Disclaimer : Naruto ne m'appartient pas, et je ne fait aucun profit de cette histoire.
Résumé : Naruto, le tout nouveau locataire de Gaara et Kankurô, est un peu étrange et effacé. Si seulement ces yeux de jade cessaient de le regarder comme s'ils observaient son âme. Après tout, il y a quelques secrets qu'il aimerait garder. AU / Gaara x Naruto.
Notes du traducteur : Ceci est une traduction de la fiction de mm-chan nommée "Schizotypal". Thank you for allowing me to translate your work ! Toutes ses notes ont également été traduites.
Notes de l'auteur : Voici une idée qui m'intéressait depuis longtemps déjà.
Le titre, "Schizotypique" renvoie au trouble de la personnalité schizotypique (TPS). Il se peut que vous trouviez Naruto un peu OOC.
Chapitre 1 : L'homme-éléphant.
Il y avait quelque chose de dérangeant chez lui. Peut-être était-ce son silence, ou la façon dont ses yeux semblaient toujours l'étudier en secret. Quelle que soit la raison, Naruto ne pouvait ignorer le sentiment d'inconfort qu'il ressentait dès qu'il était près du rouquin.
Il était assis à l'ombre d'un grand pommier. D'ici, il était presque invisible aux yeux de tous. Invisible à ses yeux à lui.
Un peu plus loin, la cible de ses pensées arrosait les roses. Au début, Naruto n'y avait rien vu de particulier quand il était soudainement apparu dans son champ de vision. C'était une routine quotidienne pour le rouquin et plus d'une fois il avait vu son autre propriétaire transporter un gros arrosoir dans toute la cour.
Au travers du vert vibrant du feuillage, Naruto jeta un œil au ciel. Il semblait gris. Il allait probablement pleuvoir bientôt.
Alors pourquoi…
Et quand son regard passa du ciel au jardin, il vit les yeux du rouquin fixés sur sa cachette.
Il le fixa en retour, en se demandant si l'autre savait vraiment qu'il était là. Son livre glissa de ses genoux mais il était trop pris par son observation pour s'en rendre compte. Il ramena ses genoux contre sa poitrine et s'appuya contre le tronc de l'arbre, comme s'il imitait un caméléon. Et ça a eu l'air de fonctionner, car après quelques secondes le rouquin se détourna pour se diriger vers la maison.
Moins d'une minute plus tard, il commença à pleuvoir.
« Vraiment, Naruto, ces cernes que tu as sous les yeux rivalisent avec celles de Gaara. » remarqua l'autre propriétaire, Kankurô, alors qu'ils étaient assis tous les trois à la table de la cuisine pour le petit-déjeuner. C'était un matin comme tous les autres, Kankurô avait encore une fois mis ses talents culinaires à profit et avait préparé un petit-déjeuner pour son frère cadet, Gaara, et Naruto, leur tout nouveau locataire.
« Oh… » fit simplement Naruto, en frottant ses yeux fatigués. Il ne se souvenait pas de s'être endormi la nuit dernière mais il s'était réveillé d'une sorte de somnolence quand il avait entendu du bruit en bas.
Il était même trop fatigué pour bâiller. Quand Kankurô mit un bol de yaourt et de baies en face de lui, il fit de nouveau momentanément attention au monde qui l'entourait. Maintenant la maison était pleine de vie et de soleil, et il n'avait même pas besoin de jeter un œil alentours pour savoir que Tête-de-sac et ses petits copains n'étaient pas dans le coin.
« Naruto ? » c'était la voix de Kankurô.
« Qu'est-ce que tu disais ? » dit Naruto en regardant vaguement dans la direction du brun.
« Je te demandais si tu avais bien dormi. » répéta Kankurô.
Si seulement ! Naruto regarda brièvement dans les yeux noirs. Erreur. Rapidement, Naruto détourna les yeux. Même si maintenant il étudiait attentivement son petit-déjeuner, il pouvait sentir le regard du brun qui le scrutait. Il aurait voulu que son attention se dirige ailleurs, n'importe où, pourvu que ce ne soit pas lui. « J'ai dormi normalement. »
Avec un peu de chance, cette information cesserait l'intérêt du brun envers lui.
Pour se distraire de la tension, il chercha un point sur la table auquel il pourrait accrocher son regard. Le point qui attira son attention se trouva être les nombreux bracelets sur le bras de Gaara. Les doigts pâles étaient délicats et la façon dont ils tenaient la cuiller en l'air était en réalité plutôt captivante.
Alors pourquoi est-ce que la cuiller, remplie de yaourt et de baies, ne bougeait-elle pas vers la bouche du rouquin, mais restait bizarrement à mi-chemin ? Curieux, le blond leva les yeux de la peau laiteuse vers le visage tout aussi pâle.
Des yeux de jade, froids.
Qui le fixaient. Ils fouillaient son âme, non ?
Et en moins d'une seconde ils se baissèrent de nouveau. La cuiller trouva son chemin jusque la bouche de Gaara, et soudainement rien ne sembla sortir de l'ordinaire dans leur petite session de petit-déjeuner silencieuse.
Naruto déglutit, se sentant brusquement nauséeux. Son appétit était parti et tout ce qu'il pouvait voir dans son bol était une paire d'yeux verts qui voyait tout, sans cligner. La raison de son anxiété quand il était près de Gaara était différente de celle qui le poussait à éviter les yeux de Kankurô. Mais il ne voulait pas y penser maintenant. Il finit précipitamment son petit-déjeuner et se leva. Son travail ne commençait pas avant une heure, mais il n'avait plus envie de rester ici à tuer le temps.
« Merci pour le petit-déjeuner » dit Naruto en mettant son bol dans l'évier. Il n'attendit pas qu'on lui réponde pour monter précipitamment les escaliers jusqu'à la sécurité de sa chambre.
Naruto savait qu'il était seul dans sa petite chambre, cependant il sentait quand même la présence d'un autre. Sous son épaisse couverture, l'air était si lourd qu'il avait du mal à respirer. Ignorant sa sueur, il était étendu immobile et silencieux. Dégager la couverture sur le côté était hors de question, car ça le révélerait à son ennemi invisible. Et si cela arrivait, il mourrait de peur.
Il se sentait comme un rongeur enfermé dans une cage avec un lion.
Quelqu'un traînait des cadavres sur le sol, d'avant en arrière. Il pouvait l'entendre, cependant il savait que s'il épiait au travers des couvertures, la chambre serait vide. Mais s'il épiait, on le remarquerait et on le poursuivrait. Naruto essaya de calmer son cœur hurlant et de respirer de manière régulière. A chaque minute passée, ignorer sa sueur devenait de plus en plus difficile.
Oh oui, il savait qui traînait ces cadavres. Ce type avait hanté ses rêves et s'était introduit dans ses bonnes nuits de sommeil pendant si longtemps qu'il n'y avait aucun doute. Le visiteur de cette nuit était un homme déformé avec un vieux sac qui lui couvrait la tête. Tête-de-sac. Rien qu'un regard à son visage dénudé mènerait quiconque au plus profond de la terreur. Il y avait trois trous noirs dans le sac : deux pour les yeux et un pour la bouche.
