Genres : Romance, School Fic, Drama

Rating : T/M

Disclaimer : Shingeki No Kyojin appartient à Hajime Isayama


NETFLIX AND CHILL


- CHAPITRE 1 -

Nervous


La nouvelle que leur professeur d'histoire est absent fut la seule chose qui maintenu Marco de bonne humeur, durant toute la journée.

Ce n'est pas un cours qu'il méprise ou qu'il trouve particulièrement ennuyant (la classe en général est plutôt passionnée par ces histoires de conquêtes coloniales et de guerres entre peuples saupoudrés de mythes titanesques). Mais finir plus tôt que prévu est toujours une bonne nouvelle. Le genre de bonne nouvelle qui permet de rééquilibrer son cycle de sommeil ou bien de se détendre autour de cochonneries et de films divertissants.

— Euh… ouais. Pourquoi pas.

La réponse de Jean à son invitation a été un peu désinvolte et hésitante. Mais Jean est toujours comme ça. Il réfléchit trop et veut constamment donner l'impression qu'il s'en fout de tout. Mais Marco aime bien ça. Ça lui rajoute un petit défaut dans la liste incalculable de ses qualités et Jean rougit - quelques fois - quand il le taquine avec ça.

Mais ce n'est pourtant pas quelque chose de surprenant, c'est même plutôt anodin. Les deux garçons ont l'habitude de rester un peu plus longtemps ensemble à la fin des cours et Jean est venue plusieurs fois chez lui. Il faut croire qu'il est juste imprévisible, comme d'habitude. Ou bien que cela est un rapport avec son comportement un peu étrange ces temps-ci... Rien d'important vraiment, mais cela a le don de tracasser Marco.

Avant, Jean avait l'habitude de lui parler de Mikasa. Ce n'était pas fréquent, mais quand ça lui venait en tête ou qu'il voulait faire une remarque, Jean ne se gênait pas. Mais maintenant, le prénom de la jeune fille s'est complètement évaporé de son vocabulaire. Les taquineries publiques et enfantines de Jean à son égard sont aussi portées disparues (il aime bien se moquer de lui devant les autres pour paraître cool, mais Marco sait que ce n'est pas méchant. Jean n'est pas comme ça) et il fait même ses devoirs à temps.

Marco est peut-être psychotique et un peu maniaque sur les bords, mais il ne peut pas s'empêcher de remarquer ce genre de futiles et ridicules détails. Chez Jean, tout paraît important. Ce qu'il fait, ce qu'il pense, est-ce qu'il aime bien le nouveau manteau que Marco porte aujourd'hui ou est-ce que ça le dérange vraiment que ça soit lui qui lui paye son repas du midi ? Et même si le brun arrive à être naturel en sa présence (c'est quand même son meilleur ami depuis deux ans), il y a des choses qu'il préfère cacher et dissimuler sous l'excuse d'une amitié profonde.

Non, Marco ne lui paye pas le sandwich le plus cher de la friterie et ne se préoccupe pas de ses moindres faits et gestes parce qu'il lui plaît, mais bien parce que c'est son meilleur ami. Enfin, il pense.

Heureusement pour eux, Marco habite en ville. Au contraire du châtain, ils n'ont pas besoin d'attendre un quart d'heure à l'arrêt de bus dans le froid et le ventre criard de nourriture. Sur le chemin, les deux jeunes garçons parlent de tout et de rien. Marco arrive même à glisser dans la conversation son inquiétude dû à l'absence de son professeur - M. Smith paraît toujours en parfaite santé, ça ne peut pas être une absence médicale - et Jean se moque de son habitude à se soucier de tout le monde. Son ami trouve qu'il pense un peu trop aux autres avant de penser à lui-même et qu'un jour, ça le perdra. Sauf que Jean ne sait pas qu'il n'y a pas « tout le monde » et qu'il est la seule véritable personne qui est dédié à ses pensées. Mais ça, ce n'est sûrement pas le genre de chose qu'on dit à son meilleur ami.

Marco est tout de même heureux de le voir sourire pour la première fois depuis le début de la journée, et un peu moins quand il commence à sortir un paquet de cigarettes de sa poche. Une mauvaise habitude que lui a reléguer Floch, un gosse de riche (Marco se demande bien comment ça se fait que Jean ait commencé à traîner avec ce type. Serait-ce un nouvel indice prouvant son éloignement vis-à-vis de lui ?).

— Maintenant ? Je n'ai pas envie que tu sentes la clope et que mes parents s'en rendent compte.

— Ils seront là ?

— Je sais pas, au cas où.

Jean paraît un peu plus frustré et se convainc, à contre cœur, de ranger son paquet là où il devrait être. Pourquoi est-ce si important pour lui de savoir s'ils seront là ? Marco n'a pas connaissance de son mépris envers eux - au contraire, ses parents aiment bien Jean. Ils le trouvent débrouillard et poli - et leur présence n'a pas vraiment d'importance. Marco est sûr qu'ils les laisseront regarder un film ou une série dans sa chambre, sans causer le moindre souci.

Marco s'assure toujours d'être le dernier à fermer la porte d'entrée de son bâtiment. Ça paraît un peu trop gentleman, mais il n'a pas envie que Jean s'embête de la fermer. Elle est assez chiante quand elle s'y met et de son point de vu, il peut observer son ami sans qu'il ne s'en rende compte. C'est bizarre, peut-être même flippant, mais c'est son seul moment de répit.

