Bonjour,

Une nouvelle fanfic Golden Wind, centrée sur Fugo, sa relation avec Purple Haze et avec l'équipe.

Elle fera 6 chapitres, mais ils sont très longs, alors je les découpe en petits morceaux pour ne pas vous assomer avec 12k mots d'un coup.

Je mets les Triggers Warnings dès maintenant, ils seront valables pour tous les chapitres : cette histoire parle du passé de Fugo, la version de l'anime. Je n'entre pas dans les détails, mais malgré tout, faites attention si c'est un sujet sensible pour vous ! Il sera aussi question de haine de soi, d'automutilation métaphorique (via le Stand) ou non... Et de mort, comme dans le canon (du coup ça spoile... attention si vous avez pas fini Golden Wind!)

Mais promis, il y aura aussi beaucoup d'amour et de l'espoir !

L'illustration de couverture a été faite par Existential-Pepsicola, que vous pouvez trouver sur tumblr (existential-pepsicola) et sur twitter (existentialbepi)

Bonne lecture !


Purple Haze sur le Parvis de San Giorgio Maggiore


Chapitre 1. 1998 - Bucciarati (1)

Bucciarati écoutait Pannacotta Fugo lui raconter les grandes lignes de son histoire. Le garçon tout osseux, nerveux, parlait comme s'il récitait un livre, en levant le menton avec une assurance qui n'allait pas jusqu'à ses yeux, alors que Bucciarati évaluait l'intérêt que ça aurait de mettre cette âme perdue dans son équipe.

Les pour : le petit était intelligent. Il avait une connaissance approfondie de la politique et de la loi, un niveau académique bien supérieur à la plupart des gangsters qu'il connaissait. Il avait de la violence en lui. Il avait presque tué un adulte. Le gosse en parlait comme d'un vice, mais dans Passione ce serait un avantage. Il était seul, aussi. Il n'avait rien. Personne ne le pleurerait s'il disparaissait, personne ne pousserait un soupir s'il ne survivait pas à l'examen de Polpo. Personne ne viendrait réclamer son cadavre.

Les contres, il n'y en avait qu'un : c'était un gosse. Il avait seulement treize ans, c'était trop jeune pour passer du côté de la loi duquel on ne pouvait pas revenir. Beaucoup trop jeune pour devenir un pion de la mafia ou pour mourir inutilement transpercé d'une flèche.

Mais en même temps, quelle chance il restait à cet enfant de faire quelque chose de bien de sa vie ? Renié et jeté à la rue par sa propre famille, sans foyer, sans amis, sans but, incapable de gérer sa colère, et avec des yeux qui suggéraient quelque chose de plus sombre encore. La société en avait déjà fini avec lui. Passione lui donnerait une deuxième chance ou un point final. Il n'avait rien de mieux à espérer.

Treize ans c'était trop jeune, mais Bucciarati en avait douze quand Passione avait mis la main sur lui. Il ignorait comme ce milieu était pourri, à l'époque. Il aurait préféré l'ignorer encore. Après cinq années de loyaux services, Polpo avait accepté de lui confier la tête d'une division. Bucciarati venait d'enterrer son père, sa dernière attache à l'enfance. Lui non plus n'avait plus rien à perdre. Il était prêt. Le problème était l'équipe. Passione était plein d'hommes et de femmes impitoyables, qui préfèreraient crever que d'obéir à un jeune de 17 ans. Bucciarati n'avait jamais donné un ordre, et s'il n'arrivait pas à se faire respecter ? Et s'il n'avait pas assez d'autorité pour tenir une bande de gangsters entre ses mains ? S'il était trop faible ?

Pannacotta Fugo avait ses mains sagement posées sur les genoux, ses yeux docilement baissés, et plus que l'intelligence de l'enfant, son savoir et la violence en lui, et même plus que le désir qu'avait Bucciarati de lui venir en aide, ce qui l'avait décidé à inviter ce garçon à rejoindre son équipe, c'est qu'il avait l'air obéissant.

- Quand je perds mon calme je fais des choses horribles, avait murmuré Fugo craignant déjà de le décevoir. Si je rejoignais votre gang je risquerais de vous tuer.

Bucciarati avait souri quand ce petit gamin haut comme trois pommes et seul au monde lui avait dit ça. Il était prêt à prendre le risque.