Naruto savait à quoi le type ressemblait sans le masque. Il l'avait vu.
Et jamais il n'oublierait cette vision.
Bien sûr, son côté rationnel essayait de lui rappeler que l'Homme-éléphant ne manipulait pas des morts dans sa petite chambre, mais il entendait constamment le son de quelque chose que l'on traîne. Peut-être était-ce son propre sang qui bouillonnait dans ses oreilles, peut-être pas, mais bientôt cette situation serait insupportable.
Soudainement, le son cessa et le cœur de Naruto s'arrêta alors presque, lui aussi. Avec l'ouïe tendue jusqu'à sa plus grande limite, il écouta la nuit. Quelqu'un respirait bruyamment juste à côté de son lit. Oh Dieu, l'Homme-éléphant se tenait sûrement près maintenant, à le fixer dans l'obscurité ! Et c'était quoi ça, quelqu'un touchait la couverture ? Ou bien était-ce son corps qui tremblait à cause de la chaleur et du manque d'air frais ? Naruto ne pouvait être sûr.
Le plus probable était que son cauchemar n°1 venait juste d'essayer de l'atteindre au travers des couvertures.
Naruto ne pouvait en supporter d'avantage. Il était trempé de sueur et avait désespérément besoin d'air frais. Pour pouvoir survivre, il fallait qu'il s'échappe. Quand il sentit un nouveau contact sur les couvertures il laissa échapper un cri de terreur étouffé et repoussa la couverture sur le sol, courut vers la porte, l'ouvrit et s'engouffra dans la minuscule salle de bain qui était située juste en face de sa chambre.
Plus rapidement qu'il aurait même pu le concevoir, il avait allumé les lumières et verrouillé la porte. Maintenant quelque peu en sécurité, il s'appuya contre le carrelage et glissa lentement jusqu'au sol. Il était sûr d'avoir entendu des pas depuis le couloir et, terrifiant, il semblait que le son s'était arrêté juste derrière la porte verrouillée de la salle de bain.
Alors, ce connard l'avait suivi ici ?
Naruto essuya son visage plein de sueur avec ses paumes et essaya de rassembler ses pensées tourbillonnantes.
Il regarda sa montre – il l'avait toujours avec lui – et il était déjà bien après minuit. Encore quatre heures avant que le soleil ne se lève. Et avec le soleil, ses propriétaires Kankurô et Gaara se lèveraient aussi. Cette maison serait pleine de lumière et enfin, il pourrait s'aventurer au dehors en sécurité. Ces heures mortes et sombres de la nuit étaient les pires, et il les échangerait contre un rayon de soleil éternel sans souci.
Toutes les nuits n'étaient pas difficiles. Peut-être qu'il avait consommé trop de caféine dans la journée ? Seulement… ces choses semblaient si réelles qu'il était difficile de croire qu'il ne s'agissait que de son imagination.
Des pas dans le couloir l'alertèrent à nouveau. Était-ce l'Homme-éléphant qui était reparti pour un tour ?
Cette fois, cependant, ces pas semblaient si réels.
S'il se concentrait assez, il pouvait presque sentir le sol trembler. La respiration tremblante, Naruto fixa son regard sur la poignée de la porte. Ce n'était que son imagination.
Mais quand la poignée tourna très légèrement avant de s'arrêter à cause du verrou, Naruto s'empêcha de crier.
Ça avait été réel. Il venait de le voir. Et il était sûr d'avoir entendu le grattement presque inaudible causé par les mécanismes du verrou.
Avec une terreur renouvelée, Naruto ramena ses genoux contre sa poitrine, son regard ne quittant jamais la porte. Son esprit était vide, à l'exception de la peur qui prenait toute la place. Ce connard ne l'aurait pas. Il se battrait jusqu'à la fin et il crierait s'il le fallait.
Mais quand rien d'autre ne se produit après un long moment, Naruto se détendit un peu. Ces choses se faisaient plus réalistes qu'il ne pouvait le supporter. Il passa sa main sur son visage en soupirant.
La nuit va être longue…
Dans sa chambre il se sentait enfin à l'aise. Ici, les yeux brûlant ne le scrutaient pas.
Il se prit à regarder dehors, dans la verdure du paysage, et se détourna rapidement. Pas plus de vert, peu importe à quel point il aimait cette couleur symbole de vie. L'orange était mieux, l'orange était familier, donc il parcouru son armoire et choisi une tenue pour la journée. Son sweater fétiche (orange, quoi d'autre) était son armure au quotidien, car elle le camouflait en personne lambda. Du moins il l'espérait.
Au travers de sa porte close, il pouvait entendre les escaliers craquer. Quelqu'un montait. Les pas dans le corridor s'approchèrent de sa porte, mais sans s'y arrêter, et s'éloignèrent. Alors, Gaara retournait dans sa chambre. Gaara et lui avaient leurs chambres à l'étage, l'une à côté de l'autre. Et en face du couloir se trouvait la petite salle de bain où Naruto s'était réfugié la nuit dernière. Kankurô avait sa chambre au rez-de-chaussée à côté de la cuisine et du salon. Au sous-sol ils avaient une plus grande salle de bain et un sauna.
Il vivait ici depuis un mois maintenant. Le loyer était assez élevé, mais il n'avait pas besoin d'acheter de quoi se nourrir. Dans le mois qu'il avait passé ici, il avait finit par adorer la cuisine de Kankurô. Tout ce qu'il devait faire c'était payer son loyer dans les temps, garder sa chambre propre et ne pas causer de problèmes superflus dans la maison.
Pour l'instant il se plaisait bien ici.
L'aîné des frères, Kankurô, aimait entamer des conversations avec lui, comme toutes les personnes normales. Pour être honnête, il devait admettre qu'il aimait la voix du brun. Elle était intrigante dans sa normalité. Sa voix seule pouvait être un instrument – qui n'avait pas besoin d'accompagnement. C'était peut-être pour ça que leurs conversations ne duraient jamais longtemps. Naruto aimait bien écouter, mais il ne ressentait pas le besoin de répondre.
Puis, il y avait l'autre frère, Gaara.
Naruto s'avança jusqu'à la fenêtre et regarda le jardin fleurissant. S'il se cachait sous ces gros buissons, ça prendrait combien de temps avant que quelqu'un ne le trouve ? C'était idiot, mais parfois il rêvait d'avoir une cachette secrète que lui seul connaissait.
Il ramassa son sac sur le sol et quitta silencieusement la chambre. Descendre les escaliers sans faire de bruit était un talent qu'il avait développé dans ses premières semaines passées ici. La clé était d'éviter de poser le pied au centre des marches, mais plutôt de marcher sur le bord. Et surtout ne pas s'appuyer sur cette marche en apparence innocente au milieu de l'escalier – elle craquerait quelle que soit la technique employée.
« Tu pars travailler ? » demanda Kankurô, en voyant Naruto mettre ses chaussures dans l'entrée.
