Oh mon Dieu, cette fic a atteint 100 000 mots. Et elle n'est pas terminée. Je suis satisfaite *.*

Bon, sinon je suis contente que ma fin de chapitre 26 ait été claire. Sherlock va-t-il se suicider ?

Voici donc le chapitre 27, d'abord un peu sombre, mais romantique je l'espère :D

Merci à Animevivie, Mimi Kitsune et Brenda Joyeux pour leur review !

Animevivie : et oui Sherlock s'est mis en tête de faire une grosse bêtise, mais John va-t-il arriver à temps ? :D

Bonne lecture !

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Le Fléau : Chapitre 27

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Sherlock quitta l'hôpital, sombre. Il savait ce qu'il avait à faire.

Mais une question le taraudait. Pourquoi John lui avait-il subitement demandé s'il allait revenir ? Avait-il deviné ses projets ? Il avait vu le tract qui était tombé de la poche du détective. Certes, mais son ami n'était pas assez intelligent pour faire le rapprochement et, en plus, il n'avait pas les idées claires. Sans compter qu'il allait sans doute dormir toute la journée. Non, Sherlock n'avait pas à s'en inquiéter. Ce qu'il allait faire, il pouvait le faire tranquillement.

Il regarda l'heure. Dix heures trente-cinq du matin. Il lui restait du temps à tuer avant la soirée et il ne fallait pas éveiller les soupçons de Mycroft trop rapidement. Alors il allait faire ce qu'il avait dit à John : aider Lestrade à démêler ses enquêtes. Au moins, il n'aurait pas l'impression de mentir à son ami sur toute la ligne, pensa-t-il avec amertume.

Comme il s'y attendait, les enquêtes furent décevantes et résolues en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire. Il soupçonnait d'ailleurs son frère d'avoir soufflé à l'oreille de l'inspecteur de lui donner quelques cas plus ordinaires afin qu'il ne s'ennuie pas et qu'il évite de penser à… Mais c'était déjà fait. Le détective regrettait déjà de s'être déplacé pour rien. Et maintenant, qu'allait-il faire jusqu'au soir ? Il n'allait pas prendre une enquête au hasard dans sa boîte mail, il courrait le risque de ne pas la terminer et le détective avait horreur du travail inachevé. Alors Sherlock ne trouva rien d'autre à faire qu'une chose qu'il détestait auparavant car il considérait cela comme parfaitement vide de sens : marcher dans la ville.

Il partit de Scotland Yard et déambula au hasard, s'amusant à déduire la vie des gens qu'il croisait. Le trader ruiné, le coiffeur aux troubles obsessionnels compulsifs, la veuve qui essayait de se refaire une vie, le cuisinier qui trompait sa femme… ça l'occupa un moment mais, Londres étant une grande ville, il se trouva débordé par le nombre de passants. Et puis, étrangement, il n'en avait plus le goût. Il se mit alors à regarder les gens avec les yeux de quelqu'un de son espèce. Tant de petites existences finies, qui vaquaient à leurs occupations terrestres et sans importance. Cette dame avait perdu son mari ? Tant pis, elle en retrouverait un autre. Ce trader était ruiné ? Il n'avait qu'à emprunter et miser deux fois la somme, ou il finirait dans la rue, mais quelle importance, au fond ? Sherlock savait très bien où toutes ces existences allaient finir et rien n'y ferait exception : au fond d'un caveau humide. Alors pourquoi lutter si cette fin était inéluctable ?

A lui, son sort était juste légèrement différent. Il pourrait regarder ces mortels de haut en se disant qu'il était au-dessus de tout cela, étant donné qu'il avait l'éternité devant lui. Mais ce n'était pas ce qu'il avait choisi. Ironie du sort, lui qui était censé vivre au moins quelques centaines d'années finirait beaucoup vite que n'importe quel octogénaire qu'il croisait.

Et puis, la nuit tomba. Tout de suite, il se sentit plus dans son élément. Ces choses sombres. Il avait fini par les aimer. Il se rappela des nuits où il sortait chasser avec Moriarty. Le gain était toujours satisfaisant, à chaque fois différent mais, au-delà de ça, il y avait ces moments passés avec le criminel, son semblable, celui à cause duquel il était devenu ce qu'il était mais à qui il n'arrivait pas à en vouloir. Ces moments où il avait l'impression qu'ils étaient seuls, tous les deux, contre le reste du monde. Même si le bandit avait ensuite piqué une monstrueuse crise de jalousie envers John, ils avaient été précieux. C'était d'ailleurs une maigre source de consolation pour Sherlock : là où il allait aller, peut-être reverrait-il Moriarty et continueraient-ils à jouer leurs parties d'énigmes.

