Disclaimer : Seule Suzuki m'appartient, les autres personnages que tout les fans adorent sont la propriété des méninges de Masashi Kishimoto.

Chapitre 1 Ulysse || Ridan

Je soupirai de soulagement lorsque je vis le dernier carton contenant mes affaires enfin dans la roulotte de déménagement. Ce que ça avait pu être long ! Je n'aurais jamais cru que devoir les trier et les ranger me prendrait autant de temps. Honnêtement, j'aurais tout simplement pu partir avec une petite valise... Mais non, il fallait penser aux appareils d'électro-ménager, penser aux documents officiels qui me suivaient depuis ma naissance, penser à empaqueter les bibelots dont je ne parvenais pas à me détacher... Il n'y a pas à dire, quitter le cocon familial, c'est toute une aventure !

- C'est bon, c'était le dernier ! Réjouissez-vous, vous êtes libérés de votre esclavage ! - lançais-je à mes amis et frères venus m'assister dans le chargement de la roulotte. Des vivas retentirent, j'eus l'impression de les avoir fait vivre une semaine de travaux forcés. Quels acteurs ceux-là...

Ma meilleure amie se jeta sur mes épaules en geignant, je protestais pour la forme. Je me sentais triste de tous les quitter. Partir vers l'inconnu, aussi exaltant que cela puisse être, est toujours angoissant. Et si je ne me plaisais pas là-bas ? Si le village de la Cascade ne me convenait pas, que le village de l'Herbe me manquait trop ? Je ne pourrais pas rentrer la queue entre les jambes, j'aurais l'air ridicule... La seule de la famille à avoir autant insister pour partir vivre sa vie ailleurs, qui revient en appelant papa et maman, ce serait mauvais pour ma réputation et mon ego. Non, je devais me concentrer sur qui m'enthousiasmait seulement : j'allais finalement avoir ma propre maison… enfin, appartement. La roulotte allait me précéder, je devrais normalement arriver dans deux jours dans mon nouveau village, pour vivre mon rêve de toujours, devenir danseuse. La célébrité viendrait à force de travail et de volonté, je n'en doutais pas. Bientôt, on parlerait de moi partout, et surtout dans mon village d'origine.

Je me tournais pour prendre dans mes bras Hikari, lui murmurant à l'oreille en resserant mon étreinte :

- Tu resteras ma meilleure amie, Riri. Promis.

- Tiens moi au courant de tout surtout, d'accord ? Je refuse qu'on perde le contact juste parce que je ne t'ai plus sous les yeux. Envoie-moi des lettres toutes les semaines !

- Des rapports tu veux dire ?

- Lettres, rapports... Choisis le mot que tu préfères, mais je veux tout savoir. Prends soin de toi, Suzuki.

- Toujours, promis !

Je la relâchais au bout de quelques secondes et lui offris mon plus beau sourire. Ses beaux yeux noirs brillaient d'une émotion contenue. Pour qu'elle n'éclate pas, je me tournais vers les autres et les remerciais sincèrement. J'embrassais chacun de mes frères présents ainsi que mes parents, attrapais mon sac contenant de quoi tenir et me défendre pour deux jours sur les grands chemins, et quittais mon petit village pour vivre ma nouvelle vie. Je ne savais pas encore que je ne le reverrai pas avant longtemps…et que ce n'était pas tellement la vie à laquelle je m'attendais !

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- Je peux venir à côté de vous madame ? Si je reste plus longtemps à l'arrière, je vais être malade.

- Allez ma p'tite, j'ai pas envie de t'voir tout' verte. Viens-là. - m'invita la cochère en tapotant le banc. Je m'y installais avec satisfaction, heureuse de pouvoir vraiment profiter du paysage. Pensez-vous, depuis le temps que je rêve de partir sur les routes découvrir le monde !

Mais avant d'aller plus loin, laissez-moi me présenter : je suis Suzuki Sadame, future grande danseuse.

