Hello ! et voici ZE CHOIX !
Du combat, du suspens, une touche de gore et des sentiments qui naissent ^.^
Merci à Mimi Kitsune, Animevivie, Brenda Joyeux et Ukronia pour leur review !
Bonne lecture !
Animevivie : et oui Moriarty contrôle tout et se fait un plaisir de mener Sherlock par le bout du nez ! Quel vilain. He's got the power.
oOo
Le Fléau : Chapitre 21
oOo
- Qu'est-ce que…
Sherlock avançait lentement, jaugeant la situation.
John était attaché sur la chaise autrefois destinée aux victimes de Sherlock, bien avant qu'ils n'aient pris l'habitude de chasser à l'extérieur. Le criminel avait pris soin de le bâillonner, même s'il était peu probable que quelqu'un l'entende à six pieds sous terre. Le médecin avait une expression d'inquiétude peinte sur le visage, mais à première vue, il ne semblait pas blessé.
Moriarty était appuyé sur le dossier de la chaise, ses deux bras pendant sur les épaules de l'ancien soldat.
- Bonjour, mon cher Sherlock, je suis très très heureux de te voir, dit le criminel en prenant une voix aigüe et en faisant bouger la bouche du médecin.
- Qu'est-ce que c'est que cette mise en scène ? demanda le détective d'un ton aigre.
- Mais Johnny a simplement tenu à nous rendre visite, minauda le bandit. Parce vous lui manquez tellemeeeent et qu'il s'inquiète pour vous.
- Relâchez-le, je vous avais dit de le laisser tranquille !
- D'accord, je peux faire ça, dit-il se redressant pour faire quelques pas.
Le détective pencha la tête :
- Mais ? dit-il en réponse à la voix laissée en suspens.
- Vous restez avec moi, Sherlock.
Le détective eut un rire nerveux.
- Vous y tenez tant que ça ?
- Profondément.
- Et quand vous vous serez lassé de moi, qu'est-ce que vous ferez ? Vous ne supporterez pas que j'entrave systématiquement vos plans, car je peux vous dire que je ne serai pas toujours aussi docile. Un jour, nos points de vue divergeront pour de bon et vous ne pourrez laisser la situation ainsi.
Sherlock parlait pour gagner du temps, explorant mentalement toutes les possibilités de sauvetage. D'une, il était certain : il ne pourrait vaincre Moriarty par la force. Il ne faisait pas le poids.
Moriarty sembla s'apercevoir de son bavardage.
- Demain est demain, Sherlock. Tant de choses peuvent arriver et nous ne contrôlons pas la moindre d'entre elles… A ce propos, avant de me répondre, dites-moi ce que vous avez pensé de ma petite devinette sanglante.
La mâchoire de Sherlock se contracta. Il en avait oublié la raison de sa venue.
- Vous venez de le dire, vous ne pouvez pas prévoir le futur, contesta-t-il.
- Le nôtre, non, dit-il en secouant la tête. Nous sommes des êtres beaucoup trop complexes. Mais celui d'une simple personne comme Johnny… il n'est pas bien différent des autres et j'en ai vu défiler, des autres. Des vies entières.
- Vous ne connaissez pas John.
- Sherlock, il ne faut pas avoir vécu deux cents balais comme moi pour comprendre ce qui va se passer, dit le bandit en arrivant à sa hauteur. Un vampire et un humain. Vous croyiez vraiment que votre deal pourrait fonctionner ?
Moriarty se détourna, puis s'arrêta.
- A moins qu'une des étapes ne soit pas dans l'ordre… et pour le coup, cela pourrait devenir vraiment intéressant, ajouta-t-il en se retournant, un sourire carnassier aux lèvres.
Puis il eut un geste désinvolte.
- Mais je raconte n'importe quoi. Il n'y a pas trente-six solutions. Les humains sont et resteront de la nourriture.
Il s'approcha de John en laissant traîner ses mains sur ses épaules, le couvant d'un regard gourmand. Sherlock s'aperçut qu'il n'aimait pas du tout ça et qu'il n'avait qu'une envie : lui donner un coup bien placé afin de l'envoyer le plus loin possible du médecin.
Ce dernier non plus n'était pas serein. Il avait suivi la conversation avec un millier d'interrogations dans les yeux et regardait à présent tour à tour le criminel et le détective.
