Bonjour à toutes et à tous. Je vous présente une histoire que j'ai écris avec patience et minutie.

Ce n'est pas une histoire d'amour, il n'y a pas de héros, de méchants, de surnaturel, ou tout autre histoire qu'on peut trouver. C'est juste une histoire, mêlant réalité et fiction. C'est dur, choquant, triste. Et basé sur des passages de ma vie, et surtout de mon enfance.

Je ne cherche pas de notoriété, de faveur, ou autre chose... Je veux juste partager ce que j'aime. J'avais déjà publié cette histoire sous un autre profil, mais j'avais l'impression que ce n'était pas moi. Donc, je la republie ici. Je vous remercie d'avance pour avoir pris de votre temps pour lire.

Warning : dites-vous juste que ce n'est pas pour les âmes sensibles. Le reste, je vous laisse le découvrir.

P.S.: J'ai écris cette histoire avec la musique B.O. d'Edward aux mains d'Argent. Si vous le voulez, vous pouvez trouver la mélodie sur Youtube.

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Quand elle a commencé à enquêter sur cette affaire, Lidvina Hunt, inspectrice de police, ne s'attendait pas à ce que sa vie bascule à ce point. A la poursuite d'un serial killer qui prenait plaisir à découper des corps en morceaux, elle s'était décidée à demander des conseils auprès de médecins spécialisés. C'était ainsi qu'elle avait frapper à la porte de celle qui allait changer sa vie.

- Police, ne bougez plus !

En entrant dans cette maison, l'agent Lidvina Hunt ne pensait pas trouver ce qu'elle avait sous les yeux. Elle avait vraiment l'impression d'être dans une sorte de film mêlant le fantastique et l'épouvante. Elle pénétra plus loin dans ce qui avait été une cave, et qui maintenant, ressemblait au laboratoire du docteur Frankenstein.
- S'il vous plaît, ne les tuez pas, supplia Nina Vanbertten, la propriétaire des lieux. Ils ne vous feront aucun mal. Ils sont en train de mourir.
Elle s'effondra au sol, pleurant silencieusement, alors qu'un policier tentait de la menotter. Lidvina lui fit signe d'y aller doucement, comprenant rapidement que la pauvre femme n'était pas dangereuse, seulement dérangée. L'inspectrice s'approcha d'un cylindre, contenant une eau verdâtre, dans laquelle un corps flottait, un masque à oxygène d'une autre époque accroché au visage.

- S'il vous plaît, ne leur faites pas de mal, gémit Nina, tendant la main vers le corps flottant. Ils vont mourir, laissez-les en paix. Ce ne sont pas des monstres.

Soudain, les yeux du "monstre" s'ouvrit, avant de se fixer sur Nina. Il avança difficilement une main contre la paroi vitrée de son cylindre, comme pour toucher sa créatrice.

- Je les aime, et eux aussi, murmura Nina, avançant doucement. Ils sont ma création, et je ne veux pas les perdre. Mais ils se meurent...

Lidvina regardait la scène, littéralement choquée. Car devant elle, la créature et la créatrice échangeaient ce qui semblait être un regard empli d'amour et de chagrin. Mais comment cette femme, éminente chirurgienne cardiaque, avait-elle pu sombrer dans une telle folie, et utiliser des cadavres pour créer ces choses ? L'inspectrice se donna pour mission de connaitre toute l'histoire. Mais pour l'instant, elle devait réfléchir à ce qu'elle devait faire de ces êtres étranges.

- Emmenez-la dans mon bureau, je l'interrogerais en rentrant, ordonna Lidvina. En attendant, vous me placez cette cave sous scellé, mais vous laissez tout en place.

- Et on fait quoi des zombies ? demanda un policier.

- Laissez-les. Je ne pense pas qu'elle mentait quand elle a dit qu'ils étaient mourants.

Les policiers présents quittèrent les lieux, laissant Lidvina seule. Elle en profita pour faire le tour des 7 cylindres. Il y avait 6 créatures, 3 à gauche et 3 à droite et se faisant face, le dernier cylindre au fond mais vide. Elles flottaient dans le même liquide verdâtre, un masque à oxygène sur le visage, vêtus d'un simple boxer. Lidvina s'approcha du seul qui avait les yeux ouverts, et posa sa main sur son cylindre.

