Hello tout le monde ! Voici le chapitre 35, que j'appellerais celui des règlements de comptes :D

Je remercie Mimi Kitsune, Guest, Avril et Animevivie pour leur review !

Guest : Ah j'en étais sûre :D j'en suis très contente, merci pour ton commentaire ^.^

Avril : Oui ils ne plaisantent pas ces garous ! Et je n'ai pas pu résister à l'appel du MorMor, sorry…

Animevivie : Je suis contente que le combat t'ait plu. Et maintenant, les choses se compliquent (mouahahaha)

Bonne lecture !

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Le Fléau : Chapitre 35

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Il y eut un moment de flottement. Moran gisait avec la tête détachée sur le sol. A côté de Sherlock, John tourna la tête vers lui. Il semblait indécis, mais ne paraissait pas belliqueux à l'encontre de Sherlock. Est-ce qu'il reconnaissait son ami ? Le détective, lui, était soulagé par ce qu'il venait de faire. Le problème Moran était réglé.

Restait celui de John, vraisemblablement devenu un loup-garou. Moran avait l'air sincère quand il avait dit qu'il n'y était pour rien dans sa transformation, alors comment était-ce arrivé ? Et comment allaient-ils gérer ça à partir de maintenant ? D'ailleurs, John allait-il rester encore longtemps sous cette forme ? Les nuages avaient maintenant masqué le clair de lune et son apparence restait celle d'un loup. La différence était qu'il paraissait juste un peu plus calme. Allait-il seulement se retransformer en être humain ?

- John, est-ce que ça va ? Est-ce que tu m'entends ?

La créature se contenta de le fixer.

- Tu ne peux pas parler, ça ne va pas aider… marmonna Sherlock.

Soudain, le loup-garou s'avança vers lui. Il avait l'air menaçant et il commença à grogner.

- John, il ne faut pas que tu oublies que c'est moi, Sherlock, plaida le détective en reculant. Il faut que tu en aies conscience, car je ne veux pas te faire de mal. Je ne sais pas ce que ces trucs peuvent te faire.

Il exhiba son pistolet chargé de balles en argent.

- Alors s'il te plaît, retransforme-toi. Redeviens John Watson.

Le détective n'avait pas la moindre idée de si John comprenait ses propos, mais l'important était de parler. Peut-être le son de sa voix allait-il l'aider à se souvenir de qui il était.

Soudain, John s'immobilisa. Le clair de lune envahit l'entrepôt et Sherlock eut le sentiment que ce n'était pas bon signe.

En effet, ce fut comme si le rayon de lumière avait réveillé John. Le loup-garou rugit, avant de se précipiter vers lui, les crocs exhibés.

Le détective abandonna le sabre et rangea son pistolet dans sa poche. Il allait d'abord employer la méthode douce. Il bloqua le fauve qui bondissait sur lui et constata que John avait plus de force que Moran. Le brun ne tiendrait pas longtemps. Il allait devoir agir vite. Malgré la résolution de l'animal à le défigurer, il planta ses yeux dans les siens et se concentra.

- John, c'est Sherlock. Rappelle-toi qui je suis. Maintenant.

Mais le fauve ne voulut rien entendre. L'hypnose était inefficace face à cette furie. Il se dégagea de la poigne de Sherlock et déséquilibra le détective. Ce dernier roula sur le côté avant que le loup-garou ne lui tombe dessus. Il se releva, s'éloigna du monstre et s'arrêta un peu plus loin. Il n'avait pas la moindre envie de faire ça, mais c'était la seule solution pour qu'il reste en vie. Et il se dit que John lui pardonnerait. Il tira une balle en argent dans la cuisse de la créature.

Le fauve hurla de douleur et s'affaissa. Il se tint maladroitement la jambe puis retomba à quatre pattes, les membres fléchis sous la douleur. Il criait tellement que Sherlock avait mal pour lui. La plaie saignait, empoissant les poils. Le loup-garou se crispait de plus en plus et le détective commença à devenir réellement inquiet. Puis il entendit un son cristallin, qui correspondait à un corps circulaire et sanguinolent qui venait de sortir de la plaie. Sherlock comprit avec stupéfaction que John venait d'expulser lui-même la balle de son corps, à l'aide de ses simples muscles.

