Hello ! Chapitre 24 ! Un peu long et pas le plus joyeux, mais bon, il faut de tout pour faire une fic ^.^

Et je vous annonce de jolis cliffhangers dans les chapitres à venir !

Dans ce chapitre, John est confiné. Parce que chacun son tour, un point c'est tout ! Il est d'ailleurs possible qu'il sente un peu le vécu.

Bon, j'arrête de bavarder, bonne lecture !

Merci à Brenda Joyeux et Animevivie pour leur review !

Animevivie : Le défi sera de taille et non sans conséquence ! ^.^

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Le Fléau : Chapitre 24

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Un certain temps s'écoula, pendant lequel John fut prié de ne surtout pas sortir de l'hôtel. Le personnel lui procura des vêtements de rechange, des occupations comme de la lecture et un ordinateur portable, lui faisait sa lessive, ses courses et montait parfois des plats tout prêts. Mycroft usa de sa position pour inventer un programme de protection des témoins qui retenait le médecin à l'étranger, afin de justifier son absence à son travail. John avait donc beaucoup de temps libre devant lui, mais il ne pouvait rien en faire. Il ne pouvait même pas descendre manger dans la salle de restaurant qui, selon Mycroft, brassait beaucoup trop de gens. Il ne pouvait pas non plus prendre simplement l'air car il y avait des caméras de surveillance dans la rue. John tourna vite en rond, mais il se dit que cela ne durerait pas éternellement et qu'il ne devait pas gêner Sherlock en attirant tous les vampires dans l'immeuble. Il s'efforça donc de prendre son mal en patience.

L'oisiveté aurait été une chose supportable s'il n'y avait pas eu la sensation de manque à l'égard de la morphine. Au bout d'une semaine, elle commença à se faire sentir. Mycroft avait été « prévenant » en lui faisant apporter quelques doses, mais John l'avait envoyé balader en arguant que non, il n'était pas un junkie. Surtout pas de ça dans la chambre. Avec le désœuvrement dans lequel il se trouvait, il aurait été capable d'en prendre plus que nécessaire. Il demanda plutôt du tabac au room service et fuma clope sur clope. Au moins, il ne toucherait pas à cette saloperie.

Heureusement que la cigarette était là, d'ailleurs. Sinon il ne sait pas comment il aurait supporté l'ennui, le manque et l'inquiétude qu'il nourrissait à l'égard de Sherlock. Sherlock se battait contre plus gros et plus nombreux que lui, c'était une chose. Mais en plus, il ne lui donnait pas une seule nouvelle. John s'y attendait un peu ; il savait que son ami aimait bien fonctionner en solo, surtout quand la situation mettait le médecin en péril. Mais là, John ne pouvait s'empêcher de se ronger les sangs. A l'instant précis où il pensait à lui, était-il encore en vie ? Il ne pouvait en avoir la certitude. Il avait juste appris vaguement par Mycroft que les Westwood n'étaient pas seulement cinq mais au moins huit ou neuf, ce qui l'angoissait encore plus. Sherlock serait-il plus fort que dix vampires réunis par un sentiment de haine ?

Heureusement, Sherlock était un génie. John essayait de se rassurer ainsi.

Le médecin pensait souvent à lui, et en particulier au moment où Sherlock lui avait dit au revoir. John avait vu à quel point il était déchiré. De laisser John en arrière, seul. De se lancer dans une quête dont il n'était pas sûr de revenir, même s'il prétendait le contraire. De laisser exister la possibilité qu'il ne puisse plus protéger le médecin. Ce moment pouvait être le dernier qu'ils partageaient ensemble. C'était sans doute la raison pour laquelle le détective avait eu ce geste spontané, tellement aux antipodes de ses principes. John n'arrêtait pas de penser à la façon dont il avait pris sa tête avec une délicatesse surprenante et embrassé son front. Cela l'avait ému. Il avait aimé cela et aurait donné n'importe quoi pour que son ami ne le lâchât pas. Qu'il lui donne plus, même si le médecin ne savait pas exactement quoi. A cet instant, il avait su que les bras de Sherlock figuraient dans le top dix des meilleurs endroits sur la Terre. Mais il ne pouvait formuler clairement ce qu'il désirait. Alors Sherlock s'était retiré, visiblement aussi démuni que lui, et il était parti. Avec le recul, John avait des remords. Il aurait dû mettre sa fierté de côté, le retenir et le serrer dans ses bras. Les circonstances l'exigeaient. La personne du médecin l'exigeait. Pour sûr qu'il aurait dû.

