Hello les gens !
Toutes mes excuses de ne pas avoir publié la semaine dernière mais il a fallu que je rattrape mon retard (et vous savez quoi, ce n'est pas fait xD). Bref je suis occupée et pas très inspirée en ce moment, donc je pense que je vais adopter un rythme de publication de quinze jours. Après, je vais peut-être avoir un rebond d'inspiration et recommencer à publier toutes les semaines, qui sait ^.^
Programme de ce jour : de l'ACTION et un peu (ou beaucoup, vous jugerez xD) de gore !
Merci à Avril, Animevivie, Mimi Kitsune et Liseron pour leur review !
Avril : c'est super bien résumé, mon histoire est chouette en fait :D Ne t'inquiète pas, Mycroft garde Sarah au chaud.
Animevivie : tu as raison, tous ces éléments vont faire un petit cocktail (Molotov !)
Liseron : je suis ravie que tu continues à lire mon histoire, enjoy ^.^
Guest : je ne sais pas ce que tu as voulu me dire mais je pense que c'est du bien ;D
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Le Fléau : Chapitre 34
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John ne l'avait pas encore dit à Sherlock. Non pas qu'il ne le voulait pas. D'ailleurs, ce serait plutôt logique de dire à son petit copain qu'on était devenu une créature surnaturelle pour lui. Mais il n'y arrivait pas. Il savait que Sherlock se mettrait en colère, ce qui serait parfaitement justifié puisque le médecin n'avait pas daigné lui demander son avis. Mais John ne se sentait pas d'affronter cela. Pour une fois dans sa vie, il était lâche et n'arrivait pas à l'assumer. Alors il laissait couler, attendant une occasion propice sans volonté.
Pour sa défense, Sherlock ne l'aidait pas non plus. Le détective lui offrait certes de formidables moments de réconfort et de plaisir mais, en-dehors de cela, il restait focalisé sur l'enquête. Il explorait toutes les pistes possibles et se montrait souvent sourd quand John lui parlait. Alors non, ce n'était pas facile de lui avouer une chose aussi grosse.
Les jours passèrent. John oubliait presque qu'il avait été mordu par un loup-garou et qu'il était en train d'en devenir un, tant il se portait bien. La blessure avait complètement disparu, ne laissant aucune cicatrice. Son organisme ne semblait en garder aucune séquelle et, au contraire, il se sentait plutôt en forme. Mais ce n'était qu'un leurre : John n'oubliait pas qu'à la pleine lune, sa vie changerait définitivement.
Moran ne donna pas signe de vie pendant un bon moment. John en profita pour voir avec Mycroft comment ils pourraient vaincre ce monstre, ou plutôt ces monstres puisque Sherlock pensait qu'il y en avait deux en liberté. L'homme d'Etat s'était renseigné. Il s'avérait que les loups-garous étaient vulnérables aux balles en argent, comme le disait le folklore. Ça ne les tuait pas, mais cela les ralentissait considérablement. Pour s'en débarrasser, il fallait les décapiter. Le cas de Moran était un peu différent : il avait été identifié comme un tigre-garou, une espèce qui n'avait rien d'européenne et sur laquelle ils disposaient de très peu d'informations. L'espèce étant très présente dans le folklore de Malaisie, le major devait avoir « attrapé » ça lors de son service au Brunei. Mais les informations se rapportant à cette créature restaient ce qu'elles étaient : de la superstition, et Mycroft ne disposait pas de données exploitables les concernant. Il tablait donc sur le fait que les tigres-garous étaient une sorte de mutation des loups-garous et qu'ils étaient sans doute vulnérables aux mêmes éléments.
- Au moins, on sait qu'il faut leur couper la tête, avait soupiré John, sans enthousiasme.
Comme si ça allait être facile.
Le ministre leur avait fait livrer des pistolets avec les balles adéquates. Le médecin avait soupesé les munitions dans sa main, l'air pensif. Il allait donc devenir vulnérable à ça ? Pourtant, le métal ne lui irritait pas la main et il trouvait même son éclat beau. Étonnant.
En tout, quinze jours s'écoulèrent jusqu'au prochain meurtre.
Ce fut Sherlock qui prit l'appel de Lestrade. Le détective échangea quelques mots, avant d'attraper son écharpe.
- Moran a encore frappé. Un avocat, à Hyde Park. Démembré également. Il nous a prévenu que c'était encore plus gore que le premier meurtre et qu'il ne nous en voudrait pas si on ne venait pas sur place mais je lui ai répondu que cela ne me posait pas problème et qu'à partir de maintenant, comme tu es officiellement le prochain sur la liste de Moran, je ne peux plus te laisser seul, tu viens avec moi.