Il lui avait présenté Polpo. Fugo faisait de son mieux pour avoir l'air le plus adulte possible. Il était reparti avec le briquet serré dans ses deux mains, très sérieux. Bucciarati l'avait trouvé adorable, et il s'était pris à espérer qu'il passe le test et survive. Son premier coéquipier. Il savait qu'il ne devait pas, mais il était déjà un peu attaché.


Le petit réussit le test, et puisqu'il n'avait nulle part où vivre Bucciarati l'emmena dans son village de pêcheurs. Il le gardait pour lui, mais il était enchanté d'avoir un colocataire. Il détestait la solitude qui avait envahi la maison de son enfance depuis que son père n'était plus là. Fugo passait le plus clair de son temps enfermé dans sa chambre, mais c'était mieux que rien. L'adolescent était méfiant, il lui fallait un peu de temps pour prendre ses marques, c'était normal.

Bucciarati voulait bien laisser à Fugo tout le temps qu'il voulait pour se familiariser avec sa nouvelle maison, mais en revanche, il devait voir son Stand. C'était du business. Bucciarati devait connaitre les capacités de ses subordonnés. Il s'était attendu à ce que Fugo lui montre immédiatement, avec peut-être enfin un sourire de fierté sur son visage trop sérieux. Mais au bout de deux jours Fugo n'avait toujours pas daigné le lui présenter, même après que Bucciarati ait fait une démonstration des pouvoirs de Sticky Fingers sous son regard fasciné. Ça devenait un peu vexant. Bucciarati ne voulait pas brusquer l'adolescent timide, mais il était son supérieur, il fallait qu'aucun des deux ne l'oublie. Alors il lui ordonna de le lui montrer, et avec réticence, le garçon obéit. Purple Haze apparut à l'autre bout du salon, le plus loin possible d'eux.

Fugo n'était pas tranquille. Il fixait la créature sans oser bouger. Bucciarati retint son souffle. Le Stand était imposant, bien plus que Sticky Fingers. Il était terrifiant. Une bouche dégoulinante, des yeux fous, un grognement qui semblait venir des profondeurs du monde.

- Il est horrible, commenta Fugo sans oser le quitter des yeux.

- Ne dis pas ça...

Bucciarati devait se forcer pour trouver des paroles réconfortantes face au monstre.

- Il a l'air puissant. Tu sais ce qu'il fait ? Il doit être redoutable au combat.

Le Stand se mit à bouger lentement. Il fit un pas vers eux. Fugo recula vers la porte d'entrée. Bucciarati aurait fait pareil s'il ne s'était pas retenu à temps.

- Tu n'as pas à avoir peur de lui. C'est une forme de toi. Tu le contrôles. C'est ton allié, il ne te fera jamais de mal.

Apparemment un peu rassuré, Fugo resta immobile, laissant son Stand l'approcher. Ils se retrouvèrent bientôt face à face, Purple Haze penché en avant pour être à hauteur du visage du garçon. Fugo ne respirait plus. Il envoyait des coups d'œil angoissés à Bucciarati qui s'efforçait d'avoir un sourire rassurant. Lentement, le Stand leva son énorme main et la posa sur le côté de la tête de son manieur.

- Bucciarati… avait couiné Fugo d'une toute petite voix.

- Laisse-le faire. N'aies pas peur.

Bucciarati se rappelait quand il avait obtenu son propre Stand, la découverte, l'émotion de rencontrer cet allié à vie, une entité qui le protègerait toujours. C'était effrayant et magique. Fugo devait ressentir la même chose. Là il avait peur, c'était normal, c'était tout nouveau. Dès qu'il se serait familiarisé avec lui… Dieu sait que Fugo avait besoin d'un allié.

Pour le moment, c'était plutôt le Stand qui semblait se familiariser avec son manieur. Il tenait maintenant la tête du garçon dans ses deux mains et le scrutait de près. Les grognements n'avaient rien de rassurant, mais Bucciarati se calmait en se répétant qu'il s'agissait du Stand de Fugo, il ne leur ferait jamais de mal.

Alors, d'un mouvement fluide et assuré, bien plus rapide que tout ce qu'il avait fait jusqu'à présent, Purple Haze tira violemment la tête de son manieur vers le bas, et la fracassa contre son genou.