Il pensait parfois aussi à Moriarty, se demandant toujours ce qu'il avait pu se passer entre Sherlock et lui. A ce propos, un souvenir lui revint soudainement en mémoire, quelque chose qu'il avait oublié avec tous ces évènements. Alors que Moriarty l'avait capturé et ligoté sur une chaise dans son fauteuil, le criminel avait eu des paroles étranges, parlant d'une devinette qui devait vraisemblablement impliquer le blond. Le sujet ne devait pas plaire au détective vu qu'il avait fermé son visage et répliqué que Moriarty ne pouvait pas voir l'avenir, à quoi Moriarty avait répondu que si à moins qu'une étape ne soit pas dans l'ordre ou quelque chose comme ça… Il faudrait qu'il en parle à Sherlock, quand il reviendrait. S'il revenait… avait dit une petite voix dans sa tête.

John l'avait fait taire et s'était versé un verre de whisky.

Un jour, alors qu'il comptait pour la énième fois les étages du building d'en face, il eut la surprise de recevoir la visite de Mycroft. S'il en croyait la joie que cette distraction lui procurait, cela voulait dire que son confinement durait depuis déjà beaucoup trop longtemps.

Mycroft entra dans la chambre de John, devinant sans aucun doute son état d'esprit à l'odeur de cigarette froide, au verre d'alcool qui traînait et à ses traits apathiques. John voulut lui servir à boire mais l'homme d'État refusa.

- Sherlock avance bien dans sa mission, annonça Mycroft. Aux dernières nouvelles, il ne lui reste que deux individus à débusquer : Cynthia et Helen.

Le visage du médecin s'éclaira. Cela voulait dire que d'une, que Sherlock était encore en vie et, de deux, qu'ils pourraient bientôt se retrouver et rentrer à Baker Street.

- Bien, c'est bien, déclara l'ancien soldat en essayant de cacher son emballement. Je suis soulagé.

- Oui, il se débrouille plutôt bien, concéda Mycroft.

- Pas de nouvelle de l'antidote ?

L'homme d'État secoua sombrement la tête.

- L'échantillon doit être soit avec Helen, soit avec Cynthia puisque Sherlock ne l'a trouvé sur aucun des autres Westwood.

- Oui, c'est possible.

Mycroft fit quelques pas dans la chambre, étudiant discrètement l'ameublement.

- Les deux derniers adversaires de Sherlock sont redoutables. Cynthia à cause de sa colère à cause de la mort de sa sœur, Helen du fait de son ancienneté. Mais j'ai foi en Sherlock ; ses stratégies sont rodées et il ne fait rien qu'il n'eût minutieusement réfléchi. Il s'en sortira et vous serez bientôt de retour chez vous.

John cilla. L'homme d'État était-il en train de lui remonter le moral ?

- A ce propos, j'aurais une demande à vous faire, continua le ministre. Vous allez la trouver curieuse, mais elle est essentielle. La voici : restez en vie.

Le médecin resta perplexe.

- Je vais essayer, répondit-il avec un rictus, prudent.

- Je vous demande cela car je vais être honnête : j'ignore ce que Sherlock serait capable de faire s'il vous perdait. Je sais juste que cela pourrait aller très loin.

