Hello tout le monde ! Chapitre 20, déjà, pfiou.

J'ai eu moins de retours pour le chapitre précédent, j'espère juste que je ne vous ai pas traumatisés avec la scène avec Moriarty ! Si c'est le cas, j'en suis vraiment désolée, mais nous vous inquiétez pas, même si ce n'est pas forcément évident, le johnlock est toujours en route ^.^ Et Moriarty il est vilain, voilà !

Merci à Brenda Joyeux et Animevivie pour leur review !

Animevivie : John n'est pas joyeux en effet ! d'ailleurs, le manque dont il souffre est bien spécifique.

Bonne lecture !

oOo

Le Fléau : Chapitre 20

oOo

Le cœur, Sherlock.

Ces mots qui résonnaient dans sa tête… C'était les deniers que Moriarty lui avait dit, la veille.

Le détective ouvrit lentement les paupières. Elles étaient lourdes et ne lui facilitaient pas la tâche. D'ailleurs, son corps entier était lourd. Il avait du mal à comprendre où il était. Il ne manquait plus qu'un mal de tête et il aurait pu décrire son état comme une bonne gueule de bois. Mais pourquoi pas, après tout ? La veille, n'était-ce pas la consommation un peu excessive de cette substance qui lui avait fait tourner la tête ?

La veille… ?!

Oui, car il faisait jour. Donc s'il en croyait cette donnée, Sherlock avait passé la nuit à dormir.

Il n'en revenait pas. Depuis combien de temps n'était-ce pas arrivé ? En tout cas, depuis qu'il était devenu ce qu'il était. Comment diable était-ce possible ?!

Il s'assit. La tête lui tournait, et il dut patienter deux bonnes minutes pour que le décor se remette correctement en place. Il s'aperçut alors qu'il était en caleçon. Heureusement qu'il se rappelait des moindres détails de la veille, sinon il aurait été légèrement inquiet.

Il s'habilla avec des mouvements mesurés, essaya de remettre un peu d'ordre dans ses cheveux et sortit de la chambre.

- Bien dormi ? demanda une voix traînante.

Moriarty était installé dans un fauteuil du salon, un ordinateur portable à la pomme sur les genoux. Si Sherlock devait ressembler à un revenant – en tout cas, c'était comme ça qu'il se sentait – lui était frais et dispo, habillé d'un costume. Est-ce qu'ils avaient bien partagé la même expérience de la veille ?

En guise de réponse à sa question, Sherlock haussa les sourcils et s'échoua sur le canapé.

- C'est le mélange des sangs, expliqua le criminel. C'est toujours un peu étourdissant.

- Et vous, vous n'êtes pas… ?

- Des années de pratique, chéri, dit le bandit en reportant son attention sur l'ordinateur.

Sherlock l'observait à la dérobée, se demandant quelles têtes il était en train de faire tomber ou s'il consultait juste les actualités.

- Comment se porte Johnny ? demanda-t-il soudain.

- Vous m'avez suivi hier soir, constata Sherlock avec humeur.

- Vous ne pouvez pas vous en empêcher, hein ? Le suivre et voir comment il vit sa vie en votre absence.

- Pourquoi, vous êtes jaloux ?

Moriarty pouffa.

- Je n'irais pas jusque-là.

- A la bonne heure.

- Ce serait vraiment dommage s'il partait avec cette fille, vous ne croyez pas ?

Le criminel plia son ordinateur et se leva.

- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, marmonna Sherlock.

- La fille, dans le restaurant, elle lui plaisait plutôt bien.

- Et alors ? John fait ce qu'il veut. Je ne contrôle pas sa vie.

- Mais vous aimeriez bien, dit le bandit en passant derrière son dos, quittant son champ de vision. Et vous le pourriez.

- Ben voyons, souffla le détective.

- Ce n'est vraiment pas grand-chose, dit soudain le bandit à son oreille. Une jeune femme qui disparaît, comme ça, sans laisser de trace. C'est largement dans vos capacités.

- Ça suffit, décida Sherlock en se levant à son tour.

Il s'apprêtait à quitter la pièce, quand Moriarty lança :

- Vous le pouvez, Sherlock. Vous faites désormais partie des Puissants.

