Deep Blue.
Chapitre 1; Ouverture.
1. e4 c5
Le premier mouvement, celui qui peut mener à la gloire ou à la défaite.
Les doigts tremblants sous l'effet de l'adrénaline, suspendus à quelques millimètres de son clavier. La lueur blafarde de l'écran se reflétant sur son visage, Alice sentit sa respiration échappée à son contrôle.
Un risque, un énorme risque… Le programme qu'elle venait de mettre au point ne demandait plus qu'une seule et unique ligne de code pour être opérationnel.
Prenant garde à ne faire aucun bruit elle se leva de sa chaise, pressant ses mains aux doigts engourdis contre son front. Quelques inspirations lui suffirent pour se calmer et elle baissa lentement ses bras pour contempler son œuvre.
Un jeu de Pile ou Face, si elle décidait de lancer ce programme sa vie ne pourrait prendre que deux chemin Mieux que ce qu'elle avait à ce jour ou Pire… Un soupir discret lui échappa alors qu'elle mit la capuche de son pull sur sa tête en pensant que le jeu en valait la chandelle.
Se rasseyant devant son écran, Alice souffla sur ses doigts pour les réchauffer. Lorsqu'elle put enfin les faire bouger sans ressentir de gêne c'est sans une once d'hésitation que le martèlement des touches de son clavier brisa doucement le silence de sa chambre.
Sa tache accomplit elle lança le programme en frissonnant, voyant son écran devenir bleu et le bruit haletant du ventilateur qui se répercutait contre les murs de sa chambre elle décida qu'elle avait largement le temps de se reposer un peu avant leurs arrivée. Qui que ce soit que le gouvernement anglais dépêcherait sur place.
À pas de loup elle regagna son lit et s'enroula dans sa couverture. Le dos contre le mur et le bruit sourd de son ordinateur la bercèrent peu à peu vers un sommeil léger.
Sommeil qui vola en éclats quand le plancher devant sa chambre grinça, un coup d'œil rapide à sa montre lui apprit que seulement un quart d'heure venait de s'écouler depuis le lancement de son programme. La porte s'ouvrit violemment et avec rapidité elle rejeta sa couverture et se mit entre l'intrus et son bureau. Cachant l'écran du mieux qu'elle put, il lui fallait encore trois minutes. Juste trois minutes !
Les sirènes et leurs lumières virevoltante arrivèrent plus rapidement que ce qu'elle avait imaginé, Alice sursauta quand un bélier enfonça la porte d'entrée et elle grogna en se tenant les côtes. Des pas lourd firent hurler l'escalier menant à l'étage où se trouvait sa chambre.
C'est assis au sol, le dos contre le mur et l'arrière de sa tête reposant contre la vitre de sa fenêtre que les hommes en noir la trouvèrent. Plusieurs point rouge apparurent comme par enchantement sur son torse et elle leva les bras, non pas par reddition mais en signe de pourparlers comme le sous-entendait l'enveloppe tenu dans sa main gauche et une clef USB dans la droite.
Alice prit une inspiration douloureuse et énonça calmement
- La clef contient le programme que j'ai utilisé, déchiffrable en toute sécurité par seulement moi.
Une quinte de toux lui arracha une grimace et un sifflement marqua ses prochaines paroles
- Mes revendications.
D'un roulement de poignet elle fit glisser l'enveloppe jusqu'aux pieds du soldat le plus proches. Ce dernier se baissait pour la ramasser alors qu'elle déclarait avec difficultés
- Une demande de dernière minute… Si le clan des Mens in Black le permet.
L'homme qui ramassa son enveloppe se releva en hochant sa tête cagoulé silencieusement, baissant son arme en faisant signe à ses compagnons d'en faire de même.
- Un médecin…
Un sifflement encore plus prononcé lui échappa alors qu'elle baissait lentement les bras
- … et vite.
2. c3 d5
L'odeur de détergent industriel et de whisky bon marché agressa ses narines alors qu'il dépassa deux membres de Scotland Yard qui montait la garde devant l'une des nombreuses chambres de l'hôpital St Bartholomew.
S'arrêtant durant un instant en prenant appui sur son parapluie, Mycroft Holmes profita de la baie vitrée pour inspecter l'individu qui venait de mettre le Cabinet sur le pied de guerre.
L'un de ses sourcils se leva sous une surprise légère. Une adolescente. Une adolescente en piteux état venait de mettre le feu aux poudres. Son premier reflex fut d'attraper son téléphone, faisant déjà glisser son doigt sur l'écran avant de subitement se raviser. Le Premier Ministre attendrait que sa curiosité soit rassasiée.
Le caquetage de l'infirmière démarra dès son entrée, il y accorda une attention mineure en se faisant sa propre opinion.
- plusieurs de ses côtes sont fêlées, l'une d'elle comprimait dangereusement son poumon droit…
Mal-nourrie, joue creuse, manque de sommeil évident s'il devait en croire les cernes qu'il entrapercevait malgré le drap qu'un bras famélique rabattait vainement sur son visage émacié. Plusieurs hématomes à divers stade sur le dit bras, obligeant le corps médical à trouver une position peu orthodoxe à l'arrière de son biceps pour la perfusion à laquelle elle était reliée.
-… Son IRM est prévue pour demain matin sept heure...
Mycroft connaissait l'équipe d'intervention envoyé sur place et elle ne lui devait sûrement pas sa lèvre et son sourcil fendu. Le rapport sommaire qu'il avait lu en venant mentionnait clairement que "Data" avait coopéré dès l'arrivée de Team Bravo.
- ...Avec du repos elle sera comme neuve.
Position fœtal, dos en direction de la baie vitrée, troisième étage... physiquement, oui elle se remettrait mais concernant sa psyché ? Rien d'aussi certain. Ses observations furent perturbé alors que l'infirmière lui demanda d'une voix timide
- Cette jeune personne doit être de grande importance pour avoir autant de garde du corps, n'est-ce pas ?
Mycroft pouvait le sentir à plein nez, le ragot planant dans l'air, l'information précieuse qui ne devait pas échapper à son contrôle, jamais. D'un regard il fit reculer l'infirmière d'un pas, avec froideur et détachement il déclara
- Cette jeune personne n'existe pas, n'a pas de nom et n'est jamais entrée dans cet hôpital. Me suis-je bien fais comprendre ?
L'infirmière baissa le regard vers le sol en hochant vigoureusement sa tête vide, il pouvait presque entendre le grain de riz lui servant de cerveau rebondir contre les parois de son crâne. Les Poissons Rouges, si facile à manipuler…
Mycroft tourna les talons après un dernier regard vers l'alitée, sortant prestement pour enfin appeler le Premier Ministre pour l'informer de la situation. Et surtout calmer cette crise jusqu'au matin… La Reine elle-même ne lui demanderait pas de gérer cela sur une nuit blanche.
L'auteure de la plus grande attaque informatique subit par l'Empire Britannique jusqu'à ce jour se trouvait sédatée et incapable de se mouvoir pour encore quelques heures.
