Hello tout le monde !
Et voici le dernier chapitre avant l'épilogue, avec encore un peu d'action :D
Merci à Liseron et Animevivie pour leur review !
Liseron : et oui de charmantes retrouvailles ^.^
Animevivie : ils arrivent de nouveau à se supporter l'un l'autre et en plus ils s'adorent ! Mais tu as raison, les ennuis vont revenir ;D
Bonne lecture !
oOo
Le Fléau : Chapitre 39
oOo
John sortait tranquillement de la clinique. Il consulta son portable, chose qu'il n'avait pu faire depuis le repas de midi tant il avait été occupé. Oh. Un message de Sarah.
Coucou ! Ce soir je vais à l'anniversaire de Charlotte, tu sais l'amie dont je t'ai parlée une fois. Elle fait une soirée et tu es invité aussi ! Allez viens, s'il te plaît, ça me fera plaisir :-) Sarah
John ne se rappelait pas d'une quelconque Charlotte mais, après tout, Sarah pouvait beaucoup jacasser quand elle s'y mettait. Il était sur le point de refuser en pensant à la crise de jalousie que Sherlock lui ferait quand il l'apprendrait puis se dit que merde, Sherlock ne contrôlait pas sa vie et qu'il avait tout à fait le droit d'aller s'amuser. Tant qu'il ne dépassait pas les limites avec la jeune femme, il pouvait faire ce qu'il voulait. Et ça ne lui ferait pas de mal de côtoyer des gens qui n'étaient ni Sherlock, ni ses collègues, ni des agents de police ou encore des témoins douteux.
Il répondit par l'affirmative et rentra directement au 221b Baker Street.
Comme à son habitude, Sherlock paressait sur le canapé, se morfondant ou réfléchissant sur une enquête. John s'avança et lui embrassa affectueusement le front. Comme le brun ne réagissait pas, le médecin estima qu'un peu de stimulation ne lui ferait pas de mal. Il était temps de lâcher la bombe.
- Je vais à une fête, ce soir, annonça-t-il, l'air de rien. Sarah m'a invité.
Comme piqué par un insecte, Sherlock se redressa.
- Je peux venir ?
Le médecin fut pris d'une grosse envie de rire, tant son ami ressemblait au parfait invité rabat-joie : son œil était devenu suspicieux, sa bouche s'était pincée et John l'imaginait sans peine rembarrer tous les invités qui s'intéresseraient de trop près à son médecin chéri, à commencer par Sarah. Définitivement pas une bonne idée de l'emmener.
- Désolé, tu n'es pas invité, refusa le blond en effleurant gentiment sa pommette.
- Dis-moi au moins où c'est, insista le détective.
- Pour que tu viennes quand même ? gloussa le médecin.
- Je pourrais aussi te suivre, fit remarquer le brun.
- Sherlock, tu frises le harcèlement ! rétorqua le blond, perdant patience.
- Non, ce n'est pas ça. Je te signale juste que nous n'avons jamais autant frôlé la mort que depuis que nous nous sommes transformés. Je veux savoir où tu es par sécurité.
John n'arrivait pas à dire si le détective était perspicace étant donné les deux vampires qui rôdaient dans le coin – le blond ne lui en avait toujours pas parlé – ou s'il était d'une incroyable mauvaise foi.
Il leva les yeux au ciel, jetant l'éponge.
- A Belsize Park.
L'espace d'un instant, il vit un éclair étrange passer dans les yeux de son amant, comme lorsqu'il était ennuyé ou stimulé. Ou était-ce un effet de son imagination ?
- Quoi ? demanda-t-il.
- Beau quartier, occulta le détective. Repars-tu immédiatement ?
- Oui. Je me doucherai en rentrant.
- Oh je pense que tu devrais le faire maintenant, dit le détective, précipitamment, en lui ôtant son manteau. Mais qui sait si tu ne seras pas trop fatigué en rentrant pour le faire ? Tu devrais aussi en profiter pour mettre une belle chemise, tu…
Le brun fut interrompu par le regard noir de l'intéressé.
- Tu es bizarre, constata le médecin.
- Absolument pas, nia le détective.
- Tu es bizarre, ou alors…
Le médecin prit un air blasé.
- Je pue, c'est ça ? dit-il.
- Non ! Pas du tout, pas du tout ! Je trouvais juste que tu serais mieux avec…
- C'est bon, j'ai compris, maugréa le médecin en lui arrachant le manteau pour le lancer sur le dossier du fauteuil.