John leva les yeux au ciel.
- Je vois que je n'ai pas le choix.
Ils arrivèrent quinze minutes plus tard à Hyde Park. La police avait fait fermer toutes les issues et un agent les escorta sur les lieux du crime. Il s'agissait d'un petit bosquet que John aurait trouvé charmant en d'autres circonstances. Parce que là, ce serait bien le dernier mot qui lui serait venu à l'esprit. Des morceaux de corps humains étaient dispersés sur l'allée et entre les arbres. Et ce n'était pas juste des membres. Le travail avait été bien plus poussé que la dernière fois. John reconnut une main, un orteil, une oreille, un morceau de bras, un œil, un genou d'où saillait un bout d'os, un moignon sanglant qui devait être une cheville, un doigt et… un nez. Il y avait aussi bien entendu du sang partout et des viscères qui traînaient par-ci par-là, ainsi que des organes vaguement reconnaissables, même pour John. Et une matière un peu grise voire blanchâtre… de la cervelle.
Heureusement qu'ils étaient en plein air, sinon John aurait été capable de vomir. Ce mec était vraiment un taré. On aurait dit que le pauvre homme avait été passé dans une broyeuse tellement le cadavre était méconnaissable.
- C'est de l'acharnement, lâcha le médecin. Je n'ai pas d'autres mots.
- Je suis d'accord avec vous, dit Lestrade en s'approchant. Et il est fort possible que ce soit signé Moran puisque nous avons retrouvé ça dans la main de la victime.
Il leur tendit deux sachets en plastique refermant une enveloppe en papier et deux pépins de fruit.
- Cet homme s'appelle Vince Lee. Quarante-sept ans, avocat. Il travaillait dans un cabinet, dans le quartier. Comme le parc est très fréquenté de jour, cela a dû se passer cette nuit. C'est une dame qui promenait son chien qui l'a découvert ce matin. Et vous savez quoi ? Elle a vu le tueur !
Sherlock, qui venait de faire rapidement le tour des morceaux humains, leva la tête vers Lestrade, intéressé.
- Vraiment ? Je veux lui parler.
- Bien sûr. Il s'agit de la dame qui discute avec mes collègues, Ruth Cavendish.
Le DI désigna une femme d'une soixantaine d'années un peu plus loin. Recouverte d'une couverture de survie, elle s'entretenait vivement avec les policiers qui prenaient sa déposition.
- Elle est un peu secouée, prévint le DI. Tout ce qu'elle raconte n'est pas très… cohérent.
- Les détails sont encore clairs dans sa tête, c'est parfait, dit Sherlock.
- Elle dit que le tueur était un tigre qui s'est transformé en humain, c'est à dormir debout !
Sherlock et John se regardèrent.
- Rassurez-moi, vous n'allez pas la croire ? grimaça le policier.
- On ne perd rien à écouter ce qu'elle dit, répliqua Sherlock.
Les deux amis s'approchèrent de la femme qui ne semblait pas perdre en volubilité.
- Bonjour, Madame Cavendish, apparemment vous avez été témoin d'un évènement incroyable, dit le détective, profitant qu'elle reprenne son souffle.
- A qui le dites-vous ! Je ne vous connais pas, jeune homme, mais votre grand manteau noir me dit que vous avez l'air beaucoup plus ouvert que ces messieurs ! Car non, je vois bien que vous ne me croyiez pas ! dit-elle à l'adresse des deux agents qui prenaient des notes.
- Commencez depuis le début, je vous prie, dit Sherlock. Que s'est-il passé ?
- Je promenais Bobby et soudain, il est devenu tout bizarre, tout inquiet ! J'ai dû le traîner avec la laisse pour qu'il avance ! Puis j'ai entendu des grognements qui venaient de derrière les arbres. Je les ai contournés et je suis tombé sur… sur…
Elle faisait de grands gestes avec les bras et désignait à présent les morceaux humains répartis sur le sol.
- Sur cette bestiole ! Elle était immense comme deux hommes et elle avait le pelage de la couleur d'un tigre ! Et ses dents… vous auriez vu ses dents ! Elle était en train de… déchiqueter ce pauvre homme quand je l'ai surprise. C'était horrible… et elle a fait peur à Bobby.
John chercha des yeux ledit chien, qui s'était effectivement enfui.
