Salut! Voici un texte qui pour le moment est assimilé à un OS mais dont peut-être je ferais une suite.
Il s'agit en tout cas d'une sorte de songfic je suppose puisque pour l'écrire je me suis inspirée de la chanson Edge of Dawn de Fire Emblem. A chacun son interprétation et bien que la majorité soit sûrement d'accord pour dire que ce chant nous parle d'Edelgard von Hresvelg, pour ma part je vais plus loin en pensant que c'est elle-même qui la chante.
Quoiqu'il en soit, si suite il y aura, elle prendra place à un autre moment de son histoire tout en y entremêlant comme ici la suite des paroles de cette chanson.
La traduction des paroles anglaise est ma propre traduction, soyez indulgents si ce n'est pas tout à fait la version que vous connaissez. Le sens reste sensiblement le même de toute façon je pense.
Fire Emblem, ses personnages et son univers ne m'appartiennent pas mais son la propriété d'Intelligent Systems.
Bonne lecture et bonne écoute si le cœur vous en dit de mettre en même temps le morceau concerné par ce texte!
Attrape ma main,
Je m'envolerai dans l'aurore.
Oh j'aimerais rester…
Le jour se lève à peine mais cela fait déjà des heures que je suis éveillée. Ai-je même seulement dormi ? Avec mes cauchemars pour seule compagnie, rares sont les fois où je peux me reposer durant toute une nuit.
Sortant de ma chambre, je quitte silencieusement les dortoirs alors que tous mes camarades dorment encore à poings fermés. La fraicheur matinale, presque toujours nocturne puisque l'astre solaire n'a pas passé la chaîne de montagnes pour nous éclairer de ses rayons, me saisit à peine mets-je un pied dehors. J'observe un bref instant ma respiration se muer en une buée blanche qui se dissipe à peine mon souffle s'est-il envolé dans l'air. Les cours ne commenceront pas avant plusieurs heures, de même que ma solitude ne se verra pas brisée par quiconque avant un certain temps également.
Profitant d'être seule à déambuler dans le secret de l'aube pas tout fait levée, je me dirige vers le lieu le plus élevé de ce fort abritant l'Académie des Officiers. Même la Cathédrale semble encore déserte car je ne vois nul fidèle venu prier en ce tout début de matinée. Encore quelques pas et elle apparaît enfin devant moi. Immense et toujours plongée dans les ténèbres de la nuit qui se retire paresseusement, la silhouette sombre de la Tour de la Déesse s'élève de toute sa hauteur distinguée.
Je sais ne rencontrer personne en ces lieux même si parfois j'y croise, volontairement ou non, notre cher Professeur qui s'y égare aussi de temps en temps. Non, si je suis ici en cet instant précis c'est pour profiter du spectacle du soleil levant achevant d'escalader les flancs rocailleux des montagnes d'Oghma pour enfin nous dispenser sa lumière et sa chaleur. Ce paysage, cet instant, mon cœur s'accélère à la pensée que cette magnifique image, j'en serais très prochainement privée. Ou tout du moins ne pourrais-je plus l'admirer avec autant d'insouciance qu'aujourd'hui.
Insouciance, je ne sais même plus ce que mot signifie vraiment. Si tant est que je l'ai un jour su, je l'ai depuis bien longtemps oublié. Bientôt, ce mot me sera de toute façon irrémédiablement inaccessible, presque interdit en sachant ce que je m'apprête à faire. Et ce spectacle, ces lieux, bientôt je les quitterais pour peut-être ne plus jamais y revenir. Cela ne m'avait jamais posé problème, ma décision était prise. Elle l'est toujours et je n'en changerais pas, jamais. Ce qui a changé c'est moi. Cet endroit, je voudrais pouvoir y rester. Près d'elle en particulier, je souhaiterais pouvoir à ses côtés demeurer…
L'aube nouvelle enfin illumine mon visage tandis que je ferme les yeux, rêvant de pouvoir m'envoler. Qui alors me rattraperait ? Je serais libre…
Dans ces couloirs chéris,
Dans ces jours de paix,
Je crains la pointe de l'aube sachant que le temps me trahit.