- Bordel de merde, mais pourquoi elle a fait ça ? murmura-t-elle, alors que la créature humaine posait sa main près de celle de l'inspectrice.

La jeune femme, petite brune de 30 ans, regarda en détail ce qui semblait être un homme normalement constitué. Des cheveux bruns, des yeux pénétrants, un corps musclé et imposant... C'était étrange, mais malgré les cicatrices barrant son visage et son corps, Lidvina ne le trouva pas repoussant. Elle savait que ce genre de pensées pourraient lui valoir un aller simple dans un hôpital psychiatrique, mais elle devait se l'avouer, la chirurgienne avait fait un travail époustouflant.

- C'est dingue, j'ai l'impression de l'avoir déjà vu quelque part, murmura Lidvina, avant d'être coupée dans ses pensées par la sonnerie de téléphone, qu'elle rangea sans décrocher. Ne bougez pas d'ici, je reviendrais.

Elle quitta la cave, vérifiant bien que tous les accès étaient condamnés. Elle n'avait pas envie que des crétins viennent saccager le laboratoire et détruisent toutes les preuves. Mais quand même, interroger une chirurgienne renommée pour une sombre histoire de cadavres découpés, et découvrir un véritable laboratoire digne du Docteur Frankenstein, ça, c'était pas banal.

Arrivée au commissariat, elle prit un café et un chocolat chaud au distributeur automatique, puis entra dans son bureau. Immédiatement, elle fut frapper par le visage de la chirurgienne. Lidvina n'y avait pas fait attention dans la cave, mais maintenant, elle devait le dire, Nina Vanbertten avait le visage le plus doux qu'elle n'avait jamais vu.

- Tenez, je vous ai pris un chocolat, dit-elle en tendant le gobelet.

- Dites-moi que vous ne leur avez pas fait de mal, supplia Nina, les mains tremblantes tenant la boisson chaude.

- Ils sont encore dans votre cave, affirma Lidvina. Mais pour l'instant, j'ai besoin de savoir comment vous en êtes arrivée là. Comment êtes-vous passée d'une éminente chirurgienne, à la réincarnation de Frankenstein ?

Comment une jeune femme, surdouée, ayant obtenu ses diplômes aussi jeune, devenue une grande chirurgienne renommée, avait-t-elle pu avoir l'idée de créer ces choses ? Lidvina avait d'abord enquêté sur une histoire de morceaux de cadavres retrouvés abandonnés dans la forêt. Rapidement, elle avait pensé à un fou qui s'amusait au puzzle. Mais ensuite, elle avait remarqué que les découpes étaient propres, nettes, presque chirurgicales. Mais pourquoi ?

En suivant ces premières constatations, elle avait alors décidé d'interroger le Docteur Nina Vanbertten, chirurgienne dans le plus grand hôpital de la région. Cette dernière avait regardé les photos des morceaux de corps retrouvés, et avait confirmé que chaque morceau prélevé avait été découpés par un médecin, mais avec un certain plaisir sadique, au vu des entailles laissées ça et là.

Lidvina doutait de la culpabilité de la chirurgienne dans cette affaire, au vu de l'état presque parfait des créatures du laboratoire. Mais pourquoi les garder ? Pourquoi faire ça ?

- Vous savez, pour comprendre comment je suis arrivée ici, dans ce bureau, il faudrait que je vous raconte toute mon histoire, depuis ma naissance.

- Très bien, j'ai tout mon temps, affirma Lidvina, s'installant plus confortablement dans son fauteuil. Allez-y.

- Je suis née en France, en 1977. Ma mère, une femme au foyer sans argent, m'a détestée dès mon premier jour. J'étais censée être l'enfant qui allait obliger mon père à rester auprès d'elle, mais il a préféré fuir pour ne jamais revenir. Et depuis ce jour-là, ma mère s'est donnée pour mission de me montrer, chaque jour, la haine qu'elle me portait...