Comme Sherlock ne faisait pas d'effort supplémentaire pour nier, il en vint à la conclusion qu'il s'agissait de cela. Boudeur, il prit la direction de la salle de bains.
oOo
John quitta l'appartement, brillant comme un sou neuf. Sherlock avait peut-être raison – enfin, pas sur le fait qu'il sentait mauvais, le médecin lui en voulait toujours pour ça – car, en plus de la douche, le fait de mettre une chemise propre l'avait rendu plus présentable. Dans la foulée, il avait aussi trouvé un pantalon pas trop usé et mis les chaussures qu'il avait pris lors de son premier rencart avec le détective. Un peu de gel dans les cheveux et le tour était joué. A présent, il ne se voyait plus sortir comme lorsqu'il était mis tout à l'heure, sortant du boulot, la mine passablement fatiguée. Ce constat ne fit que renforcer ce qui lui avait traversé l'esprit un peu plus tôt ; cela faisait trop longtemps qu'il n'était pas sorti avec des amis. La faute à un détective vampire et à la tendance du médecin à toujours vouloir arranger les choses. Il était temps de retrouver un semblant de vie sociale avec ses propres relations et non avec celles de Sherlock.
Il se rendit chez Charlotte à pieds. Après tout, ce n'était pas si loin et se dégourdir les jambes ne lui ferait pas de mal. Estimant que cela ne se faisait pas d'arriver chez quelqu'un qu'il ne connaissait pas les mains vides, il passa chez un caviste et dénicha un cru satisfaisant. La bouteille sous le bras, il poursuivit son chemin. Il ne connaissait pas trop Belsize Park mais devait reconnaître que Sherlock avait raison – encore une fois, pensa-t-il en enrageant ; le quartier n'était pas laid à regarder. Des maisons de style victorien s'alignaient, coquettes et bien entretenues. Certaines maisons de brique étaient si grandes que John peinait à en imaginer le prix. Les rues étaient propres et plutôt calmes. La verdure, omniprésente. John songea que ce devait être pas mal d'habiter ici, dans un cadre agréable et proche des commodités. Encore fallait-il pouvoir se le permettre !
John délaissa ses envies de maison pour se concentrer sur l'adresse, qu'il avait écrite sur un bout de papier. Il n'était plus très loin. Encore quelques rues. Finalement, à sa grande déception, ce n'est pas devant une élégante demeure victorienne qu'il arriva. Mais devant un petit immeuble de briques relativement récent.
Il vérifia deux fois l'adresse. L'endroit ne paraissait pas très hospitalier avec sa façade sale et sa bande de terrain en friche. Mais non, c'était bien ici. Il se dirigea vers la porte. On n'était pas à l'abri d'une bonne surprise et, ce qui comptait après tout, c'était plutôt une ambiance sympathique.
Il entra directement ; il n'y avait pas d'interphone. L'intérieur n'était pas plus chaleureux que l'extérieur. Il vérifia les boîtes aux lettres ; Charlotte Simmonds habitait bien au troisième étage. Elle avait emménagé depuis peu puisque son nom était indiqué par un papier glissé à la va-vite à et non par une plaque. Il prit l'ascenseur et enfonça le bouton adéquat.
Les portes s'ouvrirent sur un palier sombre. Il chercha le nom sur les portes qui se présentaient à lui et sonna lorsqu'il l'eut trouvé. Il était en train de se dire qu'il trouvait le lieu relativement calme pour une soirée lorsque la porte s'ouvrit. Pour révéler une scène de déjà-vu.
A savoir Sarah bâillonnée et ligotée par terre.
Il lâcha sa bouteille qui se brisa par terre.
A peine eut-il réalisé la situation qu'il fut tiré en avant. Il tomba sur le ventre et reçut un coup à la tête. Étourdi, il leva les yeux pour reconnaître les deux frères de Máté.
Il n'avait pas bien prêté attention à eux l'autre jour, au parc ; il était alors trop occupé à tenter de maîtriser son corps dans une obscurité qui n'arrangeait rien. L'un était grand, avec une barbe et des cheveux couleur de jais, de la même couleur que ses vêtements. C'était l'aîné, Sebestién, celui qui les avait interpellés, Sarah et lui, au parc. L'autre était plus ramassé, avec un visage anguleux, que venaient cacher des cheveux longs et châtains. C'était ce dernier qui venait de l'envoyer par terre et John se rappelait que Sarah l'avait appelé Vilmos.
