Première rencontre
La troisième avenue est une des plus grandes de Seattle. C'est aussi une des plus riches. Les entreprises, les compagnies d'assurance, les banques s'alignent les unes à côté des autres, fières d'appartenir au Central Business District.
Les hommes avec leur complet veston admirent les femmes impeccablement coiffées et maquillées, vêtues des tailleurs des plus grandes marques et des bijoux les plus chics.
Je ne me sens pas à ma place avec mon manteau noir acheté dans un magasin quelconque.
Mes jambes s'arrêtent d'elles-mêmes devant l'immense porte vitrée du building. Il est immense, moderne, armatures acier et panneaux de verre fumé. Superbe, luxueux, impressionnant.
Calme-toi ! Calme-toi ! C'est ce que tu voulais ! Alors maintenant assume ! me hurle la petite voix qui m'invectivait depuis mon réveil.
Je refoule la panique qui me submerge. J'ai mûrement réfléchi, de longues heures, de longs jours, de longues semaines. Je ne suis pas de ces personnes qui agissent sur un coup de tête. L'idée a tournée et retourné encore dans ma tête. Et finalement, j'ai pris une décision…
Et c'est une bonne décision, m'encourage la petite voix.
Je finis par ordonner à mes jambes de faire un pas à l'intérieur.
Le hall est à l'image de l'extérieur : spectaculaire ! D'une hauteur de plafond à vous couper le souffle. Le sol est de marbre rosé. Le genre de hall, digne d'un palace, fait pour impressionner la clientèle.
Une jeune blonde au maquillage extrêmement sophistiquée attend derrière la banque de marbre blanc.
- Bonjour, j'annonce timidement. Isabella Swan pour Mme Cope.
La superbe femme lève des yeux dédaigneux vers moi. Je vois son regard me scruter de haut en bas. Il est évident, vu mon allure, que je ne suis pas une cliente importante. Banale. Je me sens soudain toute petite et je me mets à rougir furieusement.
Tu n'es qu'une petite idiote hyperémotive et incapable de te contrôler !
La blonde me juge finalement insipide et je vois ses ongles parfaitement manucurés pianotés quelques secondes sur son ordinateur.
- Dix-huitième étage ! dit-elle d'un ton neutre. Les ascenseurs au fond à droite !
Elle désigne vaguement la direction sans m'adresser un seul regard. Puis, elle replonge dans son journal de mode sans plus se soucier de moi.
Et bien, si tous les employés ressemblent à cette pétasse, ça promet !
Je la remercie tout de même.
Je m'engouffre dans l'ascenseur et appuie sur le bouton. Les portes se ferment devant mes yeux et je me retrouve seule dans la cage. Une douce musique classique filtre à travers les hauts parleurs.
Je respire un grand coup. Enfin seule ! La foule à l'extérieur m'oppresse (pourtant vivre à Phoenix ne m'avait pas fait le même effet, à l'époque. Il faut croire que j'ai perdu l'habitude !).
Je vais devoir m'habituer à nouveau à côtoyer du monde, à ne plus être un fantôme parmi des gens qui m'ignorent ou acceptent de faire semblant de m'ignorer.
Je déteste les ascenseurs ! Mon cœur se soulève tellement lorsqu'il monte les étages que je ressorts avec la nausée. En face de moi, une nouvelle banque d'accueil et une nouvelle blonde qui attend derrière.
Des clones !, me susurre la petite voix et je réfrène le sourire qui pointe aux bords de mes lèvres.
- Isabella Swan pour Mme Cope, répète-je à nouveau. J'ai un rendez-vous pour dix heures.
Nouveau regard impeccablement maquillé dédaigneux !
Nouveau rougissement !
Nouveau pianotage manucuré sur l'ordinateur !
- Je vais prévenir Mme Cope ! me lance-t-elle de sa voix haut-perchée. Veuillez vous asseoir.
J'obéis sagement. Je serre mon manteau contre moi, mal à l'aise d'être plantée ici en attendant que la DRH de la Cullen Corporation daigne venir me chercher pour mon rendez-vous d'embauche. Je pose mon sac sur mes genoux. Mon regard intercepte alors l'image que la porte vitrée en face de moi me renvoie : mon image. J'ai soudain la vision d'une vieille fille mal fagotée !