- C'est pas possible d'être aussi conne ! hurla Marie, frappant sa fille avec force. Je t'ai dit juste un paquet de clope, pas des bonbons en plus !

- Arrête, tu vas finir par la blesser, marmonna un homme, étalé sur un canapé crasseux. Allez Jenny, dégage dans ta chambre. Je viendrais te voir après.

La petite fille ne se fit pas prier et se réfugia dans la petite pièce malodorante. Elle serra contre elle son doudou, comme pour se consoler toute seule. Du haut de ses 7 ans, la petite fille aux longs cheveux blonds ne rêvait que d'une chose : fuir loin. Elle entendit la porte de sa chambre s'ouvrir, et frissonna. Mais lorsqu'elle aperçut l'homme du canapé, elle se détendit. Cela voulait dire que sa maman était partie.

- Bordel, elle t'a pas loupé cette fois, marmonna l'homme, une cigarette au coin des lèvres. Allez viens, je vais soigner ta lèvre.

Il présenta un flacon de désinfectant et une boîte de coton. Jenny n'avait même pas remarqué que sa lèvre était fendue, tant son corps entier lui faisant mal. L'homme -Pierre, si la petite fille se souvenait bien- était gentil. Il la soignait, lui apportait à manger, et lui racontait des histoires le soir avant de dormir. Il n'essayait pas de lui faire des câlins trop serrés, ou des bisous partout, comme le monsieur qui venait avant.

- Tu as faim ? demanda Pierre, tendant un sandwich à la petite fille. C'est du camembert. Il sent un peu fort, mais il est bon.

Jenny hocha la tête, et récupéra le sandwich. Sa maman ne lui donnait pas souvent à manger, elle n'avait pas assez d'argent. Mais Pierre la nourrissait quand il était là. Nina ne savait pas pourquoi il faisait ça, mais elle était contente. Même si une fois, elle l'avait vu boire de l'alcool, et se faire les mêmes piqûres dans le bras que sa maman.

- Putain, mais pourquoi je la dénonce pas aux services sociaux, marmonna Pierre, se passant les mains sur le visage. J'peux pas laisser cette gamine ici.

Jenny aimait bien la moustache que portait Pierre. Quand il parlait, les poils remuaient dans tous les sens. Il avait les cheveux longs, plus foncés que ceux de la petite. Il portait tout le temps un jean troué, et des tee-shirts avec des crânes et des mots que Jenny n'arrivait pas à comprendre. Il était très grand et avait une voix très calme. Mais aujourd'hui, la petite blonde le trouvait différent. Il bougeait beaucoup, n'arrêtait pas de dire qu'il fallait la sortir d'ici avant qu'elle ne meurt.

Puis, d'un coup, il se leva, attrapa Jenny dans ses bras, et courut hors de l'appartement. La petite fille plissa fort les yeux. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas vu le soleil, et la sensation lui parut bizarre. Elle fut installée et attachée à l'arrière d'une voiture, avant que Pierre ne monte à l'avant, derrière le volant. Il démarra en trombe, faisant peur à la petite blonde.

- C'est fini, j'te l'promets ma p'tite, annonça Pierre, le regard concentré sur la route, avant d'allumer la radio. Voilà, on va mettre un peu de musique. Tu connais ACDC ? Bien sûr que non, quelle question con...

Et ce fut la première découverte de la musique pour la petite. Ce son, ce rythme fort et rapide, cette voix... Elle se sentit comme "bercée" par la mélodie. C'était dur, et elle ne comprenait pas ce que le chanteur disait, mais elle s'en fichait. Parce qu'elle aimait ça.

Les heures passèrent, la nuit tomba. Pierre arrêta la voiture, mais Jenny ne savait pas où ils étaient. Pierre descendit de voiture, puis attrapa la petite dans ses bras. Il entra dans un endroit qui sentait bon, et un homme bien habillé, installé derrière un comptoir, les salua.

- Bonsoir, j'aurais besoin d'une chambre avec deux lits pour moi et ma fille, annonça Pierre, tendant des billets.