Le détective l'ignora et prit la direction de la salle de bain.

oOo

En début de soirée, le détective se mit de nouveau en quête de John. Les paroles de Moriarty avaient fait leur chemin, plus que le détective ne l'aurait voulu. Ça l'avait préoccupé une bonne partie de la journée et il avait été heureux que l'entraînement du jour se termine, afin de sortir se changer les idées. En toute discrétion, bien entendu.

Il atteint Baker Street et, cette fois-ci, constata que les fenêtres de l'appartement étaient éclairées. John devait être à l'intérieur.

Il s'appuya sur le mur de l'immeuble d'en face et contempla son chez-lui, pensif. Il mourrait d'envie de passer la porte du 221B et d'aller rejoindre son ami, d'avoir une banale conversation avec lui. Car elle ne serait pas ennuyeuse. Rien n'était ennuyeux avec John Watson.

Mais ce n'était pas envisageable. John poserait plein de questions et ne serait sans doute pas d'accord avec ce que le détective faisait. Ce serait simplement inutile et contreproductif.

Sherlock allait revenir sur ses pas quand les lumières de l'appartement s'éteignirent. Soit John était monté dans sa chambre, soit…

Quinze secondes plus tard, la porte d'entrée s'ouvrit et le blond apparut. Mais Sherlock s'était déjà caché dans l'angle de la rue.

Alors que Sherlock le suivait, il nota les mêmes chaussures propres de la veille, le soupçon de gel dans les cheveux blonds et le sillage de l' eau de toilette, celle qu'il ne met pas pour aller travailler. Rencard, donc. Génial.

Ses suppositions s'avérèrent justes quand John rejoignit une jeune femme brune devant un restaurant thaï. Ce n'était pas la même que la veille. Ce rencard ne s'était donc pas si bien passé que cela. Sherlock ne put s'empêcher d'éprouver un peu de joie, mais cette femme brune ne devait pas le laisser se reposer sur ses lauriers.

Le couple – non, John et cette inconnue – entrèrent dans le restaurant et un serveur les installa à une table. Cette femme ne lui augurait rien de bon. Des cheveux noirs aile de corbeau, des traits réguliers, un sourire agréable fait de dents bien alignées. Elle était plutôt belle. Mais, au-delà de son physique, quelque chose gênait Sherlock chez elle. Il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus et ça l'énervait au plus haut point car il n'aimait pas se fier à son intuition plutôt qu'à son intellect. Non, il n'aimait définitivement pas cette femme.

oOo

La soirée de John se passa exceptionnellement bien. Beaucoup mieux que celle de la veille. Cette Linda était une personne très agréable. Elle n'avait pas beaucoup mangé à cause de son régime alimentaire spécifique – sans gluten, sans je-ne-sais-quoi – à peine une salade, mais elle avait semblé beaucoup apprécier le moment. Elle avait un charisme… désarmant. Une voix claire, de beaux yeux verts, un grain de beauté au coin de sa bouche… et une intelligence calculée dans ses propos. Non, John ne devait pas la lâcher.

- On passe chez moi ? proposa-t-elle avec un clin d'œil malicieux, quand ils furent sortis du restaurant.

- Avec plaisir, accepta John.

Ça se passait même ultra bien. Le médecin n'avait même pas eu à inventer un prétexte pour la ramener chez lui. Elle avait eu la délicatesse de le devancer.

Ils se mirent en route et John lui prit la main. Elle habitait également au centre-ville, à quelques rues de là. Ils seraient vite arrivés.

Ils prirent ce qu'elle disait être un raccourci : une rue un peu étroite et mal éclairée. Le médecin les incita à hâter le pas, l'endroit ne lui inspirait pas confiance. Mais Linda ne semblait pas pressée.

Ou peut-être avait-il deviné sans même le savoir ce qui était sur le point de se produire.

Linda poussa un cri et, juste après, John entendit un heurt sur le sol. Il tourna la tête, ne la vit pas à ses côtés, puis l'aperçut à plusieurs mètres derrière lui. Elle était à terre et une forme noire se tenait sur elle.

Cette silhouette. John la reconnaîtrait entre mille. Elle n'avait pas les mêmes vêtements mais tout de suite, le médecin sut que c'était…

- Sherlock !