- Et ce n'est pas tout ! Après, elle s'est transformée, ses poils ont disparu et… c'est devenu un homme ! Tout nu !
L'un des agents soupira.
- Je l'ai vu comme je vous vois, je vous dis ! Je ne suis ni une menteuse, ni une folle.
- Les tigres qui se transforment en homme, madame, ça c'existe pas, dit la policière.
- Ce n'est pas parce que vous n'en avez jamais vus que ça n'existe pas ! soutint la femme. Gardez l'esprit ouvert ! Et si vous ne croyiez pas, commencez au moins par retrouver mon Bobby.
- Et cet homme-tigre, de quoi avait-il l'air ? questionna nonchalamment Sherlock.
La sexagénaire posa un doigt sur sa bouche.
- Plutôt grand, blond, les cheveux courts, le genre racaille si vous voyez ce que je veux dire. Et oh… il avait une cicatrice sur la joue gauche ! Comme des traces de griffes !
Sherlock releva légèrement la tête, comme il le faisait quand il obtenait ce qu'il voulait.
- Ce sera tout, merci, dit-il.
- C'est du délire, dit Lestrade qui les avait rejoints.
- Le signalement correspond, fit remarquer John. Elle ne peut pas l'avoir inventé !
Le DI hocha la tête d'un air soucieux.
- Je veux les vidéos des caméras de surveillance du parc et des rues adjacentes, exigea Sherlock. Avec un peu de chance, il a été filmé par l'une d'entre elles. Et…
- BOBBY !
Madame Cavendish se précipita vers un agent qui revenait avec un petit terrier dans les bras.
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Des heures de visionnage commencèrent. Sherlock et John s'y mirent à deux, chacun sur son PC. Ils passèrent d'abord les bandes de l'heure précédant et de celle suivant le drame mais, ne trouvant rien, Sherlock envisagea la possibilité que Moran soit resté embusqué un moment et qu'il ait patienté un moment avant de ressortir du parc. Le détective élargit donc le périmètre à trois bonnes heures. Multiplié par quatorze caméras, la tâche s'annonça lourde. Mais les deux hommes prirent leur mal en patience. Ils cherchaient un homme nu, recouvert d'une étoffe sommaire ou bien habillé normalement, s'il avait pris soin de dissimuler des vêtements dans le parc auparavant. Le champ des possibles était vaste. Au bout de cinq heures de visionnage, John eut mal à la tête et décida de se dégourdir les jambes dehors.
- Si ça se trouve, il est sorti par un endroit non clôturé du parc et il s'est arrangé pour éviter toutes les caméras de surveillance, soupira-t-il en prenant son manteau.
Sherlock ne répondit pas, absorbé par son écran.
Le blond descendit les escaliers et sortit dans la rue. C'était le milieu d'après-midi et l'endroit était tranquille. Quelques passants s'activaient. John marcha en direction de Regent's Park mais, arrivé à l'Outer Circle, il se dit qu'il avait vu assez de bosquets et de pelouses pour la journée. Il fit donc demi-tour avant de réaliser quelque chose.
Moran avait assassiné son deuxième homme et John était le prochain. Qu'est-ce qu'il fichait au milieu de la rue, sans la protection que lui offrait Sherlock ? Dans sa hâte de respirer un peu d'air frais, il était sorti trop vite. Et Sherlock, concentré sur les quatre vidéos qu'il regardait en même temps, ne s'en était pas non plus rendu compte. Certes il y avait les hommes de Lestrade qui devaient le suivre discrètement, et sans doute ceux de Mycroft, mais il doutait qu'ils soient suffisants face à un tel monstre.
Par précaution, il hâta le pas vers l'appartement. Alors qu'il était tout proche et qu'il arrivait à hauteur du passage menant à Tolmer's Square, il le vit.
Il ne savait pas ce qui lui fit tourner précisément la tête vers lui, alors que l'homme devait se situer à une bonne centaine de mètres de lui. Ni ce qui le fit s'arrêter, alors qu'il était bien décidé à se mettre en sécurité, et encore moins ce qui le faisait se sentir attiré par lui. Et repoussé, en même temps. Toujours était-il que John savait qui il était.
L'homme était appuyé sur le mur en briques. Il portait un baggy beige, des baskets et un sweat noir dont la capuche était rabattue sur sa tête. John ne voyait pas son visage, juste son sourire sadique et, mais peut-être était-ce son imagination qui lui jouait des tours, des dents pointues qui brillaient dans sa bouche.
Sebastian Moran.
