Coucou les gens ! Je reprends mon rythme de publication d'un chapitre par semaine :D
Pour info, j'ai terminé d'écrire cette fic. Ça fait un petit vide dans ma vie mais bon, toutes les bonnes choses ont une fin ! Je vous annonce donc que cette fic aura 40 chapitres (j'aime les chiffres ronds !) dont un épilogue.
Mais ce n'est pas encore fini ! Pour le moment profitez du chapitre 37 :D
Merci à Mimi Kitsune, Animevivie et Guest pour leur review !
Guest : oh merci beaucoup, ton compliment me va droit au cœur ! J'adore surprendre les gens :D
Animevivie : Et oui des rebondissements sinon on s'ennuierait ;D Sherlock ne sera pas trop présent dans ce chapitre mais il reviendra vite !
Bonne lecture !
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Le Fléau : Chapitre 37
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- John ! John !
La voix semblait venir de loin. Le médecin sentait des pincements désagréables sur ses joues, alors que sa vision se reconstituait progressivement. Il se trouvait visiblement dehors, étant donné le froid ambiant. Mais il détectait une source de chaleur et de lumière, quelque part autour de lui.
- John, tu n'as rien ?
Sarah était penchée sur lui, visiblement inquiète. Le médecin s'aperçut qu'il était recouvert d'une couverture. Et qu'il devait être probablement nu en-dessous. Quelque chose de poisseux encrassait son visage, son buste et ses mains. Du sang. Il était couvert de sang. Alors il se souvint. Des vampires hostiles. De sa transformation dévastatrice. De son deuxième adversaire qui avait failli lui ôter ses dernières forces. Où étaient-ils, à présent ? Horrifié, il s'essuya sur la couverture. Il se redressa et la tête lui tourna.
- Doucement !
Sarah s'avança pour le soutenir mais John la rassura d'un geste.
- Je vais bien, je vais bien. Où est…
C'est alors qu'il identifia la source de chaleur. A une dizaine de mètres, quelque chose qui ressemblait à un cadavre était en train de se consumer.
- Ne me dis pas que…
- Si, c'est le premier vampire qui t'a attaqué.
- Putain… maugréa-t-il, pas enchanté d'avoir un homme, aussi mal intentionné fut-il.
Mais c'était nécessaire. C'était nécessaire.
- Où sont les autres ?
- J'ai réussi à les mettre en fuite. Ils étaient salement amochés.
- OK…
Le médecin déglutit, digérant les informations. Son cou lui faisait mal. Il passa prudemment la main dessus et constata qu'il y avait du sang également.
- C'est là où le second t'a mordu, dit Sarah. Ça va cicatriser.
- Je sais.
John se frotta les mains pour disperser le sang.
- Je crois que tu me dois une ou deux explications, dit-il.
- Je crois que je te dois surtout un bandage et un thé bien chaud. Et des vêtements propres, ajouta-t-elle en avisant la couverture. Allez viens, on rentre.
Le médecin rougit en comprenant qu'elle l'avait vu nu avant de l'envelopper dans le tissu, mais se consola en se disant qu'elle était médecin et qu'il n'était pas le premier homme à s'être retrouvé en petite tenue devant elle.
Une heure plus tard, John avait nettoyé la blessure, enfilé des vêtements propres et tenait dans ses mains une tasse de thé fumante.
- Tu es sûr que ça va ? s'inquiétait toujours la jeune femme.
Ils s'étaient installés à la table du salon. John la rassura une énième fois, précisant qu'il n'avait pas trouvé d'autres blessures alors qu'il se changeait dans la salle de bain.
- Bon, alors c'est quoi cette embrouille ? embraya-t-il. Tu les connais, ces types ?
Sarah prit une grande inspiration. Elle se tenait très droite, avisant sa tasse dans ses mains.
- D'abord, je veux que tu saches combien je suis désolée de t'avoir entraîné dans cette histoire.
- Ah, parce que je devine que ces vampires ne vont pas nous lâcher, c'est ça ?
Sarah soupira.
- Pas tant qu'ils n'auront pas obtenu ce qu'ils veulent.
- Ce prétendu Máté ? avança le médecin.
La jeune femme prit une gorgée, puis posa sa tasse avec mesure. Elle prenait son temps pour choisir ses mots.
