Salutations nocturnes mes dragons lecteurs !

Oui je suis toujours vivante et non je n'abandonne pas mes fictions, loin de là ! Je continue de les travailler, améliorer, complexifier. Seul le temps me manque depuis les fêtes pour poster comme il faudrait (Désolée !).

Alors après une inspiration douce et, il faut l'avouer, dramatique, j'ai décidé de poster cette courte interlude. Une petite fiction sans prétention qui est déjà presque terminée contrairement aux autres. Je ne mettrais pas un mois pour tout poster, ce sera rapide puisqu'il y a peu de chapitres.

Elle ne sera pas pleine de rebondissements, loin de mes autres histoires d'aventures.
C'est plus... hm... Comme un hommage à toutes ses personnes qui ne surmontent pas leur chagrin, leur douleur, et préfèrent tout laisser tomber. C'est à tous ses gens déjà partis, souvent incompris, et à ceux qui sont encore là et qui ne trouvent aucun espoir.

J'ai tout de même ajouté un petit suspense : jusqu'au bout, il n'y aura presque pas d'identité citée. C'est à vous de trouver qui s'en va. C'est volontaire : cela pourrait être n'importe qui que vous connaissez, qui pourrait partir. Je voulais qu'en lisant, tout le monde puisse s'identifier un peu, au delà du monde de Harry Potter.

Souriez ! La vie est trop courte pour être gâchée !


Prologue :

Musique : « Bryan Adams - Sonne le clairon »

- Je veux partir.

Un simple et léger murmure, suffisant pour qu'il l'entende distinctement. Ou… l'avait-il imaginé ? Était-ce l'écho de son propre désir ? Ou avait-il tant espéré entendre à nouveau sa voix que son cerveau lui jouait des tours ?

Il baissa ses yeux ternis et fixa son profil, éclairé par les derniers rayons du soleil traversant la fenêtre. Il était grand et se baisser tirait désagréablement sur sa nuque. C'était avant, avant d'être courbé chaque jour un peu plus, écrasé par la douleur.

Il n'était pas sûr de comprendre. Il s'était perdu dans ses pensées, dans ses souvenirs… dans son deuil. Il était allé si loin dans les tréfonds de son esprit qu'entendre ces paroles l'avaient fait sursauter et difficilement émerger. La déclaration commença à prendre des tournures sinistres dans ses idées et il craint le pire, un instant. Était-il devenu paranoïaque ? Parlait-on de quel type de départ ? Un pointe vint piquer son abdomen, dont il croyait le cœur desséché après toutes les larmes qu'il avait déjà versées. Il fallait croire qu'il y avait encore quelque chose de vivant, là dedans.

- Partir ? Ou… hésita-t-il.

Leurs regards se croisèrent, éteints. Une tristesse infinie ricocha entre leurs âmes.

- Partir ou mourir ? Se lança-t-il, un frisson d'angoisse frémissant dans sa nuque.

- Si je ne pars pas, je crois que... c'est la mort qui m'attend de toute façon.

Sa voix était enrouée, presque cassée. Peut-être de ne plus être utilisée… ou peut-être la douleur était trop grande pour arriver à s'exprimer correctement. Lui-même avait cette voix enraillée, agonisante, certains jours.

Partit ou mourir.

Il savait. Il savait qu'on ne parlait plus de la guerre, d'accident, ou de banal suicide. On parlait de la folie des souvenirs qui les hantait chaque nuit dans d'horribles cauchemars qui viendraient, tôt ou tard, les hanter aussi de jour. Souvenirs dont même les plus heureux finiraient par brouiller leur réalité, leur faire perdre pied, leur faire perdre la tête. Un aller simple pour Sainte Mangouste.
On parlait des cicatrices qui ne guérirait jamais complètement, les poignant, les grattant, tiraillant leur peau. D'incessants remèdes, crèmes, médocs et autres soins pénibles et quotidiens.
On parlait de leurs cœurs blessés, brisés. On parlait de la souffrance qui viendrait gangrener leur esprit, leur cœur, obscurcissant leur âme et même leur magie. La perdition dans le gouffre de leur peine, qui leur semblait insurmontable, qui gâcherait leur vie et finirait par les pousser à des actes regrettables.

- Partir où ? Demanda-t-il sans conviction.
- Je ne sais pas. N'importe où.

Il y eut un flottement, silencieux. Cette idée folle semblait tourbillonner autour d'eux, comme un fantôme qui harcèle. Sa voix grave et masculine résonna.