Sebestién était nonchalamment installé sur une chaise et de contentait de le tenir en joue.
- Balles en argent, indiqua-t-il.
Encore cet accent. Il dérangeait John à la limite du possible, étant donné les dernières circonstances dans lesquelles il l'avait entendu.
Il jeta un regard en direction de Sarah. Elle pourrait aisément se défaire de ses liens si elle le voulait, pourquoi donc ne se transformait-elle pas ?
- Elle en a aussi dans le sang, ajouta Sebestién en indiquant une table sur la droite de John.
Une seringue était posée dessus.
Le médecin reconsidéra Sarah. A présent qu'il la regardait bien, il s'aperçut qu'elle n'avait pas l'air bien. En fait, elle arrivait à peine à se tenir droite, chancelant dangereusement, et ses yeux étaient à moitié fermés. Elle avait aussi un teint grisâtre, comme si on voyait l'argent à travers sa peau. Un courant de panique passa dans les veines de John. S'il en croyait la douleur qu'il avait ressenti quand Sherlock lui avait tiré dessus avec des balles en argent, il osait à peine imaginer ce que ressentait Sarah en cet instant.
- Vous êtes fous ! s'écria-t-il. Vous allez la tuer !
- Pas si vous nous dites ce que nous voulons savoir, dit tranquillement Sebestién en pointant le canon de son arme sur Sarah, cette fois.
John réfléchit à toute allure, étudiant ses possibilités. S'il révélait que Sarah avait tué Máté, le vampire tirerait quand même, sans compter qu'il serait le prochain sur la liste. Et s'il mentait ?
- Il est parti avec Katalin, dit-il.
- Vraiment ? demanda le vampire en penchant la tête. Où ça ?
- Ils ne veulent pas être retrouvés. C'est pourquoi ni Sarah ni vous n'êtes au courant.
Sebestién croisa les bras avec suffisance.
- Vous mentez, estima-t-il.
Il fit un signe de tête à son collègue.
Ce dernier vint farfouiller dans un vieux sac de voyage et en retira une sorte de cylindre en argent étincelant. John commença à prendre peur en croyant en comprendre l'utilité.
- Non, non, je…
Il n'eut pas le temps d'y réfléchir que déjà son ennemi ouvrait l'outil en deux, lui attrapait brutalement le bras avant de refermer l'instrument autour de son membre.
Une vive douleur vint serrer son avant-bras. C'était comme si on avait plaqué une plaque de four brûlante contre sa peau. Il avait presque l'impression d'entendre celle-ci grésiller. Il hurla, s'affaissant sur le sol. Il s'entendit supplier ses agresseurs de retirer cet outil de torture. Soudain, la douleur cessa.
Il ouvrit les yeux. Vilmos lui avait retiré la manchette.
- Alors ? exigea Sebestién.
Cherchant son souffle, il regarda son bras à travers ses larmes. Comme il s'y attendait, la chair était à vif.
Il grimaça à cette vision.
- ALORS ? insista le vampire aîné.
Comme John ne réagissait pas, l'homme aux cheveux châtains s'avança pour réitérer le traitement. Le médecin voulut se débattre, mais c'était sans compter la poigne de son adversaire trapu. Ce dernier n'eut aucun mal à plier son poignet valide et à le plaquer au sol. Sa force étonna John. Il se souvenait s'être battu avec lui – c'était lui qui avait bu son sang alors que le médecin s'acharnait sur son frère – mais, alors que le vampire essayait de lui faire lâcher prise, John n'avait eu aucun mal à le repousser. Il ne pouvait pas, du jour au lendemain, avoir gagné tant de muscles !
Puis le médecin comprit. C'était d'ailleurs la raison de leur discrétion jusqu'à présent.
Les deux frères avaient profité de ce laps de temps pour se gonfler à bloc. Comme Sherlock l'avait fait pour traquer les Westwood.
Alors que le médecin réalisait combien la tâche s'annonçait ardue, une seconde vague de douleur l'envahit. Mince, qu'est-ce qu'il allait faire, à présent ? S'il se transformait, les deux hommes allaient achever Sarah qui était sérieusement amochée. Mince, ça allait se passer comme ça ? Il allait devoir dire amen à tout ce que ses deux tortionnaires allaient lui faire subir ?
La douleur cessa de nouveau. Il se rendit compte que ses forces étaient en chute libre.
Sebestién, toujours sur la chaise, l'interrogeait tranquillement du regard.
