Coucou les gens ! Voici le chapitre 36 !

Nos deux amoureux sont encore séparés mais ne vous inquiétez pas, ça ne durera pas longtemps.

Que dire de plus, le parc de Richmond dont il est question dans ce chapitre est un parc londonien très sympathique, peuplé de cerfs en liberté et sauvage. Quand vous y êtes, vous avez presque l'impression d'être à la campagne. Visitez-le si vous programmez un séjour à Londres ;)

EDIT du 17/10 : bonne nouvelle, j'ai bien avancé dans l'écriture donc je vous confirme que je vais pouvoir publier la semaine prochaine et que je vais reprendre un rythme de publication hebdomadaire :D

Merci à Mimi Kitsune, Elodouuu, Liseron et Animevivie pour leur review !

Elodouuu : les deux semaines sont écoulées, je suis fière de ta patience :D haha je suis désolée de jouer avec tes émotions mais que veux-tu, ils sont tristes nos deux larrons.

Liseron : merci pour ton compliment ! Et si ils vont prendre un PEU de distance mais rassure-toi, ça ne va pas durer et c'est pour leur bien ^.^

Animevivie : et oui j'aime le fluff ^.^ Sherlock en veut plus à Sarah qu'à Mycroft car il sait ce qu'elle a derrière la tête et qu'elle va essayer de profiter de la situation, et puis c'est la première responsable ! Mais il va quand même bouder son frère pendant un petit moment.

Bonne lecture !

oOo

Le Fléau : Chapitre 36

oOo

On donna des vêtements de ville à John. Il s'en revêtit, pensif et maussade. Sherlock avait quitté le centre bien avant lui pour que son odeur ne persiste pas dans les couloirs. Il lui manquait déjà et la perspective de ne pas le revoir avant d'avoir résolu son problème – c'est-à-dire un sacré bout de temps – lui mettait du plomb dans le cœur. Il avait l'impression qu'ils passaient leur temps à se séparer. Enfin, il devait s'y résoudre.

Alors qu'il finissait de lacer ses chaussures, trois agents entrèrent dans la pièce. Aussitôt, John détecta une légère odeur qui l'irrita. Encore celle de Sherlock, mais elle n'était pas assez forte pour qu'elle le fasse sortir de ses gonds. Les hommes devaient avoir une de ses affaires ou le détective les avait peut-être touchés.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il abruptement.

Les agents s'approchèrent de lui mais prenaient garde de conserver leurs distances. L'un d'eux tenait un plateau où étaient posés une sorte de mousse ainsi qu'une seringue.

- Monsieur Mycroft Holmes nous a demandés de prélever un échantillon du venin secrété dans vos crocs ainsi qu'un échantillon de votre sang.

- Je croyais qu'il ne voulait pas chercher d'antidote, s'irrita John.

- C'est juste par précaution.

John haussa les épaules et obtempéra.

Quinze minutes plus tard, on le guida dans le dédale de couloirs. Il rejoignit Sarah dans le hall d'entrée puis ils prirent la direction de son appartement.

L'endroit paraissait exceptionnellement propre à côté du 221b Baker Street. Tout était rangé et pas un seul grain de poussière ne traînait. Un appartement de jeune femme trentenaire, quoi. Mais John trouvait qu'il manquait quelque chose. Non pas que le lieu n'ait pas d'âme. Mais juste quelques bibelots entassés, des livres faisant crouler une étagère, des piles de paperasse à même le sol ou une robe de chambre abandonnée sur le canapé. Quelque chose qui lui rappellerait une certaine personne. Au lieu de ça, des murs clairs immaculés, une décoration moderne et aérée, un canapé pastel et même des plantes vertes. John secoua la tête, se rabrouant intérieurement. Il fallait qu'il arrête de comparer cet appartement à celui de Sherlock et lui. Tout cela n'était que temporaire et il reviendrait un jour chez lui.

- Tes affaires vont bientôt arriver, annonça Sarah en débarquant dans le salon. Tu veux un thé en attendant ?

- C'est pas de refus.

La jeune femme s'exécuta et les installa à la table de la salle à manger, où elle disposa une assiette de biscuits.

- Alors, par où est-ce qu'on commence ? demanda John en se servant.