Le médecin chercha mentalement ce qui pouvait motiver cette brusque déclaration de la part du ministre. Et puis il pensa à la vive inquiétude qu'avait démontrée Sherlock dans la berline de Mycroft, sous les yeux de ce dernier. Et puis, au « baiser d'adieu » qu'une caméra devait avoir gentiment retransmis à l'homme d'État. OK, c'était peut-être plausible, après tout.

- A quoi pensez-vous ? demanda le blond, prenant un air grave.

- Au suicide, asséna Mycroft sans préambule.

Les traits de John se relâchèrent et il secoua la tête, un rictus de retour sur son visage.

- Non, non, nia-t-il. Sherlock est bien trop fier et obstiné pour ça.

- Vous croyez ? répliqua le ministre. Si vous veniez à disparaître un jour, que pensez-vous qu'il lui restera ? Un mal qu'il n'arrivera pas à vaincre, une désolation qu'il jettera quotidiennement autour de lui et une culpabilité certaine ?

- Il aura les enquêtes, protesta le blond. Il fonctionnait très bien comme cela avant qu'il ne me rencontre.

- Oui, c'est exactement cela : avant qu'il ne vous rencontre.

Mycroft se pencha vers lui, autoritaire :

- Ayez cela en tête, John : ne sous-estimez jamais ce que Sherlock Holmes est capable de faire pour vous.

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Le médecin potassa beaucoup à ce sujet. Est-ce que Sherlock serait vraiment capable de se suicider si lui venait à mourir en premier ? Un peu comme Roméo et Juliette ? Absurde. Parce que premièrement, le détective avait tellement de distractions pour occuper son esprit – résoudre des meurtres, faire des expériences dans la cuisine, jouer du violon. Et deuxièmement, tout simplement, ils n'étaient pas Roméo et Juliette. Ils étaient amis, et pour le médecin l'amitié ne pouvait pas être aussi forte que l'amour au point que Sherlock abandonne tout goût de vivre à cause de lui. Il eut un sourire triste. Si Harry avait su les pensées qui effleuraient présentement son esprit – Roméo et Juliette, vraiment John ! –, si elle avait vu la manière dont le détective l'avait regardé et embrassé, elle serait parvenue à une toute autre conclusion. Pas étonnant que tous les gens qu'ils croisaient les prenaient pour un couple. De l'extérieur, ils semblaient tellement fusionnels qu'ils laissaient un doute planer.

Et de l'intérieur, était-ce vraiment mieux ?

Le médecin secoua brutalement la tête. C'était quoi, ces pensées à la noix ? Vraiment, aujourd'hui, il n'était pas très inspiré. Car entrevoir la possibilité, même infime, que Sherlock et lui puissent être un couple, c'était vraiment marcher sur la tête.

Pourtant, Sherlock avait le don de le rendre fou. Fou d'irritation par ses petites habitudes, comme celle de conserver des parties de corps humain dans le frigo. Fou d'inquiétude quand il se fourrait dans des situations comme celle qu'ils étaient en train de vivre. Fou de colère, quand le médecin réalisait les risques qu'il prenait. Et fou d'affection quand le médecin le retrouvait en vie, devant lui, ou qu'il renonçait à un certain Moriarty pour lui.

Fou d'amour, aurait rectifié sa sœur si elle avait été à côté de lui.

John bondit de son fauteuil et arpenta la pièce, agacé. Non, Harry, tu te trompes lourdement.

Alors pourquoi Sherlock fait-il autant de sacrifices pour toi ?

Pourquoi te regarde-t-il avec autant de chaleur ?

Pourquoi s'inquiète-t-il en permanence pour toi ?

Pourquoi te protège-t-il comme si tu étais la prunelle de ses yeux ?

Pourquoi a-t-il eu ce geste si délicat, l'autre jour ?

Ça suffit, Harry.

