Edit du 27.11.2021 :
Consommant beaucoup de contenus AA depuis plus d'un an et demi, il se peut que cette fic (surtout à ses débuts) rappelle d'autres productions dans la communauté (et ailleurs également). Je pense notamment à Trace par FaultyParagon, à AeronWolf, toutes les formidables fanfics dans les bookmarks de mon compte sur Archive of our Own (toujours HoneyOrJam!), Worvies (Twitter), Peachott (Twitter) , Sol' (Twitter) et plusieurs de mes amis qui sont des artistes que j'apprécie énormément et que je suis depuis un petit moment. Je vous recommande vivement de jeter ne serait-ce un coup d'œil à leurs travaux !
Des sourires. Des regards.
Des caresses. Des étreintes.
Des paroles. Des rires.
Des promesses. Des projets.
C'était après la résolution de l'affaire Lebon qui avait secoué l'ensemble du bureau du procureur. Cet incident s'était révélé comme celui scellant une certaine collaboration entre Wright et Hunter, conservant tout de même une certaine part de rivalité à chaque fois qu'ils se faisaient face au tribunal. Ce même partenariat avait permis aux deux hommes de faire renaître leur amitié, cette complicité qu'ils partageaient quinze ans auparavant. Vraiment, ils s'étaient rapprochés. Benjamin avait laissé une place à Phoenix : après tout, il l'avait défendu contre tous et n'a jamais cessé de croire en le bon qui résidait en lui malgré sa façade froide et inhabituellement perfectionniste (ce qui était la patte d'un Von Karma). Et puis, Wright était devenu avocat grâce à lui. Une remarque bête qui s'était échappée de ses lèvres, et pourtant Hunter ne pouvait l'oublier à chaque fois qu'ils voyaient pour croiser le fer ou tout simplement passer un bon moment.
Cette ouverture nouvelle et inattendue de la part du procureur n'étaient pas passées inaperçues aux yeux de Phoenix. Oui, il finissait par s'ouvrir de plus en plus à lui, laissant même parfois transparaître davantage d'émotions – volontairement ou par laisser-aller –. En y réfléchissant, une véritable transition dans l'attitude d'Hunter avait eu lieu à partir du jour où ils ont décidé de travailler ensemble sur des dossiers communs, ou lorsque l'un avait besoin de l'avis de l'autre sur une affaire. Les deux amis avaient fini par passer beaucoup de temps ensemble à la cafétéria du tribunal le midi, beaucoup de temps ensemble aussi le soir et la nuit dans le bureau de Benjamin.
C'est ainsi qu'un soir de printemps, le jeune d'alors avait quitté ses papiers des yeux pour placer son attention sur la mine enjouée de son compère soit quelque chose totalement étranger à son caractère si rigoureux habituel. Ce dernier le regarda du coin de l'œil depuis le sofa, un stylo à la bouche.
« Tu veux faire une pause Hunter ? Murmura-t-il en coinçant cette tige de plastique entre ses dents.
- … J'essaye de me concentrer... Mais je n'y arrive pas à cause de toi, souffla-t-il en agrippant son bras.
- Je suis désolé ! Je vais arrêter de mâchouiller mon stylo !
- Non, ce n'est pas ça. C'est ta présence. »
Un silence s'installa entre les deux hommes. Celui au pantalon bleu ne savait pas comment interpréter ses propos si... Froidement et étonnamment honnêtes. Il posa son coude sur son genou, sa tête sur son poing arborant une moue interrogée et surprise. Il était persuadé que Benjamin appréciait sa compagnie, comme avant. Pourquoi un rejet si soudain de sa personne ?
Les oreilles d'Hunter virèrent doucement au rouge. Une teinte guère vive mais à la subtilité suffisante pour être perceptible à la simple lumière de sa lampe. A cette vue, Wright senti son cœur s'alourdir et ses battements devenir plus abrupts, plus rapides aussi. Une vague de chaleur, douce mais déstabilisante, parcouru l'entièreté de son corps marquant néanmoins une certaine halte sur ses pommettes. Des larmes, aussi, commençaient à lui monter aux yeux. C'en était trop. D'un coup, tout était trop.