- Il faut que tu contrôles la transformation, résuma Sarah. Le but est qu'il ne faut plus que nous ayons à te maîtriser les soirs de pleine lune ou quand tu es en présence de Sherlock. Tu en es parfaitement capable. Tu es certes devenu un homme-loup, tu as une part d'animal en toi, mais tu restes avant tout un être humain.

John hocha la tête en sirotant son thé.

- On va d'abord brider ta transformation. Par la suite, quand tu sauras à peu près la maîtriser, on pourra t'apprendre à la provoquer et à la gérer. Ça peut être utile si tu es confronté à d'autres vampires ou loups-garous. Parce qu'il y en a quand même à Londres, il ne faut pas se leurrer. Mais d'abord, il ne faut pas que tu te transformes, même si tu en très envie.

- D'accord, et comment on fait ça ?

Sarah posa sa cuillère avec contenance.

- Tu deviens fou quand tu respires l'odeur de Sherlock. L'idée, ça serait de t'exposer à ses affaires sans que tu ne réagisses excessivement.

Le médecin acquiesça. Cela semblait être un bon début.

oOo

- On ne risque pas de faire peur aux cerfs ?

Dans la voiture de Sarah, John regardait le paysage nocturne défiler. Ils avaient convenu qu'il valait mieux s'entraîner en plein air, de nuit et dans un parc, suffisamment grand au cas où John perdrait les pédales. Le parc de Richmond, au sud-ouest de Londres, était apparu comme un endroit propice et pas trop éloigné de l'appartement.

- Ne t'inquiète pas, répondit tranquillement Sarah. S'ils sont intelligents, ils te verront venir de loin.

En plus de paraître sauvage et éloigné de tout, le parc avait la particularité d'abriter une population importante de cervidés qui ne craignaient pas l'homme. John espérait simplement qu'il n'en ferait pas son repas. Mais à choisir, il valait mieux qu'il jette son dévolu sur un de ces animaux que sur un être humain.

Les entrées principales étaient fermées à cette heure-ci. Sarah se gara dans une ruelle tranquille. Lorsque John mit le nez dehors, il ressentit une sensation incroyable de bien-être. Tout était silencieux et, du fait du trafic réduit et de la présence de la végétation, l'air était agréable et respirable. Il faisait froid mais le médecin le sentait à peine, tant il était absorbé par les odeurs de terre et d'herbe mouillée. Il détectait aussi une senteur plus ténue et musquée, animale. Était-ce son esprit qui lui jouait des tours ou pouvait-il sentir les cerfs à cette distance ?

En tout cas, il n'avait qu'une envie : parcourir les prairies et les explorer jusque dans le moindre recoin.

- Le parc t'attire, hein ? demanda Sarah en voyant son moment d'arrêt. C'est normal, tu as envie de revenir d'où tu viens.

- Des bois ? Alors je suis le grand méchant loup ? plaisanta-t-il.

Sarah rigola, ouvrit le coffre et en sortit une boîte hermétique. Puis ils enjambèrent la barrière et pénétrèrent dans le parc.

Alors qu'ils s'éloignaient des lampadaires, il faisait sombre, mais John distinguait tout : le gravier du chemin sous ses pieds, les arbres nus, un oiseau de nuit qu'il identifia comme une chouette et même quelques mulots qui se cachaient dans les fougères. Il ne pensait pas que cet endroit pût être aussi peuplé et vivant. Il trouvait ça exceptionnel.

Ils marchèrent pendant une dizaine de minutes, puis Sarah posa sa boîte sur un banc en bois.

- Rappelle-toi ce que je t'ai dit, déclara la jeune femme.

Elle ouvrit la boîte.

Celle-ci contenait un gant de Sherlock. Comme le cuir sentait avant tout l'animal, l'odeur de Sherlock n'était pas prégnante. Sarah avait estimé que ce n'était pas mal pour commencer.

Mais John reconnaissait malgré tout l'odeur affolante du détective. Il sentit l'irritation monter en lui et, brusquement, il eut envie d'arracher une branche d'un arbre et de la briser en deux et encore en deux.

Ce qu'il fit, mais avec une branche morte tombée dans l'herbe.

Sarah referma la boîte.

- Respire. Reprends-toi.

Elle attendit que John ait repris une respiration normale avant d'ouvrir la boîte de nouveau.

Aussitôt, le corps de John se tendit.