La bête leva des yeux ténébreux, de mauvais augure. Sherlock l'avait mis en colère.

John courut vers lui. Sherlock lui tira une deuxième balle dans la jambe, mais c'est à peine s'il s'arrêta. Il était furax et la douleur semblait le rendre encore plus fou. Rien ne semblait l'arrêter. Le détective était sur le point de tirer à nouveau quand une forme blonde ou rousse se jeta sur John.

Sherlock la reconnaissait, et son odeur lui était familière. Oui, c'était ça ; il s'agissait du premier loup-garou auquel ils avaient eu affaire, cette nuit sur le pont de Waterloo. Il entraîna John au sol et ils luttèrent un bon moment. Le loup-garou du pont avait clairement l'avantage et rugit sur John, ce qui sembla l'intimider puisqu'il couina. Celui-ci se dégagea et s'enfuit un peu plus loin, la queue entre les jambes. Il alla se terrer dans un coin.

Médusé, Sherlock regarda le nouveau-venu reprendre forme humaine. Il s'agissait de Sarah.

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John se réveilla avec la sensation d'avoir dormi d'un sommeil réparateur. Un lit inconnu ; décidément, ça devenait une habitude. Un silence qui contrastait avec la violence de ses rêves. Et une lumière artificielle, aveuglante. Il se redressa. Il se trouvait dans une pièce blanche, dont l'aspect aseptisé lui faisait froid dans le dos. Elle était aveugle. Trois murs recouverts de peinture, et un quatrième remplacé par une immense vitre. Derrière laquelle se trouvait Sherlock.

A sa vue, un flot de souvenirs submergea le médecin. Il eut l'impression qu'il recevait un coup sur la tête, tellement ils étaient douloureux et insupportables.

Il courut vers la vitre, les larmes aux yeux. En s'approchant, il constata que Sherlock avait l'air aussi secoué que lui.

- Sherlock ! cria-t-il en ne souciant même pas de si le détective pouvait l'entendre. Ça va ? Tu n'es pas blessé ?

Le détective secoua la tête.

- Non, ça va.

Sa voix était métallique. John s'aperçut qu'il y avait un interphone à sa gauche.

- Tu es sûr ? Je ne t'ai pas fait mal ? insista le médecin, anxieux.

- Je te dis que non, John. Rassure-toi, je n'ai rien.

Il y eut un silence, pendant lequel les deux hommes ne surent pas par où commencer.

- Je constate que tu te souviens de tout, dit Sherlock.

- Oui… et c'est…

La voix de John se brisa.

- Je ne voulais pas te faire de mal, Sherlock, dit-il, des larmes roulant sur ses joues. Mais c'était plus fort que moi. Il me suffisait de poser les yeux sur toi pour que j'ai envie de te tuer. Le pire, c'était que j'étais conscient de tout. Mais je ne pouvais rien faire, je pouvais juste rester là à me voir essayer de… de te…

Les larmes prirent le dessus.

- Chut, chut, John ! dit le détective d'un ton apaisant. Calme-toi. Tout va bien. Personne n'a été blessé. On va discuter de ça.

Le médecin voyait que le détective était frustré, gêné par la vitre. Le blond fit un effort sur lui-même, maîtrisa sa respiration et se calma.

- Et toi, ça va ? demanda le détective.

- Je ne suis pas le plus à plaindre, répondit John avec une grimace.

- Sois sérieux.

- Tu me demandes comment je vais ? D'accord. Alors je vais te répondre que physiquement, je pète le feu, j'ai l'impression de pouvoir faire trois fois le tour de Londres en courant et de pouvoir remonter la Tamise à la nage jusqu'à la mer. Moralement, je pense que je vais passer les semaines qui suivent à m'en vouloir. Voilà !

