Coucou ! Voici le chapitre 29 en ligne, avec un Sherlock qui fait des pieds et des mains pour conquérir son John.
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Merci à Animevivie, Mimi Kitstune et Brenda Joyeux pour leur review !
Animevivie : merci beaucoup pour le compliment ^.^ Et c'est rigolo de voir de l'extérieur le moment où John comprend qu'il s'est passé un truc.
Enjoy !
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Le Fléau : Chapitre 29
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John était amoureux de lui, c'était certain. Ce qui l'était moins, c'était la capacité du médecin à l'accepter. Il y avait donc une inconnue dans l'équation. Une seule, simplement car, en ce qui concernait Sherlock, celui-ci avait mûrement étudié ses souhaits. Que voulait-il de John ? Une amitié, même solide, comme avant ? Ou davantage ? Le détective optait plutôt pour la seconde option. Pour une seule et bonne raison : l'affection qu'il éprouvait pour son ami était trop démesurée pour être ressentie normalement pour un être cérébral tel que Sherlock Holmes.
Elle était écrasante et étourdissante. Il la sentait quand il s'inquiétait pour John, ou l'inverse, quand il consommait son sang, quand le médecin lui disait quelque chose de gentil, ou tout simplement quand il le regardait. Et bien sûr, quand il l'avait embrassé. Le baiser avait été tellement plaisant pour Sherlock qu'il s'était pris au jeu et avait répondu par la même ardeur. Et il l'avait senti, ce feu, cette chaleur qu'il recherchait désespérément depuis quelques temps. A côté, le brasier d'Amersham n'avait été qu'un petit feu de bois. Ce n'était rien comparé à l'incendie que John avait allumé dans sa poitrine et qui le faisait se sentir tellement vivant. Tout l'opposé de ce qu'il était techniquement et de ce qu'il avait ressenti pendant ces jours de désespoir profond. Il en avait eu un aperçu quand John lui avait pris la main devant la cheminée, mais à présent, il en était sûr : John était sa chaleur perdue, celle qu'il ne regagnerait sans doute jamais. C'était celui qui lui donnait une joie et donc une raison de vivre.
Sherlock était un peu perdu avec tous ces sentiments. Il avait donc agi comme si c'était une nouvelle énigme et les avaient abordés rationnellement. Il s'était donc retranché dans son palais mental et avait cherché la pièce la plus adéquate pour les ranger. Oui, il fallait mettre un nom dessus, sinon il deviendrait fou à rester la proie de ces sentiments désincarnés, qui se moquaient bien de lui au passage. Et pour cause, c'était comme essayer d'attraper de la fumée. Alors la révélation était venue avec le baiser. Oui, à présent, il en était certain. Il fallait qu'il établisse tout cela dans la pièce des relations amoureuses.
C'était la seule façon de concrétiser tous ces sentiments trop débordants : aimer John Watson.
Alors John n'allait pas s'en tirer comme ça.
Sherlock allait devoir séduire John à son tour. Ils se mettraient ensemble, seraient heureux, Sherlock ne serait plus submergés par tous ces sentiments puisque qu'il les accepterait et…
Mais, au fait… comment faisait-on pour séduire quelqu'un ?
Mince, Sherlock ne s'était jamais posé la question. Comme il n'avait jamais vraiment eu à le faire, il ne s'y était pas intéressé. Mais ce n'était pas insurmontable. De nos jours, on trouvait tout sur internet et un sujet qui semblait aussi important pour le commun des mortels n'y ferait pas exception.
Sherlock fit une petite recherche sur Google : « comment séduire un homme ». Environ un million deux cents résultats. Il les fit défiler et choisit : « 15 astuces infaillibles pour le séduire »*. C'était un site à destination d'un public féminin mais, parmi les quinze conseils, il devait bien en avoir un qui convaincrait John, non ?
« Astuce n°1 : Restez naturelle - Restez vous-même, votre naturel finira par le séduire... »
Oh, déjà, ça partait mal. C'était justement le naturel de Sherlock qui avait tendance à repousser les gens.
« Astuce n° 2 : Séduisez-le - Faites-lui sentir qu'il est drôle, séduisant, et intelligent… Cela lui donnera plus d'assurance et il se sentira plus détendu en votre compagnie. »
Les deux premiers qualificatifs passaient mais le troisième… John, intelligent ? Ça aurait été de l'hypocrisie et, bien que Sherlock n'y connût pas grand-chose, il doutait que ce soit très sexy.