Ce rêve me suit depuis toujours. Si j'ai choisi de quitter mon village natal, c'est pour pouvoir le réaliser : j'ai passé de nombreux castings, et celui pour lequel j'avais le moins d'espoir m'a acceptée suite à l'abandon d'une autre. Les malheurs des uns faisant le bonheur des autres, j'ai sauté sur l'occasion sans me poser davantage de questions. Néanmoins, comme je ne suis pas encore légalement majeure, j'ai dû batailler ferme avec mes parents pour qu'ils acceptent de me laisser partir seule au village de la Cascade accomplir mon rêve. La seule fille de la famille qui part à l'aventure... Ah oui, parce que je suis née dans une famille de mecs : six frères pour moi toute seule. Je ne suis pas ninja, contrairement à la plupart d'entre eux, et ce n'est vraiment pas un métier qui m'intéresse. Toujours se battre, se cacher, obéir aux ordres... Quel ennui ! Cependant, à cause de cela, mes parents me voient comme plus fragile que mes frangins, ce qui est, entre nous, complètement faux. Je ne pleure pas quand je me coupe avec une feuille, moi... Et je sais soigner les bobos sans chakra.

Mais j'ai triomphé de tous leurs arguments et j'ai pu partir à l'aventure ! Je poussais un petit soupir de satisfaction en me rencognant contre le dossier en bois, ouvrant de grands yeux pour ne rien perdre des paysages que nous traversions. Bientôt, nous entrâmes dans la forêt, et mon accompagnatrice se fit un plaisir de me raconter les légendes entourant ce bois. Des histoires de bandits et de fantômes, rien de très original. Elle remarqua mon scepticisme et insista, embêtée que je ne prenne pas ses mises en garde plus au sérieux :

- Tu crois que ce sont des foutaises, hein ? Les jeunes se pensent t'jours plus intelligents que l'monde, mais moi j't'le dis : un grand brin de fille comme toi devrait se méfier. Les esprits sont agîtés en ce moment, et les jolies filles sont les premières visées.

- Oui oui... Et les rousses sont rousses parce qu'elles ont volé le feu de l'enfer...

- Ah ça ma p'tite, y'aurait un peu de véracité d'dans que ça ne m'étonnerait pas. Vous les rouquines, z'êtes un peu démoniaques dans l'âme tout de même... T'jours les premières à se fourrer dans les embrouilles ! Tes parents m'ont bien prév'nue, t'sais ? Alors tiens-toi tranquille pour l'voyage !

Je haussais les épaules sans répondre. Que dire face à ces superstitions stupides ? Oui, je suis rousse, mais j'ai bien une âme et je ne dévore pas les gens. La femme continua à me raconter d'autres histoires et je laissais sa voix créer un bruit de fond, concentrant mon attention sur notre chemin. Je ne tardais pas à sentir des crampes envahir mes jambes, trop longues pour ce siège. Je regrettais mon mètre soixante-dix huit. On n'a pas idée d'être aussi grande ! En plus, je n'ai même pas les formes pour compenser : je ressemble à une véritable liane. Heureusement que c'est avantageux lorsqu'on danse...

Nous ne croisâmes quasiment personne, à mon grand étonnement. J'aurais pensé que les routes étaient un peu plus fréquentées que ça, surtout celle reliant le plus directement les deux villages. Le radotage de mon accompagnatrice m'ayant finalement vaincue, j'étais partie me réinstaller à l'arrière, sous la toile de cuir protégeant mes affaires. Je laissais pendre mes jambes distraitement, pensant que j'irai sûrement plus vite à pied. La femme souhaitait ménager ses chevaux. Le voyage allait sûrement être plus long que prévu... Je soupirais pour la énième fois au cours des dernières minutes. Vivement que nous arrivions à l'auberge... Passer la nuit dans les bois, aussi aventureux que cela puisse être et donc cool, ne me tentait pas vraiment. Les nuits tombaient vite et étaient froides. Et puis, avec tous les animaux qui peuplaient le bois... Non, c'était définitivement mieux de s'arrêter à l'auberge.