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John avait remisé ces pensées au grenier et, malheureusement pour lui, il n'avait pas d'autre sujet de préoccupation que la sécurité de Sherlock. Alors celle-ci fut vite remise sur le tapis. Cela faisait quatre jours que Mycroft était passé. Il y a quatre jours, Sherlock était en vie, il allait bien. Et maintenant ? Était-ce toujours le cas ? Comment John pouvait-il le savoir ? Sherlock restait muet comme une tombe et John ne pouvait pas compter sur lui pour avoir plus d'informations, tant le détective était attaché au secret de ses agissements. Il divulguait juste le minimum à son frère, histoire que le médecin ne vire de la carafe.

Et puis, un jour, quelque chose arriva.

On toqua à la porte de la chambre de John. Ce dernier ouvrit, convaincu qu'il s'agissait d'une autre visite de Mycroft pour vérifier qu'il ne devenait pas fou. Au lieu de l'homme d'État, John tomba sur Sherlock.

Le détective avait l'air passablement fatigué, mais il allait bien. Il était vivant. Il était devant lui.

Il y eut un moment de flottement entre les deux hommes, John toujours pas certain de la vision qu'il avait devant les yeux, Sherlock indécis sur la conduite à tenir, puis le médecin abandonna ses derniers scrupules et prit son ami dans ses bras.

Le détective fut d'abord légèrement surpris par cette manifestation qui ne leur était pas coutumière, puis accepta l'étreinte. Il enroula un bras autour des épaules du médecin, l'autre dans le dos de son ami. Mais il ne le serra pas et ses mains tremblaient légèrement, comme s'il se retenait. De son côté, le blond le pressait contre lui, trop heureux de le sentir contre lui, de respirer son odeur. Sherlock était vivant. Sherlock était vivant. Sherlock était vivant.

Le médecin se dégagea finalement.

- Tu les as tous neutralisés ? demanda-t-il.

- Jusqu'au dernier.

- Ils sont… morts ?

- Oui.

Le blond hocha la tête. Il savait qu'il ne devait pas se réjouir de la mort d'autrui, mais il était trop heureux de voir son ami en vie.

- Et… l'antidote ? demanda-t-il.

Le détective détourna la tête. Son visage se rembrunit.

- Perdu, murmura-t-il.

Ce fut au tour du médecin de s'assombrir.

- Merde, fit-il.

- C'était Cynthia qui l'avait, expliqua le brun. Elle n'a même pas cherché à marchander. Elle l'a jeté dans le feu devant mon nez, juste pour me voir déchanter.

Le détective crispa la mâchoire.

- J'étais si furieux que je n'ai eu aucun mal à la tuer.

- Putain, c'est vraiment notre veine, marmonna le médecin, le front soucieux. C'était notre seule piste.

Sherlock opina. Il paraissait complètement miné, encore plus que John qui venait pourtant de passer de la joie au dépit. Il ne devait pas remuer davantage le couteau dans la plaie.

- Il faut synthétiser de nouveau l'antidote en laboratoire, déclara le médecin. C'est possible, cela a déjà été fait.

- Le labo a explosé. Les chercheurs sont morts. Les disques durs ont été détruits et les serveurs effacés. Il n'y a plus aucune trace.

Le détective ne semblait pas furieux. Juste désabusé. Cela interpella le médecin tant il n'était pas habitué à ce sentiment chez son ami. Sherlock savait toujours comment se sortir du pétrin. Il avait toujours une solution de rechange ou bien il improvisait sur le moment. Il avait foi en ses capacités. Mais là, il semblait complètement dépassé.

- Il faut tout recommencer à zéro, dit le brun, le coin de la bouche pincé.

John soupira. Il chercha quelque chose de réconfortant à dire mais, ne trouvant pas, il tapota l'épaule de son ami.

- Rentrons chez nous, dit-il.