- J'ai tout mon temps, John. Par contre, Sára…
La jeune femme semblait sur le point de perdre connaissance. Malgré ses capacités de régénération, le médecin doutait qu'elle pût se remettre de ce traitement toute seule. Il lui fallait des soins.
Alors que Vilmos s'approchait de lui de nouveau, il y eut un mouvement sur la gauche de John. Un grincement de porte. L'instant d'après, le vampire brun tombait de sa chaise, une rivière de sang s'échappant de sa gorge. Pendant une microseconde, John et Sherlock se regardèrent. Le détective tenait toujours son couteau ruisselant d'hémoglobine. Tacitement, ils se mirent d'accord sur un plan.
Malgré la douleur, John parvint à faire trébucher son tortionnaire qui se précipitait sur Sherlock. Ce dernier en profita pour entraîner Sarah et la placer entre le mur et eux deux. John nota d'un coup d'œil que les vampires ne pourraient plus s'en servir comme otage. Il commença à se transformer, tandis que son adversaire se remettait du choc à la tête qu'il avait reçu en tombant, et rejoignit Sherlock.
- Tu m'as suivi ? demanda-t-il.
- Quoi, tu n'es pas content que je vienne te filer un coup de main ? répliqua le détective en examinant Sarah. Elle n'a pas bonne mine, constata-t-il.
- Ces salauds lui ont injecté de l'argent, expliqua le blond.
- Pour être honnête, je ne t'ai pas suivi, reprit le brun. Je savais où tu allais.
- Comment ça ?
- Cela fait un moment que Mycroft suit les mouvements de ces deux individus. Tu sais, ceux qui en veulent à Sarah à cause du meurtre de leur frère Máté, et maintenant à toi.
- Comment es-tu au courant ?
- Mycroft a jugé bon de me prévenir au cas où je remarquerais deux individus hongrois qui te suivraient à la trace ou essayeraient de te tuer. Tu aurais dû m'en parler plus tôt, en passant, ajouta-t-il.
- Je ne voulais ni t'inquiéter, ni t'impliquer, se défendit le médecin.
- Hum hum, acquiesça distraitement le détective. Toujours est-il que Sebestién et Vilmos tournaient souvent dans ce secteur à Belsize Park, mais ils étaient trop malins pour révéler leur planque au MI5. Alors quand tu m'as dit que tu allais dans ce quartier, je me suis douté d'un traquenard.
John hocha la tête. Pendant ce temps, Vilmos plaquait ses mains sur le cou de son frère, tentant de stopper l'hémorragie.
- Quand tu es entré, tu as foncé direct sur Sebestién, demanda John. Tu lui as tranché la gorge sans faux mouvement. Comment as-tu fait pour connaître la configuration des lieux ?
Sherlock s'éclaircit la gorge. L'espace d'un instant, il parut embarrassé. Puis il roula des yeux et soupira bruyamment.
- Pendant que tu étais allé te doucher, j'ai placé une mini-caméra sur la poche de ton manteau. Et euh… tes hurlements m'ont permis de déverrouiller la fenêtre de la pièce voisine pour entrer sans être repéré.
- Content de ne pas avoir souffert pour rien, soupira John.
- Comment va ton bras ? demanda le détective d'un ton sérieux.
- Ça n'a pas atteint l'os. Ne t'inquiète pas, j'en ai vu d'autres.
- TOI ! Le vampire ! rugit soudain Sebestién. Comment peux-tu t'attaquer à l'un des tiens ?
Sa gorge avait cicatrisé et il pouvait de nouveau s'exprimer normalement.
- Ils sont gonflés à bloc, Sherlock, prévint le médecin à voix basse.
- Plus tout à fait, remarqua le détective avec un petit sourire, misant sur le fait que Sebestién avait perdu du sang.
- Tu m'ignores ? s'agaça le vampire aux cheveux noirs.
- Les vampires ne m'ont transformé que dans le but de m'exploiter, répondit patiemment Sherlock. Je ne leur dois rien.
- Alors qui est ta famille ? Cet être répugnant ? dit Sebestién avec mépris en désignant John.
Le détective regarda son ami avec affection.
- Bien sûr que oui.
- Il peut te tuer d'une morsure, tu le sais, ça ? demanda le Hongrois.
- A-t-on des renforts ? murmura John.
Sherlock et lui étaient toujours sous surveillance et il pensait aux agents du MI5 qui en étaient chargés, quelque part dans la rue et derrière leurs caméras.
