Dès le premier jour
Nick hochait doctement la tête devant les recommandations strictes du docteur, une marmotte aux lunettes rectangulaires et un tantinet trop rouges. Judy lui glissa un regard en coin, le prévenant de la moindre remarque. Ils étaient à deux doigts de sortir de l'hôpital alors autant ne pas se faire remarquer.
Déjà que tout l'étage avait entendu ses parents pleurer de joie en apprenant qu'elle n'avait rien et s'offusquer de la chasse au mammifère dans laquelle elle s'était lancé, il ne faudrait pas qu'elle passe un peu plus pour une fliquette inconsciente. Ou que Nick fasse tâter à cet illustre médecin de sa douce ironie. Ce n'était vraiment pas nécessaire.
Une fois ce pénible et infantilisant moment passé, le duo d'enquêteurs se rendit chez le canidé pour trouver repos et calme après les évènements du jour. Judy était encore bien incommodée de son atèle qui l'obligeait pour l'instant à se déplacer aidée d'une béquille mais sa fierté l'avait empêchée d'accepter la proposition de Nick de tout simplement la porter.
Contrairement ce qu'avait craint la jeune lapine, son ami ne vivait pas du tout dans un quartier sensible ou décrépi, il semblait pleinement faire partie de la classe moyenne et son logement était décent, presque rangé (même si Judy n'était pas totalement convaincue par l'argument selon lequel la vaisselle sale ne compterait pas) et bien placé.
Nick approcha une seconde chaise de celle où elle s'était assiste pour qu'elle puisse étendre sa jambe et commença à faire à manger. Judy était un vrai moulin à parole maintenant qu'elle était dans un endroit de confiance, elle était enfin détendue (au lieu d'être fatiguée) et prenait plaisir à détailler son appartement et en particulier sa bibliothèque de DVD.
— J'accepte volontiers que tu ais les trois premiers Pirates des Sébaïdes, voire le quatrième. Mais comment peux-tu accepter les autres ? Tu n'as pas l'impression de vivre une perversion ?
Il fallait vraiment qu'elle soit blessée et légèrement droguée pour que le renard la laisse déblatérer aussi vulgairement sur sa précieuse collection. Il avait vraiment l'impression de se faire épingler au forum ; un comble si l'on se souvenait qu'il n'avait qu'un et un seul interlocuteur présentement. Une petite lapine à l'esprit aiguisé et à la langue bien pendue.
Une amie certes mais surtout quelqu'un qu'il allait devoir faire taire avant qu'elle ne prenne définitivement ses aises.
— Est-ce qu'une certaine ex-agent de la police de Zootopie ne serait pas en train de devenir un chouia trop suffisante ? questionna le renard de sa voix la plus mielleuse.
— Je ne sais pas trop, je veux dire... Est-ce que je suis assise en attendant qu'on m'apporte à manger ?
Pour illustrer ses dires, elle joua paresseusement avec sa patte pour magnifier son effet. Effectivement, sans le sens aiguë du travail et de la la justice qui la caractérisait, peut-être que Nick aurait pu la croire dans sa parodie de petite héritière. Ah et s'il ne l'avait pas vu plus que pathétique l'après-midi même.
Il était presque déçu qu'ils se soient servi du stylo carotte pour piéger la mairesse ; Judy méritait qu'on lui renvoie en pleine face sa voix geignarde de tantôt. Le renard plia les pâtes pour perdre un peu de hauteur et mima l'air abattue de sa coéquipière :
— Je ne suis qu'un stupide lapin.
Et à voir son museau tendu vers le ciel et son air courroucé, il réussit parfaitement son coût puisqu'elle l'enguirlanda sur le fait qu'il était cruel de se moquer ainsi d'une amie dans le besoin.
Nick se moquait bien des serments, encore plus de ceux sincèrement douteux de son amie aussi il n'eut aucun remord à balayer ce dernier de la patte. Il exigea qu'elle devienne son commis de cuisine en temps que TIG (ces chers travaux d'intérêt général si utiles à la collectivité) mais ne s'attendait certainement pas à une telle déconvenue.
— On suit une recette de Zèbrement bon ? s'enquit naïvement Judy dangereusement armée d'un couteau − il venait de la charger de la découpe grossière des nombreuses carottes.
Nick écarquilla les yeux devant une telle énormité, il fallait vraiment être une campagnarde pour penser que le Chef Cebran était la référence culinaire de Zootopia.
— Ce serait me sous-estimer Carotte, rétorqua le renard d'un ton doucereux. Et ce n'est jamais bon. Je te prépare un bourguignon façon Wilde.
La dénommée « Carotte » écarquilla les yeux devant cette intitulée pompeux. Elle semblait vraiment intéressée. Elle le supplia immédiatement de lui apprendre − avant même de savoir si elle allait aimer. Il en aurait presque été attendri. Il commença par lui expliquer comment faire revenir l'amas de légumes puis ajouter le vin rouge pour faire mijoter le tout. Il lui montra ensuite comment composer un bouquet garni à ajouter ensuite à la préparation.
— Tu connais les herbes à mettre ?
— Les herbes comestibles, proposa Judy avec un sourire tellement intense qu'il le désespéra de suite.
— Thym et laurier. Et nous on va ajouter du vert de poireau et de la sauge.
Devant le regard curieux de son invité, il composa rapidement son bouquet et le ficela rapidement. À chaque fois, il avait pris le temps de lui montrer chaque épice pour lui répéter le nom et lui permet de sentir son odeur. Elle ne réagit que lorsqu'il lui présenta le laurier :
— Je connais ça, c'est pour faire des couronnes pas des bouquets !
— J'aimerais être absolument certain que tu plaisantes Carotte, mais tu me rends la tâche très difficile.
Un OS pour la 124e Nuit du Fof avec comme thèmes : Laurier, Zèbre, Forum, Chouia, Confiance, Bourguignon. N'hésitez pas à nous rejoindre !