L'avocat se leva, repoussant le canapé de ses mains pour le quitter plus rapidement. Celui-ci se précipita vers Benjamin, alors assit derrière son bureau. Il posa un genou sur ce meuble de manufacture fine et saisit la main de Benjamin, avec laquelle il tenait son stylo-plume. Dans ce même élan, il glissa son autre main sur la joue de Benjamin, si douce. Il était incapable de voir l'expression de Benjamin – et impossible pour lui de s'en souvenir aussi a posteriori –. A vrai dire, tout ce qu'il savait c'est que Benjamin ne l'avait repoussé lorsqu'il écrasa doucement malgré la hâte ses lèvres contre celles de Benjamin.
Wright n'eut pas de réponse à ce baiser, mais il n'avait pas été rejeté non plus. C'est même Hunter qui le rompit, bafouillant :
« W-Wright !... Reprends-toi ! »
Le procureur, habituellement froid et impassible, était profondément troublé. Un frisson particulièrement piquant parcourut toute son dos.
Wright était un homme. Wright était son rival – qui a d'ailleurs brisé son record parfait –. Wright était son ami, celui qui l'avait enfin aidé à en finir avec les rumeurs incessantes à son sujet. Wright... Wright... Mais ses lèvres gercées, mordues, sèches et rêches... Wright lui tournait en effet la tête. Et lui, il l'avait bien compris.
« Benjamin... Je sais que... Enfin, je t'ai cherché et je t'ai attendu...
- J'ai cru comprendre, coupa-t-il froidement. Assez ironique que ce soit avec toi que je me laisse aller à ce genre de choses, Wright.
- Décidément, tu pourrais au moins faire preuve de tendresse... »
Les deux hommes se réembrassèrent affectueusement. Benjamin relâcha son stylo. Phoenix dégagea ses mèches grisées derrière son oreille. Timidement, leurs langues entrèrent en contact, curieuses et amoureuses, Wright essayant de guider celui qui venait d'avouer sa faiblesse, veillant à ce que leurs dents ne s'entrechoquent pas. Benjamin le repoussa doucement et saisit son téléphone, envoyant un message rapide au service de sécurité signifiant qu'on ne le dérange pas jusqu'à nouvel ordre. L'autre en profita pour descendre du bureau et passer du côté opposé pour tirer de son siège celui avec qui il était prêt à s'abandonner un instant. Il le guida, le poussant à s'asseoir sur ce même bureau. Tous deux reprirent leur baiser, tout en s'étreignant avec passion et maladresse.
Le silence de la pièce n'était perturbé que par leurs respirations, plus prononcées mais certes douces de ces deux compagnons. Chacun, du bout des doigts, pouvait ressentir la chaleur qui émanait du corps de son partenaire, les tensions et les relâchements de ses muscles. Ces mains curieuses tâtaient ce nouveau corps, cherchant à deviner à quoi ressemblait ce qui se cachait sous ces costumes.
Phoenix commença à déboutonner le veston d'Hunter. Par mimétisme – et amateurisme –, ce dernier tira doucement sur la cravate rosée qui se présentait à lui pour la défaire. Wright continua avec sa chemise, esquissant un sourire doux en recouvrant la joue de Benjamin de tendres baisers. Celui-ci retira son jabotant, sentant qu'il ne pouvait plus vraiment faire marche arrière maintenant : c'est avant tout lui qui avait créé cette ouverture. Il n'était pas à l'aise, loin de là, mais il se persuada que cette intimité était une chose normale que font des personnes attirées l'une par l'autre, des gens qui s'aiment de surcroît. Hunter se vit interrompre dans ses pensée lorsqu'une main, chaude et moite, le poussa sur le dos. Cette main redescendit le long de son ventre, s'attardant sur les muscles saillants qui se soulevaient en rythme avec sa respiration, pour aller se placer sous sa cuisse. Son autre jambe était elle aussi maintenue par cet homme séduisant. Son regard, pour le peu qu'il osait le croiser, ressemblé au ciel de la nuit : des étoiles y brillaient, le reflet de la lumière de travail formait un astre intense... Wright poussa ainsi le bassin de son bien-aimé sur le bureau et se glissa entre ses jambe pour revenir l'embrasser, passant ses mains sur ses hanches.
