Hey, j'espère que vous allez bien ! Le OS d'aujourd'hui fait partie de mes écrits les plus récents et n'est clairement pas le plus joyeux du recueil. Je n'en dis pas plus et vous laisse le découvrir ! Bonne lecture.
RAR
Katymyny : Moi aussi j'ai toujours vue Mary proche de Sherlock et même si au départ, j'avais mes réserves à son propos – j'ai toujours peur des personnages féminins qui sont là pour jouer le rôle de l'intérêt romantique du héros et c'est tout – j'ai vite changé d'avis quand j'ai vu la réaction de Sherlock à sa rencontre et cette fameuse scène dans la voiture et plus tard, le développement de son personnage. Mary est pour ma part un excellent personnage et si certains ne l'aiment pas (probablement parce qu'elle se met en travers du Johnlock), ça n'est pas mon cas. Pour en revenir à sa relation avec Sherlock, je suis pas très fan des trouples et quelques-uns circulent à propos de John, Sherlock et Mary mais il est indéniable que ces deux derniers s'adorent, comme tu le dis, que Mary a compris l'importance de l'amitié qui lie son mari à Sherlock et qui s'est même sacrifiée pour celle-ci. Quant à Sherlock, il n'y a qu'à voir son serment et son investissement au mariage de John pour comprendre qu'il y'a un lien indéfectible entre ces trois-là. Je vais m'arrêter là parce que je pourrais parler d'eux pendant très longtemps encore et je te laisse profiter du chapitre du jour.
TITRE : Confessions
SITUATION : Post-Reichenbach
PAIRING : Bromance Johnlock
RESUME : A la veille de son départ pour l'Europe de l'Est, Sherlock va à la rencontre de John pour la dernière fois.
Dissimulé derrière un arbre, son long manteau se fondant dans les dernières ténèbres de la nuit, il attendait. Cela faisait déjà trois mois. Trois longs mois qu'il vivait dans l'ombre. Elle était devenue sa seule compagne, une étrange mais fidèle alliée tandis qu'il remontait le long des fils tissés par Moriarty. Sans relâche. Tel un fantôme, un esprit, l'ombre lui collant à la peau comme une seconde enveloppe, il se laissait glisser entre les fils. Après tout, c'était ce qu'il était devenu, un fantôme. Ça n'aurait pas dû tant le déranger, d'être invisible. Il avait toujours aimé la solitude, tout en appréciant ses heures de gloire où il brillait par sa clairvoyance. Vivre seul ne l'avait jamais dérangé, jusqu'à aujourd'hui.
Mais il devrait s'y faire. Il n'avait qu'abordé les extrémités de la toile, il n'avait coupé qu'une infime partie de celle-ci. Parfois, il se demandait si elle n'était pas comme celle qu'eût tissé Pénélope en attendant désespérément le retour d'Ulysse. Infinie. A chaque fois qu'il supprimait une partie, celle-ci se tissait à nouveau. Indéfiniment. Comment se souvenait-il de ce mythe déjà ? John avait beaucoup plus déteint sur lui qu'il ne le pensait.
John… Le reverrait-il finalement ? C'était une chose de démanteler le réseau londonien, c'en était une autre de s'attaquer aux ramifications de l'Europe de l'Est. Le vent d'Est avait toujours été plus violent, plus fourbe, plus sanglant que celui de Londres. Il n'était même pas certain de revenir vivant de cette mission. Mais avait-il le choix ? Qui mieux que lui pourrait démêler les liens qu'avait tissé sa Némésis ? Après tout, Moriarty l'avait lui-même dit. Il était lui. Deux mêmes âmes aux chemins opposés.
Il esquissa un sourire. Voilà qu'il songeait aux âmes. John avait décidément une emprise bien plus significative sur lui qu'il ne s'en douterait jamais. Peut-être que l'absence lui faisait ressentir plus encore ? C'était pour John qu'il était, ici, dans le cimetière. A quelques pas de sa tombe. Vide. Une simple stèle de marbre noire, son nom en lettres d'or gravé dans la pierre. Pas de fleurs. Pas de plaque. Juste une tombe vide. John le connaissait bien finalement. C'était sans doute le seul à venir se recueillir. Molly, Mycroft et ses parents savaient. Ça n'était pas le style de Lestrade. Il y'avait peut-être Mrs Hudson.
