Salut!
Ce texte est un Modern AU et comportera plusieurs chapitres dont voici le premier.
Je rappelle que Fire Emblem, ses personnages et son univers ne m'appartiennent pas mais sont la propriété d'Intelligent Systems.
Bonne lecture!
Je tire la culasse de mon fusil de précision pour éjecter la douille qui reste dans la chambre. Elle tombe à terre avec un tintement familier que j'ai déjà maintes fois entendu. Ce bruit sonne le glas de mon énième mission ainsi que celui de la vie d'une nouvelle personne qui ne verra pas le soleil se lever demain.
Je replie le trépied, ôte la lunette de visée et démonte l'arme pour la ranger. Tous mes gestes sont précis, calculés, comme une chorégraphie tellement répétée qu'elle ne souffre plus de la moindre erreur. Finalement, la seule chose qui change à chaque fois est la cible qui m'est désignée. Un homme politique un peu trop dérangeant, un concurrent, une célèbre personnalité qui ferait des vagues… Tant de personnes si différentes ont défilées à travers mon viseur.
Ai-je le poids de leur mort qui pèse sur ma conscience ? Je devrais sans doute mais ce n'est pas le cas. Froide, méthodique et détachée sont les adjectifs pour me décrire qui sont généralement employés. Je ne suis pas la meilleure pour rien, c'est dans ce but que j'ai été élevée. Mon téléphone sonne dans le silence de la nuit. Je décroche rapidement.
—Alors, tu as terminé ?
—Oui, la cible a été éliminée.
—A la bonne heure ! Aller, pour fêter ça je t'invite au resto ! Ça te dit ?
J'hausse les épaules comme j'ai l'habitude de le faire avant de me souvenir que mon interlocuteur ne peut pas me voir. Je souffle devant cet enthousiasme au combien fatiguant. On me dit que je manque d'empathie mais qui invite si joyeusement quelqu'un à manger après ni plus ni moins qu'un meurtre sérieusement ? Je voudrais refuser mais mon estomac gargouillant à ce moment-là m'en empêche. Moi qui souhaitais juste pouvoir rentrer et m'allonger…
—Oui, pourquoi pas, finis-je par répondre. Mais rien d'extravagant cette fois-ci Alois, ok ?
—Ne t'en fais pas pour ça petite, j'ai dégoté une super adresse la dernière fois, tu vas adorer ! Je te l'envoie par message, ne sois pas en retard !
J'attrape la bandoulière de mon sac d'artillerie et l'épaule d'un mouvement souple. Je jette un dernier regard au ciel étoilé au-dessus de moi avant de tourner les talons pour redescendre du toit de l'immeuble. En bas, dans la rue bondée, les sirènes de police côtoient les hurlements et l'agitation des badauds curieux venus observer la scène macabre de mon dernier contrat. Je n'ai même pas retenu son nom, quelle importance de toute façon ?
Dans la ruelle adjacente, dissimulée entre deux grandes bennes à ordure, ma fidèle moto m'attend sagement. Je caresse d'une main distraite la carrosserie rutilante, brillant légèrement sous la lumière des lampadaires. J'enfile mon casque, enfourche ma monture mécanique et démarre dans un grondement de moteur. Je m'insère sans effort dans la circulation encore assez dense en ce début de soirée. Je me faufile entre les véhicules et atteint rapidement mon domicile. L'ascenseur est une fois encore en panne, je grimpe donc les escaliers jusqu'à mon dernier étage.
Une fois dans mon appartement je me dirige immédiatement vers mon coffre fort dans lequel je dépose soigneusement mon équipement. Traversant le couloir dans l'autre sens je décide de prendre une douche avant de rejoindre Aloïs au restaurant. Je détaille d'un regard las les murs et meubles qui m'entourent. Cet endroit que je suis censée appeler « chez moi » est vraiment très impersonnel maintenant que je m'y attarde. Pas de photos, aucunes décorations ni d'objets personnels. Je ne viens que pour manger et y dormir, ce lieu est purement fonctionnel.