Bon sang, qu'est-ce que John devait faire ? Il ne voyait pas les hommes attitrés à sa protection et n'avait aucun moyen de les contacter. Comme une cruche, il était sorti sans son portable. Et il ne faisait pas le poids contre Moran.
Soudain, l'ex-major avança vers lui. John n'avait plus le choix. Il courut en direction de l'appartement. Il atteignit la porte, chercha ses clés, galéra pour les introduire dans la serrure et entra précipitamment. Il referma à clé et regarda par le judas. Il n'y avait plus personne.
Il attendit un peu, puis monta les escaliers quatre à quatre. Il passa la porte. Sherlock était toujours devant son ordinateur portable et n'avait pas bougé d'un pouce.
- J'ai du nouveau, John, dit Sherlock d'un air distrait.
- Moi aussi, figure-toi, dit le médecin en reprenant son souffle.
Le détective releva la tête et remarqua son manteau. Ses yeux s'écarquillèrent.
- John, tu es sorti ? s'écria-t-il. Mais où as-tu la tête ? Moran aurait pu se trouver à proximité et…
- Il était là.
- Quoi ?
John lui raconta sa rencontre avec l'homme étrange qu'il considérait comme étant Moran.
- Qu'est-ce qui te fait penser que c'est lui ? interrogea Sherlock.
- C'est forcément lui ! Il avait la taille correspondante, il me regardait, moi, en particulier, il avait un sourire malsain et surtout il m'a couru après !
- Tu as vu son visage ?
- Non, mais…
John se rendit compte qu'il n'avait pas d'élément pouvant identifier formellement l'inconnu comme Moran. Pourtant, il en était tellement sûr ! Il n'arrivait pas à dire pourquoi, mais c'était évident comme le nez au milieu de la figure.
Il réalisa alors que ce devait être une espèce d'instinct. Une sorte de reconnaissance entre espèces, qui le faisait se sentir proche de ce semblable, aussi ignoble soit-il. Ils avaient un point commun.
Mais comment expliquer cela à Sherlock qui ignorait le secret de John et qui pire, risquait de trouver cela suspect ? S'il ne le faisait pas déjà !
- Comment était-il habillé ? demanda le détective.
- Sweat à capuche noir, pantalon beige, chaussures de sport…
- Attends.
Sherlock reporta son attention sur son ordinateur et mit une vidéo en plein écran.
- Regarde. Upper Grosvenor Street, midi trente-deux.
John s'approcha. On y voyait un homme qui s'avançait vers la caméra, pour ensuite quitter le champ de vision.
- C'est lui ! s'exclama John. J'en suis sûr !
- Et là, Portman Square, midi quarante-trois, dit le brun en démarrant une autre vidéo où était présent le même homme. Il tourne la tête et il montre sa cicatrice à la caméra, c'est presque trop facile.
- Donc c'est bien Moran et il sait où on habite, merde, résuma John en se mordant la lèvre.
Sherlock fit des captures d'écran et se les envoya par mail, avant d'attraper son téléphone portable.
- Je mets mon réseau de sans-abris sur le coup, annonça-t-il.
- Il faudrait aussi prévenir Lestrade et Mycroft, remarqua hypothétiquement John.
- Pourquoi pas.
Alors que le détective s'affairait sur son téléphone portable, John se laissa tomber sur son fauteuil.
- Il m'a laissé partir, je ne comprends pas, dit-il.
- Il n'avait peut-être pas envie de faire ça en pleine rue, sous le nez des passants et des agents chargés de ta protection, suggéra le brun.
John fit une grimace.
- Il te nargue, il veut te faire peur, déclara Sherlock. N'entre pas dans son jeu.
- Facile à dire, dit le médecin en se massant les tempes.
Le détective s'accroupit en face de lui et prit ses mains dans les siennes.
- On va le trouver avant qu'il ne tente quoi que ce soit.
Sherlock l'embrassa doucement.
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Le réseau de sans-abris mit quelques jours avant de fournir une information fiable à Sherlock. Ils avaient trouvé la planque de Moran et ils lui avaient assuré que le criminel s'y trouvait en ce moment-même. C'était parfait. Le détective les avait payés grassement en retour. Il allait pouvoir passer à l'action.
Il regarda John dormir dans son fauteuil. Sherlock savait où Moran se trouvait et il serait averti immédiatement s'il bougeait. Alors il laisserait John ici, sous la protection de Lestrade et de Mycroft. Il ne le mettrait pas en danger une fois de plus et irait s'occuper de Moran tout seul.
