Coucou tout le monde !

Nos deux tourtereaux sont heureux et savourent leur bonheur ^.^ J'espère que le chapitre précédent aura été mignon. Mais attention, les problèmes reprennent ! Et l'histoire n'est pas finie :D

Oh la la j'approche des 100 reviews, je ferai un énorme bisou virtuel à qui passera le compteur à 3 chiffres !

Merci à Mimi Kitsune et Animevivie pour leur review !

Animevivie : je suis contente que tu les aies trouvés chous :D et oui, il y aura d'autres scènes comme celles-ci, à commencer dans ce chapitre !

Bonne lecture !

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Le Fléau : Chapitre 32

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John quitta peu l'appartement, les jours qui suivirent. L'ancien soldat éprouvait l'envie de rester en compagnie de Sherlock. A présent qu'ils étaient ensemble, il n'avait plus à éviter de le dévorer des yeux, surtout que Sherlock lui paraissait encore plus beau que lors de la soirée où ils avaient conclu. Maudites hormones. Il pouvait aussi passer près de lui en lui effleurant les cheveux ou le bras, parce qu'il savait désormais que Sherlock ne dédaignait plus ces contacts. Il pouvait l'embrasser quand il le voulait, ou presque, c'est-à-dire quand Sherlock n'était pas occupé par une enquête ou par une expérience. Le détective prétendait que cela le déconcentrait, et à juste titre, si John en croyait les regards furtifs que le brun lui lançait. Alors il prenait sur lui et respectait cela. Et surtout, ils pouvaient coucher ensemble quand ils le désiraient. Laisser libre cours à leurs envies. John se rendait compte à présent de la façon dont il s'était retenu pendant tout ce temps. C'était compréhensible dans le sens où il n'était pas prêt, mais il ne pouvait s'empêcher de considérer que c'était une perte de temps. Qu'il fallait à tout prix rattraper. Alors, dès que John fut à nouveau d'attaque, ils remirent ça. Et ce fut aussi extraordinaire que la première fois. John demanda, et Sherlock ne se fit pas prier. Ils eurent tout juste le temps d'arriver à la chambre. Ils se déshabillèrent à la hâte et John se retrouva nu comme un ver sans qu'il ne sache comment. Il soupçonnait Sherlock de prendre un malin plaisir à lui arracher ses vêtements. Le détective, qui se souvenait sans doute de ses gestes un peu rudes de l'autre fois, s'efforça de ménager son ami mais ce dernier lui fit savoir qu'il n'était pas en sucre. Et le détective ne fut pas violent. Il maîtrisa ses gestes. Il allongea John sur le ventre et le prit ainsi. Le médecin eut mal, certes, mais trouva que cette façon était encore meilleure. Il aima la manière dont Sherlock appuyait ses jambes derrière les siennes, celle dont il agrippait possessivement sa poitrine et enfin comment son corps enveloppait tout le sien, l'épousant à la perfection. Sherlock était partout autour de lui, lui embrassant le cou, le dos, les omoplates, et son odeur l'affolait. Quand le détective se laissa retomber sur le matelas, à côté de lui, John resta un moment à admirer son visage et ses yeux clos, accablé par le plaisir. Il se sentait heureux de partager la même perdition que le détective. Puis une révélation lui vint.

- C'est pour ça que tu es autant accro à mon sang, haleta-t-il. Parce que tu tiens à moi. Non, parce que tu es amoureux de moi. Le sang… l'amour… c'est proportionnel.

Le brun ouvrit les yeux.

- Oui, je sais.

John se cala contre lui.

- C'est pour cela qu'il faut que je reste vigilant, ajouta le brun. Il ne fait pas bon d'être aimé par une personne comme moi.

Au final, il s'avéra que Sherlock était tout à fait capable de respecter la frontière sexe / sang. A chaque fois qu'ils couchèrent ensemble, il ne montra plus la moindre envie de boire le sang de John. Il se laissait parfois un peu emporter par sa force, mais cela restait dans la limite du raisonnable. John pouvait bien encaisser quelques hématomes si c'était pour obtenir un tel plaisir en retour.

Néanmoins, donner son sang à Sherlock était devenu une autre histoire. A présent qu'ils étaient ensemble, le détective lui avait fait part de ses inquiétudes en lui disant qu'il ne pouvait plus le voir de la même manière. Et que cela pouvait influer sur sa capacité à se contrôler.

