disclaimer : rien ne m'appartient.
Avec Mau on s'écrit des jolies choses en cadeau, et puis après je traduis pour les copains francophones. Le titre, c'est du Jacques Brel. Coeur sur vous, j'espère que ça vous plaira !
Aujourd'hui, Neil et toi êtes mariés.
Pas littéralement ; être espion c'est parfois travailler sous couverture, et vous avez la soirée pour récupérer des informations un peu trop sensibles à ton goût (certains exécutifs n'ont vraiment pas besoin d'être au courant si tôt, pour Tenet).
Te voilà donc, marié à un Neil que tu reconnais à peine – entre la posture et les cheveux et le parfum et lui tout entier, franchement – prêt à fureter sans modération et avec de la chance semer une pagaille monstre en partant. Vous vous faites passer pour des amis d'un ami d'un quelconque millionnaire dansant ce soir, et les masques facilitent grandement la tâche.
« Un bal masqué ? » Tu te souviens avoir demandé, ahuri. « C'est quoi, les années cinquante ? »
Neil a simplement répondu « Bof, tu sais, les italiens. » et en jetant un œil alentour, tu comprends.
D'ailleurs, Neil est extrêmement agaçant, ce soir. Il dépose des myriades de baisers sur tes joues et entremêle ses doigts aux tiens, rusé comme un renard – il te chuchote en réalité des indications et te laisse des notes en cachette – et honnêtement ? L'enfoiré te semble un peu trop doué à jouer le parfait époux.
(Tu sais aussi que ça va te poursuivre, cette histoire, car Ives et son commando vous on a l'œil via caméra, pour des soi-disant raisons de sécurité.)
La danse elle-même est, de très loin, le moment le plus distrayant. Tu t'es entrainé – et tu te souviens de chaque instant, tes pieds cognant les siens et les remontrances, Bon sang c'est une valse viennoise pas un tango, vos cœurs battant la chamade à l'unisson – et vous êtes excellents, vos corps en orbite mais jamais trop près, de timides non-dits suspendus à tes lèvres alors que les yeux de Neil brillent comme le soleil au crépuscule, derrière son masque.
« Je peux t'embrasser ? » Tu demandes poliment ; c'est davantage un avertissement qu'une requête, cela dit, et tandis que tu t'approches, Neil sourit.
(Ton excuse est toute trouvée – il fallait jouer le jeu – et tu sais déjà que Wheeler n'en croira pas un seul mot.)
Après le bal, les belles paroles. Tu possèdes un pistolet mais ici et maintenant tu t'armes plutôt de sourires – pas sincère pour un sou, mais au moins les hors d'œuvres sont-ils exquis – et tu n'as qu'une hâte, que Neil mette la main sur ces foutues informations classifiées pour prendre la poudre d'escampette, et le plus vite sera le mieux.
A ton grand dam, vous quittez les lieux sans créer de problèmes, et le lendemain matin – après un bref jogging, car des mollets d'enfer, ça s'entretient – tu te retrouves à acheter des viennoiseries sur le chemin de l'hôtel.
Lorsque tu entres dans la chambre – tu n'en as réservé qu'une, car tu es un homme marié jusqu'à 8h, au moins – Neil est en train de s'habiller, l'air encore vaguement dans le coltar. Le café que tu as apporté – tu es toi-même pas mal doué au jeu de l'époux parfait, quand tu veux – est une bénédiction, et tu ne peux t'empêcher de profiter du moment.
Vous parlez et parlez et parlez ; de quoi, tu n'en as aucune idée. Ça n'a pas d'importance, car ce qui importe vraiment sont les vagues s'écrasant sur la côte et les éclats de rire et les sourires – sincères, ceux-là – que vous vous offrez généreusement l'un l'autre, mâchonnant vos croissants avec entrain.
(Ce qui importe vraiment c'est de t'être retrouvé empêtré à Neil, au point du jour, encore un peu endormi mais te souvenant pertinemment que ce n'était pas prévu du tout. Il semblerait qu'il en soit ainsi, avec lui ; plus tard, vous en rirez tous les deux.)
Il est plus de onze heures lorsque vous partez, et vous n'êtes plus mariés. Tu prévois déjà mille façons de remédier à cela, et le soleil ne t'as jamais paru si éclatant sur le chemin du retour.
