La demande en mariage POV Emerson
Les parties en italiques proviennent du livre Un crocodile sur un banc de sable et ne sont pas de moi.
Je me tenais sur le pont du bateau et je regardais le clair de lune. Pourtant, je n'étais pas attentif à la beauté du spectacle. Mon esprit était en ébullition. Il fallait que je sorte absolument de cette situation, que ma vie change. Penser à ce qui allait se passer quand elle serait partie rendait encore plus insupportable l'idée d'être loin d'elle.
Il m'était cependant impossible de savoir comment modifier mon destin. Maudite soit cette femme ! Sa langue acérée pouvait me donner le coup de grâce. J'étais déjà surpris qu'elle ne m'ait pas fustigé après le baiser que je lui avais volé dans la tombe. Elle avait paru à la fois surprise, timide mais elle m'avait rendu ce baiser bon sang ! Je savais très bien qu'elle me haïssait mais c'était tellement tentant de la faire sortir de ses gonds et elle était tellement magnifique lorsqu'elle s'énervait. Ses joues se coloraient, ses yeux brillaient de mille éclats. Comment arrivait-elle à m'affecter autant ? Comment ce petit bout de femme pouvait-elle à la fois me fasciner et m'effrayer ?
Ce soir, il avait particulièrement était difficile de garder mon self-control. En l'apercevant j'avais été à deux doigts de la soulever et de l'emporter loin d'ici. Il m'était tout bonnement impossible de m'éloigner d'elle. Elle était arrivée à grand pas dans la salle à manger pour diner. Pour une fois, elle s'était coiffée avec soin. Ses cheveux étaient maintenus sur le sommet de sa tête et cela mettait la ligne gracieuse de son cou en valeur. Sa robe rouge laissait apparaitre la finesse de sa silhouette mais aussi sa poitrine généreuse. C'était bien plus que ne pouvait supporter un honnête homme et moi, amoureux comme je l'étais, encore moins.
J'entendis soudain le cliquetis de ses talons. Dès que je compris ce que signifiait ce bruit, je fis un pas de côté, prêt à pour à fuir, lâche que j'étais. Elle remonta le pont avec une grande détermination gravée sur son visage. Il était trop tard pour lui échapper, elle m'avait vu.
- Non ! dit- elle en me voyant hésiter. N'essayez pas de m'échapper, Radcliffe. Il faut que je vous parle et vous m'écouterez, dussé-je vous pourchasser tout autour de ce bateau. Asseyez-vous ou restez debout, peu m'importe. Pour ma part, je préfère rester debout.
Je secouais les épaules et grimaçais un sourire embarrassé me maudissant pour ma couardise tout en appréhendant notre entrevue.
- Allez-y, Peabody. Dites-moi ce que vous désirez. Quand vous êtes dans cet état d'esprit, mieux vaut ne pas trop vous contrarier. Je suis bien placé pour le savoir.
- J'ai une proposition à vous faire, déclara-t-elle d'une manière précipitée. Sa voix était plus aigüe qu'a l'accoutumé. Elle reprit sa respiration, le regard fuyant et enchaina. Une proposition sérieuse. Je ne suis pas riche comme Evelyn, mais j'ai une certaine aisance – beaucoup plus que ce dont j'ai besoin - et suis sans héritiers. J'avais pensé léguer mes biens au British Museum, mais, à la réflexion, je me suis dit qu'il serait plus intelligent de dépenser cet argent de mon vivant pour financer des projets me tenant à cœur. Ainsi, je ferais d'une pierre deux coups. Je contribuerais à une œuvre utile et mettrais un peu de piquant dans mon existence. Amelia B. Edwards a créé une fondation ayant pour but d'aider la recherche archéologique en Egypte. J'ai l'intention de suivre son exemple et je souhaiterais employer vos services. A une seule condition…
- A quelle condition ? m'enquis-je d'une voix étrangement rauque.
Elle parut soudain encore plus nerveuse et ses mains se tordirent dans les pans de sa robe pourpre. Elle prit alors une grande inspiration comme pour se donner du courage et toujours sans me regarder me dit :
- J'exige de participer personnellement aux fouilles. Après tout, il n'y a aucune raison pour que les hommes aient tout le plaisir.
