Auteur : Akanezora

Disclaimer : Les personnages appartiennent à Masashi Kishimoto.

Mention : M

Genres : Drame, romance, angst, UA.

Note : Petit OS qui m'est venu hier soir alors que je suis tombée par hasard sur la musique In the ghetto d'Elvis Presley que j'avais pas entendue depuis une dizaine d'années. Je vous invite à l'écouter durant votre lecture qui j'espère vous plaira.


As the snow flies

Chicago, le 31 Décembre 2007.

La neige avait entièrement recouvert les rues de Chicago. C'était le jour du réveillon et les décorations de Noël illuminaient encore les boulevards, clignotantes et somptueuses, s'amenuisant au fur et à mesure qu'elles s'approchaient des pires quartiers de la ville jusqu'à devenir invisibles. Parce qu'il n'y avait jamais de chaleur dans les ghettos, ni lumière, ni artifice. Parce qu'on les avait parqués là comme des moins que rien, comme s'ils étaient la gangraine de la population.

C'était là où ils avaient grandi, eux, les enfants de personne. Dans les maisons branlantes du voisinage, tout du long de la rue des Écoles, dans le South Side. C'était encore chez eux aujourd'hui, parce que nul enfant né ici ne sortait jamais du ghetto autrement que les pieds devant. Jamais ; mais ce n'était pas une règle : c'était un fait.

Ils étaient les déchets d'une société, la honte de la ville et qui pourtant renflouaient les caisses des plus véreux politiques. Dans l'ombre des noires profondeurs de Chicago, ils faisaient fonctionner l'Etat par le simple fait d'exister. Les impôts des pauvres gens du reste de la ville finançaient tout ce qu'ils détruisaient. La police même, n'avait de travail que parce qu'ils subsistaient à travers les époques. Toujours plus sombres, toujours plus violents. Les gangs étaient au cœur de la machination qui enrichissait cette ville pleine de vices.

C'était un rouage qui sévissait sur Chicago depuis des décennies. Une chaîne dont les maillons ne devaient sous aucun prétexte être brisés. La guerre des gangs rapportait trop de gros sous aux hommes qui régissaient la ville. Ces mêmes hommes qui s'enrichissaient à mesure que les corps sans vie s'accumulaient sur les trottoirs sales et boueux des ghettos. Finalement, les politiques avaient tout à gagner à laisser les trafiquants sévir : ils enrichissaient les caisses et faisaient le ménage entre eux en s'entre-tuant. La plupart des flics ici venaient même leur graisser la patte pour les débarrasser de ceux qui parfois les gênaient.

C'était un système corrompu, en somme mais qui convenait à tout le monde et qui, probablement, ne changerait jamais.

Sasuke regardait la neige tomber à travers le simple vitrage de leur maison rafistolée. C'était une petite bicoque de la rue des Écoles qui, comme toutes les autres sur des centaines de mètres à la ronde, menaçait de s'écrouler d'une minute à l'autre. Des trous de balles perdues décoraient la façade au crépit effrité et même si la toiture avait été complétée par de larges plaques de taule, elle tenait bon, ne laissant que quelques fissures ici et là par lesquelles les eaux de pluie s'infiltraient dans l'habitation. Alors avec son frère Itachi, Sasuke avait disposé des sceaux ici et là pour éviter les inondations.

C'était une maison d'infortune mais c'était chez eux. C'était leur vie parce qu'ils avaient grandi comme ça, reprenant la bicoque de leurs parents après leur mort. Parce que même le système n'avait pas voulu d'eux lorsqu'ils s'étaient retrouvés orphelins : ils produiraient plus d'argent pour l'État à rester dans leur ghetto pourri. C'était peut-être cruel, mais c'était la vérité. Et ça n'avait pas manqué.

- Qu'est-ce que tu regardes ? l'interrogea Itachi dans son dos.

Sasuke jeta un dernier œil suspicieux dans la rue des Écoles. Pour une fois, les trottoirs étaient déserts. Voilà même trois jours qu'aucun corps n'avait été retrouvé, gisant seul au milieu de la neige.

Alors il se retourna vers son frère pour lui répondre, tombant dans ses yeux abyssaux -les mêmes que les siens- noirs et dénués de l'étincelle de vie qu'ils avaient pourtant eue, gamin. Aujourd'hui, ils avaient vécu trop de drames, perdu trop de proches, vu beaucoup trop de leurs amis tomber au milieu de la rue pour ne jamais se relever. C'était leur lot quotidien, leur façon de vivre.

- Le calme, répondit simplement Sasuke. C'est tellement rare ici...

- Que c'est suspect, coupa la voix froide de Gaara.

Sasuke laissa son regard aller du visage fatigué de son frère à celui de Gaara. Ils étaient tous agglutinés dans leur petite cuisine, réunis comme souvent au même endroit parce qu'ils habitaient tous encore dans la rue des Écoles. Ils se connaissaient depuis l'enfance tous les six, inséparables jusqu'à prendre les armes pour se défendre les uns les autres. Ils étaient une famille, peu importe les épreuves et même s'ils avaient déjà perdu des membres dans la dernière décennie, ils se protégeaient les uns les autres, plus soudés que jamais.

Sasuke balaya la pièce du regard, sur leur petit groupe qui survivait à travers le temps. Gaara était nonchalamment assis sur une chaise, un genou relevé contre son torse, ses cheveux roux retombant lestement devant ses yeux verts. A ses côtés, son cousin Sasori était adossé contre la porte, le visage calme comme à son habitude. Gaara et lui se ressemblaient comme deux frères, à s'y méprendre, à tel point que le voisinage avait toujours soupçonné des histoires d'adultère entre leurs parents. Mais la vérité, personne ne la connaîtrait probablement jamais. Parce que finalement, connaître son identité n'avait pas de véritable importance ici. Dans le ghetto, on ne devenait quelqu'un que le jour où on abattait un homme pour la première fois.

