Bonjour !

Cette histoire est écrite en collaboration avec SMcg1704 (allez lire ses fics, elle mérite plein de reviews !) et nous sommes parties de cette question très simple : que se serait-il passé si Cersei, Jaime et Tyrion avaient été soudés au lieu de s'entre-déchirer ?

Il s'agit donc d'une réécriture de la série qui mettra les Lannister à l'honneur (si vous ne les aimez pas, cette histoire n'est donc peut-être pas pour vous...).

C'est moi-même qui ai écrit le prologue, j'espère que ça vous plaira !


Nous rugissons

Prologue

oOo

Quelque chose n'allait pas.

C'est ce que Cersei et Jaime Lannister comprirent en voyant l'agitation qui régnait dans le château et dans le regard de leur septa, avec qui Père leur avait ordonné de rester avant de s'éloigner en courant.

Ce simple acte, pourtant en apparence anodin, les avait fait froncer les sourcils exactement au même moment – ils n'étaient pas jumeaux pour rien, après tout.

Père ne courait jamais.

C'était le reste du monde qui courait quand Père arrivait, fier lion transperçant les moutons de son regard émeraude, le reste du monde qui trébuchait, se bousculait, s'inclinait, les lions n'avaient pas besoin de courir, ce n'était pas digne d'eux, ils étaient plus forts et plus puissants que les autres animaux. C'était une des premières choses qu'il leur avait apprise quand il les avait surpris en train de se poursuivre dans les couloirs du château.

Cersei et Jaime ne l'avaient pas écouté, bien sûr. Mère leur avait caressé les cheveux avant de les embrasser sur le front et de leur conseiller de s'amuser tant qu'ils le pouvaient encore.

(Bien sûr, les jumeaux étaient encore bien trop jeunes pour prendre la véritable mesure de cette phrase, pour comprendre qu'ils ne pourraient pas rester des enfants insouciants pour toujours.)

Père les avait surpris en train de courir de nombreuses fois depuis mais il avait toujours laissé couler parce que Mère le lui avait demandé et qu'il ne refusait rien à Mère – c'était quelque chose dont Cersei et Jaime s'étaient rapidement aperçus et dont ils n'avaient pas hésité à se servir à plusieurs reprises.

Cependant, en ce jour, toute envie de s'amuser les avait entièrement désertés.

Quelque chose n'allait pas.

D'un accord tacite, ils profitèrent d'une seconde d'inattention de leur septa pour lui fausser compagnie et se faufiler en dehors de la pièce.

« Tu crois que c'est à cause de Mère ? » demanda Jaime.

« Mère ? »

Les yeux de Cersei s'illuminèrent.

« Tu crois que notre petit frère ou notre petite sœur est en train de naître ? »

Il haussa les épaules et songea au ventre arrondi de Mère, à la façon dont elle les laissait poser leurs petites mains dessus en leur expliquant que leur famille allait bientôt s'agrandir, il pensa au sourire de Père quand il la regardait, à ses sourires à lui quand il sentait le bébé bouger.

« Viens, allons voir. »

Ils s'empressèrent de décamper en entendant l'écho des appels de leur septa.

« Père ne va pas être content... » grimaça Jaime.

Cersei ne répondit pas : leur père était en cet instant le cadet de ses soucis, elle ne pensait qu'à ce nouveau lionceau qui allait bientôt agrandir leur fratrie, elle imaginait déjà leurs parties de cache-cache et leurs éclats de rire.

Elle ne pouvait pas être plus heureuse qu'en cet instant.

(Sa joie allait bientôt se changer en cendres dans sa bouche mais ça, bien sûr, Cersei ne pouvait pas le savoir.)

Elle prit Jaime par la main et l'entraîna jusqu'à la porte de la chambre de Mère. Tous deux se figèrent quand un hurlement à glacer le sang déchira le silence.

« C'est... c'est Mère ? » fit Jaime, les yeux ronds.