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Les deux amis partirent dans les dix minutes qui suivirent. Comme rien de ce qui se trouvait dans la chambre n'appartenait à John, celui-ci se contenta de mettre un peu d'ordre avant de rendre les clés à la réception. Ils prirent un taxi qui se perdit dans les embouteillages de sorties de bureau et le trajet se déroula en silence. Ce n'est qu'à l'entrée de l'immeuble que John se rendit compte qu'au-delà de l'abattement de son ami, quelque chose clochait chez lui. Normalement, c'était plus ou moins Sherlock qui dirigeait les choses, décidait de la marche à suivre et de la direction à prendre. John le suivait tant bien que mal, souvent en comprenant à moitié ce que son ami avait en tête. Or, depuis le moment où John avait refermé la porte de sa chambre d'hôtel, le détective s'était obstiné à lui céder le pas. Il avait suivi le médecin dans tout l'hôtel, le laissant presser les boutons de l'ascenseur et ouvrir les portes du taxi. Cela venait de se reproduire à la porte de l'immeuble, et même à celle de leur appartement. John se rendit alors compte que le détective n'avait rien touché depuis qu'il l'avait revu.

Arrivé dans l'appartement, il était sur le point de lui demander plus d'explication lorsque le détective le devança, ayant sans doute remarqué ses coups d'œil interrogateurs.

- Il faut que je te dise quelque chose, John. Nous allons avoir un petit problème.

Il se dirigea vers la table du salon et prit un verre qui avait été abandonné.

Ou du moins, essaya de le prendre.

Le récipient éclata en mille morceaux, les éclats se répandant sur le tapis.

- Qu'est-ce que tu as…

- Afin d'éliminer les Westwood, j'ai dû les traquer un par un et avoir recours à la ruse. Mais pour maximiser mes chances de revenir vivant, j'ai dû ajouter une corde à mon arc. Je ne les ai pas tués en leur enfonçant un couteau dans le cœur ou en les brûlant. Je les ai tués en buvant leur sang jusqu'à la dernière goutte.

John fronça les sourcils.

- OK, dit-il lentement en réfléchissant à ce que cela impliquait.

- Pour la simple et bonne raison que le sang de vampire est énergisant pour moi. Je m'en suis rendu compte quand je buvais le sang de Moriarty. J'acquérais plus de force et de rapidité, et cela n'a pas fait défaut avec celui des Westwood. Plus je les tuais, plus je devenais fort. J'ai commencé par ceux que je jugeais les plus faibles, et j'ai fini avec Helen et Cynthia.

- Donc tu as ingéré l'équivalent du sang de neuf vampires ?

- Exactement. C'était le seul moyen d'être sûr de mener cette mission à bien… mais ce n'est pas sans conséquence, comme tu viens de le voir.

- Tu ne peux donc plus toucher d'objet sans le casser ?

- Depuis que j'ai tué Cynthia, oui. Je crois que neuf vampires était la limite à ne pas franchir. Mais ne t'en fais pas : c'est temporaire. L'effet disparaîtra quand mon corps aura éliminé le sang de cette foutue famille.

John opina.

- Cela veut aussi dire que tu as bu jusqu'à plus soif ? ajouta le blond.

- C'était la deuxième chose dont je voulais te parler.

- Et quelles en sont les conséquences ?

Sherlock regarda par terre, visiblement embarrassé.

- J'ai perdu l'habitude de m'arrêter. Je n'en avais pas besoin, puisque le but était justement de boire le plus de sang possible. Il va donc me falloir un certain temps avant de me « sevrer ».

Le détective releva la tête et prit un air sérieux.

- Et pendant ce temps-là, il ne sera pas question de toucher à toi. Mycroft va se débrouiller pour me dénicher quelques poches d'avance.

Le moral de John descendit légèrement. Mince, il allait encore devoir attendre pour…

Avoir sa dose.

Sherlock dut remarquer la contrariété du médecin puisqu'il ajouta :

- Ce qui n'est pas une mauvaise chose. Je préfère encore que tu fumes plutôt que de malmener ton corps de la sorte.

