Hello les gens ! Et voici un lemon, un ! ^.^

Attention : ce chapitre contient des scènes sexuelles explicites entre hommes, interdit aux -18 ans

Merci à Mimi Kitsune et Brenda Joyeux pour leur review !

Bonne lecture !

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Le Fléau : Chapitre 31

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C'était tellement bon. De tenir ainsi Sherlock et de l'embrasser sans avoir à se retenir comme il l'avait fait pendant si longtemps. John s'en rendait compte à présent. En fait, il avait passé un bon paquet de son temps à refouler ses désirs, allant jusqu'à nier leur existence. Non, il n'était pas amoureux de la belle tête bouclée de Sherlock, non il ne cherchait pas le contact de son corps contre le sien quand il buvait son sang. C'était juste la faute de la morphine qui lui déréglait le cerveau, point. Mais là… il ne pouvait plus nier ce qu'il était en train de vivre.

Il embrassait passionnément Sherlock, le serrant contre lui, passant ses mains dans les boucles ébènes. La peau de son visage était froide, de même que sa langue, mais il s'en fichait, du moment qu'elles appartenaient à Sherlock, son Sherlock dont il était tombé amoureux. Oui, cela n'avait aucune importance parce qu'il était là, bien vivant dans ses bras, et qu'il allait lui donner son amour. John était déjà essoufflé tant il l'embrassait à en perdre haleine. Il aimait tellement son odeur, son goût, la douceur de ses lèvres qu'il avait l'impression de devenir fou.

Sherlock lui rendait ses baisers aussi ardemment, laissant le blond lui caresser le dos, les cheveux, les hanches. Il appréciait cela et, si Sherlock respirait encore, il y aurait fort à parier que sa respiration aurait été aussi désordonnée que la sienne.

Soudain, John attrapa son visage entre ses mains et rompit le baiser.

- Je t'aime, Sherlock. Je t'aime.

Une lueur émue passa dans le regard du détective, puis le brun se jeta de nouveau sur lui, couvrant une distance qui n'avait pas lieu d'être.

Bon sang, John n'avait que trop attendu. Tout ce temps passé à réfréner ces pulsions qui lui tenaillaient les entrailles, et voilà maintenant que tout lui éclatait à la figure. Il n'avait plus son mot à dire. Il avait assez joué avec tout ça. Il avait envie de Sherlock. Il voulait Sherlock. Lentement, il poussa le détective en arrière et ils s'effondrèrent sur le canapé. John se hissa sur le brun, continuant à l'embrasser. Il caressa sa poitrine, ses épaules, les imaginant sous ce vêtement beaucoup trop embarrassant. C'était plat, voire musclé, mais ça ne le dérangeait en rien. Même cette érection qu'il sentait durcir sous ses fesses ne le dérangeait pas. C'était devenu dans l'ordre des choses et il l'assumait complètement désormais.

Il tira la chemise de Sherlock de son pantalon et toucha la peau de ses hanches. Tellement douce. Tellement lisse.

- John…

Le médecin commença à déboutonner la chemise du détective.

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John était incroyable. Un instant, il soutenait qu'il n'était pas gay et que son attirance pour le détective n'était due qu'à son association avec la morphine. Deux minutes après, il l'embrassait et lui disait qu'il l'aimait. Son ami passait vraiment du tout au tout. Mais Sherlock était bien loin de s'en plaindre.

Il aimait ce que John lui proposait. Ses baisers, ses caresses, son corps qui se pressait contre le sien. Sherlock ne connaissait pas vraiment les choses de l'amour. Cela avait été expérimenté vite fait à son adolescence et mis de côté au vu des résultats que cela avait donné. Cela avait été jugé inutile et inintéressant. Mais là, John venait de bouleverser la donne. Rien, avec John, n'était inutile et inintéressant. C'était même tout le contraire. John faisait naître en lui des sensations qu'il ne connaissait pas et qu'il avait envie d'explorer davantage.

Il sentait avec bonheur son corps se réchauffer. C'était un peu comme s'il était en train de boire le sang de John, sauf que là, il ne lui faisait aucun mal. C'était gratuit, mais non dénué de valeur, alors il n'allait pas refuser. Curieux, il laissa John le pousser sur le canapé et s'assoir sur lui. Le blond le caressait de partout et il dut se retenir de pas gémir, ce qui n'était pas une mince affaire si on prenait en compte le poids que le médecin exerçait sur son entrejambe. Et bientôt, il y eut ses mains sur sa peau. Sherlock se tendit. Cela excitait beaucoup trop de choses en lui, en particulier un désir qu'il ne soupçonnait même pas. Pourtant, il le connaissait, ce désir. C'était celui qui avait failli coûter la vie au médecin le jour où Sherlock avait été un peu trop excité par son sang…

Alors que John commençait à déboutonner sa chemise, Sherlock lui saisit brusquement la main.