« Je... je crois... »

Il y a quelques jours, alors qu'ils posaient de plus en plus de questions sur la naissance du bébé, elle leur avait expliqué que les accouchements pouvaient être très douloureux mais ceci n'avait été qu'une idée abstraite dans leur esprit d'enfants innocents, un peu comme toutes ces histoires qu'elle leur racontait le soir avant qu'ils ne s'endorment.

Ce n'était pas réel.

En revanche, les cris déchirants qu'ils entendaient à présent l'étaient, eux, et Cersei commençait sérieusement à regretter d'avoir désobéi et de ne pas être restée avec leur septa.

« Qu'est-ce qu'on fait ? » demanda Jaime en balayant le couloir du regard. « Tu crois qu'on devrait aller chercher de l'aide ? »

Mais les voix qu'ils entendaient à l'intérieur de la pièce leur indiquèrent que leur mère n'était pas seule.

« Père doit être avec elle, » avança Cersei en essayant d'avoir l'air confiante.

Père était avec Mère, Père était un lion, Père allait tout arranger, grâce à lui elle allait cesser de crier et tout allait rentrer dans l'ordre.

Tout allait bien se passer.

« Est-ce qu'on devrait... » commença Jaime, mais il fut interrompu par un nouveau hurlement et, à peine quelques secondes plus tard, par la porte qui s'ouvrit brusquement. Les jumeaux eurent tout juste le temps d'apercevoir la silhouette courbée de leur père dans la chambre avant que Mestre Creylen ne se dresse devant eux.

« Que faites-vous ici ? » demanda t-il d'une voix étrange qui ne lui ressemblait pas.

« Nous voulons voir Mère. »

Cersei et Jaime s'aperçurent alors que de nouveaux hurlements retentissaient dans la pièces, plus aigus, plus bruyants – les cris d'un nouveau-né.

« Il est né ! » s'exclama alors Cersei en essayant de passer. « C'est un garçon ou une fille ? On peut le voir ? »

« Non, ne rentrez pas, » rétorqua t-il en leur barrant le passage.

« Mestre Creylen. »

La voix était si faible que les jumeaux mirent plusieurs secondes à reconnaître celle de Mère.

« Laissez-les entrer. »

« Je ne crois pas que... »

« S'il vous plaît. »

Il baissa la tête et s'écarta mais Cersei n'avait plus envie d'avancer.

Quelque chose n'allait pas.

Père était agenouillé au bord du lit et se tenait la tête entre les mains. Une drôle d'odeur flottait dans la pièce.

(Si elle avait été plus âgée, Cersei aurait probablement reconnu l'odeur de la mort mais elle était jeune, si jeune – trop jeune.)

Jaime lui prit la main et ce fut lui qui entra le premier quand elle n'aurait jamais eu le courage de le faire, lui qui lui insufflait la force de faire un pas, puis deux, puis trois, lui qui l'empêchait de fondre en larmes et de partir en courant.

Mère était étendue sur son lit et un bébé s'agitait faiblement dans ses bras.

Il y avait de sang.

Beaucoup de sang.

Quelque chose n'allait pas.

« Jaime... Cersei... mes enfants... »

Il y avait quelque chose d'étrange dans sa voix, comme si elle n'était plus vraiment là, comme si elle ne les voyait pas vraiment, et sa respiration était laborieuse.

Et ce sang, tout ce sang...

« Venez... »

Alors Jaime et Cersei grimpèrent sur le lit et leurs jolis vêtements blancs prirent une teinte écarlate.

« Mère ? » s'alarma Cersei.

Ils jetèrent un œil à Père et c'était comme si lui non plus n'était plus vraiment là, il restait prostré, ne voyait plus, n'entendait plus, même les lions étaient parfois impuissants et cette dure leçon ne quitterait plus jamais l'esprit des jumeaux.

« C'est... c'est votre petit frère. »

Le bébé braillait toujours dans ses bras mais ni Cersei ni Jaime ne parvinrent à se réjouir de le rencontrer.

Pourquoi Mère avait-elle l'air aussi mal en point ?

