Résumé : Venus de mondes différents, unis par l'amitié, un groupe d'amis va suivre Olana dans une extraordinaire aventure sur les Terres du roi Thranduil. Sans s'en douter, Olana et Thranduil vont suivre le cours d'un destin et d'une passion obsessionnelle ordonnés par de mystérieuses forces célestes. De nombreuses épreuves se dresseront sur leur route tout au long d'un périple haut en couleurs. Heureusement, ils ne sont pas seuls.

La force de l'amour paraît dans la souffrance. (Pierre Corneille)

Obsession

Définition : Forte préoccupation que la volonté ne parvient pas à écarter et qui tourmente l'esprit d'une façon parfois maladive.

Chapitre Premier

Présentation.

Comme toujours, il y a un commencement.

Certains destins naissent d'un rêve.

En vivre un intensément, c'est lui donner vie.

Adossée contre le tronc d'un arbre, Olana laissait son âme vagabonder au gré de ses pensées. Elles étaient multiples et folles à la fois. Ce soir, ses amis viendraient la retrouver. Ceux qui, par delà leurs mondes et leurs vies, répondaient toujours présent.

Une véritable affection s'était tissée entre eux. Un sentiment inconnu de sa propre famille.

En avait-elle jamais posséder une ? A bien y réfléchir, cela n'avait jamais été le cas. Tout juste supportait-on sa présence dans le but de s'offrir une bonne conscience. Être un géniteur ne fait pas devenir parent pour autant. Le constat semblait bien amer pour cette jeune femme. "Lorsque vous aurez un peu plus vécu, la vie se fera peut être plus indulgente à votre égard !" lui serinaient ses gouvernantes à longueur de journée. Belle entrée dans la vie !

Peu importait pour elle la longueur d'une existence si l'intérêt de la vivre ne s'y prêtait pas.

Elle apprit le véritable sens du mot aimé lorsqu'elle fit la connaissance de ses amis. Sans la juger, leur affection l'avait enveloppé tel un manteau dont on s'emmitoufle afin de parer aux intempéries. C'était aussi cela offrir.

Pour parer à la rigueur de certains destins et s'offrir une parenthèse enchantée, ce petit groupe effectuait souvent de petits sauts de puce dans le temps et les époques. C'était un peu leurs récréations, leurs bulles d'oxygène.

Chaque fois, le procédé était le même. Une incursion de quelques heures, quelques jours pour les cas les plus intéressants, grâce aux incantations trouvées dans les vieux parchemins que Mic Mac, le lutin farceur, prenait plaisir à voler. C'était chez lui une seconde nature, c'est peu de le dire ! Il fallait que ce soit profitable et surtout amusant. La dérision, l'acharnement à mettre sens dessus dessous les lieux choisis, voilà qui les boostaient considérablement.

Il fallait de l'ambiance, du plaisir, de la joie, de la folie surtout. Et nos amis n'en manquaient pas.

Jack appelait cela, « le sas de décompression ». Autant dire que ces échappées belles étaient bien souvent une question de survie tant le besoin s'en faisait sentir.

Jusqu'à présent, aucun événement notoire ne s'était déroulé en leur défaveur. Bien au contraire, les souvenirs s'accumulaient et chacun aimait par dessus tout remettre à l'esprit de son voisin quelques anecdotes fort savoureuses.

Mais pour ce projet d'envergure, un simple parchemin n'y suffirait pas. Ils allaient devoir subtiliser le grimoire d'un magicien de renommée, fortement redouté, nommé Alachnÿ, afin de voyager dans le monde de l'heroic Fantasy.

Magicien ambitieux, véreux, vénal, un tantinet pervers à leurs yeux, le bonhomme avait du bagage ! En outre, il possédait deux dragonnets joliment nommés Romus et Romulus, prénoms tout à fait charmants pour ce mini monstre, redoutables cracheurs de feu.

Prudence est mère de sûreté. Mieux valait ne pas l'oublier lorsqu'un bon vent vous guidait aux abords de son antre. Le bougre se jouait du sentiment de crainte qu'il dégageait, et cela n'était pas pour lui déplaire.

Cette fois, cela avait été au tour d'Olana de choisir. En temps ordinaires, peu lui importait d'émettre la moindre opinion. La seule raison pour laquelle elle les suivait, était de se détourner de cette vie morne qui ne lui offrait aucune saveur, aucun bonheur, aucun soulagement...Être bien né, ne lui avait pas promis un avenir radieux.

Sa décision était prise. Ce soir, elle partirait.

Le choix de la destination avait été orienté par Jack et Gabriel, ayant insisté tous les deux, pour qu'elle lise le livre d'un grand romancier, Monsieur J.R.R Tolkien. Cet homme, aux dires de Jack, était l'auteur d'un récit captivant avec des personnages hauts en couleurs. Elle avait déjà intéressé au moins une personne, Mic Mac le lutin qui entrevoyait déjà toutes les possibilités s'offrant à lui. L'idée de revenir les poches bien garnies de pièces d'or et autres pierres précieuses avait aiguisé son sens du profit. Peu importait la manière. Au final, oui, cela pouvait être une riche idée.

Ce n'était pas le plus important pour Olana. Elle ne rêvait que d'une chose, acquérir la seule richesse qui pouvait exister en ce monde. La seule qui vaille la peine de se battre, l'amour.

Juste une parcelle, se disait-elle, juste une petite part.

Se pourrait-il que ce bien précieux soit à la portée d'une aventure ? La réponse tant souhaitée se trouverait peut être quelque part dans ce monde virtuel... ou pas !