Ma douche est rapide, j'ai promis de ne pas être en retard. Je suis tentée, en m'apercevant dans le miroir, de discipliner ma crinière bleutée mais je laisse rapidement tomber cette idée. Mon casque ne manquera pas de me décoiffer. Je consulte rapidement mes messages et note l'adresse envoyée avant de m'y rendre.
Une fois sur les lieux je suis immédiatement éblouie par l'enseigne mise en lumière par de puissants néons colorés indiquant le nom du cabaret Mittelfrank. A l'intérieur la lumière semble un peu plus tamisée mais c'est sans compter sur la scène centrale éclairée de projecteurs blancs. Scène pour le moment vide cela dit. Heureusement que j'avais précisé de rien vouloir d'extravagant. Quand Alois apprendra-t-il donc à écouter ?
—Vous avez réservé Mademoiselle ?
Je dirige mon attention sur le groom qui vient de m'interpeller. Il se ratatine sous mon regard bleuet, semblant soudain mal à l'aise. Je fais parfois cet effet aux gens mais j'ignore pour quelle raison. Je décide d'abréger ses souffrances en lui donnant le nom de mon ami. Il m'invite alors à le suivre et nous entrons dans l'établissement. Il nous fait louvoyer entre les tables avant de me désigner celle du fond de la pièce où je suis attendue. Alois me fait de grands gestes des bras pour attirer mon attention et je lève les yeux au ciel. Comme si je pouvais le manquer alors qu'il suinte d'exubérance sans même ouvrir la bouche.
Le petit groom fuit dans l'autre sens sans demander son reste. Quel étrange jeune homme vraiment. M'asseyant, je foudroie mon compagnon de mécontentement.
—Quoi ? Ce restaurant-cabaret est en vogue en ce moment. Il parait que leur cantatrice principale à une véritable voix d'ange.
—C'est surtout notre toute dernière acquisition, non ?
—Aussi ! Je suis un peu court ce mois-ci alors je me suis dit qu'on pouvait tout aussi bien venir ici. Ah, et la Boss veut te parler.
Ne pouvait-il pas commencer par cela ? J'aurais dû me douter que cette invitation cachait quelque chose de plus que l'envie de fêter la réussite de ma dernière mission.
—Tiens justement la voilà !
Le revoilà encore en train d'agiter les bras. Comment diable peut-il faire partie de notre organisation alors qu'il est si jovial en toute circonstance, c'est un mystère. Le silence se fait soudainement dans la salle alors que tous les convives se taisent. Une femme est train de s'avancer pour nous rejoindre et tous la dévisagent avec crainte ou respect. Grande, sculpturale, il se dégage d'elle quelque chose qui a toujours eu le don de me mettre légèrement mal à l'aise et de bizarrement me réconforter. J'ai bien conscience que l'ambivalence de mes sentiments quand il est question de cette femme est étrange mais je n'y peux rien. Il en a toujours été ainsi depuis qu'elle m'a recueilli.
Ses yeux vert d'eau de la même teinte que ses cheveux me transpercent de part en part lorsqu'elle les pose sur moi, comme si elle pouvait lire mon âme comme dans un livre ouvert. Elle s'assied gracieusement avant de commencer à parler.
—Mon enfant, je suis heureuse de te voir ce soir. Cela fait un moment que tu n'es plus venue me rendre visite. J'espère que tu ne cherches pas à m'éviter au moins ?
Son ton est comme légèrement blessé à la question posée mais recèle aussi comme une pointe de danger si ma réponse venait à être positive. Je secoue la tête en signe de dénégation.
—J'étais très occupée, je suis désolée.
—Ne t'en fais pas pour ça. J'ai appris que ta dernière mission a été couronnée de succès, tu m'en vois ravie.
Je hoche la tête sans m'étendre sur le sujet. J'ai fait ce qu'on attendait de moi, je n'en tire pas particulièrement de fierté ou de satisfaction. La mafia connue sous le nom de code de « l'Eglise » ou plus communément Organisation de Seiros n'engage que des membres efficaces et prêt à aller jusqu'au bout pour la cause. Celle qui se fait appeler l'Archevêque n'a de doux que son apparence alors qu'elle déplace impitoyablement ses pièces telles que moi sur son échiquier du pouvoir.
