Bonjour visiteurs !

Voici une fanfiction à tous les fans du couple impossible Hermione / Drago. Comme j'aime le dire, l'impossible fait rêver.

Disclaimer : Ma fanfiction est déjà écrite en entier, mais je retravaille tous les chapitres pour les améliorer. Il y aura donc toujours un délai avant que je ne publie le prochain chapitre. Les commentaires sont les bienvenus ! Je suis également répertoriée sur Skyrock, mais je voulais me lancer sur ce site.

Alors voilà le début d'une aventure. Je me lance!

Axiomea


« Il vous manque une seule personne pour vous, et le monde entier est vide. »

Hermione Granger avait lu cette phrase dans un livre dont elle avait déjà oublié le titre. C'est vrai. Depuis que c'était arrivé, elle s'était surprise à scanner des rayons de bibliothèque moldues, sans vraiment savoir sur quel bouquin arrêter son choix, et avait feuilleté quelques livres de développement personnel au sujet du deuil. Elle était tombée sur cette phrase et avait refermé le livre d'un claquement sec. Elle n'était plus retournée à la bibliothèque.

Ça fait neuf jours aujourd'hui. Comment célèbre-t-on l'anniversaire de la mort de quelqu'un? Pourquoi doit-on souligner les entités temporelles : une semaine, un mois, six mois, une année? Qu'est-ce qu'il y a, entre ces entités? Car pourtant, le deuil y est quand même. Présent comme la créature la plus morbide qui soit, guettant chaque pensée et émotion. Pourquoi n'entend-t-on jamais personne dire : « Ça fait aujourd'hui 1243 jours depuis » ?

Ça fait 9 jours aujourd'hui.

216 heures.

12 960 minutes.

777 600 secondes depuis que Sam est parti.

Mort.

Hermione changea de position sur son lit et remonta la couverture au-dessus de son nez. Ses cheveux en bataille sauvagement étalés sur l'oreiller imbibé de larmes sèches. Ses yeux qui se perdaient, qui revenaient sans cesser vers la photo de famille, debout sur sa commode. L'horloge murale qui battait les secondes avec un tempo ridiculement lent. Le visage de la mort placardait son rictus sur tous les murs de sa chambre. Elle frissonna. Sa robe noire était encore en petite boule au sol à l'endroit même où elle l'avait balançée lorsqu'elle était revenue des funérailles.

Elle avait vu Harry, Ron et Ginny, la famille Weasley et quelques amis de Poudlard. C'était une cérémonie moldue, pour permettre à la famille élargie des Grangers d'y assister, mais ses amis étaient quand même venus, habillés sobrement comme des Moldus.

Elle avait serré des mains, reçu des embrassades, des câlins, des cartes, des fleurs, mais absolument personne ne lui avait donné la seule chose qu'elle voulait. Lui. En chair et en os. C'était ridicule. Comment quelqu'un pouvait-il écrire « Il sera toujours dans ton cœur » ? Ce n'était pas là qu'elle le voulait. C'était avec elle, à ses côtés. Elle voulait entendre ses taquineries, elle voulait sentir sa main ébouriffer ses cheveux. Ses bourrades énervées sur son épaule lorsqu'elle l'agaçait trop.

Elle posa finalement les yeux sur la cicatrice, encore sensible, qui s'étirait de son petit doigt jusqu'à son poignet. Encore gonflée. Elle ferma son poing et ignora la sensation de douleur que cela provoqua dans toute sa main. Ses yeux retournèrent vers la photo de famille. Sam était là, beau et grand. Il avait presque les mêmes traits qu'elle. Des cheveux désordonnés, des yeux malicieux, un nez retroussé. Imparfait. À son poignet trônait la montre qu'elle lui avait offerte des années auparavant pour son anniversaire. Maintenant disparue.

La montre n'était pas la seule chose que son frère avait emporté avec lui après sa mort. Il avait emporté toute son énergie, son appétit, son oxygène. Après la guerre contre Voldemort, elle croyait enfin qu'elle allait mener une vie normale et tranquille. La guerre était terminée depuis un peu plus de deux mois déjà. Et dès le début du mois de juillet, la tragédie avait frappé sa famille.

Hermione réalisa que sa bouche était pâteuse et rejeta ses couvertures pour se lever. Elle n'avait pas envie de croiser ses parents, mais tant pis. Elle entrouvrit légèrement la porte de sa chambre pour tenter d'écouter un quelconque bruit qui lui permettrait de savoir si ses parents étaient près, mais elle n'entendit rien. Elle se faufila en silence hors de sa chambre vers la salle de bain sur le même étage. La moquette étouffait le bruit de ses pas. Bien.