- Quand ils se seront aperçus que quelque cloche, dit le détective en haussant les épaules.
Sherlock était confiant. Ils faisaient le poids à eux deux et il ne voulait sans doute pas risquer des vies supplémentaires.
Le sang-froid de Sebestién s'égrenait à vue d'œil. Il n'allait pas tarder à perdre patience.
Sherlock et John échangèrent un regard tacite et se sourirent d'un air complice, alors que le blond achevait sa transformation.
Et ils se jetèrent sur les deux vampires.
John prit Vilmos et Sherlock Sebestién. Ils luttèrent pendant un bon moment, tandis que la blessure du médecin se refermait peu à peu. Vilmos était belliqueux et brutal, si bien que John estimait qu'il ne se faisait plus beaucoup d'illusion quant à Máté. Pareil pour Sebestién, à ce que le médecin entrevoyait quand il tournait la tête pour s'assurer que Sherlock allait bien. A présent, il était clair que les deux vampires ne cherchaient plus qu'à se venger.
Vilmos était fort, mais pas invincible. Il était rapide, avait une forte prise quand il arrivait à planter ses dents dans la chair du loup-garou, mais John était robuste et bien plus grand que lui. Et surtout, il lui suffisait d'une morsure. John se permit de laisser libre à sa haine naturelle des vampires. Il se retenait par pur réflexe depuis le moment où il était entré dans la pièce mais, à présent qu'il s'en apercevait, il n'en voyait plus l'utilité. Il donna un puissant coup de griffe qui défigura son adversaire.
Vilmos hurla et riposta en donnant un coup de poing dans l'estomac du médecin. Celui-ci tomba en arrière et resta avec le souffle coupé pendant quelques secondes. Quand il se releva, respirant doucement, il vit que Vilmos se tenait le visage dans les mains en geignant toujours. Il n'était pas impossible que John lui ait crevé un œil.
Sebestién voulut intervenir mais Sherlock ne lui laissait aucun répit. La voie était libre. Avant que le vampire ne se reprenne, John se jeta sur lui et lui mordit le flanc gauche.
Vilmos cria de plus belle. Il s'effondra à terre, tandis que John refusait de lâcher prise. Le médecin s'acharnait, arrachant sans pitié les chairs. Le goût lui était familier. Soudain, il se rappela la dernière et unique fois qu'il en avait consommé. Il était alors complètement asservi à ses instincts et ne répondait plus de rien, massacrant pour massacrer. Les ennemis ancestraux passaient avant tout. Était-il toujours cet homme-là ?
Il s'immobilisa. Vilmos ne bougeait même plus et abdomen n'était plus qu'une masse de chairs informe. John réalisa que sa fourrure était poisseuse de sang et que l'hémoglobine coulait de son museau. OK, on se calme.
Mais c'était un bien grand mot quand il vit dans quelle situation Sherlock se trouvait. Sebestién avait beau avoir perdu du sang, il n'en restait pas moins coriace. Les deux hommes s'étaient battus avec acharnement et, à présent, ils semblaient engagés dans un vrai bras de fer. Ils se tenaient par les mains, chacun voulant pliant l'autre, et se défiaient du regard, comme s'ils voulaient se dévorer. Leurs canines étaient apparentes, ne demandant qu'à plonger dans la chair de l'autre, et leurs visages crispés par l'effort. Mais John voyait que Sherlock faiblissait. Il avait perdu beaucoup de sang comme en attestait sa chemise blanche souillée, et l'hémoglobine continuait de couler d'une blessure qui n'était pas encore refermée. Plus il forçait, plus il en perdait. Il ne tiendrait plus très longtemps.
La rage monta dans le sang du médecin. Et il vit rouge.
Tout ne fut plus que l'affaire d'une seconde. Une seule seconde.
La main de Sherlock qui tourna habilement. Le minuscule poignard qui sortit de sa manche. L'éclat argenté de l'arme quand elle vint se planter sur le cœur de Sebestién. Ce dernier, qui tomba à terre, foudroyé par la douleur. Sherlock qui se retourna à moitié, avisant son ami. Son regard clair et pur, presque innocent. Et son épaule dans laquelle le loup-garou vint planter ses crocs.
John sentit un goût interdit dans sa bouche. Coupable et implacable. Le temps ralentit, devenant une éternité. Sherlock cria, pendant une ou dix secondes. Son corps se contracta par réflexe, avant de faiblir sous les mâchoires de John. Ce dernier le lâcha, et il s'effondra. Des spasmes vinrent agiter son corps, tandis qu'il contemplait le plafond d'un regard vide.
