Bonjour tout le monde ! Ceci est ma première fanfiction depuis bien des années. La relecture confinée de notre trilogie préférée a réenflammé mon imagination : en voici le résultat. J'espère qu'il vous sera agréable. Notre aventure démarre en 2968 TA, l'année de la naissance de Frodon.
Notes sur les noms en Westron ( Ouistrien, ou Occidentalien) : Lors de ma dernière lecture, j'avais dans les mains la nouvelle édition du Seigneur des Anneaux, traduite par Daniel Lauzon. Cependant, j'ai découvert et aimé ce livre à travers la traduction de Francis Ledoux. Je leur reconnais à toutes deux des qualités distinctes, notamment en ce qui concerne les noms de personnages ou de lieux. J'ai donc pris la liberté de conserver les noms traduits de Ledoux en certaines occasion, tout en utilisant ceux de Lauzon lorsque je les trouve plus appropriés (exemple : "Rivendell" sera "Fendeval", mais "The Shire" restera "La Comté". )
Disclaimer : Rien de tout ceci ne m'appartient. Je ne fais que jouer un peu avec.
-1-
L'air était lourd de chaleur. Les hautes graminées des prairies de l'Anòrien, d'ordinaire grasses et d'un vert vif, dressaient des tiges desséchées à perte de vue, si bien que le sol semblait doré et craquait sous les bottes.
Au loin, telle une brume bleue, les premiers arbres de la forêt de Drùadan rampaient sur le versant Nord du Nardol, offrant à l'oeil une promesse d'ombre et de fraîcheur. Le Dùnadan savait cependant qu'il fallait éviter le bocage, et se contenta de mener sa monture le long de la grand'route qui ne faisait que longer sa lisière. Il ne tarda pas à rejoindre le couvert des premiers arbres.
Il était nerveux. Les mouches ne cessaient de harceler son cheval, qui fouettait l'air de son flanc, agité. Toute la matinée, il avait eu la sensation d'être observé. Ses sens aiguisés le trompaient rarement.
Il se résolut à gravir un petit talus qui surplombait la route, attacha sa bête, se tapit dans les genêts sous un fourré de chênes liège et attendit.
Le doux clip-clop des sabots d'un cheval léger ne tarda pas à se faire entendre. L'homme se risqua à relever la tête pour observer le cavalier. En apercevant celui-ci, il haussa un sourcil, déconcerté.
Sur la route en contrebas, une jeune fille était juchée sur un coursier passablement fourbu. Elle devait avoir une quinzaine d'année, décida-t-il. Brune, l'air épuisé, elle portait une chemise légère de lin gris par-dessous un petit justaucorps de cuir. Une étoile d'argent accrochait le soleil à son épaule, et ses bottes souples, qui grimpaient sur ses mollets pour s'arrêter au-dessus du genou, étaient indubitablement de la facture du pays de Bree. Le Dùnadan plissa le front. Elle avait tout l'air d'une femme de son propre peuple, mais il ne l'avait jamais vue auparavant. Qu'allait-elle donc faire si loin au Sud ?
Tirant soudain sur ses rênes, elle mit pied à terre et se pencha au sol, examinant la route. Lentement, son regard remonta le long du talus, s'accrochant sur un brin d'herbe ployé, une feuille dérangée, une motte de terre.
« Vous pouvez descendre, dit-elle en direction des chênes au sommet du talus. Je ne vous veux aucun mal.
-Vous me pistez depuis l'aube, répondirent les arbres, malgré mes petits détours. Pourquoi cela ?
- Je recherche un capitaine de l'armée de Thengel du Rohan. Un grand type, étranger. On m'a dit qu'il se rendait au Gondor, sur une jument baie à balzanes blanches, comme la vôtre. J'ai pensé pouvoir vous rattraper pour demander ma route, mais vous n'avez cessé de prendre des chemins de traverse, ce qui a piqué ma curiosité. Pourquoi fuir ?
- Qui le demande ?
La jeune fille eût l'air embarrassé.
-Je pourrais vous retourner la question. Mais s'il faut tout vous dire, j'arrive du Nord, d'Imladris. On m'envoie remettre certains messages au chef de notre peuple. Ne vous montrerez-vous pas ? »
L'homme hésita. Elle avait les intonations des Dùnedain du Nord, et rien dans son maintien ou sa voix ne semblait trahir un mensonge. Néanmoins, depuis son propre départ de Fendeval, il avait appris à se méfier de tous. Il se risqua à se redresser, mais dégaina son arme.