Elle ouvrit le cabinet de médicaments au-dessus de l'évier et vit les anti-dépresseurs de son père. Elle les ignora complètement et s'empara d'un verre vide. Elle se servit à boire sans regarder son reflet une seule fois.

Lorsqu'elle ressortit, son père était juste devant elle. Elle ne l'avais pas entendu du tout.

Son père parut surpris et ne savait pas quoi lui dire.

-Salut…ma chérie… finit-il par souffler.

Hermione se racla la gorge et s'essuya la bouche du revers de la main.

-Salut, dit-elle.

Sa voix était sèche, rauque, craquelée, comme si elle avait passé une semaine dans le désert sans eau. Ce qui n'était pas loin de la vérité. Elle ne bougea pas, restant en plein milieu du cadre de la porte de la salle de bain, se demandant si son père voulait lui parler.

Finalement, il fit un mouvement de la tête pour désigner la salle de bain.

-Euh… en fait, je veux juste…, commença-t-il.

Elle s'écarta aussitôt pour le laisser accéder à la salle de bain.

-Oui, oui, bien sûr, marmonna-t-elle.

Ne sachant pas si quelque chose d'autre devait être dit, les deux se séparèrent simplement sans un mot de plus. Hermione retourna à sa chambre lentement et ferma la porte derrière elle. C'était l'heure du dîner. Mais personne ne mangeait plus à des heures régulières ici.

Elle s'avança jusqu'à son bureau et regarda les nombreuses enveloppes éparpillées dessus. Des cartes de condoléances. Des lettres de ses meilleurs amis. Tous lui demandaient de donner des nouvelles. Tous lui demandaient si elle avait besoin de passer le reste des vacances au Terrier. Tous voulaient savoir si elle voulait leurs visites. Mais elle n'avait pas le courage, ni la force, de leur répondre. Pas encore. Elle fourra les lettres au fond d'un tiroir.

Lorsque ses yeux se mirent à lui piquer, elle attrapa sa veste, sa baguette et se précipita dehors. Ses errances étaient l'une des seules choses qui lui permettaient de s'éloigner hors de la maison pendant des heures. Elle supportait à peine de rester dans cette maison, hantée par le spectre de son frère. Elle sortait dehors et elle marchait, ou courrait, dépendamment de son énergie, sans destination précise. Elle marchait jusqu'à ce que la souche de ses pieds lui crie fatigue. Et lorsque cela arrivait, elle se laissait choir dans le café le plus près, commandait sa boisson et celle favorite de son frère, sans jamais les boire, ni l'une ni l'autre. Ce n'était que du jeu.

Assise seule à une table pour deux, avec deux breuvages, elle avait parfois l'impression de voir son fantôme prendre place devant elle pour siroter le sien.

C'est ce qu'elle fit aujourd'hui. Elle descendit Main Street, sa rue, jusqu'à l'avenue principale, avant de prendre à gauche pour la direction du café où elle se retrouvait toujours. Elle y resta deux heures. Ou peut-être trois. Au même moment où elle sortait du café, quelqu'un allait entrer et la percuta de plein fouet. Elle tomba vers l'arrière mais la personne, avec un bon réflexe, la rattrapa par le bras d'une main et la hanche de l'autre, et la retint.

-Je suis vraiment désolé, s'excusa une voix masculine que Hermione ne reconnut pas.

Elle allait marmonner que ça ne faisait rien et continuer son chemin sans même le regarder, mais il fronça les sourcils avant qu'elle ne s'éloigne.

-Attends, c'est Granger? souffla-t-il.

Hermione leva enfin les yeux sur l'inconnu et ne reconnut pas tout de suite qui c'était. Elle l'avait déjà vu à Poudlard, mais ne pouvait se rappeler son nom. Le jeune homme sembla deviner son trouble et il plaça une main sur son torse pour se présenter.

-Blaise Zabini, dit-il.

Elle se racla la gorge. Elle n'avait pas envie de parler à qui que ce soit maintenant.

-Je sais qui tu es, dit-elle finalement, le ton un peu désintéressé.

Blaise Zabini avait vécu sur Main Street depuis aussi longtemps qu'elle se souvenait. Ils s'étaient croisés quelques fois lorsqu'ils étaient enfants, s'étaient même un peu parlés à l'occasion, mais dès qu'ils furent admis à Poudlard pour leur première année en même temps et qu'ils furent placés dans des maisons « ennemies », ils ne s'étaient plus jamais adressé la parole. Ils n'avaient jamais vraiment été amis de toute façon.

-Le pote de Malefoy, rajouta-t-elle.

Blaise haussa les yeux au ciel.

-Ouais, comme s'il était le personnage principal, grinça-t-il.