Le détective lut la surprise dans les yeux grisés de son ami.

- Pardon, Sherlock. Je vais un peu vite, dit-il, confus.

- Non, non, ce n'est pas ça, articula le brun. Il faut… il faut juste que je t'informe de quelque chose à propos de l'incident de l'autre jour. Quand j'ai bu trop de ton sang.

- Quoi, maintenant ? dit le médecin avec un rictus intrigué.

- Oui. Il faut que tu sois au courant.

Le médecin se redressa un peu, ce qui permit au détective de faire de même.

- Je n'ai été tout à fait honnête avec toi, commença le brun.

Embarrassé, il ne savait pas comment annoncer cela. Et l'air expectatif du blond ne l'aidait pas.

Finalement, il décida de le faire de façon sherlockienne.

- Ce n'était pas une erreur de jugement. Si j'ai eu du mal à m'arrêter, ce n'est pas parce que je m'étais surestimé. C'était parce que j'ai ressenti une attirance sexuelle pour toi.

La mâchoire de John se décrocha.

- A partir de ce moment, cela a été impossible à contrôler. Je ne me suis arrêté que parce que je me suis aperçu que quelque chose n'allait pas. Apparemment, il ne faut pas mélanger deux choses : le sang et le sexe.

John le contemplait d'un air blasé, apparemment incapable de mettre un mot sur la situation.

- Tu avais une érection ! se justifia le détective.

- Quoi ? T'es sérieux ?

Ce fut au tour de John d'être embarrassé. Si le détective pouvait se targuer de ne pas pouvoir rougir, ce n'était pas le même couplet pour le médecin.

- Et merde… marmonna-t-il.

- Je voulais que tu saches que ça pouvait compliquer deux ou trois choses.

Le médecin se gratta la tête. Il n'avait pas l'air serein.

- Et euh… il ne s'est rien passé, hein ? demanda-t-il.

- De sexuel, tu veux dire ?

- Oui, fit-il en roulant des yeux.

- Non, pratiquement rien, le rassura Sherlock.

- Pratiquement ? répéta le blond.

- Disons que j'ai frotté mon entrejambe contre la tienne mais que tu avais l'air d'aimer ça, donc je me suis dit que j'avais le droit de continuer.

Le blond encaissa la déclaration. Un instant, il parut hagard.

- Et c'est tout ? insista-t-il.

- C'est tout, je te l'assure, répondit le brun.

- D'accord.

L'ancien soldat n'ajouta rien, si bien que Sherlock dut le questionner :

- D'accord quoi ?

- Ne me mords pas, alors.

Le médecin se leva et se dirigea vers son manteau, qui pendait au dossier du fauteuil.

Les yeux de Sherlock se rétrécirent.

- Tu es prêt à prendre le risque ? demanda-t-il, incrédule.

- Pourquoi pas ? Si tu me dis que tu es dangereux quand tu bois du sang alors que tu es… excité – le médecin eut un geste nerveux – alors, moi, je te dis : ne commence pas à boire.

Le blond prit quelque chose dans la poche de son manteau et le transféra dans celle de son pantalon.

- Je ne peux pas te garantir que la frontière soit aussi nette, John, dit le brun en secouant la tête.

- On peut essayer, dit le médecin en revenant à sa hauteur.

Le blond tendit une main.

Sherlock hésita, et la prit finalement.

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John en profita pour le tirer à lui et l'embrasser à nouveau. Il le guida progressivement vers la chambre.

Le médecin se surprenait lui-même. Il avait du mal à comprendre comment il était passé du « je ne suis pas gay » à « déshabiller Sherlock Holmes immédiatement » mais, au fond, peu lui importait. Tout ce qu'il voulait, c'était Sherlock. Alors il mit son cerveau en veille et ne se posa pas plus de questions.

Alors qu'il finissait de défaire les boutons de la chemise de Sherlock, ce dernier les sépara brusquement.

- Si ça dérape, dit-il d'un air sérieux en tenant sa tête, dis mon nom. Je t'entendrai.

- Ça marche.

John couvrit aussitôt la distance indésirable et Sherlock le poussa sur le lit.

