C'est vendredi ! Voici donc le chapitre suivant !

Merci à Animevivie, Yu, Mimi Kitsune et Elodouuu pour leur review !

Animevivie : c'est les retrouvailles et nos deux amis sont contents de se retrouver héhé !

Yu : merci pour ta review, ravie que mon histoire te plaise :D j'espère que la suite te plaira aussi !

Elodouuu : oui, nos deux tourtereaux se retrouvent et ça promet ! voici la suite sur un plateau ^.^

Bonne lecture !

oOo

Le Fléau : Chapitre 22

oOo

On est devenus accro l'un à l'autre, John.

Putain, Sherlock n'avait pas tort.

Il n'arrêtait pas de penser à ce moment. Celui où il avait bu son sang après plus d'un mois d'abstinence. Cela avait été comme une libération, oui, c'était le mot. John savait qu'il en crevait littéralement d'envie, mais pas à ce point. Pendant l'absence de Sherlock, il avait essayé les cigarettes, les femmes, mais rien n'était comparable au plaisir que Sherlock venait de lui procurer. Malgré tout, il refusait de dire qu'il était un junkie. Il était juste accro à Sherlock.

Car il n'y avait pas que la morphine. Il y avait aussi Sherlock. Sherlock qui se souciait constamment de son bien-être. Sherlock qui l'entourait de ses grands bras, le serrant fermement comme s'il avait peur qu'il ne s'échappe. Son corps puissant contre lui qui ferait obstacle à n'importe quel danger, comme Linda ou Moriarty. Ses lèvres parcourant sa peau, déclenchant à coup sûr une chair de poule fiévreuse. Sa bouche qui s'appuyait contre son cou et ses bruits scandaleux de déglutition quand il buvait. Et sa langue, sa langue qui…

John s'appuya contre la fenêtre de sa chambre. Cette morphine améliorée était en train de lui retourner complètement la tête. Était-ce des pensées appropriées à l'égard de son colocataire ? Certes, ils se trouvaient tous les deux dans une situation inédite, menant inévitablement à plus de contacts physiques, mais Sherlock restait son ami. Point. Il était hors de question de franchir cette limite. Et de toute façon, John n'était pas gay. Non, ce devait être du réconfort. Juste du réconfort. On en avait toujours besoin.

Quelques jours plus tard, John rentrait du travail quand il trouva Sherlock au téléphone. John nota son air fiévreux alors qu'il raccrocha.

- Une mauvaise nouvelle ? demanda le médecin, inquiet.

- Oh non. Bonne. Très bonne.

Le détective joignit les mains sous son menton, comme s'il tentait de rassembler ses idées. La commissure de sa bouche tremblait. Il avait l'air sérieusement secoué.

- Alors, dis-moi ? demanda le blond alors que le silence s'éternisait. De quoi s'agit-il ?

- De la Dernière Solution.

- Je n'aime pas trop ce nom… répondit le blond avec une grimace. Tu parles de la fiole qui est tombée de la poche de Moriarty ?

- Oui, oui, il n'y en a qu'une ! dit le détective, agacé. C'est comme ça que Moriarty l'appelait. J'ai d'abord pensé que c'était une sorte de poison qui… m'aiderait à résoudre mon problème, un dernier recours. Mais il n'en est rien. C'est le labo qui m'a appelé à l'instant, ils ont terminé les analyses. Et la Dernière Solution n'est pas un poison. Non. C'est un antidote.

La mâchoire de John se décrocha. Il croyait avoir mal entendu mais non, Sherlock venait bien de prononcer le mot « antidote ». Alors cela voulait-il dire que tout était fini ? Sherlock allait arrêter d'avoir constamment envie de tuer des gens et tout redeviendrait comme avant ?

Une bouffée de joie monta en lui.

- L'équipe de recherche a réussi à le synthétiser et l'a testé sur des rats infectés, avec des résultats positifs, continua Sherlock. Puis sur Alexander. Et crois-moi ou non, il est redevenu un être humain normal.