Le monsieur derrière le comptoir fit un signe à la petite fille, qui lui répondit timidement, puis les conduisit dans une belle chambre. Il y avait deux grands lits, une télévision, une table avec deux chaises et une autre porte. Le monsieur leur donna une clef, expliqua qu'il y avait le petit-déjeuner en bas, puis quitta la chambre.
Pierre ouvrit l'autre porte et alluma une lumière, pour découvrir une salle de bain. Jenny entra à son tour, et ouvrit de grands yeux face à la baignoire blanche et propre. Elle avait envie de prendre un bain. Une fois sa maman, qui était de bonne humeur, l'avait laissée prendre un bain moussant. Mais ça, c'était il y a un moment.

- Ouais, bonne idée, sourit Pierre. Je te le fais couler, et pendant que tu fais trempette, je vais laver tes vêtements dans le lavabo. On les mettra à sécher sur le radiateur, et demain, on ira t'en acheter des neufs.

- Et maman, elle viendra ? demanda Jenny, regardant la mousse monter dans la baignoire.

- Euh...non. Pas pour l'instant, expliqua Pierre, avant de quitter la salle de bain. Allez, enlève tes vêtements et plonge dans l'eau tant qu'elle est chaude.

Jenny obéit, et soupira à la sensation. Elle ferma les yeux, se laissant porter loin, comme avec la musique de la voiture.
Pierre entra, vérifiant que la petite était bien cachée par la mousse. Il savait que Marie avait laissé un homme toucher la gosse, et il ne voulait surtout pas que la petite interprète mal ses gestes. Il récupéra le pantalon, la culotte et le tee-shirt, et entreprit de les décrasser autant qu'il le pouvait. Demain, il offrirait de nouveaux vêtements à la petite, puis reprendrait la route. Il ne savait pas ce qu'ils allaient devenir, mais une chose était sûre, une deuxième chance s'offrait à eux. Il avait arrêté de se droguer un mois auparavant, après que la petite l'ai vu avec la seringue plantée dans le bras.

Il ne savait pas ce qui allait se passer par la suite, mais une chose était sûre, il ne laisserait plus jamais personne faire du mal à cette enfant.

Le lendemain matin, Jenny dévorait son petit-déjeuner, sous le regard attendri de Pierre. Il lui demanda de ne pas manger trop vite, si elle ne voulait pas avoir mal au ventre. Il pouvait comprendre que Jenny soit affamée, mais une indigestion n'était pas la bienvenue. Il rendit les clefs de la chambre puis reprit le volant, la petite attachée à l'arrière. Il ne savait pas où aller, et surtout, comment échapper à la police qui n'allait pas tarder à les rechercher. Puis, il se souvint d'un cousin qui lui avait envoyé une carte postale il y a peu. Il la récupéra dans la boîte à gant, et la lut.

Hey Pierre !
Si tu savais, la vie est beaucoup plus simple maintenant ! Tu devrais venir vivre ici ! Je t'y attends avec impatience ! Ton cousin Maurice.

Envoyée depuis l'Allemagne. Et pourquoi pas ? Il connaissait un peu la langue, et Jenny était encore petite, donc elle pourrait facilement apprendre. Et puis, là-bas, il aurait moins peur de la police. Fort de cette décision, il expliqua à Jenny qu'ils allaient rendre visite à un cousin dans un autre pays, ce qui enchanta la petite, même si elle ne savait pas où elle allait.

La route allait être longue, alors ils s'arrêtèrent une première fois dans un magasin de vêtements pour rhabiller la petite, et lui-même. Il n'était pas très riche, mais son dernier salaire lui permettrait de tenir quelques temps. Un deuxième arrêt dans un supermarché pour acheter de la nourriture, de l'eau et du nécessaire pour la toilette, et enfin, un dernier arrêt dans une station pour vérifier les niveaux et faire le plein d'essence.

- Allez, c'est parti pour l'Allemagne! s'exclama Pierre, faisant sautiller de joie la petite.