« Ouaip, » répondit le blond, la main déjà posée sur la poignée.
« Attends-moi, il faut que j'aille à la boîte aux lettres. »
À cela, Naruto ne répondit qu'en interrompant son départ. Il garda sa main sur la poignée, il trouvait la froideur du métal bizarrement apaisante.
« Tu aimes ton boulot ? » demanda Kankurô, qui essayait à nouveau bravement de créer une conversation anodine.
« Ça va, je suppose, » décida Naruto. Ce n'était qu'une librairie, et il n'y était que vendeur. Ce n'était pas le métier dont il rêvait, mais ça n'avait pas encore tourné au cauchemar non plus. Jusque-là c'était tolérable.
« Ça fait combien de temps que t'y travailles, déjà ? » demanda le brun, pendant qu'ils traversaient le jardin qui entourait la maison.
« Deux ans, » répondit le blond.
Il se souvenait avoir déjà dit tout ça à l'aîné des deux frères auparavant. Il ne pouvait s'empêcher de penser que feindre l'oubli n'était qu'une excuse pour ouvrir la conversation. La façon dont le brun signifiait qu'il entendait sans lui répondre verbalement prouvait que ses réponses ne le surprenaient pas. Parce que l'information n'était pas nouvelle, ni même entendue pour la première fois.
« On dirait qu'il va pleuvoir à nouveau, songea Kankurô en jetant un œil aux nuages.
_ Peut-être » dit Naruto, qui admirait les roses en train d'éclore le long du chemin. Leur échange sans intérêt le berçait dans un état de relaxation. Au début Il avait été anxieux à l'idée de partager ce moment avec qui que ce soit, mais maintenant il trouvait que marcher avec Kankurô n'était pas si mal après tout.
« Je peux te demander une faveur ? »
Le sentiment d'apaisement s'évapora rapidement. Naruto ralentit en remarquant que le brun traînait derrière lui. Oh, la boîte aux lettres était là, et Kankurô se tenait juste à côté.
« Quelle faveur ? » demanda Naruto en regardant les roses, et les nuages. Quand il vit que Kankurô faisait pareil, il en profita pour l'observer plus longuement.
« Le week-end prochain il y a une exposition de botanique pas loin de Konoha. J'ai promis à Gaara de l'y emmener. » expliqua Kankurô, qui regardait les nombreuses fleurs comme s'il s'excusait auprès d'elles.
Naruto attendit. Il ne voulait pas sauter aux conclusions inutilement. Avec un peu de chance le brun lui demanderait de garder la maison pendant que les frères ne serait pas là.
Kankurô prit le courrier dans la boîte aux lettres d'une manière peu intéressée.
Naruto savait que la conversation n'était pas finie, bien qu'il ait choisi de ne pas répondre. Et il avait la vague impression qu'il ne pouvait pas lui échapper, cette fois.
Naruto regarda Kankurô quand celui-ci releva brusquement les yeux pour rencontrer les siens.
« Mon boss m'a demandé de travailler ce week-end. Et je ne pouvais pas refuser ».
Tout comme Naruto ne pouvait pas dire non à ces yeux.
Avant que son expression ne puisse révéler quoique ce soit, il baissa les yeux sur ses chaussures, le gravier et l'herbe sous ses pieds. « D'accord, je l'emmènerai ».
« Merci, je t'en dois une, » répondit Kankurô, soulagé.
Naruto acquiesça, sans savoir quand ou comment se servir de cette dette de gratitude. Il était de nouveau absorbé dans ses pensées quand le brun lui dit soudainement au revoir et commença à rentrer à la maison. Pendant que Naruto regardait sa silhouette qui s'éloignait, il se rendit compte qu'il avait oublié de lui demander pourquoi Gaara ne pouvait pas s'y rendre tout seul.
Le travail se passait bien. Il préférait ces journées ennuyeuses et léthargiques où seulement quelques clients choisissaient de venir. À long terme, le calme était mauvais pour le business, mais Naruto refusait de se sentir coupable de l'apprécier.
« Regarde-ça, » dit sa collègue en lui montrant son téléphone.
C'était une courte vidéo courte à but humoristique où des gens se blessaient à cause de leur propre stupidité. Naruto ne pouvait s'empêcher de rire. Il y avait quelque chose d'excitant dans le fait de s'amuser comme ça au travail.
« Range ça, Sakura. Et si le boss nous voyait ? » dit Naruto qui maintenant regardait subtilement alentour comme s'il essayait de localiser des caméras de surveillance cachées. Leur ignoble boss leur avait dit qu'ils n'en avaient pas, mais qui pouvait en être certain ?
« Mais non, elle s'en ficherait. C'est tellement calme ici aujourd'hui, » répondit Sakura, qui tapait sur l'écran de son téléphone.
Naruto acquiesça. Sakura était l'employée préférée de Tsunade. Jamais elle n'aurait de remontrances pour ce genre de comportement. Naruto au contraire n'avait jamais osé faire quelque chose qui ne concernait pas le boulot pendant son service. Même s'il n'était pas l'employé du mois (et qu'il ne le serait jamais), il avait quand même des principes dont il était fier.
« Tu es libre ce week-end ? » demanda Sakura en écartant des mèches roses de son visage.
Le mouvement ne passa pas inaperçu à Naruto. Peu de personnes le remarqueraient, mais il y avait au moins trois tons de rose dans ses cheveux. Celui près de son cou était légèrement plus foncé que les mèches qui encadraient son visage. Naruto ferma les yeux un instant. Son parfum subtil s'engouffra dans son nez. Et dire qu'il avait eu le béguin pour elle. Ça ne semblait pas si loin pourtant.
« J'ai quelque chose de prévu ce weekend. » dit finalement Naruto.
« Toi ? Avec qui ? » Sakura ne pouvait cacher son amusement.
Elle le regardait sans le croire, et il lui sourit, en levant presque les yeux au ciel pour appuyer son propos.
Oui, il avait une vie. Elle n'était juste pas faite de sortie et de plans avec un tas de gens dès qu'il avait un moment de libre.
« J'ai quelque chose de prévu avec mon proprio.
_Ha ! Je savais que c'était quelque chose de chiant. » rit Sakura, en s'excusant avec les yeux.
Naruto rit aussi, en sachant qu'elle plaisantait. Elle ne le mépriserait jamais, ni lui ni son mode de vie, et leur respect l'un pour l'autre était mutuel.
« Que vas-tu faire, alors ? » demanda Naruto en feuilletant les livres qui étaient présentés sur le comptoir.
« Oh, Tenten et moi on va juste au cottage pour le week-end, » dit simplement Sakura, comme si ce n'était rien. La façon dont elle haussa les épaules et le regarda en coin lui rappelèrent les manières d'un pêcheur.
Et bien sûr, Naruto mordit à l'hameçon.
« Quoi ? Non, tu rigoles ? » s'exclama-t-il en reposant son livre et en fixant son amie attentivement. Il adorait le cottage ! Elles l'emmenaient toujours avec elles et il les aimait pour ça. Cette petite cabane dans les bois lui était chère, un endroit où il avait passé beaucoup d'étés.