Elle referma la boîte.

Elle recommença ce manège autant de fois qu'il fallut, jusqu'à ce que l'odeur se dissolve ou que John s'y habituât, il était incapable de dire.

- Ça ne sent même plus ! protesta-t-il, les nerfs en boule à force d'être autant sollicité.

Sarah esquissa un sourire.

- Ça veut dire que ça marche, dit-elle.

- Tu plaisantes !

- Bien sûr que non. L'odeur est toujours là, sauf que tu ne la sens plus. Elle ne te choque plus.

Le médecin sourit à son tour, sincèrement. Il progressait dès la première séance, c'était bon signe.

- Ça suffit pour ce soir, décida Sarah. Rentrons.

Ils prirent le chemin inverse. Mais à peine avaient-ils fait quelques pas que Sarah empoigna le col de John et l'entraîna derrière un buisson.

- Qu'est-ce qui te prend ? râla John, à qui venait des pensées inquiétantes du fait de la proximité avec son amie.

- Chut !

La jeune femme fixait un point, quelque part derrière les arbres.

- Couvre-toi le nez et regarde.

John s'exécuta. Effectivement, il distingua deux silhouettes sombres qui se mouvaient à travers la végétation. Elles étaient silencieuses et marchaient à pas de loup.

- Qui est-ce ? demanda-t-il, ne pouvant utiliser son odorat.

- Des vampires, murmura Sarah.

Le médecin retint un juron.

- Mais qu'est-ce qu'ils font ici ?

- Ils chassent.

- Mais il n'y a personne à cette heure-ci !

- Justement.

John la considéra, stupéfait.

- Ne me dis pas qu'ils…

- Si, ils chassent les cerfs.

- Mais les vampires ne consomment que du sang humain ! Le sang des animaux ne leur suffit pas ! A moins qu'ils…

L'ancien soldat se souvint soudain du jour où Sherlock était revenu de voyage. C'était à peine quelques mois plus tôt, pourtant John pensait qu'une éternité s'était écoulée depuis. Faute de sang humain, le médecin était allé lui acheter des morceaux de viande à la boucherie. Le détective en avait aspiré goulument le sang. Ce n'était pas grand-chose, mais cela avait été mieux que rien.

- Ils essaient de tenir comme ça, continua Sarah. Ça leur fait un certain temps. Et puis leur instinct reprend le dessus.

- Ils ont du mérite, salua John.

- Pas pour les cerfs, répliqua Sarah d'un ton acerbe.

Ah. C'était vrai que la jeune femme n'aimait pas les vampires. Les silhouettes s'évanouirent peu à peu.

- Ils ne nous ont pas sentis ? s'étonna le blond.

- Non, on était sous le vent.

Sarah se releva. Alors qu'elle prenait la direction de la voiture, John surprit une ombre sur son visage.

oOo

Les jours s'écoulèrent, alimentés de hauts et de bas. John explorait ses nouvelles capacités. Les premiers temps, il avait l'impression d'être submergé par ses sens. Depuis sa première transformation, ces derniers s'étaient considérablement développés. L'appartement de Sarah s'était peuplé d'odeurs insoupçonnées : le parfum de marque discret de la jeune femme qui était devenu capiteux, les crèmes et autres produits d'hygiène qui embaumaient la salle de bain, les vêtements qui sentaient la lessive, la chlorophylle des plantes vertes, le métal acre des radiateurs quand ils chauffaient, mais aussi le frigo quand l'une des deux personnes l'ouvrait, la poubelle – odeur la plus insupportable – ainsi que la légère remontée des canalisations que John n'avait même pas remarquée, avant. Le médecin remerciait le ciel que son amie n'utilisât pas de désodorisant d'intérieur. Bref, toutes ces odeurs formaient un tout qui devenait vite insupportable et qui le conduisait à sortir fréquemment prendre l'air. Mais, même quand il sortait, les gaz d'échappement et les égouts lui soulevaient le cœur, sans parler du métro qui était devenu inenvisageable ! Il passait donc une grande partie de son temps dans les jardins publics, malgré le froid. Heureusement qu'il supportait mieux les températures basses, sinon il ne savait pas comment il aurait tenu le coup. Lors de ses excursions, il remarquait que deux autres de ses sens avaient été améliorés : la vue et l'ouïe. Il se rendait compte qu'il arrivait à lire de très loin les panneaux des rues, les menus des restaurants et même les écrans des téléphones des gens par-dessus leur épaule. Son attention était attirée par tout ce qui bougeait : les voitures, les gens, les pigeons qui s'envolaient à son passage, mais aussi les chiens, pour qui il nourrissait une nouvelle curiosité. Il trouvait la rue bruyante, sans parler des engins de travaux qui étaient à deux doigts de lui donner une crise cardiaque. Donc les parcs étaient la solution, oui.

