Chapitre 1: à feu et à sang

Perdu dans les montagnes du nord se trouvait le petit village de Ravel. Une bourgade peu peuplée mais plaine de vie qu'un voyageur passant dans le coin par hasard qualifierait surement de charmante. Tout au centre du village se tenait la Grande Place, un lieu cher à tous les Ravelois, toujours arpentée par quelques badauds, où l'on pouvait toujours apercevoir quelques Persian dorer au soleil. Cette Grande Place était elle-même desservie par la Grande Avenue, qui n'avait de grande que le nom. Un citadin l'aurait surement qualifiée de ruelle, mais c'était là la rue la plus large que la ville possédait.

Et sur cette Grande Avenue, on pouvait y trouver un jeune garçon d'un peu plus d'une dizaine d'année filer les cheveux blonds au vent à toute allure, un Ouisticram sur les talons, ne manquant de bousculer qui pouvait se trouver sur leur passage. Rapidement, il dépassa la grande tour de bois qui servait de point de surveillance pour le garde du village. Buran, qui était de garde ce matin-là, l'interpella:

- Hoh Léo où tu crois aller? Tu sais très bien que t'as pas l'autorisation du village!

Mais le jeune garde ne put que reculer vivement pour éviter la gerbe de flamme qui lui était destiné, et manqua de s'effondrer au sol en heurtant la barrière qui clôturait le village. Léo lui fila au nez avec un ricanement et enjamba la clôture, suivi de près par son Pokémon.

Ça y'est, il était sorti du village! Léo se dépêcha de s'éloigner le plus possible, sous les cris injurieux de Buran. Sans reprendre son souffle, il fut rapidement hors de vu des murs du village en moins de temps qu'il ne le fallait pour dire «Abo».

Comme à son habitude, Léo s'était réfugié profondément dans la forêt, là où personne n'irait le chercher. De toute manière, il savait que Burdan, même s'il mourrait d'envie de le ramener au village par la peau du cul, ne pouvait pas quitter son poste et la garde du village était loin d'avoir les effectifs suffisants pour aller le chercher. Quant à sa mère, elle était bien trop occupée avec son travail à l'auberge, et il ne l'imaginait pas s'aventurer seule en dehors des murs. Et puis à vrai dire, elle était probablement bien contente de ne plus l'avoir dans les pieds le temps de quelques heures. Son père, il ne l'avait jamais connu. Mort dans la dernière guerre du nord, à ce qu'on lui avait dit.

Beaucoup des gens ne s'aventuraient jamais hors de murs du village. On disait le monde d'en dehors des murs qu'il était dangereux, infecté de bandit et de Pokémon sauvages assoiffés de sang. Mais Léo ne pouvait pas s'imaginer vivre sa vie paisiblement au village toute sa vie. Il avait décidé qu'un jour, il s'en irait, loin, qu'il s'en irait voir le monde…

Ereinté de cette longue journée, Léo rentrait avec une hâte toute mesurée vers Ravel. C'était avec une certaine appréhension qu'il appréhendait son retour au village, comme à chaque fois qu'il se faisait la belle du village. Quoi qu'elle en dise, sa mère paraissait toujours morte d'inquiétude lorsqu'il tardait à repointer son nez au village. Et c'était sans compter la réaction de Burdan qui ne manquerait pas de passer sa colère sur le jeune garçon. Gavin ne manquerait pas de lui faire la morale pendant un bon moment de même.

Gavin, c'était le celui à qui on avait attribué le titre de «Gardien du village», et qui officiait comme chef de la garde de la ville. De toute la ville, personne n'était aussi fort que lui et son Pokémon. Léo l'admirait beaucoup, et rêvait de devenir aussi fort que lui un jour. Mais ce n'était pas en restant enfermé dans les murs de village qu'il s'endurcirait.

Mais plus il se rapprochait du village, plus il sentait que quelque chose clochait. De la fumée s'étendait dans un ciel que la nuit avait déjà bien assombri. Sentant monter en lui une poussée d'inquiétude, il accéléra le pas, seulement éclairé dans l'obscurité par la lueur de la lune et la flammèche de son Ouisticram.