-Est-ce que je peux faire quelque chose pour toi? coupa-t-elle.

Il parût décontenancé par la dureté de son ton et la fermeture de son visage. Elle arborait des traits qu'il ne lui avait jamais vus auparavant. Avant qu'il ne puisse répondre avec une remarque un peu cinglante ou même une simple réponse honnête, elle lui avait tourné le dos et s'éloignait à pas rapides.

Peut-être si je l'avais appelée par son prénom? pensa-t-il.


Un mois depuis.

720 heures.

43 200 minutes.

Les lettres de Harry, Ron, et Ginny s'accumulaient sur son bureau. Elle ne leur avait presque pas répondu. Elle savait que Harry et Ron avait été très occupés durant tout l'été de toute façon pour des entrevues au Ministère au sujet de la défaite de Voldemort, des Horcruxes et de n'importe quels petits secrets qu'ils voudraient bien leur avouer. Elle avait été convoquée évidemment, elle aussi, mais ne s'était pas présentée. Ginny la tenait au courant de tout ce qui se passait dans ses lettres.

Au milieu du mois de juillet, le procès de la famille Malfoy avait commencé. Il avait encore lieu. Le Magenmagot examinait les témoignages de nombreuses personnes pour testifier en faveur ou contre chacun des membres de la famille. Lucius avait déjà reçu la peine maximale d'emprisonnement à Azkaban. Mais la zone était grise en ce qui concernait Narcissa et Drago. Harry lui avait écrit une lettre lui annonçant que Ron et lui avaient testifiés en leur faveur. Harry avait expliqué plusieurs raisons, surtout par rapport au fait que Drago avait refusé de l'identifier au Manoir, et que Narcissa avait menti à Voldemort lorsqu'il lui avait demandé s'il était mort. Harry l'avait invitée à venir témoigner.

Mais évidemment, elle n'était pas venue. Le procès des Malfoys ne la concernait pas, et juste leur « noble » nom lui rappelait trop les souvenirs horribles de sa torture il y a quelques mois seulement.

Hermione préparait lentement sa huitième année à Poudlard. Les septièmes années, ceux qui le désiraient, avait été individuellement contactés pour les informer qu'ils avaient la possibilité de reprendre leur année pour graduer. Une huitième année. Toutes les autres années avançaient normalement selon le cheminement. Ginny, elle, allait être placée dans la « vraie » septième année. La huitième année n'allait pas être exactement pareille que la septième, selon ce que la lettre expliquait, mais allait se concentrer davantage sur le perfectionnement de la magie et des connaissances nécessaires à la réussite des ASPICS. L'année n'allait pas être de tout repos.

Par chance, la reconstruction du château allait de bon train. Tout devrait être en ordre avant l'arrivée des élèves le 1er septembre. Son année s'annonçait calme, tranquille et normale. Tout ce qu'elle avait besoin.


Une semaine plus tard, un hibou cogna à la fenêtre de sa chambre, tapant énergiquement avec son bec. Hermione reconnut le sceau à l'encre verte de Poudlard et décacheta l'épaisse enveloppe. McGonagall lui annonçait qu'elle avait eu l'honneur d'être nommée Préfete-en-chef avec un élève de Serpentard de huitième année. Un long contrat, plié en trois, était coincé dans l'enveloppe.

L'honneur? Serpentard et honneur ? Bien sûr qu'elle était contente qu'on lui ai remis cette fonction à Poudlard. Mais pourquoi, par Merlin, un élève de Serpentard ? Son visage parfait, arrogant et dur, ses yeux gris lui montèrent à l'esprit. Elle serra les dents. Parkinson, Bullstrode, Greengrass, Nott, mais pas Malefoy. Elle ne savait même pas l'issue de son procès, il était peut-être déjà emprisonné et ça lui était franchement égal.

Et Zabini? pensa-t-elle.

Elle se surpris à penser que s'il était l'autre Préfet-en-Chef, peut-être serait-ce l'occasion de recoller quelque chose qui avait été brisé il y a si longtemps. Mais elle ne savais pas quoi exactement. Tous les Serpentards étaient pareils.

Elle fourra l'enveloppe dans son tiroir et feuilleta le contrat. La position demandait beaucoup de responsabilités, mais elle savait qu'elle saurait les accomplir. Elle avait toujours rêvée d'être Préfet-en-Chef. Elle abandonna le contrat de côté, sachant qu'elle avait encore le temps de l'étudier avant la rentrée, et examina le badge entre ses doigts. L'ombre d'un sourire naquit sur son visage. Le premier depuis 53 280 minutes.