« Astuce n°3 : Restez souriante - Les hommes préfèrent souvent les femmes joyeuses qui sont bien dans leur peau et qui croquent la vie à pleines dents. »
Cela tira au moins un sourire goguenard au détective (sa nature d'Anglais l'empêchait d'enjoindre mentalement la rédactrice d'aller se faire foutre).
« Astuce n°4 : Soyez tactile - Les hommes sont par nature plus tactiles que les femmes. Par exemple, n'hésitez pas à effleurer son bras quand vous riez. »
Oh. Enfin une chose intelligente. Est-ce que le fait de toucher John quand Sherlock buvait son sang comptait ? En tout cas, Sherlock nota.
« Astuce n°5 : Restez intéressante - Parlez d'actualité, de la situation politique actuelle, de phénomènes de société, d'avancées technologiques… Ouvrez vos horizons et soyez curieuse ! »
En-nu-yeux. Et l'article disait de rester soi-même. Ce n'était pas cohérent !
« Astuce n°6 : Assumez-vous - Soyez fière de votre personnalité et de votre style ! Chaque personne est unique et pour le séduire n'hésitez pas à montrer votre assurance, surtout qu'il risque d'adorer votre assurance... »
Ha ha ha cette blague ! Non, John n'aimait pas trop ça, par exemple quand Sherlock lui affirmait sans sourciller qu'il est idiot.
« Astuce n°7 : Mettez votre plus belle tenue - Repérer les vêtements qui vous mettent le plus en valeur ! »
Mais tous les vêtements de Sherlock lui allaient parfaitement bien. Et pour cause, c'était du sur-mesure.
Le détective sauta les conseils suivants qui étaient aussi navrants que les premiers.
« Astuce n°10 : Soyez à l'écoute - Les hommes adorent se confier même s'ils ont parfois du mal à le faire. Quand il cherchera à engager la discussion, n'hésitez pas à le conseiller et à l'écouter »
Mmh. Pourquoi pas. Même si Sherlock doutait de ses capacités à se mettre dans la tête d'un homme normal.
« Astuce n°11 : suivez votre instinct. Cela peut vraiment faciliter les choses. »
OK. Sherlock allait essayer.
« Astuce n°12 : Laissez-le prendre les devants - Les hommes aiment sentir qu'ils contrôlent la situation. Laissez-le faire le premier pas et ne précipitez pas les choses. »
Devait-il attendre que ce soit John qui l'embrasse la prochaine fois ? Ça lui allait. De toute façon, il se sentait un peu maladroit pour initier ce genre de chose.
Sherlock soupira d'impatience. C'était bien joli, tout ça, mais que devait-il faire CONCRETEMENT pour que John tombe amoureux de lui ?
« Astuce n°15 : Soyez prévenant – Prévoyez des petites attentions pour lui : offrez-lui des petits cadeaux sans raison, préparez-lui le petit déjeuner, invitez-le au restaurant ou au cinéma… les hommes adorent les petites surprises de ce genre ! »
Oh. Déjà mieux.
Il allait mettre tout cela en application.
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John avait repris le travail. Il avait été arrêté pendant un peu plus d'une semaine à cause des évènements récents. Quitter l'hôpital pour rentrer chez lui avait fait du bien mais, très vite, il avait commencé à tourner en rond, faute d'enquête. Et, il fallait le dire, il pensait un peu trop à un sujet impliquant une certaine personne partageant le loyer avec lui. Ressasser tout cela s'étant démontré improductif – il n'arrivait toujours pas à prendre le recul nécessaire pour résoudre la question et, de toute façon, ce n'était pas comme si Sherlock ne lui avait pas mis la pression, n'est-ce pas ! Ainsi, le retour à la clinique était apparu comme la meilleure solution dans l'immédiat.