Il passa sa main dans la chevelure blonde et, attrapant au passage une longue boîte noire qu'il passa en bandoulière sur son épaule, quitta l'appartement.
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Ce fut le réveil de son téléphone qui réveilla John. C'était lui qui l'avait programmé, ce qui ne l'empêcha pas de grommeler en le désactivant. Pour une fois qu'il arrivait à oublier qu'un fou furieux projetait de le mettre en pièces, ce foutu appareil se faisait un devoir de le lui rappeler. Mais voilà, il ne pouvait pas passer tout l'après-midi à roupiller. Il avait à faire, aujourd'hui.
Ne voyant pas Sherlock et, comme la porte de sa chambre était fermée, il en déduisit que le détective s'était isolé à l'intérieur. Il alla à la cuisine se faire un café pour finir de se réveiller.
Il était en train d'humer la délicieuse odeur de la boisson torréfiée lorsque la sonnette de la porte d'entrée retentit. Ah ! Peut-être son ami était-il sorti et avait-il oublié ses clés, après tout.
Il ne réalisa que lorsque la porte fut entièrement ouverte que Sherlock ne l'aurait pas laissé tout seul sans une bonne raison. Devant lui se tenait Sebastian Moran, affublé du même sourire sadique que l'autre jour.
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Sherlock pestait. On l'avait mis sur une mauvaise piste. L'appartement était celle d'une vieille dame vivant seule avec ses trois chats – la propriétaire était absente mais la décoration en attestait. Un informateur mal intentionné avait infiltré son réseau, mais il réglerait ça plus tard. Pour l'instant, il s'agissait de regagner au plus vite Baker Street. Cette histoire sentait mauvais.
Il venait juste de donner l'adresse au chauffeur de taxi lorsque son téléphone bipa.
44 Lindfield Street, Poplar. Tout de suite. SM
La tête de Sherlock lui tourna. Oh non, ça ne sentait pas bon du tout.
Les mains tremblantes, il appela John. Il tomba sur le répondeur.
Il jura et lança la nouvelle adresse au chauffeur.
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Sherlock descendit devant un entrepôt désaffecté. L'endroit semblait particulièrement lugubre de l'extérieur avec sa peinture arrachée et son toit qui partait en lambeaux. Il fit le tour, examinant les issues. Deux étaient fermées par un cadenas. Il rentra par la troisième.
Une odeur diffuse de tabac planait à l'intérieur. Il suivit un couloir qui le mena à une vaste salle de stockage, éclairée par deux ouvertures au plafond. En-dessous se tenait un homme de grande taille, qu'il n'avait jamais vu auparavant mais qu'il ne reconnaissait que trop bien. Le militaire avait abandonné son sweat noir pour ne garder qu'un marcel blanc qui laissait voir ses épaules musclées. Son visage était anguleux, mangé par une barbe de la veille. Ses cheveux étaient blonds et séparés sur un côté par une raie. Il fumait nonchalamment une cigarette.
John était à genoux par terre, les poignets et les chevilles ligotées. Moran n'avait pas pris le soin de le bâillonner mais, après tout, il ne risquait pas grand-chose dans ce quartier peu fréquenté, et en plus en début de soirée.
- Sherlock ! cria le médecin.
En réponse, Moran lui poussa brutalement la tête en avant.
- Sebastian Moran, je présume ? dit Sherlock.
- On dirait bien.
Il avait une voix grave et menaçante. La manière dont il coupait la fin des mots laissait penser qu'il n'était pas très bavard.
Le détective caressait nerveusement la sangle qui retenait la boîte noire.
- C'est vous le tigre, alors ?
- Mouais, c'est mon totem, répondit le militaire en mimant des guillemets.
- C'est ce que disent les gens de Brunei, n'est-ce pas ?
Malgré l'urgence de la situation, Sherlock était curieux. Il existait d'autres créatures surnaturelles comme lui. D'où venaient-elles ? De quoi étaient-elles capables ? Il avait tellement de questions.
Moran ne semblait pas pressé, ni véritablement agressif. Il tirait sur sa cigarette et, de temps à autre, jetait un coup d'œil par les ouvertures du plafond.
- Ça se passe comme ça, hein ? dit Sherlock. Une petite morsure et vous devenez une sorte de tigre mutant, capable de déchiqueter le premier passant ?
- C'est le mode d'emploi, ouais. Vous rajoutez une ligne à votre CV. Et ça paie bien.
- Vous travailliez pour Moriarty ?
Moran lui lança un regard noir.
- A votre avis ? maugréa-t-il.