Quitte à choisir, autant que ce soit un Roi. Un Roi elfe de la plus haute lignée dont la troublante personnalité l'attirait inexorablement.

Ce n'était pas rien tout de même ! Un roi elfe, du nom de Thranduil. Déjà le nom l'interpellait, sans doute par sa consonance. Gabriel, de par une attention des plus soutenue, avait fini par éveiller sa curiosité. N'étant jamais loin pour l'encourager à se plonger dans la lecture de ce passionnant roman, il s'était même proposé de lui faire connaître de façon plus détaillé le passé de ce roi énigmatique.

Cependant, le temps lui manqua. Le départ venait d'être programmé. Le remettre à plus tard aurait été hasardeux.

Alachnÿ, le magicien s'absentait ce soir de son antre...le moment était venu...

Il n'existait pas d'autres possibilités.

Comprenant l'urgence de la situation, elle se résolu à se ranger du côté de l'avis de Gabriel.

Dommage, se dit elle, elle avait finit par trouver à ce roi un attrait des plus irrésistible. En apprendre d'avantage aurait été pour elle un atout. C'était ainsi.

Pour quelle raison était elle tant attirée par ce personnage ? Elle même n'aurait su l'expliquer, mais dès lors, naquit dans son esprit une obsession ne lui laissant aucun répit.

Une magnifique obsession, la plus folle sans doute... rencontrer ce roi.

Le grimoire, allait lui en offrir la possibilité.

Encouragée par l'archange, elle finit par persuader ses amis de la suivre. Soudés par une amitié unique, ils acceptèrent.

Pour une fois, elle aussi aurait sa part du rêve.

Gabriel était satisfait. Cette jeune femme, il la portait littéralement depuis sa venue au monde tant il était déterminé à la voir enfin heureuse. Certains chemins sont destinés à être emprunter par les plus audacieux. Pour ce faire, il suffit parfois d'une parole. La voix de l'ange serait son guide.

Ses amis venaient de différentes époques, de différents mondes. C'était ainsi. Leurs univers s'entrecroisaient sans que cela ne les surprenne. Mondes réels et irréels... modernes, imaginaires, contes de fée où historiques. Ce mélange des genres apportait la touche de folie nécessaire à ces rêves. Et il en fallait !

Leurs destinées s'enchevêtraient tel un véritable écheveau. Le démêler était hors de question. Tant que ces rêves étaient à leurs portées, pourquoi en chercher une quelconque signification ?

De temps à autre, ils se réunissaient à l'auberge "Le puits sans fond" autour d'un bon repas pour préparer leur prochaine aventure. Puisque leur Monde le leur permettait par l'entremise de la magie, pourquoi s'en priver ? Ils se fabriquaient ainsi de fabuleux souvenirs qu'ils se remémoraient les froides nuits d'hiver.

Aussi unis que différents, cette joyeuse bande d'amis se composait de plusieurs personnes.

La première se nommait Opéca. Jeune femme brune aux yeux bleus, elle vivait de ses charmes en travaillant pour Rose à l'auberge du "Puits sans fond". Un caractère explosif dans un corps de diablesse ! Mais cette diablesse "aux pieds nus" n'avait qu'une clientèle constituée de pauvres bougres, pêcheurs ou autres fermiers. Heureusement, de temps à autre quelques beaux chevaliers venaient s'encanailler. Ces soirs là, c'était pour elle la fête à tous les étages.

Venait ensuite Chaperon Rose, la cousine du Chaperon rouge qui n'avait rien à voir avec la fillette du conte de Charles Perrault. Bien au contraire, la gourgandine délurée aimait claironner haut et fort, qu'elle travaillait en free lance et que cela lui convenait très bien. Selon ses dires, ne pas avoir de comptes à rendre à "tout individu qui en portent une paire", la comblait d'aise. Blonde, pulpeuse à souhait avec des attributs féminins fortement attractifs, la belle ne laissait aucun mâle indifférent. Elle possédait un appétit des plus féroces et s'était construit une solide réputation. La drôlesse ne pratiquait jamais son art sans exiger en retour moult récompenses sonnantes et trébuchantes. Ses compétences avaient même dépassé certaines frontières, c'est dire si la belle avait su y trouver son compte !

Aliénor, guerrière aguerrie, princesse bannie de son royaume suite à un coup d'état, tentait vainement de retrouver sa place d'héritière à la couronne.

Ecartée du pouvoir par le terrible Kundrard, ancien lieutenant de l'armée régulière, ce vif félon avait profité de l'absence de la souveraine, sa mère, pour rallier à lui divers Seigneurs avides de richesses et de gloire.

Dépossédée de son titre, de ses terres, de ses richesses, jugée coupable, Aliénor dû subir la sentence réservée aux femmes accusées de haute trahison : la stérilisation. Ainsi se voyait elle refusé un droit de descendance. Terrible sentence, pour une héritière dont la vaillance et le courage n'étaient pas de vains mots.

Son physique n'avait rien à envier à Chaperon Rose. Très grande, blonde, doté d'un magnifique regard vert d'eau, terriblement efficace, elle n'était jamais de trop pour sortir ses amis d'un mauvais pas.

Jack ! Mercenaire sans foi ni loi, ayant une bonne fois pour toute décidé de vivre en marge de la société. Ce grand gaillard brun, aux yeux bleus, au franc sourire et à la musculature impressionnante, s'adaptait à toutes situations. Elevé par un père alcoolique, dont la seule valeur pédagogique était de le frapper, le petit garçon attendait son heure pour fuir, grandissant à l'ombre de sa haine.