- Alors partons.

Les yeux de son homologue s'agrandirent d'étonnement, incertains. Lui, il fixa son regard, intensément.

- Quoi ?

Voulait-il partir aussi ? Sans aucun doute. Il n'y avait pas besoin d'un courage de Griffondor pour ce genre de départ. C'était une résignation… ils n'avaient plus rien à perdre. Alors, pourquoi pas ? Il continua.

- Partons ensembles, tous les deux. Loin d'ici, loin de tout cela… loin de tous.
- Mais… et ta famille ?
- Regarde-moi. Je suis une épave… baissa-t-il sa voix, déjà grave.

Sa bouche s'ouvrit pour protester, ses mots mourant dans un souffle long tout en le contemplant. Comment le contredire ? Sa peau blafarde semblait ne plus reprendre aucune couleur depuis les derniers mois. Les cernes qui coulaient sous ses cils aussi secs que ses cheveux, aussi ternes que ses yeux. Non, il n'y avait plus aucune lueur en lui, la vie semblait l'avoir quitté en même temps que la dernière bataille de Poudlard. La mort du Seigneur des Ténèbres les avaient soulagés mais ne leur avait pas rendu l'envie d'exister. Ils étaient dans le même état.

- Pense-tu que je sois capable de m'occuper de qui que se soit ? Je suis… Je suis...
- Je sais. Oui… tu as raison. Nous sommes des épaves.

Il échangèrent des regards compris. Il aurait voulu contredire, qu'il était le seul à dépérir. Mais c'était faux. Horriblement faux. Ils étaient dans le même état… et rien ni personne ne semblait leur faire remonter la pente.
Il posa sa main large sur son épaule trop maigre. Depuis combien de temps n'avait-il pas touché un être vivant ? Depuis qu'il avait touché des morts, il y a de ça ce qui lui semblait une éternité.
Le réconfort n'y était pas. C'était presque douloureux d'avoir un contact, autant pour l'un que pour l'autre, de se sentir vivant. Leur peau les brûlait, coupait. Pourtant, aucun des deux ne bougea. Il laissa sa main et son homologue se tourna à nouveau vers le paysage crépusculaire. Il y retourna aussi, pensif et pleins de doutes.

- Quand ?

Il sursauta encore.

- Quoi ? s'étonna-t-il.
- Tu me propose de partir ensemble. Quand ? Quand est-ce qu'on partirait ?

Son homologue n'avait pas tourné son visage mais il n'en avait pas besoin pour savoir que ses questions étaient sérieuses. Devait-il vraiment se lancer dans l'inconnu, sur un coup de tête ? Était-ce raisonnable ?

- Maintenant, dit-il en cessant de réfléchir.

Leur respirations se retinrent quelques secondes.

- Maintenant ? Demanda son homologue, fébrile.
- Oui.

Leurs regards se rencontrèrent encore et ils se perdirent, dans leur monde. Un flash d'espoir les traversa, fluet, rapide, avant que la détermination grandisse dans la frêle silhouette.

- D'accord.
- D'accord ? s'assura-t-il.
- Oui. Faisons le nécessaire et… partons.

Non pas « prendre » le nécessaire, mais « faire » le nécessaire. Il avait déjà réalisé les modalités pour l'héritage. Il savait déjà à qui tout léguer et sous quelle bonne garde. Même si l'une de ses personnes… ne pourrait pas remplir ses fonctions.

- Va voir une dernière fois tes proches.
- Pas besoin.
- Si, tu en aura besoin.
- D'accord.

Depuis quand obéissait-il à quelqu'un si facilement ? Et depuis quand s'exprimait-il de façon si courte ? Il se força à faire un effort, une phrase plus longue.

- Et toi, qui vas-tu voir une dernière fois ?
- Je ne… Si, je sais.

Qui sera l'heureux ou l'heureuse élu/e de cet adieu ? La curiosité l'aurait envahit, s'il n'était pas aussi accablé. Il serra cette épaule, fort de leur décision qu'il espérait libératrice. Une prise légère le fit lâcher l'épaule en effleurant ses doigts, avant que leurs mains ne soient jointes. Ce n'était pas convenable, il devrait lâcher. Alors il renforça sa poigne, afin de ne surtout pas s'en défaire. Ils serrèrent leurs doigts, leurs jointures blanchissaient. Leur contact désespéré rendait bien plus réel leur résolution.

Ils partaient.

Fin Prologue.