- Ce sont les raisons familiales qui ont motivé mon dernier voyage en Hongrie. Et elles impliquaient Katalin, ma petite sœur.
- Tu as une sœur ?
- Et oui. Une seule, ce qui suffit amplement.
Elle touilla avec sa cuillère.
- Katalin est bien plus jeune que moi : maintenant, elle a dix-neuf ans. C'est un loup-garou. Elle a toujours été une fille très… agitée. C'est la raison pour laquelle elle a grandi en Hongrie et non à Londres, avec moi. Enfant, elle était insupportable, si bien que mes parents ont fini par jeter l'éponge et l'ont confiée à ma tante, Valeria. Pour leur défense, je leur donnais déjà assez de fil à retordre, ajouta-t-il avec un petit sourire. Bref, toujours était-il que nous nous sommes peu vues dans notre jeunesse, mais nous avons appris à nous connaître une fois adultes. Et nous nous sommes bien entendues.
Sarah retira sa cuillère du thé et la lécha, avant de la reposer sur la soucoupe.
- Tout allait bien en Hongrie, jusqu'à il y a quelques mois. Ma tante a appris que Katalin voyait un jeune homme. Jusque-là, rien de bien alarmant, à part peut-être pour Valeria qui préférait que Katalin se concentre sur ses études. Mais… le jeune homme en question, ce Máté, n'était pas quelqu'un de recommandable. Et pour preuve, c'était un vampire.
- Oh. Ça peut créer quelques tensions, effectivement, constata John. Mais…
Le médecin entremêla ses mains, posant ses coudes sur la table.
- Comment est-ce possible ? Les deux espèces ne sont-elles pas censées se détester ? Ce n'est pas viscéral, comme tu avais dit ?
- Ça l'est. Une telle histoire n'aurait jamais pu arriver dans des conditions normales.
- Et que s'est-il passé ?
Sarah le regarda d'un air un peu dur.
- La même chose qu'entre toi et Sherlock. L'un des deux a été transformé entretemps.
John sentit une lueur d'espoir s'allumer en lui.
- Et ça fonctionnait ? Ça marchait entre eux ?
- Marcher est un bien grand mot, répliqua la jeune femme avec dédain. Ils arrivaient à se supporter, si c'est ce que tu veux dire. Katalin est une louve native, elle est née comme ça. Tandis que Máté a été vampirisé par ses frères : Sebestién – l'aîné, celui qui nous a interpellés –, Vilmos – celui qui s'est mis à boire ton sang – et Gergő – celui que tu as tué. Ils ne voyaient pas cette idylle d'un bon œil. Et, malgré tout le mépris que je leur porte, je dois admettre qu'ils n'avaient pas tort.
Sarah fit une pause, sirotant son thé.
- Ils pensaient que la transformation de Máté résoudrait le problème. Mais ça n'a fait que l'empirer. Máté a coupé les ponts avec sa famille. Il s'est sauvé et a dû surmonter seul sa nouvelle vie. Comme tu peux l'imaginer, faute de pouvoir se contrôler, il a fait un carnage dans la région. Sa famille a fini par remettre la main sur lui et il a bien dû accepter leur aide. Il s'est calmé. Katalin était désespérée de ne plus pouvoir le voir mais tout le monde était très content comme ça. Enfin, sauf Máté, bien entendu.
La jeune femme grignota un biscuit.
- Et évidemment, les choses ne sont pas restées longtemps comme ça. Katalin a réussi l'exploit auquel tu travailles : s'habituer à l'odeur de son amant. Cela a pris du temps, mais elle y est parvenue, et ils ont recommencé à se voir. En cachette, d'abord. Puis ils ont été percés à jour et ma tante, démunie, s'est tournée vers moi car d'après elle j'étais la seule à pouvoir raisonner ma sœur. Et comme Katalin refusait de répondre au téléphone, j'ai dû me rendre sur place. Je ne suis pas parvenue à la faire changer d'avis, malgré tous mes efforts. Un jour, je l'ai suivie. Et je remercie encore le ciel de l'avoir fait.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Apparemment, Katalin autorisait Máté à boire son sang, et ce qu'il faisait quand je les ai trouvés. Je me rappelle, ils s'étaient cachés dans un vieux bâtiment à la périphérie de la ville. Je me suis glissée à la fenêtre et j'ai vu… Katalin dans ses bras, inconsciente et pâle comme la mort. Alors j'ai vu rouge. Je me suis battue avec Máté et je l'ai mordu.