Cette conversation me sidérait. Elle voulait participer aux fouilles ? Elle aimait ce métier ? J'avais bien constaté qu'elle semblait se passionner pour l'Egypte mais je n'aurai pas cru qu'elle rêvait de travailler sur un chantier de fouilles… et surtout avec moi. La conversation que nous avions eu quelques jours auparavant me revint à l'esprit. Contrairement à ce que je croyais, elle n'avait donc pas une mauvaise opinion de mon travail… et de moi ! Le cœur battant à tout rompre, il fallait que j'en aie le cœur net. Y-avait-il un espoir pour qu'elle ressente la même chose que moi ?
- Le plaisir ? répétais-je. Avoir la peau brulée par le soleil et mise à vif par le sable ? Manger des rations dont un mendiant ne voudrait pas – quand on n'est pas dévoré par les moustiques ou mordu par les serpents ? Votre conception du plaisir est assez spéciale, chère amie.
Son regard s'enflamma, la guerrière en elle se réveillait et elle sembla oublier son stress. Elle était magnifique.
- Spéciale ou pas c'est la mienne. Pourquoi donc mèneriez-vous cette vie, si vous n'y trouviez aucune satisfaction ? Et ne venez pas me parler de devoir ou d'esprit de sacrifice ! Les hommes ont toujours des excuses pompeuses pour aller courir le monde, escalader l'Himalaya ou partir à la recherche des sources du Nil. Pendant ce temps, leurs femmes restent à broder au coin du feu. Je n'ai jamais su broder convenablement, mais, par contre, je suis sure de pouvoir me rendre utile sur un chantier de fouilles. Si vous le désirez, je vous énumérerai mes compétences, aussi bien dans le domaine pratique que…
- Non, non, ce n'est pas nécessaire, l'interrompis-je d'une voix étranglée. Je ne suis que trop conscient de vos qualités.
A mesure qu'elle parlait, elle paraissait de plus en plus irritée. Ses gestes étaient devenus brusques et passionnés. Mais ce qui me marqua le plus ceux furent ses yeux. Ils étaient devenus brillants et jetaient des éclairs. Je fus pris d'une sorte d'engourdissement et, je ne pus me retenir plus longtemps et je la serrais dans mes bras.
- Arrêtez ! protesta-t-elle. Ce n'était pas du tout à cela que je pensais. Lâchez-moi ! Vous m'embrouillez l'esprit. Je ne voulais pas…
- Vraiment ? Murmurai-je en prenant le menton et l'obligeant à le regarder dans les yeux.
- Oui… ou plutôt, non ! s'écria-t-elle en jetant ses bras autour de mon cou.
Venait-elle de capituler ? Ses yeux étaient emplis de désir, elle sondait mon regard. Le doute n'était plus permis. Merci mon Dieu, elle ressentait la même chose que moi ! Mon cœur allait exploser dans ma poitrine. Petite et délicate dans mes bras, elle se mit sur la pointe des pieds, son visage se rapprochant inexorablement du mien. Ses mains glacées par le froid ambiant tiraient sur mon cou pour que mes lèvres viennent à la rencontre des siennes. Une fois encore, c'était elle qui prenait l'initiative. Mon regard planté dans le sien, il ne m'en fallut pas plus, pour baisser à mon tour la tête, mes lèvres allant à la rencontre des siennes.
Je l'ai alors embrassé. D'abord avec douceur, mais le désir grondait en moi et je ne tardais pas à lâcher prise et je dévorais ses lèvres. Elle me laissa la direction de ce baiser. Sentant son inexpérience en la matière, il me fallut faire appel à toute ma force de caractère pour rester mesuré. Ses lèvres étaient douces comme dans mes souvenirs.
Ses pieds quittèrent le sol et je raffermis ma prise la plaquant contre mon torse, l'une de mes mains entourant sa taille et l'autre caressant sa nuque délicate.
Enivrée, elle répondit à mon baiser, goutant aux délices de mes lèvres. Ma langue parvint à ouvrir la barrière de ses lèvres, puis se mêla à la sienne dans une danse frénétique. Toute retenue avec disparu. Notre baiser devint plus passionné et nous gémissions tous deux. Que ce soit dans la colère ou en amour, Amelia était une femme passionnée.
A bout de souffle, nos respirations devenues erratiques, je finis par poser mon front contre le sien pour que nous puissions reprendre nos esprits. Il m'était impossible de la lâcher.
- Vous vous rendez compte, je suppose, dis-je, que j'accepte votre proposition de mariage uniquement parce que c'est le seul moyen pratique de mettre la main sur votre argent ? Jamais je ne pourrais vous emmener sur un chantier de fouilles, si nous n'étions mariés. Toute la bonne société du Caire, de Baring à Maspero, serait absolument scandalisée. Et, telle que je connais Mme Maspero, il ne faudrait pas longtemps pour le convaincre de me retirer ma concession.