Hermione entourait son spaghetti autour de sa fourchette sans vraiment d'appétit, la joue appuyé nonchalement dans la paume, coude sur la table. Ils mangeaient ensemble, tous les trois, comme au bon vieux temps. Comme si rien ne s'était passé. Pourquoi est-ce que la vie devait continuer?

Sa mère, Jane, servait une autre portion de salade à son mari. Elle orienta les pinces, remplies de salade, vers le bol de Hermione.

-Est-ce que tu en veux d'autre, chérie? lui demanda-t-elle.

La brunette garda les yeux fixés sur son assiette, un peu sourde à tous les autres bruits. Le spagetthi était l'un des plats favoris de Sam. Une feuille de salade, mouillée de vinaigrette, tomba sur la table sous les pinces.

-Hermione? pressa sa mère.

Hermione sursauta et papillonna des yeux, avant de considérer les pinces pleines de salade qui patientaient au-dessus de son bol.

-Je n'ai plus faim, dit-elle.

Jane soupira et reposa les pinces dans le grand bol, avant de s'adosser au dossier de sa chaise, jetant un regard significatif à son mari. Bien sûr qu'ils avaient remarqué l'humeur effroyable de leur file, et son manque d'appétit, et sa perte de poids en général, mais qui pouvait la blâmer?

Jane fit des gros yeux à Philipp en hochant de la tête subtilement vers leur fille. Celui-ci posa sa fourchette et se racla la gorge.

-Chérie? lança-t-il.

Elle leva des yeux lourds sur lui sans relever le menton de sa paume.

-Es-tu certaine que tu devrais vraiment retourner à Poudlard cette année? demanda-t-il, l'air incertain. Après tout ce s'est passé ici…

-Ce qui s'est passé ici est exactement la raison pour laquelle je dois y retourner, coupa-t-elle.

Philipp ferma la bouche et Jane soupira. Ils ne savaient pas quoi lui dire. Ni comment la réconforter. Ils ne savaient comment se réconforter eux-mêmes. Comment prendre soin de quelqu'un quand on ne pouvait prendre soin de soi-même?

-De toute manière, vous ne serez pas là, rajouta Hermione, en enroulant les pâtes pour la énième fois sur sa fourchette, avant de la déposer, ennuyée.

Jane consulta très rapidement son mari du regard.

-Tu pourrais venir avec nous, improvisa-t-elle. Tu ne pars que dans une semaine, nous avons le temps d'acheter un autre billet et…

-J'ai envie d'être à Poudlard, dit-elle.

Sa mère eut soudainement l'air très triste et ses yeux s'embuèrent rapidement. Elle posa une main froide sur celle de sa fille et chercha à attraper son regard.

-Pourquoi, Hermione? souffla-t-elle. Pourquoi dois-tu y retourner après tout ce qui s'est passé?

-Je l'ai dit à papa, répondit Hermione.

-Est-ce que c'est parce que tu seras Préfète-en-Chef? insista sa mère. Est-ce à cause d'un garçon?

Hermione, abasourdie par les suppositions de sa mère, retira sa main de la sienne.

-Un garçon? s'exclama-t-elle. Je ne veux pas avoir cette conversation encore une fois, maman!

-Baisse le ton avec ta mère, avertit son père.

-Quelle conversation? demanda sa mère, sourcils froncés. On ne se parle même plus!

-Qu'est-ce qu'i dire? chuchota Hermione, avec aucune amerture dans sa voix.

Sa mère ne répondit pas, et Hermione ferma les yeux, avant de se masser les paupières du bout des doigts. Finalement, elle releva un regard fatigué sur sa mère. Elle ne voulait pas se chicaner avec elle. C'était la dernière chose qu'ils, eux trois, avaient besoin.

Elle lui offrit un très faible sourire, tendre mais faux.

-Maman, dit-elle doucement. Regarde-moi.

Jane obtempéra, le visage défait par la tristesse et l'épuisement. Le deuil lui avait creusé les joues à elle aussi.

-J'ai envie de te parler, continua Hermione lentement. On va continuer à avoir des conversations. Mais ça viendra en temps et lieu. Quand nous serons capable de ne pas les… forcer. Je n'ai juste… Je ne sais pas quoi dire.

Puis, elle regarda son père.

-Papa, je veux retourner à Poudlard parce que c'est ma deuxième maison. Il y a trop de souvenirs douloureux ici. Vous n'avez retrouvé vos souvenirs que tout récemment, mais je sais que vous avez besoin de ce voyage ensemble. Vous deux.

Son père prit son verre d'eau.

-Je comprends. C'est toi qui décide.

-Si c'est ce que tu veux vraiment, dit sa mère.

-C'est ce que je veux, répondit Hermione, sans être vraiment convaincue elle-même. Tu pourras me conduire à la gare?