Redescendant de la Tour, je passe dans les jardins fleuris. L'odeur des fleurs colorées éclosant à peine dans la jeunesse du matin danse dans l'air frais, m'apportant leurs effluves douces et éthérées. Ce paisible endroit, où nombre d'étudiants viennent pour se rencontrer, se relaxer et peut-être à l'occasion partager un moment privilégié autour d'une tasse de thé… Qu'en restera-t-il après ce fatidique moment ? Existera-t-il encore alors que j'aurais embrasé le pays tout entier ? Des images, rêveries éveillées tenant plus du cauchemar venu me poursuivre dans la réalité, se superposent à celle de ce clos floral encore préservé pour un peu de temps.
Secouant légèrement la tête pour effacer de ma rétine ce triste tableau futur, je poursuis mon chemin. Les couloirs se succèdent et je m'attarde à les observer comme si c'était la première fois que je les arpentais. Il n'en est rien, je ne compte plus le nombre de fois où j'y passe pour me rendre d'un lieu à un autre du monastère mais aujourd'hui je les détaille différemment. Ces allées, ces halls, ces corridors et autres couloirs chéris qui auront enveloppé les chemins de mes études durant mon précieux temps ici. Ce n'est rien d'autre que des pierres taillées et assemblées pour former cet édifice qu'est Garreg Mach et pourtant, ils revêtent à mes yeux bien plus désormais.
Ce lieu de culte de la Déesse à laquelle je refuse toute soumission et dont je désire défaire l'emprise sur le pays de Fodlan, je constate pourtant avec étonnement que je m'y suis attachée depuis que j'y réside. Avec plus de force encore d'ailleurs en sachant que le temps, avançant inexorablement, est prompt à bientôt me trahir… Cette aube que j'observais il y a peu, je redoute à présent que se lève la pointe de la prochaine qui signera la fin de ces jours de paix.
De douces lumières passent à travers les vitraux
De cet endroit bien-aimé.
L'argent brille, le monde dîne
Un sourire sur chaque visage.
Enfin les premiers à se lever me rejoignent, le ballet familier des fidèles allant prier avant le début de la journée se mettant en marche. La Cathédrale, je ne m'y rends que très rarement si ce n'est presque jamais. Uniquement lors des grandes fêtes et des quelques récitals auxquels je suis tenue par mon statut de déléguée d'assister. Cependant je dois bien avouer que le peu de fois où je m'y suis trouvée je ne nierais pas la beauté de l'endroit.
Les reflets lumineux réfractés dansant d'un vitrail à l'autre en accrochant les couleurs chatoyantes dont leur verre est teinté est absolument magnifique à observer. Même cela me manquera certainement alors que chaque fois j'imagine ces vitraux brisés en mille en morceaux étoilés et peut-être même la voûte de la construction toute entière s'effondrer.
Ignorant ces dévots continuant leur procession je me dirige vers le réfectoire où est servit le petit déjeuné. Je croise sur mon chemin quelques uns des élèves les plus lève-tôt qui suivent dans leur demi-sommeil les retenant encore un peu les délicieuses odeurs s'échappant de la salle à manger. Je peux voir des chevaliers de l'Ordre de Seiros ayant déjà terminé de se restaurer et prêt à partir pour accomplir la mission qui leur a éventuellement été confiée. Je me sers quelques denrées pour m'alimenter et m'attable, seule pour le moment.
Je songe un instant à Hubert qui me cherchera certainement dès son réveil. A moins qu'il ne soit déjà en train de discrètement veiller sur moi de loin, c'est une possibilité. Il sait que bien que j'apprécie sa dévotion et sa volonté de me protéger du moindre danger qui pourrait me guetter, j'ai tout de même parfois besoin d'un peu d'espace pour respirer. Tant de choses m'enchaînent déjà sans que je n'en rajoute qui soient inutiles car entre ces murs, pour le moment, je ne risque aucun péril.