Un bruit de craquement sinistre, suivi du cri de douleur et de surprise de l'adolescent. Fugo essayait de reculer mais Purple Haze refusait de le lâcher, il lui agrippait les cheveux et le secouait avec une rage aussi soudaine que brutale. Plusieurs fois, les pieds de Fugo décollèrent du sol.

- Lâche-moi ! Lâche-moi sale monstre !

Le Stand n'obéissait pas. Il attaquait son manieur, et il ne lui obéissait pas. Ça allait à l'encontre de tout ce que Bucciarati avait appris sur les Stands. Un Stand obéit à son manieur. C'est la règle. C'est le principe de leur existence. Pourtant Fugo avait le nez cassé, dégoulinant de sang, et il criait à Purple Haze de le lâcher, de disparaitre, d'aller crever en enfer, mais rien ne se passait.

Un couteau était alors apparu dans la main de Fugo. Pourquoi l'adolescent gardait une arme sur lui alors qu'il était à la maison ? Bucciarati se poserait la question plus tard. Sans une la moindre hésitation, Fugo avait planté la lame dans le bras de son Stand. Immédiatement, ce fut son bras qui se mit à saigner. Est-ce que Polpo ne lui avait pas expliqué ? Complètement indifférent à la douleur – il n'avait peut-être même pas remarqué - Fugo continuait de lacérer les bras et le torse de Purple Haze avec autant de haine que le Stand semblait en avoir envers lui. Bucciarati était horrifié. Il y avait quelque chose de terriblement malsain dans ce spectacle, voir quelqu'un faire attaquer par son propre Stand, par le reflet de son âme.

- Calme-toi, Fugo ! Si tu le blesses, tu te blesses toi-même ! Calme-toi et fais-le disparaitre ! C'est toi qui le contrôles !

Se calmer, plus facile à dire qu'à faire, quand on est en train de se débattre contre une créature quatre fois plus imposante que soi. C'est ce que Fugo essayait de lui crier, mais à ce moment-là Purple Haze le lâcha enfin pour le jeter par terre. Fugo essaya de se relever pour reculer, mais le Stand lui envoya alors un coup de pied au visage, le faisant de nouveau valser au sol.

- Arrête, avait crié Bucciarati d'instinct alors que le monstre s'apprêtait à frapper encore.

C'était inutile, avait pensé Bucciarati. Un Stand n'obéit qu'à son manieur. Alors que Purple Haze tournait vers lui son horrible tête, il avait pourtant répété :

- Arrête, Purple Haze. Ne le touche pas. Va-t'en.

La créature fit un pas vers lui avec un grondement menaçant. Bucciarati tenait Sticky Fingers prêt à agir, mais il aurait préféré éviter de blesser Fugo à travers son Stand. Être démembré par Sticky Fingers était indolore, mais ça pouvait se révéler assez traumatisant. Purple Haze le dévisagea quelques secondes, avant de faire brusquement volte-face et d'envoyer un nouveau coup de pied dans le ventre de son manieur qui se protégeait comme il pouvait.

Comment c'est possible ? avait pensé Bucciarati alors que Sticky Fingers passait à l'action et dézippait les membres du Stand fou. Qu'est-ce qu'il peut bien y avoir dans la tête de ce garçon pour que son propre Stand le voie comme un ennemi ? Fugo lui avait bien dit qu'il faisait des crises de colère, qu'il était un enfant dangereux et destructeur. Bucciarati y avait à peine cru. Mais c'était réel, et apparemment il en était la première victime.

Alors que Purple Haze gisait en plusieurs morceaux sur le sol, bras et jambes éparpillés, et que Sticky Fingers apportait la trousse à pharmacie, Bucciarati accourut auprès de son partenaire :

- Fugo… Oh mon Dieu, est-ce que ça va ?

Comme son Stand, Fugo était immobilisé. Il réussit cependant à tordre son visage ensanglanté en une grimace cynique :

- Je vous avais prévenu, Bucciarati. Je suis un monstre. Je ne vais faire que vous mettre en danger.


Fugo avait le corps couvert d'ecchymoses là où Purple Haze l'avait frappé, et le corps couvert d'entailles là où il avait tailladé Purple Haze. Il était doublement perdant. Il avait envie de pleurer, mais heureusement, ça passerait inaperçu tant son visage était ensanglanté. Il ne manquerait plus qu'il ait l'air faible devant Bucciarati.