« Pour ce qui est du capitaine, c'est bien moi. J'ai quitté Edoras il y a une semaine. Que me voulez-vous ? Et quel est mon rapport avec votre…chef ?
-Vous le savez mieux que moi, rétorqua-t-elle, plantant ses yeux gris dans les siens. Un capitaine du Rohan, surgi de nulle part, dont tous ignorent le nom…je sais qui vous êtes, seigneur Aragorn. Nul besoin de ces simagrées. Je vous en prie, rangez cette épée et descendez. Il y a une clairière et un ruisseau là bas, non loin de la route. Nos chevaux sont éreintés. Asseyons-nous, partageons nos vivres et devisons. Je vous conterai ma quête. Ne viendrez-vous pas ?
- Il me reste à en apprendre plus sur vous, jeune fille. Vous en savez un peu trop, et vous êtes très loin de votre pays, si ce que vous affirmez est bien la vérité. Les artifices de l'ennemi sont nombreux. La prudence m'est imposée. Je ne puis faire confiance à tous les voyageurs qui passent. Prouvez vos dires !
La Rôdeuse soupira, contrariée, et s'inclina.
« Im mellon, Estel. Avogosto nin. Elrond a Gilraen le suilanar. Cela vous suffit-il ? »
Aragorn rengaina, l'air circonspect. Estel. Il y avait de nombreuses années que personne ne l'avait appelé ainsi. Une servante de Sauron n'userait pas de la langue des elfes, et l'adolescente semblait la parler avec facilité, ce qui le rassura quelque peu. Mais Sauron était-il le seul qui pût vouloir lui nuire ?
« Cela fera l'affaire, pour le moment. Où avez-vous appris le parler Sindar ?
- A Fendeval. Et je suis une Dùnadaneth, ce qui devrait vous suffire comme explication. Pouvons-nous aller nous asseoir à l'ombre ? Je répondrai à tout ce que votre coeur désire apprendre. »
Se résignant, il fit descendre le raidillon à sa monture. La petite l'intriguait. Il lui fallait en savoir plus, et si elle se révélait hostile, elle n'avait pas l'air bien coriace. La mettre hors d'état de nuire ne serait pas un problème.
Il menèrent leurs chevaux à l'endroit que désignait la fille. En cheminant, Aragorn observa le coursier de sa poursuivante : un gris pommelé au port altier, malgré son état de fatigue visible. La race était bien celle des petits chevaux nerveux et légers de Fendeval.
Il étudia également d'un peu plus près sa cavalière. Son visage portait les traits caractéristiques des Dùnedain : les pommettes hautes, la ligne de mâchoire bien définie et des yeux gris semblables aux siens.
Le soleil coulait en une flaque dorée dans l'herbe de la clairière, un peu moins roussie qu'ailleurs en raison de l'humidité du creux de terrain qui l'abritait. Un minuscule ru la contournait en gargouillant, clair et froid. Sautant de son cheval, la petite rôdeuse se laissa tomber à genoux sur son bord, y plongea les mains et s'aspergea copieusement la tête et les cheveux. Puis elle remplit son outre et but à longs traits.
Aragorn l'observa, amusé. Il en était presque convaincu maintenant, il n'avait rien à craindre de cette enfant : une espionne tentant de l'abuser sur son identité aurait au moins fait preuve d'un semblant de manières.
Elle se releva et s'ébroua, répandant autour d'elle un nuage de gouttelettes scintillantes, puis le regarda, la mine faussement contrite.
« Pardonnez-moi, Seigneur, j'ai longtemps chevauché. J'ai si chaud et soif que j'en oublie de me tenir comme il sied.