— Merde… On a oublié d'aller acheter des trucs.

Jean est toujours de dos et traverse la petite cour de sa résidence. Rapidement, il enjambe les escaliers et ne remarque pas les yeux de Marco qui se posent sur lui.

— C'est pas grave. Je dois avoir des gâteaux quelque part.

— Ouais, mais moi je voulais boire un truc.

« Boire un truc ». Le genre d'activité qui devient assez récurrente chez Jean. Sûrement pour se créer une image, mais depuis quelque temps, le châtain a l'habitude de suivre ses « nouveaux amis » dans les terrasses des bars et des cafés. Marco sait qu'il n'aime pas spécialement la bière et que son porte-monnaie se vide à vue d'œil (les pintes sont assez chères en ville). Il n'aime pas non plus amener Marco avec lui. Jean dit souvent qu'il ne s'entendrait pas trop avec eux et que cette fameuse Hitch à la langue bien pendue… Ça gâcherait son après-midi. Ou bien Jean veut seulement exclure Marco ? Peut-être qu'il en marre de lui et qu'il trouve ça bizarre qu'ils soient ensemble, tout le temps.

Conny et Sasha n'aiment pas non plus l'habitude qu'il a de toujours lui trouver des excuses. Ses deux amis lui avaient donc conseillés de lui faire la gueule, mais Marco est bien trop optimiste et gentil. Il est bien trop amoureux.

En ouvrant sa porte d'entrée avec sa clé rattachée à un stupide mais mignon pendentif Assassins's Creed (un cadeau de Jean. Il ne savait pas quoi lui offrir à son anniversaire et ça lui rappelait leurs sessions de jeux vidéo endiablés), Marco observe la goûte de sueur longeant le visage long et masculin de son ami. Il ne fait pas chaud, bien au contraire, et les marches de l'escalier ne sont pas si éprouvantes que ça. Peut-être que Jean est anxieux, mais pour quelle raison ?

— Tu vois, ils ne sont pas là. J'aurai pu fumer. Reprend Jean en rentrant dans l'appartement.

Le châtain est quelques fois un peu trop dans la précipitation, mais c'est un bon observateur. S'il dit qu'il n'y a personne, alors il a raison. Ce qui fait sourire Marco.

— OK, œil de lynx.

— Gneu gneu.

Jean grimace. Mais c'est le genre de grimace qui fait rire Marco parce qu'il se moque de lui-même, et non du brun. Ce sont des petits détails comme celui-ci qui prouve encore une fois que Jean n'est pas la personne égoïste, vantard et malhonnête que s'efforcent de décrire les gens. Non, il est franc, attentionné quand il le veut et a de l'auto dérision. Marco ne pouvait pas trouver meilleur ami.

Les deux jeunes garçons traversent la cuisine ouverte, le salon spacieux et montent les petits escaliers menant à sa chambre. En arrivant dans celle-ci, Marco souffle de soulagement en faisant face à son lit bien dressé et à son étagère rangée. Le brun n'est pas du genre bordélique - beaucoup moins que Jean - mais il ne sait jamais. Peut-être que son ami pourrait paraître un peu dégoûter en voyant une chaussette traînée ou bien des cahiers dispersés un peu partout. Marco a toujours besoin de son approbation… Ça en devient désolant.

— T'es plus à l'aise ici que chez-toi. Se moque Marco en observant Jean fermer les volets de sa chambre.

Sans se retourner, il peut apercevoir ses joues montées et ses épaules se hausser.

— C'est un peu ma chambre maintenant.

Marco rougit légèrement en entendant ça. C'est ridicule de le prendre de cette façon mais le brun a comme l'impression de partager une partie de lui-même et que Jean l'accepte avec volontiers, sans que cette idée le rechigne une seconde.

Et comme à chaque fois, les deux jeunes garçons balancent leurs sacs à dos à l'autre bout de la pièce, disposent leurs chaussures où elles sont censées être disposées (n'importe où) et s'affalent sur le lit deux places de Marco.

En tournant le dos à Jean, le brun attrape son ordinateur portable et commence directement à taper le mot « Netflix » dans la barre de recherche.

— Qu'est-ce que tu veux regarder ?

La réponse de Jean met du temps à arriver.

— J'sais pas. Murmure-t-il.

Marco devait s'en douter. Jean ne sait jamais grand-chose quand il s'agit d'être avec lui. Il laisse toujours Marco faire le premier pas et choisir l'activité qu'ils vont faire où la réponse qu'il faut mettre à la question B.

Le brun se retourne légèrement derrière lui et observe le corps mou et allongé de Jean. Sa tête et plongé dans un de ses coussins et Marco a presque envie d'ébouriffer ses cheveux. Ils sont toujours incontrôlables, et bizarrement très doux. Enfin, c'est ce qu'il pense.

— T'as fini Peanky Blinders ?

— Mh.

— Et Orange is the new black ? Ça l'air bien.

— Le truc de meuf là ?

