Hello ! Trentième chapitre, c'est beau ^.^
Dernier chapitre avant les scènes chaudes, je vous confirme que cette fic n'apparaîtra plus par défaut dans la liste des fics de Sherlock (Page d'accueil Fanfiction - TV - Sherlock), il vous faudra sélectionner "Rating : all" dans les filtres.
Edit : je viens d'apprendre le décès d'Una Stubbs survenu le 12 août. C'est d'une tristesse. La série n'aurait pas été la même sans elle. Qu'elle repose en paix notre chère Madame Hudson.
Merci à Animevivie, Mimi Kitsune, Avril et Brenda Joyeux pour leur review !
Animevivie : c'est vrai, Sherlock plonge dans l'inconnu, mais que ne ferait-il pas pour John !
Avril : Et oui Sherlock peut être adorable quand il met du sien ! Et il n'a pas fini…
Bonne lecture !
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Le Fléau : Chapitre 30
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Ils s'installèrent à l'intérieur du café et Sarah commanda des viennoiseries avec deux cafés. John, qui pensait n'avoir absolument pas faim, se prit à apprécier les petites douceurs. Il fallait aussi dire qu'il n'avait rien avalé depuis la veille et que toutes ces émotions avaient fini par lui ouvrir l'appétit. Sarah appela sa secrétaire pour décommander ses trois premiers rendez-vous.
- Merci, Sarah, dit John. Tu n'es pas obligée de faire ça.
- John, je suis un : médecin et deux : ton amie, donc c'est la moindre des choses.
Elle lui sourit, mais elle était toujours inquiète.
- Tu n'as de problème de santé, rassure-moi ?
- Non, c'est juste passager, ne t'inquiète pas pour ça.
- Bon.
John mordit joyeusement dans un croissant.
- Et toi alors, de retour à Londres ? embraya le blond.
- Oui, ça fait du bien.
- Tu as pu démêler tes problèmes de famille en Hongrie ?
- Oh oui, nickel. Le voyage n'a pas été inutile.
Elle ne semblait pas vouloir en dire plus. Et John n'était pas assez indiscret pour lui demander plus de détails. Alors ils parlèrent de leurs boulots respectifs et de l'actualité. La conversation allait bon train quand, soudain, Sarah attrapa le poignet de John.
Il eut un cri de surprise et constata que la manche de sa chemise s'était remontée sans qu'il n'y fasse attention. Sarah attira sa main vers elle et examina la blessure.
- Un don du sang, John ? Tu te fous de moi ?
Le médecin récupéra vivement son poignet.
- Bon… d'accord. Je t'ai dit ça pour ne pas que tu t'inquiètes mais, en fait, c'est mon chien qui m'a mordu.
- Tu as un chien ? demanda Sarah d'un air sceptique.
- Oui, répondit le blond mais sa voix manquait férocement de conviction.
- Arrête avec tes salades. Je sais très bien que c'est un vampire qui t'a fait ça.
John resta bouche bée, puis éclata de rire. Il chercha une expression blagueuse sur le visage de Sarah, mais il n'en trouva pas. La jeune femme restait impassible.
Ce fut à son tour de redevenir sérieux.
- Comment es-tu au courant ? demanda-t-il.
- Je suis d'origine hongroise, rappelle-toi. Je sais ce qu'on trouve dans mon pays.
- Oh.
John n'ajouta rien. Il ne s'attendait pas du tout à ce revers de situation. A vrai dire, Sarah n'était que la deuxième personne dans son entourage à apprendre l'existence d'un vampire dans sa vie. Et il ne savait pas du tout ce qu'il avait le droit de divulguer. Mycroft s'était montré vague en lui faisant comprendre de rester discret mais, en réalité, il ignorait tout des enjeux politiques qu'il y avait derrière et en quelle mesure cela pouvait nuire à Sherlock. Il n'était juste pas prévu qu'une tierce personne soit au courant, mince.
Face à son mutisme, Sarah lui demanda :
- Tu étais consentant, n'est-ce pas ?