Rapidement, elle s'endormit, recouverte d'une couverture moelleuse et propre. Elle ne vit pas la longue route, ni les œillades inquiets du conducteur. Mais lorsqu'elle arriva dans une nouvelle ville, elle fut émerveillée par les lumières de la ville. Et se dit que vraiment, c'était bien mieux sans sa maman.

Pierre frappa à une porte, qui s'ouvrit rapidement sur un homme grand et imposant. Ce dernier salua chaleureusement Pierre, avant de s'accroupir face à Jenny et de lui sourire. Il se présenta en tant que Maurice, puis leur proposa d'entrer.

L'intérieur de la maison était incroyable. Il y avait des guirlandes lumineuses, des étranges décorations représentants des bonhommes barbus et habillés de rouge et blanc, et même, un arbre recouvert de boules colorées, de guirlandes brillantes et lumineuses. Jenny leva la tête, et remarqua une étoile dorée au sommet. La petite fille se demanda pourquoi la maison était décorée ainsi. Elle remarqua une silhouette dans une autre pièce, qui semblait très occupée.

- Gretchen, viens ! Pierre est arrivé ! héla Maurice, tout sourire.

Une seconde plus tard, une femme d'une beauté angélique ouvrit une double porte, dévoilant une cuisine, et s'approcha du cousin et de la petite fille. Jenny était subjuguée par la beauté de cette dame aux cheveux rouges. Sa peau était presque blanche, son regard vert brillait sous les guirlandes, et son sourire donnait envie de lui rendre.

- Bonjour, je suis Gretchen, salua la dame, s'agenouillant face à la petite fille. Tu dois être Jenny, c'est ça ?

Cette dernière hocha la tête, serrant la main de Pierre dans la sienne. Elle se sentait intimidée face aux regards des trois adultes. Gretchen lui proposa de la suivre dans la cuisine pour préparer à manger. Jenny regarda Pierre, qui hocha la tête. La petite lui lâcha la main et suivit la belle dame. Gretchen fit s'asseoir la petite à table, puis lui servit une assiette pleine.

- Ça s'appelle de la choucroute, expliqua Gretchen, remarquant le regard interrogateur de la plus jeune. Il y a du chou, des pommes de terre et de la viande. J'espère que ça te plaira, c'est moi qui l'ai fait.

Jenny attrapa une fourchette et piocha timidement dans l'assiette. Le goût était étrange, mais tellement bon ! Elle voulut se jeter goulûment sur son plat, mais se rappela de ce qu'avait dit Pierre : ne pas manger trop vite pour ne pas avoir mal au ventre. Elle dégusta, savourant chaque bouchée. Puis, un énorme gâteau, comme dans le livre qu'elle avait chez sa maman, fut posé devant elle.

- Voici une Schwarzwälder Kirschtorte, une forêt noire. Tu veux en goûter une part ?

Jenny hocha vivement la tête, avant de planter sa cuillère dans le gâteau. Gretchen lui énuméra chacun des ingrédients, et Jenny décida qu'elle adorait le chocolat.

- Une minute, s'il vous plaît, coupa Lidvina, terminant son café. En quoi le fait de savoir que vous aimez le chocolat va me faire comprendre les 6 créatures dans votre laboratoire ?

- Laissez-moi continuer, demanda Nina, le regard dans le vague.

Pierre et Maurice entrèrent dans la cuisine, et sourirent en regardant la petite dévorer son gâteau, du chocolat tout autour de la bouche. Ils se regardèrent, puis s'installèrent à leur tour à table. Pierre posa sa main sur celle de Jenny, captant ainsi son attention.

- Hey, tu sais quoi ? On va rester vivre ici, vu que tu as l'air d'aimer la cuisine de Gretchen, sourit Pierre. Tu serais d'accord ?

Jenny hocha vivement la tête, contente.

- Mais pour ça, il va falloir qu'on fasse quelques petits changements. Tu sais, comme on va vivre dans un nouvel endroit, on va avoir droit à un nouveau prénom, tout ça...