Sarah l'avait rassuré sur le fait que c'était ainsi les premiers temps et qu'il s'y habituerait vite. Le médecin ne voyait d'abord pas l'intérêt d'avoir des sens aussi développés mais avait fini par se dire que cela pourrait lui donner un avantage s'il était confronté à un criminel psychopathe ou à un vampire. Il prit donc son mal en patience en se disant que c'était comme la transformation : il suffisait de canaliser cela et tout irait bien.

Mais un point le chiffonnait plus que d'autres : il trouvait l'odeur de Sarah agréable. Pas son parfum évidemment, ni son shampoing, mais bien son odeur corporelle. Et, au bout d'un certain temps, il dut admettre que la jeune femme l'attirait, un peu comme cela avait été le cas avec Moran. Il sentait qu'ils étaient pareils et que cette ressemblance les rapprochait. Et il savait qu'il devait se méfier de ça. Il ne fallait pas qu'il mélange tout et que Sarah ne se fasse trop d'illusions.

John s'entraînait et arrivait de mieux en mieux à supporter l'odeur de Sherlock sans entrer dans de terribles transes. La progression était lente, mais sûre. Il arrivait peu à peu à sentir des tissus ayant été portés par Sherlock. Mais c'était au prix d'énorme efforts et concentration et de self-control. Le médecin prenait ces entraînements très à cœur. Il était dopé par la peur de ne jamais être capable de rentrer à Baker Street et l'idée de ne plus pouvoir côtoyer Sherlock lui mettait le cœur en morceaux. Il fallait qu'il arrive à se maîtriser, coûte que coûte. Alors il faisait de son mieux et entraînait Sarah au parc toutes les nuits. Quand il n'était pas dehors, il restait à l'appartement pratiquer les techniques de yoga que Sarah lui enseignait. Il était complètement néophyte dans ce domaine mais les résultats se firent sentir très vite. Il parvenait mieux à détendre ses muscles, à réguler sa respiration et à ralentir les battements de son cœur. Il faisait plusieurs séances par jour et sortait prendre l'air en attendait que son amie rentre du travail. Bref, si lui se mit une grosse pression, la jeune femme ne semblait pas du même avis, se contentant de lui dire d'être patient et de le féliciter pour ses petits progrès. Bien sûr, elle n'était pas pressée qu'il s'en aille.

Le médecin n'était pas dupe de l'attention que son amie lui portait. Elle lui avait aménagé la chambre d'amis avec goût, se montrait aimable et lui cuisinait de bons petits plats auxquels John n'était pas habitué. A Baker Street, un frigo plein relevait du miracle et le médecin ne comptait pas les fois où le repas se terminait en plats à emporter. Aussi n'était-ce pas désagréable, le fait-maison quotidien. On aurait dit que Sarah voulait l'habituer à des choses dont il aurait du mal à se passer quand il repartirait : une bonne cuisine, un intérieur rangé qui ne sentait pas la poussière, une personne qui ne se murait pas dans un silence cérébral et qui vous répondait toujours quand vous lui parliez. Et surtout, pas de restes humains dans le réfrigérateur. Mine de rien, c'était un gros point positif. John laissait Sarah faire. Parce que bien que tout cela soit plaisant, il n'en oubliait pas la raison de sa présence : Sherlock.