Il connaissait par cœur la routine de John. Il savait que le médecin s'était plongé corps et âme dans son travail pour éviter de sombrer dans des eaux plus sombres, plus troubles. Il savait qu'il venait presque toutes les semaines, le même jour se recueillir sur sa tombe. Il savait qu'il choisissait les premières lueurs de l'aube parce qu'il était certain qu'il ne croiserait personne. Qu'il pourrait lui parler sans oreilles indiscrètes.
La première fois qu'il était venu, c'était un après-midi ensoleillé. John lui avait parlé. Il lui avait dit qu'il ne croyait pas qu'il avait menti, qu'il était le meilleur des hommes qu'il avait connus. Qu'il voulait qu'il revienne. Qu'il cesse de jouer aux morts. Il avait voulu lui répondre qu'il serait bientôt là. Il l'aurait peut-être fait comme le lui dictaient ses stupides sentiments qui encrassaient sa raison mais sa gorge était trop nouée par les larmes qu'il retenait. C'était absurde. Il n'avait plus pleuré depuis son enfance, depuis que Mycroft lui avait dit qu'il valait dix fois mieux que les imbéciles de garçons qui le traitaient de taré, de psychopathe et d'enfoiré à l'école. Mais les quelques mots, les larmes de John avaient eu raison de lui. Il était resté longtemps après le discours de John près de la tombe, dans l'ombre. Il avait posé son front contre le marbre froid, là où John l'avait touché. Il s'était senti affreusement stupide de se laisser aller à tant de sentimentalisme.
Il était revenu une semaine plus tard. Comme il s'y attendait, John était de retour, mais cette fois, il était tôt. Et puis la semaine d'après, il était revenu, encore et encore. Parfois John lui parlait. Parfois il se taisait et se contentait de fixer la tombe, les yeux embués de larmes, la main tremblante. Parfois il restait longtemps, s'asseyait à côté de la tombe. Lui, il l'observait en silence, dissimulé entre les bras de sa fidèle compagne, l'ombre.
C'était devenu une sorte de rituel. Son seul moyen de le sentir près de lui, sans lui parler. En étant seulement là. Est-ce que John ressentait sa présence ? Il n'en avait aucune idée. Mais il aimait être là. Aujourd'hui, le rituel prenait fin. Il partait pour l'Est, il s'embarquait pour le danger, peut-être pour la mort.
Et il devait lui dire adieu. Même s'il ne l'entendait pas. Même s'il ne l'entendrait plus.
John poussa la grille du cimetière qui grinça. Le son avait des allures de cri de douleur, de souffrance de désespoir. Il secoua la tête. Ça n'était pas son genre d'interpréter les choses comme ça. Il était pragmatique, logique d'habitude. Les portes grinçaient, elles ne criaient pas. Pourtant, l'appel de la rouille résonna longtemps dans ses oreilles.
John s'avança jusqu'à la tombe. Il s'arrêta devant, silencieux, les poings serrés. Il ne dit rien pendant un long, très long moment. Les yeux gris glissaient sur son corps, analysant chaque nouveauté avec une mélancolie qu'il ne se souvenait pas posséder. Quand était-il devenu à ce point sentimental ?
« Je me sens ridicule, tu sais. De faire ça. Parler à la pierre en espérant que tu m'entendes. Mais c'est ta faute. C'est toi qui es ridicule là-dessous. Tu ne crois pas qu'on devrait arrêter ? Arrêter ce jeu stupide ?
John marqua une pause. Il renifla un peu. Ses yeux n'étaient pas encore humides. Il aurait aimé emporter son sourire avec lui en Europe de l'Est. Que son sourire soit son dernier souvenir de lui. Pas ses larmes.
–Je sais, je sais. On insulte pas les morts. Mais je suppose que tu n'en aurais rien eu à faire, pas vrai ?
Nouvelle pause. John serra le poing. Il avait appris à l'identifier comme un signe que ce qu'il allait dire lui était difficile.