Un bruit désagréable vint heurter les oreilles de John. Il se rendit compte qu'il était en train de hurler alors qu'il recouvrait petit à petit sa forme humaine. Il s'arrêta, et ses oreilles grésillèrent dans le silence. C'était insupportable. Parce que Sherlock ne disait rien, ne criait même plus, alors que c'était lui qui était censé avoir le dernier mot. Merde, Sherlock Holmes devait finir l'histoire ! Ça ne pouvait pas se terminer ainsi !
- Sherlock ! Sherlock ! balbutia le médecin.
Un gout salé dans sa bouche. Il était en train de pleurer. Mais Sherlock fixait toujours ce maudit plafond.
- SHERLOCK ! vociféra-t-il.
Cette fois, les yeux du détective firent le point et semblèrent le voir. A la grande surprise – et horreur – de John, son ami sourit.
- John… dit-il calmement.
Sa main chercha celle du blond. Ce dernier la prit immédiatement, tandis qu'il sentait un soubresaut agiter le corps du brun.
De son autre main, il attrapa son téléphone et appela Mycroft. Il retint à peine un juron quand il tomba sur sa secrétaire.
- C'est John Watson, passez-le-moi, intima-t-il.
- Monsieur Holmes n'est pas joignable pour le moment, répondit l'employée, qui devait être Anthea. Puis-je prendre un message ?
- Non, enfin je veux dire oui, se reprit le médecin qui se rendait compte qu'il ne pourrait pas parler au ministre par un autre moyen. Je l'ai mordu… J'ai mordu Sherlock Holmes. Je répète, j'ai mordu Sherlock Holmes. Il est avec moi mais il est dans un sale état, il est…
La panique montait dans sa gorge alors que trois nouveaux spasmes convulsèrent la main de Sherlock.
- On vous envoie du renfort, répondit simplement Anthea.
Elle ne demanda même pas où ils se trouvaient avant de raccrocher. Elle devait le savoir aussi bien qu'eux.
Sherlock gémit, attirant son attention. Avec précaution, le blond le souleva pour faire glisser la manche de son manteau. Puis il défit les boutons de sa chemise pour dégager l'épaule.
La chair était à vif. Le sang avait débordé, maculant sa peau pâle, mais ce fut surtout la couleur qu'avaient pris ses veines qui choqua le médecin. Elles étaient devenues violettes et transparaissaient à travers la peau diaphane. Comme si on voyait le venin que John venait de lui injecter. Le médecin n'avait jamais vu ça et n'entrevoyait rien de bon.
Quel euphémisme. Tu sais bien que la morsure d'un loup-garou est fatale pour quelqu'un comme Sherlock.
Se mordant le poing, John essaya tant bien que mal de garder son calme.
- J'ai froid… marmonna Sherlock.
Il était pratiquement torse nu, après tout. Mais ce n'était pas bon signe quand même. John rabattit le manteau sur lui.
- Qu'est-ce que je peux faire, Sherlock ? bafouilla-t-il. Dis-moi ce que je peux faire !
- C'est toi… le médecin, répondit le détective d'une voix sans timbre.
- Mais je ne sais pas soigner ça !
- Non, tu ne peux pas.
Le détective sourit calmement.
- Je veux que tu saches un truc, John.
- NON, NON, NON ! refusa le blond, anticipant la suite. Il y a forcément, FORCEMENT un moyen.
- Ah oui ? Tu vas sortir l'antidote de ta poche ?... dit le détective avec amusement.
- De l'adrénaline. Il te faut de l'adrénaline, décida le blond en composant le numéro d'urgence.
- Ça ne va rien me faire, John. Je suis un corps mort.
- Ça ne coûte rien d'essayer.
Un opérateur décrocha et John commanda d'autres renforts.
- De toute façon… ils n'arriveront pas à temps, dit Sherlock.
- Mais non… Non ! Ça n'a pas de sens ! Tu ne peux pas mourir comme ça ! Pas après le mal qu'on s'est donné pour mettre de l'ordre dans tout ce bordel !
Sherlock grimaça. Les veines de son cou avaient pris la même couleur que les autres et il était encore plus livide que d'habitude.
- Sherlock ! ça va ? dit le médecin en attrapant sa main.
Elle était brûlante.
- Arrête de philosopher et écoute-moi.
- Sherlock, je…
- ECOUTE-MOI !