Il arriva donc à passer une journée à penser à autre chose qu'à son très cher colocataire. Ses collègues l'accueillirent chaleureusement après cette période de convalescence, essayant de gratter des informations sur le pourquoi du comment, même s'ils savaient très bien que John n'était d'habitude pas très bavard sur son état de santé. Il en fallait beaucoup pour que John Watson se plaigne. Le médecin était resté vague, se cantonnant à la fausse raison qui était inscrite sur le certificat qui avait été transmis aux ressources humaines – il remercia intérieurement Mycroft de lui avoir choisi un hôpital au personnel discret. En fin de matinée, il reçut un texto de Sarah lui indiquant qu'elle était de retour de Hongrie et qu'elle était disponible pour prendre un café avec lui quand il le souhaiterait. Cette journée ne fut pas si mal.
Ce fut néanmoins fourbu qu'il rentra à l'appartement. La journée ne s'était pas trop mal passée, mais elle restait celle d'un médecin en période d'épidémie.
Il poussa la porte de l'appartement et salua vaguement Sherlock qui était dans le sofa. Quand il passa la porte de la cuisine, une surprise l'attendait. Elle était… rangée. Tout comme le salon, maintenant qu'il y pensait – il ne l'avait pas remarqué en entrant. La vaisselle avait été faite, les denrée alimentaires et ustensiles traînant sur le plan de travail rangés, et John jurerait que l'ensemble de la pièce avait été nettoyé. Toute trace d'alambic ou de matière organique douteuse avait déserté la table. A la place, il y avait une théière fumante et des petites mignardises dans une boîte portant les armes de la luxueuse épicerie Fortnum & Mason, avec une tasse, une petite assiette et une cuillère disposées soigneusement.
- Pile à l'heure, dit Sherlock en arrivant derrière lui.
John le regarda sans comprendre.
- C'est pour moi ?
- Pour qui d'autre ? dit Sherlock en souriant.
- Mais… en quel honneur ?
- Est-ce qu'il faut obligatoirement une raison ? demanda le détective d'un air sérieux.
John laissa échapper un petit rire devant son expression.
- Non, dit-il.
Sherlock n'avait pas répondu à sa question mais la situation l'amusait.
- Et bien, faisons-y honneur, dit-il en s'asseyant devant le petit encas, en se disant qu'il méritait cela après une dure journée.
Il eut la surprise de voir Sherlock s'assoir en face de lui et – il n'en croyait pas ses yeux – de lui servir sa tasse de thé. Les fois où c'était arrivé, il pouvait les compter sur les doigts de la main. L'une d'entre elles, pensa-t-il en s'apprêtant à mordre dans un petit four, impliquait un café qui était supposément…
- Ils ne sont pas drogués ? demanda-t-il brusquement.
Sherlock leva les yeux au ciel.
- Comme tu peux le voir, je n'ai aucune expérience en cours.
- OK.
Il mangea le gâteau qu'il avait dans la main puis sirota son thé.
- Délicieux, dit-il.
La boisson avait un goût agréable, sans être trop prononcé, comme c'était souvent le cas des thés noirs. Sans doute un bon darjeeling, John ne savait pas trop, il n'était pas habitué aux thés aussi fins.
- Merci, dit-il.
Sherlock accepta le remerciement en se redressant, vraisemblablement fier de lui.
Mais John ne pouvait s'empêcher de se le demander : pourquoi ?
- Oh, tu… tu veux t'excuser pour l'accident, comprit-il soudain.
Après tout, Sherlock avait tout de même failli le tuer !
L'expression du détective se figea pendant un quart de seconde, puis il sembla réfléchir pendant les trois quarts restants.
- Oui, dit-il finalement.
- Excuses acceptées, dit le médecin en mordant dans un macaron.
Cette théorie se tenait, jusqu'à ce que le détective entrecroise ses doigts et pose son menton dessus en se penchant vers John.
- Comment s'est passée ta journée ? demanda le détective.
La mâchoire de John se figea alors qu'il allait mordre dans une mini tartelette aux framboises.
- Tu me demandes comment s'est passée ma journée ? dit-il, abasourdi.
- Il y a un problème ? répondit le détective, confus.
- Non, non… je me demandais juste ce que tu pourrais trouver de palpitant là-dedans.
- Tu es mon ami. Tout m'intéresse sur toi.
Le médecin ne put s'empêcher de se sentir encore plus déstabilisé, mais céda de bonne grâce. Il lui raconta sa reprise, les patients qu'il avait vu défiler, les questions de ses collègues dont il se moqua un peu au passage – ah, s'ils savaient la vraie raison de sa convalescence… Cela fit rire également Sherlock qui lui toucha brièvement l'avant-bras. De nouveau déconcerté, il poursuivit néanmoins son récit et lui glissa que Sarah était revenue de Hongrie et qu'il passerait la voir un de ces quatre.
