Hello ! La suite avec un peu d'action !

Merci à BrendaJoyeux, Mimi Kitsune, Animevivie et Ariniet pour leur review !

Animevivie : ha ha, John va être un benêt pendant très longtemps, tu n'as encore rien vu :) et Sherlock va être pas mal aussi.

Ariniet : ooooh merci énormément pour ton petit mot, je ne savais pas que des gens habitant si loin de chez moi lisaient ma fic ! Je pensais que mon style était un peu lourd pour être compris correctement, mais tant mieux si c'est pas le cas. Je comprends l'espagnol par écrit, par contre je ne pourrai te répondre qu'en français :)

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Le Fléau : Chapitre 23

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Sherlock avait repris les enquêtes. Il en avait déjà acceptées quelques-unes à côté des meurtres sanglants, mais il y consacrait à présent plus de temps parce qu'il tournait tout bonnement en rond. Moriarty s'était retiré du jeu, les recherches sur l'amélioration de l'antidote étaient en cours, le mystère John restait entier – même s'il savait qu'il le résoudrait bien un jour, ce n'était qu'une question de temps – et il avait besoin de penser à autre chose qu'au sang de son ami qui passait beaucoup de temps avec lui. Pour cela, il avait dû répondre aux questions insistantes de Lestrade sur l'auteur des meurtres sanglants en lui disant la vérité et en omettant de préciser qu'il avait planté une dague en plein dans le cœur de Moriarty. Non, Moriarty était encore vivant, à vous de le retrouver maintenant, c'est votre boulot après tout.

Ce fut donc au milieu d'une enquête que le téléphone de Sherlock sonna. Il était accompagné de John qui examinait le cadavre.

Mycroft. Il décrocha.

- Répète-moi ça ?! s'exclama le détective, ahuri.

Mycroft répéta.

Le détective baissa lentement la main tenant l'appareil, tandis que Mycroft le hélait sans succès au bout du fil. Il raccrocha.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda John qui partageait la même inquiétude que Lestrade, présent également.

Sherlock ne dit rien et quitta les deux hommes.

John lui courut après.

- Où est-ce que tu vas ?

Sherlock ne répondit toujours pas. John le suivait toujours. Il ne savait pas où il allait, mais il y allait.

Ce fut une fois dans le taxi que la langue de Sherlock se délia.

- Le labo a explosé, John. Quelqu'un l'a fait sauter.

- Non ?!

- Si. Au moins vingt-trois morts, soixante-dix blessés. Les échantillons, les rapports, les bases de données, les sauvegardes, tout est parti en fumée. Et pour une raison mystérieuse, même les serveurs à distance ont été piratés. Il ne reste plus rien.

Le détective appela de nouveau Mycroft. Il n'aurait pas dû raccrocher aussi vite. Mais le numéro sonnait occupé.

- C'est horrible, dit le médecin, une main devant la bouche.

Sherlock jura devant le numéro qui ne répondait pas. Il renonça à ses appels. Puis il se força à se calmer et à rassembler ses idées.

- C'est prémédité. Ça ne peut être que Moriarty. Lui seul était capable de savoir ce qui se tramait dans ce laboratoire. Le fait qu'il ait réussi à synthétiser un antidote me laisse croire qu'il avait une taupe dans l'équipe qui faisait passer les informations à sa propre équipe de recherche. Donc Moriarty savait ce qui s'y tramait.

- Mais Moriarty est mort ! Et pour de bon, cette fois, souligna l'ancien soldat.

- Il continue à nous narguer depuis sa tombe. Il en est bien capable. Je suis sûr qu'il a prévu l'éventualité que je ne le suivrai pas voire que je le tuerai, et qu'il a tout mis en œuvre pour se venger et s'assurer que je ne guérirai pas, même après m'avoir mis la solution sous le nez. Remuer le couteau dans la plaie, c'est sa spécialité.