Le détective lui manquait. Et ce n'était pas facile. Se dire que son odeur, que le médecin chérissait auparavant, était devenue insupportable, lui minait le moral. Et si cela venait affecter l'amour que John lui portait ? Si, un jour, il se réveillait en n'étant plus amoureux de lui ? Cette idée lui donnait des frayeurs et il essayait de ne pas trop y penser. En tous cas, John téléphonait au détective tous les jours, lui détaillait ses progrès alors que le détective lui racontait ses enquêtes et comment il ignorait royalement son frère qui essayait de l'amadouer avec des affaires intéressantes. Apparemment, le coup du ministre dans son dos n'avait pas encore été digéré. Autrement, Sherlock avait l'air d'être pas mal réquisitionné par Lestrade ces temps-ci. John était jaloux, mais en même temps soulagé que son ami soit occupé. Il connaissait les tendances de Sherlock quand il s'ennuyait, alors quand il s'ennuyait sans John… Au moins, les dégâts étaient limités. En tout cas, entendre la voix du détective faisait un bien fou au médecin. Elle l'apaisait et, en même temps, ses vibrations de baryton lui donnait des frissons. Ce qui le laissait penser que les retrouvailles, quand elles auraient lieu, seraient loin d'être chastes.

La séparation eut néanmoins le mérite de démontrer que John était libéré de son addiction à la morphine. Depuis la fameuse pleine lune, il n'avait plus ressenti le moindre manque. Sans doute le loup ne ressentait-il aucun besoin de la substance et s'en moquait-il éperdument. Il ressentait certes la douleur mais cicatrisait à volonté, alors pourquoi s'en encombrer ? Voilà, tout n'était pas si noir, pensa le médecin.

Mais, depuis quelques temps, John stagnait. Il ne se transformait pratiquement plus au contact d'un objet ayant été porté par Sherlock, mais il n'arrivait pas à passer l'étape du « rester zen ». L'odeur de Sherlock l'irritait toujours. C'était comme si on lui disait des choses pas très plaisantes ou si on agaçait son bras avec le bout d'un bâton. C'était un stimuli qui ne demandait qu'à déclencher la chose monstrueuse qui résidait en lui. C'était extrêmement frustrant.

Un jour qu'il était un peu déprimé, et n'ayant pas grand-chose d'autre à faire – il ne travaillait plus depuis cette nuit de pleine lune, ayant été arrêté sur ordre de Mycroft – il commença à se poser des questions existentielles. Et coup de chance, Sarah était présente pour y répondre.

- Sarah, pourquoi les vampires et les loups-garous se détestent-ils autant ? demanda-t-il en entrant dans le salon.

La jeune femme était assise sur le canapé. Absorbée par son téléphone, elle ne semblait pas l'avoir entendu. En fait, elle paraissait inquiète. Ses sourcils étaient froncés, sa bouche entrouverte et ses doigts faisaient défiler nerveusement l'écran.

- Sarah ? Ça va ? s'enquit le médecin.

Cette fois-ci, elle sembla l'entendre. Elle secoua la tête, fermant brièvement les yeux.

- Ça va. Qu'est-ce que tu disais ?

Mais son empressement à cacher l'écran lui indiquait le contraire. Le médecin décida de ne pas se montrer indiscret.

- Pourquoi est-ce que les vampires et loups-garous ne s'entendent-ils pas ? Est-ce qu'il y a eu une guerre des clans ou quelque chose comme ça ?

- Oh.

La docteure ramena une mèche derrière son oreille.

- On ne sait pas trop. On pense que c'est parce qu'on se partage le même gibier : les humains. A la base, les loups-garous ne savaient pas se maîtriser et faisaient des ravages autour d'eux, privilégiant la viande humaine.

- Vraiment ? s'étonna le blond.

- Oui, le contrôle est récent et doit dater du… XIXe siècle si je ne m'abuse, quand les loups-garous ont eu accès à des substances chimiques pour les aider à se calmer. Cela a modifié leur comportement et leurs gènes. Leurs enfants sont devenus moins hostiles, plus dociles. C'est comme une évolution sur du très court terme, si tu veux.

Le médecin, qui s'était assis à côté d'elle, écoutait, fasciné. Il y avait donc une histoire des loups-garous ?

- Depuis quand existent-ils ? Et qu'est-ce qu'i la base ?

- Pfou, je répondrai la même chose à tes deux questions : on n'en sait rien. On a juste des témoignages tout au long de l'histoire qui nous laissent penser qu'en il en avait déjà dans l'Antiquité. Et c'est pareil pour les vampires, avant que tu ne me poses la question.

John acquiesça, songeur.

- Mais il y a largement assez d'humains pour les deux espèces ! fit-il remarquer, revenant à la question qui le taraudait.

