Gloire à celui qui a de l'espoir.

[Secret Santa 2019/2020 – Collectif NONAME] : UA. Brienne espérait échapper à son destin en remportant ce tournoi et éviter ainsi un mariage arrangé (et puis ce n'était pas comme si quelqu'un pouvait avoir envie de l'épouser elle). Elle ne s'attendait clairement pas à trouver l'amour au cours de ce dernier. Braime.

ND'A : Ce texte a été écrit dans le cadre du Secret Santa du Collectif NONAME pour Kaelyan, j'espère que cette petite histoire te plaira.

J'ai changé quelques détails du canon (dont la chronologie sur un point en particulier), et c'est un UA où Robert est un bon roi et un bon mari (oui, moi aussi j'ai du mal à y croire…).

Et ce prompt provient du kink meme de ASOIAF : « Lord Selwyn of Tarth is holding a tourney. The winner gets to marry his daughter and become the Lord of Tarth. Brienne never shows herself to the contestants because she's afraid that they will mock her because she's not beautiful. She competes as a mystery knight and disguises herself as a washer woman or a page or something and while she's disguised she and Jaime hit it off. BONUS: They live happily ever after because i want them to. »

Édit : J'ai réussi à tout écrire donc pas d'inquiétude, la fic est déjà finie et sera donc publiée de façon régulière.

- Le Mille-Prompts : 757. Titre – Gloire à celui qui a de l'espoir.

- Si tu l'oses : 54. Reviens ici.

- Toujours plus : Fusionner 2 défis.

Prologue : Nos rêves ne sont plus que poussières.

An 283.

Port-Réal, Donjon rouge.

Son épée était maculée de sang.

Son épée de chevalier était couverte de sang, et Jaime Lannister n'arrivait plus à bouger.

Il arrivait à peine à respirer correctement à vrai dire, encore un peu hébété par ce qu'il venait tout juste de faire.

Cela lui semblait être tellement… irréel.

Il avait l'impression de toujours entendre le roi fou hurler à ses oreilles :

« Brûlez-les tous ! Brûlez-les tous ! Brûlez-les tous ! BRÛLEZ-LES TOUS ! »

Cette seule et unique phrase résonnait dans la tête du jeune garçon de dix-sept ans, encore, et encore, et encore.

Tout ce qu'il voulait, c'était qu'il se taise, tout simplement.

Il prit une grande inspiration, tentant de calmer sa respiration erratique ainsi que les battements affolés de son cœur.

Ça y est, il l'avait fait…

Il avait tué le roi Aerys.

Enfin.

Après deux ans d'horreur, deux ans d'enfer, deux ans de folie, à voir de plus en plus le roi qu'il avait juré de servir sombrer petit à petit dans la démence, après avoir vu Rhaella Targaryen endurer les pires souffrances possibles et imaginables, après avoir assisté, impuissant, à la mort de Rickard et Brandon Stark, après avoir vu tellement de personnes mourir, brûler, il avait enfin débarrassé les Sept Couronnes du monstre que leur souverain était devenu.

Aerys II dit le Fol était définitivement passé de vie à trépas, seulement quelques minutes après Rossart, sa Main, le pyromant chargé d'utiliser le feu grégeois pour faire exploser la capitale.

Feu et sang était la devise des Targaryen après tout, cela n'avait en somme rien d'étonnant.

Oui, le roi était mort, mort de sa main, et…

Et Jaime Lannister ne ressentait absolument rien.

Pourtant, quand il lui avait planté son épée dans son dos, puis qu'il l'avait égorgé pour s'assurer qu'il allait bien mourir, il avait éprouvé une certaine jouissance malsaine l'espace de quelques instants.

Mais maintenant, alors que l'euphorie d'avoir mis fin aux jours de la personne qu'il haïssait le plus au monde s'était évaporée dans l'air…

Il ne ressentait absolument plus rien.

Pas de joie, pas de satisfaction, pas même de soulagement ou de fierté, rien de tout de cela ne l'animait actuellement.

Il ne restait plus que le vide.

Parce que oui, il avait tué le roi, il avait sans vergogne et sans remords assassiné le tyran, conscient qu'il était que si il ne le faisait pas, si quelqu'un n'agissait pas tout de suite, ils étaient perdus.

Et alors ?