Le médecin protesta que non, Sherlock ne le malmenait pas quand il prélevait son sang et assura qu'il se portait très bien, mais le détective ne voulut rien entendre.

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Une période longue et morne s'ouvrit pour Sherlock. Elle fut dictée par ce vilain ennemi auquel il venait d'être confronté : l'échec.

Il avait été près. Si près de la rédemption. Car il ne faisait désormais aucun doute que le mal dont il était frappé ne pouvait plus durer. Ne plus avoir à dormir et à s'alimenter normalement ? Pourtant tellement pratique. Contrôler l'esprit des gens, avoir des sens surdéveloppés et une force herculéenne ? On s'y habitue si vite. L'immortalité ? Séduisante. Mais le prix à payer était beaucoup trop élevé et les choses s'étaient articulées dans un engrenage infernal, dépassant le détective. Il ne s'était d'abord pas rendu compte à quel point le sang pouvait être une denrée rare quand on le prélevait de manière raisonnable, sans mettre constamment en danger la vie d'autrui. Surtout celle de John. John était devenu sa raison de renoncer à tout cela. Il ne pouvait continuer à abîmer continuellement le corps de son ami en menaçant sa vie à chaque fois qu'il buvait son sang. Et puis, à quoi bon vivre éternellement si c'était sans John ?

Il était passé à ça de l'antidote. A ça. Cette petite sangsue s'était bien moquée de lui, à lui faire miroiter quelque chose qu'elle n'a même pas voulu échanger. Et Sherlock n'avait rien pu faire pour éviter ce désastre. Essayez donc d'empêcher quelqu'un qui a perdu sa propre sœur de se venger. Sherlock était certain qu'il aurait été prêt à faire la même chose s'il avait été amené à venger John. Mais quand même, il aurait pu faire quelque chose. Car synthétiser de nouveau l'antidote revenait à repartir de zéro ; cela allait prendre des années et il n'était pas sûr que John tienne jusque-là. Il allait devoir trouver une autre alternative.

Et pour ne rien arranger, il avait retrouvé le goût du sang. Le vrai. Il s'était gavé à foison et il n'allait pas être aisé de retrouver un rythme normal. En fait, c'était simple : depuis qu'il avait commencé à traquer les Westwood, il ne s'était pas nourri une seule fois sans tuer sa victime. Cela avait été tellement facile de se laisser aller, de ne plus mettre ces barrières de morale. C'était devenu banal, cela allait de soi. Et pire : il avait adoré ça.

La première fois qu'il avait tué quelqu'un, c'était au tout début de sa carrière de détective consultant. Le meurtrier ayant découvert que Sherlock savait certaines choses compromettant sa liberté, il l'avait suivi dans la ville et avait tenté de l'étrangler par derrière avec une corde. Le détective n'avait eu d'autre choix que de lutter et de neutraliser son adversaire, ce qui, dans la tournure qu'avaient pris les choses, était revenu à le tuer. Profondément choqué, il avait appelé Lestrade qui l'avait couvert, démontrant le cas de légitime défense. Et puis, il y avait eu l'exil, avec des circonstances similaires : légitime défense exclusivement. Le réseau de Moriarty n'était pas composé de petits plaisantins. Les scrupules de Sherlock s'étaient atténués mais, à chaque fois, il en gardait un arrière-goût amer dans la bouche. Même lorsqu'il était devenu ce qui l'était. Il avait tué des êtres humains, merde. Même si Sherlock n'avait pas un sens très développé de la morale, il savait que ce n'était pas dans l'ordre des choses de faire ça.

Il n'avait rien ressenti de tout cela quand il avait tué les Westwood. Il l'avait fait certes par nécessité, mais aussi avec un plaisir non refoulé. Il avait aimé sentir son corps devenir plus fort grâce à ce qu'il absorbait et, au-delà de ça, il avait adoré la sensation de puissance que lui avaient procuré ces meurtres. Il s'était attaqué à bien plus gros que lui et, pourtant, ils étaient tous tombés les uns après les autres, ceux qui les avaient menacés, John et lui. Et cela lui avait donné un plaisir sans précédent.

