Hello ! Oups, je vous ai fait faux bond hier, sorry ! Et oui, je recommence à être beaucoup occupée.
J'espère que vous avez aimé le petit bisou du chapitre précédent :D
Voici un chapitre où nos deux amis se posent beaucoup de questions…
Faites plaisir à l'auteur, laissez une petite review ^.^
Merci à Animevivie et Mimi Kitsune pour leur review !
Animevivie : et oui ENFIN :D
Bonne lecture !
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Le Fléau : Chapitre 28
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Dans la chambre d'hôpital, Sherlock veillait sur John. Il n'en était pas sorti une seule fois depuis que le blond y avait été rapatrié. Et même alors que Lestrade tenait une enquête croustillante pour lui, c'était dire. Le détective avait eu une grosse frayeur pour son ami mais, après quelques examens, il s'était finalement avéré que tout allait bien et qu'il avait juste besoin de repos. Mais qu'à cela ne tienne, Sherlock devait tout de même lui tenir compagnie. Tout cela était de sa faute, après tout, et c'était le moins qu'il puisse faire.
Il tenait sa main, la caressant, refusant de la lâcher. Il avait l'impression que s'il le faisait, il perdrait la maîtrise de la situation et John recommencerait à faire des choses stupides pour lui venir en aide. C'était totalement idiot puisque le détective n'avait plus de plan en tête susceptible de déplaire à John, mais tout de même. On ne lâchait pas un ami qui, un, vous sauvait la vie, et deux, vous déclarait des sentiments aussi brûlants.
Sherlock tombait de haut, vraiment. Il était conscient de l'affection sans borne que son ami lui portait, il savait qu'il pouvait compter sur le médecin en n'importe quelles circonstances et que celui-ci ferait n'importe quoi pour lui sauver la vie – la preuve, il venait de le faire. Mais là. Il devait reconnaître que John lui en avait bouché un coin.
Sherlock ne l'avait pas vu venir. Bien sûr, il avait remarqué les œillades plus appuyées que le blond lui lançait depuis son retour de la chasse aux Westwood, mais l'avait mis sur le compte de l'inquiétude. La séance d'habillement qui avait pris une tournure un peu étrange l'avait laissé plus indécis, puis il s'était dit qu'il avait peut-être involontairement usé de son don d'intimidation pour titiller son ami. Mais pas une seule seconde il n'avait pensé à ça. Parce que ce n'était pas quelque chose à quoi il s'attendait avec John Watson. Avec la Femme, c'était différent. La Femme était une étrangère qui avait débarqué dans sa vie pour flirter avec lui et pour le manipuler. Au moment-même où il l'avait rencontrée – entièrement nue ! – elle avait été suspecte. Sans compter que c'était une femme et que l'hétérosexualité était l'orientation sexuelle la plus commune. Donc, si on en croyait les statistiques, Sherlock avait plus de chance d'entretenir une relation amoureuse avec une femme qu'avec un homme. Mais John, lui, était dans le décor. Il était toujours là, quelque part dans son orbite, ne demandant rien, si ce n'est que le détective prenne un minimum soin de lui-même. Et Sherlock ne l'avait pas suspecté une seule seconde.
Mon dieu, qu'il avait été stupide de sous-estimer John Watson !
Le blond remua. Il se réveillait.
- John ! Comment tu te sens ?
En un instant, Sherlock s'était rapproché de lui.
Le médecin papillonna des paupières, remarqua Sherlock, fit rapidement le tour de la pièce des yeux. Il sembla comprendre sa situation.
- Sherlock, sourit-il.
Son sourire était tellement beau. Un rayon de soleil dans cette chambre morne, à peine éclairée par la grisaille matinale londonienne. Ça suffit, Sherlock. Tu deviens idiot et pathétique.
- Tu es là, continua le blond d'une voix ensuquée.
- Oui, je suis là, assura le détective.
Instinctivement, il resserra sa prise sur la main du médecin.
- Tu as été stupide, dit l'ancien soldat, lentement.
- Je sais, répondit le détective en roulant des yeux.
C'était bien parce que c'était John qu'il acceptait d'être qualifié ainsi !
- Ne refais jamais ça, hein ? Tu vas me rendre fou, à prendre l'habitude de te suicider devant mes yeux.
- Oh… désolé pour ça. Ce n'était pas terrible pour ta santé mentale, en effet.