Au fur et à mesure son retour vers des murs, l'anxiété l'envahit. Quels étaient les bruits qu'il entendait? Les sons qui lui arrivaient étaient confus, mais il était étrange que le village fût aussi bruyant ce soir-là…

Plus il se rapprochait, plus les bruits se précisaient… Son sang se glaça. Des cris, il l'entendait distinctement à présent! Pas des cris d'allégresse, mais des cris de peur, de douleur…

A présent, il courrait à toute jambe vers la fumée, si bien que son Ouisticram peinait à le suivre dans la nuit. Il manqua de trébucher plusieurs fois dans les collines, mais arriva finalement en vue des murs du village.

Tout le village était en proie aux flammes! Léo, en un instant, sans prendre le temps de réfléchir, s'élança vers le village et atteint finalement le portail à bout de souffle. Malgré l'obscurité et l'urgence, il ne manqua pas de constater avec horreur un corps au visage éclaté sur le sol posté à côté du portail. Le jeune garçon, hébété, recula de quelques pas et s'étala sur le sol. Même si le visage du cadavre était défiguré par une terrible blessure, ses longs cheveux roux et sa tunique délavée ne laissait aucun doute sur l'identité du cadavre… Burdan ne pourrait plus réprimander personne à présent. Après avoir dégueulé son petit déjeuner sur le sol, il se releva avec difficulté, mais cette fois, la détermination avait chassé la peur dans ses yeux.

Le village était totalement plongé dans le chaos… Des pillards s'étaient de toute évidence, étaient passés à l'assaut, tuants et volants sur le passage. Visiblement, un puissant Pokémon de type feu était présent dans les rangs des voyous étant donné les dégâts infligés aux maisons et à l'incendie déclenché. Partout dans les rues, des corps sans vies, tailladés ou carbonisés jonchaient le sol. La faible garnison de garde du village n'avait pas dû faire long feu contre les bandits bien plus nombreux ayants attaqués le village, mais les combats n'avaient visiblement pas encore cessé à en croire les bruits de confrontation venant de la place centrale. Mais ce qui l'étonnait le plus était que parmi les corps jonchés au sol, nombre d'entre eux appartenaient à des brigands, bien plus qu'il n'y aurait du y'en avoir. Ces derniers avaient été découpés et tailladés avec violence, comme s'ils avaient été déchiquetés par un Pokémon sauvage particulièrement violent. Ils n'avaient pas pu tomber sous les coups de Gavin, qui se battait habituellement avec un gourdin, et dont le Pokémon ne pouvait pas infliger de tels dégâts sur un corps humain.

Son cœur battait à toute vitesse. Il n'avait encore croisé aucun brigand, du moins aucun brigand encore en vie. Il existait de nombreux endroits pour se cacher à Ravel et certains s'y étaient probablement dissimulés en attendant la fin de l'assaut. Il était plus prudent d'aller les retrouver mais… son cœur se serra… L'auberge tenue par sa mère se trouvait quelque part sur la Grande Place… Il ne pouvait résister à l'envie de courir pour s'assurer qu'il ne trouverait pas son cadavre défiguré sur le sol.

Léo remonta prudemment la grande avenue, suivi de près par son Ouisticram. Les flammes de son Pokémon dans la nuit réduisaient de beaucoup sa discrétion, mais il se sentait plus en sécurité à ses côtés.

Plus il s'approchait de la Grande Place, plus les traces de combats se faisaient important, et le nombre de cadavres augmentait. Les maisons avaient été ravagés par les flammes et n'étaient plus que des débris. Léo, choqué en constatant les dégâts, s'interrogea. Qu'est ce qui pouvait bien pousser des brigands à ravager autant ce village? Que restait-il donc à piller une fois tout réduit en cendres?

Perdu dans ses pensées, il arriva presque sans y prendre gare à la Place Centrale. Il jeta un coup d'œil rapidement pour y évaluer la situation…

Il inspira un bon coup en constatant que Gavin était encore en vie… mais il était encore loin d'être tiré d'affaire pour autant. Acculés avec les quelques membres de la garde encore en état de se battre, ils étaient encerclés par une horde de combattants bien supérieurs en nombre. Au vu du nombre de bandits laissés sans vie ou inconscient sur le sol, Gavin et ses hommes vendaient chèrement leur peau. Le Grand Gardien, tenait encore malgré ses multiples entailles, et tenait en respect les brigands et leurs longs sabres en balançant de grands coups de gourdins. A ses côtés, un imposant Pandarbare repoussait avec ses poings imposants quiquonque tentait de briser leur maigre ligne défensive. Malgré son imposante force brute, Léo distinguait de lourdes blessures et quelques traces de roussi sur sa fourrure.