- Naruto s'est encore foutu dans la merde, pour pas changer, commenta Saï, de son habituel sourire figé.

Sasuke le dévisagea un instant, lui et son air de faux jeton qu'il abordait depuis toujours. C'était sa façon d'être, pour s'intégrer et très certainement pour survivre au milieu de cette vie terrible qu'ils devaient tous affronter. Saï était le seul d'entre eux à être père. Il avait engrossé la fille des Yamanaka qui habitaient un peu plus haut dans la rue, quand ils n'avaient que quinze ans. Aujourd'hui, dix ans plus tard, les Yamanaka lui avait retiré la garde quand Ino, leur fille chérie, avait été victime d'un règlement de comptes qui visait à détruire Saï. Elle avait pris une balle entre les deux yeux sous le regard à jamais traumatisé de leur fils. Alors tout le monde savait dans le quartier qu'un jour viendrait où ce gamin aussi finirait par prendre les armes. Et ce jour viendrait probablement plus tôt qu'ils ne pourraient tous le penser.

- J'ai défendu ce qui nous appartient ! se défendit Naruto, adossé contre le plan de travail dégarni de la cuisine. Vous devriez tous en faire autant !

Sasuke tomba dans la profondeur de ses yeux bleus, dans cet océan turquoise qui avait toujours déchaîné des passions en lui. Naruto était l'histoire de sa vie. Celui qu'il avait aimé à la seconde où ses yeux s'étaient posés sur lui. Depuis l'enfance, il l'aimait. A l'époque, il était le camarade de classe d'Itachi, de cinq ans son aîné mais ça ne l'avait pas empêché de tomber pour lui. Alors à l'âge où ils avaient tous plus ou moins commencé à basculer dans la guerre des gangs, dans l'adolescence, Sasuke les avait simplement suivi tandis que lui n'était encore qu'un enfant. Par égard pour celui qui restait encore aujourd'hui, le seul homme qu'il ait un jour aimé dans sa vie.

Sasuke avait aujourd'hui vingt-cinq ans et peu importe les hommes qui étaient passés dans son lit, il n'avait jamais eu d'yeux que pour Naruto. Alors même s'ils n'étaient pas ensemble et qu'ils ne le seraient probablement jamais, il savait cet amour réciproque et indéfectible. Pour toujours et à jamais, ils seraient liés l'un à l'autre par ce sentiment puissant. Dans la vie... comme dans la mort.

Parce que c'était forcément un putain de miracle si Naruto avait pu fêter le jour de ses trente ans sans avoir le torse criblé de balles. Il était le plus fougueux d'entre eux, le moins prudent, celui qui fonçait toujours tête baissée dans les emmerdes. Pourtant, il restait celui d'entre eux qui possédait le plus de valeurs. Probablement parce qu'il était le seul à ne jamais avoir connu ses parents, mais il était certainement celui qui attachait le plus d'importance à leur petit groupe. Celui qui, tous le savaient, serait prêt à mourir fièrement pour chacun d'entre eux.

Naruto était un homme hors du commun. Un leader né, doté d'une éloquence sans égale et capable de convaincre juste par la force de sa détermination. Tous dans leur petit groupe voyait en lui un chef, malgré sa foutue tête brûlée et sa tendance à leur apporter des ennuis. Il était authentique, toujours prêt à aider ceux qui avaient besoin de lui.

Alors Sasuke le détailla un instant, perdu dans les tumultes de ses sentiments pour lui. Naruto avait croisé ses bras puissants sur son torse. Il était bâti comme beaucoup d'entre eux : un buste dessiné par les entraînements acharnés, des cuisses musclées, toujours prêtes à cavaler entre les balles et des épaules carrées que Sasuke était probablement le seul à savoir rassurantes. Naruto était un homme grand et dont les cheveux blonds contrastaient avec sa peau naturellement hâlée. Ce n'était pas du bronzage artificiel, il était juste certainement issue d'une famille étrangère - mais ça aussi, personne ne le saurait probablement jamais. Naruto n'avait d'autre identité que celle du gosse des rues qui avait déjà entassé un paquet de cadavres sur les trottoirs de Chicago.

Ils échangèrent un regard long et lourd de sous-entendus. Naruto savait à quel point Sasuke tenait à lui. Il savait même à quel point il serait abattu si jamais il devait se faire tuer. Bien-évidemment, tout le monde savait que Naruto serait certainement le premier d'entre eux qu'ils ramasseraient un beau matin dans le caniveau. Mais c'était ainsi et personne ne le changerait jamais. Pas même Sasuke.

- T'avais vraiment besoin d'aller foutre la merde au West side ? s'énerva Itachi en s'avançant vers le blond. T'es conscient qu'il y aura des représailles !?

Itachi défiait Naruto du regard. Ces deux-là étaient très proches, certainement liés à jamais par le premier mec qu'ils avaient descendu ensemble quand ils n'avaient que treize ans. Les yeux noirs d'Itachi Uchiwa étaient accusateurs et Sasuke le vit passer une main dans sa longue tignasse ébène, défaite et retombante en cascade le long de son dos trapu. Le blond en revanche abordait ce petit sourire moqueur dont lui seul avait le secret.

- Qu'ils viennent ces fils de pute. J'ai descendu le mec qui a violé la petite Hyuga du bout de la rue et si je dois buter tous ses petits copains, je le ferais aussi.