- Mais… mais c'est magnifique, Sherlock ! Et… inespéré ! Tu vas enfin pouvoir te débarrasser de cette saloperie !

- Oui, il y a juste un petit bémol.

- Ah bon ?

- Le taux de réussite est de cinquante pourcent.

- Ah, se calma le médecin. Une chance sur deux, alors. Bon, OK. Au pire, tu auras essayé. Il n'y a pas d'effet indésirable ?

Le détective pinça les lèvres.

- Il y a cinquante pourcents de chances que je guérisse… et cinquante pourcents de chances pour que j'y passe, éclaircit-il.

Toute la joie que John venait de ressentir se mua en désarrois.

- Tant que ça ? balbutia-t-il.

- John, mon corps est mort. Cet antidote n'est pas une solution anodine.

- OK alors… Tu prends pas ce truc, s'opposa-t-il fermement.

- Oh que non. Enfin du moins pas tout de suite. L'équipe va travailler à augmenter le taux de réussite.

- Bonne idée.

John s'assit dans son fauteuil. Après la journée qu'il venait de passer, ses jambes déclaraient forfait.

- Mais c'est un bon début, ajouta-t-il avec un sourire.

- Très bon.

Il se laissa aller, expirant un bon coup.

Sherlock marcha lentement vers la fenêtre, réfléchissant intensément.

- Donc Moriarty disposait de l'antidote… marmonna John, pensif. Au moins, il nous aura rendu service.

Sherlock ne répondit pas, examinant les passants.

- Mais… je ne comprends pas, continuait le médecin. Moriarty a passé deux mois à t'enseigner plusieurs choses et il était clair qu'il voulait te garder avec lui. Pourquoi diable t'a-t-il parlé de ce truc alors qu'il ne voulait assurément pas que tu l'utilises ? Ça n'a pas de sens !

- Essaie de comprendre la logique de Moriarty, tu en perdras beaucoup de cheveux. Non, je pense qu'il aimait simplement s'amuser avec moi et qu'il voulait surtout vendre l'antidote sur le marché noir. Qui sait, il m'aurait peut-être lavé la tête pour me convaincre de ne pas le prendre tout en me l'agitant sous le nez. Il aime bien les challenges de ce genre.

L'expression perplexe de John n'avait pas quitté son visage. Putain, ce gars était vraiment tordu.

Il observa Sherlock qui avait pris une mine sombre. Ça lui arrivait, parfois. De contempler des objets sans même les voir, la mort dans l'âme. Vraisemblablement, il n'arrivait pas à se remettre de ce qu'il avait fait au criminel.

Ça turlupinait John. Certes, il n'aimait pas voir son ami aussi abattu… et il n'aimait pas non plus que Sherlock consacre autant de pensées à un homme qui n'en valait pas la peine.

Le médecin tapota nerveusement des doigts l'accoudoir du fauteuil. Il y avait quelque chose qu'il avait envie de savoir.

- Sherlock, je sais que ça ne me regarde pas mais… qu'est-ce qu'il s'est passé entre Moriarty et toi ? se lança-t-il.

Le détective plissa les yeux, le sondant de son regard clair. D'un coup, John regretta d'avoir posé la question.

- Pourquoi ? Tu es jaloux ? demanda-t-il d'un ton mielleux.

- Non, non, se défendit John en grimaçant. J'essaie juste de comprendre pourquoi tu as tant de mal à t'en remettre.

- Mais je vais parfaitement bien.

- Comme il y a dix secondes ? Je n'ai pas besoin d'être toi pour deviner que tu ne pensais pas à des choses très joyeuses.

Sherlock eut un rire moqueur mais n'ajouta rien.

- Écoute, Sherlock, tenta de nouveau le blond. La seule fois où je t'ai vu comme ça, c'était quand Irène Adler t'avait fait croire à sa mort. Donc cela pourrait vouloir dire qu'il s'est produit quelque chose de similaire, tu ne crois pas ? D'ailleurs, le seul fait que tu sois sur la défensive me laisse à penser que ça pourrait être le cas.