Le médecin fronça les sourcils.
- Sinon tu ne t'en serais pas sorti en un seul morceau, expliqua la jeune femme.
John hocha finalement la tête.
- Oui, je le fais de mon plein gré.
- Et c'est Sherlock, hein ?
John hésita, prudent.
- Il n'existe pas beaucoup de personnes pour lesquelles tu te dévouerais de la sorte, poursuivit la jeune femme en s'appuyant sur le dossier de sa chaise.
Il y avait une pointe d'amertume dans ses paroles. John soupira, jetant l'éponge.
- Je ne veux pas qu'il s'en prenne à d'autres gens, se justifia-t-il.
- Parce que tu es sa source d'approvisionnement privilégiée ?
- Non, on… se débrouille autrement.
John ne voulait pas lui parler des poches. C'était déjà suffisamment difficile de s'en procurer pour compromettre le circuit.
- Mais parfois, oui. Je lui donne mon sang.
- Mmmh.
Sarah était pensive. Elle observait son ami d'un air distrait, comme si elle jaugeait ses réactions.
- C'est dangereux, John, tu le sais ?
- Oui, j'ai cru comprendre.
- Pas complètement, à mon avis.
Sarah se redressa puis appuya ses avant-bras sur la table.
- Je vais te raconter mon expérience personnelle avec ces créatures. Alors que j'étais jeune diplômée, j'ai officié pendant quelques dans une petite ville de campagne en Hongrie. Pas longtemps, hein… mais ça m'a laissé le temps de voir deux ou trois trucs, qui m'ont d'ailleurs convaincue de partir. J'ai vu ces marques sur quelques-uns de mes patients. Quand je leur demandais ce que c'était, ils me faisaient la même réponse que toi : c'est mon chien qui m'a mordu… Or, ce phénomène était bien trop récurrent pour qu'on ne l'attribue qu'à ça. Les chiens n'avaient pas plus la rage qu'ailleurs. Alors j'ai mené ma petite enquête. Certes, il y avait bien des rumeurs sur des créatures buveuses de sang dans la région… mais pour moi, qui sortait toute fraîche de l'UCL avec mon diplôme de médecine, ce n'était que du folklore. Enfin, c'est ce que je croyais jusqu'à ce que je fasse une visite à domicile et je ne vois le propriétaire de la maison gisant par terre… avec un vampire à l'œuvre sur lui.
John l'écoutait attentivement, médusé. Le phénomène semblait beaucoup plus courant que ce qu'il ne croyait et une de ses amies proches en avait été témoin. Incroyable.
- Et il t'a laissé partir ? demanda-t-il.
- Oui. Il n'avait plus faim ou alors il s'est dit que ça n'avait pas d'importance que j'aille raconter à tout le monde ce que j'avais vu.
- Cela ne leur fait pas peur, de la publicité ?
- Non. Ce n'est pas comme ici, où il est préférable de rester incognito pour avoir la paix. En Hongrie, c'est plutôt un secret de Polichinelle.
Sarah touilla son café, en but une gorgée et reposa la tasse d'un coup sec.
- Si on revient à mes patients mordus, ils n'avaient pas bonne mine. Ils étaient pâles, maladifs, ils semblaient heureux mais ils avaient ce je ne sais quoi de terreur dans les yeux. Je voulais leur faire passer des examens supplémentaires, mais ils refusaient. Il ne faisait aucun doute qu'un vampire se servait régulièrement sur leur dos ; il y avait trop de marques pour ça. Ils ne venaient pas me voir souvent car je crois que je posais trop de questions à leur goût. Alors je les ai posées autour de moi et j'en ai appris plus. Par exemple, que lorsqu'un vampire ne voulait pas faire trop de dégâts, il jetait son dévolu sur une personne sur laquelle il se nourrissait exclusivement. Et qu'il retenait par n'importe quel stratagème : menace, chantage, séduction… C'était une sécurité, une garantie pour les vampires, de pouvoir se nourrir sur une seule personne sans faire de vague. Sauf que parfois, ils vont trop loin, sans même le vouloir, des fois. Et ces informations se sont confirmées. Un jour, j'ai appris que deux de mes patients avaient été portés disparus. Ça ne m'a même pas surprise, tu vois. Je les trouvais tellement faibles, tellement… morbides. Mais qu'est-ce que tu veux faire face à une personne qui ne veut pas être aidée ?
