queue là."
"Je connais le videur, t'inquiètes." Dit-il avec trop de confiance pour un homme qui avait fini aux urgences après s'être battu avec un videur à l'entrée. "Toi par contre tu vas rentrer comment ? C'est pas avec ton vomi des années quatre-vingt que tu vas passer."
Déjà, son blouson était vintage, ensuite, elle avait tout prévu. Elle ouvrit son blouson pour découvrir le soutien-gorge qu'elle portait en guise de haut.
"Toi tu vas te les peler."
" Non, j'ai mon blouson."
"Y peut pas te tenir chaud si tu le portes sur les coudes."
"Ta gueule c'est magique." Dit-elle, butée. Elle voulait des verres, et elle les voulait gratuitement.
Il éclata de rire et passa un bras autour de ses épaules.
"Tu me fais marrer. Mais faut que tu te calmes ! Ça t'as pas suffit le Bad Trip de trois semaines ?"
Elle retira son bras. Scarlett avait appris que personne dans son entourage ne s'était inquiété de son absence, supposant qu'elle devait juste être particulièrement ivre et qu'elle referait surface au bout d'une semaine ou deux quand elle aurait décuvé. Elle réajusta la bretelle de son sac à dos et marcha plus vite vers le bout de la file. Tony la retint par le bras et l'entraîna avec lui, doublant tout le monde pour s'entretenir avec les videurs. Pour une fois, ça ne se finit pas avec un oeuil au beurre noir.
A chaque fois qu'elle venait au Black Mask Club, elle était toujours frappée par la même certitude: Black Mask avait des goûts de chiotte. C'était bas de plafond, les murs rouges rendaient mal à la lumière des néons et la plateforme pour les danseuses était trop basse alors il avait fallu ajouter des barrières, où s'étaient appuyés tous les piliers de ce genre d'établissement sous l'œil vigilant des videurs. Le bar avait été collé dans une alcôve alors les gens qui voulaient prendre des verres étaient coincés d'un côté, forcés à s'amasser de l'autre. Mais bon, il y avait des filles presque à poil partout, des types louches, des serveuses en mini jupes portant des plateaux aussi pleins de verres d'alcools que de drogues en tout genre, et à sa gauche elle pouvait apercevoir un fumoir avec plusieurs narguilés géants éclairé à la lumière noire, donc visiblement la clientèle n'était pas là pour la décoration. Il y avait un espace lounge plus huppé, elle avait vu l'escalier qui y menait, mais ce n'était pas le genre d'endroit où les petites frappes comme elle ou Tony étaient conviées. A la place il la guida vers une table où semblaient être attroupée toute leur clique. Elle se figea. Même après tout ce qu'elle avait descendu, elle se considérait encore comme trop sobre pour devoir leur faire face et rigoler en inventant des mensonges quand ils lui lançaient des piques parce qu'elle avait fait la bringue pendant trois semaines.
Scarlett déglutit, se convainquant qu'il n'y avait pas de doigts remontant le long de sa gorge.
"SALUUUT !" Elle cria pour couvrir son appréhension.
Mimi tenta de se lever, mais Grant, son connard de petit-ami, la retint. Elle lui adressa un sourire désolé. Althea détourna le regard pour parler à une amie. Dashiell fut le seul à crier aussi fort en retour, au grand dam d'Althea, qui ne sortait plus avec depuis deux ans mais n'appréciait toujours pas qu'il voit d'autres femmes. Scarlett se souvenait à peine qu'elle l'avait embrassé un peu avant... Avant. Ceci dit, il avait un sachet de pilules dans la main et regardait autour de lui avec béatitude, donc elle n'avait pas grand chose à craindre. Elle se laissa tomber dans une place vide avec Tony, riant aux piques sans y répondre.
"Heeeeey, tu reviens d'entre les morts ?"
"T'as pris quoi quand t'étais pas là ?"
"Ca t'as fait du bien, t'as perdu des cuisses."
"BON !" Elle coupa. "Je suis désolée on se refera un truc bientôt mais là je change d'appart et je change de tél, j'ai genre un million de trucs à faire, donc Tony, raboule le fric."