Le détective leva un sourcil. John avait-il réussi à l'impressionner ou se moquait-il de lui ?

Un silence suivit. John allait renoncer, quand…

- Il y a eu des affinités.

Sa voix était à peine audible. Le blond n'osa pas l'encourager de peur de le couper dans son élan.

- Des échanges de connaissances. D'idées. De fluides.

- De quoi ? intervint le blond, déconcerté.

Des échanges de fluides, Sherlock ? Avec Moriarty ? Est-ce qu'il avait bien entendu ?

- De sang, précisa le détective.

- Oh.

- C'est ce qu'il réclamait en échange. Et quand il était de bonne humeur, il me laissait aussi boire le sien.

- Et c'était comment ?

- Addictif.

Le détective semblait revivre ses souvenirs.

- En fait, les deux étaient addictifs. Mordre et se faire mordre. Je sais maintenant à peu près ce que tu ressens quand je bois ton sang. La super morphine et tout ça. Mais le sang de Moriarty… il était exceptionnel.

- Alors tu étais… accro ?

Le détective secoua la tête d'un air négligent.

- Plus depuis que j'ai goûté de nouveau à ton sang. C'est le meilleur que j'aie bu jusqu'à présent et même celui de Moriarty ne le vaut même pas.

Le médecin pinçait les lèvres. OK, il allait prendre cela comme un compliment.

- J'ai répondu à ta question ? demanda le détective d'un air distrait.

Non. Tu ne m'as pas dit ce que tu ressentais pour lui.

- Si je comprends bien, c'était juste une histoire de conversation et d'addiction.

- En quelque sorte.

D'accord. John ne saurait jamais vraiment. Il allait devoir l'accepter.

Le détective pencha la tête.

- Tu n'as pas l'air satisfait, constata-t-il. Pourquoi est-ce si important ?

Il était devenu suspicieux.

- Je me soucie de toi, soupira le blond. C'est ce que les amis font.

- Hum hum, opina le détective d'un air non convaincu.

Il sondait toujours du regard le médecin.

- Quoi ? demanda le blond.

- Je finirai bien par découvrir ce que tu me caches, John, dit le brun d'un ton énigmatique.

- Mais je ne te cache rien, Sherlock, riposta-t-il d'un air agacé. Tu te fais des idées.

- A moins que tu n'en aies même pas conscience…

Sa voix resta en suspens. Ses yeux s'agrandirent.

- Intéressant.

- Bon, ça suffit, dit le médecin en soufflant bruyamment. Je vais prendre une douche.

Il se leva, sentant le regard pesant de Sherlock sur lui, avec l'intuition que son ami ne lui ficherait pas la paix de sitôt.

oOo

Sherlock était intrigué. Depuis qu'il était revenu à Baker Street, il avait noté une différence dans le comportement de John. Bon, il y avait déjà la prédisposition du médecin à le laisser boire son sang ; mais cela, le détective le mettait sur le compte de l'accoutumance de John à la morphine. Sherlock tolérait ce problème pour l'instant, la perspective de l'antidote aidant à patienter. Mais il y avait aussi l'attitude de John pendant l'acte : la façon dont le médecin se détendait instantanément dans ses bras, celle dont il gémissait sans s'en rendre compte, et celle dont il s'accrochait à lui comme pour l'inciter à ne jamais le lâcher. John aimait ce qu'il lui faisait. Il aimait être dans ses bras, il aimait leur proximité physique, autrement il l'aurait plutôt encouragé à le mordre au poignet. Et ça, ça n'avait rien à voir avec la morphine. John voulait du contact. Avait-il besoin de réconfort ? C'était vrai qu'il sortait d'une période de stress du fait de son état de manque et de son inquiétude pour Sherlock, d'autant qu'il n'avait pas de petite amie. Ce devait être un besoin de réconfort, soit.