Hunter hésita puis replia une de ses jambes et posa doucement un de ses pieds sur le bureau pour se sentir plus à l'aise. Phoenix ôta sa veste, trop inconfortable maintenant. Il dévora l'homme qui se tenait son lui : son corps sculpté, aux lignes masculines mais rondes à la fois, sa peau douce, impeccable et pâle ans laquelle il parvenait à distinguer ce qui l'animait.
« Benjamin, je vais enlever tes chaussures... Je ne veux pas que tu salisses ton bureau... »
L'intéressé, légèrement débordé par la situation, se contenta d'acquiescer en hochant la tête. Wright le déchaussa doucement et posa ses souliers au sol. Il se redressa et se mit à déposer des baisers partout sur le corps de son amant s'attardant d'abord sur son cou, sa clavicule, son buste aussi. Il respirait sa peau, cette sensuelle odeur d'eau de Cologne mélangée à la sueur, une fragrance qui lui faisait perdre la tête, qui lui donnait cette envie de s'emparer d'Hunter.
Son esprit s'embrumait.
Sa tête tournait, tout comme son cœur chavirait à chaque battement.
Ça, et le sang qui parcourait son corps, le faisant transpirer.
Il ne voyait plus que Benjamin, le monde n'étant plus que lui.
Il se souviendra toujours du bruit des pantalons et des ceintures qui se défaisaient ce soir-là le frottement sourds des fibres et le claquement perçant du métal qui heurte le sol comme leurs corps ne formaient qu'un en ce lieu, en ce moment.
Phoenix se réveilla soudainement. Pas de bureau. Encore moins d'Hunter. Seul le mur pour l'accueillir à cette sortie précipitée de ce rêve. Il soupira et roula sur le dos, posant son avant-bras sur ses yeux et respirant par la bouche quelques instants.
Cela faisait une semaine maintenant que cette scène passait et repassait dans son sommeil. Une semaine qu'elle se jouait et se rejouait une semaine qu'il la vivait et la revivait. Cette nuit où ils s'étaient signifié leur amour réciproque, le premier pas réalisé par Benjamin inespéré et improbable compte tenu du caractère du jeune procureur de l'époque... Tellement déroutant et singulier que Phoenix n'avait pu se résoudre de se limiter à quelques mots et un baiser. Oui, cela faisait bien une semaine maintenant depuis qu'ils s'étaient revus à l'initiative d'Hunter que ce souvenir lui revenait. La première fois, il trouvait ce rêve assez risible et stupide, insignifiant. Au bout de la septième fois, c'était devenu pénible, le mettant de mauvaise humeur et mal à l'aise pour le reste de la journée. Fondre en larmes avait déjà été humiliant. Pouvait-il ne pas tout simplement le laissé tranquille ? Rien ne pouvait déloger Wright de ces sensations et bribes insupportables, Vérité étant encore une fois en tournée. Encore une fois, évidemment qu'il était ravi de cette nouvelle opportunité pour sa fille, mais une énième fois égoïstement triste de devoir affronter le quotidien seul.
En repensant à Benjamin, c'était aussi en raison de la fraîche adoption de Vérité que Phoenix avait décidé de mettre fin à leur relation, unilatéralement. Il s'en souvenait comme si c'était hier d'ailleurs : au téléphone, les deux hommes à plus de mille kilomètres l'un de l'autre :
« Je n'ai plus le temps, ni l'énergie de rester en couple. Je ne vois pas quel avenir on a tous les deux. Désolé, mais je préfère qu'on s'arrête là Benjamin. » Il avait raccroché immédiatement.
Ça suffit, il fallait arrêter de ressasser ça. Phoenix se leva, avec difficulté, son corps le tirait. Il ne se lava pas. Il ne se changea pas non plus – retirant peut-être encore quelques grammes au poids qu'il avait déjà perdu –. Au lieu de ça, il retira du buffet sa boisson préférée : son « jus de raisin » comme il l'appelait. C'est ainsi que ce qu'il restait de l'homme passa sa journée : affalé dans le canapé, profondément vide, attendant que le temps passe et buvant plusieurs gorgées de cet enivrant breuvage, à la fois charmant, délicieux et ensorceleur - réconfortant aussi de par la chaleur que l'alcool procurait –. A la fin de la matinée, Wright venait de finir une bouteille. Quelques heures après, il avait soif, de nouveau : il alla en chercher une seconde, qu'il écoula lentement tout le long de l'après-midi entre deux siestes ou longs soupirs. Cela ne rimait tellement à rien que le pianiste raté lui même ne remettait plus en question la situation et son évolution.