Soudain, l'un des hommes qui était resté en retrait s'avança avec son Pokémon, un imposant Maganon. C'était surement le responsable des incendies qui avaient mis à sang et à feu le village.

-J'en ai assez; prononça l'homme. Il n'avait pas élevé la voix, mais pourtant, même dans le chaos de la bataille, les bandits blêmirent et s'écartèrent sur son passage.

C'était un homme de taille moyenne dont le visage était rempli de balafres. Il dégageait une aura particulière et Léo supposa qu'il s'agissait de leur meneur.

Gavin le dévisagea d'un air mauvais, et le pointa de sa batte. Malgré son air de défi, il vacillait sur ses jambes et semblait pouvoir s'effondrer au sol à tout moment.

Le balafré fit un signe de la main au Maganon qui l'accompagnait, et ce dernier les pointa du canon qui lui servait de bras. Ils n'eurent pas le temps d'effectuer le moindre moment, qu'ils furent soufflés par une déflagration soudaine. Léo n'en cru pas ses yeux. Là où se trouvait quelques instants plus tôt Gavin et ses hommes ils ne restait plus rien qu'une tache de brulée et des débris cramoisis. C'était impossible! Gavin ne pouvait pas perdre! Pas comme ça!

Perdant son sang-froid, il se glissa hors de sa cachette et fila en direction de l'auberge, en se dissimulant derrière les débris. Voir le village dans cet état le rendait malade. L'auberge en question avait été totalement anéantit par les combats, et les chances d'y voir sa mère était mince. Il parvint à se faufiler sans se faire remarquer, et, soulagement absolu, le corps de sa mère ne se trouvait pas parmi les décombres. Il remarqua cependant quelque chose sous un gravas… Un Pokémon! Il eu un saut au cœur en y regardant de plus près. C'était le Eoko qui accompagnait toujours sa mère! Il ne pouvait pas imaginer qu'elle eut pu prendre la fuite sans emporter avec elle son compagnon de toujours…

Perdu dans ses élucubrations, il en perdu toute discrétion… Il ne remarqua même pas le coup de hache qui lui était destiné sans sommation. Ouisicram, qui était resté sur le qui-vive, s'interposa d'une gerbe de flamme qui stoppa net l'assaut de l'assaillant.

Léo reprit rapidement ses esprits. Les pillards avaient commencé à se disperser de la Grande Place, mais il restait encore un grand nombre de combattants sur la Grande Place, sans compter le balafré et son Maganon… Il devait trouver une ouverture pour se faire la belle… Il prit enfin compte de la situation dans laquelle il se trouvait.

Soudain, une ombre sortie de la nuit! Un individu apparu de nulle part, au milieu de la place, et trancha la tête d'un des bandits d'un coup de sabre net. A peine ses opposants eurent-t-ils pris conscience de la menace qui pesait sur eux qu'un Sablaireau aux griffes déjà injectés de sang tailla en pièce les quelques malchanceux se trouvant au mauvais endroit au mauvais moment.

Une fois le moment de stupéfaction passé, les brigands reprirent leur sang-froid et encerclèrent l'homme qui venait d'apparaitre. Léo pouvait mieux distinguer l'homme en question et… Il fut surpris de constater un visage encore très jeune, peut-être même pas une vingtaine d'année, trop jeune pour être vraiment qualifié d'homme. Ses cheveux noirs se fondaient dans la nuit, mais il pouvait clairement observer ses yeux aux pupilles noires remplies de froideur.

