Alice

"C'est très important une famille ... nous n'en avons qu'une." me dit-il en me tenant les mains.

Je levai les yeux vers son visage et souris. Mais, un coup d'œil sur ses yeux me confirma ses inquiétudes et sa tristesse à l'idée que je puisse le quitter de nouveau. "Oh chapelier ..." dis-je d'un souffle, les larmes aux yeux. "J'ai peur de ne plus jamais vous revoir."

"Ma chère Alice ..." commença-t-il avec un regard plein d'espièglerie, puis il nous tourna vers le miroir et continua : "dans les jardins de la mémoire, au palais des rêves, c'est là que toi et moi nous nous retrouverons."

Je l'observai, fascinée par la blancheur de sa peau, par ses boucles folles d'un orange vif, ses touches de rose sur ses joues et son nez, son maquillage arlequin au tour de ses yeux sublimant la couleur émeraude de ses iris. Sa tête était sublimée par un chapeau, ce n'était pas son éternel haut de forme habituel, il en avait changé pour un chapeau cloche dans un style aventurier qui lui allait tout aussi bien que le traditionnel. Je me reconcentrai sur ses yeux, son œil gauche avait sa couleur habituelle mais le droit était d'un vert plus pâle, légèrement jaunâtre, trahissant ses émotions. J'arrêtai ma contemplation pour lui répondre : "Mais un rêve ce n'est pas la réalité."

Il se rapprocha de moi et me fixa. "Qui peut dire où commence l'un et où commence l'autre." Un sourire se peigna sur son visage à la fin de sa phrase. Je souris en retour et le pris dans mes bras. Je sentis sa main hésitante me caressait les cheveux et je faillis fondre en larmes à se toucher si délicat. A contrecœur je rompis l'étreinte et me dirigeai vers le miroir, sa main dans la mienne me guidant, un sourire d'encouragement sur son doux visage.

Malgré la tristesse du moment, je regardai une dernière fois mes amis. "Tu as réussi Alice !" s'exclama Mally en pleurant. "Tu as accompli l'impossible." Je la regardai sécher ses larmes sur l'oreille de Bayard. Je n'aurais jamais pensé que Mally puisse pleurer pour moi, notre amitié avait si mal commencé sans que je ne sache réellement pourquoi. Je jetai un regard circulaire sur l'ensemble de mes amis, ils étaient tous là, les Tweedles, Mctwist, Thackery, Bayard, Malyumkin et Cheshire.

"Rien n'est plus impossible que de vous dire au revoir mes amis" rétorquais-je d'une voix lasse. Mon regard se posa une dernière fois sur mon chapelier. "Au revoir chapelier" soufflais-je. Il me sourit une dernière fois et je passai dans le miroir. J'entendais au loin le chapelier murmurer "Au revoir Alice ..."

Me voilà de nouveau chez moi, dans mon monde, il me paraît si terne à présent en comparaison à Underland. Je regardai autour de moi pour identifier où je me trouvais. Après une rapide inspection, j'en déduisis que j'avais atterrit dans ma maison à Londres. Je m'empressai alors de chercher ma mère qui devait fortement se morfondre de mon absence. Je la trouvai dans le salon, lisant un livre, ne paraissant pas plus inquiète que cela. Au bout de quelques secondes, elle leva le visage vers moi. "Vous avez fait la grasse matinée très chère."

Je ne sus que répondre ahuri d'avoir été si peu absente dans mon monde en comparaison au temps passé dans Underland, puis j'éclatai en un sanglot incontrôlable et me logeai mollement dans les bras de ma mère. "Qu'y a-t-il mon enfant ?" me demanda-t-elle inquiète.

"J'ai quelque chose à vous dire." Lui murmurai-je d'une voix larmoyante. Je séchais mes larmes et lui racontai tout : Underland, Mally, Bayard, le lièvre de mars, le lapin blanc, les Tweedles, la reine blanche et sa sœur, la reine rouge, le Temps qui était en fait une personne bien réelle comme nous et moi, la folle histoire de la famille Hightopp, le vol de la chronosphère qui a bien faillit nous tuer et surtout je lui parlai du chapelier, mon chapelier, Tarrant.

Tout ce temps ma mère resta silencieuse. Je la regardai soucieuse. "Pensez-vous que je suis folle ?" Elle fronça les sourcils "oui." Me répondit-elle. "Folle d'être partit !" enchaina-t-elle. Je la fixai sidérée. "Que fais-tu encore ici jeune fille, part, va rejoindre ton chapelier" me dit-elle doucement.

"Mais je ..." tentais-je. "Il n'y a pas de mais Alice. Tu l'aimes c'est indéniable cela s'entend dans ta voix et se voit dans tes yeux." Me coupa-t-elle. "Et puis je serai très bien me débrouillai toute seule. Qui sais, je pourrais peut-être te rendre visite de temps en temps !".

Est-ce que j'aime le chapelier ? Oui, la question ne se pose même plus, mais pourrais-je laisser ma mère seule ? Je revis le regard empli de tristesse du chapelier lorsque je suis parti et ... "Allez ouste jeune fille" me dit-elle m'arrachant de mes pensées. "Oh mère, merci infiniment, j-je promets de vous rendre visite régulièrement." Je la serrai dans mes bras, lui embrassai la joue et lui dit au revoir émue.

Je me mis à courir vers le miroir de ma chambre. Une fois devant celui-ci, je le vis s'activer et aperçu le chapelier à travers. Il était là où je l'avais laissé, le Temps savait que je n'allais pas mettre beaucoup de temps à revenir et a donc fait en sorte que le chapelier ne se rende presque pas compte de mon absence. Il était si bon d'avoir le Temps en tant qu'ami.

Je soufflai un bon coup, regardai une dernière fois ma chambre et m'engouffrai dans le miroir.