- Vous êtes pardonnée », répliqua-t-il. L'ombre d'un sourire se dessinait sur ses lèvres. « Mais si vous êtes rafraîchie, ne tardez pas à vous installer et à me dire votre récit : la journée avance, et j'aimerais atteindre Minas Tirith demain matin au plus. Du reste, vous n'avez encore répondu à rien. Qui êtes-vous ? »
L'adolescente fouilla les fontes de sa selle, en tira un petit paquet, et s'assit en tailleur sur l'herbe. Elle détacha la ficelle qui retenait son ballotin, lequel contenait quelques fruits secs, de la viande fumée et trois tranches de pain noir. D'un geste, elle invita le rôdeur à se servir. Il s'adossa au tronc d'un arbre, étendit ses longues jambes, prit un morceau, alluma sa pipe et la dévisagea d'un air inquisiteur. « Alors ? »
« Mon nom est Halbrethil fille de Halmir, répondit-elle après avoir pris une bouchée. Voilà trois mois que je tente de retrouver votre piste. J'ai quelques missives pour vous, de la part de ceux de Fendeval. »
Elle fouilla dans une escarcelle fixée à sa ceinture, en tira une liasse d'enveloppes de vélin qu'elle lui tendit. « Voici. Mon père m'a prévenue que vous étiez parti au Sud et que je vous trouverai sans doute au Rohan, mais je vous ai manqué de peu. Je suis parvenue à Edoras il y a cinq jours, et lorsque je m'enquis auprès des Rohirrim d'un voyageur étranger, on m'a parlé d'un dénommé Earnsteorra, capitaine du Riddermark, qui avait tout juste quitté le service du roi pour se rendre au Gondor. J'ai alors hâté mon pauvre coursier, en espérant vous trouver sur ma route, et me voici. »
Il prit les lettres et les examina. L'une portait le sceau d'Elrond, l'autre celui de Gilraen, la troisième ceux d'Elladan et d'Elrohir. Les cachets étaient intacts.
Rien d'autre. Il réprima un soupir de déception.
« Fille de Halmir, lança-t-il en brisant la cire des enveloppes. Le frère de ma mère porte ce nom. Est-ce ton père ?
- Si fait, seigneur. Je suis votre plus jeune cousine. Halbarad mon frère vous envoie toute son amitié. »
Cette fois-ci, il sourit franchement.
« Tu ressembles à ton frère, je le vois, à présent. Mais tu es bien jeune pour un si long voyage. Lors de mon départ de Fendeval, je n'avais aucune cousine. Assurément, tu ne peux être vieille de plus de quinze étés ?
-J'aurais seize ans à la mi-août, pérora-t-elle, la bouche à moitié pleine. Et je suis la cavalière la plus preste et la plus discrète de nos gens, c'est pourquoi l'on m'a désignée pour cette mission. J'ai…j'ai peut-être quelque peu insisté auprès de votre mère et du seigneur Elrond, ajouta-t-elle en rosissant. J'avais grand désir de vous connaître. »
Aragorn tira une bouffée de sa pipe, songeur. Il parcourut les lettres d'un air distrait. Conseils, nouvelles d'Eriador, amitiés, bénédictions. Et pas un mot d'Arwen, évidemment. Elle avait probablement oublié son existence.
« C'est tout de même un bien grand trajet dans les terres sauvages pour quelques lettres, dit-il, scrutant attentivement sa parente. Quelle est ta tâche véritable ? »
La fille baissa le nez et se frotta la nuque, gênée.
« Je…seigneur, on m'envoie pour vous seconder et vous porter assistance. A Fendeval, on a eu vent de vos projets par Mithrandir, et il a été décidé que je vous serais envoyée, en qualité d'écuyer. »
Il rit de bon coeur.
« c'est une plaisanterie ?
- Non pas, monseigneur. »
La pauvre petite avait l'air mortifiée, mais on ne peut plus sérieuse.
Le Dùnadan fronça les sourcils. « Je n'ai guère besoin d'écuyer, jeune fille. Il me peine de devoir te renvoyer après un tel parcours, mais Elrond devrait se douter que je ne peux m'encombrer d'une enfant. L'attention est touchante, mais malvenue.
- Je vous en prie, seigneur, ne me congédiez pas ! implora Halbrethil. Je n'ai peut-être pas l'aspect d'un grand guerrier, mais je ne vous gênerai pas et vous aiderai en toute choses. J'ai appris tout l'art de notre peuple, tant dans le pistage qu'au combat. Je sais chasser et soigner les bêtes, préparer les repas, fourbir armes et armures, repriser cuir et cotonnades. Je vous servirai pour les menues tâches comme je l'ai fait pour votre mère, dont j'étais la demoiselle de compagnie.