- Allons, il faut rester rationnel, Sherlock. Et mon petit doigt me dit que vous l'êtes. Voici comment les choses se présentent. Qu'est-ce qui est le plus logique, à vos yeux ? Rester avec une personne qui vous ressemble et profiter de ce que l'éternité aura à nous offrir ; ou bien laisser vos émotions vous gouverner en choisissant un ennuyeux petit être humain mortel, mettre en plus sa vie en danger et pleurer en le voyant mourir un jour ?
Sherlock resta muet, fixant son ami.
- LES EMOTIONS NE SONT PAS POUR NOUS, SHERLOCK ! hurla soudain hystériquement Moriarty.
Comme Sherlock ne réagissait pas, toujours indécis de la conduite à tenir, Moriarty s'impatienta et s'intéressa de nouveau à John. Il fit courir un doigt le long de son cou et, d'une griffe, traça une ligne rouge. Le médecin laissa échapper un petit cri de surprise, tandis le criminel récoltait une goutte de sang sur son doigt et le suçait.
Puis Moriarty se pencha sur son ami.
- NON ! protesta Sherlock.
La toile était tissée. L'insecte, englué.
Le détective ferma les yeux, prenant une décision douloureuse.
- OK, je marche, répondit-il, la voix à peine audible. Relâchez-le.
- Sans regret ?
- Aucun, dit Sherlock avec conviction.
Le criminel fit un signe de la tête en direction de John, satisfait.
Le détective s'avança et commença à dénouer ses liens.
- Ça va ? demanda-t-il en enlevant le bâillon.
- Ouais, ouais, t'inquiète pas, dit le médecin d'un ton haché.
Le brun aida son ami à se lever. Il passa son bras en travers de son dos, le soutenant sous l'épaule, et il se dirigèrent vers la sortie. Le médecin marchait bien.
- Ça va, je t'ai dit, répéta John.
- Je sais.
Sherlock ne le lâcha pas. Ils progressèrent vers l'ascenseur. Quand ils ne furent qu'à quelques mètres, Sherlock se pencha vers l'oreille de l'ancien soldat.
- Cours.
L'insecte n'avait pas dit son dernier mot.
Et Sherlock se jeta sur Moriarty.
Il n'avait pas le choix. S'il faisait mine d'accepter de rester avec le criminel et de s'enfuir ensuite, le bandit n'aurait de cesse de le pourchasser. Alors autant en finir une bonne fois pour toutes et donner une chance à John de s'échapper.
Avantages de Moriarty : sa force, sa rapidité, son ancienneté, ses griffes. Il fallait absolument qu'il se garde de ses griffes. Un doigt coupé ne repousserait pas.
Il sut que Moriarty avait prévu sa réaction quand le criminel n'eut aucun mal à lui retourner le coup. Qu'est-ce qu'il devait s'amuser, à deviner et à observer les actions éperdues du détective. Pourtant, Sherlock s'était beaucoup entraîné et n'était plus complètement un novice. Il atterrit à plat ventre et, sans qu'il ne comprenne comment, Moriarty avait bloqué son dos d'un genou et lui soulevait la tête par les cheveux.
- C'est dommage, Sherlock, tellement dommage, dit doucereusement le criminel en secouant la tête. Vous avez beau être un immortel, vous êtes d'un prévisible…
D'un simple coup de pied, le bandit le fit glisser sur le sol et le détective alla s'écraser contre le mur.
Alors qu'il se relevait, il vit une forme humaine devant l'ascenseur. John. Il l'avait entendu courir, mais apparemment le médecin n'était pas allé au bout de son but.
Idiot. Bien sûr que John ne te laisserait jamais tomber. Tu aurais dû le prévoir.
- Va-t-en, John ! Tu ne peux rien contre lui ! aboya-t-il.
Mauvaise idée. Moriarty changea soudain d'objectif.
Alors que le criminel se ruait vers le blond, Sherlock le poursuivit et se jeta dans ses jambes pour le faire trébucher.
- John, es-tu complétement idiot ? vociféra-t-il alors qu'il tenait toujours les genoux de Moriarty. Va chercher de l'aide !
Il vit le blond hocher la tête et, l'instant d'après, il eut très mal à sa main.
Moriarty venait de la lui écraser entre ses deux genoux et il avait senti un ou deux os craquer.
Le temps que les larmes lui montent aux yeux, Moriarty l'avait fait pivoter, le coinça entre ses membres et planta ses crocs dans son cou.