A présent, il était temps de disparaître. Sherlock jeta son téléphone dans une benne puis, vérifiant qu'il n'y avait pas de caméra de surveillance, demanda obligeamment à une passante s'il pouvait emprunter le sien pour passer un appel. Quinze minutes plus tard, il arriva devant le restaurant d'Angelo. Ce dernier l'accueillit chaleureusement, comme à son habitude, et Sherlock lui indiqua ce qu'il comptait faire. L'Italien, croyant que Sherlock poursuivait un énième criminel, accepta de bon cœur et lui ouvrit la porte de derrière. Sherlock vérifia de nouveau qu'il n'y avait pas de caméra de surveillance dans la ruelle et sauta dans le taxi qui l'attendait. Déjouer la surveillance de Mycroft ? Un jeu d'enfant. Il y avait beaucoup trop d'angles morts dans cette ville. Merci les restrictions budgétaires.

Il donna l'adresse au chauffeur et se cala au coin de la vitre. Il regarda avec tristesse les paysages londoniens défiler, puis s'évanouir. Il aimait beaucoup Londres, vraiment. C'était sa maison, il avait fini par s'en rendre compte au bout de deux années expatrié dans les recoins les plus sordides d'Europe. Mais tout cela n'était plus d'actualité et il devait lui dire au revoir.

Car la solution qu'il avait choisie était la seule capable de démêler le pétrin qu'était devenue son existence.

Moriarty avait raison. Depuis le début. Vous croyiez vraiment que votre deal pourrait fonctionner ? Bien sûr que non. Sherlock avait été naïf de croire cela une seule seconde. John n'était qu'un être humain mortel, avec une physiologie d'être humain mortel, et lui une bête assoiffée de sang avec de sérieux problèmes de contrôle après une abstinence prolongée. Et, même après que Moriarty eut illustré ses propos, Sherlock avait toujours refusé de le croire.

Car c'était cela, le sens caché de la série des meurtres sanglants.

Il y avait eu quatre victimes. Toutes avec des plaies différentes. Moriarty l'avait d'ailleurs aidé avec cet indice : Tout est dans la plaie. Lena Spencer, la journaliste, aucune plaie. Jack Widow, le garagiste, la plaie découpée et soi-disant mangée par son agresseur – allez savoir si Moriarty l'avait effectivement fait, bien que Sherlock ne doutât pas qu'il en soit capable. Andy Steward, étudiant en médecine, la plaie déchiquetée par un animal. Et enfin Silvia Hart, dont une partie du cou avait été brûlée pour cautériser la blessure.

Ces faits n'étaient pas à considérer comme un ensemble hétéroclite dû au fait que Moriarty ait répugné à suivre le même mode opératoire et qu'il avait agi ainsi pour le simple plaisir de « changer ». Non. C'était des étapes.

Des étapes concernant exclusivement Sherlock et John. Et qui avaient commencé dès que Sherlock avait remis le pied à Baker Street après son voyage de deux ans.

Meurtre numéro 1 : pas de plaie. Pas de trace visible. Mais cela ne veut pas dire qu'il ne s'est rien passé. La menace est toujours là. C'est le simple désir de Sherlock du sang de John, même s'il ne l'a pas encore touché, même s'il a failli le saigner à blanc, ce soir où il n'avait plus supporté l'abstinence due à l'attentat. Orchestré par Moriarty, bien entendu. Mais il n'en avait rien fait. Il n'avait laissé aucune trace.

Meurtre numéro 2 : plaie découpée et mangée. Ça y est, cela avait commencé. Le cannibalisme. La consommation du sang de John.

Jusque-là, la situation était relativement tenable, vivable.

Et puis, meurtre numéro 3 : plaie déchiquetée. La victime, le portrait craché de John quand il était plus jeune, semblait en passe d'être dévorée par un animal.

Et c'était, tout bonnement, ce qui venait de se passer : Sherlock venait de dévorer John.