La salle s'est remplie durant mes réflexions intérieures et résonne à présent des voix et même des rires de mes camarades étudiants. Lèvres étirées et la joie inscrite sur les visages, l'argent de leurs couverts s'agitant brille tandis que la vie s'anime autour de moi. Spectatrice silencieuse, je les regarde déjeuner comme si le monde ne risquait pas dans un avenir proche de radicalement changer. Comme j'envie leur ignorance et les sourires qui fleurissent si aisément sur leurs faciès quand chez moi cela doit être aussi rare tout au contraire. Mes camarades, pour certains même mes amis, tous ensemble réunis dans ce lieu tant aimé abritant nos jeunes années. Quelle tristesse que tout cela ne puisse pourtant durer…
Comme la joie qui nous entoure, le confort abonde
Et je peux me sentir me libérer
Pour juste un moment perdu dans le temps
Je suis enfin moi
—Edie ! Tu es bien matinale aujourd'hui !
Cette voix pleine d'énergie si tôt qui m'interpelle, l'une de mes camarades haute en couleur qui me rejoint à table.
—Bonjour Dorothea.
—Oh, laisse-moi deviner, je t'interromps encore dans tes pensées ?
—Pardonne-moi, tu dois croire que je ne fais que cela.
—Avec de telles responsabilités c'est sans doute tout à fait normal. Mais prend garde, tes jolis sourcils sont encore froncés et menacent de te laisser des rides !
Un mince sourire étire mes lèvres au souvenir d'une conversation similaire que nous avons déjà menée. Seule roturière parmi les Aigles de Jais, la chanteuse a pourtant su parfaitement s'intégrer et même se lier avec tout le monde, moi y compris. Sa fraicheur et son enthousiasme redonneraient le sourire à n'importe qui si elle parvient même sur mon visage à le faire esquisser. Enfin, tout du moins tant qu'elle ne pense pas de nouveau à vouloir chanter à ma gloire un opéra.
Parfois je me demande, si je n'étais qu'une simple élève comme les autres, comment serais-je ? Cette insouciance que je ne connais plus, que je n'ai peut-être même jamais connu, l'expérimenterais-je alors ? Une telle chose me parait impossible à imaginer tant je suis depuis mon plus jeune âge déjà enchâssée dans l'engrenage qui n'a de cesse de me voler mon temps et mon existence.
Voilà qui serait étrange de me sentir enfin libérée de tout ceci. Ici, en tant que simple étudiante, je participerais aussi à cette joie qui nous entoure dans ce confort abondant de la jeunesse innocente. Ce n'est qu'une vision, une simple chimère cependant. Mais peut-être, pour un bref instant, puis-je m'abandonner à ce doux songe où je pourrais être moi pour une fois. Un moment perdu, hors du temps, à rêver de ce qu'aurait pu être ma vie…
Cependant je me cache encore
Derrière ce masque que je suis devenue.
Mon cœur noirci, écorché par les flammes,
Une force que je ne peux fuir
Quittant finalement Dorothea car j'ai fini de déjeuner, je me rends compte qu'il est encore trop tôt avant le début des cours. Je décide alors d'aller m'entrainer un peu en attendant. Sur le chemin me menant au terrain dans lequel nous venons tous parfaire notre maîtrise des armes, je croise l'un de nos professeurs. Certes, en tout cas celui que tous croient encore n'être qu'un simple enseignant pour le moment. Jeritza n'a aucun geste particulier à mon encontre lorsqu'il me voit hormis un hochement de salutation sans la moindre parole. Il porte admirablement son masque et personne ne pourrait se douter que derrière se cache en réalité le Chevalier Macabre, sombre personnage et pourtant mon allié, auréolé de mystère.
