Disclaimer : Vous connaissez la musique, les personnages principaux ne m'appartiennent pas.

Cette suite n'était pas prévue mais j'ai finalement cédé à mes puls... à mes idées. Certains moments sont très glauques, je l'admets mais je n'y peux rien si j'adore ça. ATTENTION : FIC EXPLICITE.


Les Léviathans n'ayant plus aucune nouvelle des Winchester depuis l'incendie de la maison de Bobby par Edgar, ils savaient que ceux-ci n'avaient toujours pas trouvé le moyen de les éliminer. Ils avaient donc les pleins pouvoirs et leurs agissements étaient sans limite, tellement que s'en était presque devenu banal pour eux d'agir sans avoir le moindre chasseur en travers de leur route.

En ce jour, Dick moisissait dans son bureau de "Richard Roman Enterprises" à tel point qu'il se serait volontiers jeté sur la route des deux frères pour un peu d'action. Les locaux avaient été réaménagés et il avait choisi d'installer son bureau au sommet des bâtiments pour s'offrir une vue panoramique mais aujourd'hui, le soleil tapait à travers son immense fenêtre et envahissait son bureau, lui qui ne savait pas quoi faire devait aussi supporter l'éreintement de la chaleur.

- Ce pauvre Richard devait vraiment s'ennuyer à mourir à certains moments. Ce quotidien est assommant, des fois. Peut-être que je devrais m'installer un ou deux matelas dans cette pièce, au moins je m'allongerais les jours d'ennui. Et voilà, j'en suis réduit à parler tout seul.

Feuilletant des dossiers pour un rien, il allait pester pour la vingt-deuxième fois en regardant le ciel par la fenêtre lorsque son téléphone sonna.

- Allons bon, encore des tracas.

Il hésita longuement avant de décrocher mais se résigna au cas où cela lui aurait permis de passer le temps de façon plus rapide.

- Bonjour patron ! nous avons un énorme problème à Sioux Falls.

Il reconnut immédiatement cette voix qui servait à rassurer tant de monde à l'hôpital, plus particulièrement la gente féminine. En revanche, elle demeurait tremblante avec lui en toutes circonstances car les conséquences de ses erreurs n'étaient guère sans impact.

- Voici notre célèbre docteur Gaines, que puis-je faire pour toi ? Illumine donc ma journée avec ce problème qui je l'espère est de taille, mon temps filera plus vite.

- Il concerne Edgar.

- Oui...

Après un court silence déjà pesant additionné au soleil qui le brûlait à travers la fenêtre, Dick se décida à le briser :

- Bon et bien qu'y a t-il ? Il est à l'hôpital ?

- En effet, il y est mais il est devenu complètement fou.

- Tu as l'intention de t'expliquer un jour ou bien je suis censé deviner tout seul ?

- Il a perdu la tête, enfin... autant que ça pourrait arriver à l'un des nôtres dans un corps humain, si vous me suivez.

Dick sourit en s'imaginant lui demander si Edgar l'avait dragué mais il préféra éviter de dévoiler leur nouveau visage trop humain à tous les deux.

- Aucunement, alors viens-en aux faits et vite.

Gaines soupira avec hésitation, cela se sentit au bout du fil.

- Il est souffrant, je crois que se comporter en être humain ne lui réussit pas. Il est quelque part dans l'hôpital en train d'attaquer les patients, Anita et Cooper sont en train de le chercher.

Oubliant le soleil et perdant le sourire, Dick se raidit sur son bureau et s'énerva sans le vouloir.

- Attaquer de quelle façon ? Humaine ?

- Oh non, la nôtre. Il les dévore en masse, il n'a plus aucun contrôle et c'est comme s'il n'avait plus de conscience non plus. Je sais qu'il en a déjà tué avant-hier parce qu'on a retrouvé deux des patients complètement déchiquetés, un sale travail. J'ai essayé de l'arrêter mais quand il m'a vu, il s'en est pris à moi et a carrément tenté de me tuer.

Finalement, il se serait bien passé d'un problème pareil.

- Qu'est-ce que... C'est inquiétant, ça.

Il ne put voir le médecin qui haussa les épaules par réflexe, comme s'ils avaient été face à face. La chose en elle-même ne l'atteignait pas puisqu'elle le traversait souvent devant l'incompétence dont faisait preuve Gaines avec ses expériences, mais ce genre de décision n'appartenait qu'à lui et jamais Edgar ne s'y serait engagé s'il avait été dans son état normal.

- Nous n'avons encore jamais été malades et étant donné que nous sommes supérieurs aux humains sur le plan "santé", je ne comprends pas du tout ce qu'il a mais ses symptômes ne sont pas rassurants.

- Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? J'arrive aussi vite que possible, j'ai un léger problème à régler. Essaie de le retrouver et n'hésite pas à employer la force si nécessaire.

- Entendu.

En dépit de son "léger problème", Dick fut très rapide pour arriver comme à chaque fois qu'un problème concernait un de ses semblables. Il apparut face à son ami chirurgien qui se trouvait seul dans son bureau. Dick soupira devant une conversation à venir qui s'annonçait perturbante pour lui. Néanmoins ils se saluèrent par politesse et il en vint au sujet principal.

- Je l'ai cherché partout pendant des jours, depuis quand est-il ici ?

- Je n'en ai pas la plus petite idée, il ne s'est même pas annoncé et je ne me suis rendu compte de sa présence ici qu'en le voyant au dessus d'un patient qu'il venait de saigner. Pourtant j'avais eu vent d'une agression bien avant et je me suis douté qu'il s'agissait d'un des nôtres à cause des faits.