Des larmes roulèrent de ses yeux. John. Il avait failli tuer John. Son cher John, son ami, qui ne lui voulait que du bien et qui se mettait en quatre pour cela. Il en était passé si près et la possibilité-même que cela aurait pu arriver suffisait à le dégoûter complètement de lui-même. Il n'avait pas tenu sa promesse, celle de ne jamais faire de mal à John. Il l'avait foirée en beauté, tiens. Non seulement il avait expédié son ami à l'hôpital mais, en plus, il avait manqué de le tuer. Et quiconque tentait de tuer John ne trouvait aucune grâce à ses yeux. C'est pourquoi, à présent, la seule personne au monde qu'il détestait avec une telle véhémence n'était autre que lui-même.

Et cette personne ne pouvait plus exister.

C'était d'ailleurs le parallèle avec le meurtre numéro 4, dont la victime présentait des ressemblances physiques frappantes avec Sherlock : la combustion.

C'était la seule solution possible. Sherlock ne pouvait plus continuer à menacer la vie de John et de celles de milliers de gens. Et puis, ça résoudrait en même temps le problème de ce froid qui ne le quittait pas. Parce qu'en plus, il en avait envie. De se fondre dans le feu, afin de retrouver cette chaleur d'être humain normal. De ne plus sentir ce sentiment de solitude parce qu'il était incapable de régler son problème et parce qu'il ne pouvait plus côtoyer John normalement, dévoré d'envie qu'il était pour lui.

Bien sûr, John aurait désapprouvé ses projets. John aurait tenté de l'en dissuader par tous les arguments possibles. Peut-être que le médecin lui aurait fait une promesse, lui aussi, celle de trouver un moyen de le sauver. Mais on voyait bien ce que valaient les promesses, ces temps-ci, d'autant que John, même s'il était bon médecin, ne pouvait pas inventer la poudre. L'antidote était perdu et Sherlock ne pouvait plus attendre, étant donné ce qui s'était produit avec son ami. D'ailleurs, John lui brisait le cœur. Le blond n'avait pas hésité une seule seconde à lui pardonner malgré ce que Sherlock lui avait fait. Il devait penser que pardonner était une bonne chose, que c'était un bon début qui permettrait de résoudre petit à petit le problème. Et c'était ce qui touchait Sherlock chez lui : son dévouement aveugle, son amour pour lui. Il savait que le médecin ferait n'importe quoi pour lui. Et en échange, que recevait-il ? Une menace de mort qui pesait sur sa tête. Et aussi : des questions sans réponse. A la question qu'est-ce qui était différent cette fois-ci ?, Sherlock n'avait eu la force de répondre. Il n'avait pas pu lui avouer qu'il s'était trop emballé et qu'il avait eu sexuellement envie de lui, ce qui était précisément ce qui lui avait fait perdre le contrôle. Parce qu'il en avait eu honte. Non, Sherlock préférait emporter ce secret dans la tombe.

Il frissonna. Encore ce froid. Il en avait assez. Vivement que ça passe. Vivement qu'il soit près de ce feu. John lui manquait déjà. Tellement. En cet instant, il commença à espérer qu'il n'y avait rien après la mort. Car sinon, que serait la vie sans John ? S'il y en avait une, elle n'en valait pas le coup.

Soudain, le taxi s'arrêta. Ils étaient arrivés à destination.

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John s'accrocha à la poignée de l'hélicoptère. Il regardait le paysage nocturne défiler. Il n'avait jamais vu Londres sous cet angle, du dessus, obscure et illuminée de milles feux. Il ne reconnaissait pas grand-chose à part le ruban noir que formait la tamise, le Big Ben, le Tower Bridge et le cercle clignotant du London Eye. Le reste lui semblait inconnu, toutes les rues paraissant se ressembler. Il savait juste qu'ils prenaient la direction du nord-ouest. Il aurait pu trouver ce spectacle beau, émouvant, s'il n'y avait eu cette angoisse sourde qui lui étreignait la poitrine.

Putain, mais qu'est-ce que Sherlock avait dans la tête ?! Il croyait vraiment que s'immoler par le feu allait résoudre le problème ? Techniquement, oui, mais John refusait que cela se finisse comme ça. Tant que lui, John Watson, n'aurait pas dit son dernier mot, il était hors de question que Sherlock prenne de telles décisions. Il refusait que la vie de Sherlock lui appartienne à lui seul. Lui aussi était compris dans l'équation.