La jeune s'interrompit, baissant les yeux. Comme elle ne semblait pas vouloir continuer, John demanda :
- Et ?
Sarah déglutit.
- Si l'inverse n'est pas vrai, la morsure d'un loup-garou est fatale pour un vampire. Donc je l'ai tué.
John compatit pour ce jeune homme pris dans les évènements, mais marqua un temps d'arrêt en réalisant ce que cela impliquait.
Réfrénant le stress qui commençait à l'envahir, il s'adossa à la chaise et croisa les bras, l'air blasé.
- Ça non plus, tu n'as pas jugé utile de me le dire avant de me transformer ? Que je pouvais carrément tuer Sherlock ?
Sarah resta de marbre.
- Putain, j'aurais pu le tuer quand je me battais avec Moran ! s'exclama le médecin. J'ai eu l'occasion de le mordre à plusieurs reprises ! Est-ce que tu réalises que…
- Est-ce que ça t'aurait fait changer d'avis ? le coupa Sarah.
John était sur le point de répondre que si, cela aurait pu peser dans sa décision, avant de reconsidérer la question. Aurait-il été prêt à renoncer à l'unique solution dont ils disposaient pour cela ? C'était risqué, mais Mycroft avait raison : il n'aurait pu tenir le coup éternellement. La perspective d'abandonner Sherlock quand le médecin serait arrivé au terme de sa vie le déchirait. Non, il aurait sans doute relevé le défi.
Il se calma et commença à se masser les tempes.
- Et Katalin, où est-elle en ce moment ?
- En sécurité. Je l'ai mise dans un avion pour les États-Unis. Elle m'en veut à mort mais ils ne risquent pas de la retrouver là-bas.
- Et c'est quoi la suite, alors ? J'imagine qu'on ne va pas expliquer tout ce que tu viens de me dire gentiment aux frères de Máté ? Ils risquent de mal le prendre.
- Ils savent que nous sommes à Londres, mais je ne pense pas qu'ils sachent où nous habitons. Ils m'ont envoyé un texto prétendant le contraire, il y a quelques temps – tu sais, la fois où je t'ai paru inquiète, quand j'étais sur mon téléphone. Mais à mon avis, c'est du bluff. Non, je pense qu'il faut faire profil bas quelques temps, s'enduire de parfum et porter un bonnet et une écharpe quand nous sortons. Et surtout, ne pas retourner à Richmond Park, ni dans aucun parc d'ailleurs. Ils finiront par baisser les bras et nous laisser tranquille.
- Ils m'avaient l'air bien déterminés, fit remarquer John.
- Londres est grande et anonyme. Il y a un pourcentage infime pour qu'ils nous tombent dessus une seconde fois.
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Sarah n'était pas une combattante. John l'avait compris à la minute où elle s'était sauvée quand elle avait attaqué Sherlock, sur le pont de Waterloo. Il ne lui avait alors tiré qu'une seule balle dans le mollet, pourtant cela avait suffi à la mettre en fuite. Elle ne devait pas avoir l'habitude de se battre et John était même étonné qu'elle l'ait fait. Elle devait vraiment être désespérée pour faire cela. Cela laissait John un peu déconcerté. Que représentait-il vraiment pour elle pour qu'elle agisse ainsi ? Ils avaient flirté un certain temps avant de devenir amis mais, vraisemblablement, la jeune femme en pinçait encore pour lui. Et il n'était pas impossible que l'exemple de sa petite sœur vienne se refléter sur lui. Elle avait peur pour lui. Oui, ce devait être un peu de tout cela. John comprenait mieux sa réaction dans le café quand elle avait percé à jour son secret. Elle voulait le protéger.
Mais prendre les devants et débusquer les vampires pour leur faire la peau, elle n'y songeait pas. Elle n'était pas comme Sherlock, féroce, à remuer des montagnes pour garantir la sécurité de John. Elle était plutôt paisible, fidèle à ce que John connaissait d'elle, à attendre que la tempête passe. C'était un autre style de vie, moins dangereux. Mais qui, il fallait tout de même le reconnaître, comportait sa part de risque s'ils étaient un jour retrouvés.