Naruto les défia tous du regard, faisant planer un amer sentiment de culpabilité au-dessus d'eux. Il avait perdu son sourire tandis que comme chaque fois avec lui, ils prenaient tous une tacite leçon de morale. Leur chef avait été le seul à défendre la jeune Hinata qui habitait au numéro 17. C'était une gamine, à peine majeure et déjà bafouée à jamais par un enfoiré du West side. C'était une enfant du sud. Une gamine de chez eux et Naruto prenait à cœur de protéger les siens. Peu importe les conséquences, peu importe s'il devait prendre une balle. Il défendrait tous les habitants de ce ghetto même si ça devait lui coûter la vie.

C'était ce type, Naruto. Celui qui ne laisserait jamais tomber aucun d'entre eux.

- Ils viendront, ajouta simplement Sasuke. Ce mec était l'une des figures de leur quartier. Ils viendront pour le venger.

- Alors je les tuerais tous, conclut Naruto.

Sasuke plongea de nouveau son regard dans le sien. Il était sérieux, comme chaque fois qu'il s'agissait de défendre l'honneur de leur ghetto. Naruto se leva du plan de travail et Sasuke aperçut la forme de son arme coincée sous la ceinture de son jeans. Il ne s'en séparait jamais, comme chacun d'entre eux. C'était leur manière de vivre. La seule qu'ils connaissaient.

Gaara laissa retomber sa jambe de sa chaise contre le sol. Son visage était froid, comme toujours alors qu'aucun sourire ne semblait jamais avoir étirer ses lèvres fines. Il échangea un regard en biais avec son cousin, l'air entendu avant de darder à nouveau son regard sur Naruto.

- On est avec toi, bien-sûr.

Naruto n'eut pas besoin de hocher la tête pour acquiescer. Un simple regard suffit.

- Il faut qu'on y aille les premiers, soupira alors Itachi pour abdiquer. Il faut les prendre par surprise. Demain, dès l'aube, il faut qu'on fasse une descente au West side pour faire du ménage.

Saï jeta un rapide coup d'oeil par la fenêtre en direction de la maisonnette recouverte de neige des Yamanaka où son fils dormait déjà probablement.

- Je vous suis.

Le blond lui lança un regard désapprobateur, sa mâchoire puissante tendue comme chaque fois qu'il était sérieux.

- Pas toi Saï. T'as trop à perdre ici.

Saï croisa les bras sur son torse, le dos acculé contre la table bancale de la cuisine.

- J'ai même pas le droit de le voir, répondit-il en parlant de son fils. Autant qu'il se souvienne d'un père mort en héros, tu ne crois pas ?

Il y eut une seconde de silence pendant lesquelles les yeux turquoises de Naruto s'assombrirent. Parce qu'à chaque fois qu'ils faisaient une descente dans le West side, ils n'étaient jamais certains d'en revenir vivants. C'était la vie qu'ils avaient choisie.

- Sasuke ? l'interrogea Naruto de sa voix grave. T'es des nôtres ?

Sasuke laissa son regard passer de l'une à l'autre des pupilles azures.

- J'en suis.

Parce que Sasuke l'aurait suivi jusqu'au bout du monde et même jusque dans la mort.


Sasuke referma la porte de sa chambre d'un coup de talon tandis que les lèvres passionnées de Naruto dévoraient les siennes. Ils s'enfoncèrent dans la pénombre, se retrouvant après une éternité, redécouvrant enfin le corps de l'autre sous leurs mains tremblantes d'excitation. Ça devait bien faire un million d'années qu'ils n'avaient pas couché ensemble, qu'ils ne s'étaient pas touchés ; mais comme chaque fois qu'ils se retrouvaient seuls, ils se laissèrent aller dans l'intimité de la nuit.

Ils s'aimaient l'un et l'autre, leurs lèvres pressées l'une contre l'autre. Mais c'était bien trop dangereux de s'aimer dans le ghetto, à la vue du reste du monde. C'était se rendre fragile, vulnérable et c'était au-delà de tout, prendre le risque de faire tuer l'autre pour un règlement de comptes. Qu'Ino Yamanaka en soit témoin, depuis les quatre planches de son cercueil.

Voilà pourquoi Naruto et lui n'étaient à ce jour pas ensemble et qu'ils ne le seraient jamais. Ils se protégeaient l'un et l'autre en luttant contre leurs sentiments, même si toute cette passion finissait inlassablement par exploser. Alors ils couchaient régulièrement ensemble dans le plus grand des secrets, comme ce soir, par exemple, où ils avaient passé la soirée avec tout le reste du groupe à établir un plan d'attaque pour leur descente au West side. Et maintenant que tout le monde dormait, profitant des derniers instants d'accalmie avant la guerre qui les attendait le lendemain, ils pouvaient s'aimer, même si ce n'était que pour quelques heures seulement.

Ils s'enfoncèrent à travers la pénombre de la chambre, butant contre la commode vieille de cent ans. Les lampadaires avaient été coupés dans la rue et seuls les reflets de la lune filtraient à travers la fenêtre aux rebords rouillés par le temps. Naruto le maintenait contre le commode branlante, ses grandes mains coinçant ses hanches avec autorité et sa langue tentatrice caressant la sienne avec envie.

Sasuke haleta alors que cette passion avait le goût terrible d'un adieu. Il sentait le sexe de Naruto dressé contre le sien à travers les tissus de leurs jeans. Alors il rejeta la tête en arrière, dégageant son cou de ses mèches noires où le blond enfonça son visage pour lécher sa peau offerte. Sasuke laissa ses mains remonter du dos de son amant jusque dans sa tignasse qu'il attrapa entre ses doigts crispés de désir.