Finalement, à bout de patience et la vessie remplie, je lui demandais de s'arrêter un instant, que je puisse aller satisfaire un besoin naturel. Elle râla et m'ordonnais de me presser. Elle avait un mauvais pressentiment, une impression d'être suivie, qui la dérangeait de plus en plus. Encore une histoire de fantômes, je présume... J'acquiesçais et sautais souplement de la roulotte, heureuse de pouvoir utiliser mes jambes. Je m'éloignais rapidement pour trouver un coin tranquille, ne m'inquiétant pas particulièrement de mémoriser l'emplacement du véhicule. Il n'y en avait pas mille de chemins, je la retrouverai tout de suite.

Mon envie satisfaite, je fis demi-tour pour y retourner. Je marchais quelques minutes, puis finis par m'étonner de ne toujours pas le retrouver, ce chemin. De plus, j'avais également le désagréable sentiment d'être surveillée. Eh, sûrement un effet bizarre de l'empathie... Les histoires de la dame m'ont sûrement fait plus d'effet que je ne l'avais cru. Je levais les yeux au ciel et repris ma marche d'un bon pas, mettant de côté cette impression. Nous étions dans un endroit civilisé, aucune raison de s'inquiéter. Néanmoins, après quelques minutes de plus à marcher sans rien trouver, ma confiance en la civilisation des bois et forêts commença à s'effriter. De plus, je commençais vraiment à sentir des frissons d'angoisse me coururent dans le dos alors que le sentiment d'être épiée s'exacerbait. Méfiante, je jetais des coups d'yeux suspicieux un peu tout autour de moi, mais ne vis rien de vraiment suspect. Comment se fait-il que je ne sois pas tranquille alors ?

Au bout de vingt minutes à marcher obstinément, je finis par pousser un petit cri de frustration. Je n'avais tout de même pas pu me perdre en partant satisfaire un besoin pressant ! Il commençait bien, ce voyage initiatique... Perdue en plein forêt, pas fichue de retrouver une roulotte ! En désespoir de cause, je me mis à appeler mon accompagnatrice. Je ne pouvais pas être si loin d'elle tout de même... Après plusieurs appels, je commençais à en douter également. Plutôt que de me laisser envahir par la panique, je décidais de m'asseoir et de réfléchir posément. La nuit commençait à tomber : dans dix minutes, il ferait nuit noire. Au lieu de perdre mon temps et mon énergie à appeler les secours, autant me préparer mentalement et physiquement à passer ma première nuit dehors sans tente ni fratrie.

Je grimpais en râlant sur un arbre et m'installais le plus confortablement possible sur une grosse branche. Tant pis si je manque de me casser la figure en m'endormant trop profondément, il n'est pas question que je dorme au sol alors que des bêtes inconnues grouillent dans les bois. Je pestais dans ma barbe contre cette situation improbable, et fermais finalement les yeux. J'entendis alors nettement un craquement, qui me fit sursauter. Etait-ce un animal ou... pire ? Un bandit, un fantôme ? Un esprit de la forêt ? Est-ce qu'on n'allait retrouver demain matin que mon squelette entièrement blanc ? Ma respiration s'accéléra. La nuit promettait d'être agitée...

Bon. Restons calme : si c'est un animal, je suis à l'abri. Si c'est un bandit, je suis cachée. Si c'est un fantôme... Eh bien, je suis rousse, on devrait être amis. Je m'obligeais à maîtriser ma respiration et au bout d'un petit moment, commençais à me détendre un petit peu, persuadée que mon imagination me jouait des tours. Il n'y a rien, je suis en sécurité et dès demain, je retrouverai mon guide. Je sursautais brusquement lorsque j'entendis distinctement le bruit d'un choc suivit d'un juron étouffé, manquant de tomber de mon perchoir. Je sentis la peur m'envahir, et je n'avais même pas d'arme à serrer pour me donner un peu de courage ! Je savais parfaitement qu'en face de bandits, je n'avais qu'une maigre chance, voir aucune, de m'en sortir. Mon seul espoir résidait dans ma capacité à fuir le plus rapidement possible, en appliquant toutes les astuces que mes livres et mes frères ninjas m'avaient enseigné.