Vingt heures vingt-quatre étaient affichées sur l'horloge, les lumières rouges du réveil contrastant avec les ténèbres ambiantes.
Vingt heures vingt-quatre étaient affichées sur son téléphone. Le procureur Hunter venait exceptionnellement de quitter son bureau plus tôt. Une nouvelle journée bien remplie, mais il devait maintenant s'atteler à autre chose : s'occuper de Phoenix. Cela faisait une bonne semaine maintenant qu'ils s'étaient revus. Un goût amer y était encore associé : une ambiance grave, froide, des tensions... Ces souvenirs désagréables l'occupèrent sur la route pour se rendre chez Wright, persuadé que ce serait plus simple qu'un simple appel. Il devait savoir si l'ancien avocat était prêt à remettre le pied à l'étrier pour l'aider à sauver la justice et redorer l'image de toutes les personnes qui en ont fait leur vocation. Et puis, quelque chose au fond de lui le poussait inexorablement à le retrouver une mauvaise impression lui pesait sur l'estomac et habitait Benjamin tout le long du trajet entre le bureau du procureur et l'appartement de Wright. Etonnamment, cela avait même fini par supplanter ses craintes d'être suivi en voiture.
Hunter se gara devant l'immeuble où se situait l'Agence à Tout Faire Wright. Ce dernier quitta le véhicule et se dirigea vers l'entrée. Celui-ci soupira en souriant lorsqu'il constata que la porte n'avait toujours pas été réparée, et que n'importe qui pouvait rentrer sans le code : quel manque flagrant de sécurité, inconcevable dans le monde de Benjamin Hunter. Il monta les escaliers raides à la peinture légèrement défraîchie et se présenta devant cette porta laquelle il était tant de fois passé depuis près d'une dizaine d'années maintenant. L'homme ferma les yeux un instant et pris une bonne inspiration pour chasser la tension qui l'habitait, puis il toqua.
Pas de réponse. Peut-être que Wright regardait la télévision ou écoutait de la musique avec un casque. Il se contenta de frapper plus fort.
Les percussions contre la porte parvinrent enfin aux oreilles de la masse amorphe étalée dans le canapé difforme. Son corps lui faisait mal. Ouvrir les yeux était pénible aussi. Il posa sa main sur ses yeux pour apaiser la brûlure causée par la lumière des lampadaires qui éclairaient la rue.
« Qui est-ce ? Cria Phoenix.
- C'est moi Wright, Hunter. Je passais par-là et je me suis dit qu'on pourrait reparler de tu sais quoi.
- Merde... pesta-t-il. Entre ! C-C'est ouvert ! ... »
Invité, Hunter entra. L'odeur qui flottait dans la pièce le frappa immédiatement : cela sentait le renfermé, la sueur aussi... L'alcool surtout. Ce mélange nauséabond le fit tressaillir.
Personne n'était venu l'accueillir non plus. Il ôta ses lunettes et son regard se balada nerveusement dans l'ensemble de ce qu'Hunter pensait être une agence : des cartons pleins à craquer, des vêtements qui jonchaient le sol, des restes qui traînaient encore... La présence d'instruments de magie et de bibelots colorés impeccables dénotait au milieu du désordre et de la détresse qui régnaient en ces lieux. Oui, la détresse : une silhouette terrifiante se trouvait sur le sofa...
Benjamin ferma la porte et lâcha son sac, se précipitant vers ce qu'ils restait de Phoenix. Il crut le pire avec la cumulation de toutes ces informations. Immédiatement, il se pencha au-dessus de son visage, posant nerveusement ses mains sur lui, agrippant ses vêtements. Wright lui avait caché tout ça ? Pourquoi n'avait-il pas insisté pour prendre des nouvelles de lui ? Un profond sentiment de culpabilité s'empara de son corps, des sueurs froides commençaient à parcourir son dos et son front, son cœur fut pris pincement lancinant.
« Wright, tu en as bu combien ?!...
- Calme-toi… C'est que du jus de raisin… Il se contenta de sourire, quand bien même c'était pénible. Il garda sa main sur ses yeux pour ne pas avoir à affronter son regard.
- Il va falloir que tu me dises tout maintenant !