Il se laissa aller dans le siège, écartant ses jambes jusqu'à la pousser. Elle le poussa en retour.
"T'as le matos ?"
Ils se pressèrent autour d'elle, essayant de regarder dans son sac à dos par-dessus leurs verres. Elle leva les yeux au ciel et sortit les deux armes à feu. Elle passa le Luger LCP à Tony pour qu'il l'examine, gardant le Glock 19 en main, parce qu'il valait le double. Dès qu'il eut authentifié que l'arme était bien réelle, Grant se mit à geindre en passant un billet à Dashiell, qui sortit de sa torpeur pour l'empocher. Ils pensait vraiment qu'elle allait venir si elle n'avait rien ? En plus, ce n'était pas comme si c'était terriblement compliqué de trouver des armes à feu dans cette ville. A un moment où elle avait plus d'argent, elle l'avait acheté à un vieil acariâtre qui avait une trop mauvaise vue pour autre chose qu'un fusil à pompe. Depuis elle avait quelques pistolets gardés dans un casier à la gare comme un genre d'assurance. Elle lui prit le Luger et tendit sa main vide.
" Ca fera 1200 dollars."
"Et ben y'en a une qui a augmenté ses prix..." Râla Grant.
"On était d'accord." Dit-elle sans se démonter." C'est un bon prix pour deux pistolets quasi neufs, avec munitions. Personne trouvera mieux, je me taille les veines pour toi mec."
"Mais non, mais avoue Scarlett," Il commença en tentant de passer son bras autour de ses épaules." Je suis sûr que tu peux me le faire pour, genre, 800 dollars."
Elle le regarda avec un sourire figé. Si elle avait été de bonne humeur, elle aurait peut-être marchandé. Elle retira son bras.
"1300 dollars et une Pina Colada."
"Hein ?" Répondit-il après un instant de flottement. "Euh... 900 dollars ?"
"1400."
Grant leur fit un signe obscène.
"Non mais- Mais ça marche pas comme ça !"
Elle sortit son téléphone et commença à pianoter dessus.
"J'ai dis que je marchandais pas, alors arrêtes de jouer au con et donne-moi mon fric."
Ils se regardèrent tous, peu habitués à cette attitude renfermée. Althea dit quelque chose qu'elle ignora, tout comme Grant. Tony prit quelques instants pour discuter avec Grant, qui devait partager les coûts avec lui. Leurs messes-basses prirent un ton agressif et elle serra l'aérosol dans sa poche, se félicitant de ne pas avoir pris les munitions avec elle. Elle fut frappée par sa méfiance. C'était ses amis, se dit-elle en forçant ses doigts à se décrisper, c'était des gens qu'elle aimait. Si quoi que ce soit arrivait, Scarlett le regretterait amèrement. On posa un verre devant elle, la faisant sursauter.
"Je paie la Pina Colada." Fit Mimi, son sourire encadré par ses longs cheveux bleus." Ca fait un bail."
Elle s'assit à ses côtés. Scarlett soupira en lui rendant son sourire. Voyant que Grant était trop occupé pour râler sur les fréquentations de sa petite amie, elle pu lui parler sans appréhension.
"Ça va toi ? Je veux dire, t'es chiante et t'as vraiment une p'tite mine." Mimi se rapprocha, parlant plus bas. "Y s'est passé quoi ? T'as disparu d'un coup. C'est pas..."
Elle laissa sa phrase en suspens. Mimi frotta la vieille cicatrice à l'arrière de son cou et Scarlett fit de même. Les deux jeunes femmes s'étaient rencontrées à une audition pour un poste de danseuses qui s'était révélé être organisée par un réseau de trafiquants d'êtres humains.
"Non." Elle la rassura." Non j'ai juste..."
Ses sourcils se froncèrent, regardant les stroboscopes créer des jeux de lumières dans son verre. Elle prit une gorgée.
" Ca va. En vrai je me souviens plus trop. Et toi, y parait tu vis plus avec Althea, alors ça donne quoi de vivre avec Grant ?"
"Ça va."