Ils s'effondrèrent tous les deux, dans les bras l'un de l'autre. Ils pressèrent leurs corps ensemble, découvrant les formes de l'autre. Le détective tirait sur la chemise de John, tandis que le médecin caressait le torse nu du détective. Il s'était musclé depuis son retour d'exil, et le blond se demandait si cela avait un rapport avec sa transformation. En tout cas, il n'était pas laid à regarder, blanc et pratiquement imberbe, ni désagréable à toucher, lisse, ferme et…

John se redressa brusquement.

- Mais… tu es chaud ! réalisa-t-il.

Sherlock eut un petit rire moqueur.

- Tu n'y es pas innocent, répondit-il avec une expression coquine.

Le médecin le regarda, un sourire sincère aux lèvres. S'il avait le pouvoir de réchauffer le corps de Sherlock, alors, ce qu'il allait faire, il le ferait volontiers plutôt deux fois qu'une. Son sourire sembla contaminer Sherlock qui se débarrassa de sa propre chemise avant de faire glisser celle du médecin par-dessus son cou. Et le détective le serra contre lui.

La sensation du torse nu de John contre celui du brun était incroyable. Il n'y avait plus la moindre froideur sur la peau du détective et c'était tout juste si ce n'était pas Sherlock qui réchauffait John. Le médecin ressentait un confort incroyable dans ses bras, comme s'ils étaient destinés à l'accueillir depuis toujours. Mais la boucle de sa ceinture le gênait. Comme si Sherlock éprouvait le même embarras, le détective la dénoua et fit glisser son pantalon sur sa hanche, effleurant sa cuisse au passage. Le médecin eut assez du vêtement et s'en débarrassa, alors que son ami faisait de même du sien.

Ils étaient mieux, ainsi. Les membres entremêlés, peau contre peau, les mains explorant leurs corps respectifs. Celui de Sherlock était incroyablement bien fait, et John avait du mal à trouver un semblant de graisse. Il était juste parfait. Un apollon d'albâtre, tout simplement. Son entrejambe en avait d'ailleurs la consistance. Sherlock bougea et le médecin frissonna de désir quand il l'appuya contre la sienne. Bon sang, il en avait terriblement envie.

Il glissa une main dans le boxer de Sherlock et caressa ses fesses. Le détective ronronna contre lui et se tortilla, acceptant le geste du médecin. Ce dernier suivit le lobe, descendit à la base et effleura une zone qui fit tressaillir Sherlock. Le détective se détacha alors de lui et, sans autre forme de procès, lui ôta son boxer. Le médecin se sentit exposé, mais Sherlock le rejoignit rapidement dans la nudité.

La respiration du blond se coupa quand Sherlock plaqua son long corps contre le sien. Il n'y avait plus aucune barrière entre eux, ils pouvaient faire ce qu'ils voulaient, personne ne les en empêcherait. Même pas ce foutu fléau, parce que John savait qu'ils passeraient outre. Sherlock était à lui, et lui était à Sherlock. Il ressentit un éclair dans l'estomac face à cette liberté et à toutes les possibilités qu'elle offrait.

Sherlock se hissa sur lui. Le médecin voulut se redresser mais le brun le maintint sur le matelas d'une main ferme. Il réalisa alors à quel point il pouvait être vulnérable, nu, face à ce surhomme blanc qui le dominait. Sherlock pouvait lui briser les os comme des brindilles s'il le voulait, et John pourrait juste crier en guise de défense. Mais Sherlock ne fit pas cela. Il se pencha et se mit à couvrir sa poitrine de baisers. Le médecin frissonnait parfois, un peu chatouilleux, mais surtout ravi de sentir la bouche de Sherlock sur sa peau. Le détective s'arrêta au niveau de l'aine puis remonta le long de son torse. Il s'enivrait de son odeur. Ses mouvements s'étaient ralentis, si bien que John avait l'impression qu'il rampait sur lui, un peu comme un reptile. D'ailleurs, ses mains s'étaient resserrées sur les côtes du blond, et le regard furtif qu'il lui lança était de fer. Ses lèvres se retroussèrent pour laisser apparaître ses canines et…

- Sherlock, Sherlock !

La pression sur le torse de John se ramollit, ce qui lui permit de se redresser et de prendre le visage du détective dans ses mains.

- Reste avec moi.

Sherlock sembla reprendre ses esprits.

- Pardon, John, dit-il en emportant le médecin dans un autre baiser.