Il faut bien des moments comme celui-ci où la franchise de Jean peut paraître trop rude et maladroite. Effectivement, c'est une série centrée sur la gente féminine avec des sujets qui sont bien loin de leur parler. Jean aurait très bien pu remplacer le mot « meuf » par « gouine » que Marco l'aurait perçu de la même façon. Peut-être que son ami n'est tout simplement pas intéressé par ce genre de sujet et que ça le dégoûte presque ? S'il a fait l'effort de relever son visage du coussin, c'est bien que sa phrase veut se donner l'air d'être plus importante qu'elle ne l'est déjà. Ou bien Jean est juste impulsif, comme d'habitude, et ses mots n'auront plus aucune influence dans quelques secondes. Dans tous les cas, Marco ne peut s'empêcher de trouver l'air mal réveiller et confus de son ami attendrissant.

— Tu n'aimes pas ?

Sans qu'il ne l'exige, le ton de Marco se veut plus frêle. C'est comme si la remarque de Jean l'avait touché, alors qu'au contraire, le brun a l'habitude de faire face à ce genre de réflexion.
Jean décide de se tourner légèrement vers lui. Il tient sa tête avec à sa main gauche et pendant un instant, il semble réfléchir. Mais le châtain détourne finalement le regard.

— Non, m'en fous. C'est bien aussi.

Peut-être que Jean a changé d'avis. Peut-être qu'il n'aurait jamais dit une chose pareille en présence d'autre personnes et que seul Marco peut lui faire cet effet de remise en question. Rien qu'à l'idée, le cœur du brun s'emballe un peu plus.

— OK. Réponds doucement Marco en retournant son attention vers son ordinateur.

Après un moment à avoir réglé le son de ses enceintes, puis la luminosité et à passer quelques minutes à chercher dans les tiroirs de son chevet les fameux paquets de gâteaux, Marco sourit à Jean en tenant fermement son ordinateur entre les mains, près au binge-watching !

Jean le regarde pendant un instant dans les yeux et détourne encore une fois le regard en se positionnant plus confortablement sur le lit. Marco a l'impression que les gouttes de sueurs s'intensifient sur son visage et il se demande si ses parents n'ont pas mis le chauffage un peu trop haut.

Jean pose son dos contre le mur derrière lui et Marco fait de même, à sa gauche. Positionnant l'ordinateur sur ses genoux, le brun décale légèrement l'écran vers ceux de son ami. Au début, la proximité soudaine entre les deux jeunes hommes crispe un peu Marco. Il peut sentir la cuisse chaude - et bizarrement tendu - de Jean contre la sienne et son épaule se frotter maladroitement sur lui. Le coussin positionné derrière Jean lui permet d'être plus avancé et d'avoir le nez plongé sur l'écran. La lumière de celui-ci se reflète sur son visage brillant et marque ses courbes droites et longues. Comme ça, Jean pourrait même paraître un peu plus détendu et serein que d'habitude. Mais quelque chose cloche et interpelle Marco. Le genre de chose qui dure depuis plusieurs jours et qui semble bouffer leur relation à petit feu.

L'épisode défile et son rythme d'abord lent et comique est rapidement coupé par les grignotages des deux adolescents. Enfin, surtout par ceux de Jean. Peut-être qu'il avait raison et qu'ils auraient dû acheter quelque chose dans une supérette pas loin avant de venir. Jean donne l'impression de mourir de faim et cette idée déplaît fortement à Marco.

Le brun sait que Jean à tendance à manger rapidement quand il est stressé. Il ne calcule pas les fois où le châtain s'obligeait à finir rapidement son sandwich avant de rejoindre la salle de classe pour leur millième contrôle de la journée. Le cœur de Marco se serrait même un peu quand il voyait le repas qu'il lui avait payé se retrouver dans la poubelle la plus proche (les pauses entre midi et une heure sont toujours trop courtes et Jean n'aime pas garder sa nourriture). Mais maintenant, ils ont tout le temps devant eux. Ça ne fait même pas soixante minutes qu'ils sont ensemble et Marco sait que Jean n'a pas d'heure précise pour rentrer.

Mais alors, qu'est-ce qui cloche tant ?

C'est typiquement le genre de questions qui envahissent un peu trop son cerveau et qui lui font louper la moitié de l'épisode. Alors avec détermination, Marco s'oblige à suivre le passage avec plus d'entrain. Il l'aime bien cette série en plus. Mais avant qu'il ne puisse réellement remettre les événements de l'épisode dans l'ordre, un bras vient se glisser derrière lui et une main se poser sur son épaule gauche. Immédiatement, son cœur loupe un battement et Marco hésite à mettre pause.

Il se retourne vers Jean - beaucoup trop rapidement - confus et surpris. Celui-ci fixe l'écran et veut se donner un air concentré et absorbé par l'épisode. Mais Jean ne peut pas mentir à Marco. Ses sourcils froncés et ses joues légèrement rosés le trahissent profondément.

— Qu'est-ce que tu fais ? Murmure Marco, se retenant de ricaner de nervosité.

Au début, Jean ne répond pas. Il jette un rapide coup d'œil vers ses affaires au sol puis fixe à nouveau l'ordinateur.

— Hm ?

— Jean, qu'est-ce que tu fais ?

Son ami est un terrible acteur et ça déprime presque Marco. Parce qu'il ne sait pas vraiment ce qu'il se passe et si cela est le moment propice pour se faire des idées.
La main de Jean paraît plus légère sur son épaule et il commence même à s'agiter un peu pour la positionner plus confortablement sur celle-ci.

— Ça te dérange ?