Pathétique !
Autour de moi passent différentes employées qui m'ignorent royalement !
Toutes magnifiques !
Toutes superbement habillées, maquillées !
Toutes blondes !
Avec mes fringues bon marché et mes cheveux bruns, je suis mal barrée !
Mais qu'est-ce je fous là !
Ah ! Oui ! C'est vrai ! Je viens passer un entretien d'embauche pour devenir secrétaire dans un des innombrables bureaux aseptisés d'un des plus grands buildings de Seattle.
A vingt et un ans, je débarque dans cette immense ville avec la ferme intention de pouvoir enfin m'assumer toute seule. Charlie, mon père, n'est pas très chaud pour cette aventure, il faut bien le dire. Il a passé des journées à me persuader que je serai bien mieux à rester à Forks à bosser comme vendeuse dans le magasin de sport de la ville. Mais c'est ce que je voulais !
Alors le mois dernier, j'ai commencé à chercher sur Internet des offres d'emploi pour la grande ville.
J'ai répondu à une annonce trouvée sur le site d'un journal pour l'emploi local.
Recherche secrétaire, sérieuse et disponible, pour travailler dans une société de placement financier. Contacter Mme Cope au **************
Je me suis renseignée : la société Cullen est connue, une des sociétés de gestion les plus importantes du pays. Elle a commencé par gérer les portefeuilles de riches spéculateurs, elle a donné dans le fusion-acquisition et ses résultats ont été particulièrement impressionnants. Puis, elle a diversifié ses actifs dans d'autres domaines : construction, location d'immeubles, … En quelques années, elle est devenue une des vingt plus importantes sociétés du pays.
Je veux me rapprocher de mon rêve, le seul qui m'a permis de tenir après toutes ces années. Je n'y connais rien en valeur spéculative et en bourse. Mais je sais taper à l'ordinateur, rédiger un courrier et prendre des notes. J'espère que ce sera suffisant pour le poste.
J'ai été étonnée de recevoir une proposition de rendez-vous de la part de la Cullen Corporation. J'ai été surprise également de trouver assez facilement un petit studio. La chance me sourit, enfin, et je ne dois pas la laisser passer.
Alors j'ai laissé ma guigne derrière moi, j'ai fait les quelques bagages que je possède, promis à Charlie de suivre à la lettre toute une liste de recommandations, et j'ai débarqué voilà trois jours dans la grande ville.
Et voilà comment, le cœur au bord des lèvres, je me retrouve assise sur une chaise design HIL dessinée par Jockers et Sabolewski à attendre que Mme Cope, DRH de l'homme le plus riche de la côte ouest de l'Amérique, m'invite à entrer dans son bureau.
Une porte à ma gauche s'ouvre et je vois sortir deux personnes. La femme doit avoir dans la cinquantaine, blonde –encore !- et très soigneuse d'elle-même.
Et le second ! Waouh ! C'est l'homme le plus beau que j'ai jamais vu. Grand, bien proportionné, les cheveux en bataille châtain-roux, il est d'une beauté à couper le souffle.
Ils les recrutent dans des agences de mannequins ! Tu es fichue, ma vieille!
Ils discutent tous les deux quelques secondes puis l'homme tourne la tête en direction du couloir. Nos regards se croisent alors, des yeux verts… émeraude… magnifiques.
Il se fige instantanément. Ses sourcils se froncent, ses yeux se plissent pour devenir une fine ligne, scrutant quelque chose chez moi qui m'est inconnue. Ses prunelles deviennent noires – des yeux peuvent-ils changer de couleurs, comme ça, subitement ? – et nous restons ainsi de longues secondes sans bouger.
Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal ?
Est-ce que les brunes sont interdites au dix-huitième étage ?
Mille questions me traversent l'esprit à mesure que le temps continue à défiler. Je sens mon cœur battre de plus en plus fort. Peut-on mourir d'une crise cardiaque d'un seul regard ?
Pour des yeux pareils, cela en vaut peut-être la peine.
J'avale péniblement ma salive. L'air est devenu plus lourd, presque électrique.
- Miss Swan, dit alors une voix. Si vous voulez bien entrer.