Et puis, il y avait simplement la façon dont John le regardait. Avec en position numéro un, le moment où Sherlock lui avait dit qu'il valait mille fois mieux que Moriarty. Les yeux mornes du médecin s'étaient soudain éclairés, accompagnés d'un sourire rayonnant et d'un rougissement de son épiderme. Ça avait ébranlé Sherlock, que John le regarde comme ça. Comme si… comme si le détective était la chose la plus magnifique au monde. Oui, c'était cela. Une chaleur avait commencé à naître à l'intérieur de son corps froid et il s'était senti… aimé. Il n'en avait pas l'habitude. A part John, la plupart des gens le regardait d'un air froid et distant, démunis voire hostiles face à ce don douteux. Les proches de Sherlock – Lestrade, Madame Hudson – l'estimaient mais cela n'allait pas plus loin. La considération de Mycroft et de sa famille était parfois étouffante et celle de Molly trop refoulée. Mais John. John les dépassait tous et lui hurlait « tu es la chose la plus précieuse pour moi » sans même lui dire. Et c'était quelque chose d'incroyablement magique pour Sherlock qui avait été incompris et repoussé pendant trop longtemps.

Sherlock constatait que John le regardait souvent, d'ailleurs. Quand ils se parlaient, certes, mais il y avait aussi beaucoup de regards en coin. Surtout quand le médecin pensait que son ami ne n'en rendait pas compte. Mais Sherlock savait, quand John le regardait. C'était beaucoup trop agréable pour qu'il ne s'en aperçoive pas. Sherlock aimait exister pour John, un point c'est tout.

Pourquoi John le regardait-il aussi souvent ? Avait-il peur qu'il ne s'évapore d'un coup ? Ne lui faisait-il pas confiance ? Était-il inquiet pour lui ? Après tout, c'était peut-être compréhensible avec la manie du détective de disparaître sans prévenir. Sherlock ne pouvait pas lui reprocher ça.

Donc, si on résumait : un, John avait besoin de réconfort et deux, il s'inquiétait pour Sherlock. D'accord, mais ses questions insistantes sur Moriarty, c'était quoi ? Moriarty était mort et Sherlock ne risquait plus de lui fausser compagnie pour partir avec le criminel, alors pourquoi John restait-il tracassé par ce qui avait pu se passer entre eux ? A moins que John ne montrât la même jalousie que celle de Sherlock envers ses petites amies. Oui, mais celle de Sherlock était justifiée car les petites amies de John étaient bien vivantes et risquaient de lui enlever son ami alors que Moriarty, lui, ne représentait plus une menace…

Alors Sherlock se mit en quête de résoudre ce nouveau mystère.

oOo

John n'en pouvait plus.

Sherlock était devenu étouffant. Non pas qu'il fasse des choses embarrassantes. A vrai dire, il ne faisait rien. Rien à part observer John. En permanence. Tout le temps. Continuellement. A peine le médecin rentrait-il dans la pièce où le détective se trouvait qu'il sentait les yeux de son ami se poser sur lui. Bien sûr, lorsque le médecin tournait la tête vers lui pour le réprimander de cette attention constante et injustifiée, le détective faisait mine de regarder ailleurs. Mais aussitôt que le médecin se détournait, il sentait des picotements dans la nuque. Le détective l'espionnait dans toutes ses activités : manger, lire un livre, surfer sur le web, rédiger son blog, regarder la télé, guetter les actualités, somnoler… et il jurerait qu'il n'était pas loin de la salle de bain quand il se douchait et même qu'il lui rendait quelques visites nocturnes. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, Sherlock l'observait. Et déduisait.

Ça agaçait John au plus haut point. Il se demandait d'ailleurs ce qu'il y avait à déduire. Il n'y avait absolument rien qui clochait en John. Sherlock perdait son temps et surtout… surtout… il menaçait de faire perdre la tête au médecin !