Sa mère tentait au mieux de s'interposer face à la folie de son mari. Mais un soir, n'y parvenant plus, elle mourut sous les coups. Une rage indescriptible s'empara du jeune homme. Le moment était venu de rendre la sentence.

Sans une once de regret, il assassina son père. Profondément marqué, son acte le força à prendre différents chemins de traverse. Ses amis lui apportèrent un semblant de sérénité. C'était aléatoire, mais pour l'instant, cela lui suffisait.

Aussi indispensable que protecteur, l'archange Gabriel prenait part à chacune de leurs escapades, le but étant de rassembler les brebis égarées et ramener tout ce joli petit monde dans le droit chemin. Sans doute cherchait-il à les épargner des foudres de son ennemi juré, Satan "Celui qui s'oppose". Ce dernier les observait toujours à distance, avec la plus grande attention. Il était comme le cheveu sur la soupe, le gravillon dans la chaussure, bref l'empêcheur de tourner en rond.

C'est qu'il en mettait de l'ardeur pour les contrer. En fait, il adorait cela.

Gabriel sortait alors de ses gonds offrant le plus souvent un spectacle réjouissant pour le Malin, satisfait de sa petite panique ! C'est que le Diable était taquin !

L'archange était d'une surprenante beauté. Grand, filiforme, un teint diaphane à faire pâlir d'envie la lune elle même. A l'apogée de sa splendeur, il faisait fantasmer Opéca et Chaperon Rose qui ne trouvaient rien de mieux que de le soumettre continuellement au péché de la tentation. Ce dernier fort de sa sagesse et de sa détermination, avait toujours su résister d'autant que l'atout essentiel de sa séduction provenait de sa chevelure blonde. Ah les cheveux de l'ange !

A longueur de temps, il s'évertuait à les scinder en deux parties parfaitement égales. Une véritable obsession. Nul n'en connaissait la raison. Beaucoup cherchaient, c'était même devenu un enjeu de paris entre eux, mais personne n'avait encore trouvé. Percer le mystère de l'ange... plus d'un en rêvaient !

Amélie, c'était un peu la part de maternité dans ce chaos infernal. Toute en largeur et fière de l'être, cette bonne femme aussi sensée que timbrée, avait deux passions. Ses filles, comme elle se plaisait à le dire, et la viande de poulet. Elle se serait damnée pour une bonne volaille rôtie à souhait. Cette odeur la faisait grimper au paradis. Comme elle aimait à le dire haut et fort, elle avait ben roulé sa bosse avec c'qui lui servait d'croupion et qu'c'est t'y qu'le premier qui s'ferait fort d'la juger, ben il était pas encore né le saloupiau ! Voilà qui était bien dit, inutile d'y revenir !

Il fallait également dans cette histoire un lutin. Mais pas n'importe lequel ! Le notre se nommait Mic Mac. Ce nom faisait référence aux nombreux coups tordus et autres larcins dont ce petit vaurien raffolait. Passé maître dans l'art du vol et du mensonge, rien ne lui semblait plus attrayant que de s'approprier des valeurs de la façon la plus malhonnête qui soit.

Tignasse hirsutes, cachée sous un bonnet rouge, gros yeux fouineurs très expressif, le gnome se vantait d'être le meilleur dans son domaine, ce qui n'était pas peu dire.

Prince Charmant, celui des contes de fées débiles, gentil prince blond romantique à souhait, apportait une touche de glamour. Ce dernier portait sur ses épaules tous les péchés du monde. C'était un cabotin superficiel, imbu de sa précieuse personne, joueur invétéré, amateur de belles femmes, bref, un passif plutôt chargé... Dans l'obligation, revers de fortune oblige, de se marier à une Princesse au physique véritablement disgracieux, pour faire court, une mocheté, la belle avait tout de même un attrait de taille, la fortune de son papounet de roi. Cela valait bien quelques sacrifices, notamment, quand sonnait l'heure du devoir conjugal. Prince se hâtait d'accéder à son plaisir en fermant les yeux... il est encore bon de le préciser. C'est qu'il lui en fallait du courage pour accomplir sa tâche. Le pauvre ! Après quoi il filait retrouver les p'tites poulettes de chez madame Rose. Quel délice de laisser libre court à son imagination d'autant que, souvent, elle n'était pas dénuée de perversité. L'imagination de ce Prince de pacotille semblait sans limite...

La dernière personne de cet étrange amalgame se nommait Olana.

Cette jeune femme, fille des Seigneurs D'Isendrill, dont la richesse n'égalait que leur froideur, ne connaissait pas grand chose au bonheur. La vie était rude aux temps des chevaliers ! Sa naissance par un pâle et froid matin d'hiver, alors que ses parents espéraient un garçon, fut la première d'une longue série de méprises. Son entrée dans la vie fut saluée par un désintérêt total de la part de sa génitrice. Elevée sans l'amour des siens, mariée à un homme qui n'en voulait qu'à son titre et à sa dot, maître d'un véritable cheptel de maîtresses, ce rustre se gaussait de tromper, voler et ridiculiser sa femme.

Une nuit, la douce Olana tua son époux dans son sommeil pour fuir une vie de souffrance. Elle maquilla le crime en cas de légitime défense. Son acte l'obligea à quitter définitivement sa famille qui la renia avec dédain. Amélie la prit sous son aile.

D'une beauté diaphane, ses traits fins trahissaient ses nobles origines sans toutefois être un atout pour elle. De très longs cheveux d'un blond nordique tombant en cascade sur son dos, une silhouette toute en courbe dont ne manquait jamais de se moquer ses frères, la belle avait un atout charme indéniable : un regard vert émeraude où la tristesse y avait élu domicile.