Sarah eut un rire sincère.

- Il ne faut pas trop chercher le pourquoi du comment, John. C'est une haine naturelle et viscérale. Personnellement, je pense qu'elle dérive de la tendance de l'homme à tout vouloir s'approprier.

John respectait sa théorie. Après tout, cela lui semblait vraisemblable.

- Et tu en connais d'autres, des gens comme nous ? demanda le médecin.

- Oui, il y a quelques cas dans ma famille. C'est héréditaire, tu as quoi… à peu près quarante à cinquante pour cent de chances d'avoir le gène actif chez ton enfant.

- Ça veut dire que tu n'as jamais été mordue ?

- Non, je suis née comme ça.

La jeune femme posa son portable sur l'accoudoir du canapé.

- Ça doit faire des enfants turbulents, estima le médecin.

- De vrais petits diablotins, approuva-t-elle avec un sourire.

oOo

Le soir suivant, ils retournèrent à Richmond. John ne se lassait pas du calme de la nuit et des odeurs nocturnes agréables. Cette fois-là, Sarah le surprit en ayant apporté la fameuse écharpe de Sherlock qui avait mis John dans un état épouvantable le premier jour. Les écharpes étaient des vêtements qu'on lavait assez peu souvent, d'où leur tendance à absorber davantage les odeurs que les autres habits. Cette séance relevait donc d'un petit challenge.

- Allez, dit Sarah.

Elle ouvrit la boîte et, aussitôt, John comprit que ses craintes étaient fondées. Ses membres se tendirent et il avait soudain plus de mal à respirer. Ça revenait. Il recula d'un pas mais tint bon. La main tremblante, il sortit de sa poche la photo de Sherlock qu'il avait imprimée. L'objet l'aidait souvent et cette fois ne fit pas exception. A la vue de celui qu'il aimait, il sentait sa rage diminuer, diminuer, et tomber.

Alors qu'il restait essoufflé, Sarah ferma la boîte.

- Bien ! dit-elle.

John esquissa un sourire. C'était définitivement bon signe.

Mais sa satisfaction fut de courte durée. Une autre odeur provocante ne tarda pas à faire son apparition.

Et celle-ci, il la détesta mille fois plus que celle de Sherlock. Parce que si Sherlock était quelqu'un qu'il aimait profondément, celle-ci n'avait aucune circonstance atténuante.

- Sarah…

- Oui, je sens. Cela doit encore être des vampires en train de chasser. Mets ton écharpe sur ton nez et, quoi qu'il arrive, ne l'enlève pas.

Ils se cachèrent derrière deux arbres, leurs yeux balayant l'obscurité.

- Je ne les vois pas, murmura John à travers son écharpe.

Sarah ne répondit pas, son attitude sur le qui-vive démontrant qu'elle n'en savait pas plus que lui.

L'odeur perça à travers les mailles de l'écharpe et devint soudain difficile à supporter.

- Sára.

La voix derrière eux était rauque et glaciale. La manière dont le R était roulé trahissait un accent étranger.

John se retourna brutalement. Trois hommes bruns se tenaient là, mortellement pâles. Le médecin ne les avait pas entendus arriver.

Il recula, entraînant Sarah avec lui.

L'homme qui semblait le plus âgé commença à parler en langue étrangère à la jeune femme. A la manière dont elle comprenait et répondait, le médecin supposa que c'était du hongrois.

D'ailleurs, il n'aimait pas l'attitude de Sarah. Elle répondait avec véhémence et la peur se lisait au fond de ses yeux bleus.

- Qui est-ce, Sarah ? intervint-il.

Il attira le regard mauvais des trois vampires.

- Des connaissances qui n'ont rien à faire là, dit-elle, plus à l'attention des trois hommes qu'à lui.

- Tu pensais vraiment que tu te tirerais comme ça en Angleterre ? Après ce que tu as fait ? dit l'aîné.

Son accent était à couper au couteau.

- Je n'ai rien à voir là-dedans, maintenant allez voir ailleurs si j'y suis !

- Alors dis-nous où est Máté et on te fichera la paix.

- Je ne sais pas où est votre fichu Máté ! Certainement en fugue, à son âge !

- A moins qu'il ne soit six pieds sous terre ou réduit en cendres…

Sarah laissa échapper un grognement animal dissuasif.