Et après ?

Qu'est-ce que ça allait changer exactement ? Pensa alors le jeune homme, bien plus cynique désormais que deux ans plus tôt.

Certes oui, la rébellion pourrait enfin s'arrêter, et le royaume s'en porterait bien mieux, maintenant qu'il n'était plus, espérait-il.

Mais pas lui, de toute évidence.

Ce qu'il avait vécu en ces lieux…

Les morts qu'il n'avait pas pu sauver ne reviendraient pas à la vie, les souffrances infligées par Aerys à son épouse ne s'effaceraient pas, et les images de morts et de flammes ne disparaîtraient jamais de sa mémoire, peu importe à quel point il voulait oublier.

L'odeur des flammes, les hurlements des victimes…

Rien ne pourrait effacer cela.

Aerys était mort, et lui, il voulait hurler.

Il voulut hurler lorsque Lord Roland Crakehall et ser Elys Ouestrelin entrèrent dans la salle du trône et le regardèrent avec un air désapprobateur, il voulut leur hurler qu'il avait seulement fait ce qu'il pensait devoir faire, ce qu'il pensait être juste, noble, nécessaire, qu'il avait dû prendre une décision, qu'il avait été seul, et qu'il n'avait pas eu d'autre choix.

Il voulut hurler quand il sentit le regard glacial de Lord Stark se poser sur lui, et qu'il lut le jugement et le blâme dans ses yeux, il fut tenté de lui hurler d'aller se faire foutre avec son putain d'honneur, que l'honneur ne servait à rien quand le roi était un fou furieux déterminé à réduire le monde en cendres, et d'accord, il était peut-être un homme sans honneur pour avoir brisé son serment, mais soit, il pouvait vivre avec ça.

Il n'aurait pas pu vivre avec sur la conscience la mort de centaines de milliers d'innocents (si tant est qu'il survive au massacre prévu par le roi fou…), cela, il le savait très bien.

Il avait seulement fait une plaisanterie pour donner le change (une mauvaise plaisanterie), et avait éclaté de rire, un rire faux et mensonger, alors que tout ce qu'il voulait faire, c'était hurler.

Il voulut hurler en voyant les cadavres d'Elia Martell, ainsi que ceux d'Aegon et Rhaenys Targaryen, morts parce que son père voulait prouver à Robert Baratheon qu'il était son allié, morts parce qu'il n'était pas là pour les protéger, et la pensée le traversa soudain que c'était de sa faute.

Ils étaient morts…

Morts alors qu'ils étaient innocents, morts parce que le nouveau roi voulait la disparition totale de tout ceux liés à Rhaegar Targaryen, et par les Sept Enfers, si Jaime avait autrefois eu du respect pour Aerys, il savait d'ors et déjà qu'il n'en aurait jamais vraiment pour le souverain qui allait le remplacer.

Il voulut hurler en voyant Robert se réjouir de ces trois meurtres, de cette boucherie inutile, il voulut vomir, aussi, et en croisant le regard horrifié d'Eddard Stark, en voyant son visage blême, il sut qu'ils étaient au moins d'accord sur ce point.

Oui, il avait voulu hurler, et pourtant, il s'était tu.

Parce qu'il savait pertinemment que personne ne l'aurait écouté.

Tyrion était à Castral Roc, son père se moquait bien de ses remords ou de ses états d'âme, et Cersei était bien trop occupée par son mariage à venir pour avoir envie de l'écouter…

Alors il avait gardé ses hurlements à l'intérieur de lui-même, et il avait fait son devoir.

Servir le roi, servir le royaume, être un chevalier.

(Ce qu'il avait toujours voulu, en somme.)

Et il avait fait semblant, semblant d'être heureux, semblant de ne pas souffrir de ces deux années passées en enfer.

Il était Jaime Lannister, il était le Régicide maintenant, l'homme sans honneur, et il feignait d'être indifférent au fait d'être regardé de travers par une bonne partie de Westeros pour cet acte qui avait pourtant sauvé tant de vies humaines.

Il était le même garçon sarcastique et arrogant qu'autrefois, au premier abord du moins.

Sauf que quelque chose était mort en lui le jour où il avait tué Aerys (voire peut-être même avant), et il le savait pertinemment.