- Tu n'as qu'à imaginer que je suis Anderson, suggéra le médecin.

Le détective avait répondu par une grimace. Mais comme cette fois-ci s'était bien passée, John en avait conclu qu'il avait peut-être écouté son conseil.

Un soir, ils furent appelés par Lestrade pour un meurtre à la gare de Waterloo. L'enquête fut vite démêlée. A la sortie de la gare, Sherlock était sur le point de héler un taxi lorsque John insista pour se promener à Southbank, au bord de la Tamise. Sherlock ne comprenait pas l'intérêt de marcher alors qu'ils pouvaient être rentrés beaucoup plus vite en voiture mais John finit par avoir gain de cause. Ils atteignirent la large promenade, assez peu fréquentée en raison de l'heure tardive. Ils passèrent au pied du London Eye, longèrent les restaurants et le skatepark recouvert de tags où ils avaient enquêté sur l'affaire du banquier aveugle. Sherlock, un peu bougon, s'adoucit quand John lui prit la main. Le médecin s'en fichait que les gens les voient comme ça. Il était heureux, un point c'est tout.

- C'est ce que les couples font, ça ? hasarda le détective.

- Bien vu, salua le blond.

Ils croisèrent un groupe de jeunes bruyants, sans doute un peu alcoolisés.

- Cela veut donc dire que nous sommes… un couple ? déduisit le brun.

Le médecin leva la tête vers lui et lui sourit chaleureusement.

- Oui, Sherlock.

Il serra davantage la main de Sherlock, la caressant de son pouce.

- Ça te convient ? demanda le blond.

Le détective haussa les épaules et prit un faux air détaché.

- Tant que je suis avec toi, tout me va.

Le médecin pouffa. Bien sûr que ça lui allait.

Ils prirent le pont de Waterloo et John s'accouda au garde-fou. Il resta un moment à contempler les flots noirs. Le London Eye était éclairé de feux changeants et, plus loin, il distinguait le Parlement et le Big Ben. Une pleine lune brillait et se reflétait sur la Tamise. La ville était belle, la nuit. Il songea avec amertume que, la dernière fois qu'il l'avait admirée ainsi, il était dans un hélicoptère, se rongeant les sangs à l'idée que Sherlock se suicide. Et pourtant, maintenant, Sherlock était à côté de lui, bien vivant. Heureusement, il avait réussi son coup.

Il contempla son ami, qui s'était résigné à l'attendre. Il fixait l'horizon, lui aussi. Et si… ?

- Tu ne voulais pas vraiment te suicider, hein ? demanda soudain le blond.

Le détective eut un air d'incompréhension, trop sincère pour ne pas être vrai.

- Et pourquoi ça ?

- Pas consciemment, du moins, continua le médecin. Si tu avais voulu le faire tranquillement, tu m'aurais hypnotisé dès l'instant où j'avais vu cette foutue publicité tomber de ta poche. Et tu aurais persuadé la réceptionniste de retirer l'affiche du couloir pour ne pas que je la voie. Je n'ai pas tes capacités de déduction mais je dirais que, quelque part, tu voulais être sauvé.

Le détective sembla captivé pendant quelques instants, sans doute surpris d'apprendre de la bouche de John quelque chose qui lui avait lui-même échappé. Bim, le médecin avait tapé dans le mille. Puis, dans un élan de fierté, le détective se ressaisit.

- Et qu'est-ce que ça change ? demanda-t-il.

- Beaucoup de choses, dit le blond avec tendresse.

Il l'attira vers lui et l'embrassa doucement. Il joua avec ses lèvres, froides et dociles. Puis il se recula, admirant le changement d'expression de Sherlock. Il n'y avait plus aucune trace d'orgueil sur son visage. Juste cet air envoûté, qui apparaissait très souvent en ce moment quand il regardait John. Et ces lèvres légèrement entrouvertes que le médecin avait envie d'attraper de nouveau, aussitôt que possible.

- Je t'aime, dit simplement le blond.

Charmé, Sherlock, était en train de se pencher sur John lorsqu'il s'arrêta net. Et pour cause : il fut happé en arrière.