Malgré moi, je me mis à trembler lorsque je me rendis compte qu'il ne s'agissait pas d'animaux, mais d'hommes. Vivants ou morts ? Je ne savais pas quelle option préférer. Ils étaient tout près car je pouvais les entendre discuter en tendant un minimum l'oreille pour saisir leurs propos. Pourquoi faut-il que mon envolée du nid soit aussitôt suivie de catastrophes ?

-Alors c'est ça ce qu'on est venu chercher ? - entendis-je une voix masculine encore jeune demander sur un ton dédaigneux. Manifestement, "ça" ne lui plaisait pas. Alors que je penchais pour des personnes en chair et en os, la voix qui lui répondit déclencha une série de frissons le long de ma colonne vertébrale et me convainquit que j'étais en vérité entourée de spectres.

- Exact. - Concis, ce spectre.

- Sérieusement, on s'est tapé tout ce chemin pour... une fille ? Une simple gonzesse même pas majeure ? C'est quoi ces ordres de missions merdiques ! Pourquoi est-ce qu'on se tape ça nous ? On n'est pas baby-sitters !

- Hidan...

- Putain ça me casse les couilles ! Allez, on se magne et on se casse, j'perdrai pas davantage de temps là-dessus. Et ils osent appeler ça une mission, ces connards...

Ma bouche s'assécha soudainement. J'ai la nette impression qu'ils cherchent quelque chose, et que celui-ci me concerne... Mon Dieu, mais qu'est-ce qui se passe aujourd'hui, hein ? Ça devait être un trajet tout simple, tranquille, voir même ennuyeux ! Pourquoi est-ce que je me retrouve perchée sur un arbre au dessus de spectres qui me recherchent ?!

Je les entendis se rapprocher de l'arbre où je m'étais cachée, jusqu'à ce qu'ils soient juste en dessous de lui. Clairement, je n'étais pas dans une très bonne situation. Comment faire pour leur fausser discrètement compagnie ? Je n'allais quand même pas rester coincée là à attendre qu'ils me repèrent ! Ils avaient juste à lever les yeux et à me cueillir… Tout mon corps fut pris de frissons en pensant à ce qu'ils pouvaient me vouloir. Je ne devais pas rester ici une minute de plus. Silencieusement, pendant que la voix la plus jeune continuait sa litanie de jurons, je grimpais plus haut dans mon arbre, jusqu'à pouvoir atteindre une branche de son voisin, et ainsi de suite. Lorsque je fus à cinq ou six arbres de distance, je me décidais à descendre de mon perchoir pour fuir à pied. J'avais confiance en mes capacités : si j'avais réussi à semer mes ninjas de frères, je pouvais bien semer deux… peut-être spectres ? Je n'avais qu'un seul moyen de le découvrir.

Je me laissais tomber souplement au sol, grimaçant lorsque plusieurs branches trahirent ma présence, puis commençais à courir sans gâcher une seconde de plus. Dans le noir, au milieu d'une forêt, poursuivie par des hommes ou des esprits maléfiques… Je ne donnais pas cher de ma peau. Pour ma plus grande angoisse, je les entendis clairement me suivre alors que je zigzaguais entre les arbres, m'éloignant de plus en plus du chemin vers la civilisation. Je n'aurais pas eu à attendre très longtemps avant de connaître des sensations fortes… Même si je me serai bien passée de connaître celles-là ! Mes poursuivants me collaient au train, impossible de m'en débarrasser, malgré tous les virages abrupts et les cercles répétitifs. Je ne devais mon avance qu'à mon gabarit, sûrement plus léger que les leurs. Et encore… Avec le nombre de fois où j'ai manqué rentrer dans un arbre, j'ai de la chance de conserver quelques mètres d'avance, dont leur nombre ne cessait de réduire. Aucune ruse, aucune manœuvre, aucun stratagème ne semblait fonctionner sur eux. Décidément, je devais être poursuivie par des spectres. Ou des ninjas. Et curieusement, la seconde option m'inquiétait davantage.