Personne n'aurait su sortir cette jeune femme de sa mélancolie. Elle en avait trop vu. C'était aussi simple. Chacun avait sa croix à porter mais la sienne pesait si lourd qu'elle perdit le goût de sa propre vie.

L'amour ? Elle n'y pensait plus. Sans doute n'en connaîtrait-elle jamais la saveur. Elle s'en était fait une raison, voilà tout.

Mais... le destin allait changer tout ça !

Une assemblée des plus disparates ? Oui et c'est bien connu, le mélange des genres apporte toujours son lot de surprises. Les véritables héros ne sont pas toujours ceux que l'on imagine. De cela aussi, le destin allait se charger d'en vérifier la véracité.

Par une nuit magnifique, claire et douce, l'aventure commença.

Minuit ! L'heure du crime, ah mes aïeux, ceci à son importance, trois petits coups furent toqués contre la porte.

Mic Mac entra le premier et lança à la cantonade un joyeux "Salut".

Opéca : Vas-y gueule plus fort !

Mic Mac : Et alors la frangine c'est comme ça qu'on accueille les amis ?

Opéca : J'avais en tête une autre façon de t'accueillir, mais on ne m'en a pas donné la permission.

Aliénor : Ah non, vous n'allez pas commencer tous les deux !

Opéca : Moi je vous l'dis, c'est pas une bonne idée d'avoir fait appel à cette mini crapule. Vous cherchez les emmerdes.

Aliénor : T'inquiètes Opéca, je le tiendrais à l'œil.

Opéca : T'auras pas le temps d'finir ta phrase qu'il t'en aura pondu une belle.

Mic Mac : Oh ! Tu m'offenses charmante Opéca.

Aliénor : Bon, passons sur les mots doux et venons-en à ce qui nous intéresse. Olana, où en est ta pâtée pour les dragonnets ?

Mic Mac : Pâté pour dragonnets ?

Opéca : Et Têtus et Romulus, t'en fais quoi demi-portion ?

Mic Mac : Ah ! J'suis pas près d'les oublier !

Opéca : T'es plutôt en pays d'connaissance non ?

A l'évocation de ce cuisant souvenir, le lutin ne put s'empêcher de sourire.

Mic Mac : Ouais, j'ai eu comme qui dirait le feu au cul …

Aliénor : Et je ne tiens même pas à savoir dans quelles circonstances !

Olana s'approcha, tenant dans ses mains les boulettes de viandes bourrées de somnifère.

Olana : Voici les friandises.

Mic Mac : Tu vas les canner au moins ?

Olana : Voyons Mic Mac…

Mic Mac : Ce ne serait pas un mauvais calcul pourtant.

Chaperon rose : Bon, on commence quand ? J'ai faim moi !

Opéca : Tiens pouillasse !

Opéca lui lança un quignon de pain rassis qui traînait sur la table.

Mic Mac : Je ne pense pas qu'ce soit ce genre de faim là. Dis moi frangine, t'as apporté tout ce qu'il fallait pour harponner un maximum de mâles au moins ?

Chaperon Rose : Allons mon lutinou, tu me connais. Je ne voyage jamais léger c'est bien connu.

Opéca : Arrête de t'faire mousser. Tu crois quoi ? Qu'tu vas culbuter le roi les doigts dans l'nez ?

Chaperon Rose : Je pensais à un autre endroit, mais enfin, pour ne pas te contrarier...

Opéca : T'es qu'une morue !

Le lutin ricana :

Chaperon rose : Tes paroles sont du fiel ma chère Opéca, mais je n'en prendrais pas ombrage.

Aliénor : Au prochain accroc, je sors ma lame !

Ses yeux étincelaient et tous comprirent qu'il valait mieux en rester là. Soudain, Gabriel leur offrit une entrée théâtrale. Le cheveu impeccablement lissé, ses deux moitiés largement soupesé et vérifié aux cheveux près, il ramena vers son menton ses deux mains dont les index restaient tendus :

Gabriel : Vous êtes prêts pour une envolée lyrique de stupidités en tout genre ? Un petit discours s'impose : " Que nous soit offert protection, sagesse et une petite pincée de chance pour nous, pauvres fous, qui nous lançons dans cette aventure. C'est beaucoup demandé, j'en ai conscience. Je sens poindre l'abnégation au fond de mon cœur et j'obéirais à cette seule volonté. Obtenez-moi d'être docile à vos inspirations et de régler si bien mes pas que je ne m'écarte en rien de la voie tracée. Et, promis, j'aurais ce lutin à l'œil ! Que cette destinée soit accomplie..."

Jack : Euh, ce n'est pas un peu trop solennel là ?

D'un geste précieux, l'archange leva une main signifiant que quelque part il n'avait cure de cette question posée sans la moindre réflexion. En revanche, il appréciait l'attention dont faisait preuve cet infidèle.

Gabriel : Je viens de voir Alachnÿ se diriger vers "La taverne du joyeux pendu ", il est temps de se mettre à l'ouvrage.

Jack : 'tain, j'arriverais jamais à m'y faire aux noms de vos auberges !

Amélie : Quèque y t'plaît pas dans c'nom ?

Jack : Oh rien. La prochaine vous la baptiserait comment " La taverne du cul de jatte syphilitique " ?

Amélie : Cà mon gars, c'est t'y fait exprès pour pas qu'on oublie d'repasser s'rincer l'gosier.

La soirée avançait, il fallait se lancer.