C'était un peu comme, si quelque part, l'enseignement de Moriarty n'avait jamais eu lieu.

Ou du moins, il était revenu à un niveau similaire. A présent, il peinait à se satisfaire d'une poche et pressait souvent son frère de lui en fournir une deuxième. Quand il n'en pouvait plus, il attendait la nuit pour se servir dans des établissements du sang mais il ne le faisait pas trop souvent, de peur d'éveiller des soupçons. Il avait assez de soucis comme ça pour se mettre la sécurité intérieure à dos. Ou même Mycroft.

Moriarty s'était quand même bien foutu de lui. A lui apprendre la tempérance puis à lui flanquer aux miches toute une famille de vampires pour tout faire voler en mille morceaux. Car il ne faisait aucun doute que son sort avait été scellé le jour où il avait tué Linda. Tuer Linda, protéger John, était revenu à refuser la proposition que le bandit lui avait faite. C'était d'ailleurs pour cela que Moriarty avait précipité les choses en posant l'ultimatum impliquant John ; il n'avait fait que finaliser la direction qu'avaient pris les choses. Et le criminel avait réussi, en fin de compte : à faire de lui son égal dans le sens le plus noir du terme.

Peut-être Sherlock l'avait-il même surpassé, finalement ? A tuer sans modération et à prendre son pied à ça. Pour le détective, c'était l'une des définitions qu'il aurait pu attribuer au criminel. Pourtant, elle ne pouvait s'appliquer que trop bien à ce qu'il était devenu pendant ces deux dernières semaines.

Sherlock était désespéré. La situation ne s'était pas améliorée. Elle avait empiré. Il ne pouvait pas tenir quoi que ce soit dans ses mains sans le casser et il avait constamment envie du sang de John. Alors il faisait son possible pour se tenir à l'écart de lui mais le médecin ne lui facilitait pas la tâche. L'ancien soldat s'apercevait qu'il déprimait, aussi était-il aux petits soins avec lui. Il prenait garde de laisser toutes les portes de l'appartement ouvertes pour que Sherlock puisse circuler facilement. Comme le détective ne pouvait pas manipuler son téléphone ni son ordinateur, John lui lisait ses messages et épluchait la presse à voix haute pour lui. Il actionnait les interrupteurs, mettait la douche en route, lui préparait ses vêtements et l'aidait à s'habiller. Enfin, il le faisait profiter de sa présence. John n'aimait pas le laisser seul, même s'il y était souvent contraint à cause de son travail. Peut-être avait-il peur qu'il fasse n'importe quoi. C'était compréhensible, après le coup que lui avait fait Sherlock pour rejoindre Moriarty. Bref, John était adorable.

Un soir où le détective broyait particulièrement du noir, le blond vient le rejoindre. Sherlock avait collé son fauteuil à la cheminée et contemplait les flammes. John tira son propre fauteuil pour le rapprocher de lui, s'installa et commença à lui raconter sa journée, même s'il savait que le détective n'en avait cure. Mais peu importe, après tout : le simple fait pour Sherlock d'entendre la voix de son ami lui faisait du bien.

Un silence s'installa ensuite, John étant apparemment parvenu à la fin de son récit. Il sentait le regard soucieux du blond sur lui, même si le détective n'avait pas levé une seule fois les yeux des flammes.

- Ça va, Sherlock ? avait-il fini par s'enquérir.

Le détective n'avait pas la moindre envie de parler, mais il estima qu'il devait bien ça à son ami.

- J'ai froid, avoua-t-il.

Ce n'était pas une bonne idée, finalement, s'il en croyait l'air inquiet que prit immédiatement le médecin.

- Tu es malade ? demanda-t-il. Tu veux que je t'apporte une couverture ?