« Si, c'est vrai. Tu es sûr d'avoir quelque chose de prévu avec ton proprio, Naruto ? » taquina Sakura avant de lui faire un clin d'œil. Naruto eut un rire gêné, car il savait qu'elle ne faisait que plaisanter. Ses yeux semblaient sournois, mais ça faisait partie de leur jeu. Sakura attendit et observa avec attention son débat intérieur.
Naruto soupira et maudit mentalement le boss de Kankurô. De tous les weekends possibles, pourquoi celui-là ? Être avec Sakura et Tenten était la meilleure chose au monde. Oh, il pouvait se souvenir de toutes ces nuits accueillantes dans le cottage faiblement éclairé, où ils s'asseyaient devant un feu de bois et jouaient aux cartes. Tenten aurait bu quelques verres de vins de trop, et elle commencerait à s'accrocher à lui. Et il rirait en sachant que ce n'était que pour rire. Et ça ne prendrait pas trop de temps avant que Sakura ne les frappe derrière la tête pour leur dire de se concentrer sur le jeu. Ah, c'était le bon temps !
« Sasuke viendra ? demanda Naruto, qui recommença à feuilleter le livre.
_ Non. Tu sais comment il est. Ça ne l'intéresse pas d'aller là-bas, dit Sakura en haussant les épaules.
_ Il est fou, fit remarquer Naruto, en jetant un regard lourd de sens à son amie.
_ Je sais. Mais c'est mon fou à moi. Et puis, c'est sympa d'avoir un weekend sans qu'il soit là, si tu vois ce que je veux dire. C'est dommage que tu ne puisses pas venir avec nous. J'espérais que tu serais là, dit-elle, tandis que ses yeux verts chaleureux croisaient ses yeux bleus.
_ Je suis désolé, dit-il, se sentant désolé pour lui-même au passage.
Cher journal,
J'aurais aimé avoir la capacité de me rendre invisible. Ou encore mieux, avoir la capacité de prendre la forme et l'apparence de n'importe qui. Ce serait excitant de marcher dans la rue et être finalement capable de se fondre dans la masse. Est-ce que c'est ça que les autres ressentent ? Est-ce que ça leur arrive de se sentir comme un étranger, ou bien ce n'est que moi ?
J'ai l'impression que personne ne me comprends. J'ai essayé de créer des liens, et échoué à chaque fois, donc j'ai finalement décidé d'arrêter de m'ouvrir aux autres. C'est trop douloureux. A partir de maintenant, je vais juste faire semblant d'être comme tout le monde et espérer que personne n'arrive à cerner qui je suis. La pire chose qui pourrait arriver –
Le coup qu'on frappa à la porte interrompit sa séance d'écriture. Il ferma hâtivement le petit journal et se leva de son bureau. Ces moments solitaires passés à son bureau à regarder la verdure par la fenêtre était importants à ses yeux. C'était la raison pour laquelle il était légèrement irrité en ouvrant la porte.
« Gaara ? »
Les yeux de jade le regardèrent calmement, sans véritable émotion. Dans le couloir obscur, sa peau pâle soulignait les tâches sombres, si sombres, autour de ses yeux. Ça ne pouvait pas n'être que de l'eyeliner, pensait Naruto. Leur origine devait venir de quelque chose de plus permanent.
Le regard de Gaara erra de Naruto à un point distant derrière lui. Naruto se retourna, se demandant ce qui avait tant intrigué l'autre. Son journal était posé sur son bureau, avec un stylo décapuchonné qui trainait dessus dans une démonstration de précipitation.
« Qu'est-ce que tu voulais ? » demanda Naruto.
L'attention des yeux de jade retournèrent sur Naruto. « Kankurô m'a dit que tu avais promis de m'emmener à l'exposition.
_Oui, » admit Naruto, en essayant de ne pas montrer son irritation. D'abord, son moment de solitude avait été interrompu, et maintenant on lui rappelait l'opportunité manquée d'aller au cottage. « J'ai dit que je pouvais t'y emmener.
_Tu n'es pas obligé de le faire. »
Ces mots surprirent Naruto. Soudainement sa précédente irritation s'évanouit. « Non, c'est bon. Ça ne me dérange pas de t'y emmener, vraiment. »
Le rouquin ne dit rien et l'évalua seulement en silence. Sans que Naruto ne puisse vraiment expliquer pourquoi, ce silence était étrange. Est-ce que les autres gens le ressentaient comme ça, quand lui-même décidait de ne pas prendre part à une conversation ?
En guise de réponse, Gaara acquiesça et reprit son chemin vers sa chambre. Quand Naruto fut sûr que le rouquin ne reviendrait pas, et que cette conversation bizarre était bien finie, il ferma la porte.
La frustration qu'il ressentait plutôt lui revint alors qu'il s'asseyait et reprenait son stylo. Il n'avait plus envie d'écrire. Agacé, il regarda par la fenêtre le jardin soigneusement entretenu. Il y avait quelque chose d'apaisant dans ces buissons en pleine éclosion et les parterres de fleurs rangés. Par endroits, le jardin était plutôt discipliné, mais à d'autres les arbres et les fleurs grandissaient librement sans vraies restrictions. Même les mauvaises herbes semblaient avoir leur propre espace où elles n'étaient pas arrachées.
Le jardin entier ressemblait à une sorte d'expérimentation.
Et il n'avait jamais vu quelque chose de semblable auparavant.
Il était cinq heures et demie un Samedi matin. Le soleil ne s'était pas levé, le monde ne s'était pas réveillé, les frères ne s'étaient pas réveillés.
Mais Naruto était réveillé.
Il ne faudrait qu'une demi-heure, ou moins, pour que sa chambre se remplissent d'une tendre lumière, qui brûlerait les monstres déformés qui respiraient dans les coins sombres. Dès qu'il s'était réveillé, il s'était rendu compte qu'il n'était pas seul.
Dans la chambre crépusculaire il avait refusé de se cacher sous la couette. Il voyait suffisamment pour savoir que les rayons du soleil n'étaient qu'à quelques minutes de sa fenêtre. Son sauveur arrivait, et rien ne pouvait lui arriver en l'attendant. Fermer les yeux était hors de question, bien sûr, après tout il n'était pas stupide. S'il fermait les yeux ça ramènerait immédiatement les ténèbres où vivaient les créatures, et elles ne perdraient pas une seconde avant de l'attraper.
Le cœur battant, Naruto commença à chantonner. Le bruit les tenait à distance. La lumière les forçait à retourner dans leurs misérables cachettes secrètes.
Il voulait se lever du lit, mais il ne pouvait pas. S'il essayait il serait traîné dessous. Le mieux qu'il pouvait faire était de rester ici, les yeux ouverts, et compter les secondes avant l'aube.
C'était quoi, ce bruit ?
Un frisson l'envahit. Ça avait semblé si réel. Et maintenant il l'entendait à nouveau.