Bon sang, il pourrait mourir sous les caresses de cet homme qui tenait son cœur entre ses mains.

A travers ses paupières à demi-closes, Sasuke capta le regard fiévreux de Naruto et tous les sentiments qui passèrent entre eux lui provoqua un frisson. Leurs lèvres se retrouvèrent avec force. Le blond lui agrippa les hanches pour le soulever et le faire asseoir sur la commode. Alors il se retrouva le dos acculé contre le mur de sa chambre, Naruto debout entre ses cuisses qui l'embrassaient à en perdre la raison.

Mais Sasuke lui empoigna le col pour qu'il se recule un instant. Ainsi assis sur la commode, il se retrouvait plus ou moins à la même hauteur que Naruto tandis qu'habituellement, le blond le dépassait d'une bonne tête au moins. Il vit l'incompréhension passer dans ses yeux rendus grisâtres par la pénombre et l'une de ses mains passa de sa hanche jusque son visage.

C'était un geste tendre comme ils ne pouvaient que rarement se le permettre et lorsque la paume chaude de son amant atteignit sa joue, Sasuke en savoura la caresse, enfouissant à jamais ce souvenir au fond de son âme. De la douceur de ses doigts à la tendresse de son regard, le brun figea à jamais cette image dans sa mémoire, là où personne ne pourrait jamais la lui enlever. C'était leur secret, si doux au milieu de leur vie chaotique, là où ils pouvaient reprendre leur souffle à l'abri des regards.

- Sasuke... Qu'est-ce qu'il y a ?

La voix de Naruto était douce et chaude. Amoureuse, comme ça n'arrivait jamais en public. Bien-sûr qu'il avait remarqué que quelque-chose clochait depuis qu'ils avaient parlé de cette descente. Parce qu'il le connaissait par cœur, oui, peut-être, mais parce qu'il prêtait surtout une attention particulière à la moindre de ses réactions. Naruto savait décrypter ses silences à force de l'observer, la moindre de ses mimiques susceptible de le trahir.

Sasuke abdiqua, le souffle court de leurs baisers enflammés. L'amour dans les yeux de Naruto lui renversait le cœur.

- Tu n'as jamais peur ? souffla doucement Sasuke.

Il avait parlé à voix basse pour ne pas briser ce moment d'intimité. Chaque moment entre eux était finalement si précieux que Sasuke ne voulait pas prendre le risque de briser la mince bulle qui leur permettait parfois de s'évader.

- Peur ?

Sasuke baissa les yeux un instant, coupant un instant leur échange visuel.

- De mourir... avoua-t-il en retrouvant le regard de son chef.

Le pouce de Naruto caressa brièvement sa joue, comme s'il touchait de l'or et Sasuke laissa glisser sa main du col de son amant jusque sur sa poitrine où il sentit son cœur battre un instant sous ses doigts. Il était en vie... mais pour combien de temps encore ?

Il entendit le léger soupir de son amant avant qu'il ne vienne poser son front contre le sien. Cette douceur dans ses gestes, cette tendresse dans sa voix, Sasuke savait qu'il était le seul à les connaître. Peu importe le nombre de conquêtes qu'avait pu avoir Naruto. Personne n'avait le droit à cette facette intime de lui. Parce que contrairement aux autres, Naruto avait des sentiments pour lui.

- Je sais depuis mes treize ans que je mourrais un jour d'une balle dans la poitrine... souffla finalement Naruto. Et tu le sais, toi aussi.

Sasuke souffla péniblement en détournant une nouvelle fois le regard. Il sentait le souffle chaud de Naruto contre ses lèvres. Cette résignation à la mort lui alourdissait le cœur. Bien-sûr qu'il savait qu'un jour, le blond y resterait. Mais l'amour qu'il lui portait le rendait fragile, si bien qu'il était probablement devenu le plus faible de leur petit groupe. Avoir peur de le perdre le rendait vulnérable. Avoir peur tout simplement, faisait certainement de lui le plus faible d'entre eux.

- Alors t'as vraiment peur de rien, hein...

Naruto chercha son regard dans la noirceur de la nuit.

- Bien-sûr que si, j'ai peur.

Leurs yeux se retrouvèrent comme une évidence.

- J'ai peur, chaque fois que j'entends des coups de feu alors que tu es dans les parages. J'ai peur Sasuke, chaque fois que je te perds de vue au milieu d'une fusillade.

Sasuke resta sans voix, le souffle coupé, ses orbes noires plongées dans celles on ne peut plus sérieuses de Naruto. Alors lui aussi, ça lui arrivait d'avoir peur ? Lui aussi, avait peur de le perdre ? Lui, cet homme effronté qui fonçait tête baissée dans les ennuis avait lui aussi des instants où il se sentait effrayé ?

Des années qu'ils se retrouvaient dans l'intimité de la nuit et pourtant, ils n'en avaient jamais discuté, laissant chaque fois la passion de leurs deux corps entrelacés parler pour eux.

- J'ai peur quand j'entends qu'on a retrouvé un nouveau corps sur le trottoir, peur que ce soit toi, peur de ne pas pouvoir te protéger...

Sasuke sentait son cœur battre à toute allure dans sa poitrine, buvant chacune de ses paroles, suivant le mouvement de ses lèvres qui doucement se touchaient à chacun de ses mots. Ils s'aimaient tous les deux, même s'ils ne se l'étaient jamais dit et qu'ils ne se le diraient probablement jamais.