C'est pourquoi John insista pour mettre Mycroft au courant de l'affaire. Sarah était d'abord sceptique, habituée au secret et peu désireuse d'impliquer d'autres personnes dans ses affaires. Mais elle dut reconnaître que la situation s'était envenimée depuis l'instant où elle avait tué Máté. Ses frères étaient en Angleterre, quelque part dans la capitale, et criaient vengeance, sans compter que John était en danger à présent. Elle n'avait plus le choix.
Mycroft avait vite réagi. Le lendemain de l'agression, Sarah et John avaient deux gardes du corps devant leur porte et une petite douzaine dans le quartier. Le médecin lui avait donné le signalement des deux hommes ainsi que leurs noms pour qu'il puisse les retrouver. Peut-être l'homme d'État arriverait-il à leur mettre la main dessus.
En plus de ne pas être serein à cause de cette menace, John avait le moral à zéro. Lors de cette attaque soudaine, il avait perdu son sang-froid, et bien comme il faut, puisqu'il était allé jusqu'à égorger un homme et à commencer à le dévorer. Il avait consommé de la chair humaine, merde. Certes, son comportement avait été dicté par l'urgence de la situation et son inquiétude à propos de la sécurité de Sarah. Mais tout de même. Il réalisait à présent de quoi il était capable et avec quelle facilité il avait perdu le contrôle. Et cela ne lui plaisait pas du tout.
Et par-dessus tout, Sherlock lui manquait. Sa présence, ses bras, sa peau lui manquaient. Après tout, ils étaient passés d'une vie sexuelle intense à une séparation quasi totale. Et là, il avait l'impression d'avoir fait un énorme pas en arrière et que leurs retrouvailles s'éloignaient à vue d'œil. Il réussissait certes mieux à supporter l'odeur de son ami, mais que se passerait-il s'il pétait un câble à chaque fois qu'un vampire se trouvait à proximité ? Il deviendrait un danger pour la population et aussi pour Sherlock qui pouvait se prendre une morsure non désirée. Non, il n'était pas encore prêt à rentrer à la maison. Il appela Sherlock comme d'habitude, mais ne lui toucha pas un mot de l'agression. Il ne voulait pas que son ami s'inquiète pour lui et surtout, si le détective en avait vent, il prendrait des risques pour lui ou essayerait de le rejoindre pour le protéger. Mais John ne sentait pas prêt à le côtoyer. Surtout pas après ce qu'il s'était passé.
Le soir, Sarah rentra tard du travail. Elle avait appelé John plusieurs fois dans la journée pour s'assurer que tout allait bien et semblait considérablement fatiguée. L'ancien soldat ne savait dire si c'était dû à la journée qu'elle venait de passer ou à l'inquiétude, mais il était probable que ce soit un peu des deux. John n'était pas mieux, déprimé qu'il était. Ils dînèrent dans un climat un peu tendu. Le médecin tenta d'engager la conversation mais Sarah restait silencieuse, lui répondant vaguement. Il n'insista pas. Il nota qu'elle se resservit plusieurs fois en vin et il but un peu lui aussi, il en avait besoin. Quand ils eurent fini, il l'aida à débarrasser la table et à faire la vaisselle. Puis il se retira dans sa chambre.
Allongé sur le lit, il passa un moment à admirer le plafond d'un air morne. Ce dernier lui rendait sa morosité et ne l'aidait pas. Il ferma les yeux et somnola un moment. Ce fut le son d'un toc-toc qui l'éveilla. Il consulta le radioréveil qui était posé sur la table de chevet. Vingt-trois heures trente-deux. Il avait dormi trente minutes en ayant l'impression de deux.
- Oui ? dit-il.
Sarah entra d'un air hésitant. Ses traits étaient encore plus tirés que tout à l'heure et ses yeux minuscules et un peu rouges. Peut-être avait-elle pleuré.
Qu'est-ce qu'il y a ? s'enquit le médecin, saisi par un sentiment de compassion.