- Edgar savait que tu avais des doutes avant d'agir ?

- Je crois que non et c'est ce qui m'a fait penser qu'il avait un problème, bien avant de m'avoir sauté dessus. Ce manque de vigilance ne lui ressemble pas du tout. D'ailleurs, je le croyais avec vous avant de le surprendre mais là il laisse des morts dans son sillage alors j'imagine qu'il a mis son peu de doutes de côté. Je suis persuadé qu'il a quelque chose de très grave pour se comporter de cette façon, lui qui est aussi pointilleux que vous sur les règlements...

Gaines et Roman longèrent les couloirs tout en cherchant un éventuel signe de la présence de leur congénère comme un mouvement de panique ou de la casse, et le médecin l'arrêta lorsqu'ils furent à l'intérieur de la passerelle vitrée qui reliait les deux principaux bâtiments entre eux. Cet élégant passage en verre appuyé sur trois puissantes colonnes beiges surplombait également le parc de l'hôpital sur lequel il offrait une vue qui savait à elle seule redonner le sourire aux patients : fleurs, chemin caillouteux et un fin cours d'eau qui descendait sur une bonne distance jusqu'à un point indéterminé.

- C'est d'ici que je l'ai aperçu hier matin.

Dick, dont la colère se gravait sur le visage, s'inquiéta pour son ami au même moment que grimpa sa colère envers la négligence de Gaines pour surveiller cet endroit qui était en quelque sorte leur cantine et qu'ils devaient garder sécurisé et irréprochable sur le contrôle humain, les agissements d'Edgar risquant de faire paniquer leur troupeau de bipèdes.

- Ne me dis pas qu'il attaque carrément les gens dans les couloirs parce que dans ce cas-là, cela ne relèverait pas de la maladie mais de l'inconscience totale.

- Non, en fait il était dans les locaux là-bas.

Il pointa du doigt un bâtiment plus petit en face d'eux, proche mais séparé des leurs par un petit parc dans lequel des patients se promenaient avec ou sans accompagnateurs selon leur capacité à se débrouiller seuls.

- En fait, ce bâtiment là-bas ne comporte que deux salles d'opération de secours qui ne servent jamais, elles sont reconverties en salles de stockage pour le matériel. Et le seul étage dont vous voyez les pièces non éclairées sur la droite, ce sont en fait trois bureaux. Les deux autres pièces à gauche ne sont utiles en rien pour le moment. Ce bâtiment n'en reste pas moins fréquenté par plusieurs personnes même si elles ne sont pas aussi attentives qu'elles le devraient.

- Tout ça pour en venir où ? s'impatienta Roman.

- J'ai eu des soupçons concernant des patients qui disparaissaient - étrangers aux deux défunts et non retrouvés depuis - alors j'ai commencé à arpenter les couloirs en croyant que certains des nôtres n'avaient pas respecté nos règles. Je les ai questionnés assez durement, il le fallait mais leur sincérité était indiscutable pour moi alors j'ai continué mes recherches avec eux. Je suis arrivé ici et j'ai surveillé un peu les alentours, c'est là que j'ai vu notre ami. Je me suis demandé ce qu'il faisait à l'hôpital et de surcroît à l'écart là-bas. Dans le dernier bureau à droite, à l'étage. Il attendait près de la fenêtre, la tête contre le mur et il s'est mis à tourner en rond. J'ai eu l'impression qu'il cherchait à être seul et il avait l'air assez mal en point là-dedans.

Gaines tapota sur sa tempe pour appuyer ses mots et cette allusion aussi innocente fut-elle ne plut pas à Dick, mais il accepta de l'écouter.

- Et puis une aide-soignante est entrée dans le bureau : Clara Foster, jeune et prometteuse pour les humains. Il l'a frappée dès qu'elle s'est rendue compte de sa présence, à croire qu'il ne s'attendait pas à voir débarquer quelqu'un. Après je ne sais pas, il a tapé dans le mur et il s'est mis à paniquer en refermant la porte, je crois qu'il n'avait pas l'intention de lui faire du mal.

Son patron haussa les sourcils, complètement perdu.

- Peut-être que quelque chose s'est détraqué en lui lorsqu'il a pris possess...

- Ne dis plus un mot ! le coupa durement Dick.

Dick menait les siens d'une main de fer. Cependant, il se montrait très protecteur envers ce Léviathan en particulier. Leur relation était particulière et ce depuis la nuit des temps. Gaines savait qu'ils étaient très proches depuis leur création. Sachant qu'il était allé trop loin cette fois, il obéit à son patron et acquiesça non sans s'excuser au passage.

- Ce n'était pas pour parler de lui de façon péjorative, vous savez que j'ai du respect pour Edgar.

- Oui, je sais.

"Tu as surtout peur de lui, comme tous les autres. Vous avez autant peur de lui que vous avez peur de moi. Je ne l'ai pas nommé mon second pour rien" pensa Roman en ricanant, puis il fixa le bureau en question et reprit là où ils en étaient restés :

- Il l'a engloutie ensuite, j'imagine.

Sur le coup, le chirurgien sembla perdu voire très mal à l'aise.

- Non, elle est encore vivante. Sauf si l'on considère que pour nous nourrir à l'état d'humains, il faille ôter nos habits.

Dick décrocha son regard de la vitre et tourna très lentement la tête vers le chirurgien.

- Pardon ?

- La situation était plus qu'ambiguë et ma visibilité très mauvaise. Il était encore debout, il la regardait et puis ensuite... il s'est baissé. Je ne voyais rien à cause du mur sous la fenêtre mais j'ai couru jusque là-bas et à mon arrivée, il n'y était plus mais Clara oui. Je lui ai demandé si tout allait bien et elle m'a répondu avoir perdu l'équilibre.