- J'ai même peur de ton frère qui me bottera le cul s'il devait t'arriver quelque-chose, lâcha Naruto dans un petit rire.

Sasuke laissa un sourire tristement amusé soulever timidement le coin de ses lèvres. A nouveau, il vit le visage du blond redevenir sérieux et la seconde main de Naruto vint rejoindre également son autre joue, prenant son visage en coupe, le forçant à le regarder dans les yeux.

- Quoi qu'il se passe demain Sasuke, je veux que tu continues à vivre. Tu m'entends ?

Les yeux plongés dans ceux de Naruto, Sasuke avait cruellement envie de pleurer mais il n'en avait pas le droit. Les larmes n'existaient pas dans leur monde. On ne pleurait pas un camarade, ni même un ami ou un amour, peu importe l'affection qu'on lui portait. Jamais, sous aucun prétexte. Dans cette vie, on prenait les armes pour se venger et c'est ainsi qu'on déplorait des corps presque chaque jour dans les rues du ghetto. Et ce depuis des décennies.

Alors il ne répondit pas, enfouissant ses larmes au plus profond de lui et captura les lèvres de son amant d'un geste brusque... et désespéré. Naruto sembla surpris mais il lui rendit son baiser, laissant à Sasuke le goût amer de la fatalité. Les mains du blond passèrent de ses joues à ses hanches de nouveau alors qu'il collait son bassin contre le sien. Toujours assis sur la commode et le bassin fermement collé contre celui du blond entre ses jambes, la température grimpa en flèche. Leurs deux corps s'électrisant d'un simple contact.

Leur baiser laissa Sasuke à bout de souffle et un peu perdu dans l'espace. Il agrippa le pull de Naruto pour le faire remonter sur son buste et le lui enlever définitivement, laissant place à son torse nu et sa peau écorchée de cicatrices. Sasuke les retraça une à une dans la pénombre, du bout des doigts, le temps d'un instant. Elles étaient toutes les vestiges d'un passé encombré, toutes les épreuves qui forgeaient aujourd'hui cet homme fort et toujours prêt à mourir pour les siens.

Il sentit Naruto frissonner sous le contact de ses doigts avant que ses lèvres charnues ne viennent reprendre les siennes. Le blond le débarrassa de son chandail, pressé de lui faire l'amour, de sentir leur peau entrer en fusion lorsqu'ils ne feraient plus qu'un. Juste quelques heures, seulement, peut-être pour la dernière fois...

Naruto le souleva à nouveau et il sentit ses fesses se décoller de la commode. Alors il enroula ses jambes autour de la taille du blond, de sa carrure imposante, de celui qui lui donnait cette rassurante impression de roc. Les mains de son amant traînèrent sous ses fesses, les palpant allègrement à travers son jeans comme il était le seul à savoir le faire.

Sasuke gémit à travers leurs lèvres scellées, son sexe dressé contre celui de son amant alors que Naruto le soulevait pour l'emmener sur le minuscule lit une place où ils s'étaient déjà unis un nombre de fois inimaginable ces dernières années. Son dos heurta le matelas alors que Naruto s'allongeait sur lui sans rompre leur baiser, s'infiltrant entre ses jambes écartées, dominateur.

Comme chaque fois qu'il était entre ses bras, Sasuke se sentit comme une poupée de chiffon, ainsi écrasé par le poids du corps de Naruto qui s'unissait avec le sien. Le contact entre la peau nue de leurs corps le fit haleter une nouvelle fois et il sentit le blond sourire entre leurs lèvres, fier de cet effet qu'il se savait être le seul à pouvoir lui procurer. Ses hanches roulèrent lascivement contre les siennes et Sasuke se tendit de plaisir.

- Encore... haleta-t-il, la tête étourdie. Viens.

La langue chaude de Naruto lui lécha sensuellement les lèvres.

- Hmmm, déjà ?

Mais Sasuke ne voulait pas perdre de temps parce qu'il ne savait pas combien de temps il devrait attendre avant d'à nouveau pouvoir s'unir avec Naruto. S'il y avait une prochaine fois, évidemment... parce que rien n'était jamais sûr dans leur monde.

- Je t'en – ah ! gémit-il alors leurs bassins se rencontraient encore. Je t'en prie... Naruto...

Naruto embrassa sa mâchoire, laissant sa langue venir dévorer la peau de son cou, embrasant ses sens jusqu'à lui en faire perdre la tête.

- A tes ordres, chuchota-t-il à son oreille et son souffle chaud fit remonter un frisson le long de son échine. Déshabille-moi d'abord...

Leurs lèvres se retrouvèrent en un baiser sauvage alors que Sasuke obéissait. A travers leurs lèvres qui s'entrechoquaient, emmêlé dans leurs deux corps qui se touchaient, il attrapa l'arme de Naruto coincée dans sa ceinture et la posa sur la table de chevet. Puis il entreprit de faire glisser le jean et le caleçon de Naruto jusqu'à les lui enlever complètement. Ses habits finirent échoués au pied du lit alors que le sexe désormais nu du blond vint se frotter contre son jean.

- Hnnn... gémit-il.

Naruto sourit à nouveau entre leurs lèvres.

- Chhh... caresse-moi...

Sasuke sentit une nouvelle vague d'excitation lui remonter dans la verge. Les dents de Naruto s'enfoncèrent sur ses lèvres, tendres et autoritaires. Le brun laissa l'une de ses mains passer des épaules de son amant dans lesquelles il avait planté ses ongles pour venir attraper son sexe gorgé de désir. Et à peine l'eut-il touché, qu'il sentit Naruto grogner dans leur baiser sauvage. Alors excité par l'effet qu'il lui procurait, il entama un mouvement de va-et-vient, perdant la tête à mesure qu'il sentait cet homme – son homme ! Juste pour ce soir- devenir fou contre lui.