- Toutes choses que j'accomplis fort bien moi-même, rétorqua Aragorn fermement. Je regrette. Tu sembles de bonne volonté, mais je ne puis entrer dans la cité des Intendants avec une fillette pendue à mes chausses. Tu peux rester le temps que je rédige une réponse à ces missives, mais il te faudra t'en retourner après cela.
- Mais…
- Pas de mais. C'est un ordre. »
La rôdeuse était tout à fait déconfite.
« Vous êtes le chef de notre famille et de notre peuple, seigneur Aragorn. Et si vous me commandez de retourner à Fendeval, je vous obéirai. Mais je vous supplie de m'épargner ce déshonneur. J'ai juré à la Dame Gilraen de vous suivre et de vous défendre en toutes circonstances et où que vous alliez, devant le Seigneur Elrond et ses fils. Ne m'obligez pas à me dédire et à repartir chez les nôtres dans la honte ! »
L'héritier d'Isildur haussa les sourcils, l'air franchement dubitatif. L'enfant semblait extrêmement déterminée. Il trouvait cependant que la farce allait un peu loin. Comment imaginer que le sage seigneur d'Imladris lui envoie une jeune bécasse à garder - une adolescente, pour le défendre ? Tout cela était décidément bien étrange, et légèrement insultant. Il soupira, agacé. Il perdait son temps.
Il plongea son regard perçant dans celui d'Halbrethil, qui le soutint. « As-tu pris ces lettres et es-tu partie de ton propre chef ? »
Le teint de la jeune fille prit une très jolie nuance de rouge. « Seigneur ! Je ne -
- Suffit ! Ne me mens pas. »
Le ton d'Aragorn était sans réplique. La jeune fille leva les yeux, au désespoir.
« Je ne vous mens pas. Enfin, je…c'est Halbarad qui aurait dû vous rejoindre. Je l'ai supplié de m'emmener avec lui, mais il a refusé. Je lui ai pris les lettres et ai essayé de m'enfuir, mais j'ai joué de malchance et ai croisé la route des fils d'Elrond qui remontaient le Flot Gris. Ils m'ont ramenée à Fendeval, mais la Dame Gilraen a plaidé ma cause. Le seigneur Elrond et elle se sont longuement entretenus, et il a été convenu que j'irai. »
Le rôdeur leva les yeux au ciel. « Tout cela est merveilleux. On m'envoie donc une roublarde indisciplinée, doublée d'une voleuse, pour me servir d'écuyer. Que vais-je donc faire de toi, Halbrethil ? »
Cette dernière se raidit, écarlate à présent. « J'ai mal agi, seigneur, et je vous prie humblement de m'en excuser. La dernière chose que je souhaite est de vous causer quelque embarras. Mais j'espérais… » son regard se fit lointain l'espace d'un instant. « J'oubliais ! reprit-elle soudain. Pardonnez-moi, Aragorn ! Le plus important m'échappait ! J'ai autre chose à vous remettre. »
Elle fourragea dans sa petite besace, et en sortit un minuscule sachet de velours noir, fermé par un cordon de satin argenté.
« La Dame Arwen m'a prié de vous remettre ceci, en me disant « le jeune Estel doit avoir bien grandi depuis notre rencontre ! J'ai confectionné ceci afin qu'il n'oublie point Fendeval en son absence. Mes pensées l'accompagnent. Veille bien sur lui, petite Adaneth ! »
Le grand Dùnadan fit un geste vif pour s'emparer de l'objet, mais Halbrethil, plus vive encore, retira sa main. Avec une agilité qui frôlait celle d'un elfe, elle se sauva, fit un bond, se suspendit à la branche la plus proche et se rétablit pour finir perchée sur un soliveau.
« Je vois que de tout ce que je vous amène, cette petite chose semble vous importer le plus. Elle est donc à vous, mais il faut me promettre de me prendre à votre service, ô révéré seigneur ! »
Aragorn en resta bouche bée, hésitant entre l'outrage et le rire. Le mépris et la méfiance des autres, il connaissait bien, mais l'insolence d'un membre de sa propre famille était chose nouvelle. L'idée de rabrouer cette petite peste le rebutait, mais s'il devait régner plus tard, il allait lui falloir faire preuve d'autorité. Son regard se durcit et il croisa les bras sur sa poitrine. Pourtant, il avait la désagréable impression que la jeune rôdeuse percevait clairement l'étincelle amusée dans ses yeux.