Je me tourne légèrement vers Mme Cope. Elle a rompu le charme. J'aperçois la main de l'homme se crisper. Il se tourne complètement en direction du couloir et passe devant moi sans m'adresser un mot ou un regard.
Je me lève alors pour rejoindre la DRH. J'entends une porte de l'ascenseur s'ouvrir derrière moi.
La pièce de Mme Cope est simple, de taille raisonnable, tout en nuance de gris. Le bureau blanc est signé RKNL et trois peintures de Sanders sont accrochées au mur.
Je me demande si ce sont des originaux.
Je m'assois en face de Mme Cope. Elle ne me regarde pas et semble plonger dans un dossier. Je me sens mal à l'aise et j'attends patiemment.
- Vous n'avez pas d'expérience et peu de diplôme, Mlle Swan, commence-t-elle alors. Pourquoi pensez-vous être capable d'apporter quelque chose à la Cullen Corporation ?
Va te faire voir !, hurle ma petite voix.
Mais je ne me démonte pas. Les fortes têtes, j'ai l'habitude.
- J'ai de la détermination et du courage.
- Passer son diplôme de fin de lycée à vingt et un ans est-il pour vous un signe de détermination et de courage, mademoiselle Swan ?, me demande-t-elle, arrogante.
Dans mon cas, oui, pétasse !
Je respire un grand coup et fais comme si elle n'avait rien dit.
- J'ai le sens des responsabilités, je suis organisée et j'ai vraiment, vraiment envie de travailler. Mettez-moi à l'épreuve et je saurais vous prouver que vous pouvez vous fier à moi.
Elle lève enfin les yeux vers moi et elle me regarde avec un air méchant.
- Vous avez l'air d'être bien sûre de vous, mademoiselle Swan. Aucune qualification, un C.V. vide. Il va falloir que votre période de test soit particulièrement efficace pour que vous restiez parmi nous, en avez-vous conscience ?
Je déglutis. Ce n'est pas gagné !
- La volonté est l'intelligence et l'intelligence est la volonté. cite-je.
Un léger sourire apparait – enfin !
- Je connais peu d'employés de monsieur Cullen capable de citer un philosophe du XIVème siècle. Vous me trouvez sans doute assez sévère, Mademoiselle Swan mais j'ai besoin de tester votre capacité à encaisser les remarques acerbes.
Madame Cope souffle un coup. Elle secoue la tête légèrement et je comprends qu'elle est embarrassée.
- Pour une raison qui m'échappe complètement, Mr Cullen a décidé de retenir votre candidature pour devenir sa secrétaire personnelle.
Je me retiens à la chaise de peur de tomber. Moi ! Cullen ! Personnelle !
D'accord, ce n'est pas très cohérent. Mais vues les circonstances, c'est tout ce que je pouvais faire !
- Il vous attend dans son bureau afin de voir si vous correspondez au profil qu'il attend d'une de ses employées directes. Monsieur Cullen est un patron très exigeant et vous allez vous rendre compte que mes remarques ne sont rien en comparaison des réflexions qu'il pourra vous faire. Désirez-vous toujours ce poste ?
- Euh !... Oui !, bafouille-je sans trop chercher à réfléchir.
Elle se lève et me demande de la suivre. Mes jambes ont du mal à m'obéir.
J'étais venue pour un emploi dans un petit box anonyme. Et me voilà secrétaire personnelle du Big Boss.
Bin ! Là ! Ma vieille ! Tu fais fort !, dit la petite voix en secouant la main et en sifflant d'admiration.
Nous traversons à nouveau le couloir. La blonde à l'accueil se redresse lorsque nous passons devant elle. Je sais pertinemment que ce n'est pas pour moi.
Mme Cope appuie sur le bouton de l'ascenseur dont les portes s'ouvrent immédiatement. Nous nous engouffrons ensemble et elle demande l'étage le plus haut.
Ai-je déjà mentionné oh combien je déteste les ascenseurs !
Je me dis subrepticement que ce n'est pas la seule chose que je vais détester dans ce boulot.
Tu l'as voulu ! Tu l'assumes !
Nouvel étage ! Nouvelle banque ! Nouvelle blonde !
Pourquoi ne suis-je pas surprise ?
- Ne bougez pas, Heïdi, dit sèchement Mme Cope. Je m'en occupe.