La jeune femme se pencha vers lui.
- Bref, ce que je veux dire, John, c'est : ne sois pas comme ces personnes. Les vampires sont de fins manipulateurs, alors ne tombe pas dans leur piège. Défends-toi.
- Mais Sherlock ne me menace pas ! protesta le médecin.
- Non, il te manipule.
- Je t'assure que non. J'accepte de faire ça parce que je ne veux pas qu'il attaque des gens.
- Dis-moi la vraie raison, John.
- Bon, d'accord. Parce que c'est mon ami et je ne veux pas qu'il lui arrive malheur, parce qu'une fois a déjà largement suffi, où tu as pu constater jusqu'où j'étais tombé et parce que… que…
Il ne termina pas sa phrase et il n'en eut pas besoin. Il vit que Sarah avait compris.
- Parce qu'il t'a séduit, dit-elle d'un ton froid.
John n'eut pas le courage de nier. Il y avait beaucoup trop d'autres choses qu'il refusait d'admettre et ça pesait suffisamment lourd sur son cœur.
Sarah fronça légèrement les sourcils et eut l'air perdue pendant un instant.
- D'accord, mais il y a quelque chose qui m'échappe… es-tu gay, John ?
- NON ! Je ne le suis pas, dit le médecin, un peu plus fort qu'il ne l'aurait voulu.
La jeune femme eut un mouvement de recul. Sujet tabou, devait-elle penser.
- Désolé, s'excusa John. Je ne suis pas à l'aise avec tout ça.
- Je vois ça. Je… je ne veux pas m'immiscer dans votre relation…
- On n'est pas ensemble, la coupa John.
- Soit. (La jeune femme eut l'air légèrement soulagé.) Mais ce que je te conseille, c'est de te poser les bonnes questions. Est-ce que Sherlock ne fait vraiment rien pour arriver à ses fins ? Est-ce que tu disposes entièrement de ton libre arbitre ?
John ne répondit pas. Il avait soudain un doute. Mais il l'écarta d'un geste de la main.
- Non. Je fais ça de mon plein gré, pour le maintenir en vie.
- D'accord, d'accord… Tes intentions sont louables. Mais il n'en reste que tu n'en seras pas toujours capable.
John se recula, croisant les bras dans un geste défensif.
- Tu sais très bien que ce n'est pas bon de donner autant de sang à répétition. Sans compter les apports de morphine et les effets nocifs qu'ils entraînent. A long terme, tout cela risque de te…
- Je sais, je sais, l'interrompit-il.
Il soupira.
- C'est juste que, pour le moment, on n'a pas de plan B.
Il évita le sujet de l'antidote. Il y avait déjà eu beaucoup trop de fuites.
- Et il n'y aura que ça, affirma Sarah. Aucune autre solution n'a jamais été trouvée à ce problème.
- Alors qu'est-ce que tu suggères ? demanda le blond.
- Éloigne-toi de lui. Pars. Tu ne peux rien pour lui.
- Je ne peux pas le laisser tomber. Et puis, il ne me laissera pas partir, ajouta-t-il avec un rire désabusé.
- Tu vois ! Il te retient prisonnier.
- Non, je veux dire qu'il tient trop à moi pour ça.
Sarah soupira, puis se massa les tempes.
- Réfléchis, John. Réfléchis bien. Il peut arriver n'importe quoi, ce soir, demain ou dans un mois. Et tu ne le verras pas venir.
- Oui, je sais, répondit le médecin avec agacement, parce qu'il n'en était que trop conscient. Mais ma décision est déjà prise, Sarah. Je vais rester avec Sherlock jusqu'au bout, quoi qu'il arrive.