- Sherlock, je t'en prie, va-t'en, intervint John.
Le détective nota à quel point le médecin avait l'air prostré. Il avait la tête baissée et jetait des regards inquiets autour de lui. Il tremblait et la voix lui manquait. Il avait si peu foi en le détective ? Ou y-avait-il un deuxième paramètre à prendre en compte, comme des complices cachés ?
Ou autre chose ?
- Tout va bien se passer, John, répondit Sherlock, étudiant discrètement les lieux.
Un rire sinistre qui résonna sur les parois nues et froides le fit sursauter. Moran tenait sa cigarette entre ses doigts et se tortillait en arrière.
- C'est le moins qu'on puisse dire, ouais, dit-il d'un air moqueur.
- Qu'est-ce que vous voulez ? grinça Sherlock.
Le militaire haussa les épaules.
- Pas grand-chose. Une petite vengeance.
- Pour Moriarty ? Il est bien là où il est.
- Ah oui ? Et vous allez me dire que vous avez pris plaisir à le tuer ?
Le détective fronça les sourcils, décontenancé.
- Il parlait beaucoup de vous. Sherlock par-ci. Sherlock par-là. Pour lui, vous étiez un dieu vivant. Parce que vous aviez réussi l'exploit auquel j'ai échoué : l'occuper.
Il jeta rageusement sa cigarette au sol et l'écrasa d'un coup de pied.
- Et voilà où ça l'a mené, cet abruti.
Sherlock ne dit rien. Il ne pouvait s'empêcher d'avoir un pincement au cœur. Bien sûr que non, il n'avait pas voulu le tuer.
Un regard vers John lui rappela qu'il avait pris la bonne décision.
- Il méritait mieux ! Vachement mieux ! s'écria Moran en fendant l'air de son poing.
En parlant, le militaire avait laissé échapper un grognement rauque, un peu comme un rugissement. Il semblait réellement hors de lui. Sherlock plissa les yeux. Quelle relation entretenait-il précisément avec Moriarty ?
- Amant, jaloux et vengeur, décoda-t-il.
- Pensez ce que vous voulez, le fait est que je vais prendre la part qui me revient.
Sur ce, un véritable rugissement sortit de sa gorge. Sous les yeux médusés de Sherlock, il commença à se transformer. Sa peau devint une fourrure orangée et tigrée. Des griffes poussèrent sur ses ongles et son visage s'allongea, prenant un profil animal. Mais il n'alla pas au bout de la métamorphose, il ne devint pas comme la bête qui avait attaqué Sherlock et John l'autre soir. Il conserva sa taille et sa semi-apparence humaine.
Il vint se placer derrière John et lui attrapa les cheveux sans douceur. Il renifla son cou et laissa ses canines effleurer sa peau.
- Ça suffit ! hurla Sherlock. Mesurez-vous à moi. C'est moi que vous voulez !
- Sherlock, va-t-en ! Putain !
Le médecin était trempé de sueur. Moran n'était qu'à quelques centimètres de sa gorge, pourtant il suppliait Sherlock de partir. Le détective en venait presque à douter que c'était de Moran dont il était effrayé. Qu'est-ce qui clochait ?
Le militaire se redressa d'un coup, lâchant le médecin. Il s'avança vers Sherlock d'un pas félin. Malgré les traits animaux de son visage, le détective pouvait constater qu'il souriait.
Sherlock fit glisser la boîte noire de son épaule et dévoila le sabre qu'elle contenait. Il le tendit d'un air de défi vers Moran.
- Il n'y est pour rien, poursuivit Sherlock. C'est moi qui ai enfoncé un couteau dans le cœur de Moriarty.
Il vit passer un éclair de pure haine dans les yeux verts, mais leur propriétaire se reprit vite.
- C'est vrai, dit-il, et sa voix avait une résonnance surnaturelle. J'avais d'abord prévu d'arracher les boyaux de votre ami devant vous, juste que pour vous viviez avec ça jusqu'à la fin de vos jours.
Moran renifla avec un son rauque.
- Et puis, je l'ai rencontré. J'ai vu qui il était. Et je me suis résolu à ne pas lui faire de mal.
- Sherlock, BARRE-TOI !
John était complètement crispé et se tenait en boule. Des spasmes agitaient maintenant son corps.
- Et pourquoi donc ? demanda Sherlock en faisant un effort surhumain pour garder son calme.
- SHERLOCK !
John se tapa la tête contre le sol.
- Parce qu'on est pareils, sourit Moran.