Marco n'arrive pas à détourner le regard. La chaleur que créer ce contact physique s'intensifie de secondes en secondes et le brun à l'impression de cramer au soleil. Non, ça ne le dérange pas. Pas du tout même. Il aimerait lui dire, le crier, mais c'est absurde. Parce que ce qu'est en train de faire Jean est impulsif et n'a pas de sens.

Cette fois-ci, Marco appuie réellement sur pause et un silence de plomb s'installe dans la chambre. Dans la pénombre, Marco ne peut pas vraiment distinguer une quelconque expression sur son visage. Mais il remarque la pomme d'Adam de Jean faire un rapide va et vient. Le brun essaye donc de calmer son cœur et se penche en avant afin d'allumer sa lampe de chevet. En apercevant la lumière, Jean grogne un peu et laisse son bras revenir vers lui.

— C'est pas nécessaire d'allumer. C'était… C'était juste une question.

Malgré ses joues roses, ses sourcils froncés et son front humide, Jean paraît très serein - du moins à sa manière. Marco vient tout de même de rejeter ce que l'on peut appeler son « avance » et ça ne semble pas déstabiliser Jean plus que ça. Tout ce qu'il l'intéresse, c'est la lumière de sa stupide lampe de chevet.

— Tu sais… S'il y a un truc que tu veux me dire, dit le moi directement.

Ce n'est pas vraiment ce que veut dire Marco, mais il ne sait pas comment le formuler. Il n'a pas envie de lui avouer que ça fait un bon moment qu'il a remarqué l'attitude étrange de Jean (il va le prendre pour un stalkeur, c'est sûr) ni reparler de cette main sur l'épaule. Marco n'a pas envie de paraître plus excité qu'il ne l'est déjà.

Jean regarde enfin Marco dans les yeux en se grattant légèrement la nuque. Après un moment, il s'avoue vaincu et souffle d'exaspération en glissant son corps sur le lit. De dos, ses pieds touchent le sol et le bout de son sweat-shirt laisse même dévoiler le bas de son ventre. Jean pose ses deux mains sur son torse et fixe à nouveau Marco, l'air frustré.

— Ça… ça t'a dérangé ou pas ? Réponds-moi.

— Non.

C'est plus fort que lui. Marco ne voulait pas lui dire, mais il est impossible pour lui de résister devant cet air presque vulnérable que lui offre Jean. Il a l'impression d'avoir une conversation assez importante et l'honnêteté et sûrement ce qui a de meilleur dans ce genre de cas.

Jean joue quelques secondes avec ses doigts et le silence va finir par tuer Marco.

— J'vais te confier un truc OK ? T'énerve pas.

Le brun fronce ses sourcils et s'affirme mentalement qu'effectivement, il n'aime pas cette situation. Marco a peur parce qu'il ne sait pas ce qu'il va se passer (merde, c'est incroyable comment Jean peut être hasardeux quelques fois !) et que ses sentiments sont prêts à exploser d'une minute à l'autre, comme un foutu kinder surprise.

— Je t'écoute.

— Y'a... y'a quelques jours, peut-être la semaine dernière j'sais plus, on m'a dit que tu... que t'étais genre en crush sur moi. Sur le coup, j'savais pas trop quoi dire. Hitch avait dit ça comme une mauvaise blague ou un reproche alors j'ai laissé tomber, tu vois.

Marco a l'impression de recevoir un coup de marteau dans l'estomac. C'est blessant, mesquin et franchement dommage. C'est comme s'il s'était embêté à trouver une bonne blague et que quelqu'un d'autre la disait à sa place, tout en se voyant attribuer tous les mérites. Ou pire, que quelqu'un avait fait son coming-out à sa place. Dans les deux cas, c'est pathétique et dommage.

Est-ce que Marco doit jouer celui qui est étonné ? Celui qui nie en bloc et qui rigole même à cette bizarre mais bonne plaisanterie ? Mais rien ne vient, rien de tout ça. Marco baisse juste les yeux, honteux et silencieux.

- Je t'avoue que j'y croyais pas trop au début… Les autres faisaient que de se moquer de moi quand j'étais seul avec toi. Mais bon, c'est des connards alors… bref, ce que j'veux dire c'est que… hum… j'ai essayé de voir moi aussi. Et tu vas me prendre pour un putain de stalkeur, mais j'ai remarqué des trucs aussi… donc voilà quoi.

Marco essaye de rassembler chaque élément qui sort de sa bouche, mais l'ensemble ressemble plus à un bazar organisé qu'à autre chose.

— J'ai rien compris Jean. Répond Marco en ricanant (vraiment tout doucement). Le mot « stalkeur » sortant de sa bouche le fait rire amèrement.

Le châtain grogne et se redresse de façon plus présentable. Il se met de côté, afin d'être plus proche de lui. À présent, dans la pénombre de la lampe de chevet, Marco observe silencieusement chaque parcelle de son visage se teindre en un rouge aux sous-tons rosés.

— C'que j'veux dire c'est que… t'es pas très discret quoi.

Ou bien Jean est trop observateur. Mais Marco n'a pas envie de répondre ça. Il n'a pas envie de répondre tout court.

— Bref pour faire court, cette idée… bah elle me déplaît pas. Enfin, j'sais pas trop, j'ai beaucoup réfléchi et tout… J'ai souvent pensé à toi des fois et puis… bon voilà, tu me laisse pas indifférent quoi.