- Je ne veux pas te voir saigné à blanc, John !
Elle n'avait pas crié. Mais le médecin fut frappé par le désespoir qu'il lisait dans ses yeux.
Il lui toucha la main.
- Tout se passera bien, Sarah. Je t'en fais la promesse.
La jeune femme hocha lentement la tête, mais elle n'était pas convaincue.
John eut l'intuition qu'elle n'en resterait pas là.
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Sherlock se maudissait intérieurement. Bon sang, pourquoi s'était-il senti obligé de prendre les devants ? Vraisemblablement, John n'avait pas apprécié le baiser et il allait lui en vouloir pour ça. Ou alors le médecin se sentira mortellement gêné au point d'éviter son ami. Non, ce n'était pas que John n'avait pas aimé – il avait même pris son pied. C'était qu'il ne l'avait pas assumé, nuance. Pourtant, Sherlock le savait, qu'il ne fallait pas le brusquer et qu'il devait attendre que le médecin fasse le premier pas. Mais cet article trouvé sur internet n'était pas clair, non plus ! Il disait de suivre son instinct, ce que Sherlock avait fait ! Le détective l'avait totalement assumé, d'ailleurs, chose qu'il n'aurait jamais faite auparavant. Mais là, il était allé un peu loin. Il allait devoir se calmer s'il voulait que John lui accorde quelque chose.
Et puis zut. Il allait sortir le grand jeu et mettre son ami au pied du mur.
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Quand John sortit du travail, il redoutait un peu le moment de retrouver Sherlock. Après tout, ils s'étaient quittés sur un baiser non assumé. Mais cela fut de courte durée. Il fut accueilli par un détective tout enjoué.
- Prends une douche et fais-toi beau, John. Nous sortons, annonça-t-il.
- Pour une enquête ?
- Non, pas cette fois-ci. Nous allons à l'opéra.
- A l'opéra ? répéta le blond, incrédule.
- Oui. Carmen. Mycroft devait inviter le premier ministre lituanien, mais il a décommandé au dernier moment. Et comme il n'aime pas y aller tout seul, il nous fait don des deux places.
Le blond restait bouche bée.
- Quoi, c'est pas bien ? demanda le détective, soudain inquiet.
- On sort pour s'amuser, si j'ai bien compris ? fit préciser le médecin.
- Oui ? dit le détective d'un ton prudent.
- Oh, parfait. C'est juste que ça n'arrive pas souvent avec toi.
- Raison de plus pour commencer ?
Le médecin le considérait avec un sourire amusé. On aurait dit que le brun avait peur qu'il refuse.
- Pourquoi pas, après tout, dit-il finalement. On peut bien s'accorder une petite sortie aux frais du gouvernement britannique.
Le médecin prit une douche, mais déchanta vite quand il ouvrit sa garde-robe. Il n'avait rien de véritablement adéquat à se mettre. Mince, c'était que des occasions comme celle-là ne se présentaient pas tous les jours… Il dénicha tout de même une chemise blanche, valeur sûre, ainsi qu'une veste et un pantalon bruns assortis. Ce n'était pas parfait mais cela ferait l'affaire. Il ajouta à cela une cravate bleu pâle. Il se mit un peu de parfum, vérifia son reflet dans la glace puis descendit rejoindre Sherlock.
Le détective attendait dans l'entrée, de dos. Quand il se retourna, le médecin pila net.
Sherlock était autrement mieux mis que lui. Il était vêtu d'un costume noir qui lui allait divinement bien, trahissant le sur-mesure. Sa chemise blanche était agrémentée d'une cravate bleu nuit satinée, dont les reflets jouaient lorsqu'il bougeait. Ses chaussures de cuir noir luisaient. Il s'était mis du gel dans les cheveux, ce qui faisait briller ses boucles ébène et faisait ressortir sa peau pâle et belle.
Il était magnifique.
- On y va ? suggéra le détective.
Le blond ne put s'empêcher de trouver charmante la façon dont il étirait le coin de sa lèvre.