Après un long moment de course-poursuite, mon corps se mit à crier grâce. J'étais entraînée pour danser durant des heures, pas courir, ramper, glisser et grimper ! Le souffle commença à me manquer, ma gorge me brûlait et les muscles de mes jambes menaçaient de m'abandonner là, comme ça, à tout moment. Mon propre corps ose me trahir au plus mauvais moment ! Je la vois, la liberté, je la sens, hors de question que je tombe dans un traquenard : j'ai une vie à mener moi ! Par un véritable effort de volonté, je repris de la vitesse, priant pour tomber sur n'importe qui, pourvu que ce soit une présence bienfaisante, ou tout simplement sur le chemin balisé, pour que je puisse cesser d'éviter ces foutus arbres, buissons et trous. Une masse imposante me plaqua violemment au sol alors que je recommençais à prendre de l'avance sur mes poursuivants. Je poussais un cri de terreur si aigu qu'il vrilla même mes propres tympans. La masse, qui s'avéra être un homme en chair et en os, m'immobilisa les bras en poussant un cri de triomphe essoufflé. Ravie qu'il se soit amusé à mes dépends, j'adore être la comique de service.

- Putain tu cours vite ! - haleta-t-il, la voix sincèrement admirative. - J'ai rarement vu ça !

- Apparemment pas assez. - répondis-je, sarcastique, alors que j'essayais de me défaire de sa prise. Il m'immobilisait les poignets à une main ce salaud ! Je hais les hommes plus forts que moi. - Lâche-moi !

- T'es dingue, pour que tu détales encore comme un lapin ? Après le chemin qu'on s'est tapé, il est hors de question que tu nous fasses encore courir !

- Quoi, tu n'es pas joueur ? Tu as peur de perdre cette fois-ci ? Là, ce n'était qu'un échauffement !

Il y eut un silence, puis l'homme éclata d'un rire franc. C'est bien, il y en a au moins un qui s'amuse… Je me débattis encore un peu pour la forme, sachant que c'était peine perdue. Tant qu'il restait sur moi, il m'était tout simplement impossible d'esquisser le moindre geste. Coincée. Je décidais de prendre mon mal en patience et de guetter la moindre opportunité de fuite qui pourrait s'offrir à moi. Patience… Il fera certainement une erreur, vu comme il semble facilement distrait. Alors que j'étais presque rassurée, je vis apparaître l'acolyte de monsieur-tacleur, encore plus grand et imposant que lui. Mon Dieu… Je suis vraiment dans la panade. Il se mit à parler sans me lâcher des yeux : sa voix fit se lever tous les poils de mes bras. Lui, impossible qu'il soit humain, j'en mettrai ma main à couper.

- Elle a le profil de l'emploi : aussi agaçante que tous les jeunes de votre génération.

- T'as juste jamais eu d'humour Kakuzu, fais pas comme si le putain de problème venait de nous. Elle est marrante ! Pas futée, mais marrante ! Du coup ça ne peut pas être elle. Elle devrait être aussi chiante que monsieur le génie.

- Tu devrais remercier chaque jour tes parents de t'avoir donné une apparence visuellement soutenable pour compenser cet affreux manque de perspicacité. - lui rétorqua son partenaire d'une voix morne. Je me mordis les lèvres pour ne pas pouffer de rire et vexer le plus jeune, qui pouvait décider de me tordre les poignets juste pour me punir de me moquer de lui. Un bref ricanement m'échappa néanmoins, ce qui me valut à nouveau toute son attention.