Elle eut alors un sourire timide et heureux qui me fit fondre.
- Je le comprends parfaitement. Cela dit, si vous vouliez bien me serrer un peu moins fort… Je n'arrive plus à respirer.
- Est-ce vraiment indispensable ?
Nous continuâmes à nous embrasser.
- Et vous, ne vous faites aucune illusion non plus. J'accepte votre demande en mariage, uniquement parce que c'est le seul moyen dont j dispose pour arriver à mes fins. Un exemple de plus des discriminations intolérables dont de nos jours les femmes sont victimes. Quel dommage que je ne sois pas née un siècle ou deux plus tard ! Je n'aurai pas été obligée d'épouser un homme brutal et arrogant à seule fin de pouvoir participer à un chantier de fouilles archéologiques. Je…
La voir à nouveau sortir les griffes me donna envie de la jeter sur mon épaule et l'amener dans ma chambre pour lui faire l'amour pendant des heures. Mon sexe était tendu dans mon pantalon. Je savais qu'elle sentait mon érection à travers sa robe mais cela ne sembla pas l'effaroucher. Pendant qu'elle parlait, je ne pus m'empêcher de la serrer encore plus fort dans mes bras, et elle se tue, à bout de souffle.
- Je crois avoir trouvé une excellente façon de vous réduire au silence.
Il m'était impossible d'en rester là. Elle avait pris ce soir l'initiative à de nombreuses reprises et je lui devais la vérité. Alors, prenant mon courage à deux mains, je décidais de me mettre à nu.
- Amelia, je vous dois la vérité. Je suis fou de vous ! Depuis le premier jour, quand vous êtes entrée dans ma tombe et vous êtes mise à donner des ordres à tout le monde. Pourquoi croyez-vous que je vous ai évitée depuis notre départ d'Amarna ? Parce que je pensais à ce que serait ma vie quand vous ne seriez plus là - une existence morne et grise, comme celle qui avait été la mienne pendant tant d'années, avant de vous connaitre. Finies nos magnifiques querelles, vos saintes colère… Savez-vous que vous êtes superbe quand vous vous mettez en fureur ? La soumission sied à beaucoup de femmes, mais vous, c'est la rébellion que vous rend belle. Sublime, même… Je savais que je ne résisterai pas. Si vous n'étiez pas venue ce soir, j'aurai fini par emprunter à Alberto son déguisement de momie et je vous aurais emportée dans le désert. Voilà, je l'ai dit ! Vous avez réussi à me faire sortir de mes retranchements. Votre victoire est-elle assez complète ?
Pour toute réponse, elle me sourit d'un air mutin, se jeta à mon cou et m'embrasa à pleine bouche.
- L'archéologie est une discipline passionnante, mais, après tout, on ne peut travailler jour et nuit. Ma chère Amelia, je crois que nous allons passer ensemble des moments merveilleux.
Nous avons continué à nous embrasser pendant un long moment encore. J'étais le plus heureux des hommes. Amelia m'appartenait. Elle ne saurait jamais ces propos digne d'un homme des cavernes sous peine d'attiser sa colère. Mais l'idée me fit sourire.
Les nuits en Egypte étaient fraiches et je la sentis frémir dans mes bras. Je la serrai encore une peu avant de lui proposer de rentrer et de regagner chacun notre chambre. Je n'avais jamais désiré une femme avec autant d'intensité. J'aurai voulu l'amener dans ma chambre et l'honorer toute la nuit. Mais, malgré notre rapprochement de ce soir, malgré nos fiançailles je ne voulais pas lui proposer de lui faire l'amour. Elle était vierge, c'était indéniable. La connaissant, elle avait dû penser qu'elle resterait toute sa vie célibataire et qu'elle ne connaitrait jamais un homme de façon charnelle. Pourtant, elle se trompait. Je n'étais certainement pas le seul à avoir vu sa valeur et la femme passionnée qui sommeillait en elle.
Quand nous avons atteint la porte de sa chambre, je l'embrassais à nouveau de tout mon soul. Après quelques minutes, je trouvai la force de me séparer d'elle. Que diable, cette femme me rendait complétement amoureux et gentleman !
- Bonne nuit Peabody chérie. Dormez bien.
Elle n'eut pas le temps de répondre que j'étais déjà parti comme si j'avais le Diable aux trousses.