Qu'il était con d'avoir cru à cette histoire d'allié magique. Il n'avait toujours pas compris, avec son QI de 152 ? Réel ou non, il n'aurait jamais aucun allié.

- Je vais t'emmener à l'hôpital, lui disait Bucciarati. Je peux refermer les coupures les plus profondes avec Sticky Fingers, mais il faudrait faire des radios pour voir si tu n'as rien de cassé. Et je préfère que ce soit un spécialiste qui examine ton nez. Fugo ? Eh, Fugo, reste avec moi.

Sticky Fingers état en train de zipper ses plaies. Merde, pourquoi son Stand était pas comme lui ?

- Il va falloir que tu rappelles Purple Haze, Fugo. Tu pourras faire ça ?

- Je… je sais pas, Bucciarati. J'ai pas arrêté d'essayer.

- Prends bien ton temps, cette fois. Essaie de faire le vide. Calme-le. À ton signal, je le rassemble, et tu le dissipes dès qu'il est entier. S'il redevient agressif, je le découpe. Tu peux compter sur moi.

Ils avaient dû s'y reprendre à trois fois. À peine il pouvait bouger, Purple Haze voulait se jeter sur Fugo. Bucciarati trouvait ça incompréhensible. Fugo n'était pas étonné.

Enfin, le Stand finit par se dissiper et revenir à sa place sous la peau de son manieur. Fugo eut un frisson de dégout, mais il respira. Cette horreur n'avait pas disparu, elle était lui-même. Il se mit a rire, les yeux cachés dans ses mains.

- Évidemment qu'il allait m'attaquer. C'est tout ce que je mérite. Je détruis tout. Même mon ami imaginaire il veut pas être mon ami. Moi non plus, à sa place je voudrais pas. Personne voudrait.

Sur une impulsion, Bucciarati s'exclama :

- Moi je veux qu'on soit amis. Moi je veillerai sur toi.

Fugo leva les yeux et le dévisagea. Bucciarati avait terminé de zipper les coupures les plus profondes, et mettait du désinfectant sur les plus superficielles. Ça faisait seulement trois jours qu'ils s'étaient rencontrés, Pourquoi ce type voudrait de lui ? Pourquoi il l'avait installé chez lui ? Qu'est-ce que Fugo pouvait lui offrir en échange ? Il ne s'était pas particulièrement méfié de Bucciarati. L'homme était si beau, si charismatique, adoré de son voisinage. Quel besoin il aurait de Fugo pour assouvir ce que son porc de professeur voulait assouvir ? Il avait le monde à ses pieds. À moins que ce soit son truc, les jouets cassés, les ados pathétiques. Il y avait toutes sortes de tordus sur terre, Fugo était bien placé pour le savoir.

Sans prévenir, Fugo bougea son genou sur lequel Bucciarati avait posé sa main pour l'équilibre, alors qu'il observait son nez cassé.

- Je vais bien. Vous approchez pas autant de moi.

Bucciarati avait reculé en s'excusant, puis il s'était relevé et lui avait tendu la main pour qu'il en fasse autant, en disant quelque chose à propos de l'hôpital. Fugo l'avait prise par politesse plus que par confiance. Il connaissait si peu Bucciarati. Tout ce qu'il savait de lui tenait en quelques lignes : c'était un mafieux pas encore tout à fait adapté à sa promotion récente. Il avait perdu son père. Il aimait son Stand, et l'idée de l'existence des Stands. Il respectait le besoin d'espace des autres. Et aussi, à l'instant, Bucciarati n'était pas bien. Il était inquiet, peut-être qu'il avait peur. Il ne s'attendait pas à ce que Purple Haze attaque Fugo. Il trouvait la créature affreuse, et regrettait de lui avoir offert une place dans sa future équipe.

Sur le trajet vers l'hôpital, Fugo n'avait pas dit un mot. Bucciarati essayait de faire la conversation, parler de la pluie et du beau temps, lui changer les idées. Peut-être se changer les idées à lui-même. Ce n'est qu'au retour, le nez de nouveau en place, que Fugo avait trouvé le courage de prendre la parole :

- Vous allez me virer ?

