Ce texte a été écrit dans le cadre de la 134ème Nuit du FoF.

Il correspond aussi à un ''Cap ou pas cap'' de Black Angelis : Cap ou pas cap d'écrire du fluff domestique avec Cersei et Tyrion.

(Dis-moi si tu trouves que ce n'en est pas, vu que c'est la première fois, je comprendrais ^^'')


La seule chose que Cersei voit depuis qu'elle est toute petite, c'est l'obscurité.

Jamais elle n'a pu observer le ciel se parer de douces couleurs à l'aube et au crépuscule, jamais elle n'a vu la clarté de la Lune dans la nuit d'encre, jamais elle n'a vu la lumière du soleil.

La seule chose qu'elle a pu faire, c'est en sentir les rayons d'une douce chaleur sur son visage, et imaginer, à partir de ce qu'elle lisait, non, pas lisait, touchait dans ses livres.

Personne ne lui a jamais expliqué à quoi cela ressemblait, quel spectacle c'était, de voir le soleil se lever et la nuit tomber.

Père était trop occupé pour ça, il n'était pas souvent là.

Elle ne sait pas non plus à quoi il ressemble, Père, pas plus qu'elle ne sait à quoi ressemble Mère.

On le lui a déjà dit, bien sûr, mais quand on n'a jamais rien vu de sa vie, il est compliqué de se figurer quelque chose.

On lui a déjà dit aussi à quel point elle était belle, aussi belle que sa maman.

Mais on a eu beau lui répéter qu'elle avait des cheveux brillants comme l'or, des yeux verts comme l'émeraude, la peau blanche comme de la porcelaine elle, tout ce qu'elle sait, la seule chose qu'elle sait, c'est qu'elle ne voit que le noir de l'onyx.

A l'école, les autres enfants la laissaient toute seule dans son coin.

Après tout, comment pouvait-on jouer avec quelque qu'un qui ne pouvait pas courir, pas rattraper de ballon, quelqu'un qui ne voyait pas ?

Alors, elle s'assoit dans son petit coin, où personne ne vient l'embêter, elle ne peut même pas dire qu'elle observe les autres enfants, elle ne peut pas observer, elle ne pourra jamais le faire, jamais, c'est ce que les médecins et Père et Mère ont essayé de lui expliquer depuis qu'elle est petite, depuis qu'ils ont compris qu'elle ne discernait pas les formes, qu'elle ne voyait pas les couleurs, qu'elle ne reconnaissait pas les visages.

Il y a des choses qui ne pourront jamais changer, et ça, c'en est une.

C'est triste, mais c'est comme ça.

Cersei ne voit pas.

Elle ne voit peut-être pas, mais elle peut sentir l'humidité de ses larmes sur ses joues, et sentir leur goût salé sur ses lèvres, elle rêve, elle rêve de pouvoir voir, de pouvoir savoir.

Elle ne voit pas, elle ne voit rien.

Elle va devoir grandir avec, ou plutôt sans.

.

Tyrion, lui, voit très bien.

Mais cela ne suffit pas pour les autres gamins.

Lui aussi, passe ses récréations tout seul, sans jamais jouer avec personne.

Il n'est pas aveugle, non.

Mais il est petit, trop petit, bien trop petit.

Bref, il est différent, et ça, ça ne plaît pas aux autres enfants.

Il est né comme ça, tous les autres mômes parlent de ce qu'ils voudront faire quand ils seront grands, mais Tyrion jamais, jamais, parce qu'il sait que jamais il ne sera grand, pas comme tous les enfants.

Il est petit, les autres de son âge se moquent de lui, c'est un monstre, il n'est pas comme nous, il ne le sera jamais, jamais.

Tyrion, lui, quand il est dans son coin de la cour de récréation, il voit les autres enfants qui jouent sans lui, et ça, ça le fait encore plus pleurer.

Pourquoi il ne peut pas jouer avec les autres, hein ? Pourquoi ?

Il n'est pas si différent que ça, au fond.

Tous ses professeurs le disent, il est intelligent, très intelligent, même.

Il apprend à s'en moquer, avec le temps, il n'en a rien à faire, ce ne sont que des enfants après tout, les enfants sont méchants.

Il s'enfonce le nez dans des livres, de toutes sortes, de toutes tailles, et les ignore.

Des fois, il les regarde, mais il ne pleure plus, il ne va pas verser ses larmes pour eux, ils n'en valent pas la peine.

.

Cersei grandit.

Elle n'est plus la petite fille qui rêvait de voir le monde en couleurs.

Cette petite fille est morte, morte et enterrée, elle a fait le deuil de ce rêve-là.

Elle sait très bien que ce n'est pas possible.

Elle a parfois une curieuse sensation au creux de l'estomac, comme s'il manquait quelque chose à sa vie, mais, quand on lui demande, elle répond qu'elle a de la chance, elle n'a pas perdu la vue, elle ne l'a jamais eue, donc on ne peut pas être nostalgique de quelque chose qu'on a jamais connu.

Elle n'a pas de petit-ami, au collège, au lycée, pas d'amis non plus.