- Putain…

Le taxi s'arrêta à bonne distance de l'immeuble. De toute façon, il ne pouvait pas aller plus loin : le périmètre avait été sécurisé et une foule de badauds barrait le passage. Sherlock sortit en trombe.

John paya le chauffeur et s'efforça de rattraper Sherlock, ce qui ne fut pas aisé au milieu de toute cette foule. Il bouscula, s'excusa, heurta, s'excusa encore puis atteignit enfin le cordon de sécurité. L'immeuble n'était plus qu'un champ de ruines, et des habitations voisines avaient également été soufflées. Dans la nuit, il régnait une atmosphère lourde, chargée de poussière et de désolation.

Le médecin aperçut son ami. Il était en train de parler à un policier chargé de tenir la foule à distance. Puis à un deuxième. Et un troisième. Et à la grande surprise de John, les agents le laissèrent passer. Ce qui, après réflexion, n'était pas si surprenant que ça ; Sherlock était devenu maître dans l'art de l'hypnose.

Le détective se rendit dans les décombres.

- C'est ton plan, ça ? s'écria le médecin en le voyant disparaître avec angoisse dans les ruines. Aller chercher ce qu'il reste ?

Le détective avait beau avoir le don de cicatriser à volonté, John n'était pas sûr que sa tête le ferait aussi bien si elle éclatait sous la chute d'un bloc de béton.

Il s'avança mais un bobby lui barra le passage.

- Reculez, Monsieur. C'est dangereux.

- Il y a un homme qui se balade en ce moment-même au milieu des décombres, ce n'est pas dangereux, ça ? ragea-t-il.

- Cette personne est compétente et y est parfaitement autorisée.

- Non, cette personne n'est pas plus formée que vous et moi en secourisme et n'a rien à faire là ! rétorqua-t-il, perdant patience.

- Ne discutez pas, Monsieur. Cette personne est dans son bon droit.

- Et moi je vous dis qu'elle est en danger !

- Qu'est-ce qu'il se passe, ici ? intervint un second policier.

John tenta de le convaincre à son tour, mais l'agent lui tint le même discours. Putain, Sherlock était doué.

Il jetait des coups d'œil nerveux aux ruines, guettant le moindre craquement suspect. Il ne voyait toujours pas son ami.

- Et merde.

Il donna un coup de poing dans l'estomac du premier policier, attrapa le deuxième et le jeta à terre. Puis il courut là où il avait vu disparaître Sherlock. Il escalada la montagne de gravats en prenant garde à ne pas se tordre la cheville et entra dans ce qui devait être jadis une fenêtre. Il n'eut pas à aller bien loin pour le retrouver.

- Sherlock ! appela-t-il.

Le détective ne s'était pas aventuré loin. Il se retourna, manqua de se cogner la tête contre un meuble qui était à moitié passé à travers le plafond de l'étage au-dessus.

- John, ne reste pas là. Attends-moi plus loin.

Le détective évoluait, fouillait sous ses pieds, tirait des débris et des portes de placard.

- Tu es fou ! Si quelque chose te broie la tête, elle ne va pas repousser comme ça.

- Ne t'inquiète pas pour ça, dit-il en jetant un pied de chaise devant lui. Moriarty m'a fait exploser la cervelle, et pourtant je suis toujours là.

- Il t'a quoi ?

John n'avait pas entendu cette partie de l'histoire.

- Oui, répondit le brun d'un ton léger. Quand il a voulu me prouver qu'il avait survécu à son suicide.

- Je… OK – John décida qu'ils discuteraient de ça plus tard. Sherlock, maintenant, on s'en va. Ça ne rime à rien, tout ça. Tu ne retrouveras rien. Tu vois bien qu'il n'y a que des ruines !

Mais le détective ne l'écoutait plus, soulevant sans effort un bloc de béton. La force du détective ne cesserait jamais de l'impressionner, mais son humeur n'était pas à s'extasier. Il avait bien trop peur que le ciel ne lui tombe sur la tête et il avait l'impression d'entendre des craquements de partout derrière le boucan que faisait Sherlock.