- La transformation a dû améliorer ton système immunitaire, je ne vois que ça. Je te rappelle qu'hier, tu as expulsé de ton corps deux balles sous mes yeux et que tu cicatrisé derrière.

John se rappela de ce détail. Il baissa les yeux sur sa jambe et s'aperçut qu'il était en pyjama. Il remonta le pantalon. Sa jambe était intacte.

- C'est un truc de fou… marmonna-t-il, incrédule.

- J'imagine que si je recommence à boire ton sang, tu le supporteras mieux qu'avant.

Le ton du détective était sévère.

- Sarah m'a tout raconté, compléta-t-il.

- Écoute, Sherlock, c'était le seul moyen pour minimiser les dégâts…

- Non, non, non, non, non, non, je ne veux pas entendre cet argument, John ! s'exclama Sherlock. C'est toi qui n'as pas arrêté de me le rabâcher : « il y a toujours une solution ».

- Et la voici !

- Tu plaisantes ? Te faire transformer en bête féroce et devenir incontrôlable aux pleines lunes jusqu'à la fin de ta vie, tu appelles ça « minimiser les dégâts » ?

- On apprend à se contrôler, petit à petit, précisa John.

- Mais mon cas ne t'a rien appris ? Il y aura forcément un moment où tu perdras les pédales, John !

Le médecin n'eut le courage de nier. A cet instant, il était bien trop incertain de son avenir.

- Comment est-ce qu'on fait cesser ça ? demanda le détective derrière lui, la voix vibrante.

John remarqua alors la présence de Sarah et de Mycroft, qui se tenaient en retrait.

- On ne le fait pas, répondit Sarah, fermement. C'est définitif.

- Et je ne financerai pas d'équipe de recherche pour trouver d'antidote, cette fois, intervint Mycroft.

Le détective se retourna vers son frère et John devina son air atterré.

- John t'offre la possibilité de ne plus avoir à t'en prendre aux gens et de ne plus nourrir d'intentions suicidaires, continua le ministre. Ce n'est pas ce que tu voulais ?

- Arrête de me prendre pour un demeuré. Ce que je voulais avant tout, c'était le protéger !

- Et il ne peut pas être plus en sécurité puisque, dorénavant, vous êtes sur un pied d'égalité.

- Vous en avez fait un MONSTRE ! tonna Sherlock.

John ne releva pas. Il se sentait un peu blessé mais il savait bien que Sherlock était avant tout mortellement inquiet.

Et puis, sans doute n'avait-il pas tort…

Sarah croisa les bras.

- Ne nous insultez pas, s'il vous plaît, dit-elle d'un ton venimeux.

- Et vous, ne commencez pas, riposta Sherlock. Tout cela est de votre faute.

- Ah oui ? cracha Sarah. Pardon de m'être inquiétée pour mon ami qui se faisait sucer le sang et que j'ai trouvé au bord de l'évanouissement l'autre jour !

- John tenait parfaitement le coup avant que vous ne fourriez votre nez dans cette histoire !

- Et pas une seconde je ne regrette ce que j'ai fait ! Si je n'étais pas intervenue, il y aurait eu forcément un jour où John aurait succombé, fatigué de ces prises de sang à répétition ou tout simplement parce que vous auriez craqué !

- Qu'est-ce que vous en savez ? dit Sherlock entre ses dents.

- Je pense au contraire que vous le savez très bien.

John était hypnotisé par leurs échanges. A priori, il avait sous-estimé la rancune que ses deux amis avaient pu nourrir l'un pour l'autre.

Les yeux de Sarah lançaient des éclairs. Elle fit un pas vers Sherlock avec un index accusateur.

- Et si vous l'aimiez vraiment, vous seriez parti sans laisser d'adresse et vous l'auriez laissé vivre normalement, sans menacer sa vie à chaque instant, asséna-t-elle.

John vit Sherlock se redresser. Ses mains se crispèrent. Manifestement, la pique de Sarah avait atteint son but.