Naruto ramena ses jambes plus près de sa poitrine et tendit l'oreille. Pendant un moment, tout fut étrangement silencieux. Peut-être qu'il avait eu peur trop vite. Peut-être que le stress du jour à venir l'influençaient. L'impression que quelqu'un était bel et bien sous son lit se faisait plus forte. Et cette chose attendait qu'il cligne des yeux ou les ferme pour se jeter sur lui pour se jeter sur lui quand il s'y attendrait le moins.
Toc, toc. « Naruto ? »
Il eut un hoquet de surprise. Soudainement la menace sous son lit se calma. Ce coup à la porte était réel, une autre sorte de réel que les êtres de l'ombre.
« Est-ce que tu es réveillé ? »
Avec une énergie soudaine, Naruto sauta de son lit et bondit jusqu'à la porte. Jamais il n'avait été si heureux de trouver Gaara debout devant lui.
« Bonjour » dit-il avec un entrain forcé.
Gaara ne lui répondit pas verbalement, et l'évalua seulement de ses yeux mystérieux. Naruto gardait sa porte ouverte comme pour montrer aux créatures que le rouquin était juste là, et qu'elles ne pouvaient rien lui faire tant qu'il serait là. Même avant le lever du soleil, il était maintenant en sécurité.
« Le petit-déjeuner est prêt.
_Ah ? Je n'avais pas entendu de bruit en bas, » dit Naruto en ouvrant encore un peu plus sa porte.
Quand le rouquin commença à se diriger vers les escaliers, une panique soudaine le submergea « Attends. »
Gaara se tourna vers lui avec un air interrogatif.
« Je voudrais te demander quelque chose. Entre, » l'invita de la main Naruto en retournant dans sa chambre. En d'autres circonstances, il n'aurait sûrement jamais fait ça.
« Je me demandais… » commença Naruto en se dirigeant vers la fenêtre et en ouvrant les rideaux. Maintenant il n'avait plus peur des coins sombres puisque le rouquin se tenait au milieu de la pièce. « Pourquoi est-ce que le jardin ressemble à ça ? Il est à moitié sauvage, à moitié ordonné. »
Gaara s'avança jusqu'à la fenêtre à son tour. Le moment qu'il prit pour répondre fut assez long pour que Naruto remarque que la forme de son oreille était parfaite. Elle n'était pas percée et son pavillon lui rappelait un labyrinthe. Est-ce que son esprit était un dédale, lui aussi ? Y avait-il un Minotaure qui lui était propre (comme celui dans l'esprit de Naruto) qui était tenu captif par le cerveau, impossible à exorciser ?
« Un jardin ne devrait pas être un portrait de contrôle et de discipline, mais une démonstration de soin. Cependant, certaines fleurs ne fleurissent que si elles n'ont pas trop de compétition, voire pas du tout. C'est pour ça que certains parterres sont plus soignés que d'autres.»
Naruto acquiesça fébrilement. Quelle belle description. Il n'avait jamais remarqué auparavant que sous cette apparente retenue, le rouquin était capable de tant de perspicacité. Bien sûr, il n'avait jamais vraiment parlé avec lui, pour commencer.
Avec un bref coup d'œil à l'oreille en forme de labyrinthe, Naruto demanda « C'est toi le jardinier ? Ou c'est ton frère ?
_ Kankurô ne s'intéresse pas à ce genre de choses. »
Le blond secoua la tête pour montrer qu'il avait compris. Gaara avait eu une drôle de façon de dire les choses. Il n'avait pas dit qu'il était le cerveau derrière cet ordre chaotique. A la place il avait choisi de mentionner son frère comme s'il était gêné à l'idée d'être au centre de l'attention.
La lumière naturelle emplissait enfin la chambre et tous ses recoins. Naruto soupira de soulagement. Il se sentait beaucoup mieux maintenant, et ses pensées dérivèrent vers le petit-déjeuner. Même l'attention beaucoup trop prononcée de Gaara à son égard ne pouvait lui faire perdre l'appétit à cet instant. Quand son estomac gronda bruyamment, il ne fit que sourire timidement au rouquin.
Plus tard, chaque fois que Naruto se remémorerait leur escapade à l'exposition de botanique, il y repenserait comme à un point tournant de leur relation.
Naruto conduisait la voiture, les yeux fixés sur l'horizon. L'asphalte se déroulait par kilomètres sous le véhicule. Pour lui, c'était comme s'ils avalaient lentement le paysage à mesure qu'ils avançaient.
Au grand plaisir de Naruto et à l'horreur de Gaara ils prirent la route avec la Škoda Felicia de Naruto, partiellement rouillée, un peu bricolée au Scotch, mais à jamais digne de confiance.
« Allez, monte » avait souri Naruto en déverrouillant les portes.
Gaara avait observé l'assemblage de roues avec un doute justifié. Du point de vue de Naruto, on aurait dit qu'il se demandait s'il était vraiment censé y entrer.
Le poste de radio était un équipement essentiel à tout trajet. Tout en tenant le volant d'une main, Naruto ajusta les émissions de sorte à trouver quelque chose de bien à écouter. Le silence pur était oppressant, à son humble avis.
« Ça te dérange pas si je chante ? » demanda Naruto tandis que le système de stéréo minimaliste émettait des musiques pop entraînantes.
Le rouquin ne répondit pas mais se détourna pour regarder par la fenêtre côté passager. En toute honnêteté Naruto ne s'attendait pas à ce qu'il réponde, depuis le temps il avait appris que Gaara n'était pas quelqu'un de très bavard. Naruto non plus, mais en la présence du rouquin il avait étrangement besoin de remplir le silence par du bavardage inutile.
« Ça fait combien de temps que tu jardines ? » demanda-t-il en lui jetant rapidement un œil avant de retourner son attention sur la route.
« Dix ans peut-être, quelque chose comme ça, répondit Gaara.
_Wow, c'est un sacré accomplissement » s'exclama le bond. Il lui donna un bref sourire.
Qu'est-ce qui n'allait pas chez lui ? Il souriait rarement si facilement. Il y avait quelque chose chez ce mec qui le rendait nerveux et confiant en même temps. « Pourquoi tu n'en fait pas ton métier ?
_ Je l'ai fait.
_ Vraiment ? Alors pourquoi… ? » Naruto s'interrompit. De ce qu'il savait, le rouquin passait tout son temps à la maison.
« Il n'y a pas de travail, expliqua Gaara d'une voix monotone avant d'ajouter après coup, pour quelqu'un comme moi. »
Il n'y avait pas d'apitoiement, ni d'amertume. C'était comme un fait qu'il ne faisait qu'énoncer.
Naruto compris, même s'il n'était pas sûr de savoir s'il s'identifiait à cet état de fait pour les mêmes raisons que celles auxquelles Gaara faisait référence à l'origine. C'était difficile, le travail. Ça requérait d'interagir avec des gens, et si l'on n'avait pas le niveau moyen des autres, on n'avait presque aucune chance de se retrouver embauché.
« Ça craint, fut la seule chose que Naruto trouva à dire, je trouve que c'est impressionnant, ce que tu as fait de ton jardin.