- Promets-le-moi.
- Quoi ?
- Que tu ne recommenceras plus.
- Tu sais ce que valent mes promesses, dit le brun d'un air désabusé.
- Sherlock !
- Bon. Actuellement, je n'ai plus la moindre envie de me suicider, si c'est ce que tu veux entendre.
Le médecin sembla jauger la réponse, puis il se détendit.
- Alors je ferai en sorte que cela n'arrive plus, dit-il, déterminé.
Le cœur de Sherlock se serra. Même cloué dans un lit d'hôpital, conscient depuis à peine trente secondes, John continuait à se soucier de lui. John était vraiment quelqu'un de spécial pour lui. Sherlock se trouva alors idiot. Pourquoi avait-il voulu gâcher cela en tentant de mettre fin à ses jours ? John était si précieux. Pourquoi diable Sherlock avait-il voulu lui infliger tant de peine jusqu'à la fin de ses jours ?
John avait raison, en fin de compte. Sherlock était vraiment stupide.
Le blond voulut ajouter quelque chose mais, à la place, se figea. Toute couleur déserta son visage. Ah. Il faisait le rapprochement entre « je ferai en sorte que cela n'arrive plus » et « comment ai-je fait pour que ça n'arrive pas cette fois, déjà ? ».
Puis il devint cramoisi.
Il regarda prudemment Sherlock, puis sa main dans celle du détective, ouvrit la bouche, la referma, tripota les draps, claqua deux fois des dents, prit une inspiration, et se décida enfin.
- Ce que j'ai fait, Sherlock… enfin… je… je ne…
Il se tut, apparemment incapable de mettre de l'ordre dans ses idées. Sherlock eut presque pitié de lui.
- Je… suis désolé.
- Désolé de m'avoir sauvé la vie ? demanda le détective, et ce fut à son tour d'être confus.
- Non, non, non ! Pas du tout ! Enfin, je veux dire que c'est… enfin…
- Tout va bien, John, dit le détective en souriant.
Le médecin releva la tête, surpris.
- Quoi ? tu veux dire que… - mais il n'acheva pas sa phrase.
- Tout va bien, John, répéta le détective en détachant chaque mot.
L'ancien soldat le fixait, incrédule, un peu méfiant. Sherlock souriait toujours, serein. Le médecin ne semblait rien comprendre.
Ou alors était-il en train de déduire que Sherlock n'était pas complètement opposé à ce qu'il s'était passé ?
- On en parlera plus tard, décida le détective. Sinon le médecin va encore geindre que je te fais endurer beaucoup trop d'émotions d'un coup.
- Oh… qu'est-ce qu'il a dit, à mon propos ? enchaîna l'ancien soldat, heureux de changer de sujet.
- Que tu étais beaucoup trop présomptueux de vouloir sortir de l'hôpital demain, enfin, cela aurait été aujourd'hui, maintenant.
John pouffa, malgré lui.
- Non, sérieusement ?
- Tout tes examens sont bons. Tu as juste besoin de repos. Et que je te foute la paix.
- Non, ne me fous pas la paix.
Le détective plissa les yeux, intrigué.
- Je veux dire, reste ici, ajouta le blond.
- Tu ne me fais pas confiance ? dit le brun d'un air entendu.
- Non, répondit-il en souriant.
L'ancien soldat se recoucha, ferma les yeux et sombra, lui tenant toujours la main, le défiant de partir de nouveau.
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John se remit vite. Il resta quelques jours supplémentaires à l'hôpital avant de partir, ne tenant plus en place. Il supportait les hôpitaux quand il était à la place du médecin, pas à celle d'un patient inactif dans un lit.
Sherlock lui avait tenu compagnie un bon bout de temps. Sans doute celui qu'il fallait au blond pour s'assurer qu'il ne s'en irait pas retourner faire des bêtises. Il était resté dans cette chaise inconfortable à résoudre des affaires à distance sur son téléphone, sans le moindre bruit pour ne pas troubler le repos de son ami. Ils avaient un peu parlé, Sherlock se contentant de lui demander comment il se sentait à chaque réveil, John faisant preuve de curiosité envers ses affaires. Le détective s'était fait un plaisir de les lui détailler, John lui prêtant une oreille attentive, se promettant de les relater plus tard sur son blog même s'il n'y avait pas participé. Une affaire acceptée par Sherlock Holmes était forcément digne d'intérêt. Mais à aucun moment ils ne parlèrent de ce qui avait permis le sauvetage de Sherlock.