L'effort lui en coûta, si John en croyait sa grimace supplémentaire.
Le médecin avala sa salive.
- Oui, dit-il.
- Je ne regrette rien. Tu m'entends ? Je… ne regrette… rien. Plutôt mourir aujourd'hui que… que d'avoir choisi de prendre le risque de te perdre.
Le cœur du médecin se serra.
- Mais moi justement si, je regrette ça, répliqua-t-il. Je regrette le jour où Mycroft m'a fait cette putain de proposition…
- J'aurais fini par te tuer, John.
Le médecin secoua la tête, les larmes lui montant aux yeux.
- Oh, Sherlock… ça aurait dû être moi.
- Non, c'est moi qui suis à l'origine de tout ça. Il est normal que… ce soit moi qui boucle… la boucle…
- Ne dis pas ça.
Le corps du détective se convulsa et il poussa un cri silencieux.
- Sherlock !
Le blond le prit dans ses bras, le soulevant doucement par le dos. Il semblait exténué et ses yeux étaient mi-clos. La couleur violette avait envahi les veines de son visage.
- Tu seras bien… avec Sarah… murmura-t-il en regardant brièvement la jeune femme qui assistait à la scène, à demi consciente, appuyée contre le mur.
- Non… non… sanglota le médecin en secouant la tête.
A présent, le corps de Sherlock ne convulsait plus. Il se relâchait, ressemblant davantage à chaque seconde à une poupée de chiffon. Les paupières du détective commençaient à tomber. John entoura son visage de sa main.
- Je t'aime, John, dit le brun dans un souffle.
- Sherlock, mon amour, non, supplia le médecin, approchant son visage du sien, sentant le monde s'effondrer.
Les yeux du détective se fermèrent.
- Sherlock ! SHERLOCK ! hurla John.
oOo
Sherlock n'aurait jamais cru que la paix intérieure puisse être si précieuse. Pour lui qui devenait fou quand il sentait l'ennui approcher et qui faisait carburer son esprit à plein régime le reste du temps, c'était carrément impensable. Et pourtant. Il devait reconnaître qu'en cet instant, laisser son âme glisser et surpasser la douleur était quelque chose de délicieux. Car douleur il y avait, le venin de John ne plaisantant pas. John lui avait parlé de cette haine viscérale qu'il avait ressenti pour lui quand il s'était transformé, la première fois. Sherlock avait vaguement compris, la mettant sur le compte d'un instinct de survie et d'une loi darwinienne. A présent, il la vivait. Il la sentait circuler en lui, pervertir son sang et étouffer toute étincelle de vie qu'elle rencontrait. Elle le détruisait, petit à petit. Mais le pire, c'était que ce n'était pas réciproque. Sherlock ne haïssait pas John, il ne lui en voulait même pas. Ce n'était qu'un regrettable accident et, par définition, les accidents arrivent. Sherlock aimait toujours profondément John, parce que John lui prouvait que la réciproque était vraie en cet instant.
Ce qu'il avait dit à John était vrai, il ne regrettait rien. Il avait pris un risque en restant avec John après sa transformation. Mais si c'était à refaire, il aurait recommencé mille fois. Plutôt mourir mille fois que de ne pas avoir connu ce qu'il avait vécu avec John. Et puis, John avait pris les mêmes risques, alors qu'il n'était qu'un simple être humain et qu'il avait catégoriquement refusé d'abandonner Sherlock à son sort. Particulièrement quand il avait commencé à coucher avec lui. Non, ce qui s'était passé avec John avait été un cadeau, que Sherlock n'était pas en droit de refuser. Alors il n'avait aucun regret.
Ou peut-être si, celui d'abandonner John encore une fois. Son ami aurait sans doute toutes les peines du monde à s'en remettre. Mais il s'en remettrait, il était fort. Il épouserait Sarah qui lui donnerait des enfants, et c'était sans doute mieux ainsi. Il aurait une vie plus équilibrée et ne risquerait plus de mourir à chaque coin de rue, tombant sous les balles d'un psychopathe comme Moran. Non, John finirait par être heureux.
Tout irait bien. Sherlock pouvait partir serein. Il laissa le venin investir les derniers recoins sains de son être. De toute façon, il ne sentait plus rien. Son corps ne lui appartenait plus. C'était déjà une coquille vide. Ne restait plus que l'essentiel.