Plus tard, ils franchirent le territoire du magicien Alachnÿ, encapuchonnés et solidement armés. Le fameux grimoire, contenant les formules magiques, se trouvait dans son antre. Malgré les petites douceurs destinées aux dragonnets, ils n'avaient guère envie de se trouver en fâcheuse posture face au mage sans une bonne épée bien tranchante. Après tout on n'était jamais assez prudent !

Sans la moindre brise, le flair des dragons allait certainement s'éveiller. Tant pis, il fallait bien y aller.

Devant eux, la bâtisse du magicien se dressait, sombre et menaçante.

Amélie : Je m'demande si c'est t'y qu'on n'est pas en train d'faire une erreur.

Chaperon rose : Cà c'est déjà fait la vieille. Bon, faites comme vous voulez, moi j'y vais.

Mic Mac : T'as la fringale ou quoi ?!

Olana, tendit à Mic Mac un mouchoir roulé d'où s'échappait un léger fumet fort appétissant.

Olana : Pour Titus et Romulus.

Mic Mac : Je continue de penser qu'on aurait dû se débarrasser définitivement de ces sales bestioles.

Opéca : On se passera de ton avis.

Déjà le lutin se fondait dans la nuit. Ce petit voleur patenté, avait du métier dans les pattes. Aussi, point n'était besoin de longues explications. Ses capacités avaient fait leurs preuves. Plus tard, Opéca reçut une myriade de petits cailloux sur la tête. L'un d'eux atterrit sur sa tempe, provoquant sa fureur.

Opéca : Bon sang, tu le fais exprès où quoi ? Sale nabot !

Mic Mac : Mais ça fait une heure que je vous appelle, je ne vais pas me mettre à gueuler comme un putois ! Allez, la voie est libre.

Opéca : Tu ne perds rien pour attendre.

La lourde porte de bois émit un grincement strident qui donna la chair de poule aux jeunes femmes. Il faisait sombre à l'intérieur. Seule la lueur de quelques bougies, au fond de la pièce, encourageait à s'aventurer plus avant. Ils pénétrèrent dans ce qui semblait être une véritable caverne d'Ali Baba.

Opéca : L'antre du fauve.

Aliénor : Je dirais plutôt une porcherie.

Opéca : Bon sang, il n'a pas des soubrettes à son service ce vieux porc !

Mic Mac : Penses-tu donc, elles n'ont pas envie d'y passer chaque fois qu'elles se baissent pour frotter l'carreau ahahaah !

Aliénor : Comment ? A ce point ?

Mic Mac : Un obsédé… pourquoi c'est si sale à ton avis ?

Aliénor : Bon sang ça fait peur !

Mic Mac : Et encore tu ne sais pas tout.

Opéca : Parce que toi t'est mieux renseigné peut être.

Mic Mac : Mais oui ma mignonne, j'sais plein d'choses moi…

Chaperon rose : Bon, que faut t-il chercher ?

Olana : Un grimoire aux armoiries des Asturies, la couverture est pourpre avec la tranche en or.

Opéca : Comment qu'tu sais tout ça toi hein ?

Olana : Etre bien née vous apporte quelques avantages …

Opéca : Toujours pareil.

Olana : Dont tu sauras profiter ma chère !

Chaperon Rose : Bon et bien on ne va pas y aller par quatre chemins…

Ce faisant, elle s'approcha de la table où s'empilait à qui mieux mieux des tas de livres, papiers et autres parchemins et d'un geste précis envoya le tout valsé par terre.

Mic Mac : Oh par exemple, on peut dire ma mignonnette que quand tu veux quelque chose tu fais pas dans la demi-mesure.

Chaperon Rose : Exact !

Du bout de ses jolies chaussures de satin rose, elle remua tout ce fatras. Lorsqu'elle se rendit compte que ce qu'elle recherchait n'y était pas, elle s'approcha des étagères disposées contre le mur de pierres et entreprit avec la même vigueur d'en vider leur contenu.

Bientôt la pièce ressemblait plus à un champ de bataille qu'au repère de l'un des plus puissants magiciens.

Opéca : Bon sang, c'est un vrai merdier, une chatte n'y retrouverait pas ses chatons. Si ça se trouve il est quelque part en dessous et la donzelle nous a fait un tel foutoir que ça va nous prendre des plombes pour mettre la main dessus ! Ah la pimbêche, je sais pas ce qui me reti…

Olana : Je l'ai !

Aliénor : Où était-il ?

Olana : Près de Lilibeth.

Aliénor : Qui ?

Olana : Sa chouette.

Mic Mac : Sale bestiole ! Tord-lui le cou, si elle se met à hululer on est mal !

Olana : Aucun risque, elle est empaillée.

Mic Mac : Quoi ?

Olana : Il éprouvait une sorte de fascination pour cet animal. A sa mort il l'a tellement pleuré que Fénaël, le taxidermiste, lui a proposé ses services.

Le lutin l'observa rapidement avant d'éclater de rire.

Amélie : Il est vraiment fêlé d'la cafetière !

Aliénor : Olana, rappelle-moi de ne jamais rien à lui demander.

Olana : Je m'en souviendrais.

Soudain, un énorme fracas. Tout le monde s'observa et d'un coup, la demi-portion plongea sous la table. Les jeunes femmes se cachèrent là où elles le purent. Chaperon Rose s'assit simplement par terre et se couvrit de livres et de parchemins. Vu qu'il y en avait partout, ce ne fut pas difficile.

C'est alors, qu'une espèce de grand escogriffe vêtu d'un long manteau couleur bleu nuit fit une entrée remarquée.

Alachnÿ : Grätinën foloning aderrbärr !