Il retomba lourdement sur le sol, un peu plus loin, et quelque chose vint le recouvrir. Quelque chose de vivant. Qui grognait. Comme une bête. Les deux êtres luttèrent. John ne distinguait pas grand-chose : leurs mouvements étaient rapides et le lampadaire le plus proche était en panne. Il effleura son pistolet dans sa poche mais renonça à s'en servir. Il ne le ferait pas tant que les deux combattants seraient au corps à corps. Sherlock réussit à s'extraire de l'emprise de son adversaire et lui donna un coup de poing, qui l'expédia à quelques mètres de John. Et le médecin vit de quoi il s'agissait.

Un corps massif et poilu. Des oreilles pointues. Une queue touffue. Deux yeux jaunes. Des griffes acérées, de la taille d'un doigt. Et… des crocs, alors que la bête se relevait et hurlait devant la pleine lune.

Elle se tenait sur deux pattes, un peu comme un homme, mais avait le physique d'un gros chien. Non d'un loup. A la différence qu'elle faisait au moins la taille de John.

La bête aperçut John, qui était tétanisé. Il tenait à présent son pistolet braqué sur elle, mais il était incapable de tirer. Il ne savait pas de quoi il s'agissait et cela le perturbait. La tension s'accrut. Finalement, la bête se contenta de le fixer d'un air mauvais, avant de se retourner pour bloquer l'assaut de Sherlock.

Une lutte s'ensuivit. La bête grondait comme un fauve et ses mâchoires se refermaient dans le vide, à quelques centimètres du visage de Sherlock. Le détective avait toutes les peines du monde à le maintenir éloigné de lui. Cela médusait John. A part avec Moriarty et avec les Westwood, il n'avait jamais vu son ami en difficulté. Ce truc devait avoir une force colossale. Et devait être aussi surnaturel que Sherlock.

John s'ébroua. Ce n'était pas le moment de spéculer ! Où était le soldat, merde ?! Les deux adversaires étaient immobiles, engagés dans un bras de fer. C'était le moment.

Il tira une balle dans le mollet du fauve qui, surpris, relâcha sa prise en couinant. L'animal retomba à quatre pattes et prit la fuite. John ne put lui tirer qu'une seule fois avant qu'elle ne s'éloigne trop. Ils étaient en ville et une balle était vite perdue.

- On y va, John ! cria Sherlock.

Ils s'élancèrent à la poursuite du monstre. Parvenue à l'autre bout du pont, la bête tourna au coin d'un immeuble. Le temps qu'il y arrivent, elle avait disparu.

Ils balayèrent la rue du regard, mais il n'y avait que des passants. Un mendiant faisait la manche, dans l'ombre d'un porche.

- Putain, c'était quoi, ça ?! s'exclama John, à bout de souffle.

Sherlock secoua la tête et sortit son téléphone.

- Mycroft, je suis au Pont de Waterloo avec John. On a été attaqué par un animal. Une sorte de gros chien, bipède. John l'a blessé à la jambe gauche. On l'a perdu au niveau de Victoria Embankment.

Alors que Sherlock tentait de convaincre Mycroft qu'il ne se fichait pas lui, John reprenait son souffle et essayait de se calmer. Ils venaient d'être attaqués par une créature tout droit sortie d'un film d'horreur. Et ce n'était pas un vampire. Se pouvait-il qu'il y en ait… d'autres ?

Sherlock raccrocha.

- Mycroft envoie des hommes quadriller le secteur, déclara-t-il. On n'a plus rien à faire ici.

- Bien.

Ils rentrèrent en taxi. John se sentit un peu mieux dans la chaleur de l'habitacle, mais s'attendait à voir ressurgir le monstre à chaque coin de rue.

- Je réitère ma question, Sherlock. Est-ce que tu as la moindre idée de ce que c'est ?

- Non, je ne sais pas.

- Moriarty t'a-t-il parlé de créatures de ce genre ?

Sherlock secoua la tête.

- Il n'a parlé que des vampires, et pas assez à mon goût.

John soupira.

- Quoi que ce puisse être, il en avait après toi, constata-t-il.

- Je ne me souviens pas m'en être pris à une meute de loups, récemment, avança le détective d'un air détaché.

- Ou peut-être a-t-il été envoyé par quelqu'un ?

- Je n'exerce pas une profession où je me fais beaucoup d'amis. Donc oui, c'est possible.

Sherlock tourna la tête vers lui.

- Par contre, toi, tu ne l'intéressais pas le moins du monde, dit-il. Il a eu l'occasion de te sauter dessus deux fois, mais il ne l'a pas fait.

Le détective fronça les sourcils et s'appuya sur la vitre. Il semblait sur le point de dire quelque chose, mais changea d'avis.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda le blond.