Jenny fronça les sourcils, ne comprenant pas ce qu'il voulait dire. Gretchen expliqua alors à la petite qu'elle allait devenir quelqu'un d'autre, et qu'elle aurait même le droit de choisir son nouveau prénom. Ensuite, quand elle se sentirait prête, Jenny aurait même le droit d'aller à l'école. Mais pour cela, elle devrait garder le secret.

- Alors, tu as une idée de prénom ? demanda Maurice.

Jenny secoua la tête, dépitée. Elle ne connaissait que très peu de nom, alors pour en choisir un, c'était compliqué. Puis, Gretchen en proposa un, qui plut immédiatement à la petite. Pour Pierre, il fut rapidement décidé qu'il se nommerait Markus.

- Alors, Nina, ça te convient ? On garde ce prénom pour toujours ? Et Vanbertten sera ton nom de famille, comme moi, expliqua Gretchen.

La toute nouvelle dénommée Nina hocha de nouveau la tête, souriante. Puis, elle se mit à bâiller, épuisée de son voyage. Gretchen lui proposa d'aller se coucher, ce que la petite accepta. Elle tendit la main à Pierre-Markus, qui la conduisit dans une chambre tout aussi incroyable que la maison. Il y avait un grand lit, des jouets, et même une fenêtre. Nina se mit en pyjama puis se glissa entre les draps roses, soupirant à la douceur de ces derniers. Markus attrapa un livre, et lut une histoire à la petite, qui s'endormit en quelques minutes.

Retournant dans la cuisine, Markus se frotta le visage, lui-même fatigué. Gretchen lui servit une tasse de café, puis lui tendit les nouveaux papiers d'identité pour lui-même et Nina. Il la remercia, puis discuta avec le couple de l'avenir de la petite fille.

- Je ne veux plus jamais la voir souffrir, expliqua-t-il, les larmes aux yeux. Je ne sais même pas comment j'ai pu laisser cette femme lui faire autant de mal. J'aurais dû la stopper avant. Putain, je savais même pas qu'elle avait une gosse quand je suis arrivé chez elle !

Il expliqua qu'il avait découvert la présence de la petite, le jour où celle-ci était sortie de sa chambre en catimini, et l'avait regardée étrangement, alors qu'il venait de se faire un shoot. Depuis ce jour-là, il avait stoppé toutes les drogues, et avait décidé de venir autant que possible pour soulager la petite. Mais il se sentait tellement impuissant face à cette "mère" qui battait son enfant pour un oui ou pour un non.

- Tu sais, mieux vaut tard que jamais, affirma Maurice, s'allumant une cigarette. Je dois t'avouer que lorsque tu m'as appelé et tout expliqué, je n'y ai pas cru. Je ne dis pas que tu es une mauvaise personne, mais je ne te voyais pas traverser le pays pour sauver une gamine que tu connaissais à peine. Mais tu as bien fait et maintenant, vous resterez avec nous.

- Markus m'a raconté tout ça bien plus tard, expliqua Nina. Mais à l'époque, la petite fille que j'étais ne voyait qu'une sorte d'aventure.

Nina devint une adolescente somme toute normale, allant au collège, apprenant chaque jour, écoutant de la musique, lisant des livres. Mais si elle n'avait pas d'ami, ce n'était pas que les gens ne l'aimaient pas, mais surtout, qu'elle n'en avait pas besoin. Elle avait des camarades de classe avec qui elle s'entendait bien, mais préférait se fondre dans les histoires de ses innombrables romans que son papa Markus lui offrait.

Ce jour-là, lorsqu'elle entra dans la maison, elle sursauta lorsque Markus, Gretchen et Maurice crièrent un "SURPRISE !" en brandissant une banderole "Joyeux Anniversaire", ainsi qu'une énorme Forêt Noire.

- Alors, ça fait quoi d'avoir 17 ans ? On se sent vieille ? sourit Markus, serrant sa fille dans ses bras.

Pendant les 10 années qui avaient suivi leur arrivée chez le couple, Markus et Nina avaient développé une relation père-fille, oblitérant complètement la mère biologique de la petite. Et aujourd'hui, alors qu'il regardait cette enfant devenue presque une adulte, il se dit que ce jour-là, il avait pris la décision la plus importante de toute sa vie.