Aliénor : Que dit-il ?chuchota la jeune femme, s'adressant à son amie.

Olana : Il vaut mieux éviter la traduction si tu ne tiens pas à t'écorcher les oreilles.

Se prenant les pieds dans son manteau, le vieil homme (fichtre, il devait bien avoir mille ans), s'affala de tout son long. Le lutin sortit alors de sa cachette et le bombarda avec tout ce qui lui tombait sous la main. Ah pour sûr, tout y passa, livres, papiers, bougeoirs, cuillères, pot à tabac, oignons… Oignons ? Oui, pour certains enchantements, je n'entrerais pas dans les détails, ils étaient indispensables. Et puisque la fête battait son plein, une bougie y passa… sauf que celle-ci était… allumée !

Le magicien possédait une grosse tignasse. Visiblement, il n'accordait pas autant de soin à son apparence physique que Prince Charmant. Les conséquences furent désastreuses. Il y eu un bref embrasement et le magicien, l'œil hagard, n'eut d'autres recours que plonger sa face dans un restant de potage froid au fond d'une soupière.

Mic Mac : Il a plongé dans sa bouffe !

Un cri guttural s'échappa de la gorge du vieil homme. Ruisselant et tempêtant, il se mit à mouliner des bras, sauf que rond comme une queue de pelle, il s'empêtra encore plus dans son manteau et trébucha tout en se cognant la tête sur un coin de table. Avec un couinement de cochon que l'on aurait étranglé, Alachnÿ s'écroula les bras en croix en un mouvement des plus gracieux. Et oui, l'homme était tombé avec panache.

Un lourd silence s'installa tandis que chacun sortait de sa cachette.

Mic Mac : Bon on s'arrache avant qu'le vieux refasse surface.

Opéca : Je suis d'accord avec la demi-portion. Filons, d'autant que sa colère sera à la hauteur de sa connerie.

Aliénor : Que fais-tu encore Mic Mac ?

Mic Mac : Oh rien rien, j'prends un souvenir.

Olana : N'y pense même pas. Emprunter, peut-être, voler sûrement pas. En route !

Sur ces bonnes paroles, les filles sortirent en courant. Il devenait urgent de se réfugier dans un périmètre suffisamment éloigné et sécurisé pour espérer continuer à vivre quelques années supplémentaires. Hors d'haleine, elles finirent leur course devant l'auberge. Affalées sur les marches de bois, elles toussaient et crachaient tripes et boyaux.

Aliénor : Bon sang, c'est toujours comme ça Olana ?

Olana : D'ordinaire c'est tout de même plus calme.

Mic Mac : J'sais pas vous mais moi je préférerais mettre mes miches à l'abri, si vous n'y voyez pas d'inconvénient.

Chaperon Rose : Oui, oui, oui, entrons et commençons !

Un rafraîchissement fut servit. Enfin calmée, Olana ouvrit le grimoire nota ce qu'il fallait pour les incantations.

Tout fut apporter dans les secondes qui suivirent et la belle Olana se mit à l'ouvrage. De sa voix délicate et chantante, elle récita docilement et point par point les formules adéquates tandis qu'un silence empreint de solennité se faisait.

Jack, Amélie et Gabriel les attendaient, tranquillement installés dans un recoin de la grand 'salle. Ne manquait à l'appel que Prince Charmant, sans doute encore occupé à choisir avec attention sa tenue pour ce fabuleux voyage. L'habit ne fait peut être pas le moine, mais prince, lui, tenait plus que tout à se mettre sur son trente et un pour sa présentation devant le Roi. Il connaissait l'engouement de Thranduil pour les beaux apparats, sans compter les précieux bijoux. Non, c'eût été vraiment inconvenant de ne point soigner son apparence !

Prenant tour à tour tout ce qui était disposé sur la table, elle ne prêta pas attention à la petite bourse rouge grenat, brodée de fils d'or, posée sous son mouchoir. Elle sourcilla avant de délier le cordon, plongea ses doigts fins et en retira une pincée de poudre rouge.

Mic Mac : Nonnnnnn ! Pas celle-là !

Trop tard, la belle Olana s'était emparée du contenu de la bourse et en saupoudrait la vasque d'où s'échappait une étrange lueur. Soudain...

Une explosion… et je pèse mes mots. Une déflagration déchira l'air et un énorme nuage bleuâtre envahit la pièce. Toutes les chandelles furent soufflées.

Mic Mac : Ahh ! On est morts…

Opéca : Toi, pas assez à mon goût.

Jack : On a été attaqué c'est ça ?

Aliénor : Mais non voyons.

Jack : Quelque chose à merder.

Olana : Je serais tenté de me rallier à cette affirmation.

Opéca : Qu'est-ce qu'elle nous a encore fait la p'tite crevure ?

Amélie : Quoi ?

Opéca : Bon sang vous avez les oreilles bouchées où quoi…juste avant qu'Olana verse sa poudre de perlimpinpin vous n'avez pas entendu comme un cri de nabot et plus particulièrement le cri de... CE nabot.

Elle empoigna le lutin par le col de sa chemise.

Mic Mac : C'est pas moi, j'ai rien fait !

Opéca : Ah non, tu ne t'en tireras pas comme ça.

Aliénor : Elle a raison, tu as tout intérêt à parler si tu tiens à voir le jour se lever.

Mic Mac : Me brutalise pas, où père nono te mettra une bonne dérouillée.

Opéca : Sauf qu'il n'est pas là ton acolyte.

Mic Mac : Olana a utilisé la poudre céleste qu'il m'avait demandé de voler en même temps que celle réservée pour les voyages.