- Qu'a t-il fait ? grogna son patron pour lui-même.

- Peut-être a t-il voulu se nourrir mais s'est retenu au dernier moment. Après tout elle est vivante, comme je vous l'ai dit.

Jamais il n'avait vu cette soudaine étincelle dans les yeux de Dick même lors de leur bannissement au Purgatoire. Soudain, le boss frappa si fort le sol de son pied que son ami sursauta lorsqu'une partie de la vitre devant eux se brisa.

- Il s'est dévêtu, tu as dit... et elle est encore en vie. La raison est simple, il est inutile de chercher loin et il va m'entendre.

Il partit à grandes enjambées en laissant l'autre homme avec un problème de vitre à régler. Cette fois, ce serait son fidèle bras droit qu'il devrait remettre dans le rang et il s'en sentit très mal à l'aise. Ses chaussures claquaient sur le carrelage et ses pas résonnaient dans les couloirs tellement il tempêtait contre son ami. Maladie ou pas, le Léviathan avait intérêt à avoir une bonne défense même en étant l'ami de Roman. Le patron, furieux mais inquiet, fouilla les couloirs un à un et chaque pièce dans les moindres recoins, sans succès. "Il tue pour se nourrir alors si le problème d'Edgar est lié à l'alimentation, il ne partira pas de l'hôpital de sitôt s'il en veut encore. Tiens le coup, mon ami. Quel que soit ton souci, tu es aussi costaud que moi" pensa t-il.

À contrecœur, il s'engagea à parler avec les patients réveillés pour leur demander s'ils n'avaient pas vu un homme Hispanique, assez jeune, à l'allure sombre et rude traîner dans les couloirs. Il dut parcourir tout un étage avant d'obtenir enfin quelques informations.

- Si bien sûr, il est passé il y a une vingtaine de minutes.

Une vieille dame répondant au nom d'Augusta se présenta dans les formes et lui remonta le moral en indiquant la direction prise par "un mignonnet Latino d'une quarantaine d'années", avait-elle cité. Celle-ci en pinçait pour les hommes d'origines Hispaniques. Par ceci, Dick en retrouva le sourire. Certains humains craquaient sous son charme mais pas seulement... Par ailleurs, elle n'hésita pas à se renseigner sur le fait qu'Edgar ait des ennuis et le chef des Léviathans contra cette pensée au cas où.

- Tant mieux, ça me rassure. Le pauvre ange, il n'avait pas l'air dans son assiette. C'est un patient qui cherche à sortir en douce ?

Roman pencha la tête devant autant d'attention envers un inconnu. "Ange, a t-elle dit" pensa t-il.

- En fait, c'est un ami proche et il va très mal. Vous lui avez parlé ?

- Non, il est passé dans le couloir et s'est arrêté devant ma chambre. Il se tenait le ventre, je crois que ce pauvre homme avait très mal. Quand il m'a regardée, j'ai vu que ses yeux étaient vraiment sombres et presque vides, comme ceux d'un requin. Il m'a fait de la peine.

Peut-être que Dick afficha une mine trop affectée à ce moment-là ou fut-il facilement déchiffrable, en tout cas elle s'adressa à lui différemment :

- Ne vous en faites pas, vous allez le retrouver. C'est votre amoureux, je vois bien ces choses-là.

Ce mot lui parut assez cocasse voire ridicule étant donné sa nature, mais il eut la bonté de ne pas le montrer tant la sagesse de cette femme lui avait plu. Elle lui fit un clin d'œil et il regretta un court instant de devoir se nourrir de chair humaine. Les personnes comme elle, il les tolérait presque avec un amour qu'il ne devrait pas manifester pour cette espèce. Après un hochement de tête très parlant, il se retira avec politesse tout en lui conseillant de prendre du repos après qu'elle ne lui ait souhaité bonne chance.

Poursuivant dans ces couloirs empoisonnant l'air de produits pharmaceutiques que tous inhalaient sans rechigner, il en vint à croire que le Latino s'était enfui. Pour cause, il aperçut de nouveau le docteur Gaines au bout du couloir qui lui fit explicitement comprendre d'un geste qu'il n'avait aucune nouvelle. Au moment où ils s'approchèrent l'un de l'autre, c'est là qu'ils virent une personne arriver en courant et prise de peur. Soulagée, cette femme brune au teint pâle comme la mort expliqua au médecin le motif de son marathon dans le couloir :

- Il y a un... un homme souffrant à l'étage du dessus, il a l'air blessé. J'ai essayé de lui parler mais... il fait un peu peur et comme il a failli s'effondrer...

Gaines la remercia et la rassura en prétendant amener aussi vite que possible la sécurité ainsi que des médecins pour examiner l'homme dont il était question. Toujours sous l'effet de l'adrénaline, elle sortit un peu de l'établissement et une fois évaporée de leur champ de vision, ils se regardèrent avec un soulagement qui prit vite fin. En effet, un hurlement retentit depuis l'étage, suffisamment fort pour ameuter plusieurs visiteurs près des portes et Dick fonça vers la source en demandant par prudence à Gaines d'évacuer le personnel de l'étage discrètement, et également de maintenir les malades dans le plus grand calme en fermant les portes afin de ne pas démasquer leur ami. Lui se précipita vers l'étage supérieur et chercha partout, ses craintes prenant forme lorsqu'il surprit Edgar à moitié allongé sur le lit d'un patient adolescent et à l'évidence sur le point de n'en faire qu'une bouchée. Il entendit ce grognement qui lui était propre et vit le garçon fermer les yeux sous la terreur, hurlant en appelant à l'aide et repoussant désespérément le Léviathan par les épaules. La créature le frappa violemment au visage et voulut se jeter à son cou.