L'hélicoptère progressait rapidement, plus vite que n'importe quel taxi ou métro, pourtant John avait l'impression qu'il se traînait. Il n'était pas assez rapide comparé à l'avance que Sherlock avait pu prendre. On n'arrivait pas à reconstituer ce qui s'était passé. La dernière fois qu'on l'avait aperçu, il tournait au détour d'une ruelle vers Northumberland Street, là où on avait localisé son portable, jeté dans une poubelle. Ensuite, il avait dû prendre un taxi, mais on ne savait pas lequel, puisque Westminster était peuplé de cabs. Alors Mycroft avait fait appel à John pour glaner plus d'informations, et le médecin avait fini par faire le lien. Mais John avait refusé de lui donner un lieu tant qu'il ne serait pas dans un hélicoptère. Car oui, il voulait être de la partie. Il savait très bien que Sherlock ne se ferait pas avoir par la force et qu'il ne servait à rien de lui envoyer une escadrille d'agents. Il suffisait juste de le convaincre. Mycroft, les mains liées, n'avait eu d'autre choix que d'accepter.

Ils survolaient à présent la campagne. Les lumières étaient devenues plus éparses, se résumant aux concentrations des petits patelins et au tracé des routes principales. L'obscurité recouvrait tout le reste. John devina des lacs, des bois et des champs, mais il était impossible d'en délimiter clairement les contours. Dévoré par l'angoisse, il serrait les dents. Pourvu qu'ils n'arrivent pas trop tard.

Et puis, ils arrivèrent en vue d'une bourgade un peu plus grande que les autres. Un peu à l'écart de la ville, ils le virent. Le grand feu de joie d'Amersham.

Son cœur fit un bond vertigineux dans sa poitrine.

- C'est ici, indiqua le pilote.

- Approchez-vous le plus possible, commanda l'ancien soldat.

- Ça va être difficile. On ne peut pas prendre le risque que les pales de l'hélicoptère avivent les flammes.

John pesta. Il n'y avait pas pensé.

- On va atterrir dans ce champ, déclara le pilote.

L'hélicoptère amorça le virage, poussant John dans l'intérieur de l'habitacle. Puis l'engin commença sa descente. John serra plus fermement la poignée, les muscles bandés. Dès que le véhicule aurait touché terre, il serait prêt.

Il y eut une secousse et, à peine le copilote eut-il déverrouillé la porte qu'il se rua dehors, plié en deux sous le souffle des pâles. Il traversa le champ, atteignit les premières maisons, prit une rue, puis une deuxième plus large, avec des lampadaires cette fois. L'endroit était désert. Il suivit la rue qui devint une route, courant à en perdre haleine, ne voyant toujours pas le feu. Ses poumons le brûlaient, car ce n'était assurément pas une bonne idée de se taper un sprint en cette froide nuit de novembre dans l'état où il était. Il s'affaiblissait, il le sentait. Mais il fallait continuer, coûte que coûte. Pour Sherlock.

Alors que la rangée de maison située sur sa gauche se terminait, il aperçut enfin le feu. Encouragé, il redoubla d'efforts. Des voitures étaient garées un peu partout, les premières à cheval sur le trottoir, les suivantes sur un grand parking de terre aménagé à cet effet. Les gens qu'il croisait se faisaient de plus en plus nombreux et, bientôt, il se retrouva dans la foule.

Il s'arrêta. Comment allait-il faire pour trouver Sherlock dans toute cette nuée ? Il y avait de tout : des jeunes, des vieux, des familles, des enfants avec des masques pâles et moustachus bien connus, qu'Anonymous avait récupéré pour son mouvement. Il y avait aussi des personnes habillées en costume du XVIIe siècle ou vêtues de vêtements rayés noir et blanc, avec un capuchon rouge. John chercha une grande silhouette, si possible habillée d'un long manteau noir si Sherlock n'en avait pas changé. Mais il y avait tellement de monde, tellement de monde…

John progressa d'abord au hasard, étudiant les personnes qu'il croisait, mais décida que si Sherlock devait se trouver quelque part, ce devait être près du feu. Il prit alors cette direction. Mais plus il s'approchait du centre de l'attention, plus la foule s'épaississait. Bientôt, il dût se faufiler entre les corps serrés, faisant appel à toute sa diplomatie d'anglais pour se frayer un chemin. Il avait terriblement chaud. Et puis, il commença à apercevoir de nouveau l'horizon, du moins, autre chose que les gens. Il arriva au second rang et passa outre.