Le corps de Moriarty était de fer. Mais pas autant que la puissante morphine qu'il lui injectait. Elle était si douce, si enveloppante. Sherlock n'y arrivait jamais, à s'y soustraire. C'était un côté de Moriarty qui lui plaisait tant…
Il entendit un coup de feu, tandis que le corps de Moriarty tressautait. D'accord, mais là, il s'agissait de John.
Sherlock arriva à se dégager et se remit sur ses pieds. Il courut vers le fond de la salle, attirant le bandit loin de John.
oOo
La première réaction de John avait été de courir. Normal : quelqu'un lui ordonne de courir, alors, en bon soldat, il court. Mais à peine avait-il appuyé sur le bouton de l'ascenseur que déjà Moriarty avait pris le dessus sur Sherlock.
Et il était hors de question que John laisse son ami à cette ordure à la force surhumaine.
Il avait essayé de tirer, mais les deux hommes se déplaçaient tellement vite qu'il avait peur de blesser Sherlock. Il avait attendu le moment opportun, celui où Moriarty s'était mis à boire le sang de Sherlock.
Mais c'était à peine si le bandit avait sursauté. Apparemment, les balles n'étaient pas efficaces contre les vampires. Au mieux, ils ne les sentaient pas ; au pire, les projectiles les agaçaient, comme une vulgaire épine.
Et puis Sherlock était reparti vers le fond de la pièce, Moriarty sur les talons. A présent, les deux hommes se battaient, échangeant coup sur coup. Sherlock n'était pas aussi puissant que Moriarty, mais il se défendait bien. Le criminel était allé s'écraser une fois contre le mur, le détective au moins deux, mais ce dernier avait réussi à mordre la main du bandit. C'était plutôt un bon score.
Mais Moriarty avait plus d'endurance. John voyait que Sherlock faiblissait. C'est alors qu'il vit un éclair rouge, suivi d'un hurlement, puis le détective tomba à genoux. Il se tenait le ventre. Puis il se recroquevilla, cessant de lutter, endurant les coups et les écorchures que lui infligeaient les griffes du criminel. Le sang giclait. Le sang était partout : dans ses boucles d'ébène, dans son dos, sur ses épaules et ses bras. John piétinait sur place. Pourquoi donc Sherlock restait-il immobile ? Pourquoi ne se défendait-il pas ? Était-il blessé ? En réalité, l'ancien soldat ne savait pas que le premier coup de griffe lui avait déchiré l'abdomen et que Sherlock était tout bonnement en train de retenir ses boyaux, en attendant que sa peau cicatrise. Et puis, soudain, le détective se releva et se remit à répliquer. John souffla de soulagement, mais ce fut de courte durée.
Le médecin voulait l'aider mais il ne savait pas quoi faire. Il ne voulait pas aller chercher de l'aide, de peur qu'il n'arrive quelque chose de fâcheux à son ami pendant son absence. Il ne pouvait pas non plus passer de coup de fil car le réseau ne passait pas au sous-sol. Et il ne pouvait pas tirer car les deux hommes se battaient au corps à corps et parce que la configuration des lieux ne le permettait pas – une balle pouvait rebondir trop facilement. Si on ne pouvait pas blesser Moriarty, il fallait le distraire alors, comme avec Linda. Mais comment ? Moriarty ne se laisserait pas duper par lui. Ah si ! Et s'il s'entaillait la main pour faire couler son sang ? Mais non, car Sherlock serait distrait aussi, et autrement plus que le criminel…
Ses pensées s'accélérèrent quand Moriarty mordit de nouveau Sherlock. Et cette fois, le bandit le tenait bien. En fait, il ne pensa plus. Moriarty était immobile et ça lui suffisait. Il courut vers les deux hommes. Il s'arrêta. Considéra sa cible. C'était risqué, mais il n'avait plus le choix.
Il tira dans la cheville de Moriarty et trancha le tendon.
Le criminel eut un hoquet de surprise. Il s'effondra. John vit alors l'éclair d'une lame, qui transperça le cœur du criminel.
- Le cœur, James.
Sherlock se trouvait à présent accroupi sur le corps étendu de Moriarty. Il tenait le couteau des deux mains, embrochant son adversaire contre le sol.
- C'est votre faiblesse et vous me l'avez dite. Vous vous êtes trop pris au jeu.