Ce fut donc avec les meilleurs augures qu'arriva un texto de sa sœur lui proposant de déjeuner au restaurant. John s'empressa d'accepter.

Le médecin s'arrêta devant la devanture de l'établissement avant d'entrer. Cela faisait du bien s'échapper à l'attention de Sherlock. Et si le détective avait l'audace de le suivre, il lui décocherait volontiers son point dans la figure. Les chances avaient beau être réduites pour que ce soit le cas – John lui avait dit qu'il déjeunait avec sa sœur et non avec une conquête potentielle – mais on n'était jamais trop prudent.

Il entra. Le restaurant était à peine rempli puisqu'il n'était même pas midi. Il avisa Harry qui avait pris une table qui lui permettait de surveiller l'entrée. Elle se leva et lui sourit.

- John ! Ça fait un bail ! Ça va ? dit-elle en l'étreignant.

- Et bien oui, impeccable ! Et toi ?

Il se rendit alors compte qu'il n'avait pas revu sa sœur depuis le grand retour de Sherlock. Oui, ça faisait un bail.

Un serveur leur apporta les cartes et ils choisirent. Le médecin observa sa sœur à la dérobée. Les cheveux mi-longs blonds cendrés, les mêmes que les siens ; ce visage un peu carré, expressif. Elle avait pris un ou deux kilos. Elle avait bonne mine.

- Un apéritif ? proposa le serveur venu prendre les commandes.

- Ça ira pour moi, déclina Harry, presque fièrement.

Le médecin hocha la tête d'un air appréciateur.

- C'est bien, ça, commenta-t-il quand le serveur fut parti.

- Oui, j'ai fait des progrès ces derniers temps. Seulement le week-end.

- T'es sérieuse ? s'exclama le médecin.

- Oui. Quand j'arrive à m'y tenir.

- Ce qui, concrètement, représente… ?

- Ça va faire trois semaines.

John eut une expression approbatrice.

- Bien. Vraiment.

- Et toi ? Qu'est-ce que tu racontes de nouveau ?

Le médecin s'autorisa un petit sourire sincère avant d'annoncer la nouvelle.

- Sherlock est revenu.

- Quoi ? Quoi ? Le Sherlock qui… (elle n'alla pas plus loin, sans doute consciente qu'il n'était pas bon de remuer certains souvenirs).

- Oui, celui-là.

Harry resta silencieuse, perplexe.

- Il est en vie ? demanda-t-elle.

- Oui. Oui, on peut dire ça comme ça.

- Quoi, il est malade ? demanda-t-il, déconcertée.

- Non, non, il… il se porte comme un charme, dit-il avec un sourire de façade.

- Mais tu m'as dit qu'il s'est jeté d'un immeuble !

- Je… cherche pas à comprendre, Harry. C'est Sherlock. Il m'a encore fait un de ses tours de magie, voilà tout.

- Ah bah il doit être sacrément fort, putain !

- Je te le confirme.

La mine de Harry se rembrunit.

- Donc il t'a fait croire pendant deux ans qu'il était mort ?

- Oui, mais il avait une raison.

- Quel salaud.

- Oh oui.

John lui raconta le coup des snipers ainsi que le réseau d'un certain criminel que le détective avait dû démanteler.

- Si c'était moi, je lui en aurais voulu quand même, conclut Harry.

- Oh mais je lui en voulu, ne t'inquiète pas pour ça.

- Laisse-moi deviner, quand il revenu d'entre les morts, est-ce qu'il avait l'air d'un cadavre avec des dents pointues ?

John resta tellement penaud que Harry crut bon de préciser :

- Je plaisantais, John.

- Euh, ha, ha ha ! Très drôle, Harry, dit John en riant nerveusement – putain, Harry et ses blagues !

- Tu lui as pardonné ?

- J'étais bien obligé, dit le médecin en haussant les épaules.

- Pourquoi ?

- C'est mon ami, Harry.

- Mmmh.