Sherlock était là. Tout près du feu. Immobile, il contemplait le brasier. Ses boucles volaient sous le souffle des flammes, le pan de son manteau aussi par moment. Il ne semblait pas faire cas de la fournaise dans laquelle il se trouvait. Personne ne lui disait qu'il se tenait trop près, puisqu'il devait déjà avoir dissuadé les bonnes volontés.

- SHERLOCK ! hurla le médecin à travers les crépitements et le bruit de la foule.

Le dénommé tourna lentement la tête, nullement surpris, comme s'il avait déjà senti la présence de son ami. Un petit sourire triste étira ses lèvres.

- John, dit-il.

Le médecin courut vers lui. La chaleur augmentait d'un degré à chaque pas.

- Ne fais pas ça, le conjura-t-il en secouant la tête.

Le médecin le regarda avec un mélange de lassitude et d'affection. John n'aimait pas ce regard. C'était son regard résigné.

- Tu devrais être dans un lit à te reposer, John, remarqua le brun.

- Pendant que tu procèdes tranquillement à ton suicide ? Tu crois peut-être que je vais te regarder faire, les bras croisés ?

- Tu pourras surmonter cela. Tu es fort. Tu l'as déjà fait.

- Tu veux parler de cette putain de dépression dans laquelle je me suis englué après ta soi-disant mort ? J'étais une loque, Sherlock !

- Tu ne t'en es pas si mal sorti, je trouve.

- Bien sûr que n… oh, et arrête de dévier du sujet ! Tu vas me suivre et on va parler de ça calmement, OK ?

Mais le détective ne semblait pas prêt d'obtempérer. Son sourire s'était évanoui pour faire place à un air grave.

- C'est le seul moyen, John.

- Oh que non ! Il y a toujours un moyen.

- Alors lequel, s'il te plaît ?

- Même si on ne le voit pas là, tout de suite, on va le trouver. Il y en a forcément un.

Sherlock haussa un sourcil septique. John réfléchit à toute allure. Mais la chaleur n'aidait pas. Il commençait à avoir chaud. Très chaud.

- On a toujours trouvé une solution, même quand on était désespérés. Je… prenons le chien. Tu te souviens du chien de Baskerville ? On était terrifiés et on était persuadés qu'il y en avait un monstrueux, pourtant ce n'était pas le cas !

- Le chien de l'enfer n'était pas réel, John, seulement celui des tenanciers de l'auberge. Mon état l'est.

- Ce n'était qu'un exemple ! Sherlock, on a toujours réussi à démêler les problèmes dans lesquels on s'est fourrés, pourquoi pas celui-ci ?

Le détective ricana d'un rire glacial qui fit frissonner l'ancien soldat malgré la proximité des flammes.

- Peut-être aussi que je suis voué à sucer le sang de pauvres gens jusqu'à la fin de mes jours.

- Et l'antidote, qu'est-ce que tu en fais ?

- Du TEMPS, John, c'est ce qui nous manque !

Il avait crié. A présent, il semblait énervé.

- Combien de temps penseras-tu tenir avant je ne te fasse la peau ? Hein ?

- Mais tu…

- ÇA NE TE SUFFIT PAS, CE QUE JE VIENS DE TE FAIRE ? TU EN VEUX PLUS ?

John fit un pas en arrière par réflexe, puis balaya ses paroles de la tête.

- Ce n'était qu'un faux pas.

- Un faux pas qui as failli te coûter la vie !

- Mais je suis encore là, Sherlock ! Et je vais m'en remettre. Tu as pu t'arrêter à temps et c'est ce qui compte !

- Épargne-moi ton optimisme à deux balles.

- Je suis sérieux, Sherlock !

- Un jour, tu n'auras pas cette chance, si on peut qualifier cela comme ainsi. Un jour, quand tu seras devenu trop faible ou que je serai en manque, on ne pourra pas éviter cela.

Le détective déglutit. Ses yeux brillèrent.

- C'est un fléau, John, dit-il en secouant la tête, la voix secouée de sanglots. Un fléau pour les personnes à qui je prends le sang, un fléau pour toi à qui je me suis voué, un fléau pour moi. Et un jour, il aura ta peau !

- Je n'en crois rien, répondit le blond en s'avançant vers lui avec conviction. Je te fais confiance.

Sherlock voulut répliquer quelque chose mais, à la place, grimaça avec un mouvement de tête rageur. Il commençait à comprendre que tout ce qu'il pouvait dire face à un John rempli de détermination était complètement vain.

