Ceci est le début d'un recueil entièrement consacré à Kairi. Parce que j'ai envie d'écrire plein d'OS avec elle donc autant les réunir.

Les trois premiers OS sont écrits dans le cadre du défi Calendrifinement sur le forum L'Eclaireuse. Chaque jour une personne écrit sur un thème donné donc n'hésitez pas à aller sur le forum pour lire les OS de tout le monde (ou pour faire coucou, on est sympa) !

Cet OS est sur thème Pénalité. Hier Leptitloir a écrit sur le thème Route (super OS d'ailleurs je vous recommande) et demain elferie écrira sur le thème Scientifique.

Ce premier OS est très engagé (vous verrez) et il y a un peu de langage vulgaire, c'est très rapide mais autant vous le signaler.

J'espère que ça vous plaira, bonne lecture !


Être une fille

Kairi regarde Riku partir en se mordant la lèvre. Elle se retient avec grande peine d'éclater en sanglot. Le portail se referme derrière son ami qui part sans se retourner. Il va explorer un énième monde à la recherche de Sora. Et comme d'habitude, il la laisse derrière. Et comme d'habitude, il ne veut pas de son aide.

Elle a failli crier, hurler. Elle avait des insultes sur le bout de la langue, des mots horribles mais qui semblaient si doux et agréable à prononcer. Elle voulait invoquer sa keyblade et le provoquer là, sur le champ pour lui mettre la raclé de sa vie, le démonter, pour lui prouver qu'elle est capable de se battre. Elle sait qu'elle a encore beaucoup à apprendre, mais ça ne veut pas dire qu'elle est inutile. Elle n'a pas pu. Elle a ravalé les mots comme on ravale son vomi, avec dégoût et amertume. Ça a bloqué dans sa gorge quand elle a vu le regard d'Axel qui lui a fait un non de la tête. Alors elle n'a rien dit, elle a juste laisser son meilleur ami s'en aller.

Elle voudrait se confier à quelqu'un. Une personne qui l'écouterait sans défendre Riku. Elle sait qu'il souffre, que c'est dur pour lui et qu'il faut lui laisser du temps. Mais elle aussi elle compte, elle aussi elle a mal de cette absence qui la ronge de l'intérieur.

Qui lui reconnaitrait ses sentiments ? Qui accepterait de l'écouter sans amener l'argenté sur le tapis ? Elle imagine ce que les autres lui diraient. Axel n'est pas dans son camp. Sûrement que Terra et Ventus aussi, elle voit bien les gants qu'ils utilisent lorsqu'ils parlent à Riku. Aqua... elle préfère ne pas imaginer, ne pas ternir l'image parfaite qu'elle a d'elle. De toute façon elle est en mission pour le moment donc impossible de lui en parler. Xion et Roxas, elle ne les connait pas assez, à côté de ce qu'ils ont vécu ses problèmes ressemblent à des gamineries. Elle n'ose pas parler à Naminé, quelque chose la retient ; elle ne veut pas lui imposer son ouragan de sentiments. Pas alors qu'elle peut enfin vivre librement. Elle a le droit de se reposer. Wakka, Selphie et Tidus ne savent presque rien de ce qui leur est arrivé. Il y a comme un gouffre entre eux et elle ne sait pas s'il est franchissable. Pas pour le moment en tout cas.

Il ne lui reste donc qu'une personne. Quelqu'un qui la comprendra sûrement et saura lui offrir des conseils avisés. De sa keyblade, elle ouvre un passage jusqu'à La cité du crépuscule et le franchit en ignorant les cris d'Axel qui semble vouloir la rejoindre.

A peine arrivée, elle sort son gumiphone pour passer un coup de fil. Olette répond à la deuxième sonnerie. Elle ne pose aucune question et accepte immédiatement de rencontrer la jeune fille. Elles se retrouvent quelques minutes plus tard dans la forêt aux abords de la ville pour avoir un peu d'intimité. La brune affiche un grand sourire en arrivant et l'entraine dans une promenade entre les arbres. Kairi a du mal à marcher mais elle veut bien faire un petit effort. Un silence s'installe, le temps pour les deux de s'habituer à la présence de l'autre. Olette finit par lui demander si elle va bien. La réponse fuse aussitôt.

- Non.

Et elle laisse tout sortir.

- Non ça va absolument pas. On a aucun indice sur Sora, on se démène comme pas possible et rien, nulle part. C'est le vide intersidérale. Il a juste... disparu.

Des larmes perlent aux coins de ses yeux. Se sont sûrement celles de tout à l'heure qui refond surface. Sans faire attention, elle commence à tourner en rond, des pas rapides et secs devant la châtain.

- Et je peux rien faire. Rien de rien. Parce que PERSONNE me laisse faire quoi que ce soit ! On me dit de me reposer, de prendre soin de moi et toutes ces conneries pendant que EUX ils partent chercher Sora !