- EDGAR ! hurla Dick.

Son ami tourna sa gueule aux dents acérées vers lui et c'est là que Dick réalisa à quel point il semblait atteint. Même sans voir l'entièreté de son visage, il connaissait les siens et il était normal qu'il sache quand quelque chose n'allait pas chez l'un d'eux.

- Bon sang, mais qu'est-ce que c'est que cette façon d'agir ? Qu'est-ce que tu as ?

Voir l'autre créature commencer à lui grogner dessus prouva cette instabilité et il s'inquiéta davantage. Dick se précipita vers le lit pour l'en arracher mais en vain car son second usa de toute sa force contre lui. Il ne parvint pas à dominer sa rage et repoussa Dick contre le mur avant de descendre lui-même du lit pour lui foncer droit dessus. Ils durent s'affronter et malgré le fait que Roman n'avait aucune envie de lui faire du mal, il lui donna un coup à la gorge et réussit une clé de bras l'immobilisant, ordonnant ensuite au garçon de se boucher les oreilles et de fermer les yeux. Ce dernier étant terrifié, il obtempéra sans aucune protestation et Dick put à nouveau parler à Edgar qui commençait à s'épuiser contre lui.

- Regarde-moi.

Le boss le relâcha doucement et l'entendit geindre contre sa gorge. Tête baissée, Edgar sentit son patron et amant lui caresser sa lèvre élargie, n'hésitant pas à frôler ses dents tranchantes. Dick sentit la large bouche pleine de salive du Léviathan changer de forme, voyant avec soulagement son corps finir par se détendre et relever la tête, laissant apparaître son visage humain en pleurs.

- C'est quoi ce monstre ? demanda l'adolescent.

Edgar, en dépit de son épuisement, se retourna vers lui avec d'évidentes mauvaises intentions mais Dick lui agrippa la hanche.

- Non, reste auprès de moi.

Le Léviathan malade se tourna vers lui, son visage était en sueur et il semblait en proie à une panique totale. Cet aspect inconnu chez leur espèce fut tel que Dick revint au silence pour réfléchir à toute vitesse. Il ordonna au garçon de ne parler de rien à personne sous peine d'être pris pour un fou et le jeune se méfia en les menaçant tous les deux. Cette fois, Dick feinta de relâcher son ami affamé sur lui et cette ruse fonctionna à merveille étant donné que la rage de son ami était loin d'être calmée. "Humain stupide" pensa Dick, puis il songea à demander ultérieurement à Gaines d'administrer à l'adolescent de quoi lui faire imaginer qu'il avait pu faire un cauchemar. Il fit sortir son bras droit de la pièce et celui-ci se plia en deux en posant sa main sur son ventre une fois la porte passée, son mal était indiscutable. Dick les emmena directement dans le bureau de Gaines et assit son ami aussi doucement que possible en évitant de le précipiter et malgré cela, l'Hispanique hurla presque sous la douleur.

- Tiens le coup, j'appelle Gaines.

Sa souffrance était si foudroyante qu'elle en faisait pleurer la créature.

- C'est inutile, il ne saura pas ce que j'ai. Le Créateur ne nous a pas dotés d'une anatomie semblable à celle des humains.

Résigné, Dick baissa la tête et entoura de ses mains la tête de son ami.

- Tu dis vrai, j'imagine que Gaines n'en tirera rien.

- C'est horrible, j'ai trop mal.

Son sang noir lui sortit de la bouche lorsqu'il toussa et il se plia en deux pour vomir en évitant de se cogner contre le bureau. Chagriné et stressé de voir son éternel ami souffrir ainsi, Dick passa un bras autour de son cou et lui déposa un baiser sur la tempe.

- On trouvera ce que tu as, Edgar.

Ce dernier se releva très lentement de la chaise qui ne lui permettait pas du tout d'avoir une position supportable et alla s'asseoir contre mur avec le soutien de Dick qui se positionna près de lui. Au bout de plusieurs minutes passées à se tordre de douleur et à vouloir repartir à l'assaut d'une proie, Edgar vit toute la patience de Dick arriver au même stade que sa propre rage. Son chef l'avait laissé mettre à sac le bureau de Gaines pour se défouler et était resté à le regarder faire. Une fois la douleur du brun suffisamment atténuée et sa lucidité entièrement revenue, Dick entama les sujets fâcheux :

- Maintenant, écoute-moi. Je sais ce que tu fais pour être le plus humain possible et je t'en félicite, mais là tu en fais trop. J'ignore jusqu'où tu es allé mais c'est dangereux. Par ailleurs, j'ai entendu pas mal de rumeurs sur toi ces jours-ci et je n'en suis pas fier, d'autant plus que j'ai appris et vu des choses déroutantes aujourd'hui. Certains des nôtres en parlent entre eux et d'autres sont venus me voir - dont Gaines - pour me rapporter des énormités à propos d'un comportement indécent de ta part.

N'entendant qu'un gémissement en réponse, il poursuivit :

- Je ne les ai pas exposées au grand jour pour éviter que tout le monde ne le sache. Gaines pense que tu agis en humain de façon obsessionnelle et que c'est ce qui te fait souffrir.

- Obsessionnelle ? répéta son ami.

- Par obsession de vouloir bien faire.

Edgar, les yeux à moitié fermés, releva vers lui un visage marqué par l'affaiblissement.

- Ce n'était pas intentionnel, Dick.

- Peu importe, tu l'as fait.

- C'est juste que j'ai si faim... ça me coupe toutes mes autres sensations.