Harry le dévisageait d'un air indéchiffrable.

- Et il avait besoin d'aide. Je ne pouvais pas le laisser comme ça, compléta John.

- Oh, il avait des remords, bichette ?

- Ouais. Il n'était pas très fier de lui.

- Et toi, en bon samaritain, tu étais là.

- C'est mon ami, Harry, répéta John. Tu sais très bien ce que j'ai traversé pendant deux ans.

John s'appuya sur le dossier de sa chaise et continua :

- Tandis que là, depuis qu'il est revenu, tout va mieux. On a repris les enquêtes – on vient de résoudre une série de meurtres barbares en ce moment, pensa John– on court après des criminels – euh, on tue des monstres ! – et on démêle des énigmes – comment retransformer mon vampire de colocataire en être humain ? Mon quotidien est redevenu excitant. J'arrive même à le combiner avec un emploi digne de nom. Et Sherlock m'a fait savoir à plusieurs reprises combien il regrettait cet épisode de sa vie, donc tout est résolu. Il me sauve la vie, parfois (John sourit), et même s'il est insupportable des fois, il me fait comprendre qu'il tient à moi et qu'il ferait n'importe quoi pour moi. C'est un véritable ami, Harry. Pour être honnête, je ne conçois absolument plus ma vie sans lui.

John se surprit de tant d'honnêteté. Mais voilà, cela faisait trop longtemps qu'il n'avait pas parlé à un ami ou à un membre de sa famille dans le cas présent, et ça faisait juste du bien. Et surtout, Sherlock n'était pas là pour l'épier.

Au fur et à mesure qu'il parlait, sa sœur s'était mise à le dévisager avec plus d'intérêt. Puis elle s'était calée contre son dossier, avec un air entendu.

- T'es mordu, hein ?

John papillonna des yeux, pas sûr de comprendre. Qu'est-ce qu'elle voulait dire par là ? Ça faisait la deuxième allusion, est-ce par hasard elle….

- Alors, quand est-ce que tu sors du placard ? dit-elle.

Il fallut un peu de temps pour que John comprenne qu'elle 1/ ne parlait pas de vampires et 2/ pense que Sherlock et lui étaient en couple.

- Je t'arrête tout de suite, Harry, dit-il précipitamment, épouvanté. Sherlock et moi ne sortons pas ensemble.

- A t'entendre parler, on dirait que si.

- C'est un bon ami, et c'est tout.

- John : « je ne conçois plus ma vie sans lui », c'était quoi ça ?

- Mais c'est un tout ! Des énigmes, de l'adrénaline, quelqu'un avec qui partager tout ça… c'est ce qu'est devenu ma vie !

- Arrête, John, tu t'enfonces encore plus.

- Aux dernières nouvelles, je sais encore ce que je ressens !

Harry rit franchement, nullement convaincue.

- Appelle-moi quand tu voudras me le présenter, dit-elle en finissant son verre d'eau.

oOo

John fulminait encore quand il atteint l'entrée du 221B Baker Street. Malgré tout ce qu'il avait pu dire à Harry, celle-ci n'était pas revenue sur son opinion. Que fallait-il qu'il fasse pour lui prouver qu'elle avait tort ? En prenant Sherlock à témoin ? Pas question, humiliation garantie. Et d'ailleurs, pourquoi est-ce qu'à peu près tous les gens qu'ils croisaient pensaient comme elle ? John ne s'était jamais fait son idée sur cette méprise, mais peut-être devrait-il reconsidérer la question. Était-ce à cause de l'image cul et chemise qu'ils projetaient ? Ils étaient pourtant à première vue tellement différents…

John poussa la porte de l'appartement.

- Ta sœur t'a contrarié.

John roula des yeux. Vraiment, à quoi est-ce qu'il s'attendait ?

Il n'avait fait que quelques pas dans le salon. Le détective était installé dans fauteuil avec son ordinateur sur les genoux et le détaillait du regard.

- Non, euh si, mais ce n'est pas important, dit-il.