Bucciarati crispa ses mains sur le volant.

- Pourquoi je ferais ça ?

- J'arrive pas à contrôler mon Stand. Vous disiez que c'était impossible.

- Je pensais avoir été clair, Fugo. Quand on rejoint Passione c'est pour toujours. On ne se fait pas virer comme ça. Si l'organisation ne veut plus de nous, elle nous tue.

Fugo tressaillit. Il le savait, mais c'était soudain si concret. Bucciarati lui jeta un coup d'œil chargé d'un soupçon d'affection :

- Et je compte pas tuer le premier membre de mon équipe après seulement trois jours. Plus personne voudra me rejoindre si je fais ça.

Est-ce qu'il plaisantait ? Fugo n'arrivait pas à savoir.

- En plus, reprit doucement le leader, ça fait trois jours que je cuisine pour toi, je veux mon retour sur investissement. Ce soir, tu t'occupes du repas.

- Je sais pas cuisiner.

- Je t'apprendrai, alors.

Fugo hésita et hésita. Il était piégé, coincé dans un gang duquel il ne pouvait pas fuir, aux ordres d'un inconnu et lié à vie à une entité qui lui voulait du mal. Pourtant, alors que Bucciarati s'était mis à chantonner avec la radio, Fugo se sentait moins piégé que le reste de sa vie, au manoir familial, à l'université.

- Merci.

Ce fut au tour de Bucciarati d'être un peu déstabilisé. L'ado était toujours poli, « merci » « s'il vous plait » « Vous avez bien dormi ? », mais là pour la première fois, ça sonnait sincère. Bucciarati n'osa pas lui ébouriffer les cheveux, quelque chose dans les mouvements réprimés de Fugo l'en empêchait, alors il lui dit simplement :

- Ne t'en fais pas pour Purple Haze. Tu réussiras à le maitriser très vite. On va travailler ça.


Bucciarati pensait vraiment ce qu'il avait dit, contrôler le Stand serait vite plié, même les ahuris de la Squadra contrôlaient tous un Stand, et pourtant c'était pas des flèches. Alors un garçon brillant comme Fugo…

Mais chaque tentative de contact était désastreuse, et le jour où ils découvrirent la capacité de Purple Haze, Bucciarati perdit définitivement espoir qu'une relation saine se noue entre le manieur et son Stand.

C'était lors d'un combat pour un bout de territoire. Ce jour-là, tout avait mal tourné. En général, Bucciarati savait se montrer assez intimidant pour remporter la partie sans avoir à en venir aux mains, et Fugo n'avait qu'à rester à côté de lui et observer, apprendre le métier. Mais certains gangs étaient retors, ils voulaient se battre, alors Fugo attaquait avec une barre de fer, un couteau où ses poings. Il ne sortait pas son Stand.

Mais ce jour-là les ennemis étaient des manieurs aussi, et en surnombre, la situation devenait désespérée. Bucciarati avait ordonné à Fugo d'utiliser Purple Haze. Même s'il était incontrôlable, le Stand savait quoi faire en combat, il attaquait les ennemis avant de se jeter sur Fugo, ce qui laissait au garçon le temps de se concentrer pour le faire disparaitre dès la fin du combat. Et s'il n'y arrivait pas, Sticky Fingers était là pour lui dézipper les bras et les jambes. C'était la théorie. Alors Fugo avait obéi et l'énorme Stand était apparu. Ni Bucciarati ni Fugo n'auraient pu prédire ce qui allait se passer.

Ce jour là, Purple Haze brisa sa première capsule et répandit son poison partout.

Bucciarati et Fugo étaient assez loin, heureusement. Une fumée malsaine avait envahi une partie du terrain vague où ils se battaient. Tout le monde avait cessé de se battre, et l'instant d'après, tout le monde mourrait dans d'interminables râles d'agonie. Les gangsters qui se battaient au corps à corps contre Bucciarati et Fugo avaient accouru vers leurs coéquipiers en entendant leurs cris, et ils étaient morts aussi. La fumée se dissipant révéla comme la peau fondait, comme les humains se dissolvaient dans le virus.

Puis le silence se fit. Bucciarati osa un coup d'œil à Fugo qui tremblait de tout son corps. Il prenait de grandes respirations paniquées, mais ce n'était pas suffisant. Quand son Stand s'approcha de lui, L'adolescent tomba à genoux.