- Je ne reçois pas de conseil d'une femme qui empeste le chien mouillé à cent mètres.

Une image apparut dans l'esprit de John. Une impasse sombre, avec Sherlock tapi quelque part. Lui sortait d'un café, Sarah venait de l'embrasser sur la joue, après lui avoir annoncé qu'elle partait résoudre des problèmes familiaux en Hongrie. Sherlock avait eu cette phrase un peu décalée : cette femme pue. Et, après leur confrontation avec le loup-garou du pont, le détective avait dit vaguement que cette odeur lui était familière. En fait, Sherlock aurait pu deviner l'identité de Sarah depuis le début. Sauf qu'il n'avait jamais croisé de loup-garou auparavant et qu'il n'avait pas d'élément de comparaison.

Sarah mit ses mains sur ses hanches, outrée.

- Mieux vaut être un chien mouillé qu'un cadavre, répliqua-t-elle.

- Vous voulez vraiment avoir cette conversation ? demanda le détective.

- Au risque de vous interrompre, intervint John d'une voix forte, je me demandais juste ce que nous allions faire, maintenant. Sherlock, ce qui est fait, est fait, et tu sais très bien que ça ne sert à rien de chercher un bouc-émissaire. J'étais d'accord, j'ai dit à Sarah de le faire, elle l'a fait, fin de l'histoire. Maintenant, on avance. Mycroft, la pleine lune est passée et je me sens tout à fait normal. Dans combien de temps puis-je espérer sortir de là ?

Le premier ministre resta silencieux, puis consulta Sarah du regard.

- Il ne représentera aucun risque jusqu'à la prochaine pleine lune, confirma Sarah. Enfin…

Elle hésitait.

- … s'il n'est pas mis en présence directe de Sherlock, acheva-t-elle.

- Quoi ? Tu peux répéter ? réclama John.

La jeune femme semblait embarrassée.

- Tu as bien entendu. Comme tu viens de le constater, les loups-garous et les vampires ne sont pas les meilleurs amis du monde. En réalité, ils se détestent.

- Concrètement, ça veut dire quoi ?

- Que sitôt que tu auras rejoint Sherlock, tu n'auras qu'une envie : planter tes crocs dans sa gorge.

Le médecin resta bouche bée, blasé.

- Tu veux dire que je vais me retransformer et que je… je vais…

- Oui.

- Mais c'est absurde ! Je regarde Sherlock, là, et je n'ai pas la moindre envie de lui faire du mal !

- Ça fonctionne avec l'odeur. C'est la vitre qui te protège de ça.

John leva les yeux sur la paroi de verre qui les séparait. Effectivement, elle paraissait étanche ; il n'y avait pas la moindre ouverture susceptible de laisser passer l'air.

Il fronça les sourcils et jeta un regard accusateur à la jeune femme.

- Pourquoi ne m'as-tu pas parlé de ça avant de me transformer ? Parce que oui, ça m'aurait un peu aidé de savoir que je risquais d'aggraver la situation plutôt que de l'arranger.

- Elle n'allait pas rater une si belle occasion de mettre le grappin sur toi, persifla Sherlock avant que Sarah n'ait ouvert la bouche. Et de se débarrasser de moi, hypothétiquement. Une pierre, deux coups.

- Si j'avais voulu vous tuer, j'aurais laissé John le faire hier soir, protesta la jeune femme.

- Je suppose que cela doit rattraper votre tentative lamentable du pont. Vous avez tenté de me tuer et vous venez de me sauver la vie, on est quittes, minauda le détective.

- Je n'allais pas laisser John s'en vouloir pour le reste de sa vie d'avoir tué son meilleur ami !

- Mais il aurait été libre, ça aurait été tellement dommage !

- Bon, ça suffit tous les deux ! brailla John qui commençait à avoir mal à la tête. Comment est-ce qu'on…

- Ça se contrôle, John.

Le médecin haussa les sourcils.

- Tu en es sûre ?