- Qu'est-ce qu'elle t'a dit ? insista le brun.

Un panneau danger s'alluma dans la tête du médecin. Surtout ne pas en parler à Sherlock. Déjà qu'il ne cessait de se faire de fausses idées sur quelque chose qui n'existait manifestement pas…

- Pas important, je t'ai dit, dit-il en se dirigeant dans la cuisine pour se faire une tasse de thé.

Quand il revint, le détective avait fermé son ordinateur et entremêlé ses doigts, manifestement prêt à lui parler. Le médecin s'assit en face de lui.

- Le labo a appelé, dit le brun. Ça y est, je suis officiellement immortel.

La tasse de John s'arrêta à mi-chemin de sa bouche.

- Le labo est formel, poursuivit-il. Mes cellules ne vieillissent pas.

- Donc tu resteras ainsi…

- Pendant un petit bout de temps.

Le médecin prit une gorgée, se brûla, ce qui le ramena à la réalité. Il grimaça et se leva, se mettant à arpenter la pièce.

- C'est dingue, dit-il. Complètement dingue. Tu es une curiosité médicale, Sherlock.

- Je sais.

- Et qu'est-ce que ça te fait ?

- Pas grand-chose, vu que je vais finir par prendre ce foutu antidote quand il sera enfin au point.

- Et tu… ça ne te ferait pas changer d'avis, d'avoir la possibilité de vivre éternellement ?

Le détective haussa les épaules.

- Non, je ne peux pas me permettre d'être un danger permanent pour les gens.

Il ajouta :

- Et surtout pour toi, qui es en première ligne.

- Tu renoncerais à la vie éternelle pour ça ? baragouina le médecin. Pour… moi ?

En voyant les choses sous cet angle de vue-là, c'était… plutôt flatteur.

- John, pour que je ne sois plus dangereux pour toi, il faudrait que je vive loin de toi. Or on en a tous les deux fait l'expérience et ça ne marche pas. Donc la seule solution logique qui apparaisse est que je prenne l'antidote et que je redevienne comme avant.

C'était logique, certes. Mais Sherlock n'était pas obligé de faire cela.

Une chaleur désormais familière naquit dans la poitrine de John. C'était celle du moment où Sherlock avait dit à John qu'il comptait plus que Moriarty, celle de l'instant-même où le détective avait renoncé au bandit, celle lorsque Sherlock avait juré de ne jamais lui faire de mal, celle quand le détective avait soigné ses cicatrices… Elle devenait particulièrement prégnante, ces temps-ci. D'ailleurs, elle avait à présent atteint ses joues et ses tempes. Le médecin devait être en train de rougir.

Le médecin s'éclaircit la voix et reporta son attention sur la main beaucoup trop blanche de son colocataire, posée sur l'accoudoir du fauteuil.

- Cette main pourrait ne pas vieillir, dit-il pensivement.

Mû par une pulsion, il la prit et l'examina, la retournant et faisant jouer les doigts de Sherlock entre les siens. Elle était tellement froide. Si Sherlock ne prenait pas l'antidote, elle resterait ainsi, jeune, sans ride, sans cicatrice. Figée. Belle. Elle était l'exacte antithèse de ce que la vie avait démontré au médecin, à savoir que n'importe quelle chose était amenée à changer. Mais Sherlock n'appartenait pas à la catégorie « n'importe quelle chose ». Fidèle au génie rebelle qu'il était, le détective défiait la science.

Mais Sherlock était bête. De renoncer à ce que l'humanité avait toujours recherché. Il n'avait pas tort : il ne fallait pas négliger le poids des sentiments personnels dans la balance.

Plongé dans ses pensées, le médecin ne s'était pas rendu compte qu'il caressait distraitement les doigts de son colocataire.

- Ce cerveau non plus, ajouta le détective, doucement.

La main de Sherlock se referma sur la sienne.

- Mais il est hors de question que je revienne sur ma décision.