La jeune femme s'avança dans la pièce, serrant son gilet autour d'elle. Si John n'avait su qu'elle était capable de se transformer en une bête terrifiante, il l'aurait presque trouvée fragile.
- C'est juste que… je suis désolée de ce qui arrive. On les a énervés, on a tué l'un d'entre eux. Enfin… toi. Maintenant, ils vont te poursuivre sans relâche et… Je suis désolée, John. Je t'ai entraîné dans tout ça… Pardon…
Sa voix se brisa et elle fondit en larmes.
Le médecin se leva et la fit assoir gentiment sur le lit. Il lui prit les deux mains et capta son regard.
- Sarah, écoute. L'avantage – ou l'inconvénient, je ne saurais dire – de vivre avec Sherlock, c'est que je suis abonné à ce genre de situation. C'est devenu une habitude pour moi de courir après les criminels, et après des monstres depuis quelques temps. Je suis venu à bout de ce sauvage de Moran, tu crois que ce sont deux petits vampires qui vont faire la différence ?
- Ne les sous-estime pas, ils peuvent être redoutables, contesta la jeune femme.
- D'accord, mais on est deux, sans compter tous les hommes que Mycroft a mis sur le coup. On fait le poids, Sarah, largement. Ils ne nous auront pas comme ça, d'accord ?
Elle essuya ses larmes.
- Oui, c'est vrai, tu as raison, conclut-elle.
Elle soupira, entremêla ses mains dans un geste nerveux.
- Je suis désolée, dit-elle d'un air gêné. Je ne sais pas ce qui me prends, je dois être un peu sur les nerfs…
- On est tous un peu à cran, dit le médecin avec un sourire.
La jeune femme renifla, et le médecin la trouva d'un coup adorable. Elle avait besoin d'aide, elle avait besoin de lui et John, fidèle au chevalier servant qu'il était, se devait de venir à son secours. Sans compter qu'il se sentait attiré par elle en cet instant. Il la prit dans ses bras et respira son odeur agréable.
Il ne sut dire à quel moment cela dérapa. Cela lui faisait du bien de sentir le contact d'une autre personne après ces semaines passées sans Sherlock, d'autant plus si c'était une jeune femme jolie comme Sarah. Et John avait perdu l'habitude de cela : de toucher un être humain déjà chaud, et surtout une femme. Il avait presque oublié le plaisir qu'il ressentait à caresser des formes délicates, qui ne risquaient pas de le broyer à chaque instant. Et puis, Sarah sentait bon. Il ressentit une sympathie immense pour cette jeune femme qui était sa semblable et qui le comprenait. Alors il ne réagit pas immédiatement quand Sarah se redressa et commença à l'embrasser. Il répondit malgré lui et la laissa nouer ses bras autour de son cou. Cette sensation de tenir un corps doux et gracile entre ses mains. Ces seins qui se pressaient contre sa poitrine. Ces lèvres fines. Cela faisait si longtemps… et si cela pouvait aider Sarah à se sentir mieux…
La jeune femme glissa soudain ses mains en-dessous de sa chemise, ce qui interpella John. Le médecin eut un éclair de lucidité.
- Non, dit-il.
Il lui avait attrapé une main et avait adopté une posture défensive.
Sarah, interloquée, le dévisagea.
- Pourquoi ?
Comme John ne répondait pas, essayant de recouvrer ses esprits, elle se leva et alla se planter devant la porte.
- Pourquoi, John ? s'exclama-t-elle soudain. Pourquoi Sherlock ?
Surpris, le médecin ne s'attendait pas à une crise de jalousie, ni à la voir autant blessée. Ses traits étaient déformés par le chagrin et la colère.
- Tu n'es pas gay, que je sache ! Tu aimes les femmes vu toutes celles que tu as courtisées ! Et tu veux des enfants, tu me l'as dit quand nous parlions de nos projets, les premiers temps où on se connaissait ! Tu ne trouveras rien de tout cela avec Sherlock.
Elle reprit son souffle. Elle haletait, à présent.
- Il n'y a rien de positif en Sherlock. Sherlock s'accroche à toi car il est incapable de vivre sans toi. Il a besoin de toi pour ses enquêtes, il a besoin de toi pour que votre appartement ne ressemble pas à un taudis, il s'ennuie quand il est tout seul et oh, j'allais l'oublier, il veut ton sang ! Il t'utilise, John ! Et qu'est-ce que tu as en retour ? Une reconnaissance pitoyable, des sautes d'humeur et une menace qui pèse sur ta tête ! Alors réponds-moi, John : pourquoi Sherlock ?