Finalement, il s'accrocha au bras du détective qui, dans son élan, le souleva à dix centimètres du sol.

- Lâche-moi, dit le détective avec agacement.

- Non, Sherlock, écoute-moi ! (Il s'appuya de toutes ses forces sur son bras pour le forcer à s'immobiliser et à le regarder) Tu ne trouveras rien ici et tu le sais. Regarde ! Tout a été réduit en poussière ici et les disques durs sont hors service.

- Mais…

- On va trouver une solution, Sherlock. Je te le promets, assura le médecin.

Le détective soupira et laissa tomber ce qu'il avait dans la main à contrecœur. Il savait très bien qu'il ne retrouverait rien mais il se raccrochait à la plus infime partie d'espoir. Ça attristait le médecin de le voir ainsi, désespéré. Car le blond savait pourquoi il agissait ainsi ; Sherlock le faisait pour lui. Pour ne plus avoir à le mettre continuellement en danger.

Le téléphone du détective sonna.

- Ah quand même, tu réponds ! dit-il avec mauvaise humeur en décrochant.

Il y eut un silence pendant lequel le blond en profita pour tirer son ami vers la sortie, là où la sécurité serait plus acceptable. Mais le détective s'arrêta brusquement.

- Tu en es certain ?

Le médecin souffla d'exaspération. Un lieu où rien ne risquait de vous tomber sur la tête, c'était trop demander ?

Il arriva néanmoins à remettre le détective en mouvement. Celui-ci raccrocha.

- Il y a un autre échantillon, à l'antenne de Watford, annonça Sherlock, rayonnant.

- Tu vois, je te l'avais dit, acquiesça le médecin.

- On y va.

Ils sortirent enfin de l'immeuble branlant. Mais ce fut au tour de John de ralentir. Les policiers s'étaient rassemblés et, quand ils les virent, avancèrent vers eux.

- Si tu pouvais… euh… leur suggérer de ne pas m'embarquer, ça m'arrangerait beaucoup, dit-il d'une petite voix à l'adresse du détective.

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Après que Sherlock eut résolu le problème de manière diplomatique – un simple « John n'a enfreint aucune loi donc je vous prierais de le laisser tranquille » avait suffi – les deux hommes sautèrent dans un taxi à destination de Watford. Ils mirent une demi-heure pour rejoindre la petite ville de banlieue, au nord de Londres. Heureusement, il n'était pas loin de vingt-et-une heure et le trafic était fluide. Sherlock avait terriblement besoin de voir la Dernière Solution de ses yeux pour être soulagé.

Le taxi les déposa et repartit. John s'attarda un peu, regrettant visiblement de ne pas l'avoir retenu. A cette heure-là, Watford était désert et ils auraient sans doute du mal à trouver un autre cab pour rentrer. Au pire, ils n'auraient qu'à commander un Uber.

Les lumières de l'antenne du laboratoire étaient éteintes. A cette heure-ci, le bâtiment était fermé. Sherlock essaya de pousser la lourde porte vitrée de l'entrée et, à leur grande surprise, elle n'était pas verrouillée.

Ils entrèrent prudemment. Mais à peine eurent-ils fait quelques pas à l'intérieur que Sherlock s'arrêta net. Il leva une main pour inciter John à faire même.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda l'ancien soldat à voix basse.

Le détective scrutait les ténèbres.

- Ça sent comme Moriarty. Comme Linda.

Soudain, les néons de la salle s'allumèrent de concert. Quatre personnes se trouvaient là : trois hommes d'âge moyen et une femme. Tous pâles comme la mort.

Sherlock se rapprocha instinctivement de John.

- A qui avons-nous l'honneur ? demanda-t-il d'un air méfiant au petit groupe.

Ces gens se rassemblaient vaguement ; tous avaient les mêmes cheveux noir aile de corbeau. Ils avaient les bras croisés et étaient parfaitement immobiles, fixant les deux amis d'un air absent. Le médecin frissonna d'effroi.