La poitrine de Moriarty tressauta. Il riait. Du sang coulait de sa bouche.
- Vous auriez dû m'appeler James plus souvent, dit-il dans un gargouillis.
Il tendit une main vers Sherlock. Le détective la prit et la reposa au sol, mais il ne la lâcha pas.
- Adieu, dit le détective.
Les yeux de Moriarty se voilèrent.
oOo
Sherlock et John demeurèrent interdits pendant un moment, respectant sans doute la mort du criminel. Puis John se leva. Il remarqua d'une, que Sherlock était loin de vouloir en faire de même et de deux, qu'il n'avait pas lâché la main du criminel.
Était-il en état de choc ?
- Sherlock, ça va ? s'enquit-il.
Pas de réponse.
- Sherlock ?
Le médecin s'accroupit à côté du cadavre et lui ferma les yeux. Peut-être cela aiderait-il Sherlock. Puis il examina de nouveau son ami. Il n'avait pas bougé. Son regard était fixe, comme hypnotisé par la dépouille de son ennemi et sa bouche légèrement entrouverte.
- Sherlock !
Il prit sa main qui était restée sur celle du mort. Sherlock sursauta et sembla enfin le remarquer. John la dénoua doucement.
- Il faut y aller, qui sait si les sbires de Moriarty ne vont pas débouler.
Le détective hocha deux fois la tête.
- Oui, oui, tu as raison…
Les deux hommes se levèrent et John tendit un briquet à Sherlock :
- Fais-le. Brûle-le.
Le détective l'accepta après un moment d'hésitation.
Il recula, serra l'objet dans sa main, le regarda d'un air vide et déglutit. Puis il se décida et lança un dernier regard au criminel. Il alluma l'objet et le lança sur le cadavre. Il resta là à regarder son ennemi se consumer.
John s'approcha et posa une main sur son épaule.
- Il ne fera plus de mal à qui que ce soit, dit-il pour le réconforter.
Sherlock ne répondit rien et tourna les talons.
Il se dirigeait vers l'ascenseur lorsqu'un reflet attira son attention sur le sol. Il s'approcha et découvrit une petite fiole, remplie d'un liquide transparent. Elle était probablement tombée de la poche de Moriarty pendant leur combat. Il prit l'objet. Pas d'étiquette.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda John en s'approchant.
Le coin de la bouche de Sherlock s'étira.
- La Dernière Solution, dit le détective en tenant l'objet devant ses yeux gris.
oOo
Sherlock resta amorphe pendant deux jours. Après avoir déposé la fiole en main propre au laboratoire travaillant sur l'antidote pour la faire analyser, il était rentré avec John à Baker Street. Il s'était enfermé dans sa chambre et était resté sourd aux sollicitations de son ami. John l'avait laissé tranquille, se disant que c'était toujours plus ou moins un traumatisme de tuer quelqu'un et que le détective avait besoin de solitude pour se remettre. Le lendemain, il l'avait trouvé dans le salon, sur le canapé, et en avait conclu à un petit progrès.
Le soir, quand il rentra du travail, il constata que la poche de sang qui était arrivée le matin était toujours dans le réfrigérateur. Sherlock n'y avait pas touché et, à sa connaissance, il ne s'était pas nourri la veille.
Le médecin vint s'asseoir à côté de ses jambes, sur le canapé. Il était temps d'intervenir.
- Sherlock, il faut que tu te nourrisses, dit-il d'une voix douce en lui montrant la poche de sang. Tu n'as rien avalé depuis deux jours et, entretemps, tu t'es battu avec Moriarty. Tu dois être affamé.
Ce ne pouvait qu'être vrai. Les joues du détective étaient creusées et son teint était grisâtre.
Le brun regarda la poche sans conviction. Sherlock qui ne voulait pas se nourrir ? Ce n'était pas bon. Pas bon.
Le médecin prit une grande inspiration.
- Écoute, dit-il. Je ne sais pas ce qui s'est passé entre toi et Moriarty. Mais ce que tu as fait était nécessaire. Il était sur le point de nous tuer et c'était de la légitime défense.
Le détective reporta son attention au plafond.
- Tu es bien placé pour savoir que ça ne pouvait que mal finir, tout ça. Il t'a forcé la main et tu as répondu présent. Il n'aurait jamais dû te poser un tel ultimatum.
Les paupières du brun se firent lourdes.
