Alors que le sas d'arrivée était exceptionnellement peu rempli, deux hommes commencèrent à se matérialiser à deux pas l'un de l'autre. C'était un événement qui avait lieu assez rarement car cela n'arrivait qu'à des personnes de même famille ou ayant un lien important, comme celui de maître-élève ou parrain/marraine-filleul.
Ce fut le plus âgé qui, le premier, prit conscience de son nouvel environnement. Quelque peu désorienté, il regarda tout autour de lui, avant de s'arrêter sur le visage juste à côté de lui qui arborait le même air perdu que lui-même avait quelques secondes auparavant.
– Toi ! Qu'est-ce qui ne va pas chez toi ? Tu as osé lever ta baguette contre moi alors que ta mère est morte pour te sauver ! s'écria Barty Croupton Sénior.
Ces quelques paroles brutales permirent au jeune homme de terminer de s'ancrer totalement dans sa nouvelle réalité. Reconnaissant à son tour celui qui l'avait abordé avec une voix pleine de colère et de ressentiments, Barty Croupton Junior s'emporta à son tour contre son interlocuteur.
– Et alors ? En quel honneur aurais-je dû te respecter ? C'est toi qui m'a condamné à Azkaban. C'est toi qui n'a rien fait pour m'en libérer. C'est à cause de ton inaction que Mère a décidé de prendre ma place. Et à quoi a donc servi son sacrifice ? A rien ! Parce que tu m'as immédiatement mis sous Impérium.
– Si je ne l'avais pas fait, tu te serais retourné contre moi bien plus rapidement et tu serais parti chercher Tu-Sais-Qui. Grâce à moi, Harry Potter a pu avoir une enfance tranquille dans la famille de sa tante, loin du monde sorcier et de Celui-qui-a-tué-ses-parents.
– Tu es ridicule, cracha Barty Junior. Aucun de nous ne savait que le Seigneur des Ténèbres était toujours en vie. Si tu m'en avais laissé la possibilité, qui sait si je n'aurais pas cherché à me racheter ?
– Tout ce que tu aurais réussi à faire, c'est détruire encore plus ma carrière. Et tu étais bien trop en admiration devant ton Maître pour regretté tes actions passées.
– Tu vois, c'est exactement pour cette raison que j'ai décidé de me tourner vers Lui : Il était bien le seul qui me reconnaissait à ma juste valeur. Pour toi, je n'étais qu'un poids freinant ton ascension vers le siège de Ministre de la Magie. Et Mère, elle, ne faisait que te suivre passivement.
Et alors qu'ils continuaient à s'envoyer des phrases de plus en plus violentes, une femme vêtue d'une longue robe blanche s'approcha tranquillement d'eux. De paisible et calme, son visage se colora de déception et de peine en entendant la joute verbale des deux hommes. Lorsqu'enfin elle arriva à leurs côtés, elle prit une grande respiration avant de les gifler violemment tous les deux. D'étonnement, ils se turent brusquement et se tournèrent d'un même mouvement vers celle qui les avait rejoint.
Alors leurs yeux s'ouvrirent de stupéfaction. Face à eux se tenait une matriarche dans toute sa splendeur, dont l'autorité naturelle. Face à eux se trouvait Victorya Croupton, femme de Barty Sénior et mère de Barty Junior.
– Messieurs ! J'avais espéré que vous auriez profité du temps que je vous avais offert pour mettre enfin les choses à plat entre vous… Mon fils, as-tu dit à ton père à quel point tu l'admirais et combien tu voulais devenir comme lui plus tard ? Et toi, mon tendre époux, as-tu avoué à Junior dans quel état tu étais suite à sa condamnation ? Vous faites bien la paire, tous les deux. Vous êtes désespérants. Vous allez maintenant me faire le plaisir de vous dire tout ce que vous avez sur le cœur. Tant que ce ne sera pas fait, je ne vous laisserais pas sortir du sas de l'Après.
Les deux hommes se regardèrent ahuris suite au petit discours de Victorya. Ils étaient ébahis tant par l'autorité qui se dégageait d'elle que par les mots qu'elle avait dit.
– J'attends… s'impatienta la jeune femme. Bart, tu pourrais commencer puisque tu es le père. Et Jun' prendra la suite. Je peux vous aider pour compléter, mais c'est à vous de faire le premier pas.