John hurla.
Un rayon de pleine lune envahit le bâtiment. John, toujours roulé en boule, se releva d'un coup vers la lumière. Il se tint immobile un moment, extrêmement droit, comme s'il était aspiré par le clair de lune. Son visage était figé, sa bouche grande ouverte. Il hurla de nouveau et, sous les yeux stupéfaits de Sherlock, son corps commença à ressembler à autre chose.
Ses membres s'agrandirent, ses doigts devinrent des griffes et sa bouche un museau. Ses oreilles s'étirèrent jusqu'à devenir pointues et se couvrirent de poils. Des craquements se firent entendre, correspondant à ses liens et à ses vêtements qui se déchiraient. Ils révélèrent un torse musclé, humain, mais recouvert d'une fourrure blonde, qui rappelait la couleur de ses cheveux. Elle ne tarda pas à gagner le reste de son corps, qui évoquait encore vaguement celui d'un homme, si on exceptait la queue, l'incurvation de ses jambes en arrière et bien sûr la tête qui était presque celle d'un loup. Son hurlement déchirant devint la plainte lugubre de ce même animal. Il grandit, grandit pour dépasser Sherlock d'un bon mètre. Et ce fut au tour du détective de se sentir petit à côté de lui.
John… était devenu un loup-garou ?
Sherlock secouait la tête, incrédule.
- Qu'est-ce que vous lui avez fait ?! demanda-t-il avec rage à Moran.
- Moi ? Rien du tout. Il était déjà comme ça quand nous nous sommes rencontrés.
- Ne vous fichez pas de moi.
- Je le jure.
John rugit, interrompant leur conversation. Sherlock décida de remettre l'attribution des responsabilités à plus tard. Moran contourna le loup, l'admirant avec un air satisfait.
- Non, je ne vais pas me venger en le tuant. Je ne vais même pas vous tuer, vous. C'est lui qui va s'en charger.
Moran leva les mains en l'air.
- Parce que les loups-garous n'aiment pas les vampires, c'est bien connu !
Le monstre s'avança vers Sherlock avec un air mauvais. Le détective avait l'impression que le sol tremblait sous ses pas. Il n'y croyait pas. John, son cher John, son meilleur ami, son amant, allait s'en prendre à lui ?
- John, c'est moi, Sherlock, dit-il précipitamment. Je sais que tu es quelque part, là-dessous, et que tu m'entends. John, je ne rigole pas, écoute-moi !
Comment John faisait-il, déjà, pour ramener Sherlock sur terre quand il perdait les pédales ? Oh, il prononçait son nom !
- John ! JOHN !
Mais la bête avançait toujours, nullement ébranlée.
Elle s'arrêta finalement, jaugeant le détective de toute sa hauteur. Sherlock constata avec soulagement qu'elle semblait indécise.
- John, écoute-moi, retenta Sherlock. Tu n'as pas à faire ça. Tu es mon ami et, si tu le fais, tu vas le regretter toute ta vie. Ça va être pire que quand je t'ai fait croire à mon suicide, crois-moi, ajouta-t-il avec un rire crispé. Et d'ailleurs, je risque de te faire mal aussi et…
Le loup-garou rugit sur lui et Sherlock crut qu'il allait passer à l'action.
Mais le monstre resta sur place, se contentant de respirer bruyamment.
- Il a encore quelques scrupules, c'est rare pour un nouveau loup, constata Moran. Il a juste besoin d'encouragement.
Sur ce, le major acheva sa transformation. La bête qu'il devint était magnifique avec son pelage tigré et son ventre blanc. Malgré le contraste que formaient leur fourrure, les deux créatures étaient étrangement similaires en termes de proportions, à mi-chemin entre l'humain et l'animal.
Moran se jeta sur Sherlock. Ce dernier lui entailla la jambe avec son sabre. Le monstre glapit mais le désarma avec une facilité déroutante, lançant l'arme hors de portée. Le détective retint Moran tant bien que mal, tenant les bras du monstre pour qu'il ne le lamine pas de ses griffes. Il évalua sa force et la classa au moins au même niveau que celle du premier loup-garou, voire même au-dessus. Mais Sherlock était fort aussi. Le détective banda ses muscles et, d'un coup, tira les bras du tigre en avant et lui fit mordre la poussière.
Il courut un peu plus loin en réfléchissant. Mince, il était venu ici en s'estimant capable de vaincre cette créature. Et voilà qu'il se retrouvait avec deux sur les bras. Comment allait-il gérer ça ?