_ Et bien, ce n'est pas quelque chose que les gens trouvent suffisamment intéressant.
_Les gens sont stupides. » Le bond haussa les épaules, car il le savait trop bien. A ses yeux, Gaara ne semblait pas avoir une faible confiance en soi, mais il ressentait quand même le besoin de l'encourager.
L'exposition était plus grande que Naruto ne l'avait imaginée. Et contrairement à ce qu'il avait anticipé avec angoisse, il apprécia le temps qu'il y passa. Son compagnon ne conversait pas beaucoup mais il ne cessait d'étudier les nombreuses informations qu'offraient la multitude de départements. Tout le monde semblait être tellement immergé dans l'exposition en tant que telle que personne ne faisait attention à Naruto.
Quand il n'était pas au centre de l'attention, il se sentait à l'aise et même détendu. D'habitude ce genre d'événement de masse lui aurait donné une crise d'angoisse plus ou moins intense. Pour toujours il se sentirait déplacé, comme une pièce de puzzle qui ne s'ajustait jamais mais était tout de même coincée dans la boîte. Là personne ne le regardait bizarrement, et quand il détectait les sensations familières d'une crise à venir, il redirigeait rapidement son attention sur Gaara, pour essayer de distraire son esprit en lui donnant quelque chose d'autre à laquelle s'intéresser.
À sa grande surprise, ça a fonctionné.
Ils firent en sorte de trouver un endroit calme dans la cafétéria à proximité. Ils mangèrent en silence, et Naruto prit son temps pour inspecter le rouquin en face de lui. Gaara était quelqu'un de bizarre. Non seulement il était remarquablement silencieux, mais en plus son apparence différait de la moyenne. La couleur de cheveux rousse était rare presque partout. Un bref coup d'œil alentour prouvait que personne d'autre ne présentait de tels traits dominants dans leurs gènes.
Gaara n'était définitivement pas timide. Il semblait seulement ne pas ressentir le besoin de partager ses pensées à voix haute.
Pendant que les yeux de jade rencontraient son regard examinateur, Naruto lui fit un sourire amical. Grillé. C'était quoi son problème ? Il avait l'impression de devoir parler de nouveau pour palier au profond silence. Les gens normaux parlaient tout le temps avec aisance. Il voulait être comme ça, pour pouvoir cacher qui il était réellement.
« L'exposition te plaît pour l'instant ? » demanda Naruto entre deux bouchées.
Gaara acquiesça et s'essuya la bouche avec une serviette. « Elle est intéressante.
_ Qu'est-ce qui t'a mené au jardinage ? interrogea le bond.
_ Ma famille vient de Suna, qui est un pays désertique pas loin d'ici, commença Gaara. Il avait finit son repas et gardait maintenant ses mains sur ses genoux. Comme tu le sais il n'y a pas beaucoup de végétation dans le désert. Tu peux imaginer ma surprise quand on a finit par déménager à Konoha. La verdure était à couper le souffle. »
Naruto acquiesça avec l'ombre d'un sourire. Lui aussi aimait le vert.
« À l'époque je n'avais pas d'amis, continua soudainement le rouquin qui capta de nouveau l'attention de Naruto. Pour avoir quelque chose à faire, je me suis intéressé au jardinage. J'étais aussi encouragé par mon père, qui voyait mon enthousiasme comme un moyen de garder le jardin autour de la maison présentable. Les précédents occupants n'avaient pas l'œil pour ces trucs-là. »
À nouveau, Naruto acquiesça en réponse.
Il voulait revenir au petit détail que son compagnon avait mentionné en passant. Le manque d'amis avait été évoqué de manière tellement détachée, sans douleur, comme si ça ne le dérangeait absolument pas. Naruto avait toujours eut des amis. Seulement quelques uns mais c'était mieux que rien. Il n'osait pas imaginer ce qu'il serait devenu sans eux.
Un frisson soudain le traversa comme un cheval de course électrisé.
Naruto regarda le fond de son verre avant de parler « Et maintenant tu as des amis ? Ils apprécient tes talents ? »
Le silence s'abattit entre eux et Naruto releva la tête, en se demandant si le rouquin l'avait entendu, pour commencer. Les yeux de jade rencontrèrent les bleus, sans trahir une quelconque émotion.
« L'amitié ne m'intéresse pas.
_Ah, vraiment ? » Naruto haussa les épaules, en se demandant s'il était vraiment si surpris que ça. La conversation le rendait mal à l'aise pour des raisons sur lesquelles il ne voulait pas s'attarder pour le moment.
« Dis Gaara, commença-t-il de manière détachée, si je voulais avoir une plante dans ma chambre, quel serait le meilleur choix pour un débutant comme moi ?
_Tu ne la garderais pas en vie.
_Hé, t'as pas le droit de dire ça ! » s'exclama Naruto en frappant le fond de son verre contre la table. Il pouvait garder une plante en vie. Même lui n'était pas si maladroit.
Son agacement sembla amuser le rouquin. Qu'il aille se faire voir ! Dans son siège, Naruto bouillait en silence.
« La façon dont tu passes ton temps à perdre tes clés et ton téléphone dans les endroits les plus improbables ne me convainc pas de ta capacité à prendre soin des choses. Les plantes nécessitent quelques habitudes après tout, fit remarquer Gaara d'une voix qui n'était pas totalement dénuée d'humour.
_Je ne passe pas mon temps à perdre mes affaires, se défendit le blond, vexé par la perspicacité de l'autre. Et j'ai mes clés juste-là, dit-il en fouillant dans les poches de son jean. Là », répéta-t-il, confiant et borné malgré le fait que quand il retourna ses poches, il ne trouva rien de plus qu'une peluche qui s'envola.
Naruto se frotta le visage sans prendre la peine de regarder le pénible rouquin, car il savait qu'il y avait son visage une expression de « Je-te-l'avais-dit ». Ses clés n'étaient pas perdues. Elles n'étaient juste pas dans ses poches. Il ne pouvait dire ce qu'il en était d'elles à l'instant, mais il savait qu'elles n'étaient pas perdues.
Après le déjeuner, ils continuèrent l'exposition. L'humeur amère de Naruto fut vite oubliée quand ils dépassèrent les plantes carnivores géantes et leurs semblables. Tout ce qui sortait de l'ordinaire captait son attention. Il était tant immergé dans l'étonnement qu'il en oublia ses paniques internes, sa prudence permanente et sa peur de se démarquer de la foule.
Pendant qu'ils retournaient à la voiture, Naruto était plus détendu qu'il ne l'avait été depuis un long moment. Il ne se rappela même plus ses clés perdues avant d'ouvrir la porte et de la trouver déverrouillée. Innocemment, ses clés pendaient sur le contact. Avec un air de « Je-te-l'avais-dit » qui lui était propre, il jeta un œil à Gaara avant de démarrer la voiture.
Quelque part sur le chemin pour rentrer à la maison, un fracas inattendu se fit d'abord discrètement entendre, pour devenir de plus en plus fort, ce qui me rendait difficile à ignorer.