Il rallongea le blond et embrassa son cou. Le médecin se détendit mais ne put s'empêcher d'avoir une légère inquiétude – c'était précisément ici que Sherlock le mordait quand il buvait son sang – mais le brun la dispersa quand il l'embrassa de nouveau, lui caressant la joue. John se laissa faire, suivant les mouvements de son ami. Puis le détective se recula et planta son regard dans le sien.

- Je te veux, John, dit-il avec détermination.

Le médecin comprit qu'à la position dans laquelle il se trouvait, il allait avoir le rôle passif.

- D'accord, s'entendit-il dire. Tu as ce qu'il faut ? J'ai… des capotes dans mon pantalon.

Il les avait récupérées tout à l'heure dans la poche de son manteau.

- Je dois avoir du lubrifiant dans la cuisine, répondit le brun en se levant.

John ne chercha pas à savoir quelles expériences glauques il avait pu mener avec cette substance et s'étira pour attraper son pantalon abandonné au sol.

Sherlock revint avec le flacon et se laissa tomber aux côtés du médecin. Puis il fit sauter le bouchon et fit couler le liquide sur ses doigts.

- Tu as déjà fait ça ? demanda le blond.

- Toi non plus, répondit-il avec un sourire.

John haussa les épaules. Il lui faisait confiance.

Il se rallongea. Sherlock l'embrassa tout en venant presser le bout de son doigt contre son intimité. John grimaça quand il franchit l'anneau de chair. La sensation était étrange. Jusqu'à présent, il n'avait jamais pratiqué de jeu sexuel impliquant des corps étrangers dans le sien. Il serra les dents quand Sherlock progressa, mais celui-ci vint refermer son autre main autour de sa verge. La surprise fit son effet, le plaisir le reste. Le détective fit aller et venir sa main sur le membre tendu et ajouta un deuxième doigt. Toutes ces sensations nouvelles manquaient de faire perdre la tête à John.

Sherlock se retira puis se positionna entre les jambes de John. Il déchira le papier du préservatif que le médecin avait posé sur la table de nuit, enfila le condom avant d'enduire son membre de lubrifiant. Le blond le regardait faire, légèrement inquiet quant à la suite.

- Prêt ? demanda le brun.

John acquiesça. Sherlock attrapa ses hanches et les souleva, avant de le pénétrer.

Le blond serra les draps. Un sexe masculin n'était pas comme des doigts, surtout celui de Sherlock. Il essaya de trouver une respiration uniforme, mais ce n'était pas chose aisée. Sherlock libérera une de ses mains pour la poser sur son sexe et le masser. Le médecin enfonça sa tête dans l'oreiller et ferma les yeux, se concentrant sur la main attentionnée. Et puis, il y eut cette sensation agréable, mais elle ne venait pas de la main de Sherlock.

- Prostate, devina le détective qui avait remarqué la réaction du blond.

John hocha la tête. Il avisa la position dans laquelle il se trouvait. Allongé sur le lit, nu, pénétré par Sherlock. Sherlock était en lui, lui qui était hétéro jusqu'au bout des ongles. C'était vraiment en train de se produire. Il n'en revenait pas. Il avait mal, mais la douleur n'était rien face au bonheur de sentir son ami dans les profondeurs de son être. Et Sherlock était tellement beau, au-dessus de lui, nu, avec sa peau de marbre. C'était surréaliste.

Sherlock se retira lentement et les chairs se détendirent. Mais ce fut pour revenir aussitôt, poussant précautionneusement. John grimaça de nouveau et prit son mal en patience. Il savait qu'il y avait quelque chose qui en valait le coup à la clé. Et puis, il ne sut dire à quel moment exact la douleur se transforma en plaisir. Mais cela commença à devenir vraiment intéressant. Le plaisir était doux, latent. Il ne demandait qu'à gonfler et à croître. Mais ce fut au tour des hanches de John de devenir douloureuses. Il jeta un coup d'œil à Sherlock. Ondulant du bassin, le détective avait les yeux clos et une expression extatique sur le visage. Il était ailleurs.

Le médecin poussa un petit cri de douleur.

Il posa ses deux mains sur celles de Sherlock et les serra. Le détective ouvrit les yeux.

- Maîtrise-toi, calme-toi, dit le blond, patiemment.

Le brun sembla réaliser sa force et s'adoucit aussitôt.