« Je ne promettrai rien, et je prendrais volontiers ta monture pour te laisser dans ton arbre. Tu viens de me prouver que tu ferais un bien piètre écuyer. Je n'ai guère de temps à consacrer à t'apprendre la discipline. Et à mon retour en Eriador, j'aurais deux mots à échanger avec ton frère et ton père, qui ont, il semblerait, failli à ton éducation. »
La jeune fille se laissa glisser de sa branche et lui tendit le sachet de velours. « Mon père et m'ont frère m'ont appris à chérir et respecter votre nom comme celui d'un meneur bon et juste, non comme d'un petit tyran qui ne souffre aucune contestation et rejette l'amour et le respect qu'on lui porte, pour quelques mots déplacés et un peu d'effronterie. Ceci vous appartient. »
Il prit l'objet, mais hésita. S'était-il montré trop dur ? Halbrethil le fixait, le regard sombre. On aurait dit un chiot qui aurait reçu un coup de pied d'un maître aimé. Elle mit un genou en terre, puis se releva.
« Adieu, Aragorn fils d'Arathorn. Si nos chemins se recroisent, puissiez-vous me donner l'occasion de vous prouver ma valeur. » Elle remonta en selle et donna du pied. Le petit gris pommelé souffla des naseaux avec lassitude, mais repartit au pas vers le Calenardhon.
Aragorn ouvrit le sachet de velours. Il contenait un petit carré de tissu noir, d'une finesse et d'une douceur infinies, et brodé d'une façon exquise : un rossignol aux ailes déployées parmi des étoiles formées de gemmes minuscules. Ce fut au tour des joues d'Aragorn de se colorer. Ainsi donc, Arwen se souvenait de lui ! Et elle avait pris le temps de lui fabriquer un sublime présent. Une douce joie l'envahit. Il revit la belle dame Elfe, marchant au parmi des bouleaux avec la grâce d'une biche et l'allure altière d'une reine. « Tinùviel ! », l'avait-il appelée, et elle avait ri, et posé ses grands yeux sombres sur lui avec la douceur de qui voit un faon faire ses premiers pas. Elle ne l'avait absolument pas pris au sérieux. Il n'était pas beaucoup plus vieux qu'Halbrethil, à l'époque.
Le Dùnadan leva les yeux et vit le dos de sa cousine qui s'éloignait lentement. Ses épaules tressautaient d'une façon presque imperceptible. Il n'aurait sû dire si cela était dû à un sanglot réprimé, ou à l'allure du destrier.
Il tordit la bouche, ennuyé. Elle avait tout de même fait un bien long chemin. Ses derniers mots lui trottaient dans la tête. Fallait-il refuser cette aide ? Elle paraissait insignifiante, mais était proposée avec enthousiasme et coeur. Et elle avait le temps de s'endurcir et d'apprendre la rigueur des soldats. Il repensa aux yeux rieurs d'Arwen posés sur lui. Avec un long soupir, le rôdeur se hissa sur sa jument baie.
« Minas Tirith se trouve à l'Est. Tu vas dans la mauvaise direction, petite, héla-t-il.
Elle se retourna aussitôt, lui jeta un regard brillant, fit volter son cheval et revint vers lui au petit trot.
« Dois-je en conclure que vous avez changé d'avis ? »
L'espoir dans sa voix fit vaciller quelque chose dans la poitrine de l'héritier d'Isildur. Il rangea tranquillement le tissu brodé dans sa petite aumônière, et plaça celle-ci dans une poche intérieure de son surcot, près du coeur.
« Nous verrons. Pour l'heure, j'ai décidé que je pouvais te laisser faire tes preuves. »
Le regard éperdu d'adoration qu'elle lui jeta lui arracha un vrai sourire.
« Je ne vous ferai pas honte, monseigneur ! assura-t-elle, rayonnante.
- J'y compte bien. Tu repars à la première incartade. Et ne t'avise pas de voler mes lettres. »
Ils se mirent au petit trot. Les Montagnes Blanches défilaient sur leur droite, étincelantes sous le soleil de plomb. Lorsque la lumière s'adoucit et que la soleil commença enfin à descendre, le Rammas Echor leur barrait l'horizon au lointain.