Naruto monta le volume de la radio et essaya de chanter une chanson rock'n'roll. « T'inquiète pas pour le bruit. Ça fait ça des fois. »
Les yeux de jade sérieux le regardèrent, et jetèrent brièvement un coup d'œil au tableau de bord et les petits signaux rouges et oranges qui y figuraient. Quelques-uns étaient recouverts de Scotch, et Naruto se sentit obliger d'expliquer son petit bricolage.
« Il n'y a aucun problème avec le moteur, ne t'en fais pas. On ne pourrait pas casser cette voiture même si on le voulait. Je suppose qu'ils avaient raison quand ils disaient que les meilleurs trucs avaient été fabriqués dans les années quatre-vingt-dix. » dit-il en tapotant affectueusement le tableau de bord comme s'il s'agissait d'un être vivant. Lui et sa Felicia '96 avaient traversés tant de choses ensemble. Elle ne le laisserait pas tomber, même maintenant.
Après avoir franchi la limite de Konoha à nouveau, quelque chose dans la présence de Gaara sembla se détendre. C'était peut-être à cause de la manière dont il appuyait paresseusement sa tête contre la fenêtre. Ou la façon dont il avait étendu ses jambes, autant qu'il le pouvait. Naruto sourit pour lui-même. Il chantait chanson après chanson, sans jamais se souvenir des paroles si ce n'était une rime ici et là. A l'horizon, le soleil atteignait la cime des arbres.
« On peut s'arrêter au supermarché ? »
C'était la voix de Gaara qui le coupa de ses fredonnements. « Bien sûr. »
Avec un bourdonnement discordant la vieille et fidèle Felicia s'arrêta sur le parking, et une fois de plus déposa ses passagers sur la ligne d'arrivée avec la plus grande fiabilité. Naruto descendit à son tour de la voiture, en faisant attention cette fois à prendre ses clés.
« Hé ! Le mec aux plantes ! »
Le ton dur fit sursauter Naruto. Un jeune homme bruyant et quelques potes marchèrent dans la direction de Gaara. Leur air suffisant fit instantanément froncer Naruto des sourcils.
« Comment ça va, le crétin ? »
Gaara ne semblait pas déstabilisé par ce commentaire et se tenait debout, à évaluer silencieusement la situation. Les trois hommes étaient maintenant devant lui, affichant un visage sournois.
« Ça faisait longtemps qu'on ne t'avait pas vu. Tu nous avais manqué, » dit le plus grand en le poussant à l'épaule. C'était camouflé en un geste viril, mais il était clair à tous que le message derrière était tout autre.
Cependant Gaara décida de continuer à ne pas parler. Cela sembla énerver les autres, et l'un d'entre eux empoigna son T-shirt par l'épaule pour le projeter contre la voiture.
« Hé, fais gaffe ! » s'exclama Naruto, se surprenant lui-même. Avec une confiance en lui qu'il ne se connaissait pas, il fit le tour de la voiture et toisa du regard les jeunes hommes.
L'homme lâcha le T-shirt de Gaara mais il conserva sa posture intimidatrice. « Mais bordel t'es qui toi, abruti ? »
« Je vis avec lui, » répondit Naruto sans réfléchir.
Des hurlements de rires résonnèrent sur le parking alors que les trois mecs échangeaient des regards entendus, avant de regarder de haut le blond et le rouquin toujours aussi imperturbable. Il était trop tard maintenant pour que Naruto se rende compte qu'il aurait dû formuler sa pensée autrement. Gaara ne semblait pas se soucier de ce malentendu cependant, et ça lui donna suffisamment confiance en lui pour faire comme si rien ne s'était passé.
« Pour être honnête on t'avait toujours trouvé efféminé » dit le plus grand des trois avant de repousser Gaara contre la voiture.
« Laisse-le tranquille » dit Naruto avec hargne avant de pousser le torse de l'homme avec une rage soudaine. Quand il recula de quelques pas, il le poussa de nouveau avec un peu plus de force.
Le jeune homme injurieux recula et leva les mains devant lui dans un geste d'apaisement. « Calme-toi, mec, on ne fait que parler. Gaara est un vieil ami à nous. »
Tout se passa de manière précipitée. Naruto agrippant le T-shirt du je ne homme et lui donna un coup de poing sur le nez. La victime le regarda avec un choc apparent, et il sembla que sa fierté avait pris un coup plus sévère que son nez maintenant cassé.
« Mec, c'est quoi ton problème ? » hurla le type alors que Naruto continuait de se rapprocher, prêt à frapper de nouveau.
« Dégagez, » murmura Naruto, pensant sincèrement ce qu'il disait. Tandis que ses mains ensanglantées tremblaient vers l'homme à nouveau, ils fuirent tous les trois avec une précipitation paniquée.
Il les regarda s'éloigner, en essayant de se calmer. Cette confiance, il n'en voulait pas. Pas maintenant. Avec de grandes inspirations, il essayait de reprendre contenance. L'asphalte dur et brûlant sous les fines semelles de ses chaussures. Les oiseaux qui croassaient dans le ciel. La main de Gaara sur son épaule.
« Gaara ? » il se retourna.
Il ne savait comment interpréter cette expression. Elle était sérieuse et inquiète à la fois. Ou bien c'était autre chose ?
« Tu n'as pas à me défendre. »
Naruto évita son regard. Il essuya le sang de ses mains sur son jean. Il devait essayer de se concentrer sur le moment présent. La ligne sur le bord du T-shirt de Gaara. La ceinture cloutée sur ses hanches. Les portes coulissantes du supermarché qui s'ouvraient et se refermaient à un rythme régulier.
« Je sais. C'est juste que je déteste quand les gens abîment ma voiture. » répondit-il finalement. Tout en regardant le sol pavé, il dépassa Gaara et se dirigea vers le magasin.
Le rouquin le rattrapa et côte à côte ils entrèrent dans le magasin. Naruto marchait quelques pas derrière lui comme une ombre. Il se sentait malade et agité. Ce n'était pas lui dans sa tête.
« C'était qui ces types ? » demanda Naruto en se demandant si quelqu'un d'autre avait remarqué son étrange humeur.
« C'était juste des idiots qui étaient dans la même école que moi. » répondit Gaara avec une voix dénuée d'émotion. Là encore, c'était comme s'il ne faisait qu'énoncer des faits. « Ils me rendaient la vie difficile, à l'époque.
_Uh-huh. » Il ne voulait pas en entendre plus. Plus de ces tristes histoires générerait plus de colère. Plus de colère signifiait plus de puissance, mais pas la sienne.
« Ils se moquaient de moi. Et une fois, ils ont réussi à détruire la moitié de notre jardin. Jusqu'à ce que Kankurô ne les voie, là ils ont arrêtés et ils se sont enfuis. »
Naruto voulait frapper quelque chose. Comme ce serait satisfaisant de sentir leur crâne se briser sous ses poings, de sentir leur sang chaud et visqueux s'écouler de leur cerveau dérangé.