- Qu'est-ce qu'il a fait ? murmura-t-il d'une voix minuscule. Tous ces gens…

Purple Haze attrapa son manieur par le col, le souleva du sol et le jeta sauvagement contre un arbre. Fugo était tétanisé, mais le Stand avait toujours soif de violence. Bucciarati devait intervenir, il fallait qu'il protège Fugo de son terrible lui-même, il lui avait promis, et c'était une promesse qu'il voulait tenir. Mais si la créature réutilisait cette fumée violette qui avait réduit en chair liquide toute la vie qu'elle avait touché ? Un de leurs ennemis avait un chien, un pitbull pour frimer dans la cité. Il n'en restait que la laisse et la muselière. Les plantes avaient fané, les arbres étaient morts. Même si Fugo avait agi sous le coup de la colère, et Bucciarati savait que ce n'était même pas le cas (la peur, peut-être ? Ils étaient en difficulté avant que Purple Haze), Fugo n'aurait jamais tué le chien. Il aimait les animaux plus que les hommes. Personne n'était à l'abri du poison relâché par son Stand. Pas les civils, pas ses alliés, et sans doute pas Fugo lui-même.

Il fallait faire quelque chose, pourtant. Bucciarati ne pouvait pas laisser Fugo à la merci de Purple Haze. L'adolescent était trop choqué par ce qu'il avait vu pour se défendre, son Stand le secouait et le jetait par terre rageusement, comme un vieux jouet qu'on déteste. Pourquoi ça se passait comme ça ? Pourquoi Fugo s'infligeait-il un Stand pareil ?

- Purple Haze ! appela Bucciarati en avançant prudemment.

Il voulait attirer l'attention du monstre pour le faire lâcher Fugo, et aussi éviter de le surprendre pour ne pas lui causer une réaction violente. Quoi qu'ai été ce nuage du fumée, Bucciarati ne voulait pas se retrouver dedans.

- Purple Haze, tu fais du mal à ton manieur. Laisse-le tranquille.

La bête se retourna lentement, et avec un grondement plein de haine, il souleva Fugo comme une plume et le lança sur le leader. Celui-ci l'attrapa au vol, ce qui les fit tomber tous les deux au sol alors que Purple Haze les chargeait. Sticky Fingers s'interposa, gardant le Stand fou à distance.

- Fugo ! Fugo est-ce que ça va ?

- Je les ai tués, Bucciarati. Vous avez vu comme ils sont morts ? Vous avez vu cette fumée ? Purple Haze les a tous tués, il a… Mon Dieu, il les a dissous vivants, il ne reste même pas de cadavres ! Il a même tué le putain de chien ! Pourquoi… Pourquoi… j'ai jamais commandé ça, je vous jure, je lui ai jamais ordonné de faire un truc pareil !

- Je sais Fugo. C'est pas grave.

Bucciarati serrait l'adolescent contre lui. Fugo ne le repoussait pas, au contraire. Il s'accrochait à lui, preuve qu'il devait être en état de choc, car en temps normal Fugo détestait les contacts.

- On devait seulement leur mettre la pression, gémit Fugo. Pas les tuer.

- Ça arrive. C'est eux qui nous ont attaqués. Polpo comprendra. C'est pas grave. Ils l'ont cherché.

Bucciarati essayait de réprimer l'horreur et le dégout qu'il ressentait depuis qu'il avait vu la fumée se dissiper. Personne ne méritait un sort pareil. Surtout pas ces petites frappes de Secondigliano qui voulaient juste faire leur trafic sous le radar de Passione.

- C'est la mafia, disait Bucciarati à contrecœur. Ils ont voulu jouer contre le système, ils sont morts. Ils savaient que ça pouvait arriver quand ils ont choisi cette vie. C'est pareil pour nous.

- Mais t'as vu comment ils sont morts ? T'as entendu leurs cris ?

Bucciarati essaya de se forcer à ne pas se rappeler les hurlements qui allaient rester à coup sûr gravés dans ses cauchemars. Il détourna son attention sur le fait que le petit venait de le tutoyer pour la première fois. Il le serra un peu plus fort.