Bien que totalement cerné par les assaillants, aucune émotion ne troubla son visage. D'un geste, il ordonna à son Sablaireau de passer à l'attaque. En un instant, le Pokémon avait fondu sur ses adversaires, et avec une vitesse stupéfiante, éparpilla en morceaux brigands et Pokémon, malgré sa nette infériorité numérique… Le reste des brigands qui avaient commencés tenter de l'encercler s'avancèrent à l'assaut du jeune homme esseulé. Un Scalpion tenta de lui écraser la tête, mais il para l'assaut de son sabre, avant de s'écarter pour éviter un coup de hache trop ample lui étant destiné, puis un faisceau de lumière d'un Magneton. Après avoir reculé, il riposta en un éclair, décapitant sans un moment d'hésitation le manieur de hache qui n'avait pas encore repris son équilibre. En portant cette attaque, il s'était placé au cœur de la ligne adverse, le rendant vulnérable aux assauts, mais le Sablaireau qui avait fini de faire de la charpie de son côté, s'était rapidement replacé de l'autre côté pour reprendre sa boucherie. La confrontation n'avait durée que quelques instants, mais c'était tout ce qu'il avait fallut au nouveau venu pour anéantir tous les bandits présents sur la place… Le garçon en eu un frisson… Il ne se doutait pas que quelqu'un puisse être aussi fort! Cela lui faisait du mal de l'admettre mais le jeune homme qu'il avait sous les yeux était probablement plus fort que Gavin ne l'était… Il avait été seul contre tous, mais le combat avait été de bout en bout inégal.

Mais le combat n'était pas terminé. L'individu aux cheveux noirs se rapprocha du balafré.

Ce dernier blêmit à sa vue.

-Toi? C'est impossible! Je t'ai vu mourir!

Le visage impassible du jeune homme se mua en un regard de colère.

-Je viens la chercher. Si tu me dis où vous l'avez emmené alors…

Le balafré, sans attendre la fin de sa phrase ordonna à son Maganon de passer à l'attaque d'un nouveau geste. Son adversaire se jeta derrière les débris pour éviter la rafale. Lorsque la fumée et la poussière se dissipa, le Sablaireau avait disparu de la scène de bataille. Avait-il eu le temps de filer à l'abri, ou avait il été vaporisé par l'attaque?

La confrontation sembla se suspendre pendant quelques secondes. Puis, le Maganon fut brusquement éjecté, propulsé contre les débris. Le Sablaireau avait surgit du sol, les griffes en vrille, et l'avait pris par surprise sans que son adversaire n'eu pu réagir. Le Pokémon se hâta de se remettre sur ses jambes mais le Sablaireau était déjà sur lui. Il tenta de le carboniser d'un nouveau jet de flammes, mais manqua de peu sa cible. Il faisait désormais une cible facile pour le Sablaireau qui agita ses griffes aussi impitoyablement qu'il avait l'habitude de le faire. Bientôt, le Maganon fut mis totalement hors d'état de nuire.

Enfin, le jeune homme approcha du balafré, son sabre à la main. Il semblait avoir envie d'en finir personnellement avec l'homme qui se tenait face à lui.

-Alors c'est comme ça? l'interpella le balafré. Sur ses paroles, il dégaina à son tour son arme, une longue et lourde épée à la portée impressionnante.

Il agita son arme avec d'amples mouvements, tentant de ne laisser aucune ouverture à son opposant. Soudainement, le second passa à l'attaque, prenant le balafré au dépourvu par sa vitesse, qui ne put que l'érafler de la pointe de son épée. Il parvint pourtant à éviter le coup de lame fulgurant qui lui était destiné grâce à ses reflexes et à se remettre en position de combat. Cette fois ci, ce fut le balafré qui lança l'assaut, usant de sa grande portée d'attaque pour prendre l'avantage. Malgré la taille et le poids de son arme, il la maniait avec aisance et dextérité. Il traça avec son épée de grands arc de cercles, avant de charger soudainement, visant avec précision les failles dans la garde de son adversaire. A son tour poussé à la défensive, l'individu aux cheveux noirs para de justesse plusieurs coups du bord de la lame de son sabre. Un coup particulièrement puissant fit voler son sabre de ses mains, si bien qu'il se retrouva désarmés.

Le balafré eu un sourire de triomphe. Son adversaire se jeta brusquement sur lui à main nue, se baissa pour éviter le vif coup de lame qui passa à quelques centimètres de son cuir chevelu, taillant quelques cheveux au passage, puis plaqua le balafré au sol. Ne s'arrêtant pas dans sa lancée, il dégaina un poignard dissimulé dans l'une de ses manches et sans prendre de temps, le plongea dans la poitrine exposée du balafré. Figeant à tout jamais le visage de ce dernier sur une expression de stupeur.

Le jeune homme se releva avec un air affligé et se retourna pour ramasser son sabre. Il ne manqua pas de sursauter en apercevant juste derrière lui un jeune garçon au regard déterminé.

-Laisse moi venir avec toi!