Il sentit une main réconfortante sur son épaule monter jusqu'à sa joue.

- Toi qui faisais justement la morale à ceux qui ont massacré l'équipe de natation alors que nous devions êtres discrets... mais bon ! C'est de ma faute si on passe par là, je vous ai forcé la main à tous.

Pour la première fois de leur très longue vie, Dick vit son bras droit totalement absent et confus.

- En parlant de ça, il n'y a pas que la faim qui me ronge bien que le reste soit moins douloureux.

Le patron sonda son ami et l'incita à parler en l'observant avec insistance. Edgar n'en fut pas du tout à l'aise, sentir le regard de son supérieur rivé sur lui sans ciller et à découper le moindre de ses mots n'était en rien rassurant.

- Depuis le jour où on a fait ça à plusieurs reprises, tu sais... ce rapport charnel qu'entretiennent les humains.

Dick lui sourit après avoir repensé à ce jour et approuva d'un mouvement de tête.

- Ah oui... un excellent moment.

- Ça dépend de quelle façon on interprète les choses. Moi aussi bien sûr, j'ai adoré ça mais c'est devenu une obsession pour moi. Ce jour-là, on l'a tellement fait que...

- Une obsession ? répéta Dick.

- Oui, j'en ai sans arrêt envie depuis ce jour. Je le sens entre mes jambes, impossible de me tromper et encore... je serais tout le temps excité si je me laissais aller à me conduire comme le faisait Edgar. Contrairement aux autres humains, le sexe était un véritable problème pour lui.

- Par sans arrêt, tu ne veux tout de même pas dire sans interruption ?

Son ami se contenta de hocher la tête rapidement.

- Edgar, mais tu...

- Disons juste que ça n'en est pas loin, j'ai manqué plusieurs fois de m'en prendre à des humains à cause de cet instinct primaire que je n'arrive pas à contrôler. J'en suis venu à m'enfermer moi-même mais ça ne me retient pas non plus.

- Rien de bien surprenant, nous étions les maîtres des océans autrefois alors nous avions l'immensité pour nous. L'isolement a amplifié ton recours à la violence.

- Oui, tu parles d'un changement... J'ai essayé l'alcool aussi pour voir si ça me calmerait et ça n'a rien arrangé.

Dick se passa une main sur le visage, écouter son congénère qui sombrait par sa faute lui mit le moral à zéro.

- Dis-moi que ce n'est pas vrai, Edgar, pas ça ! Toi qui es le plus strict et rationnel, j'ai peine à le croire.

- Oui mais je n'ai plus aucune solution pour oublier la douleur, Dick.

Face à son congénère qui commençait à s'énerver, le boss ne put lui en vouloir de tout essayer pour rester un Léviathan dans un corps humain.

- Je ne sais plus quoi faire, Dick.

- Viens ! souffla l'autre homme.

Il se leva de sa chaise et en fit autant avec le brun. Il examina la douleur dans ses mouvements et son visage avant de placer son cou près du sien, passant lentement une main sous sa chemise humide de sueur pour caresser son buste douloureux. Surpris par l'aise apportée par cette caresse, Edgar eut une sorte de réflexe de sécurité et se colla à Dick avant de le prendre dans ses bras. Y répondant, le plus grand déposa ses lèvres dans ses cheveux et l'embrassa avant de renifler son odeur. Il entendit son ami se confier contre lui :

- Cet homme, Edgar, était quelqu'un de vraiment malheureux. Son garage est envahi d'affiches avec des femmes à peine vêtues, assises dans des postures provocantes sur des capots de voitures. Il buvait et il traînait dans les bars en cherchant des personnes qu'il ramenaient chez lui, hommes comme femmes. Je crois qu'il était en pleine quête d'identité.

Tout s'éclaira dans la tête de Dick.

- Si ton hôte était tellement instable et imprévisible, tu n'as jamais songé à te dégoter un nouveau corps ?

- Non, je ne veux pas. J'ai déjà mis trop de temps à accepter cette enveloppe de chair et avec ces fichus habitudes humaines qui me dégoûtent, je pourrais tomber sur pire encore. Je vais apprendre à me contrôler, j'y arriverai.

Apparemment, il s'était fait à l'idée de rester dans ce corps humain mais cela cachait autre chose.

- Tu t'es attaché à la personnalité de cet homme, c'est ça ? devina Dick.

- On peut dire ça. Je hais toujours les humains, en dehors d'une chose chez eux que nous n'aurions jamais pu faire avec notre apparence originelle.

Son ton explicite fit sourire Dick.

- En effet ! C'est dommage que nous nous en débarrassions à chaque fois que nous prenons leur apparence, on pourrait s'entendre avec eux après tout et on serait comme leur "jumeau maléfique". Malgré la prudence dont nous devons faire preuve, ce n'est même pas indispensable. D'ailleurs, je me vois mal dévorer celui dont j'ai pris l'apparence. Moi aussi, en dehors de l'influence nécessaire que j'ai eu avec Roman, je me suis attaché à mon physique et peut-être que c'est ce qui nous a rendus aussi... proches ?!

- Peut-être bien.

Puis Dick sourit à son congénère avant de l'embrasser.

- Tu es quelqu'un de très surprenant, mon ami. Tu étais le plus réticent à t'intégrer parmi les humains et regarde-toi maintenant. Tu l'es toujours autant, je ne vais pas te faire râler, mais tu t'es forcé à prendre certaines décisions pour ça et même si elles ont failli t'être fatales, c'est un pas en avant. Par contre, une chose va à l'encontre de ce progrès : ne t'en prends plus au personnel de l'hôpital ni aux patients parce que ça pourrait avoir des répercutions néfastes sur la réputation de notre ami chirurgien, ainsi que sur notre modération pour l'alimentation. Il ne manquerait plus que les autres en fassent autant. Et inutile de te répéter à quel point diminueraient nos chances de réussir sans le travail de Gaines sur l'alimentation humaine.