- J'avais 12 ans quand j'ai tué pour la première fois. Deux types. J'ai jamais regretté. À ton âge, j'en étais à vingt. Ensuite j'ai arrêté de compter.

S'il avait tenu le compte au fil des ans, les victimes de Purple Haze se seraient additionnées au total. Les meurtres de Fugo, ordonnés ou accidentels, étaient les siens. C'était ça d'être le leader.

Fugo ne réussit pas à rappeler Purple Haze. Bucciarati dut les porter jusqu'à la voiture. D'abord l'adolescent, qui ne pouvait pas tenir debout tant que son Stand était découpé en morceaux, puis Purple Haze, en pièces soigneusement détachées par Sticky Fingers. Il posa Fugo sur le siège passager, le corps du Stand sur le siège arrière, la tête et les bras loin d'eux dans le coffre. Puis il alluma la radio a fond pour ne pas entendre les grognements.

Cette nuit-là, ils la passèrent tous les deux dans la chambre de Bucciarati, allongés sans dormir, en écoutant les râles de Purple Haze laissé toujours en plusieurs morceaux dans le salon. Au matin, quand Bucciarati avait osé ouvrir la porte et sortir, en soutenant un Fugo toujours paralysé mais enfin calme et prêt à rappeler son Stand, ils trouvèrent les membres de la créature dispersés partout. Les capsules sur ses mains étaient toutes brisées, et la plante qui décorait un coin de la pièce n'était plus qu'un squelette décomposé. C'était un citronnier, Bucciarati l'avait acheté pour la fête des pères l'année où sa mère était partie, il y a si longtemps. Son père y tenait beaucoup, et Bucciarati s'efforçait d'en prendre soin pour lui, maintenant.

- Je suis désolé, souffla Fugo.

- C'est pas grave. Dis moi quand tu es prêt, et je rassemble Purple Haze.

Ils étaient épuisés tous les deux, après cette nuit passée à une porte d'un monstre en colère. Fugo pris quelques secondes pour calmer sa respiration :

- C'est bon.

Une fois le Stand profondément scellé dans le cœur de Fugo, celui-ci avait baragouiné une excuse inaudible et il avait décampé. Il avait besoin d'espace après cette nuit, et Bucciarati ne l'avait pas suivi. Alors que la journée passait, il se demandait s'il reverrait l'adolescent un jour, et comment il comptait s'en tirer hors de Passione, seul avec Purple Haze. Bucciarati rumina toute la journée. Si Fugo ne revenait pas, Bucciarati l'avait détruit. Il aurait mieux valu qu'il ne le rencontre jamais, ne lui propose pas de rejoindre Passione. Il n'avait fait que compliquer un peu plus la vie déjà chaotique du garçon.

Mais le soir, Fugo revint. Il avait l'air misérable. Il tenait dans ses bras une plante en pot presque aussi grosse que lui. Ce n'était pas un citronnier, mais ça y ressemblait un peu.

- Tiens, Bucciarati. Je sais bien que ça remplacera pas… et c'est prétentieux de ma part de penser que je pourrais remplacer une plante qui appartenait à ton père, vu que je suis pas grand-chose pour toi, mais je me sentais mal alors…

Bucciarati était touché au cœur. Par le retour de Fugo, son cadeau, sa bonne volonté :

- Oh Fugo merci ! C'est adorable !

Il prit la plante et alla la poser là où se trouvait l'ancienne. Quand il se retourna, Fugo était toujours dans l'entrée, nerveux. Il voulait quelque chose, mais quoi ? Bucciarati cherchait à deviner et d'un coup ça lui éclata au visage. À une nuance dans le regard de l'adolescent, à un geste de la main amorcé puis abandonné, Bucciarati comprit qu'il voulait un câlin, cet enfant sage et sauvage, brillant et seul. Il le pris dans ses bras, et Fugo se mit à pleurer.


Trivia : 1. je n'ai aucune idée de si Sticky Fingers peut découper des Stands, et si ça a pour effet d'immobiliser le manieur… je n'arrive pas à me rappeler d'un exemple. Si je me trompe, et ben… désolée :x ça n'arrive que dans ce chapitre de toute façon.

2. C'est la première fois depuis des siècles que j'écris à la troisième personne. Attention les yeux xD

J'espère que ce début vous a plu ! Merci d'avoir lu !