- Ah bon ? lâcha soudain le détective.
En moins d'une seconde, il s'était tendu comme un arc. Tout son corps dégageait une impression d'hostilité, de même que son visage qui s'était légèrement pincé. John se rendit alors compte qu'il était allé trop loin dans son récit.
- C'est mon amie, Sherlock. J'ai le droit de la voir quand ça me chante.
- C'est comme ça que tu la vois ? Parce que je ne dirai pas la même chose pour elle.
- Qu'est-ce que tu en sais ? Ça fait une éternité que tu ne l'as pas vue.
- Le parfum qu'elle portait la dernière fois ainsi que le baiser un peu prolongé sur la joue ne laissaient planer aucun doute.
- Ah, j'oubliais.
John soupira, fixa sa tasse, puis leva les yeux sur Sherlock. Le détective serrait les dents.
- Tu es amoureux de moi depuis le début, lâcha soudain le blond en touillant distraitement avec sa cuillère. C'est pour ça que tu les faisais toutes fuir.
Sherlock se redressa lentement, comme il le faisait quand il était blessé dans son orgueil. Mais il ne nia pas.
Puis ses paupières papillonnèrent, et son regard se fit fuyant.
- Je n'en avais pas conscience, dit-il simplement.
Un aveu. John venait d'en avoir un sans même le lui demander. Et de la part d'un être aussi buté que Sherlock Holmes, c'était une petite victoire. Le médecin ressentit une vague de sympathie pour son ami qui devait avoir le plus grand mal du monde à gérer tous ces nouveaux sentiments qu'il ne comprenait pas. Au moins, John n'était pas le seul dans cette situation. Ils galéraient tous les deux, à leur manière.
- Ça n'a pas dû te plaire de les voir toutes défiler, les unes après les autres, ajouta le médecin en engloutissant la dernière mignardise.
Le regard du détective se durcit.
- Aucune n'était digne de toi, affirma-t-il sans la moindre hésitation.
Le cœur de John fit un bond dans sa poitrine. Qu'est-ce que Sherlock lui en disait, des choses gentilles, en ce moment… Ce n'était définitivement pas désagréable. Puis il sentit le rouge lui monter aux joues. Ce qui ne dut pas échapper à Sherlock. Gêné, il repoussa sa tasse d'un geste de la main.
- Merci pour le thé, dit-il en se levant.
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Le tea time gourmand de Sherlock ne fut pas la seule surprise pour John dans les jours qui suivirent. Le lendemain matin, ce fut avec un bon café et des viennoiseries que le médecin fut accueilli dans la cuisine. Sherlock était allé les chercher dans une boulangerie française à quelques rues de l'appartement. Il avait même acheté du pain frais, au cas où le blond serait pris d'une envie de tartines. Encore une fois, John était resté bouche bée, avait demandé la raison de cette petite attention mais avait reçu en retour une réponse vague, prétendant que c'était la moindre des choses pour compenser ce qu'il lui faisait subir tous les jours. John lui avait répondu qu'il n'avait pas à s'inquiéter pour cela, qu'il lui donnait son sang volontiers mais le brun n'avait rien voulu entendre et lui avait tenu compagnie. Ils avaient discuté de choses et d'autres, John n'en revenant toujours pas d'avoir une conversation aussi banale avec lui. Et le pire, c'était que le détective ne semblait même pas s'ennuyer. Il écoutait John, ajoutait des choses, hochait la tête parfois. Il semblait… normal.
En fin d'après-midi, quand John rentra de la clinique, Sherlock lui apprit qu'un bon bain chaud l'attendait dans la salle de bain. John ne le crut que quand il le vit de ses yeux. La salle de bain avait été intégralement nettoyée et une senteur de sels de bains épicés s'échappait de la baignoire fumante. Tout l'invitait à se glisser dans l'eau chaude et parfumée. Alors il n'y dit pas non.