- Aux Westwood, répondit la femme. Je suis Helen, et voici Brandon, Henry et Douglas. C'est la première fois que nous nous rencontrons, mais vous connaissez déjà l'une d'entre nous.

Pourtant, John ne les avait jamais vus. Il cherchait mentalement où il avait vu ces cheveux d'un noir bleuté si beau.

- Linda, devina-t-il.

- Ma nièce et leur cousine, précisément, dit Helen en désignant ses trois compagnons du regard.

Sherlock dépassa John.

- Reste derrière-moi, lui souffla-t-il au passage.

Le détective se redressa de toute sa hauteur, affrontant les quatre personnes du regard :

- John et moi évinçons Linda dans un cas de légitime défense. Par vengeance vous faites sauter le labo responsable des recherches sur un antidote à notre point commun et vous venez nous demander des comptes, résuma Sherlock. Dites-moi si je suis à la page ?

- C'est à peu près ça, approuva Helen.

- Vous agissez sur les ordres de Moriarty ?

- Seulement Linda. Nous, nous n'avons pas besoin de chef pour détruire notre famille.

Et pourtant, le seul fait que Moriarty ait enrôlé puis sacrifié Linda lui avait garanti le zèle de sa famille. Même dans la tombe, Moriarty continuait non seulement à jouer avec leurs espoirs mais aussi à menacer leurs vies.

Brillant, tout simplement.

- Et les bases de données, vous allez me faire croire que c'est vous qui les avez piratées ? continuait le détective.

- Un jeu d'enfant, pour un ingénieur en informatique comme moi, dit un des trois hommes. Henry, pour vous servir, ajouta-t-il d'un air hypocrite.

Le regard intelligent, il avait des cheveux bouclés et portait d'épaisses lunettes noires carrées. Juste pour le look, pensa Sherlock ; s'il y avait quelque chose dont les vampires pouvaient se passer, c'était bien de verres optiques.

- D'accord, Henry, répondit Sherlock. Auriez-vous dans ce cas l'obligeance de nous indiquer ce que vous avez fait des données ?

- Mais évidemment. Elles sont allées droit dans la corbeille que je me suis efforcé de vider.

Sherlock jetait des coups d'œil dans toutes les directions. Bien sûr, qu'il savait que Henry avait tout effacé. C'était juste histoire de causer et de gagner du temps pour étudier la configuration des lieux et chercher où le dernier échantillon pouvait se trouver.

Helen eut un sourire retors et sortit quelque chose de sa poche.

- C'est ça que vous cherchez ?

Elle exhiba une petite fiole de liquide transparent.

Les épaules de Sherlock se tendirent brièvement, avant de s'abaisser.

- Il n'est pas efficace, nia le détective d'un air léger, fonçant le nez. J'ai une chance sur deux d'y passer, donc je vous le laisse volontiers.

- C'est pourtant la seule base dont vous disposez, insista Helen. Des personnes compétentes peuvent toujours l'améliorer.

Sherlock réfléchissait. Il n'allait pas se battre contre quatre vampires. En vaincre un était déjà hasardeux, alors quatre...

- Bien, alors nous reviendrons en temps voulu, dit-il avec un sourire de façade.

Il se détourna et prit John par le bras. Mais il ne put atteindre la sortie.

Une cinquième personne venait de surgir de nulle part. Belle comme le diable, traits réguliers, dents serrées bien alignées… le portrait craché de Linda. John eut un mouvement de recul.

- Linda ?! s'exclama-t-il.

- Non, Cynthia, sa sœur. Et vous allez regretter ce que vous lui avez fait ! rugit-elle.

En un éclair, elle se retrouva à tenir John par la gorge, le soulevant de terre.

- A commencer par toi, le joli cœur, dit-elle avec un sourire sadique.

Elle fut déséquilibrée presque immédiatement par Sherlock qui lui donna un coup de pied dans les genoux. Il la saisit par les deux revers de sa veste et la souleva à son tour.