« C'est horrible, » murmura-t-il au travers de ses dents serrées, les poings fermés.
« Est-ce que ça va ? » Gaara s'arrêta et le regarda calmement. « Tu as l'air énervé.
_A-ah oui ? » expira Naruto en évitant son regard. Il devait faire semblant d'être normal maintenant. Gaara avait remarqué, non ?! Et vu la manière dont ces yeux verts intrusifs se posèrent sur lui, il n'y avait aucune chance qu'ils ne voient pas ce qu'il y avait en lui.
Quand ils avaient poussé Gaara contre la voiture la première fois, ça avait commencé par une sensation au creux de son estomac.
Après la seconde poussée, cette sensation s'était personnifiée et cette personne avait commencé à essayer d'émerger à la surface.
Et là, tout avait rapidement escaladé et cette personne avait grandit, jusqu'à arriver au niveau des yeux de Naruto et lui remplir la tête pour que rien d'autre ne puisse y entrer.
Kyûbi était un connard que Naruto croyait parti depuis longtemps. Il n'avait pas besoin de lui dans sa vie, et encore moins pour se battre à sa place. C'était toujours pareil avec lui : la violence, les menaces, et frapper des gens au visage. La police, quand elle était alertée, devinait aisément que l'origine de son comportement était inhabituelle, et Naruto devait se dépêcher de corriger cette conception incorrecte. Après tout il était un jeune homme, et les jeunes hommes étaient statistiquement plus concernés par la violence et les blessures que e reste de la démographie.
« Naruto ?
_ Je suis juste fatigué, » mentit Naruto. Il n'osa pas croiser le regard de son compagnon. Ça c'était ses manches orange, et ça c'était ses mains. Il était lui-même, pour les autres. Pourtant il craignait que s'il rencontrait le regard de Gaara, celui-ci verrait quelqu'un d'autre à sa place.
Le rouquin sembla accepter cette explication. En silence, ils parcoururent le magasin, Naruto traînant toujours un peu derrière. Il ne croisa le regard de personne, mais se concentrait à la place pour conserver sa paix intérieure. Même un agacement passager pouvait alimenter son problème et lui donner une envergure plus importante.
De retour sur le parking, Naruto déverrouilla les portes. « Tu veux conduire ?
_Non, répondit Gaara en déposant leurs courses sur la plage arrière.
_Allez, Felicia est une bonne fille. Tu peux lui faire confiance. » dit le blond en tapotant affectueusement le toit.
Le rouquin observa le véhicule usé par le temps avant de donner à Naruto un regard appuyé. « Je n'ai pas le permis.
_ Tu es sérieux ? » demanda Naruto. Mais le rouquin ne donna pas plus d'explications et s'installa côté passager.
Le blond monta dans la voiture en soupirant. L'atmosphère frénétique se faisait encore sentir sur le parking comme si elle ne se dissiperait jamais. Il resserra ses mains sur le volant, en se demandant si c'était vraiment une bonne idée de conduire au vu de son état émotionnel. Avant que le rouquin ne puisse faire un quelconque commentaire sur son hésitation, il démarra la voiture et les ramena chez eux. Quelque part dans sa gorge, Kyûbi ronronnait encore, mais son énergie était plus faible qu'auparavant.
Tout le monde était silencieux au moment de dîner.
Même Kankurô ne trouvait rien à dire.
Très brièvement, Naruto se demanda quels événements de leur journée Gaara avait choisi de partager avec son frère. Une petite part de lui craignait qu'ils ne le considèrent comme instable et décident de l'expulser. Qu'est-ce qu'il se passait sous la surface ? La tension lui était insupportable. Ça ne pouvait pas qu'être son imagination.
Il essaya subtilement de vérifier si les frères s'échangeaient des regards significatifs. Est-ce qu'ils tramaient quelque chose dans son dos ? Et pourquoi est-ce que le brun était si silencieux tout à coup ?
Gaara fut le premier à quitter la table. Naruto se leva à sa suite. Il ne voulait pas être le premier à se lever, car il craignait d'être impoli et donc d'empirer son cas. Non seulement ses propriétaires le considéreraient comme un fou, ils le verraient aussi comme un malpoli.
Il suivit le rouquin qui faisait son chemin hors de la cuisine. Dans les escaliers, il ne put empêcher ses yeux de se poser sur les hanches étroites de Gaara qui se balançaient. Les chaînes qui pendaient des passants de son jean bougeaient au rythme de ses pas.
Naruto était sur le point d'entrer dans sa chambre quand les mots de Gaara l'interrompirent.
« Viens avec moi. »
Le blond le suivit le long du couloir sombre. Il n'avait jamais été de ce côté du couloir. Il allait le suivre dans sa chambre, quand le rouquin se tourna vers lui brusquement « Reste ici. »
Naruto acquiesça, en regardant ses chaussures. Il se sentait mal à l'aise à nouveau. Qu'est-ce que Gaara allait chercher dans sa chambre ? Etait-ce un avis d'expulsion ? Ou bien un ensemble de preuves qu'ils avaient rassemblées contre lui ? Non, sûrement personne ne savait pour ses quelques crises dans la petite salle de bain, la nuit. Il aimait penser que ses terreurs nocturnes étaient un secret que personne d'autre ne connaissait. Il scanna des yeux le couloir, cherchant à repérer un quelconque système de surveillance. Il n'en trouva pas mais ça ne l'apaisa pas pour autant.
« Tiens. »
C'était Gaara qui le sortit de sa bulle, encore. Le rouquin tenait une petite plante.
"Voici Mammillaria bocasana, aussi appelée cactus houppette, si tu préfères. Tu n'as besoin de l'arroser que rarement. Sinon, elle se contente d'un emplacement ensoleillé près de la fenêtre. »
Un peu perplexe, Naruto accepta le pot. Etait-ce un cadeau ? Ou un remerciement ? Comment était-il censé interpréter ce geste ?
« Merci » marmonna-t-il en regardant le cactus plutôt que son donneur. Dans le périphérique de sa vision il vit les mains pâles qui pendaient à ses côtés, relâchées. Les bracelets avaient glissés près de sa paume. Il ne l'avait jamais remarqué auparavant, mais on dirait qu'il y avait quelque chose de rougeâtre –
« Bonne nuit » dit brusquement le rouquin avant de se retirer dans sa chambre. La porte se ferma quelques secondes plus tard. Après ça, le silence emplit le couloir à nouveau.
Avec des pas tout aussi silencieux, Naruto se retira dans sa propre chambre. Le cactus particulier trouva une place sur le rebord de la fenêtre. Il observa les piquants tordus et la fourrure blanche qui recouvrait toute la plante. C'était une chose bizarre, comme son donneur.
« J'espère que tu te plairas ici, » murmura-t-il en fermant les rideaux.
Quand il s'allongea sur son lit, l'ombre du cactus sur le rideau semblait plus grosse que la plante elle-même. Aussi étrange que cela semblait, il avait l'impression qu'aujourd'hui, Gaara avait laissé dans sa vie une marque bien plus permanente que cette simple ombre projetée.