- Wow, attendez, sourit Nina, déposant son sac de cours sur le sol. Laissez-moi d'abord vous annoncer une nouvelle. Je suis en-

- T'es enceinte ? s'écria Gretchen, faisant s'étrangler Markus, ce qui eut le don de faire rire tout le monde.

- Tante Gretchen, un jour, tu en auras marre de tes propres blagues, sourit la jeune fille. Non, mais disons plutôt que... Je suis enfin acceptée en filière chirurgie !*

Tous hurlèrent de joie, impressionnés du parcours de la plus jeune. Dès ses premiers jours à l'école, les enseignants avaient découvert des facultés hors-norme chez l'enfant. Après bon nombre de tests, il s'était révélé que la petite était un génie, possédant un quotient intellectuel de 165. Rapidement, il se décida que l'enfant devrait suivre une parcours spécial, lui permettant de mettre à profit toute cette matière grise.

Nina passa son bac à 13 ans, puis se décida à devenir chirurgienne après avoir vu un reportage à la télé. Markus avait alors fait toutes les démarches possibles pour permettre à sa fille adoptive de faire les études nécessaires. C'était cher, mais peu lui importait. Tout ce qui comptait, c'était le bonheur de sa Petite.

Et maintenant, Nina continuait de progresser. Elle avait déjà effectué des stages en hôpital; et filait droit vers un parcours exemplaire. C'était harassant, elle était souvent épuisée, s'endormant presque sur ses livres de cours, mais le jeu en valait la chandelle.

Ce soir-là, ils fêtèrent l'anniversaire de la jeune fille, date choisie en rapport avec leur jour d'arrivé en Allemagne. Nouvelle vie, nouveau nom, nouvelle date d'anniversaire. Puis, les heures passées, les adultes allèrent se coucher, laissant la jeune fille seule dans le salon. On était vendredi soir, et les vacances de Noël débutaient, mais Nina voulait relire quelques chapitres sur le cancer. Elle alluma la télé, et tomba sur une chaîne diffusant des clips vidéos.

Mais alors qu'elle lisait tranquillement, un nouveau clip apparut à la télé, attirant son attention. Sur l'écran de télévision, 5 hommes masqués, entourant un sixième assis sur une chaise. La voix du chanteur était incroyable. Profonde, sombre, entraînante. La musique mêlant des sons de guitares électriques, à un rythme de batterie dur, le tout emballée par une note électro d'un clavier, finit d'hypnotiser la jeune fille.

Nina, le regard rivé sur l'écran, se mit à regarder chaque clip diffusé. C'était une nuit spécial où toutes les chansons du groupe étaient retransmises. Elle regarda le nom, et fronça les sourcils.

- Rammstein... Quel nom étrange...

Elle continua à regarder, détaillant chacun des 6 hommes. Ils semblaient grands, même très grands, au vu du claviériste qui devait sûrement atteindre les 2 mètres.

Chacun avait son style, mais ils semblaient se compléter à la perfection. Un reportage fut diffusé, dans lequel chacun des membres raconta son histoire, et sa façon de voir le groupe. Du Neue Deutsche Härte, un genre de metal industriel, comme l'expliqua le narrateur.

Chaque clip était incroyable, troublant, choquant, mais possédait une certaine forme de mise en scène à double sens. Nina en tomba amoureuse. Oh, pas comme ces groupies qui hurlaient et étaient prêtes à tout pour se retrouver dans le lit des artistes. Mais plutôt, ses journées se retrouvèrent bercées par les chanson du groupe.

Cela ne se fit pas sentir dans sa scolarité, même si son style vestimentaire changea quelque peu.

Markus ne voyait aucun inconvénient à ce que sa fille écoute Rammstein. Malgré les rumeurs qui circulaient sur les 6 membres du groupe, les accusant de nazisme, de misogynie, ou bien encore d'incitation au meurtre, Klaus savait que Nina écoutait les paroles, et les comprenait. Elle y avait découvert une poésie sombre et belle à la fois. Il avait lui-même écouté les mots, et savaient les comprendre.