Le médecin soupira, balaya la pièce du regard et se passa la main dans les cheveux. Puis il appuya son menton dans sa paume.
- Est-ce que tu regrettes ? demanda-t-il après un silence.
Cette fois, Sherlock se releva. Son air abattu avait laissé place à une expression d'incompréhension.
- C'est vraiment ce que tu penses ? demanda-t-il d'une voix rauque.
Le médecin se redressa, réflexe de soldat.
- Euh…
Le détective l'agrippa brusquement par les épaules et planta son regard clair dans le sien.
- Ne crois pas cela une seconde, John, dit le détective, manifestement énervé. Car si ce n'était hier, il t'aurait tué un jour ou l'autre. Pour s'amuser, ou plus probablement pour faire taire les émotions en moi.
Le médecin se laissa envelopper par ce regard d'acier, dur de conviction et doux d'émotion. Le détective croyait fermement ce qu'il disait.
- Mais tu aurais pu, dit le blond.
- Pu quoi ?
- Rester avec lui. Vous aviez beaucoup de choses en commun, dit le médecin avec amertume. Plus… qu'avec moi.
Sherlock resserra ses mains sur ses épaules, si bien que le médecin en eut presque mal.
- Écoute-moi, John. Moriarty est quelqu'un de bas. Ce qu'il a fait tout au long de sa vie n'est que perversion et corruption. Il n'a fait que semer la mort, le chaos et le désespoir, ce qui est à mon sens hautement répréhensible. En cela, il ne t'arrive même pas à la cheville, John.
Le médecin se sentit rougir sous le compliment. D'un coup, il eût envie de prendre le détective dans ses bras. De lui dire à quel point il avait changé depuis le moment où il clamait haut et fort être un sociopathe et ne pas se soucier des autres. Et surtout, de le remercier. De le remercier de tenir autant à lui au point de renoncer à la plus brillante distraction au monde.
Mais John ne fit rien de tout cela. Il savait pertinemment que le détective n'aimait pas les grandes démonstrations d'affection. Alors il se contenta de cette douce chaleur qui se diffusait dans sa poitrine et qui, il le sentait, était aussi peut-être en train de lui monter à la tête.
Il posa tout de même sa main sur son bras et lui sourit.
De son côté, le détective faisait une drôle de tête. Il semblait perplexe. Est-ce le blond était en train de lui sourire trop bêtement ?
L'ancien soldat s'éclaircit finalement la gorge et essaya de changer de sujet.
Les bras de Sherlock retombèrent, presque à regret.
- Moriarty, quand il parlait d'éternité, c'était une image ?
Le détective secoua brièvement la tête, comme pour se remettre les idées en place.
- Pour Moriarty, les personnes comme nous sont immortelles, répondit-il.
- Au sens propre ?
- Exactement. Il dit que nos cellules ne vieillissent pas, et que nous pouvons rester ainsi pendant très longtemps.
- C'est une blague ?!
- Il n'avait pas l'air de plaisanter. Et j'ai des raisons de penser qu'il n'avait peut-être pas tort.
Le détective sortit le couteau avec lequel il avait poignardé le criminel. Il l'avait soigneusement nettoyé et la lame paraissait comme neuve. Il se fit une petite entaille sur le dos de la main.
Le sang coula, mais la plaie commença à se refermer peu à peu sous les yeux ébahis de John.
Le médecin lui saisit la main et l'examina de plus près.
- C'est… c'est… c'est incroyable ! s'exclama-t-il, le souffle lui manquant.
- Oui, je sais, tu me l'as dit une centaine de fois.
- D'accord, mais là… c'est surnaturel ! Ta peau est impeccable, c'est comme si elle n'avait jamais été coupée !
- Tu vois la vitesse à laquelle mes cellules se sont reconstituées ? Si elles sont capables de le faire à l'infini, alors peut-être suis-je capable de ne jamais mourir.
Le détective récupéra sa main.
- Bref, une seconde visite au labo s'imposera.
John secouait la tête, n'en revenant toujours pas.
- Sherlock, je sais que nargues beaucoup de choses en ce bas-monde mais là… c'est la médecine que tu défies !
- Elle n'a qu'à bien se tenir.
John opina devant ce magnifique trait de modestie.
- Et sinon, qu'est-ce que Moriarty t'a enseigné d'autre ?