— Jean...

— Ça... ça te dis d'essayer des trucs ?

Marco croit s'étouffer avec sa propre salive. Une chaleur brûlante et tourbillonnante envahie son estomac et son cœur bat si fort qu'il peut exploser à tout moment. Oui, c'est irréfléchi, spontané et surtout impensable... Mais aussi merveilleux, trop beau pour être vrai et excitant.

Jean veut « essayer des trucs ». Sûrement le genre de trucs qu'on ne fait pas avec son meilleur ami ou avec un homme tout court... Le genre de trucs qu'il pense être trop mature pour son âge et que sa mère lui interdit sûrement de faire, du moins pas avant quelques années. Mais Marco croit en avoir envie lui aussi. Enfin, c'est sûr, il l'a toujours voulu au fond de lui. Déclarer sa flamme à Jean, lui tenir la main, embrasser ses lèvres puis enfin et en dernier, « essayer des trucs » avec lui.

Mais comme d'habitude, Jean est trop rapide. Il passe toujours à la vitesse grand V et brûle les étapes. Ou bien celles-ci se sont simplement brûlées sans que Marco ne s'en rende compte. C'est peut-être lui qui est trop lent dans l'histoire.

— Tu ne m'a même pas demandé si... si ce genre de rumeurs étaient vrais. Murmure Marco en baissant légèrement les yeux.

— Merde. Me dit pas que j'suis en train d'me prendre un râteau là... ?

Le brun ricane doucement en secouant sa tête. Jean a toujours la phrase parfaite pour le faire rire. Le genre de phrase qui ne marche que sur lui... C'est certain qu'avec ce genre de comportement, comment les gens ne peuvent pas le remarquer ? Marco crève littéralement pour lui.

— Bon. Ça va alors...

Jean sourit à son tour, soulagé. Il arrête de jouer avec ses doigts et se rapproche un peu plus de Marco. À la suite de ce geste, le brun a l'impression de sentir chaque muscle de son corps se tendre.

— Tu veux qu'on teste alors ? Reprend Jean.

Son meilleur ami vient de lui dire qu'il n'est pas discret, que tout le monde sait qu'il est désespérément amoureux de lui et qu'il ne sait pas trop quoi en penser. Jean est perdu, frustré et lui propose de... de coucher avec lui (est-ce qu'il peut le dire comme ça ? Ça sonne trop cru). Relayant ces informations, tout cela ressemble à un plan foireux. Typiquement le genre de plan qui va briser le cœur de Marco et pourrir leur amitié déjà assez ambiguë. Jean s'en fout, lui, il n'est pas amoureux de Marco. Il veut juste « essayer », voir où ça peut mener et si les gestes et les lèvres de son meilleur ami sont à son goût. Marco à l'impression d'être un morceau de viande dans un supermarché : satisfait ou remboursé.

Mais c'est la chance de sa vie, Marco le pense vraiment. Il a attendu ce genre de moment pendant bien trop longtemps et Jean le lui offre sur un plateau d'argent. Comment il peut refuser ? Comment il peut dire non à Jean ? Il est bien trop courageux et adorable pour ce genre de réponse négative.

Alors simplement et subtilement, Marco hoche la tête en sentant ses joues brûlées.
Puis vient ensuite le geste un peu maladroit de Jean. Il s'est légèrement relevé et a approché son visage vers celui de Marco. Le brun a l'impression qu'il tremble, ou peut-être, c'est son ami. De stupides et enfantins tremblements mélangeants stresse et excitation. Marco pense qu'ils font bien la paire tous les deux... Inexpérimentés en la matière, ils agissent comme des collégiens s'embrassant en cachette pour la première fois. Et d'un côté, c'est vrai, Jean va être sa première fois.

Son premier baiser, son premier amour.

Le baiser est bref, doux et un peu gauche. Les fines et roses lèvres de Jean se sont écrasées de façon brusque sur les siennes, qui sont plus souples et rebondies. Mais ça a un côté tendre et très romantique. Des papillons viennent exploser dans l'estomac de Marco et des milliers de frissons recouvrir son corps, jusqu'aux recoins les plus subtils. Mais le contact est chaste, rien de plus. Ça ne dure que quelques secondes et Marco à l'impression de vivre le moment au ralenti.

Jean s'écarte doucement et le brun n'a pas le temps de contempler sa réaction qu'il revient déjà à la charge en lui offrant un baiser plus profond et fougueux. C'est sauvage, humide et très, très intime. Leurs langues viennent se percuter rapidement et leurs lèvres se caresser comme si elles étaient faites pour être ensemble. Les minutes s'écoulent et ni l'un ni l'autre ose mettre un terme au baiser. Le contact devient encore plus énergique quand Jean dépose sa main sous l'oreille de Marco. Ses doigts fins et étourdis viennent jouer avec sa peau et descendent de plus en plus bas, vers sa nuque. Marco ne pensait pas en être sensible, mais cette partie de son corps est clairement érogène. C'est chatouilleux, tendre et il a l'impression de se noyer, mais d'une façon bien trop mélodieuse et enivrante. Quelques fois, leurs corps se tortillent un peu dans tous les sens. Comme si l'envie d'aller plus loin les brûlés ou bien comme s'ils ne savaient pas quoi faire, l'ignorance ; un fardeau bien trop lourd.