- Je n'ai rien à te dire, objecta l'ancien avocat faiblement. Une sensation de brûlure remontait dans sa poitrine.
- S'il y a bien une chose que je ne veux pas revivre, c'est perdre une autre personne qui m'est chère ! Alors arrête de me balader !
- Je t'ai dit que ça allait !... Cria Phoenix entre deux grandes respirations, luttant contre cet acide et la honte qui serraient sa gorge.
- Tu vas arrêter de me prendre pour un imbécile ! »
Miles saisit ses deux poignets pour enfin atteindre son regard. La situation était beaucoup trop grave pour que Wright continue à se cacher. Il rencontra, à sa plus grande surprise, un visage pâle, presque malade.
Phoenix se pencha soudainement vers le bord du sofa et vomit la brûlure était vraiment devenue insupportable. Dans son élan, il avait repoussé Benjamin en arrière pour éviter de l'éclabousser.
A la couleur, relativement verdâtre et transparente, il était très clair que l'homme ivre n'avait rien mangé de la journée. L'autre se rendit dans la cuisine et prit le rouleau d'essuie-tout pour essuyer la flaque encore chaude et visqueuse répandue sur le sol, puis jeta aussitôt les feuilles imbibées. Hunter prit une grande inspiration mis sens sensations personnelles de côté, et le tira du canapé, le soutenant sous l'épaule. Ils se dirigèrent, lentement, vers la salle de bain. Benjamin assit Wright dans la douche avant de retirer ses chaussures ainsi que sa veste, de remonter les manches de sa chemise. Calmement et soigneusement, il s'attacha à le déshabiller : Phoenix avait besoin de lui, et il sera toujours là pour l'aider, peu importe la situation ou les circonstances. Toujours. C'était une promesse et engagement que s'est imposé de lui-même le procureur.
Il était impossible de savoir si Wright se laissait faire par manque de force ou aveu de faiblesse (ou les deux), mais il ne rendit pas la tâche plus difficile en se débattant ou en râlant. Quand Benjamin commençait à soulever son t-shirt, il leva les bras doucement. Quand il commençait à lui retirer son pantalon, il soulevait son bassin et ses jambes dans la mesure de ses capacités. Idem pour son caleçon. Une fois qu'il était nu, ce soutien de toujours qu'est Hunter alluma l'eau, veillant à ce qu'elle chauffe suffisamment en la faisant couler sur sa main la refroidissant au besoin. Encore une fois, Phoenix se pencha sur le côté et fut pris d'un nouveau renvoi. Benjamin ne pouvait que lui montrer de la tendresse, le caressant entre les deux omoplates veillant à faire écouler la bile en direction de la grille de la douche. Avec précaution, il passa ensuite l'eau sur ses épaules, faisant attention que la pression ne soit pas trop forte : son corps devait être déjà suffisamment douloureux, il ne fallait surtout pas agresser ces muscles déjà courbaturés.
« La température te convient, Wright ? Demanda le procureur avec une voix calme et bienveillante.
- Hm-mh…
- Fais-moi signe si ça ne va pas. »
En lavant Phoenix, Hunter se rendit compte véritablement à quel point celui-ci avait changé physiquement ces dernières années. Cet homme avec qui il avait pourtant échangé tant de moments de complicité et d'intimité. Ce corps qu'il avait vu, senti, touché et caressé tant de fois. Ce n'était plus le même, il ne le connaissait guère. A chaque parcelle de peau sur laquelle il s'attardait avec le savon, Benjamin était surpris d'y sentir des os – qui semblaient presque si fragiles par endroit –, une peau rêche et plus blême que dans ses souvenirs du fait du manque de sorties, des cheveux quelque peu emmêlés et qu'il sentait sales depuis quelques jours, une certaine rigidité se manifestant sous sa main. Qui était cet homme, vraiment. Quelle était cette chose qui s'était laissée en partie dépérir.
Personne ne parlait, seule l'eau qui s'écoulait et les respirations lourdes de Phoenix résonnaient dans la pièce, et probablement dans tout l'appartement. Et puis, il n'y avait vraiment rien à dire. Les faits exprimaient une partie de la vérité qui avait été dissimulée si longtemps. Hunter mit fin à ce silence :
« Tu n'as pas mangé aujourd'hui ?
