Défi : AU en folie (Salle de jeux du Fof)

Prompt : Miroir inversé

Chronologiquement, c'est après Naruto sans tenir compte de Naruto Shippuden.


Une volonté de Feu

Naruto marchait mollement. Jiraya l'avait trouvé évanoui, il l'avait secoué dans tous les sens le bombardant de questions pour s'assurer qu'il s'agissait bien de lui. Il lui avait même demandé de recourir au chakra de Kyubi pour s'assurer de son identité. Maintenant ils cheminaient sous les fortes paroles enjouées de l'aîné. D'après lui, ça faisait extrêmement plaisir que Naruto ne passe pas son temps à déblatérer dans tous les sens ni à demander où ils allaient, pour quoi faire ou encore à supplier pour apprendre des nouvelles techniques.

Le jeune ninja n'avait pas le cœur à ça. Il avançait mécaniquement, détaché d'à peu près tout. Jiraya l'avait trouvé inconscient parce que Itachi Uchiha, ninja renégat par excellence, avait réussi à lui mettre la main dessus. Malgré les années d'entraînement, Itachi était toujours trop fort pour lui. Et il avait fait des révélations plutôt bouleversantes. Des révélations qui illuminaient d'une nouvelle manière ce que Naruto savait de l'histoire de Konoha et de sa propre histoire.

Le nukenin lui avait appris que le massacre du clan Uchiha avait été orchestré par les dirigeants de Konoha à une époque où le Sandaime était au pouvoir. Un vieil homme toujours occupé qui prenait le temps de lui envoyer une carte rigolote à son anniversaire et qui passait pour lui déposer des courses de temps en temps. Et il avait permis qu'on exécute plus de cinquante personnes alors que même pas la moitié bénéficiait d'un apprentissage ninja élémentaire.

Itachi lui avait dit qu'il avait agi pour Konoha et qu'il avait passé un marché avec le village pour assurer la protection de Sasuke. Puisqu'il était connu que Naruto tenait beaucoup à son amitié avec le jeune Uchiha, Itachi comptait sur ce savoir pour qu'il puisse exiger que Sasuke soit gracié et épargné même si lui venait à mourir.

Les informations s'étaient bousculées dans l'esprit de l'adolescent qui, s'il n'avait pas brillé en cours, avait considéré comme acquis que le massacre des Uchiha venait de la folie d'un seul homme. Il avait bien entendu demandé qu'est-ce qui avait pu provoquer une telle méfiance vis à vis de ce clan mais l'inquiétude ne s'était appuyé que sur la volonté de trahison d'une partie du clan. Naruto avait du mal à se dire qu'il n'y avait pas d'autres solutions devant une possible révolte. Après tout, le plan des Uchiha n'était pas encore défini à l'époque, n'importe quoi aurait pu les mettre en difficulté.

Certainement que la peur de leurs techniques héréditaires portées par un effrayant genjustu avait pris le pas sur le reste. Ou alors les politiques avaient des raisons de considérer qu'il existait un réel risque que les Uchiha reçoivent un soutien extérieur. Naruto sentait son cerveau être emporté dans les méandres des possibles. Il regarda le dos de son sensei, il n'était pas à Konoha à l'époque mais avait-il des connaissances qu'il ne lui avait pas révélées ?

Certainement. Il connaissait peu de choses de son passé finalement. Il savait qu'il avait beaucoup voyagé. Il connaissait la légende qui l'entourait. Il connaissait son caractère et pendant combien de temps il pouvait être mort de rire pour un rien. Cela lui avait suffi jusque là mais les révélations d'Itachi avaient entraîné une bruyante machine à questions. D'habitude, il n'en avait rien à faire de l'histoire. Il voulait avant tout écrire sa propre légende. Il n'avait trouvé des héros que pour les dépasser.

Maintenant, il se demandait pourquoi c'était lui le jinchûriki. Lui, un orphelin « pupille de la Nation » ; il y en avait d'autres. Son assistant social qui venait vérifier qu'il ne fasse pas n'importe quoi lui disait toujours qu'il était en retard. Il devait être le seul de son âge à avoir voulu être ninja parce qu'il n'avait croisé personne. N'était-ce pas dangereux de mettre leur arme fétiche dans le corps de n'importe quel gosse ?