Sherlock hésita, pensif.

- J'ai déjà senti son odeur quelque part, dit-il.

John l'interrogea, mais le détective semblait trop incertain pour avancer quoi que ce soit.

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Les recherches de Mycroft ne menèrent nulle part, selon ses dires. Le monstre semblait s'être volatilisé. Cela étonnait le médecin, étant donné qu'il était blessé. Où avait-il pu se réfugier ? Un monstre de cette envergure ne pouvait passer inaperçu ! Pourtant, personne n'avait rien vu, dans les environs de Victoria Embankment. Seuls les automobilistes qui passaient sur le point au moment de l'agression avaient témoigné. Non, il devait avoir un complice, c'était sûr. Sherlock avait prélevé trois poils de la bête sur son manteau et les avait envoyés pour analyse. Les résultats tardaient. Ils en étaient là.

John reprit le travail. Les rendez-vous s'enchaînaient, l'occupant de manière certaine, mais il ne pouvait s'empêcher de penser constamment à Sherlock. Si la bête s'était attaquée à lui, elle pouvait très bien recommencer. Et John le redoutait. Sherlock était fort, mais le monstre était doté de griffes et de crocs, et semblait aussi puissant que lui, sinon plus. Alors John avait peur de recevoir un coup de fil de mauvais augure ou de pousser la porte de Baker Street et de découvrir le corps déchiqueté de Sherlock sur le parquet. Il en avait rêvé, une nuit. Depuis, la vision d'horreur ne le quittait plus. Il fallait aussi dire que qu'il ne s'était jamais vraiment remis du faux suicide de Sherlock et de son crâne explosé sur le trottoir. Alors son inconscient faisait le reste, travaillant beaucoup plus qu'il ne devait.

- Il ne peut pas me tuer, John, je suis déjà mort, avait fanfaronné un jour le détective pour rassurer le blond.

Mais John voyait bien qu'il n'était pas complètement serein.

Un jour, alors que John sortait de la clinique, une berline noire s'arrêta le long du trottoir où il marchait. Le chauffeur descendit et ouvrit la porte arrière. Mycroft sortit de l'habitacle.

- Des nouvelles qui valent le coup que vous vous déplaciez ?

- Oui, quelques-unes, répondit l'homme d'Etat avec son sourire de façade.

Le trajet se déroula en silence. Ils s'arrêtèrent devant un bâtiment que John connaissait pour être le lieu de détention d'Alexander. Trois blocs gris, dépourvus d'écriteau indiquant leur fonction. La discrétion devait être de mise. John se demandait si le Hongrois se trouvait toujours là, étant donné qu'il était guéri et qu'il n'avait plus besoin de toute cette armada de protection. Peut-être avait-il été transféré dans une prison ordinaire. En tout cas, ils prirent la direction de sa cellule.

- Nous l'avons attrapé, annonça soudain Mycroft.

- Quoi, la créature de l'autre soir ? demanda John, stupéfait.

Mycroft opina.

Des agents déverrouillèrent la double porte blindée et les précédèrent à l'intérieur de la pièce.

Au milieu de la salle ne se tenait pas le fauve monstrueux qui l'avait attaqué. Mais une silhouette fine, répondant au nom de Sarah Sawyer.

La jeune femme était attachée sur le fauteuil, qui était différent de celui d'Alexander. Celui-là était intégralement en métal et les membres de Sarah était retenus par des attaches du même matériau.

- John ! fit-elle, apparemment soulagée de voir le médecin.

Le médecin se tourna vers Mycroft, furibond.

- Qu'est-ce que ça veut dire ? fulmina-t-il. Dites-moi ce qu'elle a fait pour être internée ici.

Mycroft exécuta quelques pas, faisant danser son parapluie.

- Mademoiselle Sarah Sawyer n'est pas une personne ordinaire comme vous et moi. Elle est ce que l'on connaît sous le nom de lycanthrope, ou de loup-garou, si vous préférez.

Le visage de John se décomposa.

- C'est une blague ? s'exclama-t-il, incrédule.

- Je ne me permettrais pas. Mademoiselle Sawyer est non seulement une créature surnaturelle, mais c'est aussi elle qui vous a attaquée, l'autre soir. Son ADN et celui des poils retrouvés sur le manteau de Sherlock correspondent.

John secoua la tête.