Sa mère afficha l'ombre d'un sourire.


Le matin du départ vers Poudlard, Hermione s'était réveillée plusieurs heures avant son réveil. Même avant l'aurore. Elle s'était extirpée de son lit silencieusement et avait décidé de profiter du lever de soleil qui ne tarderait pas. Enfilant ses souliers et une veste un peu plus chaude, elle descendit l'escalier lentement pour ne pas réveiller ses parents et s'engouffra dehors.

L'air était frais et parfumé de brouillard. Elle marcha en plein milieu de sa rue. Ce n'était pas la première fois qu'elle pensait qu'elle devrait aller au cimetière. Mais depuis qu'il avait été mis en terre, elle n'était pas retournée. Elle ignorait comment elle pourrait un jour faire face à sa tombe.

En écoutant ses semelles claquer contre le bitume humide, elle se rappela comment son frère avait l'habitude de la défier à la course. Il avait l'habitude de lui dire « Quatre ans de plus que toi, quatre fois plus vite! » et c'était son signal pour débuter la course. Il se mettait à sprinter, criant au-dessus de son épaule quel était le point ou l'objet d'arrivée, et elle ne pouvait s'empêcher de sauter derrière lui, espérant le battre chaque fois. Plus elle vieillissait, moins il avait d'avance sur elle.

Hermione, sans s'en rendre compte, avait commencé à accélérer. L'aube commençait à poindre à l'horizon, peignant de rose et d'orange les basses couches du ciel. Son souffle sortait en longue cascade de buée transparente. Maintenant, elle courrait.

Elle accéléra la cadence, laissant les pans de sa veste claquer contre ses hanches, regards fixés droit devant elle. Si elle se concentrait assez, elle serait capable de distinguer ses cris d'injustice dans son dos.

« Hé! Tu triches! »

« J'étais pas prêt, je nouais mon lacet! »

Ses pas redoublèrent de vitesse. Sa respiration chaude et hachée brûlait sa gorge et ses poumons, mais elle ne s'arrêta pas. Elle descendit tout Main Street, courant en plein centre de la rue. Il lui semblait qu'elle n'avait jamais courru aussi vite. Ses cheveux fouettaient le vent, et ses joues, pincées par la fraîcheur du vent, picotaient. Plus vite elle allait, plus vite Sam essaierait de la rattraper. Un sourire commença à étirer ses lèvres déjà entrouvertes par son souffle rapide.

Elle termina sa course en atteignant le muret qui longeait la rue perpendiculaire au bout de Main Street. Elle plaqua ses paumes sur la pierre pour reprendre son souffle une seconde et se retourna, victorieuse.

-J'ai gagné! s'exclama-t-elle.

Personne ne lui répondit. Son cœur se serra de douleur sous la réalisation qu'elle n'allait plus jamais avoir d'occasion de laisser son frère gagner à la course. Son sourire s'évanouit et elle essuya son nez contre le dos de sa main avant de poser ses paumes sur ses cuisses.

Pourquoi était-ce si difficile? Pourquoi se sentait-elle si brisée?

Elle retourna lentement chez elle, remontant toute la rue, laissant l'aube gagner de la vie derrière elle. Une fois de retour dans sa maison, elle se doucha et termina les dernières petites choses qu'elle voulait ajouter à sa valise. Elle s'assurait d'apporter des médicaments moldus contre les maux de tête, d'estomac, et toutes sortes d'autres maux, car elle n'avait pas envie d'aller voir Madame Pomfresh chaque fois qu'elle avait mal à la tête, ce qui arrivait assez souvent.

Sa valise bouclée, elle s'assit sur son lit, un nœud lui barrant l'estomac. Elle n'avait pas vu ses amis depuis des mois. Comment allaient-ils réagir ? Elle sauta son petit-déjeuner, ce qui n'était plus rare dans son quotidien, et patienta. Elle écouta à travers sa porte fermée toute la routine matinale de ses parents et les quelques paroles qu'ils s'échangeaient. Après un temps indéfini, sa mère entrouvrit sa porte de quelques pouces et glissa sa tête à l'intérieur pour la regarder.

-C'est l'heure d'y aller, ma chérie, dit-elle.

Hermione soupira et attrapa sa valise. Sa mère la laissa et la porte resta entrouverte. Hermione fixa sa porte. Elle réalisa que son frère ne l'accompagnerait pas jusqu'à la gare, cette fois-ci. Elle sortit de la pièce sans regarder derrière elle. La photo de famille trônait encore sur le dessus de sa commode, laissée là comme un vestige poussiéreux. Hermione salua son père et lui sauta un bon voyage.