- Voilà où je les avais vu ! s'exclama Lidvina, regardant Nina avec étonnement. Attendez, vous avez recrée le groupe avec des cadavres ?

- Je suis fatiguée, puis-je me reposer ? demanda Nina, les cernes sous les yeux confirmant son état.

Lidvina se leva et la conduisit dans une cellule, après avoir vérifié que la caméra fonctionnait. Elle ne voulait surtout pas que la chirurgienne tente de se suicider. Elle-même fatiguée, l'inspectrice quitta les locaux, laissant la surveillance de la prisonnière à Emma, une policière respectable. Lidvina savait que cette dernière saurait veiller sur Nina, sans aucun jugement.

Sur le chemin du retour, l'inspectrice ne put s'empêcher de faire un détour par le domicile de la chirurgienne. Elle se gara, alluma sa lampe de poche, et entra dans la maison. Elle descendit à la cave, et constata que les 6 créatures étaient toujours là. La lumière était éteinte, mais des ampoules éclairaient les cylindres par le fond, donnant un aspect encore plus étrange à la scène.

Lidvina regarda plus en détail le laboratoire, chaque objet, chaque livre et enfin, les chacun des 6 sosies du groupe. Elle sortit son téléphone personnel, et rechercha des photos des artistes sur internet. Elle fut bluffée par la ressemblance entre les créatures et leurs modèles humains. Elle se planta face au premier, et regarda le nom.

- Till, murmura-t-elle, regardant le visage du chanteur, puis celui de la créature. Incroyable.

Le deuxième, plus petit, était le sosie d'un des guitaristes, prénommé Paul. Juste à côté, la copie parfaite du claviériste, Christian, aussi grand que précisé sur la description de l'artiste. le quatrième, Richard, un autre guitariste, avait un beau visage, et de ce que put en voir Lidvina, la créature avait le même. L'avant-dernier semblait plus jeune, peut-être dû à son corps fin. Lidvina remarqua sur la description qu'Ollie, le bassiste, était le membre le plus jeune du groupe, ce qui collait parfaitement avec l'apparence de la créature. Puis, vint le dernier. Christoph. Mais autant sur la photo, son visage et ses yeux étaient envoûtants, autant son sosie semblait plus mal en point. Lidvina s'approcha, et remarqua que la peau de la créature était plus grisâtre que celle de ses comparses. Mais pourquoi ?

L'inspectrice se retourna et sursauta lorsqu'elle croisa le regard de la première créature. La jeune femme s'approcha lentement du cylindre, et posa sa main sur le verre. Elle fut encore étonnée de voir que la créature, loin d'être virulente, imita le geste. Dans son regard, Lidvina sembla y voir de la tristesse. Et une profonde mélancolie. Elle fit alors quelque chose qu'elle ne pensait jamais faire.

- Ta créatrice te manque, n'est-ce pas ?

Contre toute attente, le sosie du chanteur hocha doucement la tête, faisant se figer la jeune femme. Non seulement, ces choses étaient vivantes, mais elles étaient intelligentes. Vraiment, Lidvina devait l'avouer, elle était de plus en plus fascinée par ce qu'avait réussi à faire le Docteur Vanbertten.

- Je suis désolée, je devais faire mon travail, murmura l'inspectrice.

Lidvina secoua la tête, se moquant d'elle-même du fait de parler avec un cadavre ressuscité. Elle soupira puis recula, regardant la créature refermer les yeux. La jeune femme quitta la cave, puis retourna dans sa voiture, et reprit le chemin de sa maison. Elle se coucha, mais n'arrivait pas à s'endormir. A chaque qu'elle fermait les yeux, elle revoyait ce regard si triste la fixer.

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Je voudrais remercier Angélique R. de m'avoir fait découvrir ce groupe. J'ai été inspirée par la photo de Christoph sur l'album Sehnsucht de Rammstein.

Et n'oubliez, une review, c'est gratuit, et c'est bon pour le moral !