Dans le taxi, le médecin dut se retenir de loucher sur son ami. Il n'avait jamais pensé que Sherlock puisse avoir autant de charme. Certes, le détective était la plupart du temps bien habillé, soignant toujours son apparence, mais là, son bon goût atteignait des sommets. Il était juste irrésistible.
Irré-quoi, John ? Qu'est-ce que tu viens de dire ?
Le médecin se plongea dans la contemplation du paysage pour faire taire ses pensées.
Ils descendirent devant le Royal Opera House, à Covent Garden, et entrèrent dans le somptueux bâtiment. L'intérieur était tout aussi fastueux que la façade de style néo-classique, mais rien n'égalait la salle de spectacle, dominée par la couleur dorée. Les sièges et l'immense rideau de scène étaient, eux, d'un pourpre profond. John avait l'impression d'avoir fait un bon dans le temps et de s'être retrouvé en pleine société aristocratique du XIXe siècle. Autour d'eux, les gens étaient élégants, les hommes en costume, les femmes en robe de soirée ou en vêtements chatoyants.
John savait que son ami observait ses réactions, mais il ne fit rien pour dissimuler son admiration.
- C'est charmant, dit le médecin.
- Ça te plaît ?
- Ça change.
Ils consultèrent leurs billets.
- Je me demande où sont nos places, dit le blond.
Il attrapa une femme du personnel et lui posa la question.
- Oh, mais vous êtes dans l'orchestre, là, répondit-elle. Pour rejoindre votre place, il faut prendre cet escalier.
Les deux hommes suivirent la direction indiquée et, une fois à l'étage, le détective prit les devants.
- Une loge, Sherlock ? dit l'ancien soldat en découvrant les fauteuils, au bord du balcon. Rien que ça ?
- Ce sont les places de Mycroft et du premier ministre lituanien, je te rappelle.
Ils prirent place. Ils avaient une vue imprenable sur la scène.
La représentation commença. John ne saisissait pas la moindre parole des chanteurs, mais il se laissait charmer par les voix veloutées, les costumes d'époque et les jeux d'acteurs. Ce n'était pas si mal, l'opéra. Ce n'était pas aussi ennuyeux qu'il l'imaginait. Peut-être devrait-il y aller plus souvent. Malgré tout, cela ne l'empêcha pas de décrocher de temps en temps, pour jeter un coup d'œil à Sherlock. Ce dernier était concentré sur la scène et n'en perdait pas une miette. Ses lèvres bougeaient parfois, puisqu'il connaissait visiblement les paroles. Il semblait inspiré. Peut-être John aurait-il droit à du Carmen joué au violon dans les prochains jours.
A la fin de la représentation, ils suivirent le mouvement de la foule et se retrouvèrent sur le trottoir.
- Mes remerciements à Mycroft et au premier ministre lituanien, dit John.
Le détective héla un taxi. Le blond regarda sa montre : vingt-et-une heure. Il était encore tôt.
- Où est-ce qu'on va, maintenant ?
- Dîner.
Oh. Irène devait le quémander des dizaines de fois par SMS et lui l'obtenait sans même le demander ?
Tu n'avais vraiment pas de raison d'être jaloux à l'époque, John.
Le taxi les déposa devant un restaurant chic, type lounge.
- Je passerai plus inaperçu que dans un restaurant classique si je prends seulement un cocktail, expliqua le détective.
Ça se tenait, pensa John.
D'un geste, Sherlock ôta sa cravate et ils entrèrent à l'intérieur.
La salle de restaurant était agréable. Une musique de jazz résonnait en fond. La luminosité était réduite et se résumait à quelques néons violets et bleus foncés dispersés un peu partout. Un serveur élégant s'avança et les dirigea vers une table. Sherlock prit la banquette tandis que John s'installait dans un fauteuil confortable.
Ils consultèrent le menu et choisirent – un tartare de bœuf et un verre de vin pour John, un cosmopolitan pour Sherlock, puis le serveur revint prendre leur commande. Quand il repartit, John fit mine de contempler la salle.