« Il... il s'appelle Tyrion. »

Ils n'en avaient pas conscience mais Joanna Lannister rassemblait le peu de forces qu'il lui restait pour prononcer ses derniers mots avant de s'éteindre, avant d'abandonner ses petits lionceaux dans ce monde qui était bien trop cruel, surtout avec les innocents – surtout avec ceux qui étaient différents.

« Tenez, prenez-le, » murmura t-elle.

Tyrion continuait de hurler quand Cersei referma ses petits bras autour de lui alors que Jaime posait une main derrière sa tête.

(Ils ne remarquèrent pas qu'elle était un peu trop grosse et que ses bras et ses jambes étaient un peu trop petits.)

« Vous devez l'aimer, » les pressa Mère. « C'est votre petit frère. Vous devez l'aimer et vous devez le protéger... même si je ne suis plus là. »

« Mère ? » fit Jaime. « Mais... »

Quelque chose n'allait pas et, alors que le soleil se couchait, deux petits lionceaux découvrirent la réalité de la mort, quelque chose qui n'avait rien d'un conte de fées, quelque chose qui était réel.

Quelque chose qui était injuste et qui allait briser leurs petits cœurs tendres, et personne ne serait là pour les aider à recoller les morceaux – surtout pas Père.

« Promettez-moi, » répéta Joanna. « Promettez-moi de l'aimer et de le protéger. »

Et Cersei, malgré les larmes qui roulaient sur ses joues, malgré la colère grandissante qu'elle éprouvait face à ce bébé qui venait de déchirer sa mère de l'intérieur pour venir au monde, ne put qu'acquiescer et Jaime acquiesça lui aussi.

C'était Mère qui le leur avait demandé, Mère qui leur chantait des berceuses et les embrassait sur le front, Mère qui veillait sur eux quand ils étaient malades et les grondait gentiment quand ils faisaient une bêtise, Mère qui jouait avec eux et les consolait quand ils étaient tristes.

Ils aimaient Mère et Mère leur demandait d'aimer Tyrion, alors ils l'aimeraient de tout leur cœur, ils le protégeraient envers et contre tous, surtout contre Père mais ça, ils ne le savaient pas encore.

« Tywin... » murmura t-elle.

Celui-ci sursauta, redressa la tête et s'empressa de lui prendre la main.

« Joanna... reste avec moi, s'il te plaît. »

Mais c'était trop tard, il le savait. Elle posa sa main déjà glacée sur sa joue, offrit un dernier sourire à Cersei et Jaime, et ferma les yeux.

Elle ne les ouvrirait plus jamais.

Les larmes des jumeaux tombèrent sur le visage de Tyrion qui continuait de pousser de terribles hurlements, comme si lui aussi faisait le deuil de cette mère qu'il ne connaîtrait jamais, et le deuil de l'amour qu'elle aurait pu lui donner.

« Il... il a tué Mère, » sanglota Cersei. « Il l'a tuée ! »

« Ce n'est qu'un bébé, Cersei, » rétorqua Jaime à travers ses larmes. « Ce n'était pas de sa faute. Nous avons promis de l'aimer et le protéger... c'est ce que nous devons faire. »

Et, Jaime, même si son cœur était en miettes, même s'il se sentait complètement vide, se pencha et embrassa Tyrion sur le front.

Quand le bébé cessa miraculeusement de pleurer, Jaime sut qu'il allait tout faire pour tenir sa promesse.

Tyrion était son petit frère – leur petit frère comme il ne manquerait pas de le rappeler à Cersei.

Et s'il ne vit pas le regard plein de haine que Père posa sur le nouveau-né qui venait de lui arracher sa femme, il vit en revanche celui, un peu hésitant, de Cersei.

« C'est notre petit frère, » insista t-il. « Il a besoin de nous. »

Tyrion referma sa main minuscule autour du doigt de Cersei.

Alors, elle se pencha et l'embrassa à son tour sur le front.

Ils ne surent jamais s'ils ne l'avait tout simplement pas imaginé mais il leur sembla que Tyrion leur sourit.