- Non, ce n'est pas possible. Je connais Sarah. Elle est tout à fait normale. Et elle n'aurait jamais fait ça.

- La connaissez-vous aussi bien que Sherlock ? s'enquit le ministre.

Le médecin s'apprêtait à répondre que non et que ça n'avait pas d'importance parce que… Mais il se ravisa. Il réalisa soudain que Mycroft n'avait pas tort. Que savait-il de Sarah, au juste ? Il l'avait rencontrée à un entretien de recrutement, avait travaillé quelques temps sous ses ordres, était sorti avec elle quelques fois. Mais c'était tout. Il n'avait jamais vraiment partagé son intimité. Ah, et elle était partie quelques temps en Hongrie pour régler des problèmes de famille. Et John percuta. En Hongrie, vraiment ?!

Il regarda la jeune femme, un peu plus loin, qui semblait sur le point de fondre en larmes.

- C'est vrai, Sarah ? demanda-t-il.

Elle ne lui répondit pas, un air d'excuse sur le visage.

Le médecin souffla. Bon sang, ça faisait trop d'un coup. Un, les loups-garous existaient. Deux, Sarah en était un. Trois, elle avait tenté de tuer Sherlock. Depuis quand son existence était-elle devenue aussi chaotique ?

- Mademoiselle Sawyer nous a livré quelques informations sur sa véritable nature, poursuivit Mycroft face au silence de John. Elle est capable de se transformer en hybride de loup à n'importe quel moment, mais elle est dans sa meilleure forme à la pleine lune, période à laquelle elle vous a attaqués. Quand elle se transforme, elle se retrouve dotée d'une force considérable et dispose de griffes et de crocs trois fois plus grands que ceux d'un loup normal. Mais elle garde manifestement sa lucidité et donc le contrôle d'elle-même. Et elle peut transformer n'importe qui en quelqu'un comme elle d'une simple morsure, si elle ne décide pas de tuer sa victime avant. Nous avons croisé ces informations avec celles des autorités hongroises et elles se sont avérées justes.

- Et sa jambe ? intervint le médecin. Est-elle blessée ? Je vous rappelle que je lui ai tiré dessus.

- Non, mais il semblerait qu'elle ait d'étonnantes capacités de guérison. Quand nous l'avons capturée, nous avons dû la blesser et lui injecter des doses spectaculaires de sédatif, pourtant elle ne présentait aucune cicatrice moins d'une heure après. Vous voulez une démonstration ?

- Non… ça ira, je vous crois, répondit le médecin.

Si un vampire comme Sherlock pouvait cicatriser, alors pourquoi pas un loup-garou ? Et il répugnait à ce qu'on fasse du mal à Sarah.

- C'est incroyable, incroyable… marmonnait le médecin.

- Je suis autant sidéré que vous, répondit Mycroft avec flegme.

- Tout cela existe, et pourtant personne n'est au courant ! Nous sommes au XXIe siècle, merde ! Il y a des médias et des réseaux sociaux ! Comment tout cela a-t-il pu passer inaperçu ?

- Parce que les vampires et les loups-garous préfèrent se cacher pour survivre et parce que les gouvernements ne veulent ni d'une panique collective, ni d'une guérilla qui pourrait tourner en guerre, répondit patiemment le ministre.

Le médecin eut un geste conciliant de la tête. Il n'avait pas poussé la réflexion jusque-là. Ça se tenait.

- D'accord, accepta-t-il. Ces choses existent, admettons. Vous avez capturé Sarah, mon amie qui est en fait un loup-garou et qui a failli tuer Sherlock. Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ?

Cette situation ne lui plaisait vraiment pas. D'une part, il se sentait trahi et d'autre, connaissant le soin de Mycroft à veiller sur son frère, Sarah risquait de passer la fin de ses jours entre quatre murs. Rien de bon ne sortirait définitivement de tout cela.

L'homme d'Etat s'avança vers lui, affublé d'un petit sourire retors.

- Il ne faut pas voir Sarah comme un problème, John, mais comme une solution.

L'ancien soldat secoua la tête, perdu.

- Je vous ai dit tout à l'heure que les loups-garous se régénèrent particulièrement bien, poursuivit Mycroft. Ils cicatrisent vite et sont résistants aux sédatifs, comme la morphine, vous l'avez deviné. Donc la solution est la suivante.

Le ministre se pencha sur le médecin.