- Je. Ne. Sais. Rien, articula-t-elle. On s'en va, John.

Sur ce, elle prit le médecin par l'épaule et leur fit faire demi-tour.

John n'était pas serein de tourner le dos à ces vampires visiblement mal intentionnés. Mais pour l'instant, il ne percevait aucun mouvement de leur part.

Il serrait toujours le tissu de son écharpe contre son visage et constatait avec soulagement que l'odeur s'évanouissait. Sarah, elle, le poussait toujours derrière le dos, le pressant d'avancer.

- Qu'est-ce qu'ils font ? demanda le blond.

- Rien. Contente-toi de continuer.

Il y eut un mouvement d'air, et John se retrouva par terre.

Sous le choc, son écharpe glissa de son nez et l'odeur heurta ses narines de plein fouet.

Il sentit qu'on le soulevait et qu'on lui donnait un coup dans la mâchoire. Puis deux. Et trois. A côté de lui, Sarah se démenait contre les deux autres vampires. Cette vision l'alarma car il avait des doutes sur la capacité de la jeune femme à résister à ces deux créatures sanguinaires. Mais son propre adversaire le rappela à l'ordre. Un autre coup suivit et l'os de sa mandibule craqua. Puis deux petits poignards se frayèrent un coup un chemin dans son cou. Mais cela n'avait plus d'importance. Déjà, son corps s'enfiévrait et prenait le relai.

John se dégagea et projeta le vampire au sol avec une force qui l'étonna. Il sentait son corps gonfler tandis qu'une rage insoupçonnée se répandait dans ses veines. Sa vision se fit plus précise, se concentrant sur l'être qui gisait au sol, lequel se remit vite de ses émotions. Et John se jeta sur lui. A présent, il luttait plus facilement. C'était comme si son adversaire avait perdu les trois-quarts de sa force et il n'avait aucun mal à le maintenir au sol. Le médecin était conscient qu'il s'était complètement transformé ; ses mains étaient devenues des pattes munies de griffes démesurées et il ne criait plus, non, il rugissait. Il se laissait couler et la bête venait prendre le contrôle de lui-même, rendue complètement folle par l'odeur des vampires et la mise en danger d'une de ses semblables. John devait défendre Sarah, il le sentait au plus profond de ses veines. Il devait protéger sa meute. Alors il lacéra le visage de son adversaire d'un coup de griffe, faisant gicler le sang. Et il le mordit sauvagement à la gorge.

Le vampire poussa un cri déchirant, si bien qu'il attira l'attention de ses deux confrères. L'un d'eux abandonna Sarah et se précipita sur John pour lui faire lâcher prise, mais ce fut peine perdue. John se repaissait déjà de la chair du Hongrois, creusant toujours plus la gorge. Ce n'était pas particulièrement bon – beaucoup trop froid et coriace à son goût – mais il n'avait pas le choix, il fallait qu'il mette cet individu hors d'état de nuire. Il était question de survie. Alors il continua de le dévorer, même quand le second vampire planta ses crocs dans son cou. De toute façon, sa victime ne bougeait presque plus, se contentant de se convulser et de cracher du sang par-dessus l'épaule de John. Elle était à deux doigts de la mort. Là, ça y est, elle avait abandonné. Son corps n'était plus qu'une poupée de chiffon.

Cela calma John. Ou peut-être était-ce cette sangsue qui lui pompait toute son énergie. Parce que oui, elle était toujours là, accrochée dans son dos. Définitivement, ce devait être cela. Il fallait qu'il s'en débarrasse. Il s'ébroua, tenta de l'attraper mais ses bras n'avaient pas le bon angle. Et surtout, le bougre s'accrochait. Malgré tous ses efforts, il n'arrivait pas à le faire bouger d'un pouce. Impuissant, il sentait ses forces décliner. Le moindre geste commençait à lui coûter une énergie exagérée. Il lutta, mais rien ne venait l'aider. Il ne faisait plus le poids. Il avait beau surpasser la force d'un vampire, la perte de sang et l'action combinée de la morphine n'en étaient pas moins insidieux. Et pourtant, non, il ne pouvait pas mourir comme ça ! Sherlock, Sarah avaient besoin de lui ! Mais son corps ne semblait pas de cet avis. Peu à peu, un voile noir vint recouvrir sa vision.