—Je suppose que l'Eglise a une nouvelle mission à me donner ?
Je vais droit au but, sachant très bien la raison de sa présence en ces lieux. Rhea ne se mêle habituellement pas à ses employés. Si elle s'est ainsi déplacée c'est pour venir me trouver personnellement afin de me soumettre une mission particulière. Un pli soucieux froisse ses traits délicats alors qu'elle me regarde d'un air concerné. J'ai dû laisser un peu trop transparaitre ma lassitude à ce qu'il semble. Mais il est vrai que je suis fatiguée que ma vie ne soit rythmée que par les éliminations que je dois perpétrer.
—Nos concurrents de l'Empire commercial d'Adrestia commencent à mettre en péril le statut quo qui existe entre les trois puissances qui dirige le pays de Fodlan. Ils ont refusé de payer la dîme qui nous est due, je ne peux pas permettre une telle chose. Si un vent de révolte s'installe et qu'une union voit le jour, nous n'échapperont pas à une guerre de territoire sanglante.
—Et quel est mon rôle dans tout ça ?
—J'ai déjà fait en sorte que le dirigent d'Adrestia soit écarté mais ce qui m'inquiète c'est plutôt son héritière. Cette enfant est dangereuse pour nous, je le sens. Je ne veux prendre aucun risque au cas où elle ne se laisserait pas contrôler, je préfère la faire éliminer.
—Bien, quand dois-je la supprimer ?
—L'opération est prévue pour la fin du mois.
Je suis surprise. D'ordinaire les éliminations sont bien plus rapides à être exécutées. Rhea doit percevoir ma perplexité car elle enchaine et répond à ma question silencieuse.
—L'approcher ne sera pas aisé. Elle en permanence protégée et surveillée partout où elle va. Mais nous avons trouvé un moyen de te faire intégrer l'établissement privé où elle étudie. Tu seras engagée en tant que nouveau professeur d'escrime.
Je souris intérieurement. L'escrime à toujours fait partie de mes sports préférés, ce rôle est parfait.
—Cela fait longtemps que tu n'as pas eu à jouer les infiltrée, est-ce que cela ira ?
Le ton de l'Archevêque est de nouveau soucieux. Alois à nos côtés, qui pour une fois se fait un peu oublier, ne bronche pas. La tendresse de la femme n'est jamais dirigée vers quelqu'un d'autre que moi. Elle n'est pas tyrannique, loin de là, mais elle n'est pas accessible non plus pour le commun des mortels. Son inquiétude est pour cette fois justifiée cependant.
La dernière fois que j'ai réalisé une mission d'élimination en infiltration, j'accompagnais mon père. Cette mission fut un échec et il trouva la mort sans que je ne puisse rien faire pour l'empêcher. Après cet événement je suis devenue encore plus détachée que je ne l'étais déjà. Depuis je n'élimine plus mes cibles qu'à distance, les abattant froidement sans le moindre cas de conscience.
—Tout ira bien, j'exécuterais la mission sans le moindre problème.
Rhea hoche la tête, satisfaite. Elle me fait passer le dossier de ma nouvelle cible. Je le prends mais ne l'ouvre pas. Je le lirais une fois rentrée. Elle nous souhaite une bonne soirée avant de nous laisser.
—Bon sang, c'est vraiment toujours très intense quand toi et l'Archevêque vous êtes réunies !
J'hausse un sourcil dans la direction d'Alois qui lisse d'un air distrait sa barbe en détaillant le dos de Rhea. Je ne vois pas bien en quoi notre discussion était intense mais cet homme m'a toujours semblé étrange. Comment Jeralt, mon père, et lui ont-ils pu être amis à une époque, je l'ignore. L'homme n'est pas méchant, mais il est plutôt farfelu à mon humble avis. Totalement en décalage avec le caractère taciturne de mon paternel dont j'ai hérité en partie.