- Oui, je vais me pencher là-dessus. Ne me regarde pas comme ça, Dick. J'ai compris la leçon, je dois me nourrir normalement.

Son boss lui exprima sa confiance et lui caressa encore le ventre en restant contre lui un moment.

- Ce n'était pas une bonne idée de t'imposer cette immersion chez les humains. En plus de ta désapprobation, ton hôte était vraisemblablement inadapté et ses défauts sont devenus les tiens dès l'instant où tu as pris son apparence. Mais je n'avais pas le choix, je n'ai confiance qu'en toi.

Roman revint en arrière et repensa à la discussion entretenue avec Gaines sur la passerelle vitrée.

- Il y a une autre chose sur laquelle tu vas devoir faire preuve de franchise avec moi.

- Laquelle ?

Edgar s'éloigna pour le regarder dans les yeux en s'étonnant de le voir hésiter. Sans en être satisfait, le regard du boss devint plus sévère histoire de dissuader son ami de mentir.

- Je n'aime pas avoir à te demander une chose pareille mais d'après Gaines... as-tu abusé d'une personne ? N'hésite pas à me le dire si cela s'est produit.

Edgar détourna la tête en soufflant, il semblait être sur le point de frapper dans quelque chose.

- Sexuellement tu veux dire ?

- C'est bien ça.

- Pas du tout, pourquoi me demander ça ? Même si ma conduite peut porter à confusion, c'est justement ce que j'arrive le mieux à maîtriser. Je sais que je me suis mal comporté mais j'ose espérer que tu as confiance en moi.

- J'ai la plus grande confiance en toi, Edgar, sinon je ne te l'aurai pas demandé ouvertement. Mais tu m'as avoué toi-même avoir des besoins incontrôlables hérités de ton hôte qui était sans arrêt à la recherche de plaisirs charnels. Alors si tu me dis non, je te crois mais je suis obligé de te demander ce qu'il s'est passé dans l'immeuble d'en face avec cette jeune aide-soignante. Gaines t'a vu la mettre à terre et...

- D'accord !

Le basané inspira un grand coup et balança en fixant son supérieur :

- Je l'ai seulement frappée, rien de plus. Il aurait suffi que je reste seul pour réussir à me calmer mais elle est arrivée, alors j'ai craqué. Je voulais juste rester seul.

Se questionnant intérieurement sur sa sincérité, Roman changea d'expression et lui prit la main.

- Et que cherchais-tu à calmer dans ce bureau ? Ton appétit ou...

Dick s'approcha de son visage et écouta sa respiration qui changeait de façon très nette.

- ... autre chose ?

N'ayant pas le cran de répondre avec des mots trop intimidants pour lui, Edgar baissa les yeux vers son pantalon et son patron comprit tout de suite.

- Je te crois. Toujours est-il que Gaines t'a vu...

- Dick ! coupa Edgar en relevant immédiatement la tête.

Il détestait interrompre celui qu'il respectait le plus mais il lui devait la vérité.

- Il ne sait pas ce qu'il a vu. J'ai failli, c'est vrai mais je me suis relevé et je suis parti en courant.

- "Failli" hein ? Il y a autre chose que je dois savoir ?

- Elle était encore consciente et elle a eu peur que je le fasse, mais je n'allais pas le faire et c'est pour ça que je lui ai demandé s'il y avait des moyens de guérir ce type d'addictions. Elle m'a cité plusieurs d'entre eux mais aucun ne m'a réellement convaincu. Et à ce sujet, les humains sont vraiment sadiques.

Analysant tous ces faits, Dick ne parvint pas à imaginer que la plus ancienne espèce de toute la Création puisse accumuler autant d'émotions et d'envies naturelles semblables à celles de l'espèce parmi laquelle elle devait vivre. C'était une grande première pour lui. Il tourna les yeux vers le fauteuil renversé et se soulagea sur le fait que cela faisait un bien pour un mal.

- Alors étant donné ton déraillement de ces derniers jours, je suis au moins fier de ta retenue. Au départ, je pensais que ton alimentation y était pour quelque chose.

Dick s'arrêta de parler en voyant son amant tourner le regard en baissant la tête et pensa qu'il avait encore un problème. Edgar prit les devants avant d'être bombardé par les questions.

- Pour tout te dire, depuis notre libération, je ne m'étais pas encore alimenté.

Bien qu'ils avaient du faire profil bas les premiers jours, Edgar semblait être un des moins scrupuleux à se repaître de viande humaine. Par la suite, tous s'étaient nourris comme ils le pouvaient mais en sélectionnant soigneusement leurs proies.

- Je peux savoir pourquoi ? On a tous besoin de se nourrir, on ne dépareille pas des autres espèces pour ça.

- Parce que j'ai voulu éviter.

Fronçant les sourcils sous l'incompréhension, Dick lui posa les mains sur les épaules tout en se retenant de le secouer une bonne fois pour toutes.

- Comment ça "éviter" ? Edgar, c'est dangereux et tu dois le faire. Toi qui te montre sans pitié à l'égard de l'espèce humaine, je ne vois pas en quoi il pourrait y avoir un obstacle à ça. Je sais que Gaines te l'a proposé le jour où il a trouvé ce meilleur moyen que nous ayons de nous nourrir en toute discrétion.