- Non, non, s'empressa-t-il de répliquer. Pas ce froid-là.

Et ce n'était pas occasionnel. Depuis que le détective était rentré, il n'avait eu de cesse de ressentir cette sensation. Il n'était pas particulièrement frileux, d'habitude, ce qui l'avait interpellé. Il avait contacté son frère qui lui avait envoyé un biologiste pour faire des analyses. Mais les résultats s'étaient révélés normaux, enfin, autant qu'ils puissent l'être pour un mort-vivant tel que Sherlock. Il n'était pas malade. C'étaient juste des sensations. Mais ces frissons et ce vide dans sa poitrine étaient bien réels. Ce froid permanent, qui ne le quittait presque jamais, même quand il se tenait devant la cheminée. Ça ne passait pas. Cela devait aller de pair avec la mélancolie.

- Oh.

Le médecin semblait un peu moins inquiet mais restait ennuyé. Le détective fronça les sourcils.

- J'aimerais… me consumer dans le feu pour que ça passe, dit le détective avec un mélange de rage et de frustration.

Il expira bruyamment.

Puis il sentit une chaleur sur sa main gauche, qui était appuyée sur l'accoudoir.

Il tourna la tête. John avait tendu le bras et posé sa main sur la sienne. Il la caressait doucement avec le pouce, d'une manière qui se voulait réconfortante. Un sourire triste étirait ses lèvres.

- La situation va s'arranger, j'en suis sûr, dit-il.

Immédiatement, le détective se sentit mieux. Cette chaleur, ce sourire, ce regard. C'était ça, ce dont il avait besoin. Il avait besoin de John. Et pas seulement de son sang. De sa personne, entière. Du souci qu'il se faisait pour lui, de sa sollicitude quand il n'allait pas bien, de son dévouement aveugle, de l'affection qu'il lui portait. De son corps si prompt à étreindre et à accepter le sien, de sa chaleur, de son odeur. Sans s'en rendre compte, Sherlock entremêla ses doigts à ceux de son ami et les caressa à son tour. Il ne s'aperçut pas non plus qu'il redevenait capable de douceur, qu'il frôlait la main de son ami au lieu de la broyer. La peau de John était si chaude, si agréable sur la sienne. Il se retrouva alors à vouloir plus de lui, exactement comme lorsqu'il avait dû lui dire au revoir avant de partir affronter les Westwood. Peut-être était-ce réciproque, d'ailleurs. Le geste de leurs doigts était devenu intime, appuyé, pourtant John ne semblait pas vouloir y mettre fin. Il vit les yeux de son ami se voiler et remarqua que le médecin se tendait légèrement vers lui. Mû par une intuition – un vil comportement animal, aurait-il dit s'il avait eu toute sa lucidité – il se pencha à son tour vers lui, ne sachant pas trop où ses sens le conduisaient, et…

- Houhou ! Livraison de scones !

Les deux hommes étaient tellement absorbés l'un par l'autre qu'ils n'avaient pas entendu Madame Hudson monter.

Son arrivée eut l'effet d'une douche froide. D'abord parce qu'ils se rendirent compte de la situation dans laquelle ils se trouvaient : au coin du feu, en train de se tenir la main et de se regarder intensément. Ensuite, parce que la logeuse était témoin de cette situation.

- Oh, j'interromps quelque chose, dit la vieille dame, contrite.

- Non, non ! Pas du tout ! s'empressa de démentir le médecin, qui avait repris ses esprits et dont le teint avait viré au rouge. Nous n'étions pas…

- Je pose le plateau sur la table, faites comme si je n'étais pas passée ! chuchota la logeuse avec un clin d'œil.

Le médecin continua de soutenir qu'elle se méprenait et la remercia. Il avait aussitôt lâché la main de Sherlock et celui-ci s'assombrit, se sentant mal à nouveau.

Dès que John n'était plus là, le froid revenait.