Le lendemain, ce fut un feu de cheminée qui l'accueillit avec, en bruit de fond, un morceau de son groupe préféré, ce qui fut pour le moins sensationnel car John savait que ce genre de musique empêchait son ami de réfléchir. Il y avait également le thé chaud de chez Fortnum & Mason qui attendait dans une tasse, sur le guéridon situé à côté du fauteuil du médecin. John n'eut qu'à s'installer confortablement, enveloppé dans cet ilot de chaleur, tant apprécié après le froid qu'il avait traversé dehors.
Il n'était pas dupe du petit manège de Sherlock. Il avait bien compris ce qu'il y avait derrière tout ça. Mais il ne dit rien. D'une part parce qu'il ne voulait pas briser l'enthousiasme de Sherlock et d'autre parce qu'il estimait que ça faisait du bien de se faire choyer de temps en temps. Alors pourquoi ne pas en profiter ? Et puis, ça l'amusait. Tant que Sherlock ne lui sautait pas dessus, tout allait bien. Il se demandait d'ailleurs comment le détective avait eu toutes ces idées. En tous cas, il devait avoir fait un sacré effort sur lui-même pour mettre en œuvre tout cela.
Le lendemain, Sherlock eut besoin de sang. S'il avait évité à tout prix de prélever sur John depuis l'accident, il n'avait plus le choix car il ne restait aucune poche au réfrigérateur. Alors le médecin accepta volontiers.
Alors qu'ils s'installaient sur le canapé comme ils en avaient l'habitude, Sherlock le considérait avec embarras.
- Tu n'as pas trop peur ? demanda-t-il.
Le médecin eut une petite moue.
- Ce n'est pas comme si c'était la première fois que je risquais ma vie avec toi. Franchement, je n'arrive plus à dénombrer le nombre de fois où j'ai failli y passer, entre la mafia chinoise, le gilet d'explosifs à la piscine ou encore les agents de la CIA chez Adler et j'en passe. Et en plus, je pense que tu as eu ton content l'autre jour, donc tu n'es pas complètement assoiffé.
- C'est vrai que je n'ai rien bu pendant trois jours, après, reconnut le détective.
- D'ailleurs, tu ne m'as pas vraiment dit ce qui s'était passé, ce jour-là ? Qu'est-ce qui était différent des autres fois ?
Sherlock parut encore plus embarrassé.
- Je ne devais pas être prêt après avoir ingéré tout le sang des Westwood. Je… je me suis trompé. Encore désolé pour ça.
Sherlock qui avouait son erreur. Wow. Après tout, cela pouvait bien être ça. Cela expliquerait pourquoi il avait eu du mal à l'admettre quand John le lui avait demandé la première fois.
- De toute façon, on n'a pas le choix, dit le médecin.
Le détective eut un mouvement de tête modérateur.
- A vrai dire, je pourrais…
- Non, on en a déjà parlé. Pas question que tu t'attaques à n'importe qui dans la rue. On ne sait pas ce qui peut arriver.
- Mais je suis capable de me contrôler avec des personnes lambda, John… s'agaça le détective.
- Alors c'est parfait. Il n'y pas de problème.
- Oui, mais toi, tu…
- Quoi, moi ?
Le détective hésita. Il semblait guetter les réactions du médecin.
- Ton sang est juste meilleur, dit-il finalement après un silence.
- Change de refrain, tu veux ? Comme ça, je ne te répéterai pas sans cesse que j'ai confiance en toi.
Le brun hocha la tête.
- D'accord. Juste…
Ses doigts étaient agités d'un tic nerveux.
- Reste maître de tes émotions.
Le blond fronça les sourcils, incrédule. Que devait-il comprendre ?
Mais Sherlock ne lui laissa pas le loisir d'y réfléchir.
- Donne-moi ton poignet, demanda le détective.
- Oh ! d'accord…
Ce n'était pas une mauvaise idée. Comme ça, Sherlock ne le tiendrait pas contre lui et John n'aurait pas de pensée inappropriée.
Le détective prit son poignet et le contempla un instant, un air indéchiffrable sur le visage. Il passa son pouce sur la peau, comme s'il choisissait la zone à mordre, ce qui chatouilla le médecin. Puis il l'approcha de sa bouche. Et déchira la chair.
John grimaça, se plaquant contre le dossier du canapé. Comme la peau était extrêmement fine, cela faisait plus mal que lorsque son ami le mordait dans le cou. Il ferma les yeux, serra les dents et tint bon jusqu'à ce que la morphine commence à se répandre dans son organisme.