En guise d'excuses, il se pencha et embrassa fougueusement John, qui lui pardonna volontiers. Il aimait ce baiser couplé à ces coups divins au sein de lui. Il aima davantage quand Sherlock accéléra, faisant monter le plaisir en lui. Il l'entendait ahaner au-dessus de lui, et le médecin n'avait pas meilleure allure. La suite fut un peu floue. Il entendit Sherlock prononcer son nom alors que le plaisir se déversait en lui, inondant tout son être. Il ressentit un vide puis le matelas trembla à côté de lui. Dans les vapes, il ouvrit les yeux. Sherlock venait de s'effondrer à sa gauche et récupérait de son effort.

- Putain, c'était bon, dit le blond, à bout de souffle, toujours ébahi de ce qu'il venait de faire.

Sherlock tourna la tête vers lui. Il n'était pas essoufflé et ne transpirait pas, mais semblait aussi éprouvé que lui. Un voile de plaisir persistait devant ses yeux. Il était magnifique.

- On refait ça quand tu veux, ajouta le blond.

Le détective eut un sourire enjoué.

- Volontiers, dit-il.

Il se pencha sur John et l'embrassa langoureusement.

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Sherlock ne sut combien de temps il resta à regarder dormir John, mais ce fut le reste de la nuit. Il faisait noir mais il distinguait chaque détail du visage de son ami : le coin pincé de sa bouche, sa petite ride sous l'œil, la microcoupure qu'il s'était faite en se rasant avant de sortir. Sa poitrine se soulevait doucement et il grognait par moments. Sherlock aimait ce spectacle. Voir John ainsi, serein, l'apaisait de manière inexplicable. En fait, il n'arrivait pas à détacher son regard de lui. C'était peut-être dû à ce qu'il venait de se passer et au fait que cela ait fait irrémédiablement basculer le cœur du détective.

Il n'avait jamais fait ça auparavant, pour la simple et bonne raison que cela n'en avait jamais valu la peine. Il savait techniquement comment cela fonctionnait mais il ne l'avait jamais expérimenté. Pourtant, il s'en était remis à son instinct et c'était allé tout seul. Peut-être cela avait-il rapport avec sa transformation, peut-être cela servait-il à appâter de potentielles proies… En tout cas, ce qui était sûr, c'était que, un, John n'avait pas été une proie et deux, que cette nuit avait été une révélation.

Sherlock n'était pas coutumier de l'état béat dans lequel il se trouvait. Il n'avait qu'à regarder John et à se remémorer la veille pour sentir ce sentiment étrange de bonheur monter en lui. C'était doux, enivrant, comme cette chaleur que John était capable de déclencher chez lui. Jusque-là, il ne pensait pas que quelqu'un fut capable de le mettre dans un tel état, lui, l'être cérébral et insensible qu'il était. Il considérait que le sexe n'était qu'une distraction et une perte de temps réservée à de bas primates qui n'avaient rien de mieux à faire. Mais Sherlock savait que John ne pouvait être classé dans cette catégorie. John était l'homme dont il était tombé amoureux.

Quelques années plus tôt, il se serait trouvé stupide de se comporter comme cela. Mais, à présent qu'il avait failli perdre John à plusieurs reprises, il se disait : pourquoi pas ? Cela ne pouvait pas réduire son QI – enfin, il l'espérait ! – et c'était la seule façon de dompter les sentiments impétueux qu'il ressentait pour le blond. Et puis, il fallait le dire, ça avait été bon. Tellement qu'il avait l'impression de ne plus pouvoir s'en passer désormais.

Il avait envie de caresser la joue du médecin, mais se dit que la différence de température le réveillerait peut-être. Alors il passa sa main dans ses cheveux, appréciant le contact avec les mèches blondes.

Il se rappelait tout. La façon dont John gémissait, celle dont il se tordait sous lui et enfin celle dont il avait crié son nom quand il avait joui. Sherlock n'avait pas un grand éventail de comparaison – bon, à part un triple meurtre en chambre close ou un jeu de piste à la Moriarty – mais il savait que cela figurait dans le top 3 des meilleures choses qu'il avait expérimentées. Peut-être même était-ce en première position. D'ailleurs, son corps réagissait déjà à ces souvenirs. Bon, peut-être ferait-il mieux de se lever. Au vu du rythme de sa respiration, John n'allait pas tarder à se réveiller.

Il s'habilla en silence et prit la direction de la cuisine. Il mit des toasts dans le grille-pain et cassa deux œufs dans une poêle. En fait, il devait avouer qu'il n'était pas complètement serein vis-à-vis de la réaction de John. Son ami allait-il regretter ? En tout cas, il estimait que les choses se passeraient mieux avec un petit déjeuner.