Elle s'arrête brusquement. Elle a besoin d'évacuer toute cette rage qui l'envahi alors elle tape du pied contre le sol. Fort. Tellement fort qu'une nuée d'oiseaux s'envolent.

- Ils me traitent comme si j'étais FRAGILE ! Comme si je savais pas me battre ! Comme si j'avais pas participé à la dernière bataille !

Elle hurle de toutes ses forces, à s'en casser la voix. Il faut que ça sorte, il faut que sa fureur sorte maintenant.

- J'étais là contre l'Organisation XIII ! J'étais là contre Xehanort ! Je me suis battue ! J'ai aidé ! J'ai aidé à vaincre Xehanort !

Elle se retourne vers l'autre fille.

- Et tu sais ce que Riku ose me sortir ?! "Ne t'en fais pas, je n'ai pas besoin d'aide." Tu te rends compte ?! Dès que je propose de faire quelque chose c'est immédiatement trop dangereux ou alors on n'a pas besoin d'aide supplémentaire ! Et les autres c'est pareil !

Elle sort un mouchoir de sa poche et essuie rageusement son nez qui goutte. Des sanglots lui échappent, mais elle n'est pas triste. Ou peut-être que si, peut-être que sa colère n'est que de la tristesse dissimulée. Elle ne sait plus ce qu'elle ressent, tout se mélange.

- Ils arrivent même pas à me considérer un instant autrement que comme une chose fragile !

La phrase a du mal à sortir et une fois que c'est fait elle n'arrive plus à parler. Olette lui touche doucement l'épaule et elle sursaute. Elle avait presque oublié qu'elle était là... L'autre lui sourit et l'enveloppe dans un câlin rassurant tout en la faisant s'asseoir. Elle se laisse aller, elle laisse échapper tout ce qu'elle a retenu lorsque Riku est parti, tout ce qu'elle voudrait leur dire, à tous. Elle s'agrippe à son amie en pleurant comme une enfant.

Ça dure de longues minutes, mais petit à petit les larmes se tarissent et elle arrive à reparler, le nez dans un mouchoir.

- Je comprends pas... Je comprends pas pourquoi ils me mettent autant à l'écart. Je m'entraine avec eux, je les bats même parfois. L'autre jour j'ai gagné contre Riku et il m'a félicité. Je comprends pas pourquoi ils me traitent comme ça...

C'est incompréhensible. Quelque chose lui échappe et elle n'arrive pas à en tracer les contours. Elle ne comprend pas leurs excuses bateaux et leurs airs doucereux à son égard. Elle est guérie de sa blessure infligée par Xehanort et elle s'entraine tous les jours. Alors pourquoi ?

- Bah, en même temps t'es une fille, c'est une sacré pénalité.

Kairi relève la tête vers son amie, sans vraiment comprendre.

- Comment ça ?

- Tu pars avec un désavantage quoi, t'es une fille.

- En quoi c'est un désavantage ?

Aqua aussi est une fille, pourtant c'est une Maitre respectée, une combattante exceptionnelle que tout le monde écoute avec attention.

- Pour eux une fille c'est une petite chose fragile à protéger. Puis t'as déjà été kidnappée et blessée, donc ils se disent qu'ils ont raison de penser ça.

- Mais eux aussi ont déjà été blessé ! Riku a une énorme entaille au poignet depuis son combat contre Xemnas ! Puis Sora a déjà dû le sauver lui aussi !

- Oui mais il se voit comme un combattant. T'es une princesse de lumière, donc tu comptes pas comme combattante. Et vu comment ça s'est mal fini la dernière fois son impression est renforcée.

Les souvenirs de la dernière bataille viennent attaquer dans sa fierté. Elle se mord la lèvre pour ne pas crier après Olette. Elle n'a rien fait et ce n'est pas parce que ses propos la touchent qu'elle doit s'en prendre à elle. Il faut qu'elle se concentre sur ses mots et rien d'autre. Elle se redresse et époussette ses vêtements avant de regarder son amie droit dans les yeux pour lui répondre calmement.

- C'est différend, désormais je suis prête. Je me suis entrainée, je sais me battre.

- Ça, c'est toi qui le dit.

Olette se met également debout avant de sourire doucement, un peu tristement.

- Mais tu restes une fille, donc pénalisée. Tu pourras faire tout ce que tu veux ça changera pas.

Kairi ne sait pas quoi lui répondre. Elle regarde ses pieds, les arbres, le ciel. Tout plutôt que la jeune fille en face d'elle. Que peut elle répondre ? Si seulement tout était plus simple, s'il n'y avait pas tous ces problèmes...

- Si Sora était là, il serait de mon côté.