Il portait un masque en permanence désormais, qui faisait illusion sur la majorité des gens (Tyrion était l'exception), mais il ne s'y trompait pas lui-même, et il en avait parfaitement conscience.

Il avait toujours autant envie de hurler…

Et tout ses rêves étaient morts…

Ne restaient plus que les cauchemars, et les flammes qui allaient avec...

§§§§

Torth, la Vesprée.

Brienne de Torth se refusait le droit de pleurer.

Non, cela, elle s'en faisait la promesse, elle ne pleurerait pas.

Qu'importe à quel point elle souffrait.

Peu importe la blessure cuisante de l'humiliation qu'elle venait de subir.

À seulement quatorze ans, la jeune noble venait de subir l'une de ses toutes premières déconvenues en matière d'amour.

Enfin, si tant est qu'il s'agisse réellement d'amour, pour un homme qu'elle ne connaissait que depuis moins d'une heure, et qu'elle était censée épouser, à savoir ser Ronnet Connington, son supposé futur promis.

Mais qui ne l'était plus désormais.

Et qui, après l'avoir vue pour la première fois (et sans aucun doute la dernière) l'avait immédiatement rejetée, dégoûté par son apparence, et était parti de l'île sans plus tarder.

Elle n'aurait pas dû être surprise, en fait, elle ne l'était pas vraiment.

Après tout, depuis sa plus tendre enfance, elle se savait détentrice d'un physique peu avenant ou agréable, mais il y avait tout un monde entre la théorie et la pratique, et le regard empli de dédain de cet homme n'avait fait que confirmer cela.

Elle n'était pas jolie, et ne le serait jamais.

Ça n'avait pas d'importance, ça n'aurait pas dû en avoir, mais il n'empêche que les mots que ce sale type avait prononcés lui faisaient mal…

Brienne avait juste eu envie de le frapper, mais elle n'en avait rien fait, essayant de rester calme et mesurée, malgré la rage et la colère qui l'animaient, elle s'était contentée de rester là, silencieuse, à l'écouter l'insulter elle et son physique ingrat, comme si elle ne pouvait être rien de plus que cela, et peut-être était-ce cela plus que le jugement sur son apparence qui lui avait donné envie de lui foutre une droite.

Oui, elle n'avait pas la beauté d'une Cersei Lannister, d'une Lyanna Stark, d'une Elia Martell, d'une Ashara Dayne, ou d'une Catelyn Stark, c'est vrai.

Et alors ?

Elle avait d'autres atouts, d'autres qualités, elle était forte, douée au combat et à l'épée, grâce à l'entraînement de ser Bonvainc, mais aussi endurante, elle était loyale, non ce n'était pas parce qu'elle n'était pas une beauté qu'elle ne valait rien.

Elle était restée là, serrant les poings jusqu'à se faire mal, refusant de pleurer, refusant de craquer, refusant de lui montrer à quel point cela la faisait souffrir.

Quand il était enfin parti, elle s'était enfuie, n'écoutant pas les paroles de son père, et encore moins son « Brienne, reviens ici ! »

La jeune fille avait couru, les larmes aux yeux, loin de tout, loin de son père, des servantes et autres serviteurs, loin de sa septa, loin de son maître d'armes, loin de tout le monde, désireuse de rester seule avec sa peine.

Elle avait crié, une fois qu'elle s'était retrouvée seule.

Mais elle n'avait pas pleuré.

Non, Brienne ne pleurerait pas pour lui, jamais, il n'en valait clairement pas la peine.

La noble s'était réfugiée non loin d'un lac, et s'était longuement contemplée dans l'eau.

Non, en effet, elle ne pouvait définitivement pas le nier.

Elle n'était pas belle, et cela ne fit que renforcer sa détermination.

Elle ne serait jamais une dame, ne pourrait jamais en être une, ne voulait pas en être une.

Ce… ce n'était pas elle, tout simplement !

Elle était un chevalier, une guerrière, peu importe ce que son père ou n'importe qui d'autre aurait pu en dire, malgré son jeune âge, elle était déjà très douée et aguerrie, elle savait qu'elle pouvait le faire.

Brienne continua de se regarder, tout son corps irradiant d'une colère brut qu'elle peinait à réprimer, tandis qu'elle réalisait une chose cruellement évidente.

Ce projet de mariage avait été une très mauvaise idée.