La petite peroxydée au visage d'ange me jette un regard plein de haine.
Celle-là ! Tu ne vas pas t'en faire une copine !
La DRH me conduit jusqu'à une large porte en chêne massif. Elle ouvre sur une pièce de la taille de mon studio. Un petit bureau et une immense armoire de rangement comblent l'espace de droite. A gauche, des fauteuils Bauhaus signés Le Corbusier avec une table basse dont je ne me souviens plus le créateur.
Mon espace à moi ! Trop bien !
Mme Cope s'approche d'une seconde porte en bois, tout aussi large, en face de nous. Elle tape deux coups rapides. Puis elle se tourne vers moi :
- Maintenant, c'est à vous de faire vos preuves, ma petite. Bonne chance !
Son regard s'est ramolli et je vois de la pitié. Là, pour le coup, je suis morte de trouille. Mes entrailles se resserrent soudainement et, incapable de sortir un mot, j'acquiesce de la tête pour la remercier.
Elle ouvre la porte et je m'engouffre.
Je m'étais imaginée une sorte de cage. Comme au cirque ! Sombre, avec des poteaux en ferrailles tellement serrés qu'on ne peut pas passer la tête entre eux. Et au centre, un homme vieux et ventripotent, une énorme moustache à la place de la bouche, l'air méchant et pervers avec un fouet à la main.
Mais la salle est immense, quatre ou même cinq fois plus grande que celle que je viens de quitter.
Il parait que la richesse d'un patron se mesure à la taille de son bureau.
Putain qu'il est riche !
Tout le mur du fond est vitré et le reste baigne dans une couleur beige clair. Le bureau est en face de moi, monumental. Sur la gauche, un canapé beige clair en cuir avec une table basse, une télévision de la taille d'un petit écran de cinéma est fixée au mur et un bar prend tout le long du mur à ma gauche. Sur la droite, une immense bibliothèque avec des fauteuils confortables. Une sculpture moderne prend l'espace restant : un enchevêtrement de cubes évidés qui monte vers le ciel. C'est froid, lisse, ordonné mais aussi léger, aérien. J'adore.
Je ne m'attarde pas et m'avance vers le bureau.
Je suis d'abord frappée par l'alignement des objets sur le bureau : une petite horloge électronique, le stylo, la calculatrice, l'écran ultraplat de l'ordinateur. Tout semble avoir une place précise, contrôlée.
Un homme est plongé dans un dossier.
- Bonjour, monsieur, dis-je.
Ma voix est un peu trop précipitée, un peu chaotique. Mais au moins j'ai réussi à parler.
Il lève les yeux vers moi.
Waouh ! C'est le même homme que j'ai croisé tout à l'heure. Alors c'est lui, Edward Cullen, un des plus grands financiers des cinq dernières années, le créateur de la Cullen Corporation, une entreprise dont une des principales compétences est le placement en bourse et la gestion de plusieurs grosses fortunes américaines.
Il est si jeune !
Et si sexy !
Une douce chaleur m'envahit, remontant jusqu'à mon visage. Je sais que je rougis et je n'y peux rien. Ses yeux se plissent et s'obscurcissent à nouveau. Sa main se crispe sur la pochette cartonnée de son dossier. Je sens une forte énergie se dégager de lui : il me fait un peu peur !
Il n'aime pas les hyperémotives. Il va être gâté avec moi !
Il baisse à nouveau les yeux. La scène n'a duré qu'une ou deux secondes. Il se ressaisit vite.
- Bonjour, mademoiselle Swan. J'aime les gens ponctuels.
Son voix est ferme et posée : elle montre son assurance.
- Merci, murmure-je.
- Ce n'est pas un compliment, c'est une affirmation, précise-t-il.
Voilà ce qui s'appelle se faire doucher. Je deviens encore plus cramoisie. J'ai la vague impression d'être une lycéenne prise en faute devant le proviseur.
Il va peut-être te donner la fessée, suggère la petite voix, mi horrifiée, mi intéressée.