- J'ai vu les autres le faire et j'ai trouvé ça bien pour eux, mais pas pour moi. Ils n'auraient pas pu se contenir plus longtemps et au départ, je me retenais en pensant plus à mes tâches à accomplir. Malheureusement, plus je devenais... comme un humain et moins je ne pouvais m'y résoudre. Depuis que nous sommes sortis du Purgatoire, je n'avais rien avalé du tout même quand j'hésitais à me conduire en humain.

Troublé, Dick longea ses épaules jusqu'à ses mains et plongea dans ses pensées devant l'ampleur du problème. L'autre Léviathan était plus que malade car il en venait même à pleurer. Il était presque devenu humain.

- Si c'est le cas, alors pourquoi as-tu tué autant de monde dans cet hôpital ?

- La faim m'a rattrapé, comme tu peux l'imaginer. Disons que ça a juste instauré un déséquilibre de grande envergure.

- Ça, je ne te le fais pas dire. Écoute, je ferai n'importe quoi pour t'aider alors si tu ressens une envie...

Le regard de Dick devint très malicieux et il mit du temps à choisir ses mots.

- ... légèrement vicieuse, dirai-je, n'hésite pas à m'en faire part et j'y remédierai moi-même. Mais pas d'obscénités avec les humains, que ce soit de gré ou de force.

- Entendu ! Mais bon... je serais déjà embarrassé de te dire à quel point j'ai envie de te prendre comme un animal et là, je me retiens sur les mots alors imagine un peu mon comportement.

Roman ne put s'empêcher de se passer la langue sur les dents rien qu'à l'entendre prononcer des mots pareils.

- Tu viens de le dire, c'est que ce n'était pas si compliqué. Je serai toujours là si cela peut t'éviter de faire une bêtise mais par contre, tu vas rester toi-même et te nourrir à l'ancienne, on est bien d'accord ?

Le sourire diaboliquement angélique de son ami lui convint comme réponse et ils s'embrassèrent doucement, Dick goûtant par cette occasion leur propre sang qui s'écoula entre leurs langues. Il maintint la nuque du basané, préférant ne pas y aller fort en raison de ses douleurs.

Les deux heures qui suivirent furent pénibles pour Edgar. Il les passa dans une chambre vide et isolée en compagnie de Dick et Gaines à subir une série d'examens contre sa volonté, protestant de toute sa mauvaise foi devant ces expériences humaines. Il leva les yeux au plafond devant la dernière proposition du chirurgien : une prise de sang pour déterminer si le problème était sanguin. Ne sachant pas comment un des leurs réagirait à une piqûre et si la seringue serait assez solide, Dick suggéra à Edgar de s'allonger et devant son expression incrédule, dut lui forcer la main comme à un enfant pleurnichard. Obéissant malgré tout, le Léviathan malade se sentit ridicule mais ôta sa veste en jean et remonta sa manche de chemise... avant de s'affoler lorsque Roman lui posa une main ferme entre les jambes. Il jeta un œil rapide à celui qui leur tournait le dos pour préparer la seringue et hocha négativement la tête vers son amant. Dick accentua davantage sa prise avant d'enlever sa main tout en jetant un sourire brûlant à celui qui allait maintenant devoir lutter contre une éventuelle érection.

- Si je viens à en avoir une, je te préviens...

Un chuchotement assez menaçant mais qui n'eut aucun impact sur son supérieur, qui lui murmura avec des yeux pétillants :

- Tu feras quoi, hein ?

Dick le taquina en se léchant la lèvre avec des yeux tels que son amant se serait jeté sur lui s'ils avaient été seuls, puis s'éloigna et lorsqu'il fut aux côtés de Gaines, celui-ci reprit doucement :

- Avec votre consentement, je vais devoir le sédater après.

Surpris, Dick regarda son second d'un geste vif et lui demanda d'en dire davantage.

- Pourquoi ça ?

- C'est juste pour nous épargner une tempête le temps de recevoir les résultats, afin qu'il ne fasse de mal à personne. S'il venait à perdre tout contrôle, la porte ne tiendrait pas longtemps et vous le savez. Par conséquent, les patients non plus et cet hôpital ne serait plus qu'un immense cimetière en quelques heures s'il se retrouvait en errance.

Cette idée déplut à Roman mais il savait que le médecin avait raison sur le pire des scénarios et l'autorisa, leur ami allait devoir se laisser faire sans résister. Quant à l'autre homme, il vit les siens parler sans rien pouvoir entendre et un mal de ventre se manifestant, il s'impatienta :

- Cessez de comploter comme ça, vous deux.

Ils se placèrent de chaque côté du lit et Edgar ne s'étant jamais senti aussi peu à l'aise, il laissa faire la personne compétente sans dissimuler son appréhension. Il grogna sous la piqûre en pestant contre les habitudes humaines à se faire volontairement souffrir. Une fois sa prise de sang effectuée, il fronça les sourcils en voyant Gaines revenir à la charge avec une seringue pleine d'un sérum inconnu et commença visiblement à s'inquiéter, protestant et reculant sur le lit. Le chirurgien voulut essayer une approche verbale en priorité :

- Edgar, reste calme.

- Elle est bonne. Qu'est-ce que c'est que ça ?

Dick lui posa une main derrière la nuque et l'autre devant Gaines pour s'interposer.

- Non, attends. Je ne tiens pas à le laisser dans l'ignorance.

Gaines s'arrêta.

- Vous êtes vraiment sûr ?

- Oui, je vais lui dire.

- Me dire quoi ? ronchonna Edgar.

Dick lui avoua tout et finalement, son ami fut aussi partant que réticent. Pour le rassurer, Gaines expliqua son intention de se faire également une prise de sang afin de comparer les différences qu'il pourrait trouver avec celui de son congénère.