Son corps se détendit sur le canapé. Il laissa reposer sa tête sur le dossier, les yeux toujours clos. Deux semaines s'étaient écoulées depuis la dernière fois où il avait reçu cette substance. Cela commençait à faire un peu trop. Cela faisait du bien. C'était comme manger un bon repas après un jogging. Il avait l'impression que cela revivifiait son corps. Pourvu que Sherlock n'ait pas trop de scrupule et ne s'arrête pas trop tôt.
Il ouvrit les yeux. Combien de temps s'était écoulé depuis que le détective avait commencé ? Dix secondes ? Dix minutes ? Le médecin n'espérait pas que la seconde supposition soit vraie car, même s'il appréciait le traitement, ce ne serait pas bon signe pour lui. Non, Sherlock, ne m'écoute pas. Bois, bois ton content. Tu mérites de vivre, et moi de prendre un petit peu de répit.
Soudain, le détective leva les yeux sur lui. Ces yeux gris, magnifiques. Tout de suite, le médecin fut frappé par le plaisir qu'il y lut. Les paupières de Sherlock étaient légèrement affaissées et les iris bleus étaient voilés de délectation. Ils fixaient l'ancien soldat calmement, mais intensément. D'un coup, John fut incapable de s'en détacher. Ils étaient tellement beaux, tellement demandeurs d'attention que le médecin ne pouvait refuser. Et ils rendaient leur propriétaire tellement attrayant. Désirable, même. Et les bruits de déglutition de Sherlock n'arrangeaient rien. Le médecin sentit une chaleur familière naître dans son bas-ventre. Il était tellement bien, après tout : il avait chaud, il n'avait pas mal, Sherlock était avec lui et lui accordait ses faveurs… si bien qu'il ne remarqua pas que son ami abandonnait son poignet, se penchait sur lui et posait ses lèvres sur les siennes.
Elles étaient chaudes à cause du sang, beaucoup plus que la dernière fois, pour ne pas dire brûlantes. Enivré, John laissa son ami jouer avec sa bouche, répondant paresseusement. Le moment était parfait, avec Sherlock qui l'embrassait et la morphine qui courait dans ses veines comme un fluide de velours. Il soupira d'aise. Sherlock se rapprocha et ouvrit ses lèvres. Il sentit poindre quelque chose d'humide, sa langue à vrai dire, qui d'ailleurs avait un goût étrange, métallique.
Le goût de son propre sang.
Il se recula brusquement, repoussant Sherlock du même geste. Et il reprit conscience d'où il était. Sherlock venait de boire son sang. Il avait été raisonnable. Mais… mais…
A travers les battements de son cœur qui cognaient à son oreille, il vit l'expression de Sherlock se muer en surprise, toujours voilée par le plaisir.
Il tourna la tête dans tous les sens, comme si cela allait l'aider à se tirer de l'embarras dans lequel il s'était fourré.
- Il… il faut que j'aille travailler… balbutia-t-il.
Il se leva d'un bond. La pièce pivota autour de lui, si bien qu'il dut s'immobiliser quelques secondes pour rester sur ses pieds.
- Doucement, John. Je viens juste de…
- Je sais. JE SAIS.
Le salon se stabilisa peu à peu. C'était bon. Il pouvait marcher. Normalement.
- Rassis-toi, d'accord ? exigea le brun.
- Non, je vais bien, OK ? Il ne faut pas que je traîne, je suis déjà en retard.
- Laisse-moi au moins faire cicatriser la plaie.
Autrement dit : te lécher.
A cette pensée, John frémit de gêne.
- Non, non, ça ira, dit-il en prenant la direction de la porte.
- John !
Il ne fit que quelques pas avant de s'effondrer au milieu du salon.
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Lorsque John se réveilla, il était dans la chambre de Sherlock, allongé sur le lit. Il se redressa brusquement, avant de regretter immédiatement son geste. La tête lui tournait, il venait de donner une partie de son sang après tout. Il se rallongea. Que faisait-il ici ? C'était assurément Sherlock qui l'avait transporté jusque-là, mais pourquoi ne s'était-il pas contenté de le mettre sur le canapé ?
- John ! Ça va ?
Sherlock venait d'entrer dans la pièce.