Le médecin entra dans la pièces dix minutes plus tard. Il était sommairement vêtu de son pantalon et de son costume de la veille. Sherlock lui sourit – presque timidement – et John fit de même.

- Je vote pour que ça devienne une habitude, dit-il en désignant la poêle que Sherlock tenait dans les mains.

- Tu me nourris, je peux faire de même pour toi de temps en temps, prétexta le détective.

- Excellent point de vue, approuva le blond.

Il s'assit avec une grimace, que Sherlock nota. Le détective transvasa les œufs dans une assiette, à côté des toasts.

- Merci, dit le médecin en prenant ses couverts.

- Tu as bien dormi ? s'enquit le brun en s'asseyant en face de lui.

- Comme un bébé, sourit l'ancien soldat.

- Et tu as mal ?

- Non, ça va… enfin si, mais c'est normal. Je n'avais jamais fait ça, avant.

Il dut voir l'air coupable de Sherlock puisqu'il ajouta :

- Ça va passer. Je suis médecin, tu te rappelles ?

Sherlock hocha la tête. Oui, John était médecin, c'était vrai.

Un silence s'installa. Le détective joua avec la petite cuillère destinée à la confiture. Alors que John mordait dans un toast beurré, il fronça les sourcils.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il.

Sherlock posa la cuillère.

- Est-ce que tu regrettes ?

Le médecin s'arrêta de manger, médusé.

- Tu le penses vraiment ? questionna-t-il.

- Non, je ne sais pas. C'est que… comme tu faisais un gros blocage sur le fait de coucher avec un homme…

John s'essuya la bouche et se pencha par-dessus la table.

- Je vais être clair, Sherlock. C'est vrai, j'ai longtemps été réticent à l'idée de faire ça parce que ça ne m'était jamais venu à l'idée et que l'occasion ne s'était jamais présentée. Aucun homme ne m'a jamais… autant bouleversé que toi. Donc tu comprendras qu'il est logique que je me sois senti hétéro à cent pour cent. Et puis, tu es arrivé, tu es devenu mon ami, tu m'as offert ce qui manquait à ma vie – de l'adrénaline, une présence à mes côtés –, tu m'as donné des sueurs froides, je t'ai détesté pour ça, puis tout a fini par rentrer dans l'ordre. Enfin, presque, bien sûr, ajouta-t-il en voyant le détective ouvrir la bouche pour répliquer. Mais tout ce que nous avons traversé a fini par m'ouvrir les yeux. Tu étais là depuis le départ, je cherchais l'amour je ne sais où, n'importe où en fait (il eut un petit sourire, pensant probablement à Linda), et tu n'étais jamais d'accord, d'ailleurs. Tu as eu raison, en fait, de bousiller systématiquement tous mes rendez-vous amoureux. Parce que ce que je cherchais ne se trouvait pas de l'autre côté d'une table de restaurant ou à côté de moi sur un siège de cinéma, ni même à un cirque chinois sur la désastreuse recommandation de nous-savons-qui (Sherlock dut réprimer une effusion de joie en comprenant le sous-entendu exit Sarah). Non, ce que je cherchais était sous mes yeux depuis le début. J'étais juste trop benêt pour le voir. Et la façon dont tout cela s'est démêlé hier était dans la continuité des choses. La nuit que nous avons passée était fantastique et c'est la meilleure que j'ai eue depuis très longtemps. Et ce n'est pas quelques douleurs passagères qui vont me faire changer d'avis. Donc non, pour répondre à ta question, je ne regrette pas.

Sherlock resta bouche bée, trop stupéfait pour parler. Il ne s'attendait pas à cela. Ça faisait beaucoup trop de choses gentilles à la fois. Alors il se contenta de mettre son cerveau en pause et de contempler le visage du médecin qui, au vu du mouvement de ses lèvres, était sans doute en train de prononcer son nom. D'ailleurs, le blond dut devenir vraiment inquiet puisqu'il finit par attraper le détective par les épaules.

- Sherlock, tu es sûr que ça va ?

Le détective s'ébroua brièvement. Ses paupières tombèrent légèrement. Il sourit. Il ne savait pas de quoi il avait l'air en cet instant, mais ça ne devait pas être très glorieux pour son amour-propre. D'ailleurs, son expression était en train contaminer John qui, rassuré, le regardait avec une tendresse non dissimulée. Et Sherlock trouva merveilleux de voir son amour reflété dans les yeux de quelqu'un.

- Ça ne peut pas aller mieux, répondit-il d'une voix rauque.

Il attira les lèvres de John aux siennes.