Il le caressa jusqu'à ce que Naruto en ait marre d'attendre. Il se redressa d'un coup et Sasuke sentit ses mains puissantes lui retirer sauvagement son jeans et son boxer. Alors il se retrouva nu sous son corps qui le dominait totalement et leurs deux sexes se rencontrèrent enfin en une lascive caresse. Il se sentait perdre les pédales, juste là, nu et vulnérable sous son amant qui contrôlait tout de cet échange.

Tout en continuant de faire rencontrer leurs bassins, Naruto s'accouda d'un bras juste à côté de son visage et son autre main vint se présenter aux lèvres de Sasuke.

- Ouvre la bouche.

Sasuke gémit, perdu dans les méandres du plaisir alors que leur sexe se caressait encore l'un contre l'autre. Naruto en profita pour introduire son index dans sa bouche qu'il s'activa à sucer, fermant les yeux, le corps tendu sous celui de son amant.

- Regarde-moi Sasuke.

Sasuke rouvrit les yeux, électrisé par le regard autoritaire que Naruto portait sur lui. Celui-ci força le passage de sa bouche d'un second doigt et Sasuke continua de les lécher, délicieusement obligé de soutenir le regard du plus vieux. Puis lorsque celui-ci en eut marre, il sortit les doigts d'entre ses lèvres et Sasuke sentit sa main humidifiée descendre pour se frayer un chemin jusqu'à ses fesses.

Un doigt mouillé le pénétra et Sasuke se tendit entièrement alors qu'il se mordait les lèvres avec force. Les yeux chauds de Naruto s'amusèrent de sa réaction mais celui-ci n'attendit pas une seconde de plus pour le pénétrer d'un second doigt. Désespérément accroché aux épaules solides de son amant, Sasuke laissa un gémissement plus bruyant que les autres s'échapper d'entre ses lèvres. Alors Naruto l'embrassa bestialement pour le faire taire tandis que ses doigts continuaient de le préparer.

Sasuke sentait le feu monter en lui à mesure que les doigts de Naruto pilonnaient son intimité. Leur baiser l'empêchait d'être trop bruyant alors qu'il bougeait son bassin pour suivre les assauts du blond, à la recherche de cette sensation délicieuse lorsqu'ils venaient à rencontrer sa prostate.

Naruto stoppa un instant leur baiser et Sasuke tomba dans son regard empli de fièvre, sous ses paupières à demi-closes et ce fut à cet instant que les doigts du blond se retirèrent. Il haleta alors qu'une sensation de vide le gagnait mais bien vite, ce fut le sexe gonflé de Naruto qui se présenta à l'entrée de ses fesses. Alors lorsqu'il s'enfonça doucement en lui pour ne pas lui faire mal, Sasuke dut lui mordre l'épaule pour ne pas crier.

Le blond était accoudé de part et d'autre de son visage, si bien que Sasuke ne voyait que ses yeux gris pâle dans la pénombre qui le dévoraient, ainsi que les muscles développés de ses bras qui l'encadraient de part et d'autre de sa tête. Le visage rejeté en arrière, il laissa le feu monter en lui tandis que Naruto entamait un léger mouvement de va et vient, doucement juste pour continuer de faire grimper la température.

Sasuke sentait le torse de son amant devenir moite de sueur contre le sien alors qu'ils s'embrassaient à nouveau, lentement, sensuellement, au rythme des coups de butoir de Naruto. C'était délicieux, excitant, frustrant même alors que le blond semblait jouer de son désir, l'emmenant tranquillement au paroxysme de son plaisir.

Naruto avait toujours été tendre avec lui malgré son autorité naturelle. C'était même souvent lui qui contrôlait leurs ébats comme c'était le cas actuellement. Et encore une fois, Sasuke se laissa aller sous lui, sous sa cadence qui devenait d'une lenteur insupportable. Alors il tenta de bouger plus rapidement le bassin pour le faire accélérer mais l'une des mains de Naruto descendit pour lui bloquer la hanche.

C'était lui qui contrôlait. Lui qui jouait et Sasuke n'avait le droit que de subir cet amour qu'il lui portait.

La main de Naruto glissa de sa hanche à sa cuisse, pour le forcer à enrouler sa jambes autour de sa taille et la seconde vint en faire de même. Sasuke gémit puissamment alors que la pénétration devenait plus profonde. Et finalement, cette position sembla faire perdre la tête à Naruto qui grogna une nouvelle fois alors que ses lèvres sensuelles venaient chercher les siennes. Alors il accéléra le rythme, perdant le contrôle, devenant un instant plus bestial pour s'enfoncer en lui.

Alors excité à son paroxysme, Sasuke jouit entre leurs deux corps, arquant le dos tandis que Naruto continuait de le pilonner à la recherche de sa propre jouissance. Le brun se perdit un instant dans les méandres du plaisir, la tête dans les étoiles alors que quelques secondes plus tard, le corps lourd de Naruto retombait contre le sien.

Il y eut un instant de silence, presque de recueillement, avant que Naruto ne vienne embrasser tendrement sa tempe où dévalait encore une goutte de sueur. Il capta son regard au milieu de toutes ses émotions qui s'entre-choquaient. Ses yeux clairs étaient redevenus doux et tendres comme la promesse de toujours veiller sur lui.

- Dormons quelques heures...