Il se calma, soupira, baissa la tête. L'air résigné était de retour.

- Je pourrais aussi m'en aller. Partir très loin de toi. Essayer de t'oublier.

Il releva la tête.

- Mais ça ne marcherait pas. Parce que je suis devenu accro à toi, John ! Tu entends : ACCRO ! Cela veut dire que je ne pourrai pas me passer de toi et que je passerai mon temps à te pourchasser.

Il soupira de nouveau.

- Et quand je te trouverai, je ne plaisanterai pas.

- Et bien, ne pars pas. Reste.

Le détective ouvrit de grands yeux, vraisemblablement étonné de sa candeur.

- C'est un cul-de-sac, John.

- D'accord, dit le blond.

Il avait passé beaucoup de cartouches, mais pas toutes. Même si la tactique suivante était plutôt basique.

Le médecin rejoignit son ami et lui empoigna fermement les bras. Ce simple mouvement déclencha un vertige en lui mais il se concentra sur le visage de son ami.

- Je suis affaibli, Sherlock. Je suis loin d'avoir retrouvé toutes mes forces et j'en ai perdu une quantité après cette cavale dans les champs. Et je ne te laisserai pas te suicider bêtement. Alors, si tu y tiens vraiment, tu devras me faire mal, très mal. Parce que je jure que je ne te lâcherai pas.

Les yeux de Sherlock frémirent. Il y avait de l'amour, dedans, et John s'en sentit touché. Mais il y avait aussi de la pitié.

- Je peux aussi t'hypnotiser, c'est plus indolore, dit-il avec indulgence.

- RAH !

Le médecin baissa brutalement la tête. Il n'y avait pas pensé. Sherlock avait raison, il était tellement idiot !

Mais la main de Sherlock vint relever son menton.

- A part celle d'un plus qu'hypothétique antidote, donne-moi une raison valable de renoncer à mes plans.

- Notre amitié, dit le blond sans hésiter.

La mine de Sherlock s'assombrit. Même si le détective était la plupart du temps un être opaque, volontairement étanche à toute compréhension, le médecin lisait à présent en lui comme dans un livre ouvert. Il se vit dans le reflet de ses yeux, lui, son ami qui luttait désespérément pour le sauver de lui-même. Il vit à quel point il pouvait être idiot et touchant à la fois. C'était sans doute ce qui faisait son charme. Sherlock tenait énormément à lui, c'était indéniable. Il sentait cet amour, dans la manière où Sherlock se laissait faire, celle où il avait discrètement effleuré son menton en le lâchant, et enfin dans ce silence, dans tous ces non-dits qui hurlaient pourtant dans les yeux du détective. John n'en connaissait pas le contenu exact, mais il le ressentait. Il le ressentait dans sa poitrine à travers cette chaleur beaucoup plus douce que celle du brasier à quelques mètres d'eux. Il avait tellement envie de la suivre, cette chaleur. D'y donner cours. De se fondre en elle. C'était sans doute pourquoi il s'était rapproché de Sherlock, ses mains ayant glissé plus haut, sur ses épaules.

Mais ce n'était pas de l'avis du brun.

- Non, refusa-t-il.

Le détective détourna la tête, comme s'il était devenu incapable de supporter le regard du blond. John crut voir des larmes poindre au coin de ses yeux en amande.

Et puis, le visage de son ami se modifia. Il se durcit, tandis que le détective s'éloignait imperceptiblement du médecin.

- Adieu, John.

Et John paniqua.

Sherlock allait l'hypnotiser. Sherlock allait l'hypnotiser. Sherlock allait l'hypnotiser et se servir de cette arme ignoble pour se défiler. Il allait tricher. Il était tellement lâche. Il n'avait pas le droit de faire ça ! Pourtant, il va le faire, John. Que tu sois d'accord ou pas. Enfin, surtout si tu n'es pas d'accord. Il va le faire et tu ne pourras rien pour l'en empêcher. Parce que Sherlock Holmes ne demande jamais la permission. Il fait, même s'il déclenche un cataclysme derrière. Et tu vas te le prendre, ce cataclysme. En pleine gueule. Parce que tu ne pourras rien faire, rien devant ces yeux charmeurs, impérieux, et tu vas t'en vouloir toute ta vie pour ça. Tu vas te torturer pour ça. Tu les vois venir, ces belles années qui seront PIRES que la petite déprime que tu as ressentie quand Sherlock est tombé de St Bart ? Sherlock était soi-disant tombé de St Bart parce qu'il avait connu la disgrâce. Là, il va se suicider réellement. Et pas pour des broutilles. Il va mourir pour te sauver la vie.