Finalement, après avoir fini leur danse endiablée, les deux garçons respirent doucement en laissant toujours leurs lèvres en contact. C'est visqueux, ça bave et c'est chaud. Ce n'est pas le genre de baiser idéal qu'on voit dans les films, mais le genre de baiser qu'on partage avec la personne qu'on aime.

Jean embrasse ensuite tendrement la joue de Marco et recule un peu. Sous cet angle, les deux peuvent parfaitement voir l'expression de l'autre. Marco a l'impression que Jean va attraper un coup de soleil et il devine son air intense et concentré. Le châtain, lui, guète subtilement l'expression de joie sur le visage du brun. Marco est tellement heureux, ça en devient bête et très mignon. Mais Jean est silencieux et il réfléchit un peu trop. Il n'a pas envie de faire de bêtise, mais en même temps, c'est plus fort que lui.

Pendant ce laps de temps où aucun des deux n'osent rien dire, Marco décide finalement de poser son ordinateur sur le sol afin que les deux soient plus confortables pour la suite. Ou bien, il essaye juste de s'occuper les mains, puisqu'il ne sait pas trop où les placer. Quand Marco se retourne enfin, il observe Jean enlever son sweat-shirt et le balancer sur la chaise d'en face. Moins vêtu, rougissant comme une tomate et les lèvres humides de ses traces, Marco lui trouve un air vachement sexy et beaucoup trop attrayant. Le genre d'attraction qui devient incontrôlable et qui rend fou.

— Quoi ? Demande Jean en rapprochant ses sourcils.

— Rien.

Marco sourit et s'approche de lui jusqu'à plaquer son corps contre le mur de sa chambre.

Puis une nouvelle fois, Jean fait le premier pas et initie le baiser. Une chaleur intense prend possession du corps de Marco et pendant un instant, il se demande si tout cela est réel. Ils sont amis depuis si longtemps, c'est presque triste, mais aussi soulageant que cela se passe enfin maintenant. Marco avait attendu en silence pendant que Jean était juste trop bête pour le voir et pour se rendre compte que lui aussi ressent peut-être la même chose. Au contraire du brun, il n'a pas attendu bien longtemps avant d'entamer les choses. Marco est un lâche et Jean est son sauveur.

Le châtain paraît tellement agité. Marco a l'impression que sa tête surchauffe et qu'un million d'idées traversent son esprit. Ses mains sont très baladeuses et maladroites et il l'embrasse, sans s'arrêter une seconde.

— Je sais pas si t'es conscient de l'effet que tu me fais là… Murmure Jean dans son oreille.

Et Marco se retient de sourire. Mais c'est plus fort que lui et Jean croit ne jamais avoir vu un sourire aussi beau de toute sa vie.

Ce n'est qu'une phrase fugace, le genre de truc bête et mignon qui ne fait sourire que les idiots du coin, mais elle fait tellement plaisir à Marco. Elle lui donne du courage et de la confiance en soi. Et il aime bien les trucs un peu crus et érotiques, surtout quand ils sortent de la bouche de son ami. Il a l'impression d'être irrésistible, comme Jean l'est pour lui. Alors instinctivement, Marco décide de prendre les devants à son tour. Il enlève rapidement son pull et lui dévoile sans retendu son torse-nu. Parce que oui, Marco ne porte rien en dessous et c'est sûrement l'une de ses décisions les plus bénéfiques de la journée.

Jean dégluti encore une fois et reste silencieux tout en observant les taches de rousseur de son ami venir s'éparpiller sur son cou, puis son buste et enfin son ventre. C'est beau, presque poétique, comme une œuvre d'art. Mais normalement les tableaux, on ne les touche pas. Et pourtant, Jean est bien contraint de désobéir à cette règle. Ses longs doigts viennent caresser la peau chaude et douce de Marco. Et évidemment ça sent bon, comme son pull qui est maintenant à ses côtés ou bien les draps dans lesquels Jean adore plonger sa tête.

Marco a le cœur qui bat à la chamade, il se retrouve honteusement émoustillé et les caresses et les baisers volés de Jean n'arrangent rien. Ses lèvres ne cessent de toucher ses joues, son cou, et même ses oreilles. Puis ses doigts sont plus téméraires et aventureux... Ils glissent là où ils peuvent : buste, côtes, et même le bout de ses tétons. Mais Marco ne pense pas que Jean fasse exprès. Après ça, il n'a plus recommencé.

Après s'être embrassé encore une fois et pendant un long moment (ils ont enfin trouvé leur rythme et tester tous les baisers possibles), Jean attrape la main de Marco et vient la poser sur son entre-jambe. C'est osé, précipité et tout Jean. Il ne se soucie pas si Marco a vraiment envie de faire ça... C'est un geste un peu égoïste, mais qui excite encore plus son ami. Parce que Jean a toujours une longueur d'avance et que ses défauts trouvent instantanément leurs places dans le cœur de Marco.

Comme materné, la main de Jean guide d'abord celle de Marco en l'aidant à faire des va-et-vient. C'est une sorte de tuto ou de démo, comme dans les jeux vidéo. À cette idée, Marco sourit et vient se coller contre Jean. D'une main, il attrape son menton en l'embrassant tendrement et de l'autre, il faufile ses doigts dans le pantalon de Jean. Celui-ci, en voyant que son ami a du mal, le déboutonne rapidement.