- Si Sarah vous mord, elle fera de vous quelqu'un comme elle et votre corps deviendra capable de nourrir Sherlock sur du long terme, sans en souffrir et en évitant les effets collatéraux de la morphine.

John fit un pas un arrière, médusé. C'était donc ça, la solution ? Ils avaient misé toutes leurs espérances sur l'antidote, ils s'étaient effondrés quand la substance avait été perdue, mais en réalité, il y avait un autre recours ? John n'en revenait pas. Une bouffée d'excitation montait en lui. Mais il ne devait pas s'emballer trop vite.

- Quels seront les effets indésirables ? demanda-t-il.

- Il ne vous arrivera rien jusqu'à la prochaine pleine lune, mais là, vous deviendrez incontrôlable. Vous ne pourrez pas vous maîtriser les premiers temps pendant cette période. A l'aube, votre corps redeviendra normal mais il se peut que vous ayez oublié tout ce que vous avez fait pendant la nuit. Cela nécessitera donc que nous vous enfermions pour garantir la sécurité de la population et la vôtre. La maîtrise de vous-même viendra au bout de quelques mois. Vous pourrez alors vous transformer à souhait, n'importe quand, même le jour. Le reste du temps, vous pourrez continuer à avoir une vie normale, mais en beaucoup mieux : vous aurez un organisme et un système immunitaire plus résistants ainsi que des sens plus développés. Oh, et vous présenterez un intérêt plus prononcé pour la viande.

- Et quelles sont les chances de réussites ? Ou que j'y passe ?

- Pratiquement certaines. Si vous avez été fort pour nourrir un vampire jusqu'à présent, vous survivrez.

John réfléchissait à tout allure. Il était extrêmement tenté d'accepter.

- Laissez-moi y réfléchir. Il faut que j'en parle à Sherlock.

- Pourquoi pensez-vous qu'il n'est pas convié à cette entrevue ? dit Mycroft d'un ton sec.

John fronça les sourcils :

- Il n'a pas son mot à dire ?

- Malheureusement non. Que pensez-vous qu'il vous répondra, si vous lui posez la question ? Il ne voudra pas que vous vous transformiez en monstre pour lui, avec tout le respect que je vous dois, Mademoiselle Sawyer, ajouta le ministre avec un sourire mielleux, sous le regard noir de l'intéressée. Sherlock a déjà tué plusieurs personnes et s'en veut pour cela. Il ne voudra pas la même chose pour vous.

- Mais si vous m'enfermez les soirs de pleine lune, il n'y a aucune raison que ça dérape ?

Mycroft l'étudia pendant quelques instants.

- Non, évidemment.

L'homme d'Etat semblait presque sceptique.

John sentait qu'il craignait que Sherlock ne s'interpose et tue dans l'œuf la seule solution dont ils disposaient. Le médecin n'oubliait pas que le ministre voulait résoudre le problème de Sherlock, et non le sien. John n'était rien pour Mycroft mais, par contre, il représentait tout pour Sherlock. Que serait Sherlock Holmes sans John Watson ? On voyait ce que cela avait donné, avec le feu de joie de Guy Fawkes. Non, Mycroft agissait pour Sherlock et pour Sherlock seul, et de toute façon, cela convenait parfaitement à John.

- Vous n'avez pas besoin de Sherlock pour prendre votre décision, dit le ministre. Vous voulez nourrir Sherlock mais cela ne vous sera pas possible indéfiniment avec un corps d'être humain normal. Jusque-là, vous n'avez pas voulu y penser car vous n'aviez pas de plan B et parce que vous aviez trop foi en vos capacités. Mais votre corps finira par lâcher, un jour, vous ne pouvez le nier en tant que médecin. Alors prévenez cela : améliorez-le.

John serra les mâchoires. Il ne pouvait que donner raison à l'homme d'Etat. Il devait le faire. Pour Sherlock.

- D'accord, j'accepte.

Mycroft eut un hochement de tête satisfait.

Il fit quelques pas vers Sarah, qui avait suivi attentivement la conversation.

- Sarah, est-ce que tu accepteras de faire ça pour moi ?

La jeune femme eut un regard dur pour lui.

- La première solution avait été que je tue Sherlock, dit-elle. Cela aurait résolu le problème à la source. Mais tu t'es interposé et tu as fait ton choix. Alors il ne reste plus que la solution B. J'accepte.

Mycroft rejoignit le médecin.

- Quand voulez-vous faire ça ? demanda-t-il.