— Dites Sensei, vous savez pourquoi c'est moi l'hôte de Kyubi ?

Jiraya s'arrêta abruptement et se tourna vers lui. Il avait ce regard sérieux qui le mettait toujours mal à l'aise. Il avait beau n'être qu'un ermite pas net la plupart du temps, il pouvait être très impressionnant.

— C'est quoi cette question ?

— Je me demandais pourquoi tout ça est tombé sur moi. J'étais le seul bambin disponible ?

Il faisait beau et la journée s'allongeait. Les deux hommes se faisaient face dans l'espace silencieux et paisible. Les questions venaient naturellement chez Naruto mais jamais de telle sorte. La distance qu'il entretenait avec Konoha depuis plusieurs années était supposée le mettre à l'abri de telles questions. Jiraya fronça les sourcils, il ne savait pas quoi répondre.

— Peut-être bien, souffla le sannin avec désintérêt.

— Je vous crois pas, grogna Naruto en se remettant à marcher.

Ils cheminèrent côte à côte et le jeune étudiant reprit la parole avec une sobriété étrange :

— Le Troisième du Nom m'a dit que mes parents étaient des ninjas, qu'ils sont décédés ce jour où le Démon-Renard a attaqué le village, et que c'est le Quatrième du nom lui même qui a apposé ce sceau sur moi.

— Alors pourquoi tu doutes tant ? Tu as toutes les informations dont tu as besoin.

— Il m'a aussi interdit de poser des question sur mes parents et personne ne les connaît. Je n'ai trouvé aucune trace d'eux. Et je sais maintenant qu'il a déjà menti, même pour des trucs graves.

— Où veux-tu en venir ? Et d'où sors-tu ces nouvelles connaissances ?

— Itachi Uchiha, il m'a révélé que le massacre de son clan faisait partie d'une mission pour Konoha.

— Naruto ! gronda alors l'aîné, qu'est-ce qu'il t'a pris d'accorder foi aux paroles d'un nukenin ? L'Akatsuki ferait n'importe quoi pour récupérer Kyubi, y compris te monter contre ton village.

— Il faut croire que non puisque je suis avec vous alors que Uchiha m'avait à sa merci. Alors vous allez me mentir ou me dire ce que vous savez ?

L'apathie de son apprenti était effrayante. Naruto n'avait jamais eu l'air aussi sérieux, ni aussi blessé d'ailleurs. Et il se doutait qu'en cas de trop grand doute, son premier réflexe serait certainement de courir retrouver Sasuke Uchiha. Ce qui ne pouvait qu'être désastreux.

— Très bien calme-toi. J'ai appris tardivement que le massacre des Uchiha était un coup monté. J'étais sur une mission à cette époque, je cherchais leur lien avec les autres villages. Je n'ai assemblé les morceaux que plus tard.

— Je m'en fiche, dites-moi ce que le Troisième m'a caché au sujet de ma naissance. Pourquoi c'est moi qui me coltine Kyubi ?

— Le Yondaime a lié Kyubi à son propre fils en signe de foi, révéla finalement le Sanin avec douleur.

— C'est n'importe quoi, refusa Naruto. Il avait même pas de petite copine, c'était un super guerrier !

Ce gosse. Jiraya décida de l'ignorer.

— Elle s'appelait Kushina Uzumaki et c'était la précédente hôte de Kyubi. D'ailleurs, je suis ton parrain si ça t'intéresse.

— Non, vous êtes un enfoiré !

Naruto accéléra le pas sans regarder en arrière. Son sensei suivit le mouvement avec tristesse. Ça n'aurait pas dû être à lui d'annoncer tout cela au gamin, pourquoi personne ne lui avait jamais dit tout cela ?

Ils marchèrent encore longtemps avant que Naruto ouvre de nouveau la bouche.

— Pourquoi le Troisième du Nom a permis ce massacre ?

La bouche de Jiraya se tordit en un effrayant sourire et sa réponse ne tarda pas :

— Mieux vaut une chambre rangée qu'un lit propre, assura-t-il avec froideur. Ça veut dire qu'on s'accommode facilement de la saleté tant qu'elle ne se voit pas.

— C'est horrible, affirma l'adolescent avec force.

— Tu es shinobi, tu t'attendais à quoi ?