— Attend... Susurre Jean, impatient.

Et Marco attend, mais pas pour bien longtemps. Son pantalon est maintenant légèrement baissé et le brun peut apercevoir le bout de son boxer. Et comme il s'y attendait, son érection est longue et dure. Marco pense avoir la même chose entre ses jambes et l'idée qu'il soit la cause de cet effet le rempli d'un bonheur intense. Le genre de bonheur qui fait planer dans les airs pendant un moment.

Marco faufile enfin ses doigts dans le boxer de Jean, de façon plus confortable. Le contact de ses doigts froids contre son intimité crispe d'abord Jean et l'emmène dans un état dans lequel il n'a jamais été à présent. C'est paralysant, intense et tellement pervers. Parce que c'est la première fois que quelqu'un d'autre le touche de cette façon et que la sensation de plaisir est dupliquée par cent. Les va-et-vient d'abord lents que produit le brun lui donne envie de murmurer et de faire toute sorte de choses qu'il n'a jamais dites et faites.

— Hmf...

Marco sent son estomac se serrer en entendant les gémissements de Jean. C'est un nouveau son unique et précieux que seul lui est autorisé à entendre. Alors avec entrain, le brun accélère les vas et vient de sa masturbation tout en libérant les lèvres de Jean. Les gémissements se font de plus en plus réguliers et intenses. Marco connaît pourtant le son de sa voix par cœur... Il l'a déjà entendu rire, crier, et même pleurer une ou deux fois. Mais ce son-là, il n'a rien avoir avec les autres. C'est nouveau et pour la première fois, Marco à l'impression d'apercevoir Jean sans défense, presque sensible et blessable. Seul lui a cette chance et ce privilège d'en être le spectateur, mais aussi la raison.

À présent, le membre de Jean glisse un peu plus facilement contre sa paume de main et la chaleur à envahie son corps de façon beaucoup trop excessive. La respiration du châtain est maintenant saccadée et presque hors de contrôle. Tout autour d'eux est rapide et incroyablement jouissif...

En baissant les yeux vers son travail, Marco hésite pendant un moment et sort finalement l'intimité de Jean à l'air libre, de façon sensuelle. À la seule lumière de sa lampe, le brun peut l'observer calmement, sans que cela paraisse bizarre ou effrayant.

— Embrasse-moi...

Et c'est ce que fait Marco, sans rechigner une seule seconde. Il l'embrasse, lui fait plaisir et s'occupe de lui comme s'il était destiné à le faire. Jean passe sa main sur son dos nu et bouillant puis vient terminer sa course sur sa hanche. Pendant un instant, Marco croit sentir les doigts de Jean suivre langoureusement les courbes de ses fesses, mais un bruit sonore venant d'en bas arrête tout gestes trop audacieux.

Marco s'immobilise immédiatement et Jean le regarde, les joues rouges, perdu entre jouissance et désir.

— Marco ? Demande une voix venant du salon.

Puis le châtain réalise la situation et se relève un peu en fixant Marco, tout aussi gêné que lui. Le prénommé s'écarte de Jean et se penche vers l'autre côté du lit, espérant que sa mère ne monte pas. Il se racle d'abord la gorge et répond :

— Oui ?

Mais aucune réponse ne vient et des bruits de murmures résonnent dans le salon. La mère de Marco doit sûrement parler avec son père. Ce qui ne rend pas la situation moins gênante.

Marco se lève ensuite, enfile rapidement son pull et se tourne vers Jean qui réajuste son boxer tout en ébouriffant ses cheveux.

— Euh... je vais voir ce qu'il se passe.

Et le châtain hoche simplement la tête en reprenant ses idées.

Marco est dans une situation tellement improbable et inhabituelle qu'il se doit d'assurer. En réfléchissant aux pires scénarios possibles et aux excuses déjà prêtes à l'avance qu'il pourra balancer à ses parents, il descend les escaliers et arrive dans le salon où son père range les courses et sa mère se sert un verre de vin.

— Tu es déjà rentré ? Demande sa mère.

L'innocence dans sa voix brouille l'estomac de Marco et le rend encore plus honteux qu'il n'est déjà. Si elle savait ce qu'il était en train de faire, le jeune homme ne pense pas qu'elle l'aurait accueilli avec un aussi gentil et bienveillant sourire.

— Ouais... un prof était absent.

Son père ne dit rien et range les dernières courses dans leur frigo. Tout est beaucoup trop naturel alors que la situation est à deux doigts de s'échapper de ses mains. Marco doit prendre de l'avance s'il ne veut pas mourir de honte. Il doit faire comme Jean.

— Tu vas bien ? Tu es tout rouge.

Sa mère s'approche de lui et vient poser sa main froide et humide sur son front.

— Oui, oui. Murmure Marco en fermant les yeux.

— On a peut-être mis le chauffage trop haut, ton père et moi.

— Il y a... hum... Jean est là aussi. Il est dans ma chambre, on regardait un film.

Si ce n'était que ça encore, ça irait. Mais ses parents n'ont vraiment pas besoin de savoir plus de détail.

Pendant que sa mère glisse sa main vers elle et boit une gorgée de son verre, son père s'approche lui aussi, tout en pliant un sac de courses beaucoup trop imposant pour de simples paquets de pâtes et quelques sauces.