- Oui, il te faut juste un peu de pratique. Regarde-moi : Sherlock me provoque depuis tout à l'heure et j'ai très envie de lui arracher les bras, pourtant je ne le fais pas. C'est un exemple convaincant ?

John ne put qu'acquiescer.

- Qu'est-ce qu'on fait, alors ? demanda-t-il. On fait chambre à part pendant un moment et on attend que ça passe ?

Sarah secoua la tête, les lèvres pincées.

- Il ne faut même pas que vous vous croisiez.

Le médecin fronça les sourcils, perdu. Sarah lança un regard à Sherlock, qui soupira et leva les yeux au ciel.

- Ça ne me plaît pas de dire ça mais tu vas devoir aller vivre quelques temps avec elle.

- T'es sérieux ?

- Elle est plus expérimentée que toi, elle peut t'apprendre à maîtriser ça.

John n'en croyait pas ses oreilles. Sherlock qui était mortellement jaloux de la jeune femme l'encourageait à habiter avec elle et prenait donc le risque qu'il se rapproche d'elle ?

Il devait énormément prendre sur lui, effectivement.

- Tu n'auras qu'à prendre ta revanche pour la fois où je t'ai laissé en plan pour aller rejoindre Moriarty, justifia le détective en haussant les épaules, un sourire triste sur les lèvres.

John n'avait pas la moindre envie de se venger, mais il n'avait pas le choix. Il hocha la tête.

- D'accord. Mais d'abord, je veux mesurer l'étendue des dégâts.

Il fit un signe de tête en direction de Sherlock.

- Fais-moi passer ton écharpe, que je la renifle.

Le détective s'exécuta. Il remit l'étoffe à un agent qui s'éclipsa.

Une minute plus tard, le tiroir qui faisait office de passe-plat, dans la porte de la cellule derrière lui, s'actionna.

John s'approcha. Il s'étonnait de pouvoir sentir l'odeur du vêtement de là où il se trouvait, à quelques mètres devant lui. Mais, plus il avançait, plus il réalisait combien la cohabitation avec Sherlock allait devenir difficile.

L'odeur lui semblait une provocation. C'était un peu comme si quelqu'un l'avait giflé. Il n'y avait aucune douleur, pourtant la rage était la même. Petit à petit, il sentait son corps lui échapper. La même force qui l'avait pris de l'intérieur lorsqu'il s'était transformé, la veille, revint lui serrer les entrailles. Et il ne pouvait rien contre elle. Il pouvait juste la sentir envahir son système nerveux et la laisser le convaincre qu'il était énervé, très énervé, et qu'il devait agir en conséquence. Alors son corps craqua, commença à s'étirer et à hyper ventiler. Cela ne faisait pas mal, pourtant les sensations étaient encore beaucoup trop étranges et prenantes pour ne pas qu'il commence à crier.

- Retirez-là ! Tout de suite ! hurla-t-il.

Même sa voix virait au paranormal ; elle était devenue gutturale et anormalement sonore.

Le tiroir disparut.

- John ! Reprends-toi ! dit Sherlock, derrière lui.

Le médecin se retourna et la simple vue de son ami l'apaisa. Mais ce n'était pas suffisant pour stopper le processus dans lequel il était engagé. Il avait l'impression que l'odeur de Sherlock persistait dans la pièce.

- C'est bon, c'est fini, dit le détective en levant les mains. Tu vas redevenir toi-même.

- John, respire, intervint Sarah. Prends de longues inspirations. Concentre-toi sur ta respiration.

Le médecin obéit. Mais il ne faisait qu'absorber l'air contenant l'odeur de Sherlock restante. Il s'éloigna du passe-plat.

- John, regarde-moi, dit Sherlock. Regarde-moi et respire !

Le médecin s'exécuta. Peu à peu, il trouva la paix dans les yeux métalliques et magnifiques de son ami. Son corps se détendit, redevenant normal.

- L'hypnose, bien, dit-il en levant un pouce, à bout de souffle.