Le trajet en voiture jusqu'à la gare fut silencieux et long. Hermione se laissa balotter doucement par les soubresauts du véhicule lorsqu'il percutait un nid-de-poule ou roulait sur une route moins lisse. Finalement, sa mère coupa le moteur. La gare était bien en vue, déjà bondée à cette heure du matin.

-Tu as tout ce qu'il te faut? demanda sa mère.

Hermione avala sa salive. Tout sauf une chose.

-Oui, répondit-elle.

Sa mère toucha sa joue. Ses yeux, encore une fois, laissaient paraître une tristesse incommensurable que Hermione n'arrivait pas à supporter. Elle devait probablement rappeler à sa mère le visage de son frère, chaque fois qu'elle posait les yeux sur elle.

-Tu vas m'écrire, Hermione? souffla sa mère, la voix un peu cassée. Tu promets que tu vas m'écrire?

La brunette hocha la tête.

-Je t'aime, Maman. Prends soin de toi. Et prends soin de papa, d'accord ?

-Nous sommes chanceux de t'avoir, sourit sa mère. Je t'aime.

Hermione quitta sa mère après un dernier baiser et se dirigea, seule, vers la gare. Elle traversa, seule, le mur de briques et se retrouva, seule, sur la Plateforme 9 ¾. Elle avait encore cinq minutes avant le départ. Une cloche sonna, tonitruante, et une volute de fumée sombre s'éleva de la bouche du train. Elle regarda ce train alors que des larmes perlaient au coin de ses yeux. Son frère lui manquait. Putain, qu'il lui manquait.

Elle essuya une larme qui avait coulé sur sa joue, puis renifla. Elle ne voulait pas pleurer à son premier jour. Stupide Hermione. Ressaisis-toi. Elle ne devait pas se laisser aller à ses émotions. Pas maintenant qu'elle avait des responsabilités en tant que Préfète-en-Chef qui allaient commencer dès son entrée dans le train. Elle se demanda où étaient Harry, Ron et Ginny pendant qu'elle s'avançait vers le train.

Elle monta dans le train et commença à chercher ses amis. Elle ne tarda pas à les trouver dans un compartiment. Harry, Ron, Ginny, Luna et Neville étaient tous dans le même compartiment, discutant ensemble. Dès qu'ils la virent, Harry et Ron furent les premiers à sauter sur leurs pieds et ne la regardèrent pas plus longtemps avant de la prendre dans un câlin à trois.

Ginny resta assise sur le banc et continua d'observer son amie, essayant de masquer sa propre stupéfaction. Hermione avait probablement dix, ou peut-être quinze, livres en moins depuis la fin de leur année.

-Tu nous as tellement, tellement manqué! s'écria Ron.

-Tellement de choses se sont produites, continua Harry, nous n'avons pas pu…

Elle les coupa avant qu'ils ne se mettent à culpabiliser pour des choses qu'elle ne leur avait jamais demandé.

-C'est correct, les gars. Ne vous en faîtes pas.

Ils l'invitèrent à s'asseoir avec eux, et dès qu'elle fut assise, à côté de Ginny, celle-ci la prit dans ses bras. Luna et Neville ne manquèrent pas de la saluer à leur tour, avec ce ton un peu fragile, comme si tout le monde avait peur qu'elle casse.

-Je suis là pour toi, lui murmura Ginny dans ses cheveux avant de rompre leur étreinte.

Hermione lui offrit un sourire, car c'était ce que les personnes voulaient voir ; sa force, son courage malgré tout. C'est exactement ce qu'elle leur donna. Elle fit semblant de s'intéresser aux vacances de Luna et à sa pêche aux lutins Pernicoles. Le train décolla. Pendant tout ce temps, elle sentait sur elle le regard insistant de Harry et Ron, qui la connaissaient mieux que quiconque, et qui essayaient de lire son visage, son comportement, ses paroles. Elle n'aimait pas être interprétée.

Après une quinzaine de minutes, la porte de leur compartiment s'ouvrit.

-Miss Granger? lança Minerva McGonagall. Veuillez me suivre. Vous devez vous rendre dans le compartiment réservé aux Préfets-en-Chef. Apportez votre valise, je vous prie.

Hermione afficha un rictus en réalisant qu'elle ne l'avait jamais dit à ses amis. Leur expression trahissait la surprise générale. Harry avait les sourcils froncés et Ron la bouche entrouverte.

-Tu… Tu es Préfète-en-Chef? bégaya Harry.

-O…Oui? couina-t-elle, un peu honteuse.

-Félicitations! s'exclama Ginny, décidant d'outrepasser ce léger malentendu. Personne ne le mérite plus que toi.