C'était simple, John avait besoin d'y réfléchir avant. Et, pour cela, d'avoir les idées claires, ce dont il n'était pas capable entre ces quatre murs aseptisés et inhospitaliers. Il lui fallait un environnement plus propice, comme tout simplement de l'air frais, mais aussi plus familier, comme l'était le 221B Baker Street.
Il afficha un sourire réjoui quand il posa son sac d'affaires sur le parquet. Enfin chez soi. Et Sherlock en sécurité. Bon, certes, il n'était pas à l'appartement – sans doute était-il en train de démêler une affaire – mais, au moins, il n'avait plus d'idée stupide en tête.
Un problème était résolu. Passons au suivant.
John commença par se faire un thé. Il déballerait ses affaires plus tard. Il traversa la cuisine encombrée. Il avait du mal à croire qu'il n'avait été absent qu'une semaine, étant donné le désordre sans nom qui régnait et ces outils hétéroclites qu'il ne se souvenait pas avoir laissés sur la table, et un peu partout d'ailleurs. Il était plus que temps qu'il revienne, s'il ne voulait pas voir le 221B Baker Street transformé en véritable capharnaüm.
Décidant d'attendre Sherlock afin de se concerter avec lui sur le rangement de la cuisine – le détective allait lui en vouloir si John bouleversait ses expériences en cours – le blond s'installa dans son fauteuil avec un journal. Il avait acheté le papier sur le chemin. Ne trouvant rien d'intéressant, il le plia et laissa son esprit vagabonder dans la pièce.
S'il avait cru qu'il aurait eu les idées plus claires en rentrant au 221B, il s'était lourdement trompé. En fait, il n'arrivait pas à comprendre comment il en était arrivé à embrasser Sherlock, et d'une belle façon en plus. Pas avec un petit bisou chaste qu'échangerait un couple marié pour se dire bonjour. Non. Avec un patin digne d'une scène finale romantique d'un film des années soixante. Certes, il avait agi dans l'urgence de la situation. Parce qu'il n'avait trouvé rien d'autre. Rien d'autre, John ? Ton meilleur ami envisage de mettre fin à ses jours et tout ce que tu trouves à faire, c'est de lui faire une déclaration avec un baiser dont il se souviendrait jusqu'à la fin de ses jours ? Car déclaration il y avait. Impossible d'interpréter cela autrement, même pour une personne nommée Sherlock Holmes. Le détective devait s'imaginer tellement de choses, à l'heure qu'il est. Mais le médecin et lui étaient-ils sur la même longueur d'ondes ?
Impossible de le savoir car, de toute façon, John ne savait pas quoi penser. Qu'éprouvait-il au juste envers Sherlock ? Y-avait-il une possibilité, même infime, qu'il soit amoureux de son colocataire ?
Cela semblait absurde et, pourtant, tous les faits concordaient. Si Sherlock avait été dans sa tête, ou même tout simplement Harry, il ou elle lui aurait fait le topo : chaleur dans la poitrine, cœur qui s'emballe, étreinte appuyée, capacité à occulter tout ce qui l'entourait pour ne se concentrer que sur celui qui comptait vraiment. Et surtout : plaisir. Parce que John avait aimé, bougre de merde. Il avait adoré ça. Il avait utilisé ce temps oisif à l'hôpital pour repasser ce moment un million de fois dans sa tête. Et à chaque fois, c'était la même chose : loin de se sentir gêné, il voyait son esprit se réjouir et son corps se réchauffer en certains endroits inappropriés.
Bah voilà, John. Tu y es. Tu es amoureux de Sherlock et tu as envie de beaucoup plus qu'un simple baiser.
Non ! Ce n'était pas possible. Pas même envisageable. Pour une simple et bonne raison : John n'était pas gay. Il n'avait jamais rien ressenti pour les hommes et il avait presque quarante ans, merde ! Il avait eu largement le temps d'explorer son orientation sexuelle ! Et il savait ce qui lui plaisait : les femmes. Blondes ou brunes, de sa taille ou plus grandes, avec des formes ou non. Les femmes, tout simplement !
Mais Sherlock… Ce n'était pas un homme comme les autres. Sherlock était Sherlock, pensa le médecin en voyant son ami entrer dans le salon.