- Tu trouves ça drôle toi ? Attends un peu qu'il te prenne comme cible, t'es pas franchement "perspicace" non plus. Nous battre à la course… T'as cru qu'on n'avait que ça à foutre ?

- Plutôt oui, comme n'importe qui d'autre normalement constitué. En général, on va tous se promener dans la forêt pour terroriser de pauvres jeunes filles lorsqu'on a du temps à tuer. - ne pus-je m'empêcher de lui rétorquer, échauffée par son ton condescendant.

- Genre t'es une pauvre jeune fille, toi. Tu-

- Hidan, ça ira. - le coupa séchement son aîné. Il grommela de mécontentement, mais n'insista pas. - Nous avons assez perdu de temps. Emmène-là, nous rentrons.

- Eh, "emmène-la" où exactement ? Je n'irai nulle part avec vous ! Lâche-moi, espèce de gros tas de muscles, il est hors de question que vous m'emmeniez ! Tu m'entends ? Youhou ?

Bien entendu, mes paroles n'eurent aucun impact. Hidan me releva avec lui, puis me pinça un muscle du cou, et je perdis connaissance, pensant seulement qu'il faudrait que je demande à l'un de mes frères de m'apprendre ce truc. Rudement pratique, la technique.

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Je repris connaissance avec un sacré mal de crâne et une furieuse envie de vomir.

J'ouvris lentement les yeux en grognant, la vision constellée de petits points noirs papillonnants. Ugh, c'est la pire sensation qu'il soit… Et ces balancements n'arrangent rien ! Le cœur retourné, je plaquais une main contre ma bouche, retenant le contenu de mon estomac. Dans le geste, je fus amenée à regarder en bas : j'avançais sans toucher le sol ! Un court instant d'étonnement avant que le charme ne se brise. J'étais en vérité sur l'épaule d'un de mes ravisseurs, qui me portait gracieusement, tel un sac de pommes de terre.

Je me redressais tant bien que mal, prenant appui sur le dos de la personne qui me trimballait sans grande considération. Impossible de me situer correctement, je me sentais encore trop mal pour aligner plusieurs pensées cohérentes à la suite. J'avais été poursuivie puis enlevée et… Oh mon Dieu, j'ai été kidnappée ! Merde ! Mes gestes devinrent chaotiques alors que je cherchais à m'appuyer davantage sur l'épaule de mon porteur pour observer correctement les choses. Mes ravisseurs m'embarquaient avec eux ! Mon réveil ne passa pas inaperçu : je fus aussitôt saluée par une remarque sarcastique du plus jeune. On aura vu mieux comme réveil...

- Tu savais que tu ronflais, princesse ?

Il me saoule celui-ci tiens ! Je cessais un instant de me débattre pour réussir à le fixer dans les yeux, mon air le plus blasé en stock bien en place sur mon visage.

- Non, j'ai rarement eu l'occasion de tester le somme la tête en bas. Navré de t'avoir dérangé, sucre d'orge.

Mon ton acerbe et le surnom lui coupèrent momentanément la chique, ce qui me permit de l'observer à loisir à la lumière du jour. La première chose qui me frappa, ce fut ses cheveux blancs. Des événements traumatisants ? Il était musclé, plutôt beau si on aimait le genre prétentieux, et transportait avec lui une énorme faux rouge. Il avait un étrange manteau noir, avec des motifs de nuages rouges. Ses yeux violets retinrent toute mon attention : d'une couleur improbable, j'y lisais un goût pour la violence à peine dissimulé. Si j'avais dû désigner un visage pour définir le mot sanguinaire, j'aurai probablement choisi le sien. La gorge sèche, je restais quelques secondes de plus à le dévisager en silence pendant que lui ne se privait pas pour faire de même, jusqu'à ce qu'il retrouve ses moyens.

-J'aurais les boules à ta place. Capturée comme une merde. Dire que Kakuzu n'a pas arrêté de me faire chier, en me disant de me méfier ! Ah, vraiment, c'était un jeu d'enfant !