- Non, je crois que ça ne marche plus, réfuta le détective.

- Ah bon ?

Le brun secoua la tête.

- J'ai essayé hier. Mais ça n'a rien donné.

- Merde.

John vit que Sarah le regardait d'un air démoralisé, mais pas foncièrement inquiet.

- Si tout est OK pour toi, Sarah, j'accepte ton invitation, dit-il. Je te rejoins dehors.

La jeune femme sembla comprendre qu'il voulait qu'elle les laisse seuls. Elle prit congé, suivie peu après par Mycroft qui avait assisté silencieusement aux évènements.

John s'affaissa.

- Putain, quelle galère…

- Ça m'en a tout l'air.

- Tu n'es pas censé me remonter le moral ?

- Je suis pragmatique.

- Ça m'aide beaucoup.

Le blond se passa une main lasse sur le visage.

- Je ne sais pas du tout bien de temps ça prendra, avoua-t-il.

- Ne sois pas si découragé. J'ai appris à contrôler mes pulsions – avec quelques faux pas, certes – mais cela a porté ses fruits. Pourquoi pas toi ?

Le médecin soupira.

- Tu as appris à ne pas aller au bout de ta faim. Moi, il faut que je me débrouille pour ne pas te mettre en pièces. Ça m'a l'air d'être le niveau au-dessus.

- Tu es amoureux de moi, John. Le fait de me regarder t'a permis te reprendre le contrôle tout à l'heure. C'est un bon début, tu ne crois pas ?

John hocha la tête. Il pouvait au moins lui concéder cela : la situation n'était pas complètement désespérée.

- C'est quand même fou, la seule personne capable de m'aider face aux sentiments destructeurs que tu m'inspires, c'est toi-même.

- C'est pour ça que je te conseillerais de garder sur toi une photo de moi, ça pourrait te servir.

- Tu as raison.

Le détective se pencha, attirant le regard du blond.

- C'est le vampire et le loup-garou qui se mettent entre nous, John. Oublie le vampire et dompte le loup, et tout rentrera dans l'ordre.

- Dit comme ça, ça a l'air très simple.

- Sarah semble s'y connaître. Elle s'y prendra mieux que moi.

- Tu lui fais confiance, c'est bien, approuva le médecin.

- C'est à elle de réparer les dégâts qu'elle a causés.

Le visage du détective s'était durci et assombri. L'inquiétude régnait dans ses yeux clairs.

- Elle a très envie de passer du temps avec toi, de toute façon, dit-il d'un air dégoûté.

- Sherlock, ne me fais pas une crise de jalousie…

- C'est justifié. Tout peut arriver.

Le brun détourna le regard. C'était à son tour d'être résigné.

John se sentait un peu vexé, mais il n'eut le cœur de lui en vouloir d'avoir si peu confiance en lui. Lui-même entrevoyait très mal son avenir.

Mais ce qui était certain, c'était qu'il n'appartenait pas à Sarah. Il s'approcha de la paroi de verre et chercha les yeux de Sherlock.

- Rien n'arrivera, Sherlock, assura-t-il. Je me suis transformé pour toi, pas pour Sarah, tu te souviens ?

Cela eut pour mérite d'arracher un petit sourire au détective.

John posa sa main puis son front sur la vitre. Sherlock en fit autant, recouvrant de sa main celle du médecin. Le médecin avait envie de toucher la peau de son ami, et le froid du verre ne faisait rien pour le réconforter.

- Je ne sais pas quand on se reverra, dit-il, le cœur serré.

- On s'appellera. Et je ne ferai pas trop de conneries, promis.

Le médecin sourit.

- Et pour le sang ? pensa-t-il soudain.

- Mycroft en a d'avance, ne t'inquiète pas pour ça.

Les doigts de Sherlock caressèrent la vitre. Le détective releva la tête et ils restèrent un moment à se regarder. John avait terriblement envie de l'embrasser. Il se sentait si proche de lui, et en même temps si distant…

- Je t'aime, John, dit le détective d'une voix douce.