- Non, je n'avais pas faim…
- Je vois. Je vais commander à manger une fois que j'ai fini, ça te fera du bien. »
L'homme nu se regarda. Un rire nerveux se faufila d'entre ses lèvres :
« Je ne voulais pas que tu me voies, Benjamin… Encore moins comme ça, c'est humiliant.
- Je sais. J'ai compris. »
Hunter coupa l'eau et prit une serviette, commençant à tamponner sa peau délicatement pour ne pas l'abîmer, elle qui avait déjà tant souffert de la négligence, de l'injustice et des remords. Le procureur était surpris que Wright l'ai appelé par son prénom, comme il le faisait auparavant mais ce n'était pas le moment de s'intéresser à ça. Il prit de nouveau Wright sous son épaule et l'emmena dans la chambre, l'aidant à s'asseoir doucement sur le bout du lit. Connaissant déjà cette pièce, Hunter ne peina nullement à trouver dans son placard un caleçon et un simple t-shirt. Ce dernier revint avec ces vêtements, mais des mains longues et fines se posèrent avec prudence dessus :
« Laisse Benjamin, je peux m'habiller. Ne va pas te faire mal. »
C'est ce qu'il fit – non sans difficulté et lenteur –. Une fois qu'il avait quitté son plus simple apparat, l'autre reprit la serviette qu'il avait alors déposée et s'installa derrière lui, sur le lit. Ce drap doux et spongieux fut posé délicatement sur les cheveux bruns perlant qui se trouvaient maintenant devant lui. Hunter frotta doucement ces fibres pour les sécher. Il ne reçut pas d'objection. Benjamin sentait d'ailleurs que Wright avait fait tomber sa garde, ou même déposé les armes. Il en profita, ne souhaitant pas manquer l'opportunité :
« Raconte-moi tout. Tout ce qu'il s'est passé depuis notre rupture. J'ai l'impression d'avoir raté beaucoup de choses, lança-t-il sur un ton avenant.
- J'ai perdu mon badge. J'ai adopté Trucy, une petite fille qui n'avait plus personne pour s'occuper d'elle. Je t'ai largué. Tu es parti à l'étranger. J'ai commencé à travailler au Bortsch Club en tant que pianiste comme tu le sais. Au poker aussi avec les clients. Et puis Vérité est parfois pas là, alors j'attends que ça passe en buvant un peu. Je l'aime fort. Puis je supporte pas te voir, je culpabilise trop. » Déblattera Phoenix en comptant sur ses doigts.
Ce dernier arrêta son récit là. Malgré l'absence de forme, Benjamin le sentait plus détendu : il avait senti un soupçon de vitalité apparaître dans ses veines quand il avait évoqué sa fille. Néanmoins, le procureur resta tout de même surpris d'apprendre ainsi que Wright avait un enfant. Comment n'en avait-il jamais entendu parler ? Surtout qu'ils s'étaient revus quelques fois en cinq ans !
« Pourquoi tu ne m'as pas dit plus tôt que tu avais adopté ? Même si j'étais occupé, j'aurai pu venir t'aider. Je sais que ça peut être dur d'être parent célibataire…
- Benjamin, je sais que tu n'aimes pas les enfants. J'ai fait un choix et je le regrette pas.
- Je sais, tu me l'as déjà dit. Je vais commander, je reviens » termina-t-il en se levant.
Hunter posa la serviette sur la chaise déjà recouverte de vêtements puis sorti son téléphone de sa poche. Il quitta la pièce et passa un coup de fil sur le palier, laissant Phoenix seul sur le lit, dans cette pièce éclairée par les lumières de la ville.
Que venait-il de se passer ? Celui dont le souvenir lui pourrissait ses nuits et ses journées venait de s'occuper de lui, comme aucune animosité, aucune rancune même n'existait entre eux. Comme s'ils ne s'étaient pas quittés brouillés la semaine précédente. Comme s'ils étaient tout simplement amis.
Dans ses souvenirs, Benjamin était d'un caractère plus rancunier, surtout lorsque quelqu'un faisait preuve de mauvaise foi ou de méchanceté – surtout quand il faisait des efforts –. Le bourreau de sa complaisance lâche venait de mettre fin à son autoflagellation. Un poids quitta son corps sous la forme d'une expiration qui n'avait demandé qu'à sortir de cette prison nommée poitrine depuis cinq ans.