- Ou-ouais, répondit le médecin d'une voix pâteuse, en se redressant difficilement sur ses coudes, mal à l'aise.
- Reste allongé.
Mais John n'obéit pas. Il n'était pas tranquille. Son ami vint s'asseoir au bord du lit.
- Tu veux quelque chose à manger ? proposa le brun.
Le médecin savait que c'était ce qu'il devait faire : avaler un truc. Mais il avait l'estomac bien trop noué pour ça.
- Non, sans façon, dit-il avec une grimace.
- Tu es sûr ? insista le détective. Je ne suis pas médecin, mais je sais au moins que c'est nécessaire après avoir donné son sang.
- Non, vraiment, Sherlock. Pas tout de suite, plus tard, promis…
Le détective accepta le refus d'un signe de tête, puis un silence s'installa. Les deux hommes étaient vraisemblablement aussi gênés l'un que l'autre de ce qu'il venait de se passer.
- Pourquoi t'as fait ça ? demanda finalement le médecin.
- Quoi, boire ton sang ?
- Non, m'embrasser.
Sherlock déglutit, mal à l'aise. Puis il sembla prendre son courage à deux et regarda son ami dans les yeux.
- Je vais te poser la question inverse, John : pourquoi ne veux-tu pas de moi ?
Les sourcils de John frémirent. Il ne s'attendait pas à ce que le détective soit aussi direct.
- Ce n'est pas que je ne veux pas de toi, Sherlock, c'est que… que…
Le médecin secoua la tête et souffla de dépit.
- Je ne sais pas ce que je veux.
- Oh si, tu le sais parfaitement. Tu refuses juste d'admettre que tu aimes ça, dit le détective d'un ton péremptoire.
Avant qu'il n'ait pu l'en empêcher, Sherlock avait attrapé sa tête et l'embrassait à pleine bouche. Malgré lui, John ne se déroba pas. C'était bon. Beaucoup trop bon. Il se laissa faire jusqu'à ce que le détective se recule.
- Ou ça.
Sherlock posa la main sur sa poitrine. Mince. John ne s'était même pas rendu compte que son colocataire avait défait les boutons de sa chemise et que son torse était exposé. Le détective le caressa, faisant courir sa main sur les poils blonds. D'un œil vigilant, il épiait les réactions du médecin, mais aucune résistance ne vint. Non, John était trop occupé à calmer sa respiration pour ça. Alors Sherlock lécha son torse, et descendit, descendit…
- Et ça.
La bouche de sa ceinture claqua. Il eut le temps de voir le regard licencieux de Sherlock avant qu'il…
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- Monsieur, Monsieur !
John ouvrit lentement les yeux. La première chose qu'il vit était le visage inquiet d'une femme métisse, la quarantaine. S'il en croyait les petits tiraillements sur ses joues, elle était en train de lui donner des tapes. Il les sentait à peine, tant son corps était engourdi.
Le bruit strident qui lui perçait les oreilles s'évanouit peu à peu, laissant place à un bourdonnement général. Il regarda autour de lui. Métro. Il était dans le métro. Assis sur une banquette. D'autres personnes le fixaient, certaines plus intensément que d'autres. Il faisait chaud. Les néons l'éblouissaient.
- Vous vous sentez mieux, Monsieur ?
John se redressa péniblement. Comment était-il arrivé jusque-là ? Il se voyait mal le demander à cette obligeante dame qui lui aurait répondu : en marchant ?
- Oui… ça va.
- Vous voulez que j'appelle quelqu'un ? insista la femme. Oh, mais vous saignez !
Son entrejambe lui faisait mal. C'était le seul endroit douloureux de son corps, à part son poignet à cause de la morsure. Donc il n'avait pas fait une mauvaise chute ou quelque chose comme ça. Mais pourquoi l'entrejambe ?
Il baissa les yeux. Il avait une érection et tout le monde le regardait.
- Non, non ! Je vous remercie ! Tout va bien ! dit-il précipitamment en serrant les jambes et en ramenant ses mains sur le point stratégique car c'était tout ce dont il disposait.
- Mais, et votre poignet ?
- Ce n'est rien, c'est mon chien qui m'a mordu.
- Vous êtes sûr ? Vous n'avez pas mal ?
- Non, j'ai déjà désinfecté ça.