Les autres la félicitèrent également et Hermione les remercia, quittant le compartiment. Dans le couloir du train, une fois la porte du compartiment refermée, McGonagall s'éloigna de quelques pas et se retourna vers elle.

-C'est bon de voir, Miss Granger, dit-elle doucement. Je vous offre encore une fois mes plus sincères condoléances pour ce triste évènement.

-Merci, Professeure.

Hermione se demandait bien quelle était la date à partir de laquelle on cessait de donner des condoléances à une personne qui avait perdu un proche. Pour l'instant, pour éviter de penser à autre chose, elle n'avait envie que de se plonger dans ses responsabilités de Préfètes-en-Chef, et était hâtive de découvrir ce qui l'attendait.

Professeure McGonagall la guida jusqu'au compartiment approprié en lui mentionnant quelques détails que Hermione n'écoutait pas, trop perdue dans ses pensées. McGonagall s'arrêta devant un compartiment, plus grand que les autres, avec des petits rideaux en velours rouge qui cachaient la fenêtre.

-Je vous laisse… rencontrer votre partenaire, dit McGonagall, lèvres pincées. Vous aurez une réunion avec les Préfèts de cette année 1 heure avant l'arrivée à Poudlard. Au revoir, Miss Granger.

Hermiona la remercia, la salua, et ferma les yeux quelques instants, mains déposées sur la poignée du compartiment. Elle savait comment dire bonjour à Zabini. Elle espérait presque que ce soit lui. Mais en ouvrant la porte, elle tomba sur lui.

Drago Malefoy.

Drago. Malefoy.

Le compartiment cessa de vibrer, les sensations disparurent de l'environnement lorsqu'elle croisa son regard. Les joues d'Hermione devinrent roses, sous la colère et la déception. Putain, pourquoi? Pourquoi? Pourquoi était-il de retour à Poudlard? Pourquoi n'était-il pas en prison? Pourquoi lisait-il un livre comme si tout allait bien? Il était déjà changé dans ses robes de sorcier, son badge bien en évidence sur sa poitrine.

Drago posa les yeux sur elle et ne laissa pas son regard s'attarder trop longtemps. Il avait tout de suite remarqué quelque chose chez elle qu'il n'avait jamais vu. Il ne savait mettre le doigt dessus. Il ne la salua même pas. Pourquoi n'avait-il pas l'air surpris de la voir?

-Es-tu… commença Hermione. Es-tu dans le bon compartiment?

Il leva les yeux au ciel.

-Tu ne peux vraiment pas t'empêcher de poser des questions, n'est-ce pas? cracha-t-il. Sale Miss-je-sais-tout.

Voyant qu'elle ne faisait que l'observer avec des yeux fatigués sans rien dire, il renifla.

-Oui, c'est bel et bien le compartiment des Préfets, répondit-il, sec. Tu ne rêves pas. Moi par contre, je préfèrerais rêver plutôt que d'avoir à te regarder plus longtemps plantée là comme une putain de cruche.

Elle n'arriveait pas à bouger, effectivement « plantée » en plein milieu de l'entrée du compartiment, à moitié à l'intérieur et à l'extérieur. Elle ne comprenait pas.

Elle fronça les sourcils et bégaya.

-M-Mais… Pourquoi? Pourquoi toi?

Pourquoi ne répondait-elle pas à ses insultes? Pourquoi devait-elle aborer ce visage si… vide ? Il referma son livre sèchement et le lança sur la banquette à côté de lui.

-Tu rentres ou tu sors, Granger?

Elle ouvrit la bouche, mais ne trouva rien à dire. Elle finit par secouer la tête, poussant un soupir de frustration, et s'avança dans le compartiment, prenant soin de bien éviter de se cogner aux genoux du Serpentard vautré sur la banquette. Elle essaya de mettre sa valise sur la grille au-dessus du banc, mais n'y arriva pas. Elle n'allais pas lui demander de l'aide, quand même, alors elle décida de poser sa valise sur la banquette à côté d'elle. Elle prit place près de la fenêtre, prenant soin d'éviter de le regarder.

Elle ne pouvait s'empêcher d'être terriblement confuse. Pourquoi McGonagall l'avait-il choisi, lui? Son procès s'était bien terminé, alors?

Ils ne s'adressèrent pas la parole pendant un moment, durant lequel Drago se demandait réellement pourquoi elle n'avait pas plus réagit que ça. Des répliques cinglantes, des réparties haineuses, c'était tout ce qu'il connaissait avec elle. Il ne savait quoi faire ou comment agir autrement. Elle devait commencer à réagir, et vite. Il finit par ouvrir la bouche.

-Il faut que quelqu'un te dise quoi faire, Granger ? sermonna-t-il. Pourquoi tu n'es pas changée? demanda-t-il. Nous avons une rencontre dans trente minutes.