–Trois mois. Trois mois que tu m'as laissé. Mais après tout, tu ne m'entends pas. Si j'ai un jour cru qu'il y'avait un paradis ou un enfer d'où tu pourrais m'écouter, je n'en suis plus aussi sûr. Si… s'il y'avait quelqu'un d'aussi puissant là-haut, il ne t'aurait pas laissé le rejoindre. Pas toi…
La voix de John s'était brisée. Bizarrement, c'était comme si quelque chose en lui se brisait aussi.
– Je t'en veux, tu sais. Je t'en veux tellement…
– Je sais… murmura Sherlock dans le silence, si bas que lui-même ne s'entendît pas. Je sais…
Les mots s'étranglèrent dans sa gorge. Bon sang, mais pourquoi était-il si fébrile, si tremblant, si larmoyant ? Si faible ? Les sentiments le rendaient faible. Vulnérable. Il détestait ça. Mais il ne supporterait pas de se séparer de cette affection qu'il portait à John. Il était pathétique. Ridicule. John avait raison.
– Le pire… le pire c'est que je ne sais même pas pourquoi tu as fait ce que tu as fait. Tu te fichais royalement de ce que les gens pensaient de toi. Ça ne te ressemble pas d'avoir pris ça tant à cœur. Bordel, pourquoi est-ce que tu as sauté de ce putain de toit, Sherlock ? Pourquoi ? Pourquoi est-ce que tu m'as abandonné ? Pourquoi est-ce que tu m'as éloigné quand tu avais besoin de moi ? Pourquoi tu ne m'as pas parlé, pourquoi tu ne m'as pas laissé t'aider ? On aurait pu s'en sortir, ensemble. On l'a déjà fait. Putain, Sherlock, pourquoi est-ce que la seule fois où on avait vraiment besoin de ton brillant cerveau, tu ne l'as pas utilisé ? J'avais besoin de toi, Sherlock. J'ai toujours besoin de toi. Je ne sais même pas comment je fais pour continuer à vivre sans toi. Je te hais pour ce que tu as fait, tu sais ? Bordel, mais pourquoi est-ce que tu as sauté ? Pourquoi tu m'as laissé ?
John tomba à genoux, son pantalon se couvrit de terre humide – il avait plu cette nuit. Ses épaules se secouaient au rythme de ses sanglots et même si sa tête baissée l'empêchait de les voir, il savait que les larmes coulaient à flots sur ses joues. Elles coulaient aussi sur les siennes. Il était déchiré entre l'envie de courir le rejoindre pour le serrer dans ses bras et calmer ses sanglots qui résonnaient plus fort encore dans le silence, ses sanglots qui lacéraient l'air comme autant de poignards et son devoir, son devoir qui l'empêchait de se manifester. Son devoir qui le clouait sur place. Où était-ce l'émotion, cette émotion intense qu'il n'avait plus ressentie depuis si longtemps, qui le paralysait ?
–Tu me manques, Sherlock. Tu me manques terriblement, reprit John, sans se relever. Chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde qui me séparent de toi, tu me manques. C'est comme… c'est comme un vide immense en moi… J'ai l'impression d'être une coquille vide. Une âme errante. Tu avais donné un sens, un but à ma vie. Dis-moi comment je suis sensé te survivre ?
Il y'eut un moment de silence. John avait posé une main sur la tombe. Il esquissait un drôle de sourire. Un sourire doux-amer, un sourire à mi-chemin entre le désespoir et l'affection. Ça n'était pas le sien. Son cœur se serra. Il était responsable de ça. De ce changement en John. Tout ça parce qu'il avait été incapable de maîtriser son affection pour lui. Leur amitié était fusionnelle et son amour – il pouvait sans doute en parler, parce que ç'en était, en quelques sortes – pour lui était trop grand, immense, trop puissant. C'était le seul sentiment qu'il s'était autorisé à laisser échapper à son contrôle.
C'était aussi sa pire erreur.
– J'ai quitté Baker Street, tu sais.