Les garçons sont attirés par elle comme par un aimant, c'est magique, c'est magnétique, mais, dès qu'ils apprennent que ses yeux d'émeraude ne peuvent voir que le noir de jais, ils s'éloignent, la magie est finie, et ils ne reviennent pas.

Elle se rassure comme elle peut, se dit qu'un jour, elle trouvera le bon, qu'un jour, quelqu'un voudra bien d'elle, avec ses différences, quelqu'un de différent lui aussi, peut-être.

Le temps passe, et, un peu comme le rêve de découvrir le monde, ce rêve aussi se meurt, périt dans son esprit.

Les filles ne l'approchent pas, elle les entend chuchoter, quand il nous manque un sens, les autres sont bien plus développés, mais décide de les ignorer, elle sait qu'elles sont soit jalouses d'elle, soit qu'elles se moquent, qu'elles la raillent.

Elle grandit seule, Mère n'est plus là, Père ne l'est jamais, ou presque, mais ce n'est pas grave.

Enfin, c'est ce qu'elle essaie de se dire.

.

Tyrion non plus, n'a pas de petite-amie.

Les filles ne viennent pas vers lui, il est petit, bien trop petit, quelle honte, de sortir avec un monstre comme lui.

Il n'a pas beaucoup d'amis, il n'en a pas besoin, il a ses livres, ce sont les meilleurs amis qu'il puisse rêver d'avoir, les livres n'abandonnent personne, eux, ni ne se moquent.

C'est pourquoi il est particulièrement étonné quand un de ses rares amis, Bronn, lui dit qu'il a peut-être trouvé une fille pour lui.

Il accepte de la rencontrer dans un petit café, au bord de la mer.

.

Tyrion est émerveillé quand il la voit, Bronn lui avait bien dit qu'elle était belle, mais il n'avait jamais osé rêver d'avoir un rendez-vous avec une fille comme elle.

Le soleil est haut et brille dans le ciel bleu, c'est l'été, alors il ne s'étonne pas du fait qu'elle garde ses lunettes noires sur son nez.

Elle lui sourit, il est timide, mais il pense qu'elle est aussi rayonnante que le soleil lui-même, mais c'est peut-être parce que c'est la première qui ne fait pas une moue de dégoût.

Alors, prenant petit à petit confiance en lui, il se met à parler, parler, et ne s'arrête plus, il a enfin trouvé quelqu'un de bien.

A un moment, quand il lui demande quels sont ses livres préférés, d'une voix douce, elle lui explique tout.

Elle ne lit plus, non, ne touche plus ses livres, parce que ça fait trop mal d'imaginer, de seulement tout imaginer.

Elle lui dit qu'elle n'a jamais rien vu, jamais.

Elle lui dit qu'elle ne verra jamais rien, jamais.

Il ne sait pas trop comment le prendre au début.

Il pourrait se sentir triste de savoir que la seule femme, aussi belle qu'elle en plus, n'a accepté de le rencontrer que parce qu'elle ne sait pas, que parce qu'elle ne voit pas, elle ne voit pas qu'il est différent.

Il pourrait se sentir triste. Mais il ne se sentirait triste que s'il n'était pas conscient de l'horrible réalité, et, malheureusement, ce n'est pas le cas, il en a fait les frais toute sa vie.

Cersei est peut-être la seule chance qu'il aura jamais d'avoir une femme dans sa vie.

Ils sont différents, tous les deux, exclus, alors qu'ils n'ont jamais rien voulu d'autre que d'être normal.

Mais normaux, ils ne le sont pas.

Tyrion sourit.

Ce n'est pas grave.

Il la rassure, lui dit que ça ne change rien pour lui, que ça ne fait aucune différence, que c'est pareil.

Et le sourire sur les lèvres de Cersei s'étire encore plus.

Peut-être qu'il est là, le bon.

.

Ils continuent de se voir, ou plutôt, de sortir ensemble.

Et, à chaque jour qui passe, ils se disent qu'ils ont fait le bon choix.

Tyrion traîne Cersei sur la plage au crépuscule, alors qu'il n'y a personne.

Et il lui explique.

Il lui décrit ce qu'elle a toujours voulu savoir, les couleurs naissantes entre le bleu azur et le noir d'encre.

Il le fait tous les soirs, sans exception.

Elle profite de ce moment, tous deux allongés sur le sable, elle l'écoute parler, et, à nouveau, elle se permet d'imaginer, elle se permet de rêver.

Quand il ne fait pas beau, Tyrion s'installe avec elle sur leur canapé, choisit un livre au hasard, et il le lui lit.

Elle apprécie ça, il le sait, elle le lui a dit.

Elle aime ça.

Et elle l'aime.

Ça, elle n'a pas eu besoin de lui dire.

Il l'a compris quand elle l'a remercié, il l'a compris quand leurs lèvres, pour la première fois, se sont touchées.

Elle l'aime.

Il est petit, bien trop petit, mais elle l'aime.

Il l'aime aussi.

Elle ne voit pas, ne verra jamais, mais il l'aime.

Ils sont différents, mais ils s'aiment.

Alors, c'est tout ce qui compte.


Merci d'avoir lu ! N'oubliez pas de laisser une petite review, ça fait toujours super plaisir ^^