A cause de toi.

Le cœur de John s'emballa.

Ses mains tremblèrent.

Sa vision se rétrécit.

Son cerveau se déconnecta.

Et il embrassa Sherlock Holmes.

Ou plutôt, son corps embrassa Sherlock Holmes. Parce qu'il n'y avait plus personne, dans sa tête. John Watson était aux abonnés absents. Il n'était plus qu'un être d'instinct et de pulsion, réagissant à une stimulation beaucoup trop insupportable pour être gérée normalement. Il goûta les lèvres rebondies de Sherlock. Elles étaient froides, légèrement entrouvertes par la surprise, mais pas vraiment réticentes. Il passa une main derrière la nuque de Sherlock, s'enhardissant. Sherlock ne le repoussait pas, c'était déjà ça. Le médecin pencha la tête de manière à améliorer l'angle, embrassant, baisant, titillant les lèvres immobiles. Au-delà de l'odeur de fumée du brasier, il sentait celle de Sherlock, ambrée, réconfortante, aimée. Peu à peu, il commençait à se sentir bien, oubliant la situation critique dans laquelle il se trouvait, l'épuisement qui pesait sur ses épaules et ses jambes qui menaçaient de le lâcher à tout instant. Mais il fallait se rendre à l'évidence. Il était là, à embrasser un Sherlock raidi par la surprise, qui avait certainement les yeux exorbités, et qui ne partageait peut-être pas ses émotions. Et, même s'il avait la maigre satisfaction d'avoir réussi à surprendre Sherlock, rien n'était joué.

Et puis, contre toute attente, Sherlock répondit au baiser.

Ses lèvres remuèrent doucement, timidement. Il suivait les mouvements de John, les observant, les analysant, les reproduisant. Comme s'il apprenait. Il ne faisait pas ça tous les jours après tout. Le corps du détective se détendait contre le médecin, devenant moins dur, moins réticent. Et John jubila quand son ami enroula un bras autour de sa taille. Il y avait une chance, bon sang. Une chance.

Alors John la prit.

Il se rapprocha de Sherlock jusqu'à presser leurs corps ensemble. Il resserra sa prise sur sa nuque et accéléra le baiser. Sherlock suivait parfaitement bien, ne menant pas encore la danse, mais ce n'était qu'une question de temps. Le médecin lécha la lèvre inférieure du détective, arrachant un léger gémissement à son ami. Il fit subir la même chose à sa consœur, aux recoins salés de sa bouche, puis incita son ami à ouvrir cette dernière.

Il y eut un moment de vide, de tâtonnement, puis sa langue entra en contact avec celle de Sherlock. Le froid le surprit, étant donné qu'il avait réussi à réchauffer un peu les lèvres de son ami, mais ça n'avait pas d'importance. Il caressa cette langue, joua avec elle, et dût faire appel à toute sa connaissance du baiser pour la suite. Il devait séduire Sherlock. C'était le seul moyen pour qu'il change d'avis et qu'il oublie ce foutu feu derrière lui. Pour qu'il rentre avec lui à Baker Street. John devait le rendre dingue de lui. Alors il mit toute l'énergie qui lui restait dans ce baiser. Il explora la bouche de Sherlock et cajola longuement sa langue, tandis que sa main caressait les boucles soyeuses ébène. Il la suça, s'amusant des petits frémissements de surprise de son ami. Sherlock le serrait timidement, prenant garde à ne pas l'écraser. Il le suivait docilement dans cette danse nouvelle, appréciant au moins autant que lui le baiser. Le détective lui caressa le dos et, peu à peu, prit le contrôle, contraignant gentiment John à suivre le rythme endiablé qu'il avait pris.

Et là, John sut qu'il avait gagné.

Malgré lui, John ralentit le baiser. Tous ses muscles le tiraient. Il détacha doucement ses lèvres de celles de son ami. Ils se regardèrent, sans un mot, encore ébahis de ce qu'il venait de se passer. Sherlock avec un mélange de désir persistant et d'illumination qui disait « c'était donc ça ». John avec des yeux à moitié clos, tout aussi grisé que lui. Et surtout, soulagé.

Il put s'évanouir tranquillement.