John rit intérieurement. Il devait reconnaître à quel point Sarah avait raison même si, aveuglée par sa jalousie, elle oubliait le principal.
- Parce que je l'aime, répondit le médecin avec un calme qui l'étonna.
Au fond de lui, il savait qu'il avait raison. Rien ne pouvait remplacer Sherlock, pas même un joli corps féminin dont il était pourtant friand, ni une garantie qu'il n'y ait plus jamais d'accident avec le détective. Ni même des enfants qui courraient dans ses jambes, chose qu'il avait convoité quand il était rentré à Londres après son service en Afghanistan. Et pas non plus une épouse douce et aimante. Tout cela ne faisait plus le poids après ce à quoi Sherlock l'avait habitué.
C'est pourquoi il était désormais serein et sûr de sa décision.
Les larmes montèrent de nouveau aux yeux de Sarah, comme si elle comprenait tout cela. Elle s'éclipsa sans un mot.
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Le lendemain, Sarah s'excusa. Manifestement, elle avait perdu les pédales à cause de l'effet conjugué de l'alcool, de la fatigue et de l'inquiétude. Au petit-déjeuner, elle déclara se sentir mieux et prête à envisager les conséquences de l'autre soir sanglant. Et surtout, elle ajouta qu'elle ne se mettrait plus entre Sherlock et lui. C'était le choix de John et elle le respectait.
Ils purent donc recommencer d'un bon pied les entraînements. Ils laissèrent la pleine lune passer, nuit que John passa dans une cellule sécurisée des locaux du MI5 – ils avaient pris l'habitude de faire ça puisque c'était le seul moment où le médecin était complètement impuissant face aux évènements. Puis ils s'y remirent. John, qui avait été découragé par sa perte de contrôle de l'autre jour, mit les bouchées doubles. A présent, il conservait toujours quelque chose de Sherlock dans sa chambre – un gant, un morceau de tissu que le médecin lui avait demandé de porter sur lui, etc – afin de s'habituer à son odeur en permanence. Et il y arrivait. Sans rien casser, d'ailleurs. Il parvenait à inclure ce paramètre dans son espace vital. Si bien qu'il fit rapidement de gros progrès. Il reprit espoir. Il arriverait un jour à revoir Sherlock.
Si bien qu'un jour, Sarah décida de passer à la phase 2.
- On va déclencher ta transformation, annonça-t-elle. Ça te permettra d'une, à apprendre à la canaliser, et de deux à décider quand tu veux te transformer.
- D'accord, mais comment veux-tu t'y prendre ?
Les yeux de Sarah se posèrent sur la boîte contenant l'écharpe de Sherlock.
- Tu n'y penses pas ! protesta John. Jusqu'à présent, tu m'as appris à me contrôler quand je m'approche de cette écharpe et maintenant, tu veux que je cède ? Ce serait ruiner tous nos efforts !
- Tu as raison, en effet, concéda Sarah.
John soupira. Apparemment, malgré ses excuses, la jeune femme n'abandonnait toujours pas l'idée de mettre le grappin sur lui.
- Je te dirai tout sur place, dit-elle.
Comme ils ne pouvaient plus risquer de s'aventurer dans les parcs publics, ils trouvèrent un entrepôt désaffecté dans le quartier de Nine Elms, non loin de Battersea. Comme toujours quand ils sortaient, ils avaient pris garde à ne pas être suivis. Et, apparemment, ils ne l'étaient pas.
Ils pénétrèrent dans le bâtiment et, après s'être assurés qu'il n'était pas squatté, Sarah annonça :
- Bon, on va faire comme ça. Tu vas penser à quelque chose qui va t'énerver et tu vas te concentrer dessus. Tu ne penseras qu'à ça et tu laisseras ton corps prendre le relai. Quand tu te seras transformé, tu vas essayer de te calmer pour retrouver ta forme humaine. Pour ça, tu n'auras qu'à mettre en pratique ce sur quoi nous avons travaillé jusqu'à présent.