- C'est sympa ici, constata-t-il. Comment tu as eu l'adresse ?
- Lestrade. Il est plutôt utile sur ce genre de chose.
- Tu ne peux pas lui enlever ça.
- Oh non.
Dix minutes plus tard, le cocktail et le tartare arrivèrent. John entama son plat de bon cœur. Il commençait à avoir faim.
- Délicieux, dit-il.
Sherlock remuait son verre d'un air songeur. John se demanda s'il avait envie de goûter à la boisson ou s'il pensait juste à autre chose.
- Ça ne te manque pas trop ? demanda le médecin, culpabilisant un peu d'être le seul à consommer quelque chose.
- Quoi, ça ? répondit le brun en désignant son verre.
- Oui.
- Pas autant que le thé.
John eut un petit sourire. On ne refaisait pas Sherlock Holmes le Britannique.
- Et manger de vrais aliments ? demanda-t-il.
- Manger est ennuyeux, John.
- Oh, j'oubliais. Rien ne te manque vraiment à part le thé, c'est ça ?
- Non. Les heures que je ne passe pas à dormir et à manger me laissent plus de temps pour le travail. C'est tout bénef.
John hocha la tête, évidemment.
Sherlock posa son verre sur la table et commença à tapoter la base du doigt.
- A vrai dire, si.
John posa sa fourchette, continuant à mâcher.
- La chaleur me manque, dit le détective en traçant une ligne sur la condensation qui s'était formée sur le verre.
Il écarta le récipient et posa une main sur le poignet de John.
- Celle quand je ressens quand je te touche ou quand je bois ton sang. Parce qu'elle est fugace, elle ne dure jamais bien longtemps. On ne s'en rend pas compte quand on est un être humain normal. Mais quand on passe de l'autre côté de la barrière, elle nous rappelle à l'ordre. Elle nous rappelle ce qu'on est : de la viande froide.
La base des sourcils de John se rida. Il n'aimait pas quand Sherlock abordait l'une des raisons qui l'avait amené à tenter de se suicider.
- Ce n'est pas ce que tu es pour moi, assura le médecin. Tu es là, devant moi, vivant. Tu résous des crimes, tu cours après des criminels, bref, tu es toujours toi ! Et puis, tu as survécu à la mort et tu défies les lois de la médecine. Tu es un petit miracle, Sherlock !
- Un miracle qui a un prix, répondit-il avec amertume.
- On va te soigner, je te le promets, d'accord ?
Le médecin avait saisi l'avant-bras de Sherlock et le serrait. Quand il s'en rendit compte, il le lâcha.
- Toujours positif, dit le détective en attrapant son verre et en l'approchant de son nez.
- Non, réaliste.
- C'est très discutable, ça.
John soupira en secouant la tête. Sherlock n'avait pas le droit d'être aussi pessimiste. Ça ne lui ressemblait pas.
Alors qu'il piquait un morceau de viande avec sa fourchette, il surprit le regard de Sherlock. Il était attentif, amusé voire même… malicieux. Un petit sourire était né dans l'ombre de ses lèvres, ou peut-être était-ce un effet de la luminosité inégale de la salle de restaurant. Il se tenait adossé à la banquette et il avait enlevé sa veste de costume, ce qui mettait en valeur son torse enserré dans sa chemise étroite. Il en avait d'ailleurs ouvert les deux premiers boutons, ce qui laissait entrevoir le haut de sa poitrine. Avec ses cheveux bouclés rehaussés de gel, il semblait…
La main de John tenant la fourchette s'arrêta à mi-chemin de sa bouche.
- C'est un rencard ? dit-il.
Cette fois, il en était sûr : Sherlock souriait.
- Et pourquoi pas ? répondit le brun.
John enfourna sa fourchette dans sa bouche.
- Est-ce que tu sais dans quoi tu t'embarques ? demanda-t-il.
- Quoi, si on se met ensemble ? Et bien, cela ne sera pas si différent d'aujourd'hui, à l'exception qu'on se dira des mots d'amour, qu'on s'embrassera n'importe quand et qu'on sera des partenaires sexuels.