John se précipita sur les deux lutteurs au sol. La pauvre Linda criait et se débattait comme elle pouvait, essayant de maintenir Sherlock le plus loin d'elle.

- Putain mais qu'est-ce que tu fais, Sherlock ?! s'écria John en attrapant le détective et en essayant de le tirer hors de portée de la jeune femme. C'est ma copine !

- Va-t-en, John, tu ne…

- Je vous en prie ! Pitié ! Lâchez-moi ! Je ne vous connais pas ! Je n'ai rien fait ! piaillait Linda, terrorisée.

- Sherlock, lâche-là… grognait John entre ses dents, concentré sur l'effort.

D'un geste, Sherlock l'expédia quelques mètres plus loin et le médecin se tapa la tête contre une poubelle.

Le monde tourna autour de lui. Il se redressa lentement, la main sur la tête, grimaçant de douleur. Alors qu'il reprenait peu à peu ses esprits, il entendit Sherlock l'appeler. Le détective maintenait toujours Linda au sol et le regardait d'un air inquiet.

Et puis, ce fut au tour de Sherlock de voler.

Il s'écrasa beaucoup plus loin contre un lampadaire sous les yeux médusés de John. Il reporta son attention sur la charmante demoiselle qu'il avait invitée à dîner, manifestement la cause de ce retournement de situation. Elle s'était relevée et paraissait immense sur ses talons hauts. Son expression innocente avait quitté son visage et ses yeux verts considéraient d'un air malveillant le détective qui se remettait tout juste du choc. Elle ricanait.

- Vous m'avez cherchée, Sherlock, dit-elle. A présent que vous m'avez trouvée, il faudra me tuer pour que je vous fiche la paix.

En un éclair, elle se rua sur le détective qui était toujours à terre. Il se releva au dernier moment, l'évita, puis lui décocha un coup de poing qui lui fit mordre la poussière à son tour. A peine étourdie, elle se releva et retourna à la rencontre de son adversaire.

Les deux adversaires voulurent se frapper au même instant, si bien que Sherlock se retrouva à retenir les deux poings de la jeune femme à l'intérieur de ses mains.

- Qui vous envoie ? grogna le détective.

- Oh, vous vous en doutez. Petit indice : son nom commence par M.

Elle lui porta un coup sous le menton, l'agrippa contre elle et le mordit dans le cou.

Mais Sherlock ne se laissa pas faire. Il lui fallut plusieurs longues secondes pour l'arracher de lui et la balancer contre le capot d'une voiture. Il resta absent quelques instants, plaquant sa main sur la morsure, puis il contempla les traces de son propre sang sur sa main. Linda se relevait déjà. Qu'est-ce qu'il foutait ?

- Attention ! hurla le médecin.

La morphine. Il en avait reçu une petite dose. Ce ne pouvait être que ça.

Il était affaibli.

Linda tomba sur lui et le combat reprit de plus belle. John se remit sur ses pieds, sa tête le lançant impitoyablement. Il ne savait pas quoi faire. S'il entrait dans cette tornade de coups, il se ferait broyer à coup sûr. Il ne pouvait que rester là à regarder.

La jeune femme avait clairement le dessus. Ralenti par la morphine, Sherlock avait de plus en plus de mal à contrer ses coups, et Linda parvint même à le mordre une seconde fois.

Mais il parvint à se débarrasser d'elle d'un coup de pied. Il se releva, s'appuyant à un lampadaire.

- Quels sont les plans de M ? demanda le détective pour gagner du temps.

La femme éclata de rire.

- Vous n'avez qu'à le lui demander !

Mais Linda l'avait déjà déséquilibré de nouveau. Sherlock tomba, pratiquement dans les bras de la demoiselle.

Elle se penchait pour le mordre une troisième fois quand…

- Linda, pourquoi tu me fais ça ?

Sa voix était plaintive. La jeune femme releva la tête pour regarder John, surprise.

- C'est vrai… on s'entendait plutôt bien, le… le dîner était génial. Pourquoi est-ce que tu fous notre soirée en l'air ?

C'était tout ce dont John était capable.

Si Linda avait vu un éléphant rose, elle n'aurait pas fait une autre tête.

- Toi, le blondinet ! lança-t-elle. Estime-toi heureux si je n'ai pas…

Elle ne termina pas sa phrase. Sherlock venait de lui faire tourner la nuque à cent-quatre-vingt degrés.