- C'est ce qu'on va voir, dit-il avec un regard haineux.

Il la projeta contre le mur et s a tête cogna contre le ciment. Aidant John à se relever, il se dirigea vers la sortie mais se sentit happé en arrière.

- Sherlock ! hurla John en tentant de le retenir.

Mais une brusque secousse eut raison de la faible poigne du blond. L'ingénieur intello et les deux autres hommes étaient sur le détective. L'un d'entre eux le maintenait fermement contre lui, tandis que les deux autres commençaient à le passer à tabac. A travers les coups qui pleuvaient, Sherlock vit avec horreur Cynthia se jeter de nouveau sur John et, sans aucune hésitation, planter ses crocs dans son cou.

- NON ! parvint le détective à hurler.

Certes, il n'était pas aussi fort que ses trois adversaires. Mais il lui restait autre chose. Une autre technique que Moriarty lui avait enseignée pour faire face à des adversaires dotés d'une force bien supérieure à la sienne. La souplesse.

Il ferma les yeux, s'efforçant d'ignorer les coups qui lacéraient son visage, brisaient ses pommettes et fendaient ses lèvres. Il décontractait ses muscles, un par un. Et, quand ils furent tous prêt, sans crier gare, il se laissa glisser hors de l'étreinte de son ennemi.

Il profita que l'homme qui le maintenait récoltât deux coups de son parent normalement destinés à lui pour se relever, foncer sur Cynthia et lui briser la colonne vertébrale d'un coup précis. Cynthia poussa un cri de douleur avant de laisser tomber John. Sherlock le rattrapa au passage, le cala sur son épaule et se précipita sur la sortie.

A son grand soulagement, il sentit l'air frais sur son visage. Il poursuivit sa course dans la rue déserte, courant du plus vite qu'il pouvait, cherchant n'importe quel véhicule des yeux.

Il tourna au coin de la rue pour disparaître de la vue de ses agresseurs. Et il continua. Il ignorait si John était encore conscient mais il n'avait pas le temps de vérifier. Vite, une voiture, s'il vous plaît…

Quelle ne fut donc pas sa joie en apercevant une berline noire bien connue. Les portières s'ouvrirent immédiatement.

- Montez ! cria Mycroft à la fenêtre.

Sherlock se rua à l'intérieur et la voiture démarra en trombe. Il déposa John sur le siège à côté de lui, en face de Mycroft. Il nota avec soulagement qu'il était conscient, bien qu'un peu sonné.

- Ça va, John ? demanda le détective, dévoré d'inquiétude.

Il avait conscience du regard de son frère rivé sur eux deux mais ça n'avait pas d'importance. Il n'attendit pas la réponse de son ami pour écarter son col et examiner la morsure.

- Ça va, ça va… dit le blond d'une voix ensuquée. Ah !

Sherlock venait de lui lécher le cou, faisant disparaître la blessure.

- C'est stupéfiant, nota Mycroft, que Sherlock n'avait pas mis au courant au sujet de sa nouvelle aptitude.

- Pas de sensation inhabituelle ? demanda le détective au médecin.

- Non, non, dit le blond d'un ton rassurant. Elle n'a fait que me mordre et boire un peu de sang. Tout va bien.

Le médecin tapota la main de son ami qui était restée crispée sur son épaule. Le détective l'examina encore un peu et finit par le lâcher, à présent convaincu que les dégâts n'étaient pas allés plus loin. Il se détendit un peu mais ne se recula pas de John. Le médecin avait beau être à présent en sécurité, son instinct refusait qu'il se tînt à plus de dix centimètres de lui.

Sherlock briefa Mycroft à propos de la famille Westwood et de ses humeurs vengeresses.

- Vous vous êtes mis dans un beau guêpier en tuant cette Linda, constata Mycroft. Maintenant, vous avez cinq vampires sur le dos.