Devant le ton ferme de sa femme, Barty poussa un grand soupir afin de repousser un peu plus le moment où il prendra la parole. Il arrivait facilement à parler devant une grande foule mais avait vraiment horreur de parler de ses sentiments. En effet, dans la première situation, il arrivait à comprendre ce que voulait entendre son public ; il pouvait donc jouer avec ces attentes. Ici, il devait dire ce qu'il avait vraiment sur le cœur, ce qu'il devait enfouir au plus profond de lui lorsqu'il travaillait. Et à force de taire cela, il avait d'autant plus de mal à en parler. Après un énième soupir, il se lança :
– Jun', te voir passer devant moi a été la chose la plus difficile de ma vie. Après que Voldemort ait été déclaré mort, j'avais tout fait pour cacher ton appartenance à son groupe. J'ai été jusqu'à falsifier certains éléments qui auraient pu t'incriminer ou te rendre suspect. Et pourtant, il a fallu que tu continues de jouer avec les mangemorts. Et que tu te fasse prendre par des Aurors lors d'une de ces activités. A croire que tu voulais vraiment te retrouver devant moi. C'était pire que tout. Et je ne pouvais pas te donner une peine légère : tu exhibais fièrement la marque de ton maître. J'étais dans l'obligation de te donner la peine qu'ont reçue tous les mangemorts. Néanmoins, j'ai pu te mettre dans la partie la plus éloignée des détraqueurs. Ce qui t'a permis de garder ta lucidité plus longtemps que bien des personnes.
– Tu oublies de dire ce qui c'est passé après, Bart. Ce que ton père ne t'a pas dit, enchaîna-t-elle en se tournant vers son fils, c'est que suite à ton procès, il est tombé dans une profonde dépression. Il n'a réussi à en sortir qu'à partir du moment où il a commencé à chercher une solution pour te sortir de là-bas. Il a commencé par chercher dans tous les textes de lois. Sorciers et moldus. Puis, il s'est renseigné sur Azkaban. Au fur et à mesure que ses recherches faisaient choux blanc, il se remit à désespérer. Il se disait qu'il aurait mieux fait d'y être envoyé à ta place, puisqu'il n'avait pas réussi à te garder loin de Voldemort. C'est ainsi que lui est venu l'idée de prendre ta place. Il a tout préparé lui-même.
– Mais dans ce cas, pourquoi ai-je échangé avec toi et non avec lui ? A-t-il pensé que c'était la seule façon pour lui de rester en vie ? Et ça n'explique toujours pas l'Imperium continu.
– Ta mère a refusé que je le fasse. Elle était persuadée que tu aurais plus besoin de moi que d'elle. Et pour l'Imperium, je n'avais pas le choix. Lorsque je t'ai récupéré d'Azkaban, tu délirais. Tu remerciais ton Maître et tu chantais ses louanges. Je ne pouvais décemment pas te laisser sortir. Et les seuls ordres que je t'avais donné étaient de ne pas sortir de la maison et de ne pas chercher Tu-Sais-Qui.
– Ainsi que de ne pas te déranger et venir te voir. Tu m'as condamné à la solitude et à l'ennui.
– Ne pas me déranger, certes, mais uniquement quand je devais parler avec le Ministère que ce soit lors d'un appel cheminée ou d'une visite. À partir de ton retour à la maison, tu me venais me voir tout le temps et j'ai dû lancer plusieurs Oubliettes. Or, les agents du Ministère sont bien plus attentifs que des personnes ordinaires face à des pertes de mémoire. Je ne pouvais pas éveiller leurs soupçons et attirer leur suspicion sur nous. Mais évidemment, tu refusais de faire attention. C'est pourquoi j'ai dû rajouter cet ordre supplémentaire. Mais pour qu'elle raison voulais-tu tant le retour de Tu-Sais-Qui ?
– C'est le seul qui m'a vraiment porté attention. Tu n'as jamais vu tous mes efforts, pas plus que tout ce que je faisais pour te rendre fier et te ressembler. C'est le seul qui m'a encouragé, qui m'a poussé à améliorer mes talents. Tu ne m'as jamais félicité pour mes matchs de Quidditch. Je ne sais même pas si tu étais au courant que j'ai été dans l'équipe de Serpentard !
– Mais… Bien sûr que je t'ai suivi avec attention ! J'ai même pu voir plusieurs de tes matchs à Poudlard. En tout discrétion, évidemment, pour éviter que tous les parents essayent de le faire également. Pourquoi penses-tu que je t'avais offert des protections de coudes et de genoux ? C'était pour éviter que tu ne te blesses, au moins durant tes entraînements. Je savais également à quel point tu étais doué avec les potions et les sortilèges. Tout ce que Tu-Sais-Qui faisait, c'était te faire miroiter ce que tu voulais et te faire croire qu'il était le seul à pouvoir te l'apporter. J'avais pourtant essayé de t'avertir, mais plus je le faisais, plus tu t'éloignais de moi.
– Tu vois, Jun' ! Savais-tu également que c'est ton père qui m'a convaincu de te laisser à Poudlard ? Quand la puissance du Seigneur Noir a pris de plus en plus d'ampleur, je voulais qu'on quitte l'Angleterre pour aller en France ou aux Etats Unis. Mais il a pensé que tu préférerais rester avec tes amis. Vous voyez aque vous auriez gagné à vous parler ? Dire qu'il a fallu attendre de se retrouver sur l'Après pour que vous commenciez à ouvrir les yeux… Maintenant, j'ai des personnes à vous présenter. Suivez-moi !
Et la petite famille sortit enfin du sas d'arrivée, après une longue mais nécessaire discussion qui serait probablement suivie par de nombreuses autres.