Le brun acquiesça, le cœur tambourinant encore dans sa poitrine de leurs ébats et ils trouvèrent une position plus confortable pour dormir dans ce lit minuscule. Allongés en cuillère, le torse de Naruto dans son dos, Sasuke s'endormit entre ses bras rassurants. Parce que c'était peut-être le seul endroit sur Terre où il se sentait en sécurité.

Sasuke se réveilla quelques heures plus tard, les sourcils froncés. Son mauvais pressentiment ne l'avait toujours pas quitté. Il faisait toujours nuit dans la chambre et il jeta un regard à Naruto qui dormait toujours en s'extirpant silencieusement de ses bras. Il se rhabilla sans faire de bruit et recouvrit le corps de son amant avec la couette usée. Parce qu'il faisait un froid de canard à cette période de l'année, dans cette baraque mal isolée ; d'autant qu'ils n'avaient pas payé le chauffage depuis des lustres...

Il resta un court instant dans la pénombre à regarder Naruto dormir. Son souffle était tranquille, serein, soulevant lentement sa poitrine à chaque inspiration et il aurait aimé le voir toujours aussi paisible. Mais il savait que d'ici quelques heures à peine, ils repartiraient tous en guerre pour suivre les idéaux de cet homme exceptionnel.

Alors il quitta la pièce sans un bruit, passa devant la chambre de son frère, pour regagner le rez-de-chaussée où dormaient encore Sasori et Gaara, l'un sur le sofa, l'autre sur un fauteuil. Ils se reposaient, probablement d'un œil, habillés et prêts à partir au front, leur arme très certainement toujours coincée à l'arrière de leur ceinture. Seul Saï avait quitté les lieux, probablement pour s'introduire en douce dans la maisonnette des Yamanaka, dans l'espoir un peu fou de voir son fils une dernière fois avant le lever du jour.

Sasuke se fit discret pour regagner la cuisine attenante au salon où il se servit un verre d'eau au robinet. Puis son regard se laissa distraitement aller dans la rue à travers la fenêtre. Il neigeait toujours au-dessus de Chicago et même si les lampadaires de la rue avaient été coupés depuis des années, Sasuke pouvait observer avec quelle douceur les flocons venaient se déposer sur les trottoirs déjà immaculés. C'était probablement la plus belle chose qui pouvait arriver dans le ghetto.

Soudain, un bruit attira son attention à l'autre bout de la rue et son regard se braqua dans cette direction, faisant tendre ton son corps. Puis il y eut un bruit de moteur qui arrivait à tout allure, les feux coupés pour probablement ne pas se faire repérer puis tout se passa extrêmement vite. La vieille voiture aux vitres baissées passa à toute vitesse devant leur maison alors qu'une rafale de tirs s'abattait sur la façade dans un bruit assourdissant.

Sasuke se baissa le cœur battant à tout rompre alors qu'il manquait de peu de se faire tuer. La panique l'envahit quand il se jeta par terre, par réflexe. Toutes les vitres de la maison explosaient sous les rafales des balles et il se protégea le visage avec ses bras pour éviter les bouts de verre qui lui tombaient dessus.

Lorsque les rafales s'arrêtèrent soudainement, il y eut un silence et Sasuke se releva prudemment, chaque fibre de son corps en alerte alors que sa main cherchait frénétiquement un flingue sur le plan de travail de la cuisine. Il y en avait partout ici. D'un œil discret, il vit les lumières des maisons du voisinage s'allumer et il se rejeta dans la précipitation à terre en voyant une mitraillette pointée sur lui depuis la voiture qui revenait à nouveau dans l'autre sens.

Les rafales reprirent de plus belle alors que Sasuke gardait ses bras au-dessus de sa tête dans un geste instinctif pour se protéger. Il vit Gaara et Sasori débouler, prenant chacun une fenêtre, leur arme dans la main pour viser la voiture qui clairement était là pour eux. Cette nuit si paisible était devenue un champs de bataille, comme c'était le cas lors de chaque règlement de compte.

- C'est les gars du West side ! hurla Sasuke pour se faire entendre au-dessus des bruits de balles.

Itachi arriva en trombe des escaliers, mitraillette en main alors qu'il venait lui aussi se poster près d'une fenêtre pour riposter.

- Ça va Sasuke !?

Il jeta un coup d'oeil à son frère pour le rassurer alors celui-ci se concentra sur la voiture qu'il visa pour vider son chargeur dessus. Le bruit était assourdissant alors que les coups de feu partaient de tous les côtés. Par intermittence, Sasuke se relevait pour tenter de viser ces enfoirés qui étaient venus les cueillir en pleine nuit. Il les avait devancé pour venir venger leur pote que Naruto avait liquidé.

Sasuke entendait les balles partir depuis l'étage où Naruto devait certainement tirer depuis la fenêtre de sa chambre. Il tenta de ne pas penser à lui. Être distrait, c'était prendre le risque à tout moment de se faire tuer. Alors il se fit violence pour se concentrer sur la fusillade, pour tenter de buter ceux qui venaient briser la rare paix nocturne du South side.

Sasuke en toucha un à l'épaule qui s'effondra dans la neige. Ce fut long et angoissant pour lui alors qu'en réalité, cette fusillade ne dura que quelques minutes à peine. Puis le calme revint quand, depuis l'étage, Naruto abattit le dernier de leurs ennemis. Alors le brun souffla de soulagement et se releva d'un coup pour sortir de la maison. Pour faire le décompte et constater les dégâts.

Le silence était revenu sur le ghetto.

Dans son dos, il entendit Naruto dévaler les escaliers tandis que lui descendait les quelques marches verglacées du perron qui menaient au trottoir recouvert de neige. Il toisa les trois corps à terre, leur sang empourprant la chaussée immaculée. Derrière lui, Itachi, Sasori et Gaara arrivaient à sa suite pour le rejoindre.