John resta bouche bée. C'était dit de manière si sherlockienne. Il espérait que personne d'autre n'eut entendu dans la salle. Heureusement, les premières tables occupées étaient loin.
- Oui, il y a ça, concéda John. Mais cela demande aussi une bonne dose de confiance.
- Mais je te fais confiance, protesta Sherlock.
- Réciproque, précisa le médecin.
- Ce qui veut dire ?
- Que je ne voudrai plus être tenu à l'écart de tes actions en solo. Je ne te demanderai pas d'y participer, mais au moins d'en être tenu au courant. Je ne veux plus me ronger les sangs quand tu t'absentes plusieurs jours d'affilée sans me donner de nouvelles.
- La dernière fois l'exigeait.
- Ce n'est qu'un exemple. Ce qui compte, c'est que j'ai besoin de te faire confiance.
A sa grande surprise, le détective commença à ricaner.
- Quoi ?
- Tu flirtes avec une créature buveuse de sang, et c'est tout ce que tu me demandes ? De te dire quand je sors et où je vais ?
- C'est la base, oui, soutint le médecin. Surtout que, la plupart du temps, tu ne sors pas pour acheter des fleurs.
- Demande-moi plutôt de te promettre de ne plus essayer de te saigner à blanc.
- Ça n'arrivera plus, je le sais, affirma le médecin.
Le détective semblait sur le point d'ajouter quelque chose, mais une serveuse vint leur proposer un dessert. Le médecin déclina poliment.
Sherlock paya et ils attrapèrent au taxi qui les ramena chez eux. Une fois dans le salon, John regarda l'heure : vingt-trois heures passées. Il commençait à se faire tard et la fatigue de la journée commençait à se faire ressentir.
- Et bien, merci pour la soirée, c'était très sympa, dit-il à son ami.
Il allait se détourner, mais Sherlock semblait attendre quelque chose.
- Tu ne veux pas dormir avec moi ? proposa soudain le détective. Juste dormir.
John sentit le rouge lui monter aux joues.
- Mais, Sherlock… tu ne dors pas, fit remarquer John.
- Justement. Le temps est long.
- Et il le sera moins si je suis avec toi ?
- Tout à fait. Je ne ferai rien d'autre que te regarder dormir, c'est promis.
John était tenté d'accepter. A vrai dire, il n'avait pas non plus très envie de remonter dans sa chambre, comme ça.
Mais il savait très bien que c'était le genre de chose qui faisait basculer irrémédiablement une relation et qu'il ne pourrait plus revenir en arrière.
- Non, je… je vais dormir dans mon lit pour cette fois, déclina-t-il. Bonne nuit.
Sherlock hocha la tête, un peu déçu mais compréhensif.
John se dirigea vers la porte de l'appartement, mais s'arrêta soudain. Il se tourna vers son ami.
- Écoute, Sherlock. Il faut qu'on reste lucides. On doit être sûrs qu'on ne mélange pas tout.
- Mélanger quoi ?
- Plusieurs choses. Les sentiments et le sang, dans ton cas. Les sentiments et la morphine, dans le mien, car je ne suis pas en reste non plus. Peut-être qu'on s'associe trop à la substance qu'on désire et que l'attraction qu'on ressent n'est qu'un prétexte à tout ça.
- Je sais parfaitement ce que je ressens, dit sèchement le brun, et ça ne se résume pas qu'au sang.
- D'accord, mais as-tu seulement un éventail de comparaison ? Par exemple, est-ce que les sentiments que tu ressens pour moi pourraient s'apparenter à ceux que tu avais pour Irène ?
- Non, nia Sherlock, sans hésiter.
Il fit un pas vers John.
- Ils sont autrement plus forts.
Le médecin fut tenté de reculer mais n'en fit rien.
- Alors c'est moi, dit le blond. C'est la morphine.