- Ouais, c'est ce que ceux qui ont gagné de justesse aiment dire. - daignais-je lui répondre, mon aplomb retrouvé. Malgré ses cheveux déjà blancs, il ne devait pas être loin d'avoir mon âge. J'en avais maté des plus coriaces que lui. Je l'ignorais superbement pour m'en prendre à son compagnon, qui n'avait pas ralenti le rythme d'un poil. - Et vous là ! Je peux savoir pourquoi vous m'avez kidnappée ? Et qui êtes-vous ? Je veux savoir ! Rah, et puis, lâchez-moi ! Je peux marcher toute seule !

Je commençais à me tortiller dans tous les sens, tentant d'obliger l'homme qui me portait à me faire descendre immédiatement. Je ne réussis qu'à l'agacer, comme si je n'étais qu'une sorte de mouche insignifiante. Il me rappela à l'ordre en me replaçant brutalement sur son épaule, avant de répondre à une de mes questions :

- L'organisation pour laquelle nous travaillons t'a trouvé une utilité.

- Quelle utilité ? Danser ? Et quelle organisation ? - insistais-je, insatisfaite de ces moitiés de réponses.

L'homme aux cheveux blancs prit la parole, semblant particulièrement heureux d'étaler sa science :

- Tu n'as jamais entendu parler d'une association de criminels recherchés de rang S ?

Je poussais un long soupir. Non, je n'avais pas envie de jouer aux devinettes, et pourtant… Je rentrais dans son jeu sans trop de mauvaise volonté. Je les voulais, après tout, mes réponses.

- Peut-être… Mais tu sais, il y a sans aucun doute plusieurs organisations de bandits. De plus, généralement, comme bandits est un synonyme de criminels, cela signifie qu'ils sont sûrement recherchés par les autorités. Donc non, ça ne m'aide pas.

- Abrutie. Et le nom « Akatsuki », ça t'aide ? – se vexa-t-il, apparemment chatouilleux sur la notoriété de sa « bande ». Je réfléchis un instant, essayant de retrouver ce nom dans ma mémoire. Est-ce que mon père ou l'un de mes frères aurait pu en parler ? Akatsuki, Akatsuki…

- Ah oui, ça me dit quelque chose ! - finis-je par m'écrier, heureuse de ma découverte, avant de déchanter aussitôt. - Ah… Merde.

- Oui, je crois que c'est le bon mot. - me dit-il avec un petit sourire ironique, qui me fit pâlir. Quand je me mets dans les ennuis, il faut qu'ils soient les plus gros possible ! Je perdis toute couleur alors que la réalisation que j'étais absolument foutue m'écrasait sans ménagement. Je ne pourrais jamais m'en sortir toute seule. Je suis coincée avec deux des membres de l'organisation criminelle la plus recherchée du moment. Mon père, jônin expérimenté, m'a toujours dit que j'étais un aimant à ennuis. Il ne savait pas à quel point il avait raison.

Je gardais le silence pour le restant de la matinée, toute bravade m'ayant quittée. J'allais mourir. Ils m'emmenaient certainement dans une seconde location pour accomplir leurs sombres desseins, j'allais être une victime de plus dans les statistiques, on allait oublier mon nom dans deux ans, le monde continuerait à tourner sans moi. La panique s'empara entièrement de moi, sapant toute réserve d'énergie et donc velléité de fuite. Le petit jeune perdit vite patience face à mon mutisme, je cessais d'être intéressante à ses yeux. J'étais réduite à mon rôle de sac de pommes de terre. Curieusement, ça me convenait. S'ils pouvaient complètement m'oublier et me déposer à côté du chemin, comme ça, sans aucune raison… Mais non. Jamais la marmule ne relâcha sa pression sur ma taille.