— Je m'attendais à ce que mes supérieurs soient effectivement plus intelligents que moi ! hurla-t-il avec rage.

Peut-être n'était-ce pas le bon jour pour discuter. Il y avait beaucoup de colère, de ressentiment et d'incompréhension chez le jeune homme. Il ne fallait pas le pousser à bout. Mais Naruto n'avait visiblement pas l'habitude de s'épargner. Il recommença à parler ignorant sa gorge quelque peu nouée.

— Est-ce que l'Akatsuki a vraiment déclaré la guerre ? Ou prévu de façon certaine de nous faire la guerre ?

— Non, mais cette organisation est composée de criminels très dangereux et c'est une hypothèse plus que probable. Selon leur rhétorique, leur organisation a pour but de confisquer les bijûs aux grandes nations afin qu'ils ne soient pas utilisés comme arme militaire.

— S'ils veulent vraiment diminuer le coût des guerres, il vaudrait mieux les laisser faire.

— Peut-être. C'est un gros « si ».

Le soir venu, Naruto travailla son endurance dans leur petite chambre puis fit ses exercices de gainage. Il avait arrêté de parler de tout ça, il avait juste la mine sombre. Il prévint qu'il sortait se balader ; il faisait toujours des sorties pour travailler sa furtivité. Jiraya attendit avidement qu'il rentre le soir. Il se rinça le visage sans beaucoup de bruit et s'allongea. Il s'endormit en trois minutes, comme d'habitude. Ça rassura beaucoup le Sannin.

Il ne savait toujours pas comment poursuivre l'enseignement de Naruto avec ces nouvelles plus que désarmantes. Malgré les années qu'ils avaient passé ensemble, Jiraya se rendait compte qu'il ne connaissait pas assez son apprenti. Il avait encore beaucoup de choses à apprendre de lui et il lui faudrait faire ses preuves pour garder une influence sur lui. Il réfléchit aux divers axes d'enseignement qu'il avait commencé avec Naruto.

Demain matin, il parlerait au turbulent adolescent. Après tout, il voulait être hokage donc il voudrait peut-être fortifier ses connaissances historiques et commencer à réfléchir aux problèmes diplomatiques qui finirait par être les siens. C'était certainement un tort de se contenter de l'enseignement ninja et la maîtrise de Kyubi sous prétexte que son disciple était impatient et ne tenait pas en place. Naruto avait de grandes ambitions et pour y faire face, il allait devoir passer par pas mal de désillusion. Ça venait tout juste de commencer.

Dès le lendemain, Jiraya commença à enseigner l'histoire et la politique des Grands Pays. Il manqua plusieurs fois de tuer son disciple qui dormait debout en prétendant l'écouter. Mais peu à peu, cela finissait par rentrer dans sa petite tête obtuse. Ils s'arrêtaient à divers villages où Naruto recevait des témoignages poignants. Il arrivait assez souvent que ça lui retourne assez l'estomac pour lui couper l'appétit.

Mais il ne pouvait le blâmer d'être empathique. Jiraya ne savait si ce trait de caractère venait de son père ou de sa solitude, mais Naruto l'avait déjà surpris plus d'une fois. Il lui donnait envie de croire en son idéalisme enjoué. Le jour où il entendit Naruto plaidoyer pour régler une situation épineuse :

— D'accord, d'accord. Donc monsieur Sourcils Deux-en-un a tué votre fils et vous voulez tuer son fils pour le venger. Ça a l'air équitable dis comme ça mais vous vous sentirez comme une merde pour avoir infliger à quelqu'un d'autre ce que vous n'auriez jamais voulu connaître. Et vous vous sentirez pas mieux. Je propose que Fils de Monsieur Sourcils travaille avec vous pendant un an ; vous pourrez remettre votre commerce à flot et peut-être vous rende compte que c'est un être humain qui mérite pas de mourir juste parce que son père a fait une erreur stupide. Et Monsieur Sourcils payera cette année de travail en signe de bienveillance et de pardon à votre égard. Ça vous conviendrait ?

Il sentit une fierté impossible à résorber.


Bonjour, voici un petit OS sans prétention. J'espère qu'il vous aura plu et je lirai avec plaisir vos avis. Merci d'avoir lu !