Le détective traversa la pièce sans prêter attention à lui et alla droit sur son ordinateur portable, sur la table du salon. Il entra son mot de passe, tapa brièvement quelque chose d'autre, puis prit son téléphone.
- L'homme avec la barbe noire, dit-il dans le combiné.
Et il raccrocha.
- Une autre affaire résolue ? lança le médecin.
Les yeux de Sherlock rencontrèrent les siens. Le détective semblait presque surpris de le voir ici. Peut-être ne l'avait-il même pas remarqué en entrant.
- John, dit-il.
Le brun soutint longtemps son regard, comme s'il voulait ajouter quelque chose, et John lui sourit.
- Tu es rentré, dit finalement le détective.
- Oui. Ce n'est pas désagréable.
- J'imagine.
Le détective lui raconta brièvement l'affaire qu'il venait de résoudre, une histoire de braquage de bijouterie à l'arme blanche. John écouta distraitement, opinant de la tête de temps en temps. Sherlock lui donnait beaucoup de détails qu'il ne pouvait retenir, plus qu'à son habitude, un peu trop même. Sans aller jusqu'à dire qu'il parlait pour ne rien dire, il donnait l'impression de vouloir meubler le silence.
C'était inhabituel, ça.
Il y eut un moment de flottement, puis le détective déclara :
- Bien, parlons de mon sauvetage.
Si la foudre était tombée sur John, il n'aurait pu avoir une réaction très différente. Quoi ? Sherlock ne pouvait pas prévenir avant d'aborder ce genre de chose ?
- Tu en avais bien l'intention ? demandé le détective.
- Comment tu peux le savoir ?
- Tu es gêné. Tu as écouté un mot sur deux de ce que je viens de te raconter alors que, d'habitude, tu t'extasies devant la moindre déduction que je fais. Je le sais car tu n'as pas cessé de tapoter ta tasse de ton index – ta tasse vide, dont tu ne sembles pas vouloir te débarrasser – et parce que tu regardais un peu trop souvent ailleurs. Et comme tu as attendu d'être revenu à l'appartement pour me parler de ça – à part quand tu t'es réveillé, tu n'en as pas reparlé une seule fois – je présume qu'il ne peut s'agir que de cela.
Ah. Sherlock était aussi embarrassé que lui mais pas au point de vouloir éviter le sujet.
Il avait raison, après tout. Il fallait éclaircir certaines choses.
- Bien. Qu'est-ce que tu veux savoir ? demanda le blond, la gorge nouée.
- Est-ce vrai ?
Ça ne ressemblait tellement pas à Sherlock d'être aussi peu précis. Mais il n'y avait aucune ambiguïté possible.
- De quoi ? demanda-t-il néanmoins.
Dieu qu'il y mettait de la mauvaise volonté, il en était conscient. Mais il espérait gagner un peu de temps.
- Es-tu amoureux de moi ?
Ça y est, la question était posée. Ça y est, elle existait. Il allait devoir donner une réponse à Sherlock. Il détourna la tête, se soustrayant au regard de Sherlock. Qu'était-il censé dire, là ? Répondre oui le mettait profondément mal à l'aise parce que cela impliquait beaucoup trop de choses auxquelles il n'était pas préparé et en même temps, répondre non… répondre non n'était pas tout à fait honnête.
Car il y avait forcément quelque chose. C'était évident.
Il soupira. Sherlock attendait patiemment, une expression indéchiffrable sur le visage.
- Je vais être honnête, Sherlock. C'est le bazar dans ma tête. Je… je n'arrive pas à mettre des mots sur mes sentiments… – il grimaça, le mot n'était peut-être pas approprié dans cette conversation, ou peut-être si, complètement. Je suis peut-être encore sous le coup de l'action, même si… si quelqu'un doit être traumatisé, ce doit être toi, pas moi… Je sais, c'est idiot…
- Est-ce qu'il y aurait une chance pour que tu ne sois pas amoureux de moi ?
John cessa de baragouiner pour considérer son ami avec surprise.
Son expression neutre s'était effritée. Le coin de ses sourcils était pincé et sa bouche légèrement entrouverte, vraisemblablement dans l'expectative. Mais il paraissait aussi... anxieux. Oui, c'était cela, anxieux.