- Deux ou trois petits trucs, dit le détective d'un air vague en saisissant la poche de sang que John avait posée sur le canapé.
oOo
Le lendemain, samedi, c'était le jour de congé de John. Le médecin se sentait particulièrement fébrile, ce matin. C'était à cause du manque. La montée d'adrénaline de l'avant-veille et le souci qu'il se faisait à propos de Sherlock lui avaient permis de mettre cela de côté, mais il n'y couperait plus à présent. Il vérifia que sa boîte de cigarettes était bien dans la poche de son manteau. Il ne pouvait pas fumer maintenant, sinon Sherlock le sentirait. Non, il ne fallait plus fumer tout court. Sherlock était revenu, il n'en avait plus besoin. Il n'avait qu'à le lui demander.
Les deux hommes passèrent au laboratoire pour faire quelques prélèvements sur Sherlock afin d'étudier la théorie de l'immortalité. Ils reviendraient dans une semaine en faire d'autres. Peut-être auraient-ils les résultats de l'analyse de la fiole, d'ici-là.
Alors que John patientait dans la salle d'attente, il se sentit particulièrement mal. La pièce avec ses murs nus l'oppressait, elle lui paraissait étrangement exiguë. Il avait chaud. Il transpirait. Il baissa les yeux et s'aperçut que ses mains tremblaient de plus en plus. Il les joignit ensemble pour essayer de calmer les spasmes.
Sherlock réapparut. En un regard, il sut que quelque chose n'allait pas.
- Qu'est-ce qui se passe, John ? demanda-t-il.
La secrétaire leur jeta un coup d'œil distrait derrière le guichet.
- Viens.
Le médecin le saisit par le bras et l'entraîna vers la sortie.
Ils sortirent dans la ruelle calme. John vérifia aux alentours : personne. John le guida dans un espace entre deux immeubles.
- Mords-moi, dit-il.
Un tic agita le visage de Sherlock.
- Ici, en plein jour ?
- Oui. Je suis sûr que la poche d'hier ne t'a pas suffi après tous ces évènements.
Le détective recula, étudiant son ami.
- Je te remercie, mais ça ira pour l'instant.
Il fit mine de partir, mais John lui barra le passage.
- Sherlock, je… baragouina-t-il. Pitié. Pitié.
La bouche de Sherlock s'ouvrit lentement, tandis que ses yeux s'agrandissaient.
- Pourquoi y tiens-tu vraiment ? voulut-il savoir, suspicieux.
- OK ! C'est pas grave, alors, c'est pas grave, se braqua le blond.
Tant pis.
Il se détourna et rejoignit la rue. Là, il attrapa son paquet de cigarettes avec des gestes maladroits dus aux tremblements de ses mains.
Sherlock le suivait lentement, intrigué, observant chacun de ses mouvements.
- Tu fumes, maintenant, John ? s'étonna-t-il alors que le médecin allumait une cigarette.
Le blond haussa les épaules, tirant une bouffée.
- Chez Moriarty, le fait que tu aies un briquet sur toi m'avait mis la puce à l'oreille, mais là, ça ne fait plus aucun doute, dit le détective avec un air profondément désolé. Tu ne fumes pas juste parce que tu t'inquiètes pour moi ou parce que tu t'ennuies.
Le médecin fit un geste de tête dans sa direction.
- Ah ouais ? demanda-t-il.
- La morphine. Tu es devenu accro.
Le médecin secoua la tête d'un air entêté alors que la fumée volait autour de lui.
- Et tu veux ton shoot, appuya le brun.
- C'est ridicule. Je ne suis pas un junkie.
- Le déni ne te va pas, John. Tu es beaucoup trop pragmatique.
- Je te dis que tout va bien, insista le médecin.
- Alors c'était quoi, ça ? s'exclama le détective en s'animant. Un simple élan de générosité ?
John ne répondit rien. Croyait-il vraiment duper le grand Sherlock Holmes comme ça ? Le manque lui faisait tourner la tête.
Le détective se détourna et partit, furieux.
oOo
John ne revit pas Sherlock avant la soirée. La journée avait été particulièrement pénible pour lui et il avait dû finir son paquet de cigarettes pour avoir l'esprit un peu plus clair. Bon, il allait dîner rapidement et il irait se coucher tôt. Demain, cela irait probablement mieux. Enfin, il espérait.
Il venait de mettre la vaisselle sale dans l'évier lorsque son ami réapparut.
- Hello, dit le blond d'une voix sans timbre.