Olana : Pardon ? L'aphrodisiaque ?

Mic Mac : Ben… tout le monde n'a pas la chance de forniquer comme un lapin !

Opéca : Mais qu'est-ce qu'il espère ce vieux débris ?

Mic Mac : A force de mater Chaperon Rose ça lui est comme qui dirait monté dans le ciboulot.

Jack : Quel con !

Olana : Entre personne de bonne éducation, nous comprenons aisément ses petits problèmes d'érection.

Amélie : Mais oui, allez va, on sait c'que sait d'avoir un bel appétit. Pour sûr qu'y faut l'entretenir l'manchon.

Le lutin ricana bêtement, comme seul un lutin crétin pouvait le faire :

Gabriel : Un peu de tenue serait trop exiger de vous pauvres âmes lubriques ?

Chaperon Rose : Oh, comme tu es beau mon Gaby quand tu es en colère.

Aliénor : Bon, ceci mis à part, quelle incidence cela va-t-il avoir avec ce que tu étais en train de faire Olana ?

Olana : Hélas, je ne sais pas trop.

Au moment où celle-ci allait répondre, un "Oh" de ravissement retentit dans toute la pièce. Ce cri émanait de ladite Chaperon Rose et incluait, si besoin était de le spécifier, une forte dose d'émotion, de plaisir et d'hormones en ébullition. Enfin, Aliénor lâcha un premier juron. Ouf, il était temps !

Aliénor : Merdasse ! Je veux bien être pendue si ce que je vois est vrai.

Mic Mac : Prépare la corde cousine parce qu'on n'est pas tous bigleux ici.

Jack : Attendez une seconde, ça n'est pas ce qui était prévu. Regardez moi ce costume...

Olana : Tu as raison. Mais qui est-ce au juste ?

Opéca : Mic Mac !

Mic Mac : C'est pas ma faute, c'est pas ma faute !

Le lutin n'eut pas le temps d'en dire plus. Quelqu'un se tenait près de l'âtre, dos tourné. Une sombre chevelure mi-longue, une cape noire comme la nuit d'où s'échappaient deux longues mains fines et délicates, bref, un invité surprise qui apporta la cerise sur le gâteau pourri dont avaient malheureusement hérité nos compagnons.

Le lutin, curieux comme toujours mais relativement prudent s'approcha timidement. Intrigué par le regard de l'inconnu, un rictus mauvais s'afficha sur son visage. La créature prononça trois mots :

- Bien le bonsoir !

Gabriel : UN DEMON ! Encore un coup tordu de mon ennemi. LE FELON !

Comprenant soudain la signification de ce mot et toute la terreur qu'il pouvait inspirer, les yeux du lutin s'agrandirent. Epouvanté, il croisa ses doigts pour former une croix et se mit à hurler :

Mic Mac : Vadé rétro satanas et avec toi le Malin et tout le saint frusquin ! File-moi l'ail et les fines herbes frangin.

Opéca se mit à rire en se tenant les côtes :

Opéca : Abruti d'nabot !

Mic Mac : Ca te fait rire ?

Gabriel : Cet énergumène ne dérangera notre plan en aucune façon !

Aliénor : Attendez deux secondes Gabriel. Je suis larguée, vous devriez éclairer ma lanterne.

Mic Mac : Ouais c'est ça, éclaire-nous parce que là on n'a pas la lumière à tous les étages.

Jack : Bordel, mais vous allez la fermer ? Comment voulez-vous qu'il le fasse si vous ne lui en laissez pas l'opportunité ?

Gabriel : La formule, modifiée par cet aphrodisiaque, vient de faire apparaître un démon amoindri. Disons qu'il a perdu une partie de ses capacités à faire le mal. D'après ce qu'il m'est permis de constater, il devait être au départ un dévoreur d'âmes. Ceci dit, il n'est pas prêt à dévorer quoi que ce soit.

Aliénor : En somme celui-ci est comme qui dirait végétarien ?

Opéca : Ca tombe bien, on a un poireau à lui proposer.

D'un coup de pied, le lutin fut projeté face contre terre aux pieds du démon qui, d'un mouvement hautain, daigna lancer un regard furtif en direction de la pauvre petite chose qui gigotait sur la pointe de ses chaussures.

Mic Mac : Je l'dirais à Père Nono et...

LA FERME ! Hurla l'assemblée.

Opéca : Eh, est-ce qu'il a une langue ce bellâtre ?

Chaperon Rose : Il me plairait assez d'y goûter. C'est même une tâche dont j'aimerais m'acquitter sur le champ...

Les narines de la Chapette en frémissaient d'envie. Bon sang, c'est vrai qu'elle avait faim la bougresse ! Cependant, elle n'était pas de même nature que celle du démon. Pour ne rien gâcher à l'affaire, ce dernier portait remarquablement bien l'habit et avait un visage des plus avenants. Ayant perdu une partie de ses capacités à faire le mal, il en devenait presque sympathique.

Opéca : Dégage de son espace vital où je t'arrange le portrait borgnasse !

Chaperon Rose : Garde ton fiel et tes mauvaises manières pour la fange que tu satisfais péniblement chaque soir sur ta couche.

Aliénor : Non mais regardez-moi ces deux poules folles, vous allez vous calmer ?

Olana : Occupez-vous de lui tout de même, ayez souvenance de vos devoirs d'hôtes. Vous voyez bien qu'il est inoffensif.

Mic Mac : M'en fous moi, j'suis amnésique. Qu'il aille au diable !