Il s'arrêta et se retourna pour voir Moran courir dans sa direction. Il se tenait sur ses pattes arrière pour se donner plus d'appui. Il bondit sur le détective qui, grâce à sa rapidité, l'évita. Le monstre tomba sur le sol avec un grognement de douleur. Il se relevait déjà pour renouveler sa tentative mais Sherlock dégaina son pistolet et tira une balle en argent dans l'endroit qu'il identifia comme le cœur.
Moran se bloqua dans son élan et poussa un couinement. Il resta immobile de longues secondes, respirant bruyamment. Puis, sans crier garde, il reprit sa course. Quoi, ça ne lui faisait pas plus d'effet que ça ? pensa Sherlock avec horreur. Au moins, s'il croiserait un autre tigre-garou un jour, il saura que l'argent était inefficace contre eux.
Le pourcentage de chances que cela arrive ne lui fit pas considérer cet acquis comme utile et il se concentra sur le combat. Le sabre était sa seule chance, il fallait qu'il le récupère. Mais Moran se jeta sur son ventre et le renversa sur le sol. Sa tête tapa, ce qui l'étourdit pendant quelques secondes. Il reprit ses esprits pour éviter la morsure en se retournant juste à temps. Le détective profita que l'avant-bras du tigre, en appui au-dessus de lui, soit tendu pour le saisir et mordre en plein dedans.
Moran grogna de mécontentement et le détective se retira juste avant que le monstre ne s'effondre au sol, surpris. Mais, avant que Sherlock ne puisse aller plus loin, il sentit une main se refermer sur sa jambe. Il trébucha et tomba de nouveau au sol. L'instant d'après, Moran était sur lui, le plaquant sur le ventre. Il pesait de tout son poids sur lui et Sherlock n'arrivait pas à se dégager de la poigne de fer qui lui immobilisait les bras. Le détective ne pouvait pas non plus se retourner et tenter l'hypnose. Il ne pouvait que rester là, à écouter le grondement qui vibrait à son oreille. Le souffle chaud lui caressait la nuque.
Soudain, le poids cessa. Sherlock entendit un bruit sourd à sa gauche.
John était sorti de ses hésitations et avait bondi sur Moran. Sa fourrure blonde était hérissée, sa queue aussi, ses babines étaient retroussées et il montrait des crocs imposants. Ses yeux de loup étaient fous. Il attaqua son adversaire d'un coup de griffe qui vint atteindre son visage. Moran couina, riposta, essaya de mordre, mais rata sa cible. Il repoussa finalement John et les deux fauves se firent face.
Les deux créatures se regardèrent en chiens de faïence et se tournèrent autour pendant un bon moment. Puis Moran attaqua. Sherlock ne pouvait s'empêcher d'être fasciné par la scène. Malgré la différence canine / féline, les deux bêtes se ressemblaient. C'était deux hommes qui se cachaient dans le corps d'un animal, humains la plupart du temps, bestiaux quand ils se transformaient. C'était des « garous ». Mais si Moran prétendait qu'ils n'aimaient pas les vampires, et étant donné son air confiant, pourquoi John l'attaquait-il lui et non Sherlock ? Est-ce que John conservait encore une part de lucidité derrière sa peau épaisse de loup ?
Soudain, John mordit Moran dans la gorge. Le criminel laissa échapper un hurlement déchirant, avant de s'effondrer au sol. Impitoyable, le loup mâchouilla son cou et le sang vint tâcher son museau blanc. Moran gesticulait, mais John devait avoir tranché une artère et l'hémoglobine se répandait à flot sur le sol. C'était fini pour lui. D'ailleurs, son apparence commençait à se modifier et à redevenir celle d'un être humain. Il ne devait plus avoir assez de force pour demeurer ainsi.
Sherlock s'approcha, le sabre à la main. John, sans doute surpris par la transformation, s'était arrêté et le regardait. Le détective s'approcha prudemment du loup-garou qui ne lui prêtait aucune attention. Le criminel était nu, allongé sur le sol, le corps recouvert de plusieurs blessures que Sherlock n'avait pas vues à cause de sa fourrure. Le pire était son cou, dont la chair était effroyablement entamée, et le détective se demandait comment il pouvait encore être en vie.
Et Sherlock les vit tous les deux, John et lui-même, dans le reflet des yeux de Moran, tel que ce dernier les voyait. Le vampire et le loup. Un bien curieux couple.
Moran eut le temps de lui adresser un sourire goguenard avant que Sherlock n'achève de lui trancher la tête.