John courut vers eux.

- Elle est… ?

- Je pense que oui.

Le détective se leva et fit signe à John de reculer. Puis il jeta un briquet allumé sur le corps de Linda.

La dépouille s'enflamma plus vite que le médecin l'aurait pensé. Encore médusé par ce qu'il venait de se passer, il remarqua à peine le détective s'esquiver.

- Sherlock ! cria-t-il.

Le détective s'arrêta.

- Tu es avec lui, n'est-ce pas ? Tu es avec Moriarty ?

Les épaules de Sherlock s'affaissèrent, comme s'il soupirait. Un « oui » lui parvint.

Le médecin marcha vers lui et posa une main sur son épaule, cherchant son regard. Le détective ne recula pas.

- Dis-moi si tu vas bien, demanda le blond.

- Ça ira mieux dans quinze minutes, quand j'aurai éliminé la morphine.

- Non, je veux dire… est-ce qu'il te traite bien ?

Sherlock le contempla de ses yeux gris. Le médecin sentait que son ami était tiraillé, voulant et ne voulant pas repartir.

- Tu n'as pas à t'inquiéter pour ça. Moriarty m'aide à me contrôler et à me défendre. J'en ai besoin. Je suis libre. Je peux partir quand je veux.

Le détective allait repartir mais John le retint.

- D'accord ! mais… c'était quoi, ça ? demanda-t-il en désignant le cadavre de vampire qui brûlait sur le trottoir.

Sherlock fronça les sourcils et John fut surpris des flammes qui avaient envahi ses yeux froids.

- Je vais le lui demander, dit-il en repartant.

- Fais attention, lança John.

Le détective se retourna à moitié.

- Toi aussi, dit-il.

oOo

Sherlock s'était trompé. John ne s'était pas montré furieux envers lui. Sans doute l'avait-il été au début mais là, il était juste inquiet. Il avait peur que Moriarty ne le maltraite ou ne le garde prisonnier. Sherlock avait été touché par la sollicitude de son ami. Qu'est-ce qu'il n'aurait pas donné, en cet instant, juste pour rentrer au 221B et passer la soirée en sa compagnie. Mais il savait qu'il lui restait des choses à apprendre de Moriarty.

Non. Furieux, c'était plutôt son état à lui alors qu'il faisait voler les battants de la porte du salon d'un coup de pied.

- Je pense avoir droit à une explication, déclara-t-il à l'attention de la personne dans le fauteuil.

Moriarty releva lentement la tête de son téléphone.

- A propos de ? dit-il flegmatiquement.

- Vous le savez très bien.

- Oh ! Alors finalement, vous l'avez fait.

- Pardon ?

- Buter la petite amie de Johnny.

Sherlock crut qu'il allait exploser.

- Vous allez me dire ce qu'un vampire – envoyé par vous, elle l'a dit de sa bouche – fait à un rencard de John ?!

Moriarty posa tranquillement son téléphone sur l'accoudoir.

- Voyez-le comme un entraînement en conditions réelles, dit-il.

- Un entraînement ? répéta le détective, blasé. Et qu'est-ce qui se serait passé si je ne l'avais pas suivi ce soir-là ?

- Mais vous l'avez fait.

- J'aurais pu rester ici.

- Oh, dans ce cas, pauvre Johnny.

- Vous n'avez aucune décence.

- Je sais. Soit dit en passant, cet entraînement n'a pas été complètement inutile. Heureusement que Johnny était là pour vous sauver la mise. Vous êtes tellement fusionnels, tous les deux.

Sherlock ouvrit la bouche, puis la referma. Et la ré-ouvrit.

- J'y suis. Vous l'êtes vraiment, jaloux. La relation que j'ai avec John vous insupporte.

- Oh, Sherlock. Vous devenez pathétique.

- Peut-être que vous aimeriez même bien être à sa place. Vous êtes seul. Vous vous ennuyez.

- Johnny ne m'arrive pas à la cheville, dit le criminel d'un air détaché en se levant.

- Alors ne touchez plus à lui ! hurla le détective en le saisissant par les épaules.

Loin d'être impressionné, Moriarty sourit et laissa traîner un doigt sur les lèvres du détective.