- John, tu sais très bien en tant que médecin que la morphine ne possède pas de tels effets secondaires. Pas plus que – et pardon si je te semble un peu cru – un junkie ne tombe amoureux de son dealer.
- Mais tu n'es pas un sombre inconnu de dealer, Sherlock ! C'est toi qui me l'administres directement avec tes canines et ton corps !
Sherlock pencha la tête sur le côté.
- Alors notre relation est déjà devenue charnelle.
- Elle l'a été depuis le jour où je t'ai demandé de planter tes crocs dans mon cou.
Le détective croisa les bras.
- Prenons le problème par l'autre bout, suggéra-t-il. Est-ce que si, du jour au lendemain, je te privais de morphine, tu resterais encore avec moi ?
- Bien sûr que oui ! s'insurgea le médecin.
- Est-ce que cesserais d'avoir ces sentiments pour moi ?
Le médecin s'apprêtait à répliquer, avant de réaliser que la réponse n'était pas si évidente que ça.
- Tu vois, dit finalement le détective devant son silence. Ce n'est pas une question d'addiction.
John fit quelques pas en expirant bruyamment. Putain, Sherlock avait raison.
- Si ce n'est pas ça qui te bloque, si ce n'est pas non plus le fait que je sois dangereux – car tu me fais confiance –, alors qu'est-ce c'est ? C'est à cause de ma peau froide ?
John répondit par un grognement négatif dédaigneux. Il tournait nerveusement sur lui-même, faisant les cent pas, se triturant les mains.
- C'est…
Le détective releva légèrement la tête et une ombre passa sur son visage.
- C'est parce que je suis un homme, c'est ça ?
John s'immobilisa et considéra Sherlock. Il semblait blessé et le médecin s'en voulut d'en être la cause.
- Ça ne m'aide pas, en effet, admit-il.
- Pourtant, mon corps ne te rebute pas, fit remarquer le détective. Tu recherches sans cesse le contact et c'est parce que tu penses que je n'aime pas ça que tu te brides.
Sherlock s'approcha davantage.
- Non, le problème est bien plus profond. C'est une question d'identité. C'est parce que tu es convaincu de ne pas être gay.
- Mais je ne le suis pas, dit-il férocement.
- Voilà, on touche le problème du doigt.
- Je t'assure !
- Je te crois, John. Mais tu n'as pas besoin d'être gay pour être attiré par une personne en particulier. Je suis juste une exception à la règle.
Le médecin ricana.
- Tu es une exception à toutes les règles.
- Et je le vis bien.
La respiration de John se fit erratique.
- Ne te mets pas autant de barrières, John. Mon sexe n'est qu'un détail. Je sais que tu as aimé ça quand je t'ai embrassé ; tu n'étais pas vraiment pressé de me repousser.
Le cœur de John fit un bond dans sa poitrine. Aimer ça. Le Sherlock qu'il avait en face de lui tenait les mêmes propos que celui de son rêve lubrique. Sans même entrer dans sa tête, le détective avait compris ce qui s'y tramait. Il y avait juste lui, John, qui était à la ramasse.
Bon sang, Sherlock obtenait toujours ce qu'il voulait.
Euh, une seconde… Il entendit soudain la voix de Sarah :
Est-ce que Sherlock ne fait vraiment rien pour arriver à ses fins ?
- Est-ce que tu m'as hypnotisé quand tu m'as embrassé ? demanda le blond. Car cela pourrait être une explication. Et ça, ça, ajouta-t-il avec un index accusateur, je t'assure que je ne le tolérerai p…
- Je te jure que non, rétorqua le brun, une lueur féroce dans les yeux.
- Tu en es sûr ?
- Absolument.
Le médecin le dévisagea un moment, cherchant une faille.
Puis il considéra ses options. Il n'y avait aucun sens à cette relation. Sherlock était l'opposé de ce qu'il recherchait. Sherlock était un homme. Sherlock était dangereux. Sherlock pouvait être retors, égoïste et insensible. Détestable, même.
- Et puis merde.
Il attira Sherlock à lui et l'embrassa.