Puis dans son dos, il entendit le hurlement de Naruto qui déchira les premières lueurs de l'aube depuis le perron. Sasuke n'eut pas le temps de se retourner, ni même de comprendre ce qu'il se passait qu'une vive douleur le transcenda quelque-part dans sa poitrine. Tout se passa très vite même si étrangement, Sasuke eut l'impression que le temps venait de s'arrêter alors qu'il s'effondrait dans la neige, le corps étrangement lourd.

Il entendit les cris de ses amis, celui de Naruto qui hurlait son nom. Sasuke tourna la tête vers l'enfoiré qui venait de lui tirer dessus, planqué derrière la voiture, près à tout pour continuer cette guerre qui à l'instant ne semblait plus avoir aucun sens. Il vit les yeux marrons de son ennemi se planter dans les siens juste avant qu'Itachi ne l'abatte d'une balle en pleine tête. Puis l'homme s'effondra.

Sasuke rejeta la tête en arrière, ses mèches noires baignant dans la neige poisseuse et empourprée. Putain, c'était tellement douloureux malgré le froid qui atténuait probablement les dégâts. Ses amis et son frère s'accroupirent autour de lui rapidement alors que Naruto arrivait comme un fou à sa hauteur. Il se jeta au sol pour venir enserrer son corps contre le sien.

- Sasuke !? Sasuke bordel reste avec nous !

Sasuke commençait à s'étourdir. Il entendit vaguement quelqu'un appeler les secours alors qu'il ne voyait plus que les yeux azurs de Naruto, penché au-dessus de lui. Ils ressemblaient à un ciel d'été, loin de cette foutue vie qui n'avait pas de sens, là où il aurait aimé pouvoir vivre autrement qu'au beau milieu des règlements de comptes. Là où il aurait pu aimer Naruto, sans risquer sa peau à chaque coin de rue...

Putain... mais comment toute cette merde avait-elle bien pu arriver ?

Non, tout ça n'avait finalement aucun sens et il avait fallu qu'il se prenne une balle pour le comprendre. Il venait de se faire descendre par un inconnu venu se venger de Naruto, alimentant l'engrenage dans lequel ils avaient grandi, continuant de faire fonctionner la chaîne qui enrichissait les riches et les détruisaient eux, les derniers maillons. Les plus démunis.

Les yeux paniqués de Naruto lui pincèrent le cœur alors qu'à côté, son frère hurlait de colère. Sasuke savait que s'il mourrait ici, ses amis menés certainement par le blond feraient une nouvelle descente au West side et il y aurait de nouveau des morts dont les proches voudraient forcément se venger... Et ainsi, le cercle vicieux se perpétuerait. Pour toujours, sur des générations et des générations comme c'était le cas depuis toujours.

- Naruto... haleta Sasuke et ce fut finalement bien plus douloureux de parler qu'il n'avait pu l'imaginer. Ne vous vengez pas. C'est sans fin, cette folie... Tout ça... ça ne finira jamais.

Il grimaça de douleur alors que les yeux turquoises de Naruto s'humidifiaient. Il sentait qu'il se vidait de son sang dans la neige et malgré ça, un sourire triste étira ses lèvres.

- Les vrais hommes ne pleurent pas... voulut-il se moquer, juste pour ne plus voir ces yeux qu'il aimait tant être déchirés par le chagrin. C'est toi qui me l'as appris... non ?

Les premières lueurs de l'aube déchiraient déjà le ciel quand Naruto baissa la tête pour cacher les larmes qui menaçaient de lui échapper. Ce fut peut-être la dernière vision claire qu'il eut de lui avant que sa vue ne se brouille. Il allait y rester, il le savait. Naruto ne se serait jamais mis dans cet état si ce n'était pas le cas. Cet homme si fort et qu'il n'avait jamais vu pleurer avant.

C'était le premier jour de l'année 2008 et il allait crever là, allongé comme un chien dans la neige, sous le regard abattu de l'homme qu'il aimait.

- Je vais les tuer... lâcha Naruto, les dents serrées et la voix déchirée. JE VAIS LES TUER PUTAIN !

Les paupières de Sasuke se fermèrent douloureusement parce qu'il n'avait pas d'autres choix. La douleur dans sa poitrine le tétanisait. Il ne sut pas vraiment à quel moment son âme quitta son corps dans un dernier souffle mais la dernière chose qu'il entendit, ce fut la sirène des ambulances qui arrivaient dans le ghetto. Et cette fois-ci, elles étaient pour lui. Parce que c'était sa fin à lui et qu'au fond de lui, il savait que sa mort ne changerait rien. Naruto et les autres prendraient les armes pour le venger. Ils tueraient pour honorer sa mémoire.

Alors ils ne comprendraient probablement qu'au moment de leur propre mort qu'ils n'avaient servi qu'à faire tourner la roue de l'engrenage. Comme lui le comprenait aujourd'hui. Comme tant d'autres morts l'avaient certainement compris avant lui au moment du trépas.

Tout ça n'avait aucun sens.

Aucun.

Alors Sasuke quitta le ghetto les pieds devant, comme tous les autres gamins nés ici, parce que c'était bien la seule façon d'en sortir.


Hello tout le monde ! J'espère que ce petit OS vous a plu, si c'est le cas n'hésitez pas à me laisser un petit mot dans les commentaires pour le le dire :)

A bientôt pour des choses un peu plus joyeuses !

Bises et bonne année bien-sûr !

Akane