- J'aime quand vous vous mettez en colère, chéri, dit-il avec appétit.

Le bandit se pencha vers lui.

- Ça rend le sang encore meilleur.

Avant que le détective n'ait pu dire un mot, Moriarty s'était accroché à lui pour l'embrasser. Rapidement, il ouvrit la bouche du détective, goûta sa langue avant de planter ses crocs dedans. Et il suça. Surpris, Sherlock se débattit. Mais le criminel le poussa sur le canapé, le força à s'assoir et se mit à califourchon sur ses cuisses. Le détective tenta de se dégager, sans succès.

Ni conviction.

Il n'arrivait jamais à dire non une fois que Moriarty avait commencé.

oOo

A partir de ce jour, Sherlock redoubla d'effort lors des entraînements. Il fallait qu'il quitte cet endroit au plus vite, sinon cet homme le rendrait fou. Et surtout, il y avait John. Il avait vu ce que Moriarty n'avait pas hésité à faire et il n'était pas tranquille. Il pourrait mieux le protéger du criminel une fois qu'il serait près de lui.

Moriarty avait perçu ses envies d'évasion et, d'un coup, était devenu plus bavard sur la question des vampires.

- Comment ça, nous sommes immortels ? répéta un jour Sherlock.

Ils étaient installés sur le balcon dans des fauteuils et observaient les passants à travers les piliers de la balustrade. C'était l'heure de la sortie des bureaux, la rue était donc animée.

- Et bien, si vous observiez l'une de vos cellules au microscope pendant un certain laps de temps, vous constateriez qu'elle demeure telle quelle. Elle ne prend pas une ride. Nous pouvons en déduire que nous ne vieillissons pas et que nous mourrons encore moins.

Sherlock battit des cils, tentant de savoir si Moriarty plaisantait. Mais il n'en avait pas l'air.

Après tout, si vivre dans un corps mort était possible, alors pourquoi pas ça ?

- D'accord, accepta le détective en se promettant de vérifier cela dès son retour. Mais alors… quel âge avez-vous ?

Moriarty gloussa.

- Ça ne se fait pas de demander son âge, Sherlock.

- Je suis juste curieux.

- D'accord, deux cents trente-neuf ans.

La mâchoire de Sherlock s'effondra.

- Ça laisse du temps pour observer le monde. Et s'ennuyer, ajouta le criminel avec une petite moue boudeuse.

- Et vous… ?

- Comme vous avez pu le constater, je suis en pleine forme.

- Et la fille, Linda ?

- Oh, elle c'est une jeunette. C'est la raison pour laquelle vous avez pu la tuer si facilement.

Le détective s'appuya sur le dossier de son fauteuil, les yeux dans le vague, digérant la nouvelle. Moriarty se pencha alors et posa une main sur la sienne.

- Restez avec moi, Sherlock, dit-il. Nous avons tellement de choses à partager pour l'éternité. Et je puis vous dire que c'est long, l'éternité. Lorsque nous sommes ensemble, nous ne nous ennuyons pas. Nous avons chacun un grand esprit à qui parler. Et nous savons ce dont nous avons besoin. Nous pouvons nous satisfaire. Notre sang est tellement meilleur que celui de n'importe quel humain, alors pourquoi s'en priver ?

Son visage se tordit en une moue chagrine.

- Tandis que Johnny, lui, ne supporta pas les dégâts du temps…

Sherlock crut qu'il se liquéfiait soudain de l'intérieur. C'était vrai. S'il était devenu immortel, alors il verrait forcément John mourir un jour !

Moriarty exerça une pression sur sa main, requérant son attention.

- Ensemble, Sherlock, nous n'avons pas à nous soucier de la mort de l'autre. Parce que nous ne mourrons pas et… bye bye les émotions ! Elles s'effacent avec le temps et elles ne viennent plus nous distraire dans nos affaires. Nous avons tous les avantages de la fonction.

Et Sherlock le savait, ce que c'était que d'être affecté.

Vu sous cet angle, la proposition était presque séduisante.

Et il comprit quelque chose.

- Alexander. C'est vous qui lui avez dit de me transformer.

Moriarty eut un regard appréciateur.

- Vous vous ennuyiez beaucoup trop, tout seul, expliqua le détective.