- OK.
John releva la tête.
- Et si ça dérape ? Si je deviens incontrôlable ? Je ne veux pas te blesser !
- Je n'ai pas eu tant de mal que ça à te maîtriser, la première fois.
C'était vrai. Sarah l'avait calmé en un rien de temps quand il avait attaqué Sherlock. Même si elle n'aimait pas se battre, elle n'en restait pas moins redoutable.
- Juste… ne pense pas à quoi que ce soit d'énervant à mon égard. Si tu m'en veux personnellement… ça pourrait compliquer les choses.
Le médecin hocha la tête. C'était compréhensible.
Il ferma les yeux. Prit du recul.
Il pensa à Moriarty. C'était Moriarty qui était à l'origine de toute cette pagaille. C'était lui qui avait forcé Sherlock à se suicider – plongeant par la même occasion John dans une longue traversée du désert – et lui qui était la cause de la chasse à l'homme de Sherlock en Europe de l'Est et dont John connaissait bien l'issue. C'était à cause de lui que Sherlock était devenu ce qu'il était. Comme si ça ne suffisait pas, Moriarty avait tenté de dérober Sherlock à John et l'avait manifestement séduit, à sa manière. Sans compter que Moriarty avait tenté de tuer John à plusieurs reprises – John avait perdu le compte !
Moriarty était sans conteste l'être le plus détestable que John eut croisé dans sa vie.
Ça y est, ça montait. Ce feu bouillonnant qui rendait John tellement plus fort. Il parcourait ses veines, ses muscles, ses nerfs. Son corps devenait plus dur, plus vivant et, quand il ouvrit les yeux, il découvrit une Sarah dont la taille avait incontestablement diminué.
Il y était.
- Bien, John, dit-elle. Maintenant, calme-toi.
Facile à dire. En fait, John n'en avait pas la moindre envie. Tout ce qu'il voulait, c'était retrouver cette pourriture de Moriarty et le mettre en pièces. Moriarty devait avoir ce qu'il méritait. John devait faire justice pour Sherlock. Il regarda autour de lui. Où était-il ? Se trouvait-il dans cet entrepôt ? Le médecin avait l'impression d'entendre son rire insupportable résonner à ses oreilles. Ah, c'était comme ça qu'il le prenait ? Il se moquait de lui ? Il allait voir, cet enfoiré ! Il pouvait rire, John était aussi puissant que lui désormais ! Voire même plus ! Il allait le retrouver et lui arracher les membres les uns après les autres ! Et après, il…
Il rugit, comptant bien faire trembler celui qu'il haïssait par-dessus tout.
- John, ça suffit, clama Sarah. Respire.
Qu'est-ce qu'elle racontait ? Bien sûr que non, ça ne suffisait pas ! Elle ne comprenait pas ! Tout cela était de la faute de Moriarty et elle, elle le laisserait s'en tirer ? Sarah était trop gentille, elle était incapable de venger qui que ce soit. Alors il ne fallait pas l'écouter.
- John, je suis sérieuse ! Reprends-toi ! Rappelle-toi qui tu es !
Oui, John Watson, ancien médecin militaire, toujours médecin d'ailleurs, et compagnon de Sherlock Holmes. Il savait tout cela. Et justement, il ne pouvait laisser passer cela.
Alors il prit la direction de la sortie.
- John ! Moriarty est mort !
John s'immobilisa. Non, ce n'était pas possible. C'était une ruse.
- Sherlock l'a tué en lui plantant un couteau dans le cœur !
Oh.
Oui, il se souvenait, à présent. Un sous-sol mal éclairé, sans fenêtre, lugubre. Moriarty gisant à terre, la bouche en sang, le regard vide. John n'avait plus aucune raison de donner libre cours à sa rage. Sherlock avait été vengé. D'ailleurs, le détective s'était fait justice lui-même. Peu à peu, John se sentit fondre. Sa colère le quittait. Soudain, il eut froid. Il s'aperçut alors qu'il était nu devant Sarah.
La jeune femme soupira et ouvrit le sac à dos qu'elle avait apporté.
- Désolée pour tes vêtements, dit-elle en le rejoignant pour lui tendre des habits de rechange, détournant le regard.