— Oh, c'est cool ça. Il dîne avec nous ?

— Je ne sais pas... je vais lui demander.

Et comme s'il s'était donné l'ordre de le faire, Marco remonte dans sa chambre en enjambant les marches deux par deux. Quand il ouvre la porte, les volets sont déjà ouverts et Jean remet son sweat-shirt tout en enfilant ses chaussures.

Un silence de plomb s'installe dans la pièce et Marco regarde un peu autour de lui avant de reprendre la parole.

— C'est mes parents. La voix est libre... !

Marco veut plaisanter pour détendre l'atmosphère, mais le demi-sourire de Jean ne le convainc pas. Il fuit son regard et ne cesse de se racler la gorge comme s'il était enrhumé.

En s'adossant contre son mur, Marco l'observe ranger ses affaires et fermer son sac à dos, accroupi dans l'autre coin de la chambre.

— Ils ont demandé si tu voulais manger ici ce soir.

Jean tourne un peu sa tête - pour montrer qu'il a bien entendu - mais met un sacré moment avant de répondre. Marco à l'impression d'être de trop alors qu'il est chez lui. Pourquoi faut-il que son ami soit soudainement aussi froid ?

— J'sais pas. Je crois j'vais rentrer.

Cette réponse brise le cœur de Marco, plus qu'elle ne le devrait. Quelque chose dans le ton de sa voix le rend maussade et lui donne l'impression que tout est en train de s'effondrer. Jean a le don de transformer les sentiments de Marco en montagnes russes.

— Ma mère m'attend alors...

C'est faux, Marco le sait. La mère de Jean ne lui donne jamais une heure précise pour rentrer et si - exceptionnellement - c'est le cas, Jean s'arrange toujours pour lui désobéir. Il ment, Marco en est conscient, et pourtant, il ne fait rien.

— OK. Murmure le brun en hochant la tête.

Alors le cœur lourd, il le laisse passer devant lui parce que cette stupide habitude de gentleman ne veut pas partir et guide Jean jusqu'à la porte d'entrée. En arrivant au salon, ses parents lui disent bonsoir et semblent réellement tristes de la nouvelle. On dirait que les Bott sont tous des sentimentales et qu'ils ne peuvent pas résister à Jean et ses départs à l'improviste. C'est peut-être dans les gênes.

En ouvrant la porte, Marco s'engouffre sur le palier avec Jean et referme la porte derrière lui. Le brun ne sait pas pourquoi il a fait ça. Sûrement parce qu'il a secrètement envie que sa vie ressemble à un film américain un peu trop niai et que Jean se mette à l'embrasser tendrement avant de partir.

— Bon...

C'est tellement gênant et la maladresse du châtain ne fait que l'accentuer. Marco préfère qu'il se taise plutôt que de remplir les blancs, juste pour... pour remplir les blancs.

— Rentre bien. Coupe Marco en souriant doucement.

Parce que lui au moins c'est quoi dire dans des situations comme celles-ci et que Jean n'est qu'un imbécile maladroit et égoïste.

Mais peut être quand s'approchant de lui en penchant légèrement sa tête, il ne l'est pas tant que ça. Marco croit d'abord qu'il va coller ses lèvres contre les siennes. Ce geste osé et dangereux a le don de faire battre son cœur, mais l'adrénaline s'évapore vite quand il sent sa bouche touchée tendrement sa joue. Sûrement le genre de bise que tout le monde se fait le matin devant le lycée ou bien le soir, en rentrant. Mignon et humide, comme ceux de sa mère, mais aussi chaud et inoubliable comme les amoureux dans un film.

Jean ne lui en avait jamais fait un et Marco découvre encore quelque chose qui va le rendre accro.

— À demain. Répond-t-il en s'éloignant.

Le brun hoche la tête et regarde silencieusement son meilleur ami marcher jusqu'au fond du palier et descendre les escaliers à leur droite. Jean ne lui offre pas un dernier regard ou bien un sourire d'adieu. Ses pas sont précipités et il semble même nerveux. Mais qu'importe, Marco pense être satisfait de ce qu'il a obtenu. Ce n'est pas ce qu'il attendait et Jean a le don de le faire rouler dans la farine, mais c'est amplement suffisant. Parce que Jean est bien plus que lui, que sa perfection évince largement ses défauts et qu'il veut Marco, peut-être pas comme lui, mais il le désire tout de même. C'est agaçant mais aussi merveilleux.

En rentrant chez lui, Marco passe la fin de la soirée à penser aux événements précédents ; aux mots maladroits et crus de Jean, à ses baisers beaucoup trop baveux et à son intimidé rigide et chaude entre ses doigts.

Dans son lit, il rêve du lendemain où Jean osera peut-être enfin lui tenir la main devant tout le monde, et même l'accueillir avec cette fameuse bise. Mais aussi, il cauchemarde en imaginant son air distant et ses regards bien trop froids à son égard. Peut-être qu'il l'évitera, qu'il va réaliser que coucher avec un homme le dégoûte un peu et que Marco est le genre de personne qu'on se lasse vite : trop gentil, trop facile à atteindre... trop amoureux.

Mais pour l'instant, le brun préfère replonger dans son songe inoubliable où l'odeur de Jean n'arrive pas à quitter ses draps et où les simples syllabes prononçant son prénom fait battre son cœur de plus belle.