Dans la pièce simplement éclairée par la lumière tamisée de la lampe de salon, le détective avait une mine aussi éteinte que la sienne. John jurerait qu'il avait passé la journée à divaguer sans but dans la ville.
- Allez viens, dit le détective en désignant le canapé de la tête.
D'un coup, le moral de John grimpa en flèche. Il s'assit docilement sur le sofa à côté de son ami.
Le détective le regardait d'un air à la fois dur et compatissant.
- Ça ne me fait pas plaisir que tu en sois arrivé là, John, je veux que tu le saches, déclara le brun.
- C'est temporaire, Sherlock, on finira bien par trouver une solution. En attendant… ne me dis pas que tu n'en as pas envie.
Le blond dégagea le coin de son cou, là où il savait que Sherlock aimait mordre. Une lueur gourmande passa dans les yeux du brun.
- Bien sûr que non, dit-il.
Le détective attrapa son ami et resta quelques secondes à humer son odeur, fermant les yeux. Il laissa ses lèvres errer sur la peau de John, ce qui le fit frissonner. Et il mordit.
Le médecin poussa un cri. Il ne se rappelait pas que c'était aussi douloureux. Les souvenirs idéalisés qu'il gardait de la morphine avaient fini par effacer tout le reste. Heureusement, la douleur ne dura pas longtemps. La morphine tant désirée était là. Et ce fut comme si John tombait. Peu à peu, il récupérait ce qu'il avait perdu. Il sentait le doux flux de la molécule reprendre sa place à l'intérieur de son organisme, laissée vacante pendant beaucoup trop longtemps. Il ressentit une immense sensation de plénitude, plus grande qu'il ne s'y attendait, et se demandait comment il avait fait pour ne pas devenir fou pendant tout ce temps-là.
Il gémit, le corps plus décontracté que jamais, et s'abandonna dans les bras du détective. C'était si bon. Cela ne devait jamais s'arrêter.
Pourtant, c'est ce qui arriva. Sherlock se redressa, essuyant sa bouche avec sa main. John le regarda sans comprendre.
- C'est tout ? demanda-t-il.
- Oui. Je te l'ai dit, Moriarty m'a appris à contrôler ma soif.
- Oh.
Le détective se pencha de nouveau sur lui.
- Il m'a aussi appris ça.
Et Sherlock lécha la morsure sur le cou de son ami.
Le médecin sursauta.
- Putain ! Qu'est-ce que tu fais ? s'étrangla-t-il.
- Regarde par toi-même.
Sherlock lui prit la main et l'appliqua à l'emplacement de la plaie. Le médecin toucha son cou et inspecta ses doigts.
- Il n'y a plus rien ! s'écria-t-il.
- Évidemment, ça ne fait rien contre la morphine, mais c'est mieux que rien.
- C'est merveilleux ! Je n'ai même plus mal.
Le détective sourit devant l'enthousiasme de son ami. Puis il se permit de dégager un peu plus le col du blond.
- Il y a d'autres cicatrices, constata-t-il, et John fut frappé par la tristesse qui émanait de lui.
- Ça va partir.
- Tu pourrais aussi les garder toute ta vie.
Le médecin soupira.
- OK, vas-y.
Le détective s'exécuta, goûtant la peau de son ami. Il devait aimer ça, puisqu'il prenait son temps, insistant sur certains endroits. Le blond, de son côté, ressentait des sensations étranges dans l'estomac. Il luttait pour ne pas que sa respiration s'emballe trop. Le détective le chatouillait ; oui, ce devait être ça. Juste ça.
Sherlock se recula et s'attaqua à son poignet. Cette sensation était bizarre également et il se concentra sur le visage de son ami. Le détective le léchait avec application, comme un chat qui faisait sa toilette. Les yeux clos, le visage serein, sa pâleur était atténuée par la lumière chaude de la lampe. Il paraissait totalement inoffensif. Et, John devait le reconnaître à travers son esprit toujours embrumé par la morphine : beau.
Le détective ouvrit les yeux, surprenant son regard. Les paupières de John papillonnèrent et il s'empressa de regarder ailleurs. Sherlock cessa de prodiguer ses soins à son poignet et le posa sur le genou du blond. Mais il ne le lâcha pas, songeur, faisant courir son pouce là où la peau était comme neuve.
- On est devenus accros l'un à l'autre, John, dit-il d'une voix douce.