Mais qui suis-je pour lui jeter la pierre pour son déguisement qu'il arbore si aisément ? Moi-même je dissimule ma propre vérité, une autre identité. Ce masque de l'Empereur des Flammes qu'il m'arrive de porter, je ne l'ai pas choisi car il s'est imposé. Y penser me fait brièvement porter la main à ma poitrine, mon uniforme impeccablement boutonné dissimulant le plus lourd et le plus douloureux de mes secrets. Ce cœur ouvert, blessé, que des êtres infâmes n'ont pas hésité à disséquer pour mener leurs expériences atroces. Noirci, brûlé vif tant on l'a manipulé pour y implanter ce pouvoir que je n'ai jamais désiré. Les flammes m'ont déjà dévoré et me retiennent encore emprisonnée. Il est trop tard pour penser à fuir cette force que l'on a en moi gravée.
Mais il n'est pas encore temps, le monde ne doit pas savoir qui je suis vraiment. Alors, tous les jours je parais encore cachée sous ce masque que je suis devenue malgré moi. Qui de toute façon pourrait dire si je suis moi ou non ? Personne ne le sait quand tout ce qu'ils voient c'est l'image que je leur donne volontiers.
Je te regarde, comme une rose rouge
Cherchant le soleil, peu importe où cela mène
Je veux rester où la lumière habite
Pour me garder du froid que je connais si bien
Poussant les portes du terrain d'entrainement, j'ai la surprise de ne pas le trouver désert comme je m'y attendait en cette heure aurorale. Concentrée à correctement effectuer les mouvements de son épée, elle ne m'a cependant pas remarqué. Je devrais me signaler par un geste, un mot, mais je reste là sans bouger. Je la regarde, mes yeux irrémédiablement attirés par sa silhouette comme à chaque fois que suis amenée à la croiser, en classe ou ailleurs.
Le soleil commençant à monter dans le ciel n'éclaire pas encore le terrain mais déjà je vois le métal de son arme refléter la lumière des torches encore allumées pour la nuit qui voit lui succéder cette nouvelle journée. J'ai un moment d'égarement en songeant que parfois j'ai cette impression que c'est d'elle qu'émane une douce lumière qui a le don de chasser, pour un temps au moins, les ténèbres dans lesquelles je me suis enfoncée. Je suis déjà bien trop loin, perdue dans cette obscurité, pour que quiconque puisse espérer m'en délivrer. Je suis hélas condamnée à même continuer à marcher dans ces ombres qui m'engloutissent à chaque instant un peu plus.
Peu importe, car ce n'est pas le salut que je recherche, ni même le pardon pour mes actions, futures ou passées. J'ai déjà renoncé à tout cela dès l'instant où je me suis décidée à faire naitre une nouvelle ère au mépris du coût de celle-ci. Oui mais pourtant, sa lumière et sa chaleur m'attirent irrésistiblement. Me suivrait-elle si elle savait quels sont mes projets ? Ce seul doute parvient à me faire trembler alors que je désire plus que tout, je m'en rends compte à présent, qu'elle illumine ma voie et chasse cette froidure qui me saisit depuis bien trop longtemps déjà.
L'absence de mouvement me tire de mes pensées alors que c'est à mon tour d'être fixée. Ses orbes bleuet, d'ordinaire assez neutres et détachés, portent cette fois une étincelle lorsqu'ils se posent sur moi. Ce feu chaleureux qu'ils dégagent ne ressemble en rien au brasier que j'ai déjà enduré et me réchauffe bien plus du froid que je n'ai aussi que trop côtoyé. Un élan intérieur me pousse à vouloir l'approcher mais je n'en fais rien, attendant qu'elle parle en premier.
—Edelgard, cela vous dirait-il d'être ma partenaire ?
Ces mots, elle n'a même pas conscience de ce qu'ils provoquent en moi s'ils étaient prononcés dans un autre contexte. Peut-être cela se produira-t-il, peut-être combattrons-nous du même côté. En attendant je me contenterais que cela ne soit que pour un entrainement.
—Avec plaisir Professeur.
Attrape ma main…