John les prit et se tourna pour les enfiler.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? balbutia-t-il quand il se fut rhabillé.
- La transformation altère la perception de la réalité ainsi que les souvenirs, expliqua-t-elle. Tu t'es si bien concentré sur ton objet de contrariété que ton imagination a pris le dessus. Tu as fini par y croire. Mais au moins, ça a marché. Tu t'es transformé sur demande, mais tu as réussi à redevenir un être humain. Et je peux m'estimer heureuse que tu ne m'aies pas prise pour Moriarty.
C'était vrai. C'était déjà un bon point.
Mais John secoua la tête.
- Je ne comprends pas. Qui t'a parlé de Moriarty ?
Sarah s'éclaircit la gorge, un peu gênée.
- Pendant que tu étais dans les vapes après avoir attaqué Sherlock, dans le bâtiment du MI5, j'ai eu une petite discussion avec Mycroft. Nous prévoyions que je t'aide à surmonter ta nouvelle condition. Alors, pour éviter le genre de débordement qui vient de se passer, je lui ai demandé tes principaux sujets de rancœur.
Le médecin laissa aller sa tête en arrière, désabusé.
- Et il t'a tout raconté.
- Oui, je suis au courant de ce qui s'est passé avec ce vampire.
- C'était vraiment un être immonde, cracha John. Et d'ailleurs…
- Je te crois, je te crois, le coupa Sarah en levant les mains. Et on va en rester là car sinon, c'est reparti pour un tour.
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A présent que John était conscient qu'il pouvait perdre pied avec la réalité quand il était transformé, il faisait plus attention. Il prenait garde de repasser mentalement ses souvenirs afin de rester lucide. Ce fut un peu compliqué au départ car il avait tendance à s'énerver très vite quand il pensait à Moriarty mais, peu à peu, cela fonctionna. La transformation se fit plus fluide, plus facile. Il parvint à la maîtriser. Mais était-il pour autant capable de dompter l'animal en lui ? Etait-il cent pour cent sûr que, s'il croisait des vampires à nouveau, il n'allait pas leur sauter à la gorge ? Cela restait à prouver mais, dans l'ensemble, John était assez optimiste. Il avait retrouvé confiance en lui. Si bien qu'un jour, il ouvrit la boîte contenant l'écharpe de Sherlock et l'emmena dans sa chambre. Il resta un moment à humer son odeur. Cela faisait un moment qu'il ne la trouvait plus repoussante et qu'elle ne le faisait plus sortir de ses gonds. Ce soir-là, il la reconnut vraiment. C'était celle de son amant, celle que John respirait quand il passait près de lui, quand il l'embrassait, ou quand ils faisaient l'amour. Elle était merveilleuse, réconfortante, et il n'avait plus la moindre envie de se séparer de cette satanée écharpe. Alors il s'endormit avec.
Le lendemain, Sarah l'attendait de pied ferme dans la salle à manger, à côté de la boîte vide. Elle ne semblait pas particulièrement enthousiaste mais, au moins, elle avait compris.
- Je crois que tu n'as plus besoin de moi, désormais, dit-elle.
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Le retour de John à Baker Street fut programmé une semaine plus tard, le temps de s'assurer que le médecin ne refasse pas une rechute. Le jour du départ, il remercia chaleureusement Sarah de sa coopération, avec un petit pincement au cœur. Tout cela était ingrat pour elle, après tout ; elle ne retirerait rien de ce temps passé avec John, à part une amitié ordinaire. Au contraire, elle le poussait dans les bras de Sherlock, ce qui était la dernière chose qu'elle aurait fait en d'autres circonstances. Mais elle avait tenté sa chance, et elle avait échoué. Au final, elle s'était montrée loyale et John lui serait éternellement reconnaissant de cela. Il continuerait à la voir, en tant qu'amie. De toute façon, elle était la seule loup-garou qu'il connaissait.
On avait prévenu John qu'il y aurait des agents à proximité du 221B Baker Street, prêts à intervenir au moindre problème. Mais il ne les repéra même pas. Tout ce qu'il voyait, c'était cette porte bleu marine bien connue, et puis cet escalier qui lui semblait bien haut. Et enfin la dernière porte qu'il poussa fiévreusement.
Sherlock se tenait au milieu du salon.