Son ventre se serra à cette simple idée. C'était stupide. Ça n'était qu'un appartement. John avait le droit de partir, en particulier s'il était incapable de payer le loyer seul. Il se rendit compte que ça n'était pas que cela. C'était leur appartement. Ils y avaient une vie, des souvenirs communs et imaginer Baker Street sans John… C'était impossible. Cela faisait mal. Terriblement mal.
– Je suis incapable d'y revenir sans toi. Ça n'est plus pareil. Tu y es trop présent. Il y'a tes affaires, ton odeur, nos souvenirs, ton fantôme là-bas. Même si j'ai l'impression de te voir partout… Dans mes rêves. Quand je suis éveillé. Parfois je te parle en me rendant compte que tu n'es pas là. Je t'entends jouer du violon, me traiter d'idiot. Je te vois attablé à la table de la cuisine, en pleine expérience. Et surtout, surtout, chaque nuit, je te revois tomber, je te revois mort, inerte, malgré mes suppliques. Parfois c'est pire encore. Parfois tu tombes et tout est ralenti et je cours vers toi mais à chaque fois, tu finis par t'écraser avant que je puisse te rejoindre. Le sol s'ouvre sous nos pieds et la Terre t'arrache à moi. Je sais, je suis pathétique.
Les larmes continuaient de couler sur ses joues. Il avait l'impression de ne plus pouvoir les arrêter, plus jamais. Il ne savait pas s'il voulait les arrêter. Après tout, il méritait de souffrir, de souffrir autant qu'il faisait souffrir John. Il ne savait pas quand il avait commencé à verser dans l'auto-flagellation. Mais ça lui arracha un sourire cynique.
– J'ai peur qu'en retournant là-bas, je ne devienne fou. Si je ne le suis pas déjà… Beaucoup le pensent depuis qu'on a emménagé ensemble. Ils ont peut-être raison.
John soupira. Sa main était toujours posée sur le marbre. Il aurait aimé la recouvrir de la sienne.
– Et je me sens tellement, tellement coupable… Si je n'avais pas marché dans ton stupide piège pour m'éloigner… je sais, je sens que tu serais toujours vivant. Mon Dieu, finalement, je n'ai qu'à m'en prendre à moi-même. C'est de ma faute tout ça. Tu avais raison. Je ne n'observe pas. Je ne vois sans doute rien non plus. Mon Dieu, Sherlock, j'espère que tu me pardonneras… J'espère que tu…
Il était incapable de terminer. Les larmes s'étaient transformées en torrents et il hoquetait. Comment le fier et solide soldat était-il devenu ce frêle jeune homme, perdu, désespéré ?
– C'est ma faute… C'est entièrement ma faute… Oh Sherlock, je suis tellement, tellement désolé…
– Non… Non, souffla-t-il. Non John, je t'en supplie, ne pense pas ça… Tu n'y es pour rien… Je t'en supplie, John, je t'en prie.
Il dut prendre appui sur le tronc près de lui. La tête lui tournait.
– Non, ce n'est pas de ta faute, John…
Mais il ne l'entendait pas, oh, il ne l'entendrait sans doute plus… Il avait l'impression que le monde disparaissait sous la douleur, sous les larmes, qu'il était flou, envahi par les eaux troubles. Il perdit presque l'équilibre. Une branche craqua sous ses pieds. John releva brusquement la tête, lança un regard dans sa direction.
Il ne vit rien. Mais sourit, imperceptiblement à travers ses larmes.
– Peut-être que tu es là, finalement… murmura-t-il au vent.
Sherlock sourit à son tour. Il regarda John se relever, essuyer ses yeux, adresser un dernier regard à la tombe. Lancer un nouveau regard dans sa direction. Il resta un long moment à regarder la grille, là où John avait disparu. Jusqu'à ce qu'Anthea apparaisse derrière lui, les yeux rivés sur son Blackberry.
– Il faut y aller, Mr Holmes.
Sherlock acquiesça. Il lança un nouveau regard à la grille. Le soleil se levait doucement dans le ciel.
– Mr Holmes ?
– Allons-y. »
Et voilà pour aujourd'hui, ne vous inquiétez pas, je me suis chargée de fournir des doses de chocolat à John et Sherlock pour les consoler ;-) ! A la semaine prochaine !