Et puis, une vive douleur vint le transpercer à l'endroit où était sa poitrine. Était-ce la dernière sensation qu'il aurait de son corps avant de le quitter ? En tous cas, cette douleur était dérangeante. Elle malmenait le cocon de confort dans lequel il s'était lové. Elle irradiait dans tout son corps, qui redevenait une réalité. Oui, c'était ça, il le sentait à nouveau. Il était lourd et endolori, atroce, mais présent. Et même… solide. C'était la douleur qui le réveillait. Sherlock réalisait à peine. Y-avait-il un espoir pour que… ?
Alors il délaissa la Paix et s'accrocha à la douleur. Parce que la Paix était bien mais… la Paix sans John n'avait pas de sens. Comment pouvait-il se sentir bien sans John ? Et puis, à présent qu'il entrevoyait une infime possibilité, il ne pouvait plus se résoudre à laisser John tout seul. Alors il se jeta dans la souffrance et se hissa, se hissa plus haut. Son corps n'était plus qu'un brasier, un peu ce qu'il aurait été si John ne l'avait pas empêché de se jeter dans le feu, mais il n'en avait cure, il n'y avait plus que John, sa chère âme sœur, qui comptait. Peut-être que son corps ne tiendrait pas le coup après ce qu'il était en train de subir. Il n'en resterait sans doute que des cendres.
Mais mince, ça ne coûtait rien d'essayer.
oOo
Il y avait des voix qui parlaient. Elles étaient d'abord inconnues, puis Sherlock en reconnut une familière, particulièrement agaçante, sans pouvoir mettre un nom dessus. La seconde était sans équivoque, chérie depuis toujours. Il la suivit, essayant de se concentrer dessus, mais n'arrivait pas à comprendre ce qu'elle disait. Puis les mots firent sens, peu à peu. Apparemment, on s'inquiétait pour lui. Il ouvrit les yeux. Le voile noir se dégagea petit à petit pour laisser place au visage de John et à celui de Mycroft. Il perçut du mouvement pas très loin. Sans doute les renforts que John avait demandés qui s'occupaient de Sarah.
- Sherlock ! s'exclama John.
Il semblait à la fois stupéfait, inquiet et aux anges.
Une minute.
- Comment est-ce possible ? demanda Sherlock en se souvenant des derniers évènements, à savoir lui soumis à un poison incurable.
Il se redressa d'un coup et le regretta immédiatement. Le décor bascula dans sa tête.
- Doucement, entendit-il dire John.
Il sentit sa main réconfortante sur son dos, l'empêchant de tomber. Une autre vint se poser sur son épaule.
La vision de Sherlock se stabilisa et il aperçut une seringue qui traînait par terre, à sa gauche. Il fit le lien avec la douleur qu'il avait sentie dans la poitrine et l'arrivée de Mycroft.
- De l'adrénaline ? s'écria-t-il, incrédule.
- Non, l'antidote, indiqua le médecin avec un sourire.
Le détective regarda son frère, stupéfait.
- Contre le venin de loup-garou, précisa le ministre. Tu ne pensais tout de même pas que j'aurais laissé sortir John sans prendre de précaution ?
Le regard de Sherlock navigua de Mycroft à John, et de John à Mycroft. Il avait du mal à réaliser. Une vie avec John était à nouveau possible, et ce grâce à son frère. En d'autres circonstances, il aurait été furieux de lui être autant redevable. Mais là, cela impliquait John et, de toute façon, il se sentait tellement heureux qu'il pouvait envoyer balader tout le reste.
- Merci, Mycroft, dit-il.
Ce dernier accepta cette rare gratitude d'un signe de tête.
- Tu te sens bien, tu en es sûr ? s'enquit John, qui luttait visiblement pour contenir sa joie.
- Encore un peu patraque, mais ça va, assura le brun.
Le médecin sourit d'un air radieux, et Sherlock trouva cela magnifique. Sous le charme, il laissa son amant le prendre vigoureusement dans ses bras. John ne devait pas sentir sa force alors qu'il le serrait désespérément, mais Sherlock s'en fichait, ils étaient tous les deux là, sains et saufs, et c'était ce qui comptait.
- Mon amour… murmura le blond.
C'était la deuxième fois que John l'appelait ainsi et le détective trouva cela flatteur.
Le blond se recula pour l'embrasser longuement, langoureusement, comme s'il le faisait pour toutes les années à venir. Ses mains vibraient, l'agrippant et le caressant successivement, tandis que son corps explosait de bonheur contre lui. Et Sherlock savoura avec délice le goût salé de leurs larmes.