Le soir tombant, alors que je m'étais miraculeusement endormie malgré les mouvements cahoteux de l'homme qui ne m'avait toujours pas libérée, je fus réveillée brutalement par un choc abrupt. Ce salaud m'avait soudainement laissée tomber par terre. Bien, je crois qu'on arrive à la fin du trajet. Ou qu'il prend enfin une pause. Instinctivement, je me relevais et tentais une fuite. C'était sans compter sur le petit jeune, qui m'attrapa par l'épaule.

- Oh non ! On ne recommence pas le même cirque qu'hier connasse !

- T'as eu le temps de récupérer pourtant bâtard. - crachais-je en réponse, le fusillant d'un air meurtrier. Je n'allais pas le laisser m'insulter gratuitement, ce petit con.

- Moi on ne m'a pas porté sur tout le trajet comme une merde. - répondit-il, les yeux brillant d'une lueur que j'aurais normalement du trouver inquiétante mais qui ne fit qu'attiser ma colère.

- T'avais qu'à demander à ce qu'on échange, je suis sûre que ton pote se sera fait un plaisir de peloter ton petit cul pendant en prime ! T'aurais adoré ça je suis sûre.

- Putain mais t'es barge connasse ! Je vais te-

- Nous sommes arrivés. - déclara alors l'armoire à glace, bloquant de justesse la gifle qu'il s'apprêtait à me donner pour m'apprendre la politesse. Je le défiais du regard d'aller à l'encontre de son partenaire et il m'adressa un regard de pure haine. Chouette, je me suis fait un ami. J'ajoutais de l'huile sur le feu en lui offrant un doigt d'honneur. Clairement, ma vie n'a plus aucune valeur à mes yeux, je suis en train de jouer à la kamikaze.

Pendant que le plus vieux retenait un peu mieux son collègue prêt à se jeter sur moi, je me tournais vers les lieux de notre « arrivée ». Intriguée, je pus découvrir une gigantesque bâtisse, austère et noire, qui semblait être inhabitée depuis des lustres. Les murs étaient recouverts de lierre, et le toit semblait se sentir un peu mal. Un doux euphémisme pour « prêt à s'écrouler au moindre coup de vent un peu violent ». Des fenêtres aux carreaux cassés et aux volets à moitié décrochés terminaient cette description. Un décors digne d'un film d'horreur, si ce n'est pas merveilleux… Si on ajoute à cela le fait qu'elle se situe dans une forêt éloignée de toutes habitations en plus, on arrive à l'endroit rêvé de tout meurtrier qui se respecte. Et je suis justement entourée de deux meurtriers en puissance, dont un que je viens d'énerver gratuitement. Super timing Suzuki.

- Vous vivez dedans ou c'est juste pour m'impressionner dès le premier rendez-vous ? - dis-je, persuadée que ma courte vie s'arrêtait ici. Quitte à mourir assassinée par deux inconnues en pleine forêt, hein, autant être chiante jusqu'au bout.

- J'te parie qu'elle crève dès les trente premières secondes. Combien mises-tu ?

- Je ne mise pas sur les paris où y'a pas un minimum de suspense.

- Elle a réussi à nous distancer hier. Je lui accorde quarante secondes.

- Si ça tombe sur Deidara, dix. Le temps qu'il fabrique sa bombe et la lance.

Super ambiance… Puisque vous êtes occupés les gars, moi je me casse, pensais-je en esquissant quelques pas vers l'arrière lentement, trop contente de l'aubaine. C'était sans compter sur le plus jeune, décidément bien plus attentif que ce que je ne pensais, qui m'attrapa cette fois-ci par les poignets toujours d'une seule main et me maintint en place. Je le déteste. Lui aussi, vu son regard de tueur.

Résignée, j'attendis la suite des événements. Qu'est-ce qui peut encore m'arriver d'horrible ?

Alors, ça vous a plu ? J'espère que oui ! La suite dépendra si je reçois des reviews (ou pas) et si j'ai le temps de la poster ! Voili voilou, merci d'avoir tenu jusqu'au bout !