Cycle wars
Chapitre 1 Prologue - Cette nuit
Eren cherchait les emmerdes. Volontairement. Parce qu'il était alcoolisé mais pas que.
Parce que la vie lui pesait. Il en avait marre de sa la trimballer tel un fardeau sans saveur.
Alors, ce soir-là, il eut la bonne idée de se frotter à une bande sortie en ville exclusivement pour foutre le bordel.
Ha ! Oui, il allait passer un bon moment. Ils le fracasseraient mais lui, il dégainerait son arme secrète... Celle qu'il camoufle. Celle qui ne se raconte pas. Celle qu'on ne découvre que tardivement alors que le vent a déjà tourné.
Eren titube et sort la plus grosse vanne qu'il puisse trouver, s'adressant directement au chef de fil. En gros, qu'on croirait que le mec est une sorte de croisement grossier entre un ours chétif et un mulet.
Il se tient en appui, d'une épaule contre le mur humide, et rit tout ce qu'il peut.
"Si moi je suis un croisement de ce que tu dis, toi t'es un pauvre poivrot suicidaire."
Eren renifle. On n'est pas si loin de la vérité...
La garde rapprochée du dealer ne moufte pas. Ce sont les rangs extérieurs qui sont assignés à éloigner les intrus ou faire régner la terreur.
"Ben alors ?... T'as pas suffisamment de couilles pour descendre de ta putain de bécane et venir m'en foutre une ?" s'adresse-t-il directement au chef de bande.
"Taper dans la merde, ça éclabousse. J'préfère laisser mes gars s'en charger."
"Ben voyons... on dirait bien que le croisement est doublé d'un lâche."
"Tu vas baisser d'un ton, mon gars." déclare l'un d'eux, armé d'une batte.
Eren détache son épaule du mur moisi et s'avance. Là, il est certain de se faire fracasser. Que ça va faire mal. Très mal. C'est ce qu'il cherchait ; soigner son mal-être par la douleur, il n'a encore rien trouvé de mieux.
Oh bordel, ça va chier !...
Il invite le gars à la batte à venir lui fracasser le crâne.
La grosse brute ne se fait d'ailleurs pas prier. BAM !
Le son est plein. Le sang gicle. Eren tombe au sol.
Ah, la vache !... Ça fait un mal de chien !... C'est à la limite de l'étourdissement !...
On lui crache dessus. "C'est tout ce que tu vaux, p'tit merdeux ?!"
On l'arrose de coups de pied.
Encore !... Allez, encore !... Plus fort que ça, les gars !...
La belle face d'Eren se noie à moitié dans une flaque qui vient de se teinter de son propre sang.
"A cinq contre un, comme à l'ordinaire, hein, Hank ?" intervient une voix qu'Eren entend de loin.
"Te mêle pas d'ça, enfoiré !..." grogne Eren.
Arrêt sur image. La scène se fige.
Eren ouvre un œil tuméfié pour distinguer une silhouette pas très haute non loin - la perspective, cependant, le rend immense.
Il est posé nonchalamment contre sa bécane, veste cuir sombre sur le dos, ouverte, débardeur blanc, plaques autour du cou, treillis militaire sur rangers.
"J't'ai déjà dit ce qu'il se passerait si j'te revoyais dans le secteur, Hank. A croire que t'es bouché, mec."
Eren peine à redresser la tête. On la lui fracasse d'ailleurs d'un coup sec contre le bitume.
"Pu... tain..."
L'autre ne regarde aucun membre de la bande lorsqu'il s'adresse à eux, fixant un point invisible au détour d'un conteneur qui dégueule.
Eren ne l'a jamais vu zoner par ici. Il semble pourtant être habitué du quartier...
Il tente un point de vue plus net sur la face du rebelle. Il fallait s'avouer que, même flou, le profil semble joli.
"Allez, dégagez avant que je perde mes nerfs."
La bande se concerte. Puis détale presque trop lentement.
"Et toi, là-bas, tu comptes encore longtemps rester au sol ?"
Eren se redresse à grand mal. Sa tête frappe et son estomac rejette soudain tout ce qu'il a bu dans un spasme liquide.
"Tss. Eh ben c'est du beau." dit l'autre en s'approchant, s'accroupissant devant lui, tenant une mèche de cheveux en arrière pendant qu'il crache et tousse, rendant tout ce qu'il a dans le corps. La mine est froissée de dégoût.
Une fois le mal passé, Eren lève son regard émeraude sur celui qui lui fait face.
Le visage est fier. Marqué d'une gravité presque juvénile. Les sourcils sont fins. Le nez droit, percé du côté droit. Les yeux étroits.
"Mon p'tit mec, tu cherches vraiment les emmerdes. J'aurai peut-être dû te laisser crever pour que ça te serve de leçon, note."
Il fronce. Et Eren s'explique enfin pourquoi.
Ses plaies viennent de s'effacer comme par miracle, dans un frémissement de vapeur.