—Oh ! Voilà notre nouvelle chanteuse qui débarque sur scène ! Tu vas voir, sa voix vous emporte au paradis tellement elle est sensationnelle. Ne t'en fais pas pour le repas, j'ai pris soin de commander pour toi avant que tu n'arrives.
Une jeune femme brune habillée d'une élégante robe bordeaux s'installe au micro. Elle scanne la pièce un bref instant et lorsqu'elle s'arrête sur notre table elle nous offre un sourire séducteur accompagné d'un clin d'œil. Je ne réagis pas, absorbée par mon repas qui vient de nous être servit. Alois en revanche est dans tous ses états, le rouge lui est monté aux joues.
J'écoute distraitement l'artiste chanter et je dois bien admettre la vérité, elle est douée. Mon assiette terminée, je prends rapidement congé. Je suis fatiguée et je n'aspire plus qu'à retrouver mon lit et me coucher. Fort heureusement, le restaurant n'est pas très loin de mon appartement et l'heure étant bien avancée il n'y a plus de circulation.
J'entre et dépose mon casque dans le vestibule avant de quitter mon blouson de moto. Je me contente d'enlever mon pantalon et mon chemisier pour me coucher uniquement vêtue de mon débardeur et d'un boxer. J'ouvre mon lit impeccablement fait et me glisse entre les draps. Je ferme les yeux et tente de trouver le sommeil mais ce n'est pas une franche réussite. Je ne fais que me tourner et retourner sans répit. Je tâtonne pour allumer la lumière et m'assied sur mon matelas. Le dossier que m'a donné Rhea et qui repose sur ma table de nuit attire mon attention.
Puisque je ne parviens pas à dormir autant travailler un peu, le sommeil viendra. J'attrape la pochette cartonnée somme toute assez banale pour quelque chose qui contient un ordre d'exécution. Je l'ouvre et tombe directement sur la photo d'une jeune femme, certainement ma cible. Je prends le temps de la détailler et m'attarde plus particulièrement sur ses prunelles d'une couleur parme assez inhabituelle. Ses cheveux neigeux aussi ne sont pas banals et je me demande s'il s'agit de sa coloration naturelle.
Mais ce qui me trouble le plus c'est que même s'il ne s'agit que d'une photo, son regard est rempli d'une sorte de détermination. Elle doit être un peu plus jeune que moi de quelques années seulement. Elle ne dégage pourtant pas l'innocence que lui prête son âge cependant. La rencontrer promet d'être intéressant. Je peux déjà parier que la prestance et la noblesse qu'elle transmet à travers cette image ne sont pas feintes mais font partie d'elle entièrement.
Je détache finalement mes yeux de ma cible pour me concentrer sur les informations qui me sont données dans le reste du dossier. Mère décédée, père malade et sur le déclin. Je vois également écrit qu'elle a dix frères et sœurs mais que tous sont décédés d'une maladie héréditaire qui touche sa famille et qui est sur le point d'emporter son géniteur. Elle est apparemment la seule à ne pas l'avoir contractée. Je cherche à savoir de quelle maladie il s'agit mais le reste des informations est censuré. Etrange.
Bien, j'ai fini de tout consulter. La seule chose que j'ignore encore c'est son identité. Habituellement je me moque de connaitre le nom de mes cibles. Seulement cette fois et dans la mesure où je vais être amenée à la côtoyer durant un mois entier, il me faut savoir comment je dois l'appeler.
Mes yeux remontent lentement jusqu'en haut de la page et enfin je le trouve inscrit juste à côté de son visage. Même son prénom n'est pas courant et il attise, comme le reste de sa personne, ma curiosité. Malgré moi, mon regard revient s'égarer sur ses yeux parmes décidés et ses saisissantes mèches d'un blanc immaculé. Elle m'intrigue, je dois bien l'avouer, comme personne auparavant alors que je ne l'ai même pas encore rencontré.
—Edelgard von Hresvelg… Qui êtes-vous exactement ?