- Il se peut que je lui en aie touché un mot.

- Je m'en serais bien passé, contesta Sherlock.

- Oh, ne m'en veuillez pas, chéri, dédramatisa le criminel. Sinon, vous seriez mort.

Le détective le jaugea d'un air mauvais.

- D'accord. Sinon, vous en avez d'autres, comme ça, à m'apprendre ? demanda-t-il pour changer de sujet.

- Oh, je vous parlerai bien de la Dernière Solution, mais je crois que c'est un peu tôt.

Il parvint à capter l'attention du détective.

- La dernière solution ? Qu'est-ce que c'est ?

- Vous le saurez à la fin du programme, si vous restez jusque-là, bien entendu, dit le criminel en prenant congé.

oOo

Et mince. Moriarty venait de lui donner une raison de rester plus longtemps. La Dernière Solution. Qu'était-ce donc ? Une sorte de technique de suicide pour le jour où Sherlock serait à bout ? D'ailleurs, ça ressemblait au Dernier Problème, et on savait ce que cela avait donné. Cela faisait un peu peur au détective mais, en même temps, Sherlock était curieux.

D'ailleurs, serait-ce si simple, de partir ? La réponse était claire, au début, et il n'avait pas voulu répondre au criminel pour ne pas le contrarier. Mais il y avait une part de vrai dans ce que lui avait vendu Moriarty. Il ne s'ennuierait plus ; d'ailleurs, ce n'était pas arrivé depuis qu'il avait mis les pieds dans cet hôtel particulier. Moriarty était comme lui et il aimait leurs parties de chasse au milieu de la ville, puisque d'ailleurs le criminel ne tuait plus systématiquement ses victimes. C'était dire les efforts que faisait le bandit pour lui plaire.

D'ailleurs, Sherlock n'arrivait pas à définir les sentiments de Moriarty à son égard. D'un côté, il y avait un attrait indiscutable du bandit pour lui, des gestes qu'il pouvait presque qualifier de tendres, une propension à le laisser boire son sang et à le toucher. Mais de l'autre, il n'y avait rien de proprement sexuel entre eux. Moriarty n'aimait pas trop ça et le lui avait fait savoir dès le début. Ça ressemblait plus à une affection particulière.

Une affection bien tactile, en tout cas.

Cela aussi entrait en ligne de considération. Le sang de Moriarty était tellement bon. Chacune de leurs orgies était gravée au fer rouge dans la tête de Sherlock, si bien qu'elles venaient parfois le distraire dans ses pensées. Donner et recevoir était tellement grisant, plus que le détective ne l'aurait imaginé, même si les lendemains étaient souvent un peu difficiles. Cela en valait la peine.

Peu à peu, l'araignée tissait sa toile.

oOo

- Je ne resterai pas, dit-il néanmoins un jour en réponse aux sollicitations insistantes de Moriarty.

Ses propres aspirations commençaient à l'alarmer et il était temps de les enterrer une bonne fois pour toute. Dire non serait un bon début.

Le criminel prit un air boudeur.

- C'est dommage. Je pourrais vous offrir tellement plus qu'une petite série de meurtres sanguinolents.

- Je ne fais pas dans ce genre de choses, vous le savez. Ce n'est pas un cadeau.

- Alors voyez-le plus comme une énigme.

- Mais elle est résolue, dit le détective d'un ton semi-interrogatif en fronçant les sourcils.

La non-réaction de Moriarty lui indiqua le contraire.

- Elle ne l'est pas ? s'étonna Sherlock.

- Prosaïquement, si. Le coupable est bien devant vous. Mais… il faut savoir voir au-delà de l'apparence des choses.

- Un sens caché ? tenta le détective, dont les yeux pétillaient soudain d'intérêt.

- Un indice, Sherlock : tout est dans la plaie.

oOo

Cette nouvelle énigme donna beaucoup à cogiter à Sherlock.

Mais il n'était pas content du résultat. Non pas qu'il soit décevant, la chose étant même plutôt bien tournée... Non, la solution était juste alarmante.

Il chercha le criminel dans toutes les pièces de l'immeuble pour lui demander quelques éclaircissements, puis en vint à penser qu'il était au sous-sol.

Il y était. Avec John attaché sur la chaise des victimes.