- Ce n'est pas ma faute si Moriarty a tenté de tuer John en mettant cette femme sur son chemin, rouspéta le détective.

- Et je ne pouvais pas savoir non plus que je draguais un vampire, soupira John qui s'était laissé aller sur le dossier du siège. Même si elle aurait dû me mettre la puce à l'oreille avec sa salade qu'elle avait à peine touchée.

- Bref, qu'est-ce que tu comptes faire, Sherlock ? demanda l'homme d'Etat.

- Les retrouver, les isoler, les tuer un par un et récupérer l'échantillon. Comme je ne fais pas le poids face à cinq spécimens de mon espèce en même temps, c'est la seule solution.

- OK, par lequel on commence ? demanda le médecin.

Le détective prit un air neutre.

- Je vais m'en occuper seul, dit-il.

- Seul ?! répéta le médecin. Mais tu vas avoir besoin d'aide face à ces monstres !

- Je ne peux pas tuer les Westwood et te protéger en même temps, John. Tu viens de le constater.

- Mais c'est parce que nous n'étions pas préparés ! protesta le médecin. Si nous mettons en place une stratégie, je suis sûr que nous pouvons venir à bout de ces cinq types.

- Non, John. Tu t'es déjà impliqué beaucoup plus qu'il ne le fallait jusqu'à présent. Tu as pris beaucoup trop de risques. Et je ne peux pas dénombrer toutes les fois où cela aurait pu mal tourner.

- C'est devenu mon quotidien, répondit le médecin en haussant les épaules.

- L'adrénaline, oui. C'est vital pour toi, je l'ai bien compris. Mais là, tu te retrouves avec des forces qui te dépassent complètement. Tu n'es pas de taille. Ces gens sont des êtres supérieurs et tu ne peux rien contre eux.

- Je refuse de te laisser tout seul. Toi aussi, tu vas prendre des risques énormes.

- Mais ce sont mes semblables ! J'ai potentiellement autant d'aptitudes qu'eux et je sais comment ils fonctionnent. Et j'ai d'ailleurs un avantage supplémentaire sur eux : l'intelligence. Il me suffira juste de les piéger pour les vaincre.

Le médecin ne répondit pas. Les sourcils lourds, l'air las, il semblait peser le pour et le contre. Et Sherlock savait qu'il n'avait pas la moindre envie d'envisager le pour.

Les épaules du blond s'affaissèrent finalement.

- D'accord, dit-il à contrecœur. A condition que tu me dises à chaque fois où tu vas.

Le détective soupira.

- Le principe sera le même que pendant mon exil, John. Si Henry peut craquer un système informatique, il peut aussi décrypter nos communications.

- Bon d'accord ! D'accord !

Le médecin jeta l'éponge.

Mycroft porta son téléphone à l'oreille.

- Anthea, trouvez-moi une chambre entièrement sécurisée pour John Watson.

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Anthea fut particulièrement efficace et trouva un logement provisoire à John dans les dix minutes qui suivirent, si bien que la voiture les y conduisit directement. Il n'était pas question de passer à Baker Street récupérer des affaires car Sherlock avait peur qu'Henry n'utilise les caméras de surveillance de la ville pour les pister ensuite. La berline s'arrêta devant un grand immeuble vitré. Mycroft leur indiqua de demander la chambre réservée pour Josh Jordan, le nom de code attribué au médecin. Puis Sherlock et John descendirent de voiture et passèrent les grandes vitres électriques qui s'ouvraient et se refermaient au rythme des passages. A l'intérieur de l'immense hall d'entrée, Sherlock vit des pancartes indiquant des noms d'entreprises ainsi que les étages où elles étaient établies. Il n'aurait su dire si cet immeuble était un hôtel, une résidence avec services ou un bâtiment de bureaux. Mais quelle importance ? Si John y était en sécurité, cela lui suffisait.