Elle se regardèrent, les yeux noirs de Mimi cherchant quelque chose dans les siens. Scarlett se sentait tordue entre l'envie de se confier, son désir de garder ça secret et un malaise indescriptible qui lui serrait les entrailles. Ne sachant que répondre, elle la prit dans ses bras. Mimi la serra fort en retour. Son coeur semblait battre dans sa gorge, étouffant le sanglot qui voulait en sortir.
"Salut les filles !" Cria Tony, les faisant lâcher prise. "Bon alors y'a un hic, c'est qu'on a pas les thunes-"
"Non mais tu te fous-"
"MAIS on a un truc de hacker pour toi, et peut-être d'autres trucs plus tard si on te présente à notre patron!"
Grant fit signe à Mimi de se pousser, et s'assit à côté d'elle. Les deux l'encadraient désormais, penchés sur elle en conspirateurs.
"On allait le proposer à mon pote Vinny." Commença Grant
Sa grimace lui fit comprendre tout ce qu'elle pensait de son pote Vinny et de son clavier à Led qui ne marchait plus à cause des miettes de chips.
"Mais on s'est dit," Le coupa Tony "Scarlett elle est bien avec les clients difficiles, une fois qu'ils la voient arriver, ils veulent plus la voir partir !"
"Ouais, tant qu'elle ferme sa gueule."
"Je repasse à 1400 dollars ?" Elle demanda d'un ton acide.
Grant frappa à côté de sa tête, si proche qu'elle sentit un coup de vent sur sa joue. Tony leva les mains en signe d'apaisement. Des deux, Grant était le plus lourd. Fort de près de cent kilos de muscles, il disait avoir fait ses classes chez les militaires, mais un petit tour sur son dossier scolaire lui avait appris que c'était juste un camp de redressement. Il n'avait pas aimé qu'elle lui jette ce fait à la figure lors d'une dispute, qui avait bel et bien fini avec la tête rose de Scarlett rencontrant un mur. Grant était un connard et elle ne voulait pas baisser les yeux. Au final, Tony ne leur laissa pas le choix, claquant des doigts entre eux avant qu'ils ne commencent un pugilat que Scarlett ne gagnerait pas.
"On se calme les enfants, tout le monde aura du fric et- Ben tiens, hein qu'est-ce tu dis de ça : on te file 600 maintenant pour un des pistolets, on va te présenter, et si ça se passe bien tu nous passe le deuxième et les munitions !"
Un soupir las lui échappa. La somme qu'elle avait annoncée n'était pas anodine: c'était ce qu'on lui demandait comme caution pour un nouvel appartement. D'un autre côté, une fois cette somme dépensée, ses revenus resteraient incertains. La clinique ne l'avait toujours pas rappelée.
Scarlett se laissa tomber dans la banquette, marmonnant un "D'accord..." peu enthousiaste.
Pas beaucoup d'action dans ce chapitre non plus, mais il y a pas mal d'éléments que je devais introduire dès ce chapitre :/. J'ai essayé de condenser ce chapitre et le suivant ensemble mais ce n'était pas possible, donc à la place je publie celui-ci maintenant et l'autre à la fin de la semaine, au lieu d'attendre deux semaines.
Rose : Le principe sur cette fanfiction, c'est de prendre des gens qui sont au plus bas (et absolument pas raisonnables à ce sujet), et observer à la fois les conneries qui les enfoncent et ce qui fonctionne vraiment pour leur faire remonter la pente. Sauf qu'avant que Scarlett ne remonte la pente, il va lui falloir faire toucher le fond. Et pour Linda Friitawa je trouve qu'elle a sa place, en cela qu'elle est une bonne preuve que Crane a de très mauvais goût en matière de partenaires... Et elle va apparaître dans la fic :D.
- Dans l'univers DC, New York en tant que ville n'existe pas, puisque la ville est remplacée par Gotham. Cependant, j'ai déjà vu New York être citée, donc pour moi l'état s'appelle New York, en font partie les villes de Hub City (la Question), Blüdhaven (Nightwing) et Gotham (Batman&co).