Elle haussa les épaules, monotone et sans énergie.

-J'ai encore le temps, souffla-t-elle. Ce n'est qu'une robe à enfiler.

Drago ne répondit pas. Réagis, nom d'un chien! Pensa-t-il. Fais quelque chose, dis quelque chose! Réponds-moi comme tu aimais si bien le faire.

Plus les minutes défilèrent, plus Hermione devenait intriguée. Elle commença à lui jeter de brefs regards en coin, s'assurant toujours de revenir vers la fenêtre rapidement. Il n'avait pas la même expression hargneuse et moqueuse qu'elle lui connaissait, même si ses traits étaient toujours aussi durs et fermés. Non, son visage exprimait une certaine… fatigue. Un peu comme elle. Malgré tous les commentaires qu'il continuait à lui faire, son visage n'était pas aussi agressif que ses paroles.

-Bouge-toi! s'exclama-t-il après quinze minutes, qui lui avaient paru comme des secondes. Je ne serai pas en retard à ma première réunion à cause d'une Sang-de-Bou…

-NE DIS pas ça! s'écria-t-elle, plus fort que lui pour couvrir la fin de son mot. Je t'interdis de m'appeler comme ça.

Elle ouvrit sa valise et s'empara de sa robe de sorcière, qui avait été pliée et placée sur le dessus, et son badge. Elle la glissa par-dessus ses bras. Elle avait mal à la tête et une envie de pleurer. Mais elle n'allait certainement pas pleurer devant son nouvel homologue Serpentard.

Aussitôt que la robe fut enfilée, Hermione sursauta. Drago s'était rapproché d'elle jusqu'à se trouver qu'à quelques centimètres d'elle. Il enferma durement son poignet, une expression dangereuse sur le visage. Lorsqu'il ouvrit la bouche, chacun de ses mots était articulés, froids et bas.

-Mais c'est ce que tu es, grogna-t-il. Une…

Il secoua son bras.

-Sang…

Il serra son poignet une deuxième fois.

-De Bourbe…

Il la relâcha en la poussant brusquement, et Hermione dut faire un pas de recul. Elle se massa le poignet. Il avait touché à la cicatrice sur sa main, qui était encore légèrement sensible, et de petites ondes de douleur traversaient maintenant son bras, mais elle n'allait certainement pas lui laisser la satisfaction de le savoir.

-Où est ta sale langue, Granger? cracha-t-il. Tu l'as perdue? Tu peux compter sur moi pour…

-La ferme! explosa-t-elle finalement, plaquant ses mains contre ses épaules pour le repousser, espérant passer devant lui. Tu n'as absolument aucun droit de me parler comme ça! Nous sommes partenaires!

Il repoussa sauvagement ses mains.

-Tu ne seras jamais ma partenaire, Granger, dit-il froidement. Au mieux, tu n'es qu'une bestiole avec les mêmes fonctions qui, je l'espère, n'aura jamais à croiser mon chemin.

Hermione haussa les sourcils et eut presque envie de rire.

-Tu sais que nous aurons à collaborer ensembler, n'est-ce pas? souffla-t-elle, dédaigneuse. Tu sais au moins ça, Malefoy?

-On verra.

Lorsque Hermione fit enfin un geste pour sortir du compartiment, il lui coupa le chemin en passant directement devant elle, manquant la bousculer. Il ne regarda pas derrière lui et Hermione, fumante de colère, s'assura d'attraper son contrat avant de refermer la porte de leur compartiment. Elle suivit Drago à quelques mètres derrière lui, incertaine de quel masque elle allait devoir afficher à tous ces Préfèts excités qui attendaient leur arrivée à tous les deux.

Drago ouvrit le grand compartiment de réunion et passa en premier. Hermione arrive quelques secondes après.

-Il n'y a personne encore, maugréa-t-elle. Tu paniquais vraiment pour rien.

-Rends-moi service et ferme-la, dit-il froidement.

Elle ne voulait pas lui « obéir », mais elle n'avait plus aucune envie de lui répondre. Alors elle scella ses lèvres, s'assit du même côté que Drago mais à une large distance de lui et se mura de silence. Ils attendirent l'arrivée des autres. Elle se mit à regarder le plafond, la grille des bagages. La table, vissée au plancher. Elle compta les petites taches brunes qui parsemaient le bois du compartiment. Le regard dans le vide, elle revit d'abord le sang. Puis, elle s'imagina elle. Avec un corps ensanglanté comme celui de son frère. Les blessures importantes.

Elle s'imagina elle.

En train de partir. Rejoindre son frère, où qu'il soit, même si c'était à Narnia.