Elle en avait la conviction désormais, après avoir reçut en plein visage la déconvenue et les remarques désobligeantes de son ancien fiancé.

Aucun homme ne voudrait jamais l'épouser.

En un sens, ce constat lui faisait mal, elle qui avait entendu tant de chansons autrefois, quand elle n'était encore qu'une enfant, et qu'elle rêvait d'accomplir des exploits héroïques comme les courageux chevaliers des contes et des légendes, tout en rêvant d'amour.

Une part d'elle-même sentait que ce n'était plus qu'un vain rêve inatteignable maintenant.

Sauf si elle se battait pour l'atteindre.

Et elle le ferait.

Quelques heures plus tard, son père la retrouva enfin, clairement soulagé de constater qu'elle allait… relativement bien.

Toujours debout, le regard planté dans son reflet, Brienne avait encore les poings serrés de manière convulsive, sa colère toujours clairement visible, et Selwyn était véritablement surpris qu'elle ne se soit pas jetée sur l'impudent qui avait osé l'insulter afin de lui faire payer son insolence à l'aide de ses poings.

Elle aurait clairement eu le dessus si elle l'avait fait.

« Brienne ?

- Oui père ? Répondit-elle d'une voix à la fois éteinte et enragée.

- Je… »

Il ne savait pas quoi dire en vérité, n'avait aucune idée de quels mots choisir pour réconforter son enfant chéri.

« Ce que cet homme t'a dit…

- Il ne veut pas de moi, et je ne veux pas de lui non plus, répliqua-t-elle d'un ton sec, desserrant enfin les poings, et se tournant vers son père.

Il remarqua qu'elle n'avait pas pleuré.

- Ce garçon est un idiot pour t'avoir rejetée ainsi, dit-il en se rapprochant d'elle. Je suis sûr que le prochain…

- Père ! Ne put s'empêcher de déclarer immédiatement sa fille, l'interrompant, sachant pertinemment ce qu'il comptait lui dire. Non… je vous en prie, non, je… Je ne veux plus revivre ça. Plus jamais.

- Brienne, s'il te plaît, sois raisonnable…

- Vous avez vu comment il m'a regardée… Comment on me regarde en général. Je dois m'y faire, je ne suis pas belle, je ne suis pas une dame et je ne le serai jamais, vous le savez tout aussi bien que moi.

- Tu es une personne magnifique Brienne.

- Vous dites cela parce que je suis votre fille… C'est tout. Et dites-moi père, quant bien même je parviendrais à trouver un époux qui saurait passer outre mon physique… croyez-vous réellement que je puisse épouser un homme qui accepterait d'avoir une femme qui compte se battre à l'épée et devenir chevalier à long terme ?

- …

- Exact. Personne ne m'acceptera telle que je suis.

- Tu n'en sais rien…

- Vous m'avez permis d'apprendre à me battre, alors, puisque personne ne voudra jamais de moi, je vous demande de ne plus jamais me fiancer à qui que ce soit contre mon gré… Je ne suis pas une dame, je ne suis pas… comme mère, je ne pourrai jamais être comme elle. Je veux continuer à apprendre à me battre, pour à terme devenir chevalier, avoua-t-elle à son père. »

Selwyn Torth se mit alors à soupirer.

Il savait depuis bien longtemps que sa fille ne rentrerait jamais dans le moule, et il n'était pas vraiment du genre à vouloir la forcer à faire ce qu'elle ne voulait pas faire.

Et puis… il devait admettre qu'elle n'avait pas tort.

Et qui sait, peut-être qu'un jour elle changerait d'avis.

« Très bien ma fille, comme tu voudras. Je te laisserai vivre ta vie comme tu le souhaites, et si tu veux réellement devenir chevalier, hé bien… soit. Je ferai tout pour t'aider à y parvenir un jour. »

Pour la première fois depuis le début de la conversation (enfin même depuis « l'incident » de plus tôt), Brienne se mit à sourire, et elle se jeta dans les bras de Selwyn.

« Merci père, murmura-t-elle, les larmes aux yeux, excepté qu'il s'agissait de larmes de joie cette fois-ci, merci infiniment. »

Elle ne savait pas encore que, d'ici plusieurs années, beaucoup de ses certitudes allaient être remises en question.

A suivre…