- Immédiatement.

L'homme d'Etat parut légèrement surpris mais ne le contredit pas.

- Si Sherlock me voit rentrer avec la tête ailleurs, il va deviner que quelque chose cloche et il va tout faire pour me faire cracher le morceau. Faisons ça aussitôt que possible.

Mycroft respecta sa décision et ordonna à tout le monde de sortir.

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John se retrouva seul avec Sarah. Il était un peu inquiet quant à la suite, mais il n'avait pas le choix. Sherlock passait avant tout. Il y eut un bruit mécanique, et les attaches retenant les bras et les jambes de Sarah se déverrouillèrent. Elle se leva en se frottant les poignets. John avança vers elle, prudemment.

- Tu es sûr que tu veux le faire ? demanda la jeune femme. Il n'y aura pas de retour en arrière possible. On ne guérit pas de ça.

- Oui, j'en suis sûr.

Sarah hocha la tête.

- C'est donc lui que tu as choisi ? demanda-t-elle.

John se gratta la tête, un peu mal à l'aise. Sarah devait être au courant de leur relation, puisqu'ils étaient en train de s'embrasser quand elle avait sauté sur Sherlock. Cela embarrassait John, qui lui avait autrefois fait des avances.

- Oui. On ne peut pas vivre l'un sans l'autre. On l'a constaté à plusieurs reprises, à nos dépens. Et je pense que tu le sais, toi aussi.

Sarah ne répondit pas, la mine sombre. Oui, elle le savait.

John s'approcha d'elle, posant une main sur son épaule.

- Alors si… quand Mycroft te relâchera, rectifia-t-il, n'essaie plus de t'en prendre à Sherlock. Parce que ce sera toujours lui que je choisirai.

Sarah déglutit.

- Fais-moi en la promesse, demanda le médecin.

- Tu es exigeant, remarqua la jeune femme.

- S'il te plaît.

La jeune femme soupira. John remarqua que des cernes soulignaient ses yeux et qu'elle avait l'air fatigué.

- Je te le promets, dit-elle.

- Merci.

Il espérait que les paroles de la jeune femme pèseraient en sa faveur puisqu'elles parviendraient forcément aux oreilles de Mycroft, rivé derrière son écran de contrôle. Mais il ne fallait pas non plus sous-estimer la prévoyance de l'homme d'Etat à l'égard de son frère.

Mais John verrait tout ça plus tard. Il déboutonna sa chemise et la laissa tomber sur le sol.

- OK. Vas-y.

Sarah se redressa.

- Tu risques d'avoir un peu peur, dit-elle. Et mal.

Sa voix termina sur une note grave inhabituelle.

Mais déjà, son corps se transformait. Ses membres s'agrandissaient, déchirant ses vêtements, dévoilant une peau blanche qui se couvrait peu à peu de poils. Son visage fin s'allongeait, son nez fut remplacé par une truffe noire et ses yeux bleus par deux brasiers jaunes qui fixaient avec intérêt le médecin. Et la créature de l'autre jour réapparut. Mais en plus distincte. Il ne restait nulle trace de la jeune femme que John avait un jour invitée au cirque. Devant lui se tenait une bête à la fourrure blonde tirant sur le roux, comme l'étaient ses cheveux quelques secondes auparavant. Et qui montrait les crocs.

Une seconde, John se demanda s'il avait pris la bonne décision et si la créature n'allait pas le déchiqueter sur place.

Le loup-garou rugit, faisant tressaillir l'ancien soldat.

Son cœur s'emballait, martelant sa poitrine. La bête s'avança lentement vers lui. Chaque pas qu'elle faisait vers lui était une vision d'horreur, tant par la taille de ses griffes que par la courbure de ses membres inférieurs, à mi-chemin entre une patte de canidé et une jambe humaine. Il avait l'impression que le sol tremblait sous elle tant elle était massive. Ses crocs exhibés luisaient de salive et, à côté, ceux de Sherlock ressemblaient à des cure-dents.

John eut un énorme doute. Non, Sarah ne pouvait avoir le contrôle de cette bête. La jeune femme était beaucoup trop douce pour cela. Ce monstre n'était pas Sarah et n'avait aucun scrupule. Elle avait faim et John était de la viande facile, c'était tout.

Alors le médecin hurla et prit ses jambes à son cou.

Mais la bête ne lui laissa pas l'occasion d'aller plus loin.