Gabriel : Pour une fois, tu n'as pas ouvert la bouche en vain stupide lutin. Retournez chez votre crétin de patron et dites-lui bien des pensées de ma part !

En un éclair, le démon disparut. L'archange n'était pas mécontent d'avoir damné le pion à son ennemi juré. Bon sang, lorsqu'il raconterait ce fait à Saint Michel, cela lui vaudrait bien son quart d'heure de gloire. Mea culpa pour ce sursaut de prétention.

Amélie : Que l'cul m'en tombe, vous faites qu'des bêtises ce soir ! Bon quèque c'est t'y qu'on fait donc ? Si Rose voyait tout c' foutoir, j'aime autant vous dire qu'vous auriez pas assez d'vos deux jambes pour filer.

Aliénor : T'inquiète Amélie, on remettra tout en ordre et d'ailleurs ce n'est pas si dramatique.

Amélie : Ca va venir, ça va venir !

Olana, que rien ne prédisposait vraiment à devenir maîtresse de magie, décida de tenter le tout pour le tout. Il leur fallait vraiment partir ce soir, plus rien d'autre ne comptait désormais pour elle. S'emparant du grimoire, elle rassembla le reste des ingrédients nécessaire à l'incantation :

Olana : Remettons tout en place, il ne faudrait point contrarier Rose. Ensuite, nous nous dirigerons vers le domaine familial. Nous passerons par les souterrains. S'il faut partir d'un endroit précis, autant pousser l'ironie jusqu'au bout !

Aliénor : Es-tu sûre de ton choix ?

Olana : Fais-moi confiance, je sais ce que je fais...

Opéca : Pourquoi tu tiens tant à aller chez ces pignoufs ? T'y ont pas assez pressé comme un citron ?

Olana : De savoir que le départ s'effectuera sous leurs pieds sera pour moi une revanche sur ma vie et si au détour je peux leur envoyer quelque sortilèges...

Gabriel : Attention fillette, la vengeance est une mauvaise compagne.

Olana : La souffrance également. Mais j'ai le grimoire, par conséquent j'ai le pouvoir.

Mic Mac : Ouais ben méfie-toi frangine, tout ça c'est de la poudre aux yeux pour t'enfler ! Fais gaffe de pas y laisser trop de plumes.

Aussitôt, tous les protagonistes de cette histoire se mirent à l'ouvrage (si si, même Mic Mac, avec quelques coups de pieds au cul cela va sans dire) et bientôt l'auberge retrouva sa condition première.

Sitôt la tâche terminée, Olana revêtit sa cape de velours noire, imitée par les autres comparses. Chacun attendit patiemment la suite. Ce fut le moment choisi par prince Charmant pour montrer le bout de sa frimousse enfarinée.

Ah, le bonze avait mis la dose ! De plus, il empestait le parfum. Il avait revêtu un costume parfaitement ridicule pour chacun ayant deux sous de bon sens. Jabot de dentelle, pantalon de soie jaune canari, bas blanc satinés, chaussures aux boucles dorées, perruque frisottée, sans oublier une mouche au coin supérieur de la lèvre. La pose de cet artifice avait sans nul doute demandé un bon moment de réflexion. C'est que l'endroit où ce grain de velours se positionnait sur le visage avait une signification bien précise. Il valait mieux éviter de se tromper. Allez savoir de quelle nature pouvait en être le message. Pour le coup, il avait tout intérêt à ne pas se rater. Bref, le tout formait un congloméra du plus mauvais goût. Pensant être arrivé au summum de sa splendeur, ce tartuffe n'était pas peu fier de sa magistrale entrée. Il paradait tel un paon faisant la roue.

En résumé, fidèle à lui même.

Jack : Tiens voilà Guignol !

Mic Mac : J'attends de voir la tête du roi des elfes. La gueule qui va tirer ! Le gueux, le gueux !

Jack : J'en ai l'eau à la bouche.

Prince Charmant : C'est cela moquez vous ! De toute évidence, vous n'y comprendrez jamais rien.

Jack : Je comprends, surtout que tu vas t'en prendre plein la tronche.

Chaperon Rose : Bon on s'en va ? On s'en fiche de son costume.

Olana : Désolé, nous n'avons pas assez de montures pour tous…

Aliénor : Eh bien ce n'est pas grave, la marche ça maintient en forme, pas vrai Mic Mac ?

Mic Mac : J'en étais sûr.

Prince : De toute façon nous n'aurions pas gâché un cheval pour ce microbe, non ? Bon quel est le mien ?

Aliénor : Tu ne sembles pas avoir bien compris Prince Charmant.

Prince Charmant : Qu'est-ce à dire ? Vous n'allez pas m'infliger pareil camouflet ! De plus, mes souliers sont neufs. Un peu de pitié pour ce cuir d'Italie de première facture, je vous prie.

Opéca : On va s'gêner.

Jack : Arrêtez d'le charrier, faut qu'on s'tire d'ici. Je prends Prince. Et toi ... t'as plutôt intérêt à éviter de t'accrocher comme une sangsue après moi.

Prince Charmant : Mais enfin et si je tombais ?

Jack : Eh ben je voyagerais plus léger, voilà tout.

Opéca : J'veux pas d'cette mini crotte avec moi.

Mic Mac : Méchante !

Olana : Viens avec moi.

Mic Mac : T'es ma frangine toi tu sais.

Dans un nuage de poussières, les cavaliers disparurent juste au moment où Alachnÿ arrivait.

Alachnÿ : Merdasse ! Je ne sais pas ce qui se trame ici mais je me fais fort de le découvrir, même si je dois y passer mes trente prochaines années.