- Vraiment ?

- Quoi ?

Son ton est agressif sans qu'elle le veuille. Mais elle n'aime pas ce sous-entendu. Sora est une bonne personne et il l'a toujours soutenu.

- Sans vouloir te blesser, il a toujours l'air de vouloir te protéger. Il s'inquiète toujours pour toi et vient sans cesse t'aider même si tu lui as rien demandé.

- Ça prouve que c'est un bon ami !

- Kairi... Tu sais ce que je veux dire.

Oui elle sait. Même si elle aimerait le contraire, elle sait. Toutes ces fois où il l'a aidé à porter des objets car "c'est lourd après tout", toutes ces fois où instinctivement il s'est mis devant elle pour la protéger même s'il n'y avait aucun danger. Et les regards... Elle n'a jamais pu expliquer cette lueur qu'il a parfois en la regardant et qui la fait se sentir si petite et si faible. Elle le détestait lorsqu'il agissait ainsi et s'en voulait de ressentir cette colère. Alors elle l'étouffait car après tout, il ne voulait que son bien...

Olette lui offre un sourire compatissant, comme si elle arrivait à suivre son cheminement.

- Je suis désolée. Mais je te dis pas ça pour te faire du mal. Juste, dis toi bien qu'ils agissent pas comme ça parce que t'es nulle ou autre. Juste, t'es une fille, et à leurs yeux ça te donne des points en moins.

- Ils me pénalisent juste à cause de ça ?

Ça la rend incrédule et en même temps c'est si logique. La façon dont tout le monde traite Naminé, même elle, comme quelque chose qui risque de se briser à tout moment. En parallèle Roxas et Ventus n'ont aucun regard en douce, aucun "ça va ? t'es sûr ?" malgré les épreuves qu'ils ont dû traverser. Xion se fait respecter mais à force de coups et de gueulantes. Elle ne se laisse pas faire, elle est toujours en train de se débattre avec les manières des autres. Aqua est plus vieille, et elle est Maitre donc elle évite ce genre d'attention. Mais sûrement qu'elle a vécu la même chose avant.

- Je sais c'est pas cool. C'est même carrément injuste. Je te dis pas les efforts que je dois faire pour que Pence et Hayner m'écoutent un minimum... C'est épuisant et tellement insidieux. J'ai mis des années avant de m'en rendre compte et de pouvoir mettre des mots dessus. Donc t'en veux pas de pas l'avoir remarqué ou autre.

Kairi hoche lentement la tête. Son cerveau fonctionne à cent à l'heure, elle a l'impression d'avoir découvert une pièce de puzzle dont elle n'avait jamais remarqué l'absence mais qui avait toujours été sous ses yeux.

Olette se rapproche pour lui prendre les mains et les serrer entre les siennes.

- Donc c'est pas ta faute. Ils voient pas les efforts que tu fais. Tu te relèves dès que tu tombes, tu donnes tout le temps ton maximum, tu t'entraines comme une dingue, t'es juste incroyable.

Les mots se bousculent dans sa bouche et il y a un éclat dans son regard. La jeune fille lie de vin ne se souvient pas qu'on l'ait déjà dévisagé avec autant d'intensité.

- T'es une guerrière Kairi, t'es une battante. Tu peux être fière de toi.

Un picotement parcourt son nez avant de monter vers ses yeux mais non, elle ne pleurera pas encore une fois. Même si ces mots lui font un bien fou, elle ne va pas céder. Comme l'a dit Olette c'est une guerrière, alors elle leur montrer à tous que ce n'est pas parce qu'elle est une fille qu'elle ne peut rien faire.

- Merci Olette, pour tes mots et pour tout. Je sais comment je pourrais te remercier.

- T'en fais pas ma belle ! Je suis toujours là pour aider les copines !

Le surnom la fait rougir un peu en plus de la faire sourire. Elles bavardent encore un peu avant que Kairi ne s'en aille avec la promesse qu'elle viendra raconter ses aventures à son amie. Elle sait ce qu'elle veut faire. Ienzo a laissé entendre, une fois, que le véritable problème est que personne ne sait ce qu'il s'est passé avant qu'elle ne revienne. Mais si, elle, elle sait. Elle ne s'en souvient peut-être pas mais quelque part dans sa mémoire, quelque part, ces souvenirs existent. Il doit y avoir un moyen de pouvoir les extraire. Et si quelqu'un sait comment faire, c'est bien le scientifique. Elle lève sa keyblade afin de créer un portail jusqu'à La forteresse oubliée. Elle sait ce qu'elle veut faire.

Elle va agir. Elle va leur prouver qu'elle peut aider. Elle va leur montrer qu'ils n'ont pas à la pénaliser juste parce qu'elle est une fille. Elle va leur montrer à tous, oui. Elle va agir.