- La dernière fois que j'ai testé des produits issus des tréfonds humains, l'effet a été mauvais.

Dick avait facilement deviné qu'il parlait de l'alcool. Gaines lui assura que sa santé n'en serait pas détériorée et le Léviathan finit par accepter d'être endormi, non sans une pointe d'appréhension. Le chirurgien dut proportionner la dose étant donné la force colossale que possédait leur espèce et il lui réinjecta même une seringue de tranquillisant après le sérum en le voyant toujours éveillé. Même suite à ça, Edgar mit plus d'une minute avant de sombrer dans un sommeil bien reposant. Le chirurgien soulagé le regarda un moment et informa Dick que ses patients humains avaient besoin de lui avant de le laisser avec leur ami.

Dick resta longtemps auprès de son amant au cas où des signes d'étrangeté comme de rejet par rapport à l'injection n'apparaîtraient. Dans son sommeil, Edgar semblait libéré de tous ses maux et épargné par la souffrance qui le harcelait depuis des jours. Dick se réjouit de le voir comme ça, calme et en paix. Il se rendit compte du temps qu'il avait passé avec Edgar lorsque Gaines l'appela pour lui faire un compte rendu sur l'analyse de son propre sang : le microscope ne révélait qu'un corps visqueux noir et compact. Ils s'accrochèrent à cette analyse en espérant que la seconde serait la même.

Dick lui toucha le bout des lèvres en le regardant dormir. Voir la créature ainsi le rassura et il l'embrassa tout en lui caressant le visage avant de se laisser aller à un léger sommeil près de lui, pour le peu que les Léviathans pouvaient dormir. Une heure plus tard, il fut réveillé brutalement et se mit à maudire la sonnerie de son téléphone.

- Monsieur, nous avons un sérieux problème.

- Ce n'est pas ma journée, vous êtes sans pitié dans ce métier.

Écoutant ledit problème en se retenant de raccrocher au nez de Gaines, le patron de Richard Roman Enterprises se força à conserver son calme jusqu'à la fin. Proférant une bonne dizaine de jurons qu'il se promit de ne plus jamais répéter à l'avenir, il se rendit rapidement à l'hôpital. Le temps lui parut plus court que pour son départ précédent et il fonça au laboratoire afin d'écouter son chirurgien attitré qu'il trouva penché au dessus d'un microscope. Anita, Cooper et plusieurs autres se trouvaient dans la pièce, servant probablement de renforts au cas où il aurait fallu maîtriser un des leurs qui se serait enfui, enragé. Ignorant les siens après un signe de tête et allant droit au but comme toujours, Dick se précipita vers l'homme en blouse.

- C'est sa santé, comme vous devez vous en douter. Ça sent mauvais, j'ai analysé son sang et j'y ai trouvé des globules rouges.

Ébahi, Dick ouvrit deux fois la bouche avant de réussir à parler.

- Des globules rouges ? Nous n'en avons pas, c'est...

- Oui, du sang humain. Il en a très peu mais il en a. Il a fait quelque chose qu'il ne nous a pas dit, peut-être s'est-il nourri comme un être humain, injecté du sang humain, a mangé un humain contaminé par quelque chose ou autre mais en tout cas, cela lui a provoqué une crise d'identité à l'impact considérable sur sa nature.

Repensant à la personnalité fragile du véritable Edgar, Dick lui saisit durement l'épaule sous l'effet de la peur et demanda :

- Tu n'es pas en train de me dire qu'il risquerait de devenir complètement humain, j'espère.

Gaines rit nerveusement.

- Non. Fort heureusement, c'est très peu probable car notre sang mélangé à celui d'un humain fait exactement comme nous avec un membre de leur espèce, il le dévore goutte à goutte. Je l'ai noté par observation. C'est pour ça qu'il en a si peu et qu'ils disparaissent vite et tant que notre ami se comporte comme il faut, son sang a toutes les chances de redevenir pur. Il va juste falloir qu'on le surveille de près, je le crains car il a du faire un écart assez sévère pour en arriver là. Une consommation nocive pour nous, je pense.

- Je vais m'en charger. Il ne s'était pas nourri depuis sa sorti du Purgatoire.

Face au regard étonné de Gaines, il employa un ton expéditif pour lui couper l'envie de poser des questions.

- Il me l'a dit, cela a peut-être un lien. Ou alors peut-être qu'il a menti et juste obéi à son instinct en se nourrissant avec excès. Peut-être encore savait-il pour le sang et a voulu se nourrir pour compenser le manque en pensant guérir, je n'en sais rien mais dans les trois cas on en revient au même.

Roman regarda sa montre avant de souffler un bon coup et de reprendre de l'assurance.

- Ce cafard de Crowley va bientôt m'attendre. Je n'en ai pas pour longtemps à moins qu'il ne me déballe un de ces contrats pièges d'un kilomètre de long.

Il sortit du laboratoire à grands pas en pensant à cuisiner son bras droit une fois revenu. "Il n'aura pas intérêt à omettre le moindre détail, cette fois" pensa t-il. Gaines se tourna lentement et vit les autres Léviathans parler ou trouver de quoi s'occuper. Il avait l'étrange sensation qu'ils étaient présents dans cet endroit rien que pour le surveiller, suivre son travail comme si Roman le pensait incapable de dénicher le problème. La pression n'arrangeait rien chez eux comme chez les humains mais il se remit au travail, veillant à faire celui qui avait besoin d'aide de temps en temps pour montrer qu'il ne restait pas là à se tourner les pouces.

à suivre...