La réceptionniste confia un badge muni d'un porte-clés à John et leur indiqua l'étage. Sherlock accompagna son ami. Il n'était pas obligé, mais il ne pouvait juste pas le laisser comme ça. Il culpabilisait d'ailleurs un peu de le laisser en arrière, mais il ne pouvait plus se permettre de mettre sa vie en danger.

L'ascenseur les déposa au septième étage. Ils trouvèrent sans mal la chambre n°711. John passa le badge et la lourde porte s'ouvrit dans un bip. La chambre était vaste, propre, comportait une kitchenette et une salle de bain moderne. Des fenêtres, John avait même une vue sur la Tamise.

- Parfait, parfait, dit-il d'un air distrait, comme pour se convaincre du bien-fondé de la chose.

Il se tourna vers Sherlock.

- Et Madame Hudson ? s'inquiéta-t-il. S'ils savent où on habite…

- Priée instamment de faire un petit séjour chez sa sœur.

- OK. Bien. Bien…

John se gratta la tête.

- J'espère juste que Mycroft n'a pas mis de caméra dans tous les coins, dit-il en essayant de plaisanter.

- Je pense que c'est sa définition de « chambre entièrement sécurisée », répondit Sherlock avec un sourire triste.

- Alors je crois que je vais m'occuper en les dénichant les unes après les autres, répondit le médecin.

Les deux hommes rirent nerveusement, puis un silence suivit.

- Combien de temps penses-tu que cela va te prendre ? questionna le médecin, redevenant sérieux.

- En prenant le moins de risque possible ? Un certain temps.

Un certain temps pendant lequel Sherlock ne donnerait pas la moindre nouvelle à John pour ne pas qu'on puisse le repérer. Mais cela, il s'abstint de le dire.

Il ne le pouvait pas, face à son ami qui semblait déjà mortellement inquiet pour lui. Sherlock comprenait son état. Il allait affronter des vampires beaucoup plus anciens et puissants que lui, solidement liés entre eux par la perte de l'une des leurs. Pour être honnête, Sherlock lui-même ne savait pas s'il était capable de les évincer. Alors évidemment que John n'avait pas la moindre envie de le laisser partir !

Sherlock ne pouvait plus supporter tout ce que John lui disait silencieusement.

- Au revoir, John, dit-il en évitant son regard.

Il se dirigea vers la porte.

- Sherlock !

Le détective se retourna, l'air sombre. John s'avança vers lui, plus près qu'il n'en avait l'habitude. Il posa une main sur le bras du détective et le pressa. Ses yeux brillaient d'une supplication silencieuse qui serra le cœur de Sherlock.

- Promets-moi de revenir vivant, d'accord ? dit le blond en se rapprochant encore.

John était près. Sherlock pouvait presque sentir son souffle sur son visage, ou peut-être était-ce un effet de son imagination. John exigeait que Sherlock lui dise la vérité. Sinon, il verrait le micro pincement de la joue du détective que celui-ci avait quand il mentait ou qu'il n'était pas sûr de quelque chose.

Alors Sherlock lui dirait la vérité.

- Je te le promets, John, dit-il avec une assurance qui le surprit lui-même.

Parce que si je ne reviens pas, ils auront la voie libre pour s'en prendre à toi.

Ce qui ne doit pas arriver.

Alors Sherlock prit la tête de John entre ses mains et, avec toute la tendresse dont il était capable, l'embrassa sur le front.

Quand il se recula, il vit que non seulement son ami n'était pas surpris de son geste, mais qu'il l'approuvait. Il avait même l'air d'avoir envie de plus, étant donné la façon dont il se penchait imperceptiblement vers lui.

Mais Sherlock ne savait pas quoi lui donner de plus, alors il se contenta de le lâcher et se détourna.

Il lui fallut dix secondes pour dissiper les brumes que les émotions que John venait de faire naître en lui. Et deux pour définir ses objectifs. Un : les Westwood détenaient et même menaçaient la solution qui allait mettre fin à tout ce chaos. Deux : les Westwood avaient tenté de tuer John.

Sherlock allait les découper en morceaux.