- Prenez au moins des mouchoirs, dit la femme en lui tendant un paquet. Et allez voir un médecin. Ce n'est pas bon signe que vous vous évanouissiez après une morsure. Votre chien vous a peut-être refilé un truc.
John acquiesça vivement et dut assurer la dame qu'il y allait de ce pas pour qu'elle prenne congé, à moitié rassurée.
Le médecin frotta nerveusement ses mains l'une contre l'autre. Les gens allaient bien finir par l'oublier. Il chercha un panneau qui lui apprit qu'il était sur la ligne qu'il prenait pour aller au travail. Putain, pourquoi ça n'arrivait qu'à lui, ce genre de chose ? Encore fallait-il qu'il comprenne ce qu'il venait de se passer. La dernière chose dont il se souvenait, c'était que Sherlock était sur le point de lui tailler une pipe. Il frémit de gêne. Pourquoi, pourquoi ? Comment en étaient-ils arrivés là ? Et surtout, qu'est-ce qu'il s'était passé ensuite ? Il ne se souvenait plus !
Il inspira un bon coup et rassembla ses pensées. Résumons les faits. Sherlock avait bu son sang, il en était sûr car il en avait la preuve au poignet. Et ensuite ? Oh, Sherlock l'avait embrassé. Il en était sûr aussi car il n'aurait pas pu inventer ce goût de sang dans sa bouche. Et après…
Il comprit. Il ne s'était pas évanoui en plein milieu du salon. Mais ici-même, dans le métro.
Après avoir eu un petit moment de tournis dans le salon, il était sorti. Il avait pris mécaniquement le chemin de son travail et s'était assis dans le métro. Et c'était là qu'il avait tourné de l'œil. Il ne comprenait d'ailleurs pas par quel miracle il était arrivé jusque-là, affaibli par la perte de sang et rendu groggy par la morphine. Sherlock devait l'avoir sacrément secoué pour ça.
Donc cela voulait dire que… le petit moment dans la chambre de Sherlock n'avait pas eu lieu ! Il souffla de soulagement. Enfin une bonne nouvelle. Mais celle qui l'était moins, c'était tout ce que son esprit avait imaginé pendant ce temps-là. Comment avait-il pu avoir des pensées aussi obscènes ? Sherlock l'embrassait chastement et voilà ce dont il rêvait ? Il avait un problème. Un sacré problème.
Il sortit du métro et marcha d'un pas vif dans la rue. Il avait les yeux rivés au sol, indifférent à tout ce qui se passait autour de lui, si bien qu'une voix dut l'interpeller trois fois avant qu'il ne la reconnaisse.
Il se retourna. Devant lui se tenait Sarah.
- John, quelle surprise ! dit-elle avec un sourire.
- Sarah ! Qu'est-ce que tu fais là ?
- Je vais travailler.
- Ah bon, tu travailles ici ?
- Bien sûr.
John prit enfin connaissance de ce qui se trouvait autour de lui. St Thomas Hospital. Il s'était trompé d'arrêt.
- Et toi ? demanda Sarah.
- Je passais par là… à croire que j'avais envie de te voir, répondit le médecin avec un sourire.
Ce n'était pas entièrement faux. En venant inconsciemment ici, était-il en train de se convaincre de son hétérosexualité ?
Absurde. Il était hétéro et il le savait très bien. Pas besoin d'aller chercher des réponses aussi loin. Quant à bi… c'était une autre histoire.
- Ça va ? s'enquit la jeune femme. Je te trouve très pâle.
- Oui, euh… je reviens d'un don du sang, dit-il spontanément.
Ce qu'il regretta immédiatement.
- Et ils t'ont laissé sortir avec cette tête ? C'est scandaleux !
- Non, c'est moi qui suis parti, mais ne n'inquiète pas, je me sens très bien.
Sarah balaya la rue du regard, puis jeta un coup d'œil à sa montre.
- Viens, on va boire quelque chose, décida-t-elle en désignant un café de la tête, un peu plus loin.
- Non, ça va, je te dis. Je te rappellerai pour qu'on se cale ça.
- C'est pour que tu manges quelque chose, John. Tu n'as pas bonne mine. Allez, viens.
* Librement inspiré de l'article 15 astuces infaillibles pour séduire un homme du site internet de Marie France