Jusqu'à présent, il s'était posé un millier de questions le concernant, lui, mais au final, il ne s'était que peu demandé ce que Sherlock ressentait de son côté. Ses états d'âme existentiels avaient fini par occulter tout le reste. Se pourrait-il que… Sherlock… qui avait plutôt bien réagi au baiser – même parfaitement bien – oui, se pourrait-il qu'il…
Il prit une grande inspiration pour récupérer l'oxygène qui commençait à lui manquer dans le cerveau.
- Est-ce que tu serais… intéressé ? demanda le blond.
A peine les mots furent-ils sortis de sa bouche qu'il les regretta. Il avait l'impression d'avoir lâché une bombe, dont les répercussions seraient terribles au point d'entacher leur amitié. Enfin, après tout, ce n'était pas pire que la première question de Sherlock.
Ce dernier haussa les épaules, feignant un air détaché.
- Tu as réussi à me faire changer d'avis, dit-il.
Putain. Putain ! En d'autres termes…
Sherlock était amoureux de lui.
John n'avait jamais vu les choses de cette façon. Mais maintenant qu'il les regardait de plus près… Sherlock lui portait une profonde affection et, connaissant son sociopathe d'ami, il savait de source sûre que ce n'était pas un privilège accordé au premier venu. En fait, à présent qu'il y pensait, il se demandait s'il y avait une autre personne que Sherlock aimait autant que lui en ce bas monde. Conséquence, Sherlock faisait n'importe quoi pour lui, des choses sensées comme écarter Moriarty et d'autres beaucoup moins comme tenter de se suicider pour ne plus risquer de lui faire du mal. Bref, Sherlock le faisait passer avant lui-même, ce qui était quelque chose d'extrêmement inattendu chez un type aussi arrogant et égocentrique. Et quand même, John. Tu l'as fait revenir sur sa décision de mettre fin à ses jours. Ce n'était pas une mince affaire !
Cela signifiait donc une chose : que John avait fait la différence. Et l'engouement du détective lors du baiser ne faisait que confirmer tout cela.
Heureusement que John était confortablement installé. Car il sentait le sol se dérober sous ses pieds.
Ça tanguait beaucoup trop. Tout était instable. Il avait l'impression de flotter dans un monde changeant, bien différent de celui qu'il connaissait. Le retour de Sherlock avait été une chose. Le retour de Sherlock avec Sherlock transformé en suceur de sang encore une autre. Et puis, il y avait cela. Mais John n'était pas gay. Et surtout, Sherlock était son meilleur ami. Le seul véritable qu'il avait. Celui qui était devenu son monde, le roc sur lequel il s'appuyait. C'était la personne qui donnait des couleurs à sa vie, celle qui sans laquelle – il ne s'en était aperçu que trop bien pendant ces deux ans – il n'avait pas envie d'exister. Si John était sûr d'une chose au milieu de tous ces sentiments vaporeux, c'était bien de cela.
Et il était hors de question de tout gâcher.
- J'ai fait ça sous le coup de l'adrénaline, soupira-t-il. Tu… tu allais te suicider, bordel !
La mine du détective s'assombrit.
- Alors il n'y a rien, dit-il avec un rictus qui serra l'estomac du médecin. Tu t'es foutu de moi.
Sherlock n'avait pas parlé fort, ni dit quoi que ce soit de véritablement blessant, enfin par rapport aux piques qu'il pouvait sortir sans remord. Pourtant, John avait l'impression que du venin suintait de sa voix. Peut-être était-ce parce que, au fond, en même s'il ne voulait pas l'admettre, le médecin le méritait bien avec sa mauvaise foi…
- Ce n'est pas ce que j'ai dit, souligna le blond.
Il se passa une main nerveuse sur le visage, maudissant tous ces sentiments contradictoires qui n'avaient aucune pitié pour lui.
- Donne-moi du temps, Sherlock, dit-il finalement, le regard fatigué. Je te l'ai dit, c'est le binz, là-dedans. Laisse-moi y réfléchir.
Le détective hocha la tête, acceptant cette faveur à contrecœur, avec magnanimité.
- D'accord. Mais n'oublie pas ça, John : tu m'as fait changer d'avis. Alors assume-le.
Le ton était sévère et inhabituel. On ne jouait pas avec les sentiments de Sherlock Holmes.
John avait intérêt à prendre la bonne décision.