- Je vais être direct, miss Swan. Comme Madame Cope vous l'a certainement dit, je vous engage comme ma secrétaire personnelle. Votre travail consistera à taper mon courrier, à répondre au téléphone, à faire tampon entre mes clients et moi, à accueillir mes rendez-vous, à m'accompagner lors de mes divers déplacements. Rien de bien compliquer. Je ne suis pas un adepte des entretiens. Je vous soumets à une semaine d'essai. S'il est concluant, vous êtes embauchée. Votre salaire en tant que secrétaire personnelle est bien sur plus intéressant que celui proposé dans l'offre. Mais j'attends également plus de travail et de disponibilité. J'ai besoin de quelqu'un qui s'adapte rapidement à mon rythme. Vous sentez-vous capable d'assumer ce travail, mademoiselle Swan ?
Ben ça, c'est du discours ! Ne te laisse pas faire, ma vieille !, me chuchote la petite voix.
Je reste à nouveau interloquée. Je ne suis pas encore remise de la proposition faite pas madame Cope et maintenant par l'homme le plus froid et le plus sexy du monde.
- Il me faut une réponse rapide, ajoute-t-il, stoïque. Je ne suis pas quelqu'un de patient et mon temps est précieux.
Son regard n'a pas cillé durant tout son discours. Il jauge ma réaction.
Et moi, je reste scotchée devant cet homme. J'ai du mal à réfléchir. Il me parle travail, je vois ses beaux yeux verts, il veut une réponse, mais j'ai du mal à me concentrer avec la petite voix qui me suggère :
S'adapter à son rythme, tu crois que c'est une allusion sexuelle ?
- J'accepte l'offre ! tente-je de dire d'une voix ferme mais qui sonne faux.
- Bien. Voici les papiers administratifs que vous devez signer. Vous les remettrez à Heïdi en sortant. Soyez ici demain pour huit heures précises. Je vous expliquerai alors votre travail du jour.
Il me tend une dizaine de papiers agrafés en deux paquets distincts et un stylo. En les prenant, je touche légèrement sa main. Un frisson me parcourt le bras et vient se loger au creux de mon ventre.
Bon sang ! Mais qu'est-ce qu'il m'arrive !
- Le premier contrat est votre embauche pour la semaine. Vous serez payé cinq cent dollards plus les frais qui pourraient être occasionnés si vous devez m'accompagner en déplacement. Le deuxième est un contrat de non divulgation. Plusieurs concurrents rêveraient de connaître certaines informations sur moi ou sur mon entreprise. J'exige de vous le secret absolu !
Sa voix est plus chaude, plus rauque ! J'halète soudain !
Bella reprends-toi ! Faire le petit chien devant ton patron, c'est pas très professionnel !, me sermonne la voix.
Je commence à parafer chaque page en bas, à droite avant de signer la dernière.
- Vous ne lisez pas ?, me demande alors Edward Cullen.
- Non !
- Vous devez toujours lire ce que vous signer, Mademoiselle Swan. Ce genre de comportement peut être dangereux pour vous.
- Je ne suis qu'un quidam quelconque qui vient d'être embaucher pour une semaine, Mr Cullen. Pourquoi chercheriez-vous à me nuire ?
Il me regarde longuement. Ses yeux sont redevenus à nouveau vert mais il fronce encore les sourcils. Il cherche une réponse à une question. Encore ! Mais laquelle ?
Je finis par signer la dernière feuille des deux documents.
Je bafouille au revoir. Je le regarde une dernière fois avant de me retourner pour marcher un peu trop mécaniquement vers la sortie.
Au fur et à mesure que je m'éloigne de lui, j'ai l'impression de mieux respirer et surtout d'avoir les idées plus claires. Bon sang ! Je sais que je suis réservée, voire timide. Mais jamais personne n'a eu cet effet là sur moi.
Je pose mes papiers devant l'hôtesse blonde. Elle ne daigne même pas me regarder.
Je m'enfuis, en me retenant de ne pas courir. Les portes de l'ascenseur s'ouvrent quelques secondes plus tard et je m'engouffre dedans avant d'appuyer sur le bouton du rez-de-chaussée.
J'aperçois alors une Heïdi médusée, la tête tournée vers la gauche. Je suis son regard.
Edward Cullen est appuyé contre le chambranle de la porte, les bras croisés sur sa poitrine. Les portes de